Puy du fou - Reportages

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    © Basile Mookherjee, pour Mouvement

    À la suite d’une intervention de l’Élysée, le parc d’attractions pourrait rouvrir le 11 juin. Succès économique et populaire, le Puy du Fou est aussi un formidable outil d’influence idéologique au service duquel œuvrent 4000 bénévoles, dévoués corps et âmes à la création de Philippe de Villiers. Entre purges politiques, cérémonies religieuses et éducation conservatrice, retour sur une utopie de droite qui vire à la sécession.
     
    Le grand final approche. Dans un bourdonnement anxiogène, l’armada de drones porteurs de drapeaux tricolores a disparu derrière les remparts. Sur l’étang qui devance le château du Puy du Fou, les jets d’eau se déclenchent tandis que 2000 figurants entament une ronde sur une musique épique. Entouré de sa garde rapprochée, Philippe de Villiers, son fils Nicolas à sa droite, admire le galop des cavaliers arborant fièrement l’étendard « Dieu, le Roi ». Il se lève aux premières notes de l’hymne du parc : « Cette terre de géants et de genêts en fleurs, cette terre de Vendée et de France. » Sans attendre la fin du feu d’artifice qui illumine le crépuscule, le vicomte engouffre sa grande carcasse dans une bouche de sortie. « Chaque fois c’est une renaissance, la même émotion », lâche-t-il dans un souffle. Les acteurs saluent d’un brin de genêt les 14 000 spectateurs qui exultent. Ce soir, entre les collines verdoyantes du haut bocage vendéen, la France a encore été sauvée. Cela dure depuis quarante ans, et à en juger par le taux de réservation du parc, ce n’est pas près de s’arrêter.
     
    Le Fellini du pauvre

    On a beau regarder partout, difficile de trouver un équivalent à une entreprise comme celle du Puy du Fou. À la fois symbole culturel, exemple économique, instrument politique voire lieu d’évangélisation, le deuxième parc d’attractions de France – avec plus de deux millions de visiteurs par an –, fascine à tous les niveaux. Son storytelling, comme toutes les bonnes histoires, commence par une rencontre : celle de Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon avec un vieux château. Nous sommes en 1977, il a 27 ans et est étudiant à l’ENA. Dans une sorte d’épiphanie chateaubriantesque, il s’imagine faire renaître ces ruines grâce à un gigantesque spectacle vivant qui retracerait l’histoire de la Vendée à travers la vie d’une famille. Dans la foulée, il invente le terme « cinéscénie » et sèche les cours, sous le regard moqueur de ses camarades énarques qui le surnomment « le Fellini du pauvre ». Voilà pour la genèse, racontée en détails dans un livre d’entretiens paru en 1997, réédité et amendé tous les deux ans, au fil des inimitiés politiques du vicomte. Aujourd’hui, la cinéscénie, fièrement présentée comme « le plus grand spectacle nocturne du monde, complètement indépendant de subventions publiques », est assurée par une armée d’environ 4000 bénévoles venus principalement des villages alentour. Une véritable communauté dévouée corps et âme au Puy du Fou, avec ses codes, son folklore et un nom : les Puyfolais.