• « Il faut impliquer les personnes touchées dans la réponse à cette maladie », Peter Piot
    L’accroche en une « Nous devons vivre avec le Covid-19, comme nous vivons avec le VIH ».
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/11/peter-piot-il-faut-impliquer-les-personnes-touchees-dans-la-reponse-a-cette-

    Directeur de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, le médecin et microbiologiste belge Peter Piot a été nommé conseiller de la présidente de la Commission européenne pour la recherche sur le Covid-19. Propos recueillis par Paul Benkimoun

    Entretien. Directeur de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, le médecin et microbiologiste belge Peter Piot fut l’un des codécouvreurs du virus Ebola, avant d’être à la tête de l’Onusida (Programme commun des Nations unies sur le VIH-sida), de 1995 à 2008. Récemment nommé conseiller de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour la recherche sur le nouveau coronavirus, il a été lui-même sévèrement touché par le Covid-19.

    Quel regard portez-vous sur la manière dont le monde a réagi face au Covid-19 ?

    Ce que le Covid-19 nous a montré, c’est l’importance d’un leadership et d’avoir un bon système de santé publique préexistant. A part Singapour, Taïwan et Hongkong, tout le monde a sous-estimé l’ampleur et la vitesse avec lesquelles le virus pouvait se répandre. Les nations asiatiques avaient conservé le mauvais souvenir de l’épidémie de SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère] en 2003 et étaient plus sensibilisées. Ils ont réagi en conséquence. Les pays qui ont immédiatement mis en place des dispositifs de dépistage ont eu le moins de décès. L’Allemagne a montré le chemin. Dès la fin janvier, elle disposait d’un test diagnostique et n’a pas attendu d’avoir beaucoup de cas pour l’utiliser à grande échelle.

    A l’autre extrême, le Royaume-Uni a réagi tardivement et a commencé à parler de mise en quarantaine pour les voyageurs quand le nombre de cas était en diminution. C’était trop et trop tard. En France comme de l’autre côté de la Manche, les stocks de masques constitués après la pandémie grippale [A(H1N1)] de 2009-2010 ont disparu des budgets. Et il y a eu un sous-investissement dans la santé publique.

    Vous évoquiez le reflux de la pandémie. Pourrions-nous en être bientôt débarrassés ?

    Nous ne sommes qu’au début de l’épidémie. Il n’y a aucune raison qu’après avoir atteint cette ampleur, elle disparaisse spontanément. Nous n’avons pas encore une immunité de groupe, même en Suède, où la stratégie qui misait là-dessus a échoué. Ce n’est que dans un an ou deux ans que nous pourrons faire le bilan de la riposte qui aura été la plus efficace.

    La situation dans le monde, mais aussi à l’intérieur des frontières nationales est hétérogène…

    Cette pandémie est un ensemble de nombreuses épidémies locales. Toutes les régions d’un pays ne sont pas touchées uniformément. L’action doit donc être locale ou régionale. La majorité des pays relâchent les mesures de distanciation physique. Des flambées épidémiques sont probables, mais pas de grande ampleur dans l’immédiat. Nous ne devons pas adopter une approche « bulldozer » et fermer tous les pays, mais cela suppose un niveau d’information en temps réel, très précis et très local, sur l’épidémie, afin de la maîtriser.

    Donc, cela implique de vivre avec le Covid-19…

    Oui, nous devons vivre avec le Covid-19, comme nous vivons avec le VIH. Nous devons admettre que l’éradication de ce virus n’est pas réalisable actuellement. La seule maladie infectieuse qui ait été éradiquée est la variole, et nous n’en sommes pas très loin avec la polio. Mais c’est tout.
    Si nous ne contrôlons pas le Covid-19, le système de santé ne peut fonctionner normalement. Il nous faut donc une approche de réduction des risques en minimisant l’impact de cette maladie et en réfléchissant à ce que nos sociétés sont prêtes à accepter pour cela.

    Il n’est pas possible de revenir au même confinement, pas tous les deux mois… Il a des effets secondaires énormes et des répercussions sur les autres pathologies : une surmortalité par infarctus du myocarde, AVC, cancer, faute d’accès aux soins essentiels ; il y a un fort retentissement sur la santé mentale. Sans parler des problèmes économiques. Vivre avec le Covid-19, cela signifie trouver des compromis entre la protection de la population et ne pas aggraver les problèmes. Il est nécessaire de modifier les comportements à grande échelle sur le port du masque, le lavage des mains et la distanciation physique. Dans beaucoup de pays, l’épidémie a surtout touché les maisons de retraite, les hôpitaux, les foyers des travailleurs du secteur de la santé et les prisons. Nous devons concentrer nos efforts sur ces lieux.

    Comment le continent africain va-t-il faire face à la pandémie ?

    Les épidémies voyagent. Il n’y a pas de raison que celle-ci évite l’Afrique. Le Covid-19 s’est pas mal implanté, notamment en Afrique du Sud, dans la région du Cap, mais ce n’est pas aussi spectaculaire qu’en Europe ou dans les Amériques. Est-ce une simple question de temps ? Le fait d’avoir une population plus jeune, en moyenne, que celle du Vieux Continent pourrait jouer. Des facteurs climatiques pourraient-ils atténuer le risque ? Nous l’ignorons. Reste que les mesures de distanciation physique ne sont pas applicables dans les grands townships, comme Khayelitsha, en Afrique du Sud, Kibera, au Kenya, ou dans les grandes villes africaines surpeuplées.
    C’est le même problème en Inde. A Bombay, les cas explosent, certains hôpitaux placent deux malades par lit… Hongkong a une densité de population très élevée, mais ses habitants vont plus loin que les recommandations des autorités.

    Que vous inspire la mobilisation internationale pour mettre au point un vaccin contre le Covid-19 ?

    Ce qui a déjà été accompli en cinq mois est impressionnant. Des laboratoires universitaires ou commerciaux, et non des moindres, ont commencé à travailler dès janvier. Lors du Forum de Davos [21-24 janvier], la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies a accordé des financements à quatre projets de recherche sur les vaccins. Il existe plus d’une centaine d’initatives. Une dizaine d’entre elles, peut-être, aboutiront.

    Qu’attend-on d’un vaccin contre le Covid-19 ?

    Son cahier des charges comprend quatre conditions. Le vaccin doit démontrer qu’il protège contre l’infection ou, au moins, atténue les effets de la maladie et réduit le nombre des décès. Cela implique des essais cliniques dans une population où l’incidence du Covid-19 soit suffisante. Elle diminue en Europe. Peut-être au Brésil… D’une manière générale, peu de vaccins sont efficaces sur les maladies respiratoires, en dehors de celui contre le pneumocoque. Le vaccin doit aussi ne pas avoir d’effets secondaires. Avec une administration à très grande échelle, des effets indésirables rares toucheraient un nombre important de personnes. Une fois ces deux premières conditions remplies, il ne faut pas espérer une autorisation de mise sur le marché avant 2021.

    Troisième condition, des milliards de doses d’un vaccin contre le Covid-19 devront être produites. Une capacité de production qui n’existe pas à l’heure actuelle. Il faut investir pour acquérir et construire des unités de production répondant aux normes d’hygiène et de sécurité, avant de savoir si le candidat vaccin va marcher. Enfin, il faut tout faire pour que tous ceux qui ont besoin du vaccin y aient accès. La collaboration internationale ACT souligne la nécessité d’un accès équitable. C’est très important au moment où l’on voit apparaître un nationalisme vaccinal.

    Donald Trump affirme que les vaccins produits aux Etats-Unis seront réservés aux Etats-Unis. Il faut à tout prix éviter cela. Néanmoins, il faudra faire des choix sur les priorités pour la vaccination. Cela donnera lieu à des débats très durs, tant qu’il y aura une pénurie de vaccins.

    Vous avez été atteint du Covid-19. Comment avez-vous vécu votre maladie ?

    C’est une sale maladie, avec des aspects chroniques chez beaucoup de ceux qui l’ont eue. Ironiquement, j’ai passé la plus grande partie de ma vie d’adulte à combattre les virus, à leur mener la vie dure. Là, un virus a pris sa revanche sur moi ! C’est quand même différent quand on en fait l’expérience personnelle : je deviens − pour reprendre une expression néerlandaise − un « expert d’expérience ». Comme cela est devenu habituel dans la lutte contre le sida, il faut impliquer les personnes touchées dans la réponse à cette maladie.

    #Maladie_chronique

    • Oui, c’est un aspect qui me frappe depuis le déconfinement : la quantité impressionnante de mesures de réductions des risques, partout, depuis qu’on est déconfinés. Évidemment le port du masque assez systématique, mais aussi les sièges condamnés dans les transports en commun, la promotion du télétravail, les magasins avec des cheminements imposés pour éviter de trop se croiser, les files d’attente délimitées pour imposer les distances…

      Et ce qui me chagrine, c’est que je ne me souviens pas qu’une seule de ces mesures ait été imposées avant le confinement. Dans mon souvenir, on n’est pas loin d’être passés de « rien » ou « vraiment pas grand chose » à « tout le monde enfermé ». Si le but est de limiter le taux de reproduction, pourquoi aucune de ces mesures n’a été tentée avant ? Et est-ce que ces mesures ont été efficaces, avant, dans les pays qui ont limité l’impact de Covid-19 ?

    • C’est le truc qui m’a grrrrr en colère en mars : pourquoi on n’a strictement rien fait avant ? À part l’interdiction des rassemblements de plus de 5000 puis 1000 puis 100, avant le 15 mars rien sur le masque dans les milieux confinés, rien sur les comportements.

      Et ça me fout en rogne aujourd’hui encore de voir des mesures ultra compliquées imposées aux fonctionnaires (biblio ou Ehpad, ils et elles se plaignent de mesures disproportionnées et pas vraiment justifiées en l’état des connaissances : le bouquin en quarantaine trois jours en plus d’avoir la couv nettoyée et que la personne qui l’a consultée avait un masque et les mains passées au gel) alors que par ailleurs la vie sociale redevient une fête du slip : les hommes (nos amis couillus) baissent le masque dans le métro, les masques ne sont pas obligatoires dans des lieux publics confinés (dans mon magasin bio même le personnel n’en met plus, en rayons ou derrière les plastiques), les inconnus refont des bises. Une copine me racontait ce truc : elle cause avec une copine bobo du 11e qui porte un masque, elle lui demande pourquoi, on est en extérieur, la copine commence à expliquer et là un pote à elle arrive, se tient à distance de la meuf masquée mais à 30 cm de celle qui ne l’est pas.

      Ce que j’observe, c’est une disparition de la volonté de se prendre en main parce que les chiffres sont rassurants (et alors même que des personnes restent confinées par angoisse, merci pour elles de ne rien faire), le tout avec un vernis de rebellitude à la BHL : « Franchement j’en reviens pas de comment on a été obéissants, un vrai troupeau. » Alors que oui, on a bien fait vu nos moyens (pas de masques, pas de tests, pas de vaccin), on peut regretter d’avoir dû prendre des mesures low-tech dans un pays qui a les moyens, on peut s’indigner que ces mesures aient été appliquées avec un bâton, sans aucune confiance dans la capacité à se protéger et protéger leurs proches, et de manière pseudo-indifférenciée selon la géographie du virus (à la campagne dans une région pas touchée comme dans une métropole où le virus circule).

      Mais repasser en mode « je m’en fous », sans rien mesurer comme risque et sans penser sa réduction, au risque ensuite de devoir se refaire imposer un confinement sévère et extrêmement préjudiciable aux autres dimensions de la vie, c’est ce que libéralisme fait de mieux ces jours-ci. Ça me fait gerber.

  • Coronavirus : pendant que la Nouvelle-Calédonie lève les restrictions, la Guyane les réinstaure
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/11/coronavirus-toutes-les-restrictions-levees-en-nouvelle-caledonie-sauf-pour-l

    L’archipel, peu touché par l’épidémie, était déjà presque totalement déconfiné. « On peut affirmer sans ambiguïté qu’il n’y a pas de circulation du virus au sein de la population calédonienne », a également déclaré M. Santa, alors que sur les 21 cas de Covid-19 enregistrés, aucun n’était endogène. Il n’y a eu aucun décès et un seul patient est encore à l’hôpital.
    Si les 270 000 habitants de la Nouvelle-Calédonie reprennent une vie normale, les frontières demeurent en revanche très contrôlées. Le trafic aérien est limité aux vols de rapatriement des résidents et tous les arrivants sont confinés quatorze jours dans des hôtels, réquisitionnés, puis une semaine à domicile, sous la surveillance des autorités sanitaires. Seuls les habitants de Wallis-et-Futuna, indemnes de la maladie, ne sont plus soumis à ce protocole.

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