« L’isolement individuel en Ehpad a été une erreur »

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  • Michèle Delaunay, ex-ministre et médecin : « L’isolement individuel en Ehpad a été une erreur »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/07/30/michele-delaunay-l-isolement-individuel-en-ehpad-a-ete-une-erreur_6047654_32


    La médecin et ex-ministre Michèle Delaunay à Hossegor (Landes), le 28 juillet.
    MARKEL REDONDO POUR « LE MONDE »

    La crise du Covid-19 est l’occasion de mettre en évidence les insuffisances des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes dans des situations d’urgence et de fin de vie, selon l’ancienne ministre.

    Médecin spécialisée en cancérologie cutanée, Michèle Delaunay, 73 ans, a été députée (PS) de la Gironde de 2007 à 2012, puis ministre déléguée de François Hollande, chargée des personnes âgées et de l’autonomie, de 2012 à 2014.
    Depuis 2016, elle préside le conseil d’administration de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (Isped) de l’université de Bordeaux. Son dernier ouvrage, Le Fabuleux Destin des baby-boomers (Plon), évoque les questions vertigineuses posées par le vieillissement et la perspective de la mort en série des 20 millions de personnes de la génération née entre 1946 et 1973.

    Dès le début du confinement, vous avez alerté sur les dangers du virus dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), appelant à équiper en urgence le personnel, suggérant même aux familles qui le pouvaient de reprendre leurs proches avec eux. Pourquoi ?
    D’abord pour soustraire autant que possible des résidents au chaudron de contamination que pouvait devenir un Ehpad et à l’isolement qui leur était imposé.

    Mais plus structurellement parce que ces établissements ne sont pas suffisamment armés pour faire face à des morts en série. Les Ehpad, où résident 600 000 personnes en France, sont en théorie un lieu de vie et de soins. Mais ils sont de fait un lieu de fin de vie pour la très grande majorité des résidents, ce qui pose clairement la question de leurs moyens humains et matériels pour y faire face.
    Dès le début de l’épidémie, il a été évident que l’âge était un des principaux facteurs de risque de décès. J’ai été frappée par la première annonce, fin mars, d’une vague de décès par Covid-19 dans un Ehpad à Mougins [Alpes-Maritimes]. C’est la presse locale qui a révélé que douze résidents de cet établissement avaient succombé en quinze jours.

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