Comment Ant Group, le bras financier d’Alibaba, a révolutionné la finance en Chine

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  • Comment Ant Group, le bras financier d’Alibaba, a révolutionné la finance en Chine
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    L’entreprise s’apprête à lever 35 milliards de dollars à Hongkong et Shanghaï, soit la plus importante introduction en Bourse de l’histoire.

    Jack Ma aime les records. Alibaba, le géant chinois de l’e-commerce qu’il a fondé, en avait établi un premier, en 2014, en levant 25 milliards de dollars (21 milliards d’euros) à Wall Street, avant d’être détrôné d’un cheveu par Aramco, la compagnie pétrolière nationale d’Arabie saoudite (25,6 milliards de dollars). Le fondateur et ex-patron, aujourd’hui à la retraite, pourrait en établir un nouveau avec le bras financier d’Alibaba, Ant Group. Ce géant du paiement en ligne, connu pour son système Alipay, se prépare à lever 35 milliards de dollars lors d’une double introduction à la Bourse de Hongkong et sur le nouveau Star Market, spécialisé dans les valeurs technologiques, à Shanghaï.

    L’entreprise, qui a géré l’équivalent de 15,2 milliards d’euros de paiements en 2019, soit plus que Visa et Mastercard réunis, pourrait atteindre la capitalisation boursière de 318 milliards de dollars, autant que la banque américaine JPMorgan. Les préventes devaient commencer lundi 26 octobre, d’après Bloomberg, pour une introduction dans les semaines à venir. Alibaba, qui détient 33 % d’Ant, a annoncé acquérir 22 % des actions mises en vente pour garder la main sur l’entreprise.

    Né comme un outil de paiement pour la plate-forme de vente en ligne d’Alibaba Taobao en 2003, Alipay est une société indépendante depuis 2011. Depuis, son portefeuille électronique s’est diversifié pour qu’il devienne un géant de la finance, proposant des placements, des prêts et assurances, effectués en direct, et des centaines d’autres services de la part de partenaires sur l’application Alipay (commande de repas, réservation de taxis, de voyages, paiement de factures…). Autant de services qui offrent à Ant des montagnes de données sur les consommateurs chinois, qui, passées à la moulinette de ses algorithmes, lui permettent d’évaluer la solvabilité de ses clients pour leur proposer des services financiers.

    En dix-sept ans d’existence, cette application a profondément changé le paysage de la finance en Chine. En 2003, Alibaba, alors une plate-forme pour professionnels, lance Taobao, destinée aux particuliers. Mais elle se heurte à la difficulté d’effectuer les paiements à travers les sites Web des banques chinoises, peu numérisées.

    « Le trésor mis de côté »

    Alipay est mis au point quelques mois après le lancement de Taobao. Mais l’adoption du service est difficile, en témoigne la première transaction effectuée : elle est annulée par un étudiant, qui craint une arnaque. Les employés de Taobao doivent l’appeler pour le convaincre de maintenir son achat.

    « Les gens n’avaient pas du tout confiance dans les sites Internet et les achats en ligne. Tout le monde avait peur de se faire arnaquer, de se faire voler son numéro de carte, que les produits ne soient pas livrés, rappelle Matthew Brennan, expert numérique en Chine. On peut dire que la plus grande contribution d’Alibaba à la Chine, c’est d’avoir été pionnier pour les transactions en ligne et d’avoir donné confiance aux consommateurs. »

    L’activité se répartit désormais dans quatre domaines : le paiement, le placement financier, le crédit et l’assurance.

    Le premier créé concerne les paiements en ligne et dans les magasins physiques, grâce à des codes-barres QR omniprésents dans les points de vente depuis 2011, avec la systématisation des smartphones.

    Viennent ensuite les produits de placements, en 2013, alors que la finance en ligne explose, avec une myriade de nouveaux acteurs plus ou moins douteux. Alipay démarre avec Yu’e Bao (« le trésor mis de côté »). Connecté à l’application, le service est simple et rapide, et permet de placer ses économies à partir de 0,1 yuan, avec la possibilité de les retirer instantanément. Présenté comme le produit d’investissement des masses, condamnées à voir leur argent végéter dans les grandes banques chinoises, le fonds dépasse les 100 milliards de yuans (12,6 milliards d’euros) dès la première année. Aujourd’hui, Yu’e Bao est devenu une porte d’accès à une trentaine de fonds monétaires, mais le produit financier a perdu une partie de son intérêt en Chine, après une série de mesures imposées par le régulateur financier pour réduire les risques.

    Une révolution

    Mais Ant ne s’est pas arrêté là : depuis 2015, l’entreprise propose un service de paiements différés, l’équivalent d’une carte de crédit en ligne, Huabei, ainsi qu’une véritable offre de crédits à la consommation, Jiebei. Là encore, le régulateur empêche Ant de jouer le rôle d’une banque, mais le géant technologique s’en accommode : grâce à l’accès aux données de ses utilisateurs, Alipay évalue la solvabilité de ses clients et vend son analyse aux acteurs traditionnels. Ant gagne beaucoup, mais gère peu de fonds, transférant les risques à d’autres.

    En 2018, il a ajouté une quatrième corde à son arc : après avoir assuré des colis pendant une quinzaine d’années, l’entreprise propose sa propre offre d’assurance. Aujourd’hui, le paiement et le crédit représentent 80 % du chiffre d’affaires d’Ant, la gestion de fortune et l’assurance apportant le reste.

    « Avant l’émergence de la finance en ligne en Chine, le marché était monopolisé par les grandes banques d’Etat, et les principaux bénéficiaires de ces fonds étaient aussi des entreprises d’Etat, explique Jiazhou Wang, professeur de finance à la City University de New York. De ce fait, on avait 80 % des demandeurs, principalement des consommateurs individuels et des PME, qui étaient en concurrence pour obtenir les 20 % de ressources restantes. Beaucoup se retrouvaient à emprunter sur le marché de la finance souterraine à un coût exorbitant : les intérêts pouvaient atteindre 30 % à 50 %, comparés à des intérêts à un chiffre dans les banques d’Etat. Ant a fourni un moyen alternatif de financer ces gens-là. Cela a une valeur énorme pour l’économie ! »

    Cependant, son développement pourrait être freiné. En Chine, il existe un risque réglementaire fort. « Nous pensons qu’Ant [l’]a bien géré par le passé, et ne sommes pas excessivement inquiets », estime Kevin Kwek, un analyste du cabinet Bernstein. De même, Alipay, qui assure 55 % des paiements mobiles du marché chinois, est confronté à la rude concurrence de son rival Tencent, qui en assure 40 %, d’après une étude de la société iResearch publiée fin juin. Enfin, à l’international, où Ant reste peu actif, les menaces de sanctions des Etats-Unis contre les entreprises chinoises qui s’aventurent hors de leurs frontières lui ferment de nombreuses perspectives.

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    ##AntGroup