Ausweis, volume 2 – Gonzaï

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  • Deuxième vague et #reconfinement : le prix de la #médiocrité | La mule du pape
    https://www.lamuledupape.com/2020/10/29/deuxieme-vague-et-reconfinement-le-prix-de-la-mediocrite

    Durant ces longs mois où l’épidémie s’est calmée, aucune politique de santé d’ampleur n’aura été menée, ni ambition ni créativité, par la concentration du pouvoir décisionnaire dans ces quelques mains où souffle sans cesse l’haleine fétide des lobbies économiques.

    Aucune consultation efficace ni écoute sincère des acteurs de terrain, qui au cœur de la crise n’avaient eu que l’auto-organisation et le sacrifice pour surmonter la première vague : il y a quelques semaines à peine Macron décrétait que le problème de l’hôpital était celui de l’organisation et non pas de ses moyens. Il en est pourtant aujourd’hui réduit à reconnaître qu’avec l’évolution de la situation actuelle, on devra bientôt choisir à nouveau entre deux patients, et sacrifier encore une fois les pathologies communes qui passeront en second plan. Si ce n’est donc pas une question de moyens, le gouvernement Macron démontre pleinement son incapacité à organiser.

    Pas d’augmentation significative des moyens alloués donc, mais surtout cette manière révoltante de stigmatiser la population au fur et à mesure du réveil de l’épidémie. Alors que l’immense majorité des clusters se concentrent dans les entreprises et le milieu scolaire et universitaire, le gouvernement s’est acharné à pointer du doigt la population et à stigmatiser la sphère privée, les loisirs, la vie sociale, comme premiers vecteurs de contamination. Et ce alors que 95% des sources de contamination ne sont pas formellement identifiées.

    • Les logiques qui régissent les principes pandémiques sont pourtant toujours les mêmes : un virus se développe par les échanges humains. Il n’y avait donc pas plus de sens à interdire ceux-ci dans les bars et restaurants que dans les entreprises ou les écoles. Vivre avec le virus, c’était surtout remettre la population au travail pour éviter l’écroulement de l’économie capitaliste, abondée l’été venu de financements publics massivement tirés du chapeau magique keynésien, inévitablement sollicité lorsque les marchés vacillent.

      Et pour remettre la population au travail, impossible de faire sans la garderie de l’Éducation nationale, où le désordre a largement régné quant aux mesures sanitaires, face au manque de moyens criant auquel font face les établissements publics. Pourtant, là encore, pas de vraie politique menée pour faire face à la crise, le corps enseignant est unanime face à l’inorganisation de la réponse gouvernementale sur le plan de l’éducation et des mesures sanitaires. Recrutements importants d’enseignants ou d’auxiliaires, véritable effort autour de la numérisation et du distanciel, dédoublement des classes, des salles de restauration scolaire, mobilisation et financement des acteurs associatifs de l’éducation populaire : de nombreuses solutions auraient pu être déclinées pour assurer “l’égalité face à l’Éducation” que brandit le gouvernement pour justifier la réouverture des écoles.

      Quand on voit comment les gouvernements néolibéraux successifs ont tout fait pour laisser l’école publique tomber dans les abysses, sous-dotées en moyens comme en personnels, et pour ne pas mettre en place une vraie politique d’éducation, à l’échelle des quartiers populaires notamment dont on a favorisé la ghettoïsation et l’isolement, on ne peut que se sentir pris pour des imbéciles lorsque Macron parle de protéger les plus fragiles d’entre nous.

    • Ausweis, volume 2 par Pierre Mikaïloff
      https://gonzai.com/ausweis-volume-2
      un dialogue entre macron et castex presque pas imaginaire publié sur le site de #Gonzaï après relecture suite à ce second coup de (général) massue.
      https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/13215490557853777

      Après avoir consulté les scientifiques, dialogué avec les forces politiques, économiques et sociales, après avoir échangé avec nos partenaires européens, et pesé le pour et le contre, j’ai décidé qu’il fallait retrouver à partir de vendredi le confinement qui a stoppé le virus

      Sans cacher sa satisfaction, le Président inspectait l’image que lui renvoyait le miroir. Les petites mains de chez Givenchy avaient fait des merveilles : son nouvel uniforme tombait parfaitement. Martial, mais élégant, il était approprié aux circonstances. Et les circonstances étaient graves. Ouh là là ! Oui. Dramatiques même. Fort heureusement, le destin avait voulu que ce soit lui qui tienne les rênes du pays en cette heure. Un raclement de gorge interrompit ses pensées. Le Premier ministre s’impatientait.

      – Mr le président, si nous terminions la rédaction de votre allocution ?
      – Oui, l’allocution, bien sûr… Ce soir, j’ai rendez-vous avec les Français. Et ce 31 décembre ne sera pas comme les autres.
      – Je vous relis ce qu’on a déjà ?

      Le chef de l’État répondit par un geste impatient de la main.

      – « Mes chers compatriotes, je… », commença le Premier ministre.
      – Non, c’est nul, ça. Trop guindé. Trouvez quelque chose qui fasse plus jeune, plus décontracté, plus moderne ! Je vous paye pour quoi ?
      – Alors je propose : « Françaises, Français… »
      – Mouais… pas mal. Pas mal du tout, même. On garde. Ensuite ?
      – « Françaises, Français, au moment où nous entrons dans cette seconde année de confinement, je tiens à vous dire… »

      Le président attendit, mais la suite tardait à venir.

      – Et après ?
      – On s’était arrêtés là, Mr le président.
      – Qu’est-ce que je pourrais bien tenir à leur dire… ?

      Les deux hommes se turent. Le visage tourné vers leurs John Lobb, le front plissé, l’index délicatement posé au-dessus de leur lèvre supérieure, ils réfléchissaient. Après s’être consultés du regard, les trois conseillers présents dans le bureau présidentiel adoptèrent la même attitude. Cependant, aussi surprenant que cela puisse paraître, si l’on considère la qualité des personnages présents, aucune idée nouvelle ne surgissait de ces esprits ô combien performants. De longues minutes s’écoulèrent.

      – Ah, oui, je sais… On est cons de pas y avoir songé plus tôt ! annonça triomphalement le Premier ministre.
      – Modérez votre langage, mon cher, mais je vous prie de poursuivre.
      – Eh bien, vous pourriez enchaîner en confirmant que l’armée continuera à déposer chaque jour devant leur porte des pâtes et des antidépresseurs. Ça les rassurera. Après ça, vous abordez vite fait la question des élections, une formule de politesse, regard face caméra, quelques mesures de Marseillaise, et hop ! C’est plié.

      – Non, vous allez beaucoup trop vite. Il faut de l’enrobage, mon vieux. (Se tournant vers ses conseillers 🙂 Vous autres, des suggestions ?

      Les trois énarques fraîchement sortis d’une des meilleures fabriques de hauts fonctionnaires du pays rougirent en se dandinant sur leur fauteuil : non, ils n’avaient pas de suggestion. Dans ces moments d’indécision, le président avait pour habitude de se tourner vers son chauffeur. Ce qu’il fit.

      – Et toi, mon bon Marcel, qu’est-ce que cela t’inspire, hein ? demandât-il en lui tapotant familièrement le crâne. Exprime-toi, n’aie pas peur.

      – Ben, voilà, patron, j’me disais…
      – Je t’ai déjà dit de ne plus m’appeler « patron », mais Mr le président. Je parle chinois ou quoi ? Merde à la fin !
      – Désolé.
      – Allez, continue.
      – J’me disais que vous devriez ajouter du picrate, en plus des nouilles, si vous voulez vous assurer la paix sociale.

      Le président se pencha vers un de ses conseillers afin que celui-ci l’éclaire sur le sens du mot « picrate », puis se tourna à nouveau vers Marcel.

      – C’est une très bonne remarque. Et puis ça fera plaisir aux viticulteurs. Tu peux prendre un caramel dans la corbeille posée sur mon bureau et t’en aller, mon brave, je n’aurai plus besoin de toi aujourd’hui.
      – Ah, il faudra aussi mentionner les nouvelles règles concernant les ausweis, Mr le président, souffla un conseiller en compulsant le dossier posé sur ses genoux.
      – Oui, bien sûr : pas d’ausweis, pas de sortie. Et j’insisterai sur les peines encourues. Les prisons sont pas faites pour les chimpanzés, nom d’un p’tit bonhomme ! Si avec ça, ils comprennent pas…
      – Si seulement ces têtes de mules finissaient par admettre qu’on fait tout ça pour leur bien… soupira le Premier ministre en caressant sa barbichette fraichement taillée.
      – Bon ! Je crois qu’on commence à être pas mal, là, se félicita le Président. J’ajouterai un mot sur « les personnels hospitaliers qui luttent contre le fléau qui ravage notre patrie ». (S’adressant à un conseiller 🙂 Vous me fournirez quelques states sur le sujet, ça fera plus pro. Ensuite, je glisserai vite fait qu’« afin de faire face à cette crise sans précédent, toutes les élections sont annulées pour une période de dix ans, mesure reconductible de dix ans en dix ans suivant l’évolution de la situation ». Là-dessus, je leur souhaite un bon réveillon et je rends l’antenne. Quelqu’un voit quelque chose à ajouter ?

      Quatre têtes se tournèrent vers le Présidant et pivotèrent de gauche à droite avec une parfaite synchronisation. Il n’y avait en effet rien à ajouter.