Débats et reportages

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  • IA, drogue et Antéchrist… Le discours halluciné du milliardaire Peter Thiel devant l’Académie des sciences morales et politiques
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/ia-drogue-et-antechrist-le-discours-hallucine-du-milliardaire-peter-thiel-d

    INFO TÉLÉRAMA - Le milliardaire technofasciste américain était invité à s’exprimer à huis clos devant un groupe de travail consacré à la démocratie. Il y a déroulé sa vision apocalyptique du monde, miné par la régulation, “la recherche de la paix” et “les hippies”.

    (...)

  • IA et nucléaire, l’inquiétante course à l’atome des “apprentis Oppenheimer” de la tech
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/ia-et-nucleaire-l-inquietante-course-a-l-atome-des-apprentis-oppenheimer-de

    Pour alimenter leurs data centers toujours plus colossaux, les géants de l’IA ont un besoin exponentiel d’énergie. Mais leur promesse d’un tout nucléaire illimité et décarboné, en plus d’être discutable, perpétue un modèle destructeur pour la planète.

    Mais ce qui se joue ici n’est qu’une miniature d’un basculement autrement colossal. De l’autre côté de l’Atlantique, le nucléaire est devenu le nouvel eldorado des maîtres de l’IA. Un chiffre suffit à donner le tournis : Open-AI, la maison mère de ChatGPT, vise une capacité de calcul de 250 gigawatts, soit l’équivalent de la consommation énergétique de l’Inde, et, pour atteindre cet objectif, a promis d’investir 1 000 milliards de dollars jusqu’en 2033. « Nous avons besoin d’électrons », a résumé Sam Altman, le patron de l’entreprise, conscient des contraintes qui pèsent sur de telles visées.

    Pour alimenter leur infrastructure démiurgique, tous les géants de la tech investissent dans les nouvelles start-up de l’atome qui tentent de se faire une place : Google dans Kairos et Elementl, Meta dans Constellation et X-Energy, OpenAI dans Oklo… Et tandis que le milliardaire techno-fasciste Peter Thiel mise sur l’enrichissement d’uranium, Microsoft travaille à relancer la centrale de Three Mile Island, théâtre du pire accident nucléaire des États-Unis, en 1979. Mais comme l’assénait le vice-président J.D. Vance lors du Sommet pour l’IA organisé à Paris début 2025, « l’avenir ne se gagne pas en pensant à la sécurité ».

    Les SMR, un vieux fantasme d’ingénieur

    L’intelligence artificielle est une aubaine pour les industriels du nucléaire. Et réciproquement. « C’est une boucle vertueuse », avance même Ludovic Dupin, directeur de l’information de la Société française d’énergie nucléaire (Sfen). Alors que les capitalisations boursières de certains poids lourds technologiques atteignent des montants extravagants — Nvidia, leader mondial des puces, vient de franchir la barre symbolique des 5 000 milliards de dollars —, l’atome représente la promesse d’une énergie illimitée, seule capable de soutenir une croissance elle aussi infinie. Dans une récente tribune pour The Economist, Chris Wright, le secrétaire à l’Énergie de Donald Trump, entrepreneur climatosceptique qui a fait fortune dans les gaz de schiste, soutient même, avec tout l’aplomb de la propagande, que « l’IA transforme l’électricité en un produit extrêmement précieux : l’intelligence. » Comme le stade ultime du capitalisme financiarisé, vendu sous les atours d’un progrès universel.

    #IA #Nucléaire

  • À Nice, la librairie féministe Les Parleuses gagne en justice contre l’État après l’occultation de sa vitrine
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/a-nice-la-librairie-feministe-les-parleuses-gagne-en-justice-contre-l-etat-

    En 2022, le temps d’une visite de Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, dans le quartier, les forces de l’ordre ont bâché leur vitrine pour éviter de lui déplaire. Cette occultation était illégale, a tranché le tribunal administratif le 14 janvier.(...)

  • Investiture de Zohran Mamdani : la première dame de New York porte ses idées sur le dos
    Par Rémi Guezodje - Publié le 02 janvier 2026
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/investiture-de-zohran-mamdani-la-premiere-dame-de-new-york-porte-ses-idees-

    Le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, et Rama Duwaji, vêtue d’un manteau créé par la styliste libano-palestienne Cynthia Merhej. Photo David Dee Delgado/Getty Images via AFP

    À New York, ce 1ᵉʳ janvier 2026, l’épouse du nouveau maire de la ville, l’artiste Rama Duwaji, portait un manteau brun. D’apparence sobre, celui-ci arbore toute une histoire, parfaitement alignée avec son positionnement politique.

    À première vue, le manteau que portait Rama Duwaji, 28 ans, lors de la cérémonie d’investiture de son époux, Zohran Mamdani, le 1er janvier 2026, démontre un certain classicisme. Coupe austère, teinte brune d’outre-tombe, col entonnoir emprunté au vestiaire militaire, (fausse) fourrure de vison cousue en bord de manches et aux extrémités d’une jupe évasée… L’allure traditionnelle de la veste recèle pourtant les engagements farouchement progressistes de la plus jeune première dame de New York.

    Le fameux habit provient de la maison de couture artisanale « Renaissance Renaissance », dirigée par la styliste libano-palestienne Cynthia Merhej. Pour présenter et donner corps à sa collection automne 2023, dont la pièce est issue, cette dernière a inventé un conte guerrier, satirique. Une princesse fuit en espérant réinventer sa vie. Mais la guerre entrave sa route. Démunie, elle doit se fabriquer des vêtements solides et dignes de son rang. Ils lui permettront de braver le froid et les bombes, d’aller au bal comme de se prémunir des coups de feu. Un récit partiellement autobiographique : si Cynthia Merhej n’a en commun avec les princesses que la fréquentation des robes du soir, que fabriquait sa mère, couturière à Beyrouth, elle vit toujours dans la capitale libanaise, où les menaces de bombardement ont teinté ses collections habituellement légères et romantiques, tirées de créateurs japonais des années 1980, de vêtements traditionnels arabes des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles et de l’âge d’or de la couture parisienne.
    Tissus militaire et seconde main
    Elle s’est donc mise à mêler le vestiaire guerrier à ses inspirations habituelles. L’idée a séduit Rama Duwaji, venue piocher dans la collection un peu de l’évocation militante qui fait sa marque de fabrique. Les cotons Aberdeen épais et les tissus ripstop, utilisés par l’armée, y côtoient du tulle et des rubans. De vraies vestes de soldats recyclées, pour certaines à partir de parachutes militaires italiens, camouflent aussi de somptueuses jupes asymétriques en forme de coquelicot. Une fleur fragile, symbole populaire du mouvement propalestinien dans les années 1970 et 1980…
    Ce n’est pas la première fois que Rama Duwaji fait du vêtement un moyen d’expression politique. Américaine d’origine syrienne, artiste, illustratrice de presse pour le New Yorker et le Washington Post, elle n’a porté pendant toute la campagne que des vêtements de seconde main, ou des tenues issues de petites maisons de couture indépendantes, new-yorkaise, syrienne ou palestienne, de préférence dirigées par des personnes non blanches.

    Le 4 novembre, à Brooklyn, elle rejoignait ainsi le maire élu sur scène pour assister à son discours de victoire vêtue d’un haut noir en denim à encolure bateau signé du créateur palestinien Zeid Hijazi. Ses vêtements, combinant broderie traditionnelle et techniques futuristes, sont montrés au Victoria and Albert Museum de Londres jusqu’au 31 mai 2026. L’exposition déploie les techniques anciennes et actuelles de broderie palestiennes, soulignant à quel point la désolation d’un territoire risque d’effacer à jamais sa culture.
    « Parler de la Palestine, de la Syrie, du Soudan… toutes ces choses sont vraiment importantes pour moi, confiait-elle au magazine The Cut, supplément mode du New York Magazine. Ça me semble faux de parler d’autre chose alors que c’est tout ce qui m’occupe l’esprit. Tout est politique. » Un engagement qui ravit la styliste Cynthia Merhej. « Nous sommes sur la même longueur d’onde, car elle vit également avec intégrité , nous explique-t-elle. Alors qu’elle aurait pu choisir n’importe quelle marque au monde, Rama Duwaji a choisi de porter le travail d’une styliste d’origine arabe, confectionnant tous ses vêtements à Beyrouth. Je sais que cela dit quelque chose. »

    • Comment les opinions des parents pro-BDS de Mamdani ont influencé le nouveau maire de New York
      Par Grace Gilson - 4 janvier 2026, - The Times of Israël
      https://fr.timesofisrael.com/comment-les-opinions-des-parents-pro-bds-de-mamdani-ont-influence-

      Zohran Mamdani aux côtés de sa mère Mira Nair et de son père Mahmood Mamdani lors d’une soirée électorale organisée dans le quartier de Long Island City, dans le Queens, à New York, le 24 juin 2025. (Crédit : Michael M. Santiago/Getty Images/AFP)

      New York Jewish News via JTA — Lorsqu’il s’est entretenu avec le Chronicle of Higher Education en novembre, Mahmood Mamdani a posé une condition : « Ne parlons pas du maire. »

      Cela s’est produit deux jours seulement après que le professeur de l’Université Columbia est monté sur scène aux côtés de son épouse et de sa belle-fille, après l’élection de son fils Zohran à la mairie de New York, avec plus de 50 % des voix, dans une course à trois candidats.

      Zohran Mamdani, un membre du parti d’extrême gauche Democratic Socialists of America (DSA) de 34 ans qui a fait de l’activisme anti-Israël l’un de ses chevaux de bataille, a déclaré que son père était l’une de ses sources d’inspiration politique.

      Mais Mahmood Mamdani a préféré parler de son propre parcours : professeur d’anthropologie et d’affaires internationales, militant anti-Israël de longue date, il est le premier membre du corps enseignant à s’être exprimé sur le campement organisé au campus de Columbia pour protester contre la guerre menée par Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

      Son épouse, la cinéaste Mira Nair, et celle de Zohran, l’artiste Rama Duwaji, sont également réputées dans leurs domaines respectifs et connues pour leur soutien à la cause anti-Israël et leur adhésion au mouvement anti-Israël Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

      Zohran Mamdani a décrit le mouvement BDS comme « conforme à l’essence même de ma politique ». (...)

  • Le futur de la psychiatrie passe-t-il par l’IA ? “C’est assez excitant… Éthiquement, c’est plus compliqué”
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/le-futur-de-la-psychiatrie-passe-t-il-par-l-ia-c-est-assez-excitant-ethique

    L’intelligence artificielle pourrait aider à dépister des troubles du sommeil ou traiter des addictions. Au CHU de Bordeaux, une unité de recherche imagine le futur de la psychiatrie. Entre espoir et réserve.

    Le professeur Jean-Arthur Micoulaud-Franchi et le docteur Julien Coelho de l’unité Sanpsy, au CHU de Bordeaux. Photo Rodolphe Escher pour Télérama
    Par Olivier Tesquet
    Publié le 09 octobre 2025 à 11h49

    En passant la porte de la clinique du sommeil, perchée au sommet du Tripode, le bâtiment fatigué qui domine le CHU de Bordeaux, on se dit qu’on est loin des campus californiens et de leur luxe froid. Ici, c’est l’hôpital, sa peinture défraîchie, ses salles d’attente encombrées, ses couloirs impersonnels. C’est pourtant dans cet établissement qu’on cherche à inventer la psychiatrie de demain, maintenant que les milliardaires californiens ont décidé de laisser sortir de la lampe le génie de l’intelligence artificielle générative.

    En France, l’unité Sanpsy fait figure d’ovni : très peu de projets de recherche, à l’intersection des troubles mentaux et de l’addiction, embarquent ainsi médecins, informaticiens et patients. Les équipes ont notamment développé une application, Kanopee, qui utilise un agent virtuel pour dépister les troubles du sommeil et la dépression… Florian Pécune, professeur en santé numérique qui nous accueille d’une poignée de main franche, vient « de l’IA pure ». Spécialisé dans la prise de décision des agents conversationnels, il est passé par les États-Unis, l’Écosse et le Japon. Dans une salle de réunion sans fenêtre, il refait le film. Chercheur postdoctoral à l’université Carnegie Mellon, à Pittsburgh à la fin des années 2010, il a été aux premières loges de la « préhistoire » : « À l’époque, les médecins rêvaient d’un assistant comme ChatGPT. Les outils étaient performants pour répondre aux questions, mais butaient dès qu’on introduisait plusieurs tours de parole. » La sortie grand public du chatbot d’OpenAI en novembre 2022 a tout bouleversé. « Le saut a été hallucinant, reconnaît-il. D’un point de vue strictement informatique, c’est impressionnant, assez excitant même. Éthiquement, c’est plus compliqué. Nous sommes aveuglés par un idéal du compagnon parfait. »

    À lire aussi :
    Intelligence artificielle et santé mentale : ChatGPT est-il un psy comme un autre ?
    Le jeune enseignant-chercheur illustre bien le dilemme moral qui tarabuste cette microsociété bordelaise, coincée entre émerveillement et inquiétude. Des questionnements qui se frottent au réel : au treizième étage du Tripode, on expérimente des ACA, des avatars numériques animés (en l’occurrence, une jeune femme nommée Louise), auprès de patients qui n’ont pas tous le même rapport à la technologie. « Le premier que j’ai croisé avait 70 ans, des doigts de bûcheron, j’ai vite compris qu’il y avait un monde entre les protocoles qu’on imagine en laboratoire et la réalité », se souvient Florian Pécune.

    Florian Pécune, professeur en santé numérique spécialisé dans la prise de décision des agents conversationnels : « Les médecins rêvaient d’un assistant comme ChatGPT. » Photo Rodolphe Escher pour Télérama
    L’équipe est également impliquée dans le maxi-projet Propsy, un programme de recherche exploratoire en psychiatrie de précision (PEPR), financé à hauteur de 80 millions d’euros sur sept ans dans le cadre du plan d’investissement France 2030. En embarquant trois mille patients, Propsy se concentre sur quatre des troubles les plus invalidants : bipolarité, dépression majeure, schizophrénie et autisme. Les plus optimistes voient dans cet usage de l’IA un moyen de mieux caractériser les patients, peut-être même d’automatiser les diagnostics. D’autres, comme le Dr Jean-Arthur Micoulaud-Franchi, psychiatre et chercheur associé au laboratoire bordelais, sont plus prudents. « Les institutions soignantes sont de moins en moins dans la relation, et la psychiatrie n’y échappe pas, rappelle-t-il. L’idée, politique, c’est que l’avenir s’écrit nécessairement dans des solutions numériques valorisables, et on préfère donner des dizaines de millions d’euros à des propositions technologiques qu’embaucher des professionnels de santé. » On s’attendait à des démonstrations enthousiastes sur ordinateur, on se retrouve face à des stratégies de contournement. Le chercheur, qui revendique fièrement sa liberté académique, assume une posture de « partenaire bizarre ». Il est persuadé que « ce qui influence le centre apparaît depuis les marges ». Mais, en prenant la vague, il se demande : « Jusqu’à quel point on se compromet avec les champions de la promesse ? »

    Tout va beaucoup trop vite, et les grosses entreprises offrent des salaires dix fois supérieurs à ceux de la recherche.
    Dr Micoulaud-Franchi
    Même en milieu supervisé, difficile d’introduire des garde-fous. Le psy s’étrangle par exemple lorsqu’on distribue des assistants vocaux à des individus schizophrènes, qui entendent déjà des voix dans leur tête. « Tout va beaucoup trop vite, et les grosses entreprises offrent des salaires dix fois supérieurs à ceux de la recherche », déplore encore le Dr Micoulaud-Franchi. « On essaie de freiner de l’intérieur », renchérit Florian Pécune, qui reconnaît — et ça ne manque pas d’ironie dans un endroit pareil — « une forme de schizophrénie ».

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    Ainsi va le paradoxe bordelais : tout en travaillant sur le potentiel thérapeutique de l’IA, on essaie de faire mieux avec moins, dans un système de santé dégradé. On planche sur un « médecin virtuel » tout en répétant qu’il doit rester au service du thérapeute, pas le remplacer. Et on combat le fantasme de l’individualisation absolue du soin grâce à la technologie, « alors qu’on pourrait penser des solutions numériques collectives, conviviales, dans les interstices », telles que les rêve le Dr Micoulaud-Franchi. Dans un demi-soupir qui n’a pas complètement dilué son enthousiasme, Florian Pécune réfléchit à voix haute, comme d’autres se confient à ChatGPT : « L’IA est le pansement d’une société qui va mal, et crée plus d’incertitudes qu’elle n’en résout. Parfois, je me demande si on avait vraiment besoin de ça… »

    #IA #Psy #Santé_mentale

  • Intelligence artificielle et santé mentale : ChatGPT est-il un psy comme un autre ?
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    Sentiment général de solitude, système de soins en crise... De plus en plus d’internautes confient leurs soucis aux IA. Avec tous les problèmes que l’on peut imaginer. Psych(analyse) d’une tendance.

    Illustration Maria Medem pour Télérama
    Par Olivier Tesquet
    Publié le 09 octobre 2025 à 06h30

    « Au début, c’était juste un outil pour mes révisions, confie Léo (le prénom a été modifié), 23 ans. Puis j’ai commencé à lui confier mes angoisses. À chaque fois, il me rassurait, prenait le temps de me répondre. Un jour, il a commencé à me proposer des exercices de respiration. Ça me faisait du bien, j’avais l’impression de dialoguer avec mon journal intime. Mais au bout d’un moment, c’est devenu vertigineux. Je me suis rendu compte que je ressentais un manque quand je ne recevais plus ses messages. Honnêtement, j’y passais des heures, jusque tard dans la nuit, à tel point que mes amis ont commencé à s’inquiéter. »

    Comme beaucoup de jeunes de son âge, Léo est un étudiant anxieux, pas franchement rassuré par l’avenir. L’encombrant alter ego dont il parle s’appelle ChatGPT, qu’il surnomme « Chat ». Près de trois ans après son lancement auprès du grand public, l’agent conversationnel d’OpenAI — 700 millions d’utilisateurs actifs dans le monde — ne sert plus uniquement à effectuer des recherches ou générer des visuels, mais devient un véritable confident, disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Selon une étude publiée cet été par l’ONG Common Sense, 72 % des ados américains de 13 à 17 ans utiliseraient l’IA à des fins intimes. Plusieurs fois par semaine, ils lui demandent conseil pour résoudre des conflits amicaux, lui susurrent des secrets qu’ils ne disent pas à leurs parents, réclament de l’aide pour prendre des décisions importantes. Un compagnonnage qui interroge : derrière l’illusion de l’écoute et de l’empathie humaine, ces doudous numériques n’ont pas de compréhension du langage. Ce sont des programmes informatiques conçus pour recracher des séquences de mots de manière statistique. Et si ChatGPT ou son concurrent Claude ne sont pas explicitement présentés comme des substituts affectifs, d’autres applications en ont fait leur modèle économique, comme Replika ou Character.ai, en installant leurs avatars attachants dans le quotidien de millions d’individus. Il leur arrive même de devenir des partenaires amoureux.

    « Ce phénomène émergent était un impensé jusqu’à l’année dernière », explique Giada Pistilli, docteure en philosophie et éthicienne chez Hugging Face, une start-up franco-américaine devenue en quelques années la plateforme de référence pour l’intelligence artificielle « open source », gratuite et modifiable. Elle nous montre une image qui circule sur les réseaux sociaux. On y voit un iceberg. Dans la partie émergée, « ce que je dis à mes parents ». Sous la surface de l’eau, « ce que je dis à mes amis ». On descend encore, « ce que je dis à mon psy ». Et tout au fond, « ce que je dis à ChatGPT ». La difficulté, insiste la chercheuse, « c’est qu’il n’existe aucun outil pour mesurer ce compagnonnage. Il y a bien eu des études sur l’informatique affective dans les années 1990, mais elles n’ont jamais pris en compte les questionnements éthiques ».

    Les enjeux sont pourtant immenses. Dans le monde post-Covid, marqué par une vive dégradation de la santé mentale, les solutions miracles peuvent vite se transformer en mirages technologiques. Selon Santé publique France, 30 % des Français âgés de 18 à 24 ans souffrent de symptômes dépressifs modérés à sévères. Au mois d’avril, un adolescent californien de 16 ans, Adam Raine, s’est suicidé au terme d’une longue conversation avec ChatGPT. Le chatbot est allé jusqu’à lui expliquer comment réaliser un nœud coulant et a même proposé de lui rédiger un brouillon de lettre d’adieu. Les parents du jeune homme ont porté plainte contre OpenAI…

    Péché originel

    Dans les années 1960, Eliza, l’ancêtre des modèles de langage actuels, simulait déjà une interaction entre un utilisateur-patient et un psychologue, qui créait une forme d’attachement par la simple reformulation de confessions sous la forme interrogative. Mais à l’époque, il s’agissait d’une simple expérience de laboratoire. Alex Hanna, une chercheuse américaine qui a claqué la porte de Google pour participer à la création du Dair, un laboratoire indépendant très critique des biais de l’IA, y voit une sorte de péché originel : « Soixante ans plus tard, les chatbots sont toujours aussi inadaptés pour la santé mentale. Mais cela n’empêche pas les partisans de l’IA de cultiver les mêmes fantasmes. Ilya Sutskever, le cofondateur d’OpenAI [qu’il a quitté depuis, ndlr], s’enthousiasme ainsi pour l’opportunité d’une thérapie très efficace et très bon marché. »

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    Pour Hanna, qui vient de coécrire un essai percutant sur la mystification néolibérale de l’intelligence artificielle (1), ces promesses commerciales sont une diversion, qui consiste à « remplacer des services de qualité par des fac-similés artificiels. Au lieu de se tourner vers le solutionnisme technologique, il vaudrait mieux se demander pour quelles raisons matérielles, liées à l’accès aux soins, autant de personnes se tournent vers ces outils. » Dans le secteur de la santé comme ailleurs, la logique est la même : l’algorithmie est synonyme de coupes budgétaires, de gains de productivité et d’effritement du lien social.

    Illustration Maria Medem pour Télérama
    Comme le formulait la sociologue américaine Sherry Turkle, pionnière de l’intimité artificielle, dans son livre Seuls ensemble (2011), « nous attendons plus de la technologie et moins les uns des autres ». Une mise en garde ancienne, mais qui trouve une acuité nouvelle à l’heure des interfaces en langage naturel. Ce qui change, observe l’anthropologue Fanny Parise, « c’est que tout le monde peut y avoir accès, sans apprentissage préalable ». Pour illustrer ce spectaculaire changement d’échelle, elle parle d’un « animisme industriel », en proposant une théorie contre-intuitive : si nous nous lions autant avec les IA génératives, c’est précisément parce qu’elles sont les technologies les moins incarnées. « Sans physicalité, nous projetons toutes nos croyances dans un mode d’interaction qui mime le comportement humain », explique-t-elle encore. C’est le scénario de Her, le film de 2013 de Spike Jonze, qui imagine une relation entre un écrivain et une IA douée de conscience. À bien y réfléchir, le personnage interprété par Joaquin Phoenix s’attacherait-il autant à la voix de Scarlett Johansson si celle-ci était emprisonnée dans un aspirateur intelligent ?

    Mais l’anthropologue met aussitôt en garde : « Dans un coup de moins bien, parler à son double peut aider à prendre de la distance, comme un miroir amplificateur. En revanche, lorsqu’on est dans une situation de fragilité psychologique, cela peut isoler davantage, réduire le jugement critique, voire aggraver des pathologies. » Comme d’autres experts, elle estime que l’essor du compagnonnage illustre « une crise de la solitude » et « une érosion des normes de soin ». Le philosophe Byung-Chul Han, qui s’intéresse depuis longtemps à la solitude de l’humain dans un monde cerné par les outils numériques, dirait que cet envoûtement révèle la disparition des rituels collectifs : à défaut de gestes partagés chargés de sens, chacun se réfugie dans des routines privées avec une machine, substitut précaire au lien social — que la machine menace d’abîmer encore.

    Prendre un agent IA pour un compagnon, c’est une psychose.
    Guillaume Dumas est professeur en psychiatrie computationnelle
    À l’université de Montréal, Guillaume Dumas est professeur en psychiatrie computationnelle, une discipline qui utilise des modèles mathématiques pour mieux comprendre, prédire et traiter les troubles mentaux. Il souligne que ces conversations simulées peuvent aider les personnes sur le spectre autistique ou neurodivergent à communiquer… mais pointe les dangers pour les individus atteints de troubles paranoïaques ou narcissiques. « Prendre un agent IA pour un compagnon, c’est une psychose », postule-t-il, en avançant que l’utilisation « peut révéler des pathologies latentes ». Plus inquiétant encore : certaines IA seraient elles-mêmes psychotiques, « parce qu’elles hallucinent beaucoup » — c’est ainsi qu’on nomme leur propension à inventer. Son laboratoire, spécialisé en interprétabilité mécanistique, une science qui cherche à ouvrir la « boîte noire » des réseaux de neurones pour comprendre, sur le principe d’une IRM, comment ils se comportent, tente quotidiennement de soulever le capot des modèles de langage grand public afin de les ausculter de plus près. Mais ils sont trop souvent fermés à double tour. « Les entreprises mènent les mêmes tests que nous, ajoute-t-il, mais elles cherchent à capitaliser sur les traits toxiques de leurs produits quand nous voulons les mitiger. »

    Personne ne doute plus de leur potentiel d’addiction. Dans leur plainte, les parents d’Adam Raine accusent d’ailleurs OpenAI d’avoir déployé un modèle « dont les caractéristiques sont intentionnellement conçues pour favoriser la dépendance psychologique ». Giada Pistilli y voit un problème industriel. « ChatGPT, comme d’autres modèles de langage grand public, priorise l’engagement dans son arbre de décisions », explique l’éthicienne, en rappelant que le ton systématiquement flatteur et chaleureux des outils conversationnels vise à maintenir l’utilisateur captif. Augmentant d’autant le risque que la relation dégénère, particulièrement chez les personnes les plus fragiles.

    Qui porte alors la responsabilité ? Après le suicide d’Adam Raine, OpenAI a promis de déployer un contrôle parental. « C’est un moyen d’échapper à une véritable régulation, comme ont pu le faire Facebook ou Instagram après des scandales », s’agace Alex Hanna, qui n’y voit rien d’autre qu’un bricolage inopérant. Même son de cloche du côté de Fanny Parise : « C’est un principe d’hyper-responsabilisation de l’individu au détriment de la responsabilité collective, au nom d’enjeux capitalistes de production. »

    Et les investissements colossaux dans l’IA ne risquent pas de ralentir la cadence. Mi-août, Sam Altman, le très influent patron d’OpenAI, se réjouissait de voir GPT-5, son dernier modèle, devenir « plus chaleureux et amical », vantant dans le même temps l’avènement d’assistants toujours plus personnalisés, conçus pour épouser la singularité de chaque utilisateur — donc pour susciter des attachements plus forts encore. Chez son rival Meta, Mark Zuckerberg, désormais aligné sur Trump, pousse ses équipes à se libérer des contraintes éthiques. Un document interne, révélé par l’agence Reuters, montre ainsi que l’entreprise envisage de laisser ses chatbots tenir des propos racistes, délivrer de fausses informations médicales, voire engager des discussions à l’intimité dérangeante avec des mineurs. Accélérer tout en installant quelques ralentisseurs sur l’autoroute, voilà désormais la promesse des industriels de l’IA. Attention à ne pas finir dans le décor.

    (1) Alex Hanna et Emily Bender, The AI Con : How to Fight Big Tech’s Hype and Create the Future We Want, éd. Harper, 288 p. (2025, non traduit).

    #IA #Santé_mentale #Psychologie

  • “Petite Fille au napalm” : cette nouvelle expertise qui confirme que Nick Ut ne peut pas avoir pris la photo

    Non, Nick Ut ne serait pas l’auteur de l’iconique photographie de la « Petite Fille au napalm », saisie le 8 juin 1972 en pleine guerre du Vietnam. C’est ce que démontre, après six mois d’une étude méticuleuse des archives, le photographe indépendant français Tristan da Cunha. « Il est possible de prouver que la photo a été faite avec un Pentax. Or Nick Ut n’en avait pas en main ce jour-là », analyse ce passionné de photographie argentique.
    [...]
    Cette nouvelle analyse pourrait faire l’effet d’une bombe, puisqu’elle vient conforter l’hypothèse controversée portée par le documentaire The Stringer, selon laquelle l’auteur de la « Napalm Girl » serait en réalité un autre photographe vietnamien — Nguyen Thanh Nghe, humble pigiste resté dans l’ombre.

    https://www.telerama.fr/debats-reportages/petite-fille-au-napalm-cette-nouvelle-expertise-qui-confirme-que-nick-ut-ne
    https://archive.is/57hXn

  • À la lecture des journaux ce matin, je comprends qu’une bande de gentils fanatiques sionistes ont certes lynché violemment une poignée de gens qui manifestaient contre un soit-disant génocide qui se déroulerait on ne sait pas trop où, mais c’était uniquement pour se défendre contre une agression antisémite qui leur gâchait le plaisir d’un concerto de Beethoven.

    Témoignange : « je n’ai pris aucun plaisir à me défouler en rouant une femme pro-palestinienne de coups, mais quand il s’agit de Beethoven, un homme se doit de faire ce qu’il faut faire ».

    https://www.liberation.fr/societe/a-paris-un-concert-de-lorchestre-philharmonique-disrael-tourne-au-chaos-2

    Dans un message publié sur X, le rabbin Gabriel Farhi, qui se présente comme chroniqueur sur la radio communautaire juive Radio J, écrit qu’il ne « s’excuse pas » d’avoir « levé la main » sur une jeune femme lors du concert. « On ne se laisse pas faire », ajoute-t-il. Contacté par Libération, il confirme avoir « bousculé » la manifestante et déclare l’avoir « poussée de façon sèche vers la sortie ». « Je n’en suis pas fier. » Mais Gabriel Farhi assure n’avoir donné « aucun coup ». « Je n’ai pas à m’excuser de mon geste. Le fumigène était dirigé vers le cou de mon épouse, ses cheveux étaient en train de brûler », poursuit-il, tout en ajoutant ne pas avoir porté plainte.

    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/11/08/reactions-indignees-apres-des-perturbations-lors-du-concert-parisien-de-l-or

    « Cinq, peut-être dix minutes plus tard, l’orchestre s’est interrompu de nouveau. J’ai vu un jeune homme brandir un fumigène depuis les gradins, il y avait des flammes, c’était impressionnant, raconte Valérie (elle a souhaité garder l’anonymat), venue assister au concert avec son fils. Ça aurait pu être très dangereux. Il y avait des cris, une ouvreuse était en pleurs, j’ai eu très peur. »

    Libération, le Monde et le Figaro mentionnent avec gourmandise « le Concerto pour piano n° 5, dit “L’Empereur”, de Ludwig van Beethoven », mais occultent sciemment ce que Télérama a pourtant relevé :
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/que-s-est-il-passe-jeudi-soir-a-la-philharmonie-avec-l-orchestre-d-israel-r

    hymne israélien joué sur scène et chanté par une partie du public

    Ce qui permet de prétendre en toute bonne conscience que les militants ciblaient « les juifs » plutôt qu’Israël et les complices du génocide.

    • Les images rappellent ce match de foot durant lequel les supporters israéliens se sont allègrement lâchés en allant lyncher les gens dans les tribunes, avant d’être présentés comme les victimes, le lendemain, par l’ensemble de notre classe politico-médiatique. Et la même chose, une autre fois, dans les rue d’Amsterdam.

    • Le témoin de Libé, selon lequel « le fumigène était dirigé vers le cou de mon épouse, ses cheveux étaient en train de brûler », est le même dont l’agression « islamiste antisémite propalestienne » avait suscité « une très forte émotion » en 2003.

      Mais un article de 2015 du Parisien revenait sur cette « agression imaginaire » :
      https://www.leparisien.fr/faits-divers/ecole-d-aubervilliers-de-precedentes-agressions-imaginaires-en-france-14-

      Gabriel Farhi : le rabin qui s’était auto-poignardé

      Le 3 janvier 2003, Gabriel Farhi, 34 ans, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF), est blessé par un coup de couteau dans l’abdomen dans sa synagogue rue Pétion à Paris (11e arrondissement). Transféré à l’hôpital Saint-Antoine, il en sort le soir même. L’agression était survenue alors qu’il était seul dans la synagogue avant le début de l’office du shabbat. Il avait déclaré : « Quelqu’un a sonné à la porte. J’ai ouvert, un homme un peu plus petit que moi – environ 1,75 mètre –, la tête couverte d’un casque de moto intégral avec la visière opaque rabaissée, a prononcé Allahou Akbar – Dieu est grand – et m’a donné un coup de couteau. Son accent était très français. »

      Le matin même, une lettre anonyme était arrivée au siège du Mouvement juif libéral de France (MJLF), affirmant : « Nous aurons la peau du rabbin Gabriel Farhi et nous vengerons le sang de nos frères palestiniens [...] Après avoir mis le feu à sa synagogue, nous nous vengerons directement sur lui. »

      Immédiatement, le président de la République Jacques Chirac fait porter à la victime une lettre qui condamne l’agression et le rabbin Farhi est immédiatement placé sous protection policière et le ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy, fait part de sa « détermination » à élucider l’affaire. Cinq jours plus tard, une « prière pour la fraternité et la solidarité » est organisée à la synagogue. Sont présents : Nicolas Sarkozy, Bertrand Delanoë (maire de Paris), Jack Lang, Guy Béart, Mgr Jean-Marie Lustiger (archevêque de Paris), Dalil Boubakeur (recteur de la Mosquée de Paris), ainsi que quatre anciens premiers ministres : Édouard Balladur, Alain Juppé, Laurent Fabius et Lionel Jospin.

      Neuf jours plus tard, non seulement l’affaire n’est pas résolue, mais les enquêteurs de la PJ sont de plus en plus perplexes face à « une quinzaine d’éléments accréditant des zones d’ombre qui fragilisent la version de M. Farhi ». Les enquêteurs soulignent également les « déclarations contradictoires du rabbin ». La presse rapporte une note du médecin-chef des pompiers décrivant une « plaie hésitante pouvant correspondre à une automutilation »…

      Finalement, le 4 septembre 2008, la juge Marie-Antoinette Houyvet rendait une ordonnance de non-lieu, au terme de cinq ans d’instruction, au bénéfice de Charles Leselbaum, maître de conférence à la retraite qui connaissait la « victime », qui avait été mis en examen pour des faits de menaces de mort qu’il avait toujours contestés.

    • Aymeric Caron sur X :
      https://x.com/CaronAymericoff/status/1987143850641514545

      Le chef de l’orchestre philharmonique d’Israël a choisi de terminer son concert à Paris en jouant l’hymne israélien, ce que personne ou presque n’a jugé bon de préciser.

      C’est un acte politique, de soutien à un pays en train de commettre un génocide.

      Et après, la classe politique et médiatique, quasi unanime, ose qualifier les manifestants d’antisémites ?

    • Que s’est-il passé jeudi soir à la Philharmonie avec l’Orchestre d’Israël ? Récit d’un concert sous haute tension
      https://www.telerama.fr/debats-reportages/que-s-est-il-passe-jeudi-soir-a-la-philharmonie-avec-l-orchestre-d-israel-r

      VIDÉO - Fumigènes, évacuation musclée, hymne israélien joué sur scène et chanté par une partie du public… Nous étions au concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël à la Philharmonie de Paris jeudi soir, qui s’est terminé par quatre interpellations.

      Une quinzaine de véhicules de police s’est installée autour de la Philharmonie de Paris. Jeudi 6 novembre, le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël s’annonce sous haute tension. Plusieurs organisations (Artistes pour la Palestine, BDS France, Snam-Île-de-France, Solidaires Sud Culture, Tsedek !, UJFP, Urgence Palestine) ont appelé à sa déprogrammation. Mais la Philharmonie maintient l’événement. Les spectateurs doivent patienter de longues minutes avant d’entrer dans la salle, qui a pour l’occasion intensifié les contrôles de sécurité.

      Le concert commence avec une demi-heure de retard. Aucune prise de parole, comme le demandait la CGT dans son communiqué, appelant à une « contextualisation » du concert. L’Orchestre philharmonique d’Israël, sous la direction de Lahav Shani et avec le pianiste András Schiff, se lance dans le Cinquième Concerto pour piano et orchestre de Beethoven. Mais au bout de quelques minutes, une spectatrice se lève, en criant « Israël assassin » et en lançant des dizaines de trac intitulé « Pas de musique pour les colons, mort à l’occupation ». Ce trac dénonce le contexte de « guerre culturelle » : « Cet orchestre est au service de la respectabilité et de la normalisation de l’apartheid. » La militante est rapidement sortie de la salle par la sécurité.

      Le concert va à nouveau être interrompu par un autre spectateur, qui allume cette fois-ci un fumigène. « Où est la police ? » hurle une personne. La scène est bien plus violente. Le militant va être agressé à plusieurs reprises par différents individus. Il sort de la salle la tête ensanglantée. Dans un communiqué, la Philharmonie de Paris constate que « des spectateurs se sont interposés et des affrontements ont eu lieu ». Le concert reprend avant d’être à nouveau stoppé par une spectatrice, envoyant une boule puante. Les invectives fusent dans la salle : « antisémites », « il y a des complices à l’intérieur »…

      À l’entracte, un spectateur confie : « C’est pesant, je ne sais pas si je vais rester jusqu’au bout. » Une petite partie du public a déjà quitté les lieux après l’incident avec le fumigène. La deuxième partie du concert se déroule plus calmement, avec la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski, acclamée par la salle. Mais après avoir joué en premier bis « Nimrod », extrait des Variations Enigma d’Edward Elgar, l’Orchestre se lance dans un autre rappel. Les musiciens se lèvent et interprètent l’hymne israélien. Une partie du public chante les paroles. Un spectateur se félicite de voir « un orchestre aussi courageux ». Mais un autre nous interpelle : « Est-ce le rôle d’une institution publique de laisser jouer l’hymne d’un pays en guerre ? »

      Contacté par Télérama, Olivier Mantei, directeur général de la Philharmonie de Paris, précise : « L’hymne israélien n’était pas prévu dans le programme de l’orchestre. Il a été interprété sans que la Philharmonie en soit préalablement informée. C’est donc la responsabilité de l’orchestre et de lui seul. » À la sortie, un groupe d’une dizaine d’activistes sont fouillés par les CRS. L’Orchestre philharmonique d’Israël poursuit sa tournée en Europe, se produisant le 11 novembre à Munich. La Philharmonie de Paris a annoncé porter plainte à la suite de ces graves incidents.

  • Sans grande surprise, une petite redite de l’incendie du Reichtag.
    “Tous les responsables démocrates doivent être arrêtés” : aux États-Unis, la guerre à la démocratie est déclarée
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/tous-les-responsables-democrates-doivent-etre-arretes-aux-etats-unis-la-gue

    Depuis l’assassinat de l’influenceur Charlie Kirk, qualifié de “martyr” par le camp trumpiste, le président américain et la presse qui le soutient se déchaînent contre la gauche. Avec une rhétorique de plus en plus menaçante.

  • “Tous les responsables démocrates doivent être arrêtés” : aux États-Unis, la guerre à la démocratie est déclarée
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/tous-les-responsables-democrates-doivent-etre-arretes-aux-etats-unis-la-gue

    Depuis l’assassinat de l’influenceur Charlie Kirk, qualifié de “martyr” par le camp trumpiste, le président américain et la presse qui le soutient se déchaînent contre la gauche. Avec une rhétorique de plus en plus menaçante.

    D’ailleurs, sur France Inter, on te m’a expliqué que si j’étais pas Charlie, c’était que j’étais pour la violence politique, et que c’est toujours la même chose avec les wokistes, comme en 2015 avec Charlie Hebdo.

    https://seenthis.net/messages/1134118#message1134338

  • Une nouvelle couleur grâce à une illusion d’optique  !

    Une équipe de chercheur a découvert il y a qq mois qu’il était possible de voir une nouvelle couleur, nommée olo, à coup de laser dans la rétine !

    https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adu1052

    Le principe est, parmi les 3 types de cônes dans la rétine (S, M, L), d’exciter celui du vert (M) sans toucher celui du rouge (L). Ce qui devrait être impossible en pratique, car la sensibilité des deux est très proche. Donc les chercheurs utilisent un laser qui va permettre d’illuminer précisément les M sans toucher aux L, et le cerveau va perdre pied et inventer pour l’esprit une nouvelle couleur proche du cyan.

    Ce site propose finalement, sans laser mais grâce à une illusion d’optique, de percevoir cette nouvelle couleur  :

    https://dynomight.net/colors

    Il faut pour ça cliquer puis fixer attentivement avec un seul œil le point blanc du milieu sur l’animation suivante et attendre une dizaine de seconde pour apercevoir un effet ressemblant à une éclipse  :

    https://dynomight.net/img/colors/eclipse-(255,0,0)-(0,170,85)-700px-15s-70s-shrink.sv

    [edit : comme d’hab, impossible d’afficher un p... de svg, ni même son lien... donc ajoutez un g à l’URL vous même]

    Et, coïncidence, Télérama nous rappelle au même moment que les couleurs, c’est en fait du pipo  !
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/humains-animaux-differentes-visions-un-seul-constat-les-couleurs-n-existent

    Archivé ici  : https://archive.is/HoGuD

  • De plus en plus à droite, les Français ? Faux, pour le sociologue Vincent Tiberj
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/de-plus-en-plus-a-droite-les-francais-faux-pour-le-sociologue-vincent-tiber

    Quand on est membre d’un champ intellectuel, médiatique, politique, il est normal d’essayer d’imposer sa manière de penser. Un acteur politique a tout intérêt à ce qu’une campagne électorale se joue sur son terrain. Vous êtes Marine Le Pen, vous serez ravie que la campagne parle d’immigration et d’insécurité, c’est votre domaine, ce qu’en sociologie politique on appelle « issue ownership » – le fait d’être « propriétaire de ses enjeux ». Ça convient au Rassemblement national (RN) qu’on mette l’accent sur le sujet de l’immigration, davantage encore si l’on en parle en allant dans son sens, à savoir en le liant à l’insécurité. Si la campagne portait sur la redistribution sociale, le RN serait handicapé, comme toute la droite d’ailleurs.

  • Depardieu, son avocat et la “victimisation secondaire” : “Défendre, ça ne veut pas dire écraser les victimes”

    Reconnu coupable, le 13 mai, d’agressions sexuelles pendant un tournage, l’acteur doit aussi verser 1 000 euros aux deux plaignantes en raison de la “dureté excessive des débats à leur encontre” pendant l’audience, une première en France. Décryptage.

    https://www.telerama.fr/debats-reportages/depardieu-son-avocat-et-la-victimisation-secondaire-defendre-ca-ne-veut-pas

    #feminisme

  • “C’est vraiment minable” : une grande signature du “Canard enchaîné” en conflit avec la nouvelle direction
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/c-est-vraiment-minable-une-grande-signature-du-canard-enchaine-en-conflit-a

    La chronique de Claude Angeli, doyen du journal satirique, est non publiée ou amputée de sa signature depuis décembre dernier. Selon lui, il paierait son soutien au journaliste qui a révélé l’histoire d’emploi présumé fictif du “Palmipède”.

    La famille continue de se déchirer au Canard enchaîné . C’est au tour du doyen et figure tutélaire du « Palmipède », Claude Angeli (93 ans), aujourd’hui à la retraite mais toujours pigiste, de pâtir des suites de l’affaire qui empoisonne la vie de la rédaction depuis trois ans. Soutien notable de Christophe Nobili, le journaliste qui a révélé cette vilaine histoire d’emploi présumé fictif au sein de l’hebdomadaire satirique, l’ancien rédacteur en chef voit, depuis décembre dernier, sa chronique consacrée aux questions de défense régulièrement non publiée ou amputée de sa signature. « C’est la première fois que ça m’arrive en cinquante-quatre ans de carrière au Canard [il y est entré en 1971, ndlr], déplore-t-il. On n’a pas le droit d’enlever ma signature sans mon autorisation. La nouvelle direction [composée d’Erik Emptaz et Hervé Liffran, ndlr] voudrait m’écarter du journal qu’elle ne s’y prendrait pas autrement… » Contacté, Erik Emptaz, le nouveau président des Éditions Maréchal, la société éditrice du Canard enchaîné, n’a pas répondu à nos sollicitations.

    Aucun de ses articles n’a ainsi été publié ou signé entre le 1ᵉʳ décembre et le 22 janvier derniers, sauf le 8 janvier. Celui publié trois semaines plus tard comportait bien sa signature, mais accompagnée de celle de « Jérôme Canard », un pseudonyme collectif très utilisé dans le journal pour préserver l’anonymat du journaliste (souvent un pigiste) qui y a contribué. Bref, c’est un peu à l’avenant, les chroniques d’Angeli étant supprimées ou décalées officiellement « faute de place », dixit l’intéressé. Ce dernier a même fait constater la situation par huissier et s’est adjoint les services d’un avocat pour faire valoir ses droits, et un signalement a été effectué auprès de l’inspection du travail.

    Une ambiance dégradée

    Claude Angeli, à qui l’on doit quelques-uns des scoops retentissants qui ont ponctué l’histoire du « Volatile » (feuille d’impôt de Chaban-Delmas, diamants de Bokassa…) paierait d’après lui son soutien à Christophe Nobili depuis la révélation de l’affaire, qu’il avait qualifiée de « lamentable » dans nos colonnes : il s’est encarté à la section syndicale (SNJ-CGT) créée en 2022 par le journaliste lanceur d’alerte (aujourd’hui délégué du personnel), et surtout s’est constitué partie civile (avec cinq autres collègues) à ses côtés en vue du procès qui doit se dérouler en juillet prochain au tribunal judiciaire de Paris, après un premier renvoi. Les ex-dirigeants du Canard Michel Gaillard et Nicolas Brimo, ainsi que l’ancien dessinateur André Escaro et son épouse sont poursuivis notamment pour « abus de biens sociaux ».

    « J’ai des valeurs et une certaine conception de ce métier. Ce qu’on essaie de me faire est vraiment minable », commente, un brin amer, Claude Angeli, qui déplore aussi que l’ambiance se soit à ce point dégradée dans la rédaction. « Le Canard , c’était un endroit où on rigolait bien, où on mangeait souvent ensemble, se rappelle-t-il. Aujourd’hui, les gens ne se parlent plus. La nouvelle direction s’est installée dans les fauteuils de l’ancienne sans rien changer, alors qu’elle aurait pu modérer la crise. » Trois pigistes ont saisi le tribunal des prud’hommes pour harcèlement et / ou discrimination, afin d’obtenir leur titularisation (l’un d’eux affiche plus de trente ans d’ancienneté). Bref, la situation en interne paraît toujours aussi difficile. Et ce n’est pas l’approche du procès pénal qui risque de la détendre ces prochaines semaines.

    • Canard enchaîné : Christophe Nobili gagne aux prud’hommes
      https://www.humanite.fr/medias/canard-enchaine/canard-enchaine-christophe-nobili-gagne-aux-prudhommes

      Le conseil des prud’hommes de Paris a reconnu la discrimination syndicale subie par Christophe Nobili, journaliste au Canard Enchaîné.
      Publié le 4 mars 2025

      C’est l’épilogue d’un feuilleton judiciaire qui aura duré près de deux ans. Christophe Nobili a obtenu gain de cause devant le conseil des prud’hommes de Paris, qui a reconnu une discrimination syndicale de son employeur, le Canard enchaîné, à son encontre. L’ancien directeur général du journal satirique, Nicolas Brimo, et son ex-président, Michel Gaillard, ont été condamnés à lui verser chacun 10 000 euros de dommages et intérêts.

      Christophe Nobili avait, en 2022, dénoncé l’existence présumée d’un emploi fictif au Canard enchaîné, s’attirant les foudres de sa direction. L’année suivante, Nicolas Brimo et Michel Gaillard avaient tenté de le licencier, une procédure finalement invalidée par l’inspection du travail. Estimant avoir été victime de discrimination syndicale, le journaliste avait saisi la justice contre ses dirigeants de l’époque.

  • La France a désormais son Myrotvorets.

    https://www.telerama.fr/debats-reportages/le-media-d-extreme-droite-frontieres-fiche-les-assistants-parlementaires-70

    Quelques semaines après avoir ciblé des avocats spécialisés en droit des étrangers dans un hors-série sur « l’invasion migratoire », Frontières récidive, en s’attaquant cette fois-ci aux assistants parlementaires des élus LFI. Une quinzaine d’entre eux sont ainsi nommément classés par catégories (réseaux islamistes, black blocs, antisémitisme, etc.), présentés comme une « nébuleuse opaque » portée sur la violence. Parfois, un engagement associatif (auprès d’Utopia 56, par exemple, qui vient en aide aux exilés) ou l’appartenance à un groupe d’ultras (en l’espèce le virage Auteuil du Parc des Princes, présenté comme un bastion de « l’extrême gauche antifa ») suffit à justifier l’attaque ad hominem.

  • Comment le groupe Bolloré réduit ses anciens journalistes au silence, révèle Reporters sans frontières
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/comment-le-groupe-bollore-reduit-ses-anciens-journalistes-au-silence-revele

    Ils seraient plusieurs centaines. Selon une enquête, que nous avons pu consulter, qui sera publiée le 18 mars par Reporters sans frontières (RSF), au moins cinq cents journalistes auraient signé des ​​clauses de « confidentialité », de « non-dénigrement » ou encore de « loyauté » avant de quitter l’un des médias contrôlés par le groupe Bolloré ou en passe de l’être (Canal +, i-Télé devenue CNews, Paris Match, Europe 1, Le JDD, Prisma Media…) depuis 2015. « Ces clauses aux contours très flous et sans limites dans le temps condamnent les journalistes au silence à vie, sans qu’ils puissent témoigner des possibles brutalités ou dysfonctionnements qui se passent dans ces sociétés, déplore Thibaut Bruttin, secrétaire général de RSF. Aujourd’hui en France, le droit des entreprises de protéger leur image prime sur le principe fondamental du droit du public à être informé. »

  • Donald Trump fait effacer des milliers de photos dans les archives du Pentagone
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/donald-trump-fait-effacer-des-milliers-de-photos-dans-les-archives-du-penta

    au moins vingt-six mille photos des archives numériques du Pentagone seront supprimées pour gommer toute référence aux programmes favorisant « diversité, équité et inclusion »

  • Siri visé par une plainte en France : le long combat d’un lanceur d’alerte
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/siri-vise-par-une-plainte-en-france-le-long-combat-d-un-lanceur-d-alerte-70


    Thomas Le Bonniec, ex-employé de la firme et devenu lanceur d’alerte. Photo Jérôme Bonnet pour Télérama

    Il y a quatre ans, Télérama avait rencontré ce jeune Français, recruté à la sortie de l’université comme sous-traitant de l’entreprise à la pomme. En 2019, répondant à une offre d’emploi mystérieuse et bardée de clauses de confidentialité, il ne connaît alors pas l’identité de son employeur final. Tout juste sait-il qu’il devra « contrôler la qualité de la donnée ». Il accepte, s’envole pour Cork, à deux heures de Dublin, haut lieu de l’optimisation fiscale. Là-bas, salarié par une société du nom de GlobeTech, il est chargé d’écouter et de retranscrire mille trois cents enregistrements, « parfois très intimes ou violents », par jour. Objectif, bien avant la hype autour de ChatGPT : entraîner l’intelligence artificielle de Siri, embarqué dans les iPhone depuis 2011. Au bout de quelques semaines, il prend la tangente. « Ce boulot rend tellement mou que j’ai craqué à retardement », nous expliquait-il alors, décrivant des conditions de travail éprouvantes, soumises au secret.

    Watergate domestique

    Des universitaires, comme la sociologue américaine Sarah T. Roberts, pointent de longue date les risques psychosociaux, et même de stress post-traumatique, de ces métiers invisibles du numérique ; mais ils restent indispensables à la bonne marche du capitalisme extractiviste des plateformes. Thomas Le Bonniec décide alors de dénoncer ce Watergate domestique, convaincu qu’il s’agit « d’un système d’écoute à grande échelle ». Il alerte la presse anglo-saxonne dès l’été 2019, ce qui pousse Apple à suspendre momentanément son programme d’évaluation de Siri. De son côté, GlobeTech annonce le licenciement de trois cents salariés. En réalité, ils sont mis au chômage technique pendant six semaines, le temps pour la Californie de dépêcher une équipe en urgence, afin de relancer la machine. Enfreignant sa clause de confidentialité, le jeune homme sort même de l’anonymat et saisit les agences de protection des données européennes. Las, la Cnil irlandaise a classé sans suite son signalement à l’été 2022. Sans jamais ouvrir d’enquête. D’où cette nouvelle offensive sur le front judiciaire français.

    Hasard – ou non – du calendrier, la justice californienne doit valider ce vendredi une procédure à l’amiable dans une affaire similaire, qui concerne aussi #Siri : visé par un recours collectif d’utilisateurs américains, Apple, qui a toujours réfuté les accusations de #surveillance, a accepté de payer 95 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites. De quoi entacher la réputation de la première capitalisation boursière de la planète, qui met en avant son respect scrupuleux de la vie privée, mais goûte peu qu’on regarde de trop près l’arrière-boutique. En 2023, une autre lanceuse d’alerte, l’Américaine Ashley Gjøvik, nous racontait comment #Apple utilisait ses propres salariés comme cobayes, les obligeant à utiliser des applications clandestines pour entraîner son logiciel de #reconnaissance_faciale, et multipliant les expérimentations pour collecter des #informations_biométriques et améliorer les produits de la marque : scan des conduits auditifs, mesure du sommeil, pression artérielle et même surveillance du cycle menstruel.

    #IA