Erreur 404

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  • #Romain_Rancière
    Professeur d’économie à l’Université de Californie du Sud

    Cyril Benoit
    Banquier d’investissement

    « Si nous ne mettons pas en place une #solidarité entre victimes et #gagnants de la #pandémie de #Covid-19, nous en paierons le prix collectif »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/25/si-nous-ne-mettons-pas-en-place-une-solidarite-entre-victimes-et-gagnants-de

    « L’économiste Romain Rancière et le financier Cyril Benoit proposent, dans une tribune au « Monde », que les entreprises dont le chiffre d’affaires a progressé de plus de 5 % par rapport à la moyenne des trois années précédentes s’acquittent d’une contribution exceptionnelle destinée à financer les pertes de profit des PME et indépendants.

    [...]

    Mécanismes inégalitaires redoublés
    De surcroît, les effets de la pandémie sur l’offre seront démultipliés par la baisse de la demande qui suivra la destruction des entreprises victimes du choc d’injustice (« Macroeconomic Implications of Covid-19 : Can Negative Supply Shocks Cause Demand Shortages ? », Veronica Guerrieri, Guido Lorenzoni, Ludwig Straub et Iván Werning, « Working Paper » n° 26918, NBER, avril 2020).

    Deux risques, donc. Celui d’assister à la disparition d’un grand nombre d’entreprises économiquement viables, voire innovantes. Et celui de voir les conséquences négatives de cette crise s’approfondir en déprimant encore plus la demande globale. Les pertes d’activités et d’emplois viendraient alors éteindre les espoirs d’une reprise vigoureuse. C’est ce second impact que la solidarité fiscale interentreprises que nous proposons devrait également permettre de prévenir.

    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : « Pour sauver l’économie, il faut d’abord sauver les gens »
    Notre proposition s’inscrit dans le contexte plus large d’une réflexion, qui s’est intensifiée ces dernières années, sur l’impact redistributif des chocs et des politiques macroéconomiques. La politique monétaire a principalement favorisé les détenteurs d’actifs financiers, ou encore les plus grosses entreprises qui émettent des obligations achetées par la Banque centrale européenne (BCE), auxquelles les autres n’ont pas accès.

    La pandémie redouble les mécanismes inégalitaires, et demande donc des politiques fiscales redistributives renforcées. L’économiste Antoine Monserand soutenait récemment l’idée d’une contribution de solidarité sur l’ensemble des revenus, ménages et entreprises. Notre proposition se concentre sur les entreprises. Mais poser la question de la taxation de l’épargne accumulée durant la crise par les plus fortunés, au travers, par exemple, de la réintroduction d’un impôt de solidarité financière, va de soi.

    Danger social et politique
    L’alternative aux politiques de solidarité que nous proposons est prévisible : une combinaison de renoncement à amortir le choc d’injustice et l’émission massive de nouvelle dette. Si celle-ci semble aujourd’hui relativement indolore (en raison des taux nuls et des achats massifs de la BCE), on sait qu’elle entraînera tôt ou tard une « réflexion » sur la trajectoire des finances publiques, en réalité des coupes dans les dépenses publiques, alors même que la crise a révélé les effets délétères des coups de rabot répétés sur les moyens publics conçus pour faire face à de tels chocs, à l’hôpital et ailleurs.

    La composition de la récente Commission sur l’avenir des finances publiques est, par les profils conservateurs qui ont été nommés, annonciatrice de tels plans de réduction des dépenses publiques.

    L’enjeu de la mise en place de politiques fiscales redistributives exceptionnelles est considérable face à l’injustice provoquée par la pandémie et à l’ignorance, feinte ou naïve, des conséquences de l’endettement massif sur l’action publique. Si elle n’est pas traitée avec responsabilité et sérieux, cette incertitude radicale pourrait être la source d’un danger social et politique qui le serait encore plus.

    L’histoire garde la mémoire des graves émeutes causées sous l’Ancien Régime par la dénonciation des « accapareurs ». Ceux des gagnants qui refuseraient d’être solidaires se désigneraient comme tels. Nous sommes une nation solidaire. Nous devons nous épauler, aujourd’hui plus que jamais.

  • « Les musées sont sans doute les lieux où les interactions humaines et les risques de contamination sont les moins avérés »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/31/les-musees-sont-sans-doute-les-lieux-ou-les-interactions-humaines-et-les-ris

    Un collectif d’amoureux de la culture, parmi lesquels Florence Belkacem, Carla Bruni-Sarkozy ou Elsa Zylberstein, plaident, dans une tribune au « Monde », en faveur d’une réouverture immédiate des musées pour améliorer la santé mentale des Français.

    Tribune. La pandémie nous oblige à limiter les interactions entre personnes, mais pas celles entre les personnes et les œuvres d’art ! Les musées, les expositions et les monuments historiques sont fermés depuis novembre 2020 et un nouveau confinement risque de prolonger de plusieurs semaines voire de plusieurs mois cette impossibilité de voir une œuvre d’art autrement que sur un écran…

    Nous demandons qu’il soit mis fin à ce statu quo mortifère qui attaque de façon insidieuse notre santé mentale et que les lieux patrimoniaux accueillent de nouveau du public. Et ce, dès le mois de février.

    Oh, une tribune de people, comme c’est chic. (Le Monde se rend-il compte du grotesque de ce genre de tribune, ou bien pense-t-il que ça va plaire aux derniers pingouins qui achètent encore le journal.)

    Bon alors je suis très énervé par ce genre de considérations.

    Commencer par écrire qu’« un nouveau confinement risque de prolonger de plusieurs semaines voire de plusieurs mois… », c’est vraiment l’aveuglement du moment. Comme on voit bien que ça ne baisse pas tout seul tant qu’on ne prend pas de mesure pour diminuer drastiquement la circulation du virus, alors rien ne pourra rouvrir. Cet été, à ce rythme, tout sera encore fermé. Ce n’est pas « un nouveau confinement » qui « risque » de prolonger les fermetures : ce qui « prolonge » l’agonie de la société, ça a été la sortie précipitée du pseudo-confinement de novembre pour « sauver Noël » et le refus systématique depuis de prendre des mesures pour réduiraient efficacement les contaminations.

    C’est le gros problème de ces pressions corporatistes : prétendre qu’on ne se contamine pas « dans ce lieu spécifique », donc ça on doit rouvrir sans attendre, éventuellement en prenant quelques vagues mesures supplémentaires de jauge et de surveillance, et puis zut pour le reste. Ça consiste donc uniquement à transférer la merde sur quelqu’un d’autre, en permettant au gouvernement de ne jamais prendre les mesures efficaces pour sérieusement réduire les contaminations.

    Et en mettant bout à bout toutes ces tribunes, on se rend bien compte qu’il n’y a rigoureusement aucun lieu ou situation où l’on pourrait transmettre cette saloperie de virus. (C’est la magie du Covid.)

    Cette logique de fermer « le moins possible » à court terme, ça revient à faire en permanence des « arbitrages » : si on s’autorise 0.1 de plus de R_effectif avec telle activité, alors il faut récupérer 0.1 ailleurs. On prétend rouvrir les universités un jour par semaine, sans prendre aucune des mesures techniques (capteurs, aération…) réclamées par tout le monde, alors il faut fermer les magasins des centres commerciaux en plein milieu des soldes. On ouvre les « petits » commerces, parce que c’est Noël, alors on interdit le réveillon. On entasse les gens dans les transports en commun pour aller bosser, mais on confine tout le monde à 18 heures. On laisse les enfants aller à l’école et à la cantine, mais on interdit toutes les sorties scolaires. On laisse les entreprises organiser comme elles veulent le télétravail, mais on interdit toutes les activités des enfants et on ferme les salles de sport. Et c’est comme ça ad lib.

    C’est même la principale activité du gouvernement et de ses ministres depuis un an : négocier qui « gagne » un peu de relâchement du R_effectif dans son domaine, au détriment de quel autre ministère qui va devoir restreindre telles activités pour compenser.

    Tant qu’on ne prend pas des mesures sérieuses pour faire beaucoup baisser la circulation du virus (situation qu’on avait quasiment « gagnée » après le premier confinement, ce qui avait permis de retrouver une vie quasiment normale l’été), on restera à ces petits rééquilibrages, mais il sera rigoureusement impossible d’envisager des réouvertures généralisées. Même les investissements dans des capteurs et des aérateurs dans les collèges et universités, ça ne serait viable qu’à la condition de nettement réduire les contaminations en amont. Avec ce petit jeu de rouvrir un truc pour limiter ailleurs pour complaire à tel lobby professionnel ou telle tribune de people dans le journal, tout ce qu’on fait, c’est de maintenir la mortalité à un A340 par jour, et on se condamne à ne pas pouvoir redémarrer la moindre activité impliquant des contacts entre les gens.

    Un effet de la multiplication de ces tribunes sectorielles, c’est qu’elles tendent à rendre totalement illégitime ces arbitrages, en promouvant le « whataboutism » (de façon systématique : pourquoi on restreint cette activité spécifiquement, alors qu’on peut citer plein d’autres activités qui sont tout autant responsables des contaminations) ; alors même que le principe même de ces tribunes est que l’on reste dans une situation collective qui rend ces arbitrages inévitables.

    Alors les musées, oui ça me fait chier que ce soit fermé, parce que ce sont mes principaux clients, et qu’en ce moment, il n’y a plus aucune commande d’écrans tactiles parce qu’il n’y a plus d’expos organisées, ou que les expos prévues, c’est un peu à l’économie parce que personne ne sait si elles auront réellement lieu, ou si ce sera reporté aux calendes grecques… (Pour l’instant, ça va on a du travail sur des sites Web, mais la visibilité pour la suite, hé ben on sait pas.)

    Ce genre de tribune, à revient à écrire : « Rouvrons notre truc maintenant, ça soulagera la population des autres restrictions, et ça nous évitera de prendre des mesures fortes pour réduire la circulation du virus – mesures efficaces qui sont présentées, d’entrée de jeu et sans voir la contradiction, comme “prolongeant” les fermetures, alors que c’est au contraire l’absence de mesures sérieuses qui prolonge l’agonie de ces secteurs –, et puis si nous on rouvre grâce à notre lobbying, tant pis si tous les autres restent fermés jusqu’en février 2022. »

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    Et toujours ces considérations sanitaires totalement approximatives, sur la base d’une photo d’une salle immense et vide d’un des plus grands musées du monde : le Louvre.

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    Et puis merde, c’est quoi l’impression que ça donne, alors que tout le monde en chie et se prépare à en chier encore plus, de lire dans le Monde une tribune signée par « un collectif d’amoureux de la culture », « Florence Belkacem, Carla Bruni-Sarkozy ou Elsa Zylberstein », pour demander spécifiquement la réouverture des musées « pour améliorer la santé mentale des Français » ?

  • Vaccins : l’UE instaure un contrôle des exportations, l’OMS dénonce
    https://www.voaafrique.com/a/vaccins-l-ue-instaure-un-contr%C3%B4le-des-exportations/5757108.html

    Même si à la Commission, on se défend de viser une entreprise en particulier, le mécanisme est introduit sur fond de vif différend entre l’UE et le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca, qui a annoncé réduire de trois-quarts ses livraisons de vaccins aux Vingt-Sept en raison d’un problème de « rendement » sur une usine en Belgique.

    L’argument ne convainc guère Bruxelles. L’UE rappelle que le contrat signé supposait une production sur quatre usines (deux dans l’UE et deux au Royaume-Uni), et que des difficultés sur le seul site belge incriminé ne peuvent expliquer l’ampleur des retards.

    D’autant que le contraste est flagrant avec sa promesse de fournir 2 millions de doses hebdomadaires au Royaume-Uni, où la campagne de vaccination continue de prendre de l’ampleur.

    #Vaccins anti-Covid : l’UE renonce à inclure l’Irlande du Nord dans ses contrôles d’exportations
    https://www.france24.com/fr/europe/20210130-vaccins-anti-covid-l-ue-renonce-%C3%A0-inclure-l-irlande-du-nord-

    Le #Royaume-Uni importe les vaccins anti-Covid de Pfizer et BioNTech d’une usine en Belgique.

    L’#UE a par ailleurs réclamé au laboratoire AstraZeneca de recourir à la production d’usines situées au Royaume-Uni pour fournir les doses promises aux Vingt-Sept.

    Cela pourrait affecter le programme de vaccination des autorités britanniques qui ont autorisé depuis plusieurs semaines ce vaccin, approuvé vendredi par le régulateur européen.

    #Guerre du vaccin : cessez le feu !
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/30/guerre-du-vaccin-cessez-le-feu_6068208_3232.html

    Il est déplorable que des intérêts politiques et des rivalités géopolitiques prennent le pas sur l’enjeu que personne ne devrait perdre de vue : vacciner le maximum de gens, en Europe et dans le reste du monde. C’était l’objectif initial de l’UE, qui voyait dans le vaccin un « bien commun mondial ». Il est temps d’y revenir, avec une coopération sans arrière-pensées entre gouvernements et industrie pharmaceutique.

  • « Il nous faut prendre garde à l’empilement des structures d’expertise, qui peut mettre à mal le programme national de vaccination »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/29/il-nous-faut-prendre-garde-a-l-empilement-des-structures-d-expertise-qui-peu

    François Bourdillon, ancien directeur de Santé publique France, considère, dans une tribune au « Monde », que le millefeuille institutionnel mis en place a généré des dysfonctionnements dans la campagne de vaccination.

    Tribune. L’épidémie de Covid-19 flambe. Depuis plusieurs mois, nous comprenons que nous aurons du mal à réguler l’épidémie avec les seules mesures de confinement et de distanciation, et les mesures barrières. Dans ce contexte, le vaccin apparaît comme un moyen de sortir de la crise, car il est supposé protéger les personnes les plus fragiles : les plus âgées et celles atteintes de comorbidités. La priorité est aussi donnée aux professionnels de santé : très exposés au virus, ils doivent être vaccinés pour réduire les risques de transmission nosocomiale, préserver l’accès aux soins et pour l’exemplarité puisque l’on sait que la vaccination du monde médical crée un très fort effet d’entraînement en faveur de la vaccination.

    Pour répondre à la pandémie, le gouvernement a fait le choix de s’appuyer sur un conseil scientifique. En outre, pour les questions relatives à la vaccination, il a mis en place un comité vaccin, un comité d’orientation de la stratégie vaccinale et une task force interministérielle pour les questions de logistique. Il dispose, de manière institutionnelle, d’un réseau d’agences spécialisées, dont les missions d’expertise et les champs d’action sont définis par la loi : la Haute Autorité de santé (HAS), autorité indépendante, contribue par ses recommandations à l’élaboration de la politique de vaccination. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) apporte son expertise pour la partie réglementaire et de pharmacovigilance ; et Santé publique France (SPF) intervient sur le champ de ses missions : surveillance, prévention et établissement pharmaceutique (approvisionnement et délivrance). La direction générale de la santé, enfin, élabore des « guides » pour aider à la mise en place de la vaccination en fonction des populations prioritaires. Les décisions sont prises en conseil de défense sanitaire, présidé par le président de la République, dont le mode opératoire est tenu secret. Il est vrai que l’enjeu est de taille, tant la vaccination est attendue. Cependant, ce millefeuille inquiète et pourrait, selon certains, être à l’origine des nombreux dysfonctionnements observés dans la conception et la mise en œuvre de la campagne vaccinale.

  • Pour ce chercheur de Harvard, c’est bien un vaisseau extraterrestre qui est venu nous voir en 2017
    https://www.ouest-france.fr/sciences/espace/pour-ce-chercheur-de-harvard-c-est-bien-un-vaisseau-extraterrestre-qui-

    En 2017, le passage d’un étrange corps céleste dans notre système solaire, baptisé Oumuamua (« le messager » en hawaïen), a mis les astronomes en émoi. À tel point que certains y ont vu l’émanation d’une vie extraterrestre. Une thèse évidemment controversée, mais qu’un scientifique réputé, Avi Loeb, défend toujours dans un ouvrage publié jeudi 28 janvier. Avec quelques arguments.

    « Si j’ai raison, c’est la plus grande découverte de l’histoire de l’humanité »​, avertit carrément Avi Loeb, directeur du département d’astronomie de l’Université de Harvard. La phrase claque sur le bandeau publicitaire rouge posé par l’éditeur français, Le Seuil, sur la couverture du livre, intitulé Le premier signe d’une vie intelligente extraterrestre.

    Un ouvrage publié jeudi 28 janvier partout dans le monde et consacré à Oumuamua, cet étrange objet en forme de cigare rougeâtre qui a traversé notre système solaire à toute vitesse, en 2017.

    Repéré le 19 octobre de cette année-là par le télescope Pan-Starrs1 à Hawaï, Oumuamua (qui signifie « le messager » en hawaïen) mesure 400 mètres de longueur et 40 mètres de largeur. Sa vitesse est si élevée qu’il ne peut provenir que d’une étoile distante – en l’occurrence Vega. Et surtout, c’est le premier corps céleste détecté venant d’un autre système stellaire.

    Une accélération bizarre et une forme insolite

    Question : comment qualifier cet étrange objet ? C’est un astéroïde affirment d’abord les astronomes. Avant qu’une équipe de l’Agence spatiale européenne estime qu’il s’agit plus probablement d’une comète venue de très loin.

    Mais ces deux hypothèses laissent quelques chercheurs sur leur faim. À commencer par Avi Loeb, donc, directeur de l’Institut de théorie et de calcul (ITC) du Centre d’astrophysique Harvard-Smithsonian et spécialiste des trous noirs. Selon lui, ces hypothèses ne permettent pas d’expliquer l’accélération de ce corps céleste, ni sa forme insolite, ni le fait qu’il n’ait dégagé aucune traînée – gaz ou poussières – en passant à proximité du Soleil.

    Avec un jeune associé de recherche, Shmuel Bialy, Avi Loeb publie alors un article dans la très sérieuse revue Astrophysical Journal Letters, avançant la théorie que Oumuamua ne peut être qu’une sonde propulsée par une civilisation extraterrestre.

    Leur publication est évidemment vivement critiquée. Aujourd’hui, écrit Avi Loeb dans son livre, « le débat se prolonge faute de preuves tangibles » et « quoi que l’on finisse par conclure au sujet de Oumuamua, force est de constater qu’il a été, et demeure, une anomalie en soi ».

    De curieux et surprenants mouvements saccadés

    En 270 pages, le physicien américano-Israélien expose ses hypothèses sur « ce premier visiteur interstellaire jamais identifié » et « explore la question de savoir si nous sommes seuls dans l’Univers », expliquent les éditions du Seuil.

    « Il nous faut garder l’esprit ouvert sur les possibilités de ce qui existe dans l’espace – en particulier la vie. Sinon, nous pourrions rater quelque chose d’étonnant, comme les responsables de l’Église du XVIIe siècle qui ont refusé de regarder à travers le télescope de Galilée. »

    Il est vrai qu’Oumuamua n’a rien de commun. Il a ainsi montré aux télescopes du monde entier de curieux et surprenants mouvements saccadés alors qu’il quittait notre système solaire.

    Certains astronomes ont alors conclu que ce corps céleste était une comète « étrange »​, accélérée, bousculée par des jets de gaz qui devaient s’évaporer à sa surface – sauf qu’aucun gaz de ce type n’a été détecté. Et qu’un curieux manteau organique nappe sa surface.

    Comme le raconte le New York Times , il est vrai que Loeb, élevé dans une ferme en Israël, fils de réfugiés de l’Holocauste et d’une Europe déchirée par la guerre, est l’un des scientifiques les plus imaginatifs de notre temps.

    Il écrit fréquemment pour Scientific American et sur un large éventail de sujets – de la cosmologie aux trous noirs en passant par l’opportunité d’inspecter les atmosphères des exoplanètes à la recherche de signes de pollution industrielle ou même de guerre nucléaire.

    Il est aussi président de la Black Hole Initiative, à Harvard, et président du comité consultatif scientifique de Breakthrough Starshot, un projet visant à envoyer de minuscules sondes à Alpha Centauri (système stellaire et planétaire le plus proche du système solaire), propulsées à un cinquième de la vitesse de la lumière par des voiles solaires.

    Rechercher des « bio-signatures »

    Ces voiles solaires n’ont rien d’une ineptie : voilà plus de trente ans que les scientifiques les plus sérieux construisent des prototypes d’objets mus par le vent solaire et ses photons.

    Plusieurs engins de petite taille, destinés à mettre au point les systèmes de déploiement et de contrôle d’orientation de ces voiles, ont été placés en orbite ou sont en cours de développement : Ikaros (173 m²) de l’agence spatiale japonaise, lancé en 2010, ou Sunjammer, voile solaire de 1 200 m² dont le développement a été conduit par la Nasa jusqu’en 2014.

    Pour Avi Loeb, les caractéristiques lumineuses et les capacités d’accélération d’Oumuamua à son passage au sein de notre système solaire plaiderait en faveur d’une sonde mue par la même énergie.

    La science académique moderne, se plaint-il, a surévalué des sujets tels que les univers multiples, pour lesquels il n’y a aucune preuve, et sous-évalué la recherche de la vie dans l’espace, « non seulement sous la forme de signaux radio extraterrestres, mais sous la forme de produits chimiques, de bio-signatures », ou même « des artefacts technologiques, comme Oumuamua »​. Il milite pour aller au-delà de la quête d’une vie microbienne sur Mars, objectif de la mission Perseverance de la Nasa.

    Et Loeb, cité par le New York Times, de poser cette conclusion douce-amère : « Dès que nous saurons que nous ne sommes pas seuls, que nous ne sommes pas la civilisation la plus avancée à avoir jamais existée dans le cosmos, nous comprendrons que nous aurons dépensé plus d’argent pour développer les moyens de détruire la vie sur notre planète qu’il n’en aurait coûté pour la préserver. »

    Et là, nul besoin de venir de l’autre bout de l’Univers ou de croire à l’existence d’E.T. pour apprécier la justesse de son analyse.

    https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAyMTAxNDQ1NzhkZTY2NjJhMzM5ZDZkZjJhMmFmNmI1MzE5OWQ?width=1260&fo

    • (2017 : le manteau en carbone)
      https://www.ouest-france.fr/sciences/espace/oumuamua-le-mysterieux-messager-interstellaire-porte-un-curieux-manteau

      Oumuamua, l’étrange corps céleste en forme de cigare venu d’un autre système stellaire, est protégé par un manteau fait de matériau organique riche en carbone. C’est ce qu’ont révélé les astronomes qui l’étudient alors que ce « messager » passe au sein de notre système solaire.

      Décidément, l’étrange « messager » (c’est la signification de son nom, Oumuamua, en langue hawaïenne) venu des confins de l’espace n’en finit pas d’intriguer les scientifiques. D’abord parce que c’est la première fois que l’on parvient à détecter un objet interstellaire en « visite » dans notre système solaire. D’où l’enthousiasme de la communauté des astronomes qui est parvenue à établir l’origine extrastellaire de l’objet en observant son orbite. Ensuite parce que sa couleur et sa composition restent mystérieuses.

      Repéré le 19 octobre par le télescope Pan-STARRS1 situé à Hawaï, Oumuamua, lors de son passage récent au plus près du Soleil, n’a montré aucun signe d’activité cométaire.

      Il navigue depuis des milliards d’années

      Les comètes sont composées de glace, de matériaux organiques et de roches. Leur orbite est très elliptique et, lorsqu’elles se rapprochent du Soleil, les glaces se transforment en gaz. Le mélange de gaz et de poussières éjecté forme la « chevelure » de la comète.

      Dans une étude publiée dans la revue scientifique Nature le 20 novembre, une équipe de chercheurs a estimé qu’Oumuamua était en fait un astéroïde, fait de roches et de métaux. Long de 400 mètres sur 40 de large seulement, il pourrait avoir été éjecté de son étoile hôte lors d’événements chaotiques il y a des milliards d’années.

      Oumuamua a été classifié comme un astéroïde interstellaire et s’est vu attribuer le nom scientifique de 1I/2017 U1 (I pour interstellaire).

      Un manteau d’au moins 50 cm d’épaisseur

      Dernier étonnement en date : lundi, dans la revue Nature Astronomy, une équipe de chercheurs estime que l’objet pourrait encore avoir un intérieur glacé. Ces astronomes ont établi qu’Oumuamua serait recouvert d’un « manteau » protecteur d’au moins 50 centimètres d’épaisseur, fait de matériau organique riche en carbone.

      « Ce manteau isolant pourrait avoir été formé par des réactions entre la surface originelle de l’objet, faite d’un matériau riche en glace et en carbone, et le bombardement par des rayons cosmiques pendant des millions ou des milliards d’années », déclare Alan Fitzsimmons, de l’Université Queen’s de Belfast.

      Ce revêtement aurait pu protéger un intérieur encore riche en glace de l’objet céleste, d’une évaporation lors de son passage près du Soleil.

      « Une composition interne glacée ne peut donc pas être exclue », en dépit de l’absence d’activité de l’objet lors de son passage près du Soleil, souligne l’étude.

      Une grande première

      Les astronomes estiment qu’un astéroïde interstellaire similaire à Oumuamua passe à l’intérieur du système solaire environ une fois par an. Mais on n’avait encore jamais réussi à en détecter un.

      De son côté, le programme Breakthrough Listen, dédié à la recherche d’une vie intelligente extraterrestre, a braqué la semaine dernière le puissant radiotélescope de Green Bank (Virginie-Occidentale) sur Oumuamua. « Il n’a pas été mis en évidence de signaux artificiels émanant de cet objet jusqu’à présent […] mais la surveillance et l’analyse des données se poursuivent », a annoncé jeudi dernier Breakthrough Listen.

      Les chercheurs vont poursuivre leurs observations de l’objet.

    • https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/pourquoi-la-recherche-sur-la-vie-extraterrestre-nest-elle-pas-prise-au

      C’est un essai bien à part dans la recherche en astronomie : « Premier signe d’une vie intelligente extraterrestre » du physicien renommé Avi Loeb, paraît en France (Seuil). Sujet très sérieux mais aussi très critiqué : pourquoi la recherche sur la vie extraterrestre n’est-elle pas prise au sérieux ?

      En 2017, un objet interstellaire est passé près du Soleil et nous révélait des caractéristiques encore inconnues… Trois ans plus tard, Avi Loeb, un physicien de renom autrefois directeur du département d’astronomie à Harvard, y consacre un essai : Premier signe d’une vie intelligente extraterrestre (Seuil).

      Sujet très sérieux mais aussi très critiqué, ce phénomène astronomique inédit serait la preuve, pour le physicien américain, qu’une civilisation intelligente est partie avant nous à la recherche de la vie dans l’univers…

      Intervenants

      Christophe Galfard
      physicien et écrivain

    • Faut-il y voir l’oeuvre d’une civilisation extraterrestre ? Le SETI est justement revenu sur cette délicate question dans une déclaration récente. L’institut reconnaît ainsi l’étrangeté du signal, mais il a également tenu à remettre la découverte dans son contexte et à rappeler que BLC1 était un candidat, et non un signal confirmé.

      Micka vous en parlait dans cet autre article évoqué un peu plus haut, mais de nombreux chercheurs pensent que le signal repéré pourrait avoir été produit… par la Terre.

      Nos équipements génèrent en effet de nombreux signaux radio et ces derniers ne restent pas sagement sur la Terre. Ils rayonnent en effet vers l’espace, à un point tel qu’ils ont même fini par former un cocon invisible autour de notre monde.

      Dans le communiqué publié par le SETI, Franck Marchis, l’astronome planétaire sénior de l’institut, rappelle ainsi qu’il est parfaitement possible que le signal capté par le Breakthrough Listen provienne en réalité de la Terre – et même qu’il s’agit de l’explication la plus probable.

      https://www.fredzone.org/signal-proxima-centauri-seti-443

    • Ce qui m’étonne toujours un peu, quand je lis les articles sur le sujet, c’est l’incapacité à imaginer autrement qu’à travers nos technologies. Pourtant on en connait les limites. Voiles solaires comme ondes radios par exemple. Avec une voile solaire on pense pouvoir un jour atteindre 1/6ème de la vitesse de la lumière. Ce qui permet d’aller sur Proxima Centauri B en 20 ans. Les ondes radios elles, mettent 4 ans pour y parvenir. Ce qui veut dire qu’au mieux on peut y envoyer une sonde automatisée et intelligente capable d’éviter les obstacles et calculer sa route toute seule vers la naine rouge Proxima Centauri, puis la planète Proxima B une fois arrivée autour du système à trois soleils, Alpha Centauri.

      Mais le hic, c’est qu’on n’en saura rien avant 4 ans. C’est surtout pour ces raisons que seuls quelques doux-dingues en rêvent encore. On peut imaginer facilement que si il existe une vie sur cette planète et qu’elle a atteint notre niveau technologique, la situation soit identique. Ou alors les doux-dingues y sont au pouvoir. Et ça craint car potentiellement ils ne sont peut-être pas si doux mais beaucoup plus dingues.

    • Mais le hic, c’est qu’on n’en saura rien avant 4 ans. C’est surtout pour ces raisons que seuls quelques doux-dingues en rêvent encore. On peut imaginer facilement que si il existe une vie sur cette planète et qu’elle a atteint notre niveau technologique, la situation soit identique. Ou alors les doux-dingues y sont au pouvoir. Et ça craint car potentiellement ils ne sont peut-être pas si doux mais beaucoup plus dingues.

      Et, deuxième effet « kiss cool de dingue », c’est que pour nous faire croire que « l’esprit pionnier » est la seule voie de salut vers un « avenir radieux », les grandes firmes et celles ou ceux qui les financent dépensent un « pognon de dingue » ...

    • un texte (googletraduit) de Avi Loeb Dans Scientific American du 21 janvier dernier

      Why Do We Assume Extraterrestrials Might Want to Visit Us ? - Scientific American
      https://www.scientificamerican.com/article/why-do-we-assume-extraterrestrials-might-want-to-visit-us

      Pourquoi supposons-nous que les extraterrestres pourraient vouloir nous rendre visite ?

      Il est présomptueux de supposer que nous méritons une attention particulière de la part des espèces avancées de la Voie lactée. Nous pouvons être un phénomène aussi inintéressant pour eux que les fourmis le sont pour nous ; après tout, lorsque nous marchons sur le trottoir, nous examinons rarement, voire jamais, toutes les fourmis sur notre chemin.

      Notre soleil s’est formé à la fin de l’histoire de la formation des étoiles de l’univers. La plupart des étoiles ont des milliards d’années de plus que les nôtres. Tellement plus vieux, en fait, que de nombreuses étoiles semblables au soleil ont déjà consommé leur combustible nucléaire et se sont refroidies en un reste compact de la taille de la Terre connu sous le nom de naine blanche. Nous avons également appris récemment que de l’ordre de la moitié de toutes les étoiles semblables au soleil hébergent une planète de la taille de la Terre dans leur zone habitable, ce qui permet l’eau liquide et la chimie de la vie.

      Puisque les dés de la vie ont été lancés dans des milliards d’autres endroits de la Voie lactée dans des conditions similaires à celles de la Terre, la vie telle que nous la connaissons est probablement courante. Si tel est effectivement le cas, certaines espèces intelligentes pourraient bien avoir des milliards d’années d’avance sur nous dans leur développement technologique. Lorsqu’elles évaluent les risques liés aux interactions avec des cultures moins développées comme la nôtre, ces civilisations avancées peuvent choisir de s’abstenir de tout contact. Le silence qu’implique le paradoxe de Fermi (« Où est tout le monde ? ») Peut signifier que nous ne sommes pas les biscuits les plus dignes d’attention du pot.

      Comme première approximation de ce à quoi les humains ressemblent, il est raisonnable de regarder le miroir. Cette approche repose sur l’hypothèse banale que chacun de nous partage une ascendance génétique commune avec toutes les personnes. Mais ce n’est peut-être pas le cas pour la vie qui s’est développée indépendamment sur d’autres planètes. Par exemple, les animaux et la végétation de l’exoplanète habitable la plus proche, Proxima Centauri b, pourraient être terriblement différents de ceux de la Terre. En particulier, les animaux pourraient posséder des yeux étranges, optimisés pour détecter le rayonnement infrarouge émis par Proxima Centauri, une étoile naine avec la moitié de la température de surface du soleil.

      Étant donné que Proxima b est 20 fois plus proche de son étoile que la Terre ne l’est du soleil, nous nous attendons à ce qu’elle soit verrouillée, montrant à tout moment le même visage à son étoile, car la lune nous montre toujours le même visage. Les espèces résidant sur son côté permanent permanent peuvent être complètement différentes de celles de sa nuit plus froide, présentant des modèles distincts de sommeil forcé. Toute végétation à la surface de la planète s’adapterait à la récolte de la lumière infrarouge, montrant un « bord rouge » à une longueur d’onde plus longue que les plantes sur Terre. En conséquence, l’herbe dans la cour de notre voisin peut être rouge foncé et non verte comme la nôtre.

      Il est encore plus difficile de prévoir à quoi ressembleraient des technologies vieilles de plusieurs milliards d’années. En les recherchant, nous devons signaler les anomalies vues à travers nos télescopes et ne pas balayer des signaux inattendus sous le tapis du conservatisme. Si nos instruments ne sont pas assez sensibles ou nos techniques de recherche inadéquates, nous ne découvrirons pas de technosignatures. Le traitement des données sans algorithmes d’apprentissage automatique appropriés peut ressembler à lancer un filet de pêche inefficace qui ne capture jamais de poisson parce que ses trous sont trop grands.

      Nous concevons nos recherches en fonction de ce que nous voyons dans le miroir. Après l’invention des radiocommunications et des lasers, nous avons commencé à rechercher des signaux radio et laser de l’espace extra-atmosphérique ; les considérations de recherche ont progressé de manière similaire avec la technologie des voiles légères. Alors que nous imaginons de nouvelles technologies, nous pourrions finalement trouver celle qui nous permettrait de détecter de nombreuses autres espèces qui l’utilisent.

      Cependant, nous devons être prudents avec des observations anecdotiques qui ne sont pas à la hauteur des normes de preuves scientifiques quantitatives. Cela inclut les théories du complot sans preuves à l’appui, qui apparaissent avec une certaine régularité, ou des rapports sur des objets volants non identifiés (OVNI), qui ne résistent pas à l’examen minutieux de la reproductibilité - la condition préalable pour être comptés comme des données scientifiques crédibles. Les rapports d’OVNIS fournissent des indices qui sont toujours à la limite de la détectabilité. Étant donné que nos appareils d’enregistrement se sont considérablement améliorés au fil du temps, on peut s’attendre à ce qu’une photo floue prise par un vieil appareil photo d’il y a 50 ans se transforme en une image nette dans les appareils photo avancés d’aujourd’hui, fournissant ainsi des preuves concluantes au-delà de tout doute raisonnable.

      Mais les indices sont toujours marginaux, ce qui implique que les ovnis sont très probablement des artefacts dans nos instruments ou des phénomènes naturels. Pour obtenir une crédibilité scientifique, toute découverte d’un objet inhabituel doit être suivie d’une étude quantitative de celui-ci ou d’autres objets de ce type au moyen de procédures scientifiques bien documentées. Les preuves scientifiques restreignent notre imagination et apportent le salut d’idées farfelues.

      Le paradoxe de Fermi est prétentieux en ce qu’il suppose que nous, les humains, avons une sorte de signification cosmique. La réalité est peut-être que nous sommes ordinaires et condamnés à périr, tout comme les dinosaures, à la suite d’une catastrophe. Pourquoi nos voisins galactiques se soucieraient-ils de la verdure de notre herbe ? Étant donné que les étoiles naines comme Proxima Centauri sont beaucoup plus abondantes que le soleil, la plupart des planètes habitables pourraient être couvertes d’herbe rouge foncé, ce qui serait aussi apaisant pour les yeux infrarouges de la plupart des exo-vacanciers que l’herbe verte l’est pour nous. En conséquence, les agences de tourisme interstellaire peuvent trouver Proxima b comme une destination plus attractive que la Terre. On peut se demander, comme l’a fait Enrico Fermi, pourquoi aucun exo-touriste n’est venu nous admirer. Mais mieux encore, nous pourrions entrer en contact avec Proxima b et inciter les habitants à visiter et partager une boisson à base d’eau avec nous.

    • Le bide du voyageur galactique (#paywall)
      https://www.liberation.fr/debats/2021/01/27/le-bide-du-voyageur-galactique_1818603

      En 2017, pour la première fois, un objet venu de l’extérieur du Système solaire a été détecté. Le chercheur Avi Loeb est convaincu, un peu seul contre tous, de son origine artificielle.

      Erwan Cario, auteur de l’article référence ci-dessus, @erwancario sur touiteur
      https://twitter.com/erwancario/status/1356325823855394816

      En gros, les 260 pages du livre sont là pour tenter de donner de la crédibilité aux quelques lignes qui suffisent à expliquer le cœur de la théorie. Et il va jusqu’à en faire LA vérité que les autres refusent de voir.

      Et vazy que j’invoque le rasoir d’Okham (ce qui relève ici de la supercherie), que je décris les autres scientifiques comme des gens obtus enfermés dans leurs préjugés et qui refusent “de regarder dans la lunette de Galilée”, et que je multiplie les arguments d’autorité.
      [nombreux relais média...]

      Mais pourquoi relayer une telle parole, sans filtre, avec tout au plus une citation dissidente pour “équilibrer” ? Parce qu’en vrai, personne n’y croit. Personne n’en a fait un événement à la hauteur de ce que ça devrait être si Avi Loeb avait la preuve de ce qu’il avance. [...]

      Et puis... j’y vais un peu de mon interprétation personnelle, mais je considère que ce courant de pensée (car c’en est un) tient d’une idéologie particulière, celle qui croit à un deus ex machina technologique attendu pour l’humanité.

      Ils sont persuadés que les civilisations extraterrestres avancées sont capables de capter l’intégralité de l’énergie de leur soleil (sphère de Dyson et autres "mégastructures"). Ceux qui s’inquiètent pour le climat et prônent les économies d’énergie, ILS ONT RIEN COMPRIS !

      Au contraire, c’est la course en avant technologique qui nous sauvera tou·te·s et nous permettra de franchir le cap du voyage interstellaire ! En commençant par Mars, bien sûr. Parce que tout problème a sa solution techno, n’est-ce pas Elon ? (...)

      ‘Oumuamua est-il la preuve d’une vie extraterrestre ? L’hypothèse non prouvée du scientifique Avi Loeb
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/28/y-a-t-il-une-vie-extraterrestre-l-hypothese-non-prouvee-du-scientifique-avi-

      Cependant, il y a un hic. Et de taille. L’astronome américain Carl Sagan (1934-1996), qui ne cacha jamais son attrait pour l’hypothèse d’une vie ailleurs dans l’Univers, disait qu’une affirmation aussi extraordinaire que l’annonce d’une civilisation extraterrestre nécessitait « des preuves extraordinaires ». Or, de preuve qu’‘Oumuamua soit un vaisseau venu d’une exoplanète, Avi Loeb n’en apporte aucune. Et il le reconnaît.

      Son livre s’apparente donc à un brillant exercice de rhétorique mais nullement à une démonstration scientifique. Tout y passe. La posture dite de Galilée – déjà adoptée par Claude Allègre quand il niait le réchauffement climatique – qui consiste à se poser en visionnaire seul contre un establishment borné. Mais être seul contre tous, comme le fut le savant toscan, ne garantit pas d’avoir raison.

  • Covid-19 : l’efficacité du couvre-feu n’est « pas suffisante », selon le gouvernement
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/01/27/covid-19-le-gouvernement-etudie-differents-scenarios-face-a-un-couvre-feu-pa

    Covid-19 : l’efficacité du couvre-feu n’est « pas suffisante », selon le gouvernement

    Ce n’est pas comme si des articles scientifiques avaient déjà, depuis des mois, relégué le couvre-feu parmi les mesures les moins efficaces, afin de faire baisser le taux de transmission...

    Ce n’est pas comme si le gouvernement ignorait comment l’expérience du couvre-feu s’était terminée en Guyane à l’été dernier.

    Ce n’est pas comme si ce journal ignorait tout cela, mais ne l’évoquait pas.

    En fait, le fact-checking, ça ne s’applique qu’à l’opposition, et avec le plus souvent une mauvaise foi à couper au couteau...

    • sans compter qu’à Nice, sous couvre feu depuis octobre, l’épidémie galope
      le journal se contente ici de jouer à l’Agence France Préfectorale, pour prendre ailleurs une hauteur jupitérienne

      Covid-19 : le risque de la fatigue démocratique

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/27/covid-19-le-risque-de-la-fatigue-democratique_6067764_3232.html

      Editorial du « Monde ». La France broie du noir. Elle n’est pas la seule. L’absence de perspective explique en grande partie l’état de mélancolie dans lequel se trouve plongé le pays.

      L’horizon se borne au jour d’après, (...)

      Quand la visibilité est nulle, le poids des épreuves compte double. La France déplore plus de 74 000 décès dus au Covid-19 ; des secteurs entiers de l’économie associés à l’art de vivre, restauration, bars, spectacles, remontées mécaniques, sont à l’arrêt ; les jeunes disent qu’on leur a volé leur jeunesse, les plus âgés redoutent de mourir avant d’avoir eu le temps de regoûter à la vie normale. C’est dans ce contexte que le président de la République doit décider de la date et de l’ampleur d’un reconfinement que le corps médical juge désormais inéluctable.
      Risque de désobéissance civile
      Ses hésitations sont compréhensibles : on n’impose pas d’un claquement de doigts à un pays au bord du burn-out un scénario qui semble le replonger un an en arrière. Le gouvernement a entre les mains des enquêtes d’opinion montrant que le taux d’adhésion au confinement a fondu de 85 % en mars à 40 % aujourd’hui.

      [le seul happy end possible] Ces derniers jours, deux mots ont cependant miraculeusement refait surface : « unité nationale ». Comme si tous sentaient que quelque chose de grave, de décisif, allait se jouer dans cette dernière étape : la capacité d’une démocratie à surmonter l’épreuve.

      #gouvernerlapandémie

  • Covid-19 : « Le passeport vaccinal européen, une idée au mieux prématurée, au pire irréfléchie »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/26/covid-19-le-passeport-vaccinal-europeen-une-idee-au-mieux-prematuree-au-pire

    L’idée d’accorder des privilèges spéciaux aux personnes vaccinées prend de l’ampleur en Europe. Proposé pour la première fois par le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, et soutenu par des dirigeants politiques d’autres pays à destination touristique, un « passeport vaccinal » à l’échelle de l’Union européenne (UE) viserait à faciliter les voyages dans l’ensemble de l’Union dans les mois à venir. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, le considère comme une « exigence médicale » nécessaire pour maintenir les frontières ouvertes. Or, une telle mesure semble tout au mieux prématurée, et au pire irréfléchie. Reposant sur une logique fondamentalement erronée, tant juridique et territoriale que scientifique, elle produirait en effet une série de conséquences inattendues. De plus, plutôt que d’unir l’Europe – en assouplissant les restrictions de déplacement –, ce passeport vaccinal ne ferait que créer de nouvelles frontières, entre personnes « saines » et « contagieuses ».
    Premièrement, un tel certificat reposerait sur l’hypothèse que, vaccinés, les voyageurs ne seraient plus porteurs du virus. Les données scientifiques actuellement disponibles suggèrent toutefois que si les vaccins contre le Covid-19 arrêtent les symptômes, ils ne stoppent pas entièrement la transmission du virus et ne font que la ralentir. Par conséquent, la justification scientifique qui sous-tend cette proposition semble discutable.
    Importantes différences géographiques. Mais ce n’est pas seulement la science qui lui fait défaut. En subordonnant la libre circulation dans l’UE à la vaccination, la proposition part du principe que tout un chacun dispose de l’égalité d’accès aux vaccins. Nous savons pourtant très bien que ce n’est pas le cas. Le déploiement très différencié des campagnes de vaccination entre Etats membres rend aujourd’hui certains ressortissants plus susceptibles d’être vaccinés que d’autres : ainsi, les Danois seraient plus libres de circuler que les Français, les Allemands le seraient bien avant les Néerlandais, etc. Il y a également d’importantes différences géographiques au sein des Etats membres : les personnes vivant en dehors des grandes zones urbaines sont moins susceptibles d’avoir accès aux vaccins, et des disparités existent entre régions dans l’organisation de la première vague de vaccinations. Outre le « tri » des Européens en fonction de leur résidence territoriale, il existe aussi des différences importantes entre les Etats membres quant à leur stratégie de vaccination. Au-delà de la priorité accordée – à juste titre – aux groupes les plus exposés, tels que le personnel médical et les personnes âgées (ce qui crée en soi une inégalité intergénérationnelle), chaque Etat membre est libre de choisir les prochaines catégories de personnes concernées : les enseignants, les travailleurs des transports… Notons, au passage, que la définition des catégories de de travailleurs « essentiels » ou « de première ligne » n’est pas homogène au sein de l’UE.En outre, qu’en est-il des Européens dont le statut officiel, pour une raison ou une autre, ne correspond pas à leur lieu de résidence ou à leur citoyenneté actuelle ? Il s’agit ici des millions de migrants intra-européens et des autres millions de résidents irréguliers dans l’espace européen. Tous ces individus seront probablement exclus de la vaccination, au moins au cours des premiers mois, ce qui risque de mener à la création d’un marché noir des vaccins. En l’absence d’un accès public équitable, la demande privée pour le vaccin augmentera très probablement, notamment de la part des Européens mobiles.Compte tenu de ces diverses inégalités à toutes les échelles qui caractérisent l’accès actuel aux vaccins, la Commission européenne devrait plutôt collaborer plus étroitement avec les Etats membres, afin d’éliminer progressivement ces fractures et d’empêcher l’émergence d’un marché noir. Plutôt que de proposer un passeport vaccinal européen, l’accent devrait être mis sur la sécurisation de nouveaux stocks de vaccins et leur distribution équitable (interdiction de constituer des stocks nationaux et du « nationalisme vaccinal »), tout en trouvant des moyens de continuer à soutenir les Etats membres qui accusent un retard dans leur campagne de vaccination. Les objectifs de vaccination qui viennent d’être proposés par la Commission dessinent à cet égard une voie positive. Qu’il s’agisse du tourisme ou d’autres secteurs, le passeport vaccinal ne devrait pas être perçu comme une panacée pour les industries en difficulté. L’ouverture sélective des frontières au cours de l’été 2020, qui visait à sauver les destinations touristiques, n’a mené qu’à d’importants taux d’infection, causant de nouvelles zones d’inégalité pandémique, quand les destinations du sud de l’Europe, déjà confrontées aux difficultés de leurs systèmes de soins, étaient exposées à des vacanciers venus de tout le continent. Il est significatif que même le gouvernement grec, un des principaux partisans de la proposition, s’en soit finalement distancié, à travers une récente déclaration du ministre du tourisme, Haris Theocharis, notant qu’un certificat de vaccination « ne serait pas une condition préalable pour que quelqu’un se rende en Grèce ». La pandémie de Covid-19 a eu des effets profondément inégaux dans l’ensemble de l’UE, touchant certains endroits et certaines populations beaucoup plus durement que d’autres. Au lieu de contribuer à créer davantage d’inégalités par un mécanisme d’exclusion – ce qui serait le cas de ce certificat vaccinal –, l’UE devrait plutôt concentrer ses efforts sur le dépassement de ces inégalités. Le passeport peut sembler être une bonne solution pour gérer le risque pandémique, mais, comme pour toutes les formes de gouvernance des risques de nature biosécuritaire, il est fondé sur le profilage des individus. Un profilage qui, en l’espèce, a moins à voir avec le risque viral réel qu’à l’accès à un privilège.
    Alberto Alemanno, professeur à HEC Paris, titulaire de la chaire Jean-Monnet en droit européen, fondateur du mouvement citoyen The Good Lobby ; Luiza Bialasiewicz, professeure en gouvernance européenne au département d’études européennes de l’université d’Amsterdam.

    #Covid-19#migrant#migration#ue#sante#biosecurite#inegalité#vaccination#passeportvaccinal#gouvernance#droit#profilage#circulation

  • Alexeï Navalny et le nouvel avatar russe de la post-vérité
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/26/alexei-navalny-et-le-nouvel-avatar-russe-de-la-post-verite_6067585_3232.html

    Analyse. Interrogé après l’arrestation d’Alexeï Navalny, le 17 janvier, et le rocambolesque déroutage de son avion, Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, haussait les sourcils : « Pardon ? Navalny a été arrêté… en Allemagne ! ? Je ne suis pas au courant… » La réponse, livrée comme une performance de stand-up, n’a rien à voir avec les habituels démentis compassés du porte-parole. Le message est clair : le sort du principal opposant russe, empoisonné cinq mois plus tôt, ne mérite guère plus qu’un sarcasme.

    Au même moment, à l’aéroport de Vnoukovo, où M. Navalny était initialement attendu, ses partisans sont maintenus hors du terminal par la police, certains arrêtés. A l’inverse, des « fans » d’une vedette de la télé-réalité, dont certains reconnaissent qu’ils ont été payés, sont autorisés à y manifester bruyamment. L’objectif est le même : la réception de l’opposant ne peut pas être un moment historique, ni même digne, mais seulement une farce.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Entre Vladimir Poutine et l’opposant Alexeï Navalny, un duel sans merci

    Le ricanement et le trolling se sont depuis longtemps échappés des réseaux sociaux pour investir la « vraie vie ». La scène politique russe a toujours eu ses clowns. Et l’arme principale, face aux contestations, reste la répression et son corollaire, la peur.

    Mais il est ici question d’autre chose : d’une stratégie délibérée de l’Etat russe pour jeter le discrédit sur tout discours dérangeant, d’une façon d’utiliser le ricanement comme instrument d’effacement des faits au moins aussi efficace que la censure.

    #Fake_news #Post_verité #Russie #Censure #trolling

  • « On surveille l’individu non plus pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/25/fichiers-de-renseignement-on-surveille-l-individu-non-plus-pour-ce-qu-il-fai

    L’extension de la collecte des données relatives à « des opinions politiques, des convictions philosophiques, religieuses ou une appartenance syndicale » a été conçue avec la volonté d’écarter toute opposition ou contradiction, estime l’avocat pénaliste David Curiel.

    Tribune. Le 4 janvier, le Conseil d’Etat a rejeté les demandes en référé de plusieurs associations et syndicats, qui entendaient faire suspendre l’exécution de trois décrets du 4 décembre 2020 modifiant le traitement de données à caractère personnel. Ces trois décrets ont élargi les données pouvant être collectées dans les fichiers de renseignements suivants : le PASP (prévention des atteintes à la sécurité publique) destiné aux policiers, le Gipasp (gestion de l’information et prévention des atteintes à la sécurité publique), destiné aux gendarmes, et le EASP (enquêtes administratives liées à la sécurité publique), relatif aux enquêtes administratives.

    Les requérants soutenaient que les décrets étaient entachés d’illégalité, du fait notamment de l’atteinte considérable aux libertés fondamentales. Toutefois, le Conseil d’Etat a soutenu que les arguments avancés par les associations et les syndicats n’étaient pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de ces dispositions. Il a en effet considéré que les trois décrets ne portaient pas une atteinte disproportionnée à la liberté d’opinion, de conscience et de religion, ou à la liberté syndicale.

    L’apport majeur de ces décrets réside dans les nouveaux articles R. 236-13 et R. 236-23 du code de la sécurité intérieure. Avant ces décrets, il était uniquement possible de ficher des données relatives à « des activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales ». Cependant, depuis le 2 décembre 2020, et confirmé depuis le rejet des référés du 4 janvier, il est désormais possible de ficher des données relatives à « des opinions politiques, des convictions philosophiques, religieuses ou une appartenance syndicale » et également « des données de santé révélant une dangerosité particulière ». Cette évolution a été qualifiée de « terminologique » par le ministre de l’intérieur.

    Un boulevard pour l’Etat

    En réalité, elle est beaucoup plus profonde et lourde de sens. Sur la forme, tout d’abord, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) déclare qu’elle ne s’est pas prononcée sur cette modification, qui ne figurait pas dans le projet qui lui avait été soumis. Il est, dès lors, surprenant que le gouvernement n’ait pas présenté cette modification substantielle à la CNIL, dont l’essence même est de veiller à la protection des données personnelles contenues dans les fichiers et traitements informatiques. Sur la forme, toujours, ce texte a fait l’objet d’un décret, échappant de facto au débat contradictoire du Parlement, dont l’une des missions est de contrôler l’activité gouvernementale. Il s’en est retrouvé privé.

    Ces deux modalités d’élaboration du texte ne sont pas hasardeuses : elles démontrent une réelle volonté d’écarter toute opposition ou contradiction. De plus, la CNIL a un pouvoir de contrôle, consistant à vérifier sur place la mise en œuvre concrète de la loi. Pourtant, la nouvelle rédaction de l’article R. 236-9 prévoit désormais que ce contrôle peut être restreint afin « d’éviter de gêner des enquêtes, des recherches ou des procédures administratives ou judiciaires ou d’éviter de nuire à la prévention ou à la détection d’infractions pénales, aux enquêtes ou aux poursuites en la matière ou à l’exécution de sanctions pénales ».

    Disons-le clairement, c’est un boulevard pour l’Etat. La CNIL a été écartée a priori, elle l’est également a posteriori. Sur le fond, force est de constater que ces nouveaux décrets visent la collecte de données afin de lutter, notamment, contre la menace terroriste. A propos des lois scélérates, ces lois de 1893 et 1894 visant à réprimer le mouvement anarchiste, Léon Blum écrivait en 1898 : « Dirigées contre les anarchistes, elles ont eu pour résultat de mettre en péril les libertés élémentaires de tous les citoyens. »

    Changement de paradigme

    Car c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui, si ce n’est que le terrorisme a remplacé l’anarchisme. Ces nouveaux décrets opèrent un changement de paradigme : la prise en compte de l’individu non plus pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est. L’individu est appréhendé comme suspect et comme celui qui risque de passer à l’acte. Car, gardons cela en tête, on ne fiche plus une activité avérée et incontestable mais une opinion politique, une conviction philosophique ou religieuse, une simple appartenance syndicale.

    De nombreuses questions doivent se poser sur ce nouveau fichage : la plus évidente, pourquoi collecter ces données ? Si un individu est interpellé pour avoir commis un délit, ce fichage peut-il être un argument supplémentaire pour le renvoyer devant un tribunal correctionnel ? Comment détermine-t-on si telle opinion politique ou telle conviction religieuse doit être fichée ? Comment ces fichiers vont être alimentés ? A ces questions, pourtant essentielles, nous n’avons aucune réponse.

    Cela interroge sur ce que l’on considère comme une information vraie, une source fiable, un renseignement utile, sur ce que l’on peut coder comme un danger potentiel, ce que l’on peut dire de son imminence alors même que celui-ci n’a pas encore eu lieu. Michel Foucault écrivait en 1975, dans Surveiller et Punir, que le simple fait de se savoir surveillé entraîne une forme d’obéissance. Les opinions, dès lors qu’elles sont examinées, recensées, fichées, servent une visée utilitariste, le contrôle de la population pour l’amener vers une forme de docilité. C’est en ce sens qu’il serait possible de penser un nouveau monopole conféré à l’Etat : celui de la surveillance légitime.

    David Curiel est avocat pénaliste au barreau de Paris

    #données #religion #EASP #Gipasp #Pasp #profiling #surveillance #syndicat #CNIL

  • Face à la Russie, il faut arrêter le gazoduc Nord Stream 2
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/25/face-a-la-russie-il-faut-arreter-le-gazoduc-nord-stream-2_6067495_3232.html

    Editorial. La chancelière allemande Angela Merkel et l’Union européenne doivent se rendre à l’évidence. L’affaire Navalny et l’attitude du pouvoir russe exigent une politique plus claire des Européens, et notamment l’arrêt des travaux du gazoduc.

    pas vraiment une surprise…

    • ... et rien de nouveau

      #Nordstream #Nord_Stream 2 #Russie #Allemagne #États-Unis
      #gazoduc #LNG #géopolitique #Navalny

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      déjà pendant des années 1960 ...

      Röhrenembargo

      https://de.wikipedia.org/wiki/R%C3%B6hren-Embargo

      Das Röhren-Embargo war ein gegenüber den Staaten des Ostblocks – speziell gegenüber der Sowjetunion – verhängtes Embargo, das den Export von Großröhren für den Bau von Gas- und Öl-Pipelines ab 1963 nahezu komplett unterband. Das Röhren-Embargo wurde in der Bundesrepublik Deutschland am 18. Dezember 1962 verkündet und setzte einen Beschluss des NATO-Rates um, der in der Zeit des kalten Krieges die Politik der kleinen Nadelstiche verfolgte um die Entwicklung des Ostblockes so weit wie möglich zu behindern. Insbesondere sollte der Bau der Erdölleitung Freundschaft verhindert werden, die die DDR mit Rohöl aus der Sowjetunion beliefern sollte. Die Fertigstellung dieser und weiterer Pipeline-Projekte wurde allerdings nur verzögert.

      Das Embargo hatte für die Entwicklung der Ost-West-Beziehungen weitreichende Folgen, da es die wirtschaftlichen Beziehungen zu östlichen Handelspartnern extrem erschwerte, weil auch bereits unterzeichnete Verträge der Unternehmen Mannesmann, Phoenix-Rheinrohr und Hoesch nicht mehr erfüllt werden konnten. Das Embargo hatte Bestand bis November 1966, da es außer dem durch den Vertrauensverlust für die westliche Welt entstandenen Schaden keinen nennenswerten Einfluss hatte. Für westdeutsche Firmen kam der direkte Export von Röhren in die Sowjetunion wieder in Gang mit den 1970 begonnenen Röhren-Erdgas-Geschäften.

      #sanctions et #guerre_froide #USSR

  • « Jusqu’où ira l’affaire éruptive de l’interdiction des autocollants vendéen ou breton sur les plaques d’immatriculation ? »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/24/jusqu-ou-ira-l-affaire-eruptive-de-l-interdiction-des-autocollants-vendeen-o

    Un arrêt de la Cour de cassation récent est venu confirmer l’interdiction aux automobilistes d’apposer un autocollant régional sur leur plaque minéralogique. Le gouvernement serait bien avisé de se pencher sur la géopolitique des autocollants afin d’éviter une nouvelle fronde, estime l’économiste Jean-Pascal Gayant, dans une tribune au « Monde »

    Tribune. Une histoire d’autocollants apposés sur des plaques d’immatriculation va-t-elle relancer le mouvement des « gilets jaunes » ? Cette fois-ci, le gouvernement n’y est pour rien.
    Ce qui pourrait remettre le feu aux poudres est un arrêt de la Cour de cassation du 20 décembre 2020, faisant suite à un différent entre un fabricant de plaques et un marchand de logos, et qui confirme l’interdiction de coller toute forme de sticker sur les plaques minéralogiques.

    Les premiers à clamer leur mécontentement sont les Vendéens. Et ce n’est pas seulement en raison d’une relation « à fleur de peau » avec le pouvoir central républicain. L’origine de la fronde est plutôt à rechercher dans la constitution baroque des régions françaises en 1956.

    A l’issue d’un processus chaotique, la Vendée s’est trouvée englobée dans un ensemble territorial sans âme, médiocrement dénommé « Pays de la Loire ».

    Dès 1910, le géographe Paul Vidal de la Blache (1845-1918) avait proposé des regroupements de départements en envisageant la constitution d’une région épousant les contours de la Loire, de la Touraine jusqu’à son estuaire. Mais il avait pris soin de ne pas y inclure la Vendée, manifestement sans lien affirmé avec ce territoire.
    Sous le joug de Nantes

    En 1940, Walter Christaller (1893-1969), un géographe nazi, proposa un découpage régional de la France en application de sa fameuse « théorie des places centrales ». Ce découpage créait une Bretagne à quatre départements (dont la place centrale se situait à Brest) et reléguait Nantes dans un ensemble territorial incluant la Vendée, le Poitou et l’Aunis.

    Après de nombreux atermoiements (et la mise en place d’une commission des provinces à partir de mai 1941), un décret de juin 1941 sur les préfets de région instaura un premier découpage régional du territoire français. Ce décret validait une Bretagne à quatre départements et constituait une région autour de la Loire fidèle aux propositions de Vidal de la Blache – à cette nuance près qu’elle était amputée du sud de l’Indre-et-Loire par la faute de la position de la ligne de démarcation. Une fois encore, la Vendée était tournée vers le sud et non sous le joug de Nantes, l’une des deux capitales bretonnes.

    #paywall

  • « Le Covid-19 révèle les problèmes structurels de l’enseignement supérieur et, plus généralement, ceux de la jeunesse », François Vatin
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/21/le-covid-19-revele-les-problemes-structurels-de-l-enseignement-superieur-et-

    Les conditions d’existence difficiles des étudiants sont celles des 18 -25 ans, explique dans une tribune au « Monde » le sociologue François Vatin, pour qui la crise sanitaire met en évidence « la nécessité d’un grand service social de la jeunesse ».

    Tribune. La fermeture des établissements d’enseignement supérieur au cours de l’hiver et du printemps 2020, leur réouverture un peu chaotique cet automne suivie de leur nouvelle fermeture sine die ont soulevé de nombreuses interrogations. Celles-ci révèlent les problèmes structurels de l’enseignement supérieur français et, plus généralement, ceux de la jeunesse postscolaire.

    Commençons par l’incongruité, ô combien révélatrice, qui a conduit à ce que, depuis le second confinement, les universités soient fermées, mais pas les classes postbac des lycées, qui profitent de la protection accordée à l’enseignement secondaire. A l’instar des établissements culturels, l’université se voit alors rangée dans la catégorie du « non-essentiel », ce qui ne peut manquer d’alimenter un sentiment fondé de manque de considération des pouvoirs publics.

    Une vision myope

    Que penser d’une loi [celle de programmation de la recherche] promulguée le 24 décembre 2020, qui a conduit, par l’effet d’un amendement sénatorial de dernière minute, à bouleverser, sans concertation, les modalités du recrutement des universitaires ? Pourtant, sur deux points essentiels – la condition sociale étudiante et les modalités pédagogiques –, les idées les mieux partagées sur les effets désastreux du Covid-19 sur l’université me semblent témoigner d’une vision myope. Sur ces deux points, cette situation inédite devrait au contraire être mobilisée au profit de la résolution de problèmes antérieurs à l’épidémie et qui lui survivront.

    On souligne à raison les conditions d’existence, matérielles et psychologiques difficiles, voire parfois dramatiques, de nombreux étudiants. On aurait limité ces dégâts si l’on avait décidé dès le printemps de ne pas rouvrir les universités à l’automne, sachant que la reprise de l’épidémie était inéluctable et que la sociabilité étudiante ne pouvait que l’accélérer. Cela aurait évité aux intéressés d’engager des dépenses de logement, et permis de consacrer le maximum de moyens publics à l’amélioration des conditions matérielles de l’enseignement à distance.

    A vouloir à tout prix « sauver la rentrée », on a sûrement provoqué plus de problèmes qu’on en a résolus. Mais surtout, ces difficultés sociales ne sont pas celles des étudiants, mais de la jeunesse en général.

    Prise en charge

    Ce que l’épidémie met donc en évidence, c’est la nécessité d’un grand service social de la jeunesse. On imagine des solutions spécifiques pour la population jeune qui ne serait ni en formation ni en emploi. C’est ne rien comprendre à la sociologie de la jeunesse, car ce sont les mêmes qui partagent leur vie entre temps de formation, petits boulots, engagements associatifs, etc.

    Il faut arrêter de penser qu’un jeune de 18 à 25 ans, parce qu’il a une carte d’étudiant, rentrerait dans une catégorie spécifique dont la gestion sociale incomberait aux universités. Elles sont là pour former intellectuellement ceux qui en ont le désir, pas pour assurer la protection sociale de tous les bacheliers. On se préoccupe actuellement de l’accès des plus « fragiles » aux campus, autrement dit de ceux dont on sait que les chances d’obtenir leur diplôme sont extrêmement faibles, épidémie ou pas.

    La nation ne doit pas négliger la prise en charge sociale de sa jeunesse, de toute sa jeunesse. Pour ce faire, elle doit arrêter de masquer le problème en confiant celle-ci aux universités dès lors qu’elle est détentrice du baccalauréat. L’épidémie de Covid ne fait que révéler un problème connu de longue date.

    Il en est de même sur un plan pédagogique. Les étudiants se plaignent de passer leur journée devant un écran à écouter des cours soporifiques. Les enseignants ne se plaignent pas moins de les dispenser. Sur leur écran s’affichent des initiales qui témoignent de la présence théorique d’étudiants, qui peuvent se livrer en fait à de tout autres occupations. Mais croit-on que ce soit si différent dans un amphithéâtre où, cachés derrière leur écran, les étudiants peuvent s’adonner à leur jeu favori ou discuter avec leurs amis ?
    C’est le cours magistral, inventé à une époque où l’information était rare et difficile d’accès, qui est absurde à une époque où l’information est au contraire surabondante.

    Enseignement en petits groupes

    En revanche, excepté dans les domaines techniques qui exigent des manipulations, l’enseignement en petits groupes peut s’effectuer dans des conditions satisfaisantes à distance, dès lors que les étudiants travaillent avant le cours et sont stimulés pour prendre la parole. Ils maîtrisent parfaitement ces outils de communication, et leur prise de parole est moins bridée que dans la classe. Mais encore faut-il qu’ils soient, à quelque niveau d’études que ce soit, véritablement engagés dans leurs études, ce qui nous ramène à la question précédente.

    Bien sûr, l’enseignement universitaire à distance soulève des problèmes de natures diverses : qualité de l’équipement et des connexions, des étudiants et des enseignants, apprentissage des outils, imagination pédagogique… mais rien de tout cela n’est insurmontable et le contexte épidémique mérite qu’on s’attelle à résoudre ces problèmes.

    Les vrais problèmes sont ailleurs ; ils sont antérieurs à l’épidémie qui les a seulement exacerbés. Peut-être aussi ces événements vont-ils permettre enfin de les aborder sereinement et sérieusement. A l’université aussi, on peut rêver du monde d’après…

    #étudiants #jeunesse #jeunes #précarité #précarisation

  • « On a sous-estimé l’élément antisémite du soulèvement du Capitole », Pierre Birnbaum
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/19/pierre-birnbaum-on-a-sous-estime-l-element-antisemite-du-soulevement-du-capi

    Pierre Birnbaum, historien spécialiste de l’histoire des juifs de France, revient sur l’attaque du Capitole, à Washington, le 6 janvier, par des sympathisants du président Donald Trump.

    L’historien et sociologue Pierre Birnbaum, professeur émérite à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et spécialiste de l’histoire des juifs de France, travaille à un ouvrage à paraître sur l’histoire de l’antisémitisme aux Etats-Unis. Il commente l’assaut du Capitole par des groupes d’extrême droite enhardis par la rhétorique du président Donald Trump.

    Quelle est la teneur antisémite du soulèvement qui a eu lieu à Washington ?

    On a sous-estimé l’élément antisémite de cette mobilisation. Nombre de personnes arboraient des pancartes antisémites, brandissaient The Turner Diaries , la « bible » de l’alt-right américaine qui prévoit la destruction de Washington, l’enfermement des juifs et des Noirs dans de gigantesques camps de concentration. Les néonazis du NSC-131 étaient présents tout comme les Proud Boys qui revêtent parfois des tee-shirts sur lesquels figure « 6MWE » pour « 6 Millions Wasn’t Enough » (« 6 millions ne suffisaient pas », en référence au nombre de juifs tués par les nazis).

    On trouve plusieurs signes d’une présence antisémite très forte qui s’est illustrée depuis vingt ans par tout un ensemble d’attentats. La logique du défilé de l’extrême droite blanche néonazie de Charlottesville (Virginie), en 2017, est poussée à son extrême, et a menacé, durant ces quelques heures dramatiques, d’emporter les symboles de la démocratie américaine et de réduire à néant son exceptionnalisme.

    En quoi consiste cet exceptionnalisme américain ?

    La rencontre entre le puritanisme et le judaïsme a été harmonieuse, les Américains se voient longtemps comme « sortis d’Egypte », c’est-à-dire d’Angleterre, ils se reconnaissent dans l’Ancien Testament. Les Pères fondateurs ont proclamé haut et fort leur identification à l’histoire juive. Dès lors, c’est essentiellement un antisémitisme social qui se fait jour dans cette société dominée par une classe supérieure peu sensible au sort des immigrés et attentive à défendre ses privilèges. Socialement, les juifs étaient exclus des clubs, des universités de l’Ivy League, des fraternités étudiantes, de certains hôtels, de plages…

    Il existait aussi une rivalité économique. Mais aucun massacre ne s’est produit, aucun pogrom, aucune remise en question de leur citoyenneté : on trouve depuis la fin du XIXe siècle des députés et de sénateurs juifs, leur intégration à la cité est entière. Aucune loi ségrégationniste à leur encontre. La dimension violente, le rejet de l’espace public et les préjugés liés à la sexualité qui ont existé contre les Noirs américains n’ont pas concerné les juifs. Présents aux Etats-Unis depuis des siècles, les juifs n’ont jamais été tués en tant que tels.

    A quand remonte la fin de cet exceptionnalisme ?

    Les années 1930 voient une explosion de l’antisémitisme. Le New Deal, surnommé le « Jew Deal », mis en place par Roosevelt, fait figure d’une nouvelle « République juive » contrôlée par les juifs. Des penseurs français, comme Edouard Drumont (1844-1917), vont inspirer ce renouveau de la pensée d’extrême droite. Adoptant la vision complotiste de l’auteur de La France juive , nombreux sont ceux qui dénoncent le pouvoir omnipotent d’un Etat juif dominant cette fois la société américaine. On assiste donc à l’émergence d’un antisémitisme européen, avec pour la première fois, transposé sur la scène américaine l’antisémitisme politique issu d’une tradition contre-révolutionnaire catholique française ignorée jusque-là aux Etats-Unis tant elle lui est étrangère.

    A l’importation des fantasmes d’Edouard Drumont succède celle des délires d’Hitler. De manière symbolique, l’attentat de 1958 contre une synagogue à Atlanta marque cette mutation profonde de l’antisémitisme qui mène tout droit à Charlottesville, en 2017 et, un an plus tard, au massacre de Pittsburgh. On n’assiste pas aux grands mouvements extrémistes de la France de la fin du XIXe siècle ou des années 1930 ou encore de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, ces mouvements et partis recrutent peu de monde, mais leurs militants partagent des valeurs extrêmes. Et ils sont dangereux. La preuve en est qu’à Pittsburgh, en 2018, pour la première fois, un véritable massacre se produit, et nombreux sont ceux qui le rapprochent du pogrom emblématique de Kishinev, en 1903, tant la stupeur et l’effroi des juifs américains sont grands. L’événement semble mettre un terme à l’exceptionnalisme américain.

    Ces groupes sont d’autant plus dangereux que ce terrorisme suprémaciste intérieur focalise beaucoup moins l’attention des services de renseignement, alors qu’il fait bien plus de morts sur le sol américain que le terrorisme islamiste par exemple…

    Bien sûr, il est responsable de très nombreux morts, pensez à l’attentat d’Oklahoma City, en avril 1995, dont l’auteur se réclame lui aussi des Turner Diaries. Et ils ne visent pas que les juifs, mais aussi les Latinos et les Noirs. Le 17 juin 2015, Dylann Roof, un Blanc suprémaciste brandissant le drapeau de la Confédération assassine neuf Noirs américains ainsi que leur pasteur lors d’une prière collective dans l’église African Methodist Episcopal, à Charleston (Caroline du Sud), la plus ancienne église épiscopalienne de ce Sud profond qui a connu tant de lynchages.

    Encore plus meurtrier, celui, en août 2019, d’El Paso (Texas), où un suprémaciste blanc, Patrick Crusius, ouvre le feu et tue 23 personnes originaires de l’Amérique du Sud au nom de la théorie du « grand remplacement » élaborée par Renaud Camus et importée aux Etats-Unis. Camus a donné à ces mouvements radicaux leur mot d’ordre : « You will not replace us » (« vous ne nous remplacerez pas »), c’est ce que proclament les extrémistes qui défilent en uniforme à Charlottesville, cette nation nous appartient. C’est un slogan qui se comprend tout de suite, il entraîne la conviction et donne l’impression d’appréhender ce complot qui vise à éliminer les Blancs. Quelle surprise de voir le nom de Renaud Camus si souvent cité par ces extrémistes !

    Comment l’élection de Trump a-t-elle agi sur l’expression de l’antisémitisme ?

    Les discours de Trump sont émaillés d’allusions antisémites : dans son ultime discours de campagne présidentielle, il dénonce « le pouvoir global qui vole la classe ouvrière, dépouille le pays de ses richesses ». Dès son élection, des militants se réunissent à Washington, crient « Heil Hitler », font le salut nazi. Richard Spencer, l’un de leurs chefs lance : « Heil Trump, Heil au peuple, Heil à la victoire ». Puis il y a le 12 août 2017, le choc de Charlottesville. Dans cette région du Sud profond attaché à la Confédération, au [Ku Klux] Klan, plusieurs centaines de militants d’extrême droite se rassemblent pour protester contre le déboulonnement de la statue du général Robert Lee, un héros sudiste et esclavagiste qui menait les armées confédérées durant la guerre de Sécession. Ils crient « Jews will not replace us » (« les juifs ne nous remplaceront pas ») et « White lives matter » (« les vies blanches comptent »).

    Le renforcement impensable d’une extrême droite américaine reprenant ouvertement le flambeau des années 1930 éclate au grand jour. Le Klan est là mais aussi les groupes néonazis, les Confederate White Knights, ceux du Blood and Honor Club, de la Christian Identity, on distribue le Daily Stormer conçu sur son modèle hitlérien, on brandit les drapeaux nazis avec les svastikas. Le président Trump trouve qu’il y a des « gens bien » des deux côtés à Charlottesville et, peu après, lance un « Je vous aime » aux envahisseurs extrémistes du Capitole.

    Les actes antisémites avaient déjà explosé sous Obama. Pourquoi son élection avait-elle réactivé une rhétorique antisémite ?

    Pour ces mouvances extrémistes blanches, le choc de l’élection d’Obama est indescriptible. Il symbolise, aux yeux de l’alt-right, l’alliance entre les Noirs américains et les juifs qui renforcerait leur domination sur le gouvernement américain et leur règne sur la race blanche. Le New York Magazine l’a surnommé « le premier président juif », dénomination qu’il reprend à son propre compte. Il souligne « qu’il est le plus juif de tous ceux qui se sont assis dans le bureau Ovale ». Lorsqu’il met en place l’Obamacare, accentuant le rôle de l’Etat dans la gestion de l’économie, nombreux sont ceux à dénoncer, comme à l’époque du « Jew Deal », la présence à ses côtés de plusieurs conseillers juifs, la naissance d’une nouvelle « République juive ».

    On ne peut comprendre ce qui s’est passé à Charlottesville ou au Capitole, deux événements dramatiques liés étroitement l’un à l’autre, qu’en fonction de la réaction d’une Amérique blanche marginalisée par le Nord, dont les valeurs se trouvent remises en question. Une longue tradition ancrée dans le Sud n’accepte pas ce capitalisme du Nord, cosmopolite, symbolisé par « Jew York ». Le jour de l’attaque contre le Capitole, un drapeau confédéré flotte d’ailleurs sur le Museum of Jewish Heritage de New York !

    C’est toute l’ironie de cet assaut mené contre le Capitole au nom des emblèmes du Sud de se produire au moment même où, en Géorgie, un Noir et un juif viennent d’être élus au Sénat. Tous deux ont battu deux candidats réactionnaires dont l’un, David Perdue, a fait campagne à l’aide d’une rhétorique antisémite extrême, se moquant du nez de Jon Ossoff, le candidat juif démocrate, qui, symboliquement, fait basculer la majorité au Sénat. Au moment où le Sud se transforme socialement et abandonne peu à peu sa dimension hostile aux juifs et aux Noirs, ces militants s’emparent du Capitole et plantent le drapeau confédéré. Alors que Joe Biden a nommé beaucoup de juifs dans son administration, on peut craindre que l’histoire se répète.

    USA #extrême_droite #suprémacisme #antisémitisme

    • Lynchage antisémite en Géorgie
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Leo_Frank

      Leo Max Frank, né le 17 avril 1884 et mort lynché le 17 août 1915, est un directeur d’usine américain de confession juive. En 1913, une adolescente de 13 ans qui travaillait dans l’usine qu’il dirigeait à Atlanta, est retrouvée violée et assassinée. Il est interpellé comme suspect, ainsi que deux de ses employés. L’un de ces derniers, Jim Conley, avoue le crime et désigne Frank comme son complice. Frank est alors condamné à la peine capitale. Très médiatisé à l’époque, le jugement est également controversé, tandis que Leo Frank fait l’objet d’une campagne de haine à teneur antisémite.

      La peine de Leo Frank est commuée en réclusion criminelle à perpétuité par le gouverneur de Géorgie, convaincu de son innocence, mais un commando armé parvient à l’extraire de sa prison et l’exécute par pendaison à Marietta en Géorgie. Les chercheurs contemporains estiment dans leur majorité que Conley était seul coupable. Leo Frank fait l’objet d’une grâce posthume en 1986.

      Cette affaire conduit à la création de l’Anti-Defamation League en réaction à l’antisémitisme que ses fondateurs estiment régner alors aux États-Unis1.

      était-ce suprémacisme ordinaire, socialisme des imbéciles ?

    • Antisémitisme aux États-Unis
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Antisémitisme_aux_États-Unis

      Le 17 décembre 1862, pendant la guerre de Sécession, le général nordiste Ulysses Grant promulgua son ordre n° 11, qui expulsait les Juifs, considérés comme des colporteurs importunant les troupes et des contrebandiers, des régions qu’il avait conquises dans le Sud. Le président Abraham Lincoln révoqua l’ordre le 21 janvier 1863. L’ordre n° 11 reste la seule décision officielle antisémite de l’histoire de l’administration américaine.

      1913, lynchage de Leo Frank

      L’accusation se rapproche des leitmotiv de l’antisémitisme : le meurtre rituel d’enfant chrétiens, et la lubricité juive.

      Le véritable meurtrier n’était autre que Jim Conley qui avoua son crime à son propre avocat. Il y avait un autre témoin mais qui ne parle qu’en 1982 : Alonzo Mann, employé de l’usine qui n’avait que 13 ans à l’époque des faits.
      (...)Comme il était alors habituel, on fit des cartes postales des photos prises lors du lynchage, qui se vendirent très bien. Ce lynchage, en 1915, resta un des rares cas de violence sur des Juifs aux Etats-Unis, ayant provoqué la mort de la personne concernée, au xxe siècle, même s’il y eu les décennies suivantes des expulsions d’universités, de clubs, d’hôtels, etc.4, et des discours haineux.

      (...) Frank, grâce à la déposition d’Alonzo Mann (1982), fut définitivement innocenté et réhabilité en 1986 par la justice géorgienne.

      [...]

      Turner Diaries

      Il manquait à l’antisémitisme américain un ouvrage de référence. Le chef et fondateur de la National Alliance (un mouvement suprématiste blanc ouvertement raciste et adorateur d’Adolf Hitler) le lui donna en écrivant une nouvelle : les Turner Diaries (littéralement les Carnets de Turner). Le livre s’inscrit dans la plus pure tradition hitlérienne, en présentant les Juifs comme le deus ex machina du monde cherchant à éradiquer la race blanche. Pour l’auteur, il convient donc de les tuer tous.

      Le livre est interdit en France. Écrit en 1978, il ne connait qu’une diffusion limitée aux cercles d’extrême-droite jusqu’en 1994, quand une petite maison d’édition le réimprime. Le livre est un succès de librairie, qui atteint les 500 000 ventes (en l’an 2000).

      2018, fusillade de la synagogue de Pittsburgh
      Article détaillé : Fusillade de la synagogue de Pittsburgh.
      Le samedi 27 octobre 2018, pendant l’office matinal de chabbat, un tueur fait irruption dans la synagogue « Tree of Life » de Pittsburgh10. Selon KDKA-TV, le suspect est entré en criant : « Tous les Juifs doivent mourir » avant d’ouvrir le feu11, tuant ainsi 11 personnes. C’est la pire attaque antisémite de l’histoire des États-Unis.

      2019, fusillade de la synagogue de Poway et attaques dans le New-Jersey et l’état de New-York

      Le samedi 27 avril 2019, pendant l’office matinal de Chabbat et du huitième jour de Pessah, un tueur fait irruption dans la synagogue Chabad de Poway en Californie, dans la banlieue de San Diego, tue une fidèle qui s’était interposée entre le tueur et le rabbin, et blesse trois personnes.

      En décembre 2019, une fusillade contre les clients d’un supermarché cachère de Jersey City (en) (New-Jersey) et une attaque à l’arme blanche au domicile d’un rabbin de Monsey (état de New-York) font plusieurs morts et plusieurs blessés.

  • Immigration : « La crise liée au Covid-19 précipite des milliers de personnes dans un abîme de non-droit »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/18/immigration-la-crise-liee-au-covid-19-precipite-des-milliers-de-personnes-da

    Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, de nombreux pays, dont la France, ont documenté d’importantes inégalités face au virus. En particulier en Europe, aux Etats-Unis ou encore au Brésil, les personnes immigrées, et surtout celles qui appartiennent à des minorités ethno-raciales, ont eu des taux d’infection au virus SARS-CoV-2, d’hospitalisation et de mortalité accrus par rapport aux non-immigrés. En France, l’Insee a publié en juillet 2020 des données montrant qu’en mars-avril de la même année, les décès enregistrés chez les personnes nées à l’étranger ont augmenté de 48 %, par rapport à 25 % chez les personnes nées en France. L’excès de mortalité est particulièrement important chez les personnes nées en Afrique subsaharienne, en Afrique du Nord et en Asie.
    Il est par ailleurs frappant d’observer que, chez les immigrés, les décès ont été très élevés avant 65 ans (augmentation de 30 % par rapport à l’année précédente, alors qu’elle n’était que de 3 % chez les personnes nées en France). Cet excès de mortalité résulte en large partie de décès considérés comme dus au Covid-19, d’après des données issues des certificats électroniques de décès en cours d’analyse.Comme décrit par l’étude nationale EPICoV menée auprès d’un échantillon représentatif de 135 000 personnes interrogées pendant le premier confinement, au printemps 2020, les immigrés d’origine non européenne cumulent plusieurs facteurs augmentant leur risque d’infection au coronavirus : 71,5 % vivent dans une commune très dense et 40,5 % occupent un logement surpeuplé ; 66,1 % ont travaillé en dehors de leur foyer au moins partiellement, notamment parce qu’ils sont surreprésentés parmi les personnes qui occupent des emplois dits « essentiels » (manutention, sécurité, santé, médico-social…).
    De plus, la prévalence de certaines maladies comme le diabète, qui induit un risque d’infection au coronavirus sévère élevé, est également augmentée dans certaines populations immigrées (d’après l’étude Entred 2007-2010 menée par Santé publique France, les immigrés représentent 23 % des personnes atteintes de diabète alors, que celles-ci figurent pour 10 % dans la population globale en France). En parallèle, parce qu’elles occupent de manière disproportionnée des emplois peu rémunérés et pour lesquels elles peuvent être surqualifiées, précaires, à temps partiel ou en intérim, et font l’expérience du chômage deux fois plus souvent que les personnes nées en France, les personnes immigrées sont parmi les plus durement touchées par les conséquences sociales et économiques de la crise sanitaire.
    Aux difficultés inhérentes aux caractéristiques du marché du travail s’ajoutent actuellement des problèmes supplémentaires liés à l’obtention et au renouvellement des titres de séjour, aggravés du fait de la crise sanitaire. Bien sûr, il s’agit d’un problème ancien. En 2013, le rapport Fekl documentait une situation bien connue des étrangers et des associations qui les accompagnent dans leurs démarches, à savoir la délivrance très limitée des titres de séjour pluriannuels (en 2011, 2 % des titres de séjour délivrés), obligeant les personnes à demander des renouvellements régulièrement, conduisant à l’engorgement des préfectures, et engendrant des frais considérables et qui ont beaucoup augmenté dans le temps.

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#minorite#droit#inegalite#economie

  • La « pulsion de mort » a cent ans et, pendant la pandémie de Covid-19, elle se porte bien…
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/13/la-pulsion-de-mort-a-cent-ans-et-pendant-la-pandemie-de-covid-19-elle-se-por

    En février, C&F éditions va publier un ouvrage du psychanalyste Daniel Oppenheim sur la destructivité...

    Histoire d’une notion. L’année 2020, qui a connu un monde à l’arrêt et des records de mortalité, a fait resurgir la mort au cœur de nos vies. Cette même année, la « pulsion de mort » a eu cent ans. Théorisée par Freud dans un texte appelé Au-delà du principe de plaisir (1920), cette notion, qu’il assume comme spéculative, vient « bouleverser l’édifice, explique le psychanalyste Jacques André. Contrairement à toute la première doctrine de la psychanalyse, qu’il construit autour du principe de plaisir, il introduit la mort au cœur de la vie pulsionnelle, faisant place à la part la plus âpre de la vie psychique ».

    Il y a d’abord un constat clinique : Freud observe chez certains patients une compulsion de répétition. Une force irrépressible, qui échappe manifestement au « principe de plaisir », qui fait que certains patients paraissent ne pas vouloir guérir, voire peut-être régresser jusqu’à engendrer leur propre destruction. « Certaines personnes donnent en effet l’impression d’être poursuivies par le sort, on dirait qu’il y a quelque chose de démoniaque dans tout ce qui leur arrive », écrit-il.

    #Psychanalyse #Pulsion_mort #Destructivité

  • « Suspendre le compte Twitter de Donald Trump devrait relever d’une instance indépendante »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/15/suspendre-le-compte-twitter-de-donald-trump-devrait-relever-d-une-instance-i

    La professeure de droit Florence G’sell analyse les régimes juridiques américain et européen encadrant le statut des réseaux sociaux.

    Propos recueillis par Claire Legros

    Après la suspension permanente du compte Twitter de Donald Trump, de nombreux responsables politiques ont exprimé leur malaise face au pouvoir des plates-formes dans le débat démocratique. Cette décision marque-t-elle un tournant ?

    L’idée de laisser une décision aussi radicale entre les mains d’une entreprise privée suscite en effet un vrai malaise, même si les réactions sont plus fortes en Europe qu’aux Etats-Unis. Il existe outre-Atlantique une forme d’ambivalence sur le sujet : d’un côté, on interpelle les plates-formes sur leur responsabilité et on leur demande de lutter contre les fausses informations et le complotisme ; et, de l’autre, on leur reproche de vouloir prendre le pouvoir et de détenir les clés du débat démocratique.
    Lire aussi Vif débat après la fermeture du compte Twitter personnel de Donald Trump

    Ne soyons pas naïfs, si Twitter en est arrivé à cette solution extrême, c’est certes parce que les événements sont gravissimes, surtout pour des Américains attachés à leurs monuments et à leurs symboles, mais aussi parce que Trump est déconsidéré et qu’il est l’objet d’opprobre. Il est plus facile de supprimer son compte aujourd’hui, alors que les démocrates arrivent au pouvoir. Il y a deux ans, la future vice-présidente, Kamala Harris, s’était heurtée à une fin de non-recevoir.

    Juridiquement, Twitter est dans son droit et applique ses conditions générales d’utilisation (CGU), qui précisent qu’en cas d’apologie de la violence il se réserve le droit d’intervenir et de sanctionner, en allant éventuellement jusqu’à la suspension du compte. Néanmoins, dans les faits, on peut reprocher à l’entreprise d’avoir fait preuve d’une certaine inconstance dans la façon dont elle a appliqué ses CGU depuis plusieurs années. Avant de prendre cette mesure radicale, elle a laissé passer de nombreux Tweet choquants, par exemple lorsque Trump appelait au soulèvement contre les gouverneurs des Etats qui avaient adopté des mesures de confinement. Elle n’a commencé à changer de stratégie que très récemment, au moment de l’immense émotion suscitée par la mort de George Floyd, le 25 mai 2020.

    Une chose est sûre : cette situation paradoxale appelle à mon sens une nécessaire clarification sur le statut juridique des réseaux sociaux et sur le régime à leur appliquer lorsqu’ils hébergent les comptes d’élus et de personnalités publiques. La Cour suprême pourrait avoir très prochainement à statuer sur cette question. Si elle admettait que ces comptes relèvent de l’espace public, et sont à ce titre protégés par le premier amendement, alors Twitter n’aurait pas le droit de suspendre de son propre chef le compte du président des Etats-Unis.

    L’Union européenne veut renforcer et mieux encadrer la régulation des contenus sur les plates-formes. Ces dispositions vous semblent-elles suffisantes pour préserver le débat démocratique ?

    La nouvelle proposition de règlement – le Digital Services Act – présentée le 15 décembre 2020, et qui doit encore être adoptée par le Parlement européen et le Conseil, me semble aller dans le bon sens. Sur la lutte contre les fausses informations, le complotisme et l’appel à la violence, le texte va permettre de passer d’un code de bonne conduite auquel les plates-formes peuvent adhérer sur une base volontaire à un dispositif plus contraignant : elles devront coopérer avec les autorités nationales sur le suivi des contenus illicites, et communiquer aux autorités les informations sur les utilisateurs qui posent problème.

    Ce nouveau cadre veut aussi imposer des mécanismes de signalement des contenus illicites, et prévoit que des « trusted flaggers » (« signaleurs de confiance »), des bénévoles de confiance, soient chargés d’alerter sur les contenus problématiques. Les plates-formes seront obligées de traiter en priorité les contenus qui leur seront signalés par ces acteurs. L’objectif est que les contenus les plus graves soient retirés le plus vite possible et que, dans certains cas, les autorités soient alertées.

    Un autre aspect très important de ce nouveau cadre est d’offrir des garanties aux utilisateurs en imposant une procédure de recours : les plates-formes devront communiquer les raisons de leur décision et proposer à leurs utilisateurs, en cas de contestation, de saisir un organisme de règlement des litiges, un tiers neutre chargé de la décision finale. Dans chaque Etat membre, un coordinateur national des services numériques désignera les « signaleurs de confiance » et les organismes de règlement des litiges.

    Le renforcement du dispositif de signalement de même que la possibilité de recours, encadrés par des acteurs indépendants, me semblent apporter des garanties importantes. Ce texte est d’ailleurs suivi de près aux Etats-Unis par tous ceux qui travaillent à la réforme de la fameuse section 230. Il n’est pas impossible que le nouveau règlement leur serve de source d’inspiration, comme le règlement général sur la protection des données (RGPD) l’a été pour la protection des données en Californie.

    #Médias_sociaux #Régulation

  • Trois semaines plus tard : #Covid-19 : des patients « à très haut risque » pourront être vaccinés dès lundi
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/15/covid-19-des-patients-a-tres-haut-risque-pourront-etre-vaccines-des-lundi_60

    Le premier ministre Jean Castex a annoncé qu’environ 850 000 patients pourront bénéficier de la vaccination dès lundi 18 janvier, quel que soit leur âge. Les autres malades chroniques devront attendre.

    Outre les plus de 75 ans, les personnes présentant des pathologies à « très haut risque », quel que soit leur âge, pourront se faire vacciner contre le Covid-19, à partir de lundi 18 janvier, dans l’un des « 700 centres » de vaccination, a indiqué jeudi 14 janvier le premier ministre Jean Castex. Ce sont les personnes atteintes de cancer et de maladies hématologiques malignes en cours de traitement par chimiothérapie, de maladies rénales chroniques sévères, dont les patients dialysés, des personnes ayant eu une transplantation d’organes ou souffrant de certaines maladies rares, porteuses de trisomie 21, ou atteintes de poly-pathologies chroniques, avec au moins deux insuffisances d’organes, une indication peu claire. Soit environ 850 000 personnes. « Ces patients devront avoir une prescription médicale de leur médecin traitant pour bénéficier de la vaccination », précise le ministère de la santé.

    Il a fallu la mobilisation d’associations de #patients pour que les personnes malades chroniques, jusqu’ici oubliées, deviennent prioritaires. Cette liste de « vaccination en très haute priorité des personnes à très haut risque », visible sur le site du minstère de la santé a été établie « sur avis de la Haute autorité de santé https://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/le-gouvernement-ouvre-la-vaccination-aux-patients-vulnerables et du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale présidé par Alain Fischer », a indiqué Olivier Véran. « Ces pathologies les rendent très vulnérables au Covid-19 », a précisé le ministre de la santé. L’obésité – un facteur de risque de forme grave repéré tôt après l’apparition de l’épidémie – n’en fait toutefois pas partie.

    Les populations « prioritaires » définies fin juillet par le comité analyse, recherche et expertise (CARE) et le comité vaccin Covid-19 et par la Haute Autorité de santé, étaient beaucoup plus larges : 23 millions de personnes, en raison de leur âge supérieur à 65 ans, d’une pathologie chronique ou d’une obésité.

    « Pourquoi pas nous ? »

    Dans une tribune publiée sur le site du Monde, l’association de patients d’insuffisants rénaux Renaloo, qui se dit aujourd’hui satisfaite, déplorait que « la vaccination n’ [ait] simplement pas été organisée ».

    Mais « pourquoi oublier les malades cardiovasculaires, les diabétiques et les obèses ? », se demande sur Twitter Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles- Saint-Quentin-en-Yvelines. De même, l’association Rose Up milite depuis des semaines pour que les malades de cancer « bénéficient dès à présent de la vaccination, y compris s’ils ne sont pas en chimiothérapie ».

    « Il est assez raisonnable de penser que les patients de plus de 60 ans en cours de traitement sont d’assez bons candidats [à la vaccination prioritaire]. De même que les patients de moins de 60 ans avec des traitements assez intensifs », abonde Jean-Yves Blay, président d’Unicancer, qui fédère des centres de lutte contre cette maladie.

    « Il y a naturellement d’autres malades chroniques qui vont se dire : pourquoi pas nous ? On est encore dans une priorisation induite par la #pénurie de vaccins... C’est compliqué pour les autres pathologies aussi, comme le VIH estime Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon (APHP), on suit 3 000 patients VIH, beaucoup m’envoient des mails [pour savoir quand ils se feront vacciner], il faut leur expliquer que ce n’est pas pour tout de suite... » .
    Les autres maladies facteurs de risque, comme les pathologies cardiovasculaires, respiratoires, le diabète... « feront l’objet d’une vaccination prioritaire dans un second temps », indique l’avis du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale.

    heureusement que l’on choisi des médecins comme ministres de la santé

    #vaccins #stratégie_vaccinale #vulnérables #malades_chroniques #gouvernement

    • Patients greffés et dialysés : « Chaque jour qui passe sans vaccin nous menace davantage », Nathalie Mesny,
      Présidente de Renaloo, 14 janvier 2020
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/14/patients-greffes-et-dialyses-chaque-jour-qui-passe-sans-vaccin-nous-menace-d

      La vaccination de ces populations « ultra-prioritaires », prévue par la Haute Autorité de santé, ne figure pas dans le calendrier vaccinal officiel, explique la présidente d’une association de patients insuffisants rénaux dans une tribune au « Monde ».

      Tribune. Dans une décision du 17 décembre 2020, la Haute Autorité de santé (HAS) prévoyait une vaccination de sous-populations non âgées mais particulièrement vulnérables et exposées au SARS-CoV-2 très précocement dans la campagne. Les patients dialysés et greffés rénaux sont directement cités.

      Cette priorisation, que réclamait Renaloo, est absolument nécessaire, puisque le risque de décès du Covid-19 pour ces patients est de l’ordre de 15 %, équivalant à celui des résidents d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), bien qu’il concerne très souvent des personnes bien plus jeunes.

      La campagne vaccinale a débuté en France le 23 décembre 2020. A ce jour, la vaccination de ces patients « ultra-prioritaires » n’a, en dehors de la HAS, fait l’objet d’aucune information institutionnelle. Elle ne figure pas dans le calendrier vaccinal officiel. Elle n’a simplement pas été organisée.

      En attente de « consignes gouvernementales »

      La présence obligatoire trois fois par semaine des patients dialysés dans les centres faciliterait l’administration du vaccin. En revanche, les équipes de greffe rénale suivent au moins un, voire souvent plusieurs milliers de patients transplantés rénaux, et sont confrontées à la grande difficulté de réaliser leur vaccination dans des délais compatibles avec l’urgence qu’elle implique.
      Sur le terrain, les patients témoignent. On dit à certains être toujours dans l’attente de consignes gouvernementales pour les vacciner.

      D’autres sont envoyés directement vers les centres de vaccination, où ils se heurtent évidemment à des refus, puisque seuls les professionnels de plus 50 ans et les plus de 75 ans sont actuellement prioritaires.
      Certaines équipes prévoient d’ores et déjà de limiter la vaccination à une partie seulement de leurs patients : ceux qui auront la chance d’avoir une consultation programmée dans les quelques semaines à venir, les plus âgés – alors que, de facto, les plus de 75 ans vont accéder dans quelques jours aux centres de vaccination, suivis de près par les plus de 65 ans – ou encore les happy few , sélectionnés pour participer à des études cliniques.

      Décès et séquelles évitables

      Tous les autres seront laissés sans solution, renvoyés à une date ultérieure ou vers leur médecin généraliste, qui n’est évidemment pas en mesure de leur répondre.
      Certains se tournent en désespoir de cause vers les services d’information de l’Assurance-maladie, qui leur confirme rapidement qu’ « ils ne sont pas prioritaires ».

      Enfin, plusieurs équipes de greffe se sont vu purement et simplement interdire par leurs agences régionales de santé (ARS) de vacciner leurs patients, au motif « qu’ils ne sont pas prioritaires ».

      Dans le contexte du risque de flambée épidémique et d’émergence probable d’au moins un variant du virus plus contaminant dans les semaines à venir, ces retards dans l’organisation de l’accès au vaccin de personnes pour lesquelles il est hautement mortel ont des conséquences directes en termes de perte de chances mais aussi de décès et de séquelles évitables.
      Chaque jour qui passe sans vaccin nous menace davantage.

      Une urgence absolue

      Cette situation constitue une faute manifeste et grave dans la mise en œuvre de la stratégie vaccinale, ainsi qu’une entorse majeure au principe retenu pour la campagne en France, qui prévoit que la vaccination repose sur des critères équitables et soit d’abord accessible aux personnes les plus à risque.

      L’impossibilité d’accès au vaccin et les informations contradictoires auxquelles nous, les plus fragiles parmi les fragiles, sommes confrontés, suscitent une immense inquiétude, qui devrait nous être épargnée.

      Nous demandons que notre vaccination soit organisée sans délai, et en particulier que :
      – soit garanti notre accès prioritaire à l’ensemble des centres de vaccination, afin que tous ceux qui le souhaitent puissent obtenir un rendez-vous rapide, par Internet ou téléphone, et une première injection avant la fin du mois de janvier (même calendrier que les résidents d’Ehpad, dont le niveau de risque est équivalent) ;
      – soit assurée la bonne organisation de cet accès, et en particulier que les informations nécessaires nous soient sans aucun délai adressées, ainsi qu’à nos équipes de soins, aux centres de vaccination, aux établissements, agences régionales de santé, etc.

      Il s’agit d’une urgence absolue, médicale, éthique, et humaine.

      Renaloo est une association de patients insuffisants rénaux (maladies rénales, greffes, dialyse) www.renaloo.com.

  • « C’est le moment de vérité pour l’aile “légitimiste” du Parti républicain », Anne Deysine
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/13/anne-deysine-c-est-le-moment-de-verite-pour-l-aile-legitimiste-du-parti-repu

    Dans une tribune au « Monde », la juriste estime que si Donald Trump doit rendre compte à la justice, les élus qui l’ont soutenu jusqu’au bout aussi. Car, selon elle, les risques qu’il y aurait à laisser impunis les crimes et violations sont équivalents à ceux qui ont conduit à la guerre de Sécession.

    Tribune. Pour Joe Biden et certains démocrates, la tentation est grande de ne rien faire à l’encontre de Donald Trump. Après tout, il ne reste que dix jours, certes longs et remplis d’angoisse, mais peut-être est-il possible de juste espérer que rien de grave ne se produise d’ici au 20 janvier. Pourtant le choc, psychologique et constitutionnel, de l’assaut sur le Capitole a été considérable car il s’agit d’une icône culturelle qui figure notamment sur les billets de 50 dollars. Surtout, il fait partie, comme la Constitution, des emblèmes de cette religion civile omniprésente aux Etats-Unis. A ce titre, l’assaut est l’équivalent de la profanation d’un lieu saint.

    Les violations commises, depuis les pressions à la fraude électorale jusqu’à l’incitation répétée à la violence, constituent non seulement des atteintes pénales passibles de poursuites et de sanctions en vertu du #droit fédéral et du droit local, mais elles sont aussi caractéristiques des « crimes et délits » de nature plus politique que juridique que les Pères fondateurs avaient en tête lorsqu’ils ont prévu la procédure de mise en accusation ( impeachment ).

    Il est donc essentiel de marquer un coup d’arrêt de façon que ces comportements soient bien identifiés comme non acceptables dans la tradition constitutionnelle américaine et ne pouvant en aucun cas constituer un précédent pour l’avenir.

    Intérêt partisan à court terme

    Cela est d’autant plus important que l’impression qui domine est le sentiment d’impunité de tous les acteurs, depuis le président jusqu’à ceux qui ont pris d’assaut le #Capitole sans même prendre la peine de se cacher ou de porter un masque, en passant par les politiques, y compris des sénateurs, juristes de haut niveau. Tels Josh Hawley ou Ted Cruz, qui ne pouvaient ignorer les graves dommages que leur non-résistance aux mensonges de #Trump infligeait au système électoral, aux institutions et à la démocratie.

    Tout comme les 17 procureurs généraux d’Etats républicains qui ont contesté les résultats devant les juridictions pour des motifs purement politiques. Tous ont donné crédit aux accusations quotidiennes de fraude électorale massive, non existante, et d’élection volée. En privilégiant leur intérêt partisan à court terme, ils sont allés contre l’intérêt général et ont violé leur serment de défendre la #Constitution.
    Donald Trump a su se sortir de quelque 4 000 actions en justice et, durant sa campagne, il a claironné qu’il était au-dessus de la loi. A l’annonce des résultats de l’élection, le 7 novembre, il a répété quotidiennement les accusations de fraude avant de téléphoner au responsable électoral en Géorgie, pour lui demander de « trouver 11 870 votes » ; et enfin il y a eu son exhortation à prendre d’assaut le Capitole. En violation ouverte de la Constitution et du serment de défendre et de faire appliquer la loi.

    Mettre fin à l’impunité

    Ce n’est pas le comportement d’un président et il est important que par des voies politiques et/ou juridictionnelles, ces actes soient sanctionnés comme inacceptables. Il existe des moyens politiques et judiciaires pour mettre fin à cette impunité, mais leur mise en œuvre se heurte à de nombreux obstacles. Ainsi, le 25e amendement permet au vice-président et à la majorité des membres du cabinet de soulever l’incapacité, ici psychologique, du président. Mais il faudrait que Mike Pence, qui a certes certifié les résultats malgré toutes les pressions de Donald Trump, se décide à le lâcher complètement. C’est loin d’être assuré car il a besoin de la base électorale de Trump pour une éventuelle candidature en 2024.

    La vraie solution est l’#impeachment, et des versions d’articles de mise en accusation circulent déjà. Les motifs sont nombreux : violation du serment de défendre la Constitution ; incitation à l’insurrection pour interrompre le processus constitutionnel de certification des voix et la certification des résultats ; sans oublier l’incitation à la fraude électorale.

    Le président élu, Joe #Biden, a indiqué son peu d’enthousiasme car sa priorité est de réunifier le pays et d’apaiser le climat de polarisation aiguë. Il a besoin d’un Sénat disponible pour approuver les nominations des membres du cabinet et d’un Congrès qui puisse légiférer sur les urgences sanitaires et économiques.

    Concernant les sénateurs Josh Hawley et Ted Cruz, beaucoup demandent leur démission et d’autres évoquent la possibilité d’une censure ou d’une réprimande, procédure interne au Sénat et prévue par la Constitution. Ce serait sans doute aussi important que la procédure de destitution du président car ce sont bien les sénateurs républicains qui, en refusant de s’opposer à Trump et de voter la destitution, ont permis l’érosion des normes et jeté de l’huile sur le feu.

    Aussi responsables

    A ce titre, ils sont aussi responsables que le président et ils doivent rendre des comptes, être « accountable ». Expulsion, censure, invocation de la section 3 du 14e amendement, poursuites pénales : aucune option ne devrait être écartée. C’est le moment de vérité pour l’aile « légitimiste » du parti républicain. Restaurer la démocratie ou privilégier le parti ?

    Il reste les éventuelles poursuites par le ministère de la justice de l’administration Biden, contre le président, Rudolf Giuliani et ses acolytes, les émeutiers et les instigateurs. En cas de convocation d’un grand jury (dont le rôle est de décider de l’inculpation ou non), le camp Trump criera à l’acharnement partisan, ce qui ne contribuerait pas à la réconciliation nationale souhaitée par le président. La bonne nouvelle est que Trump a enfin été privé de ses « mégaphones » par Twitter, Facebook et les autres plates-formes.

    Les risques qu’il y aurait à laisser impunis les crimes et violations commis sont si nombreux que le grand historien de la guerre civile David W. Blight compare la période actuelle non au Watergate, mais à l’après-guerre civile. Et aux conséquences, encore sensibles aujourd’hui, de l’absence de sanctions prises contre ceux qui ont fomenté et encouragé la Sécession.

    Un échantillon pris parmi les divers articles qui se réfèrent à l’empreinte laissé par la Guerre de sécession dans l’histoire étasunienne. (#suprémacisme).

    #USA

  • Les gymnases qui brûlent, les étudiants qui se défenestrent et les bonbons sur la table
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/01/gymnases-brulent-etudiants-defenestrent-bonbons.html

    Au moment où je commence la rédaction de cet énième article sur la situation alarmante des étudiant.e.s dans nos universités, le hashtag #etudiantsfantômes est en Trending Topic sur Twitter. Cela veut dire qu’on en parle. Qu’en tout cas elles et ils nous parlent d’eux. De ce qu’ils et elles vivent. Et que l’on commence à peine à les entendre et à les écouter. A peine. Source : affordance.info

  • « Accepter de prendre des risques pour vivre une vie pleine, c’est préférer mourir plutôt que vivre indignement »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/12/qu-est-ce-qui-est-plus-essentiel-que-de-pouvoir-decider-du-moment-de-sa-prop

    Accepter de prendre des risques – y compris celui de mourir – pour vivre une vie pleine, conviviale, épanouie, c’est d’une certaine manière préférer mourir plutôt que vivre indignement. C’est donc vouloir la mort plutôt qu’une vie rétrécie. Or ceux qui, en raison des souffrances, des handicaps et de la dépendance que provoquent la vieillesse ou la maladie, choisissent délibérément de mourir, que font-ils d’autre ? Il est incohérent de défendre le choix d’une vie qui inclut la mort d’un côté et de refuser la liberté de choisir celle-ci au terme d’une réflexion approfondie, conduisant à estimer sa vie « accomplie ».

    #biopolitique #paywall

    • Comment les plus âgés doivent-ils pouvoir gérer le risque lié à la pandémie due au coronavirus ? Le philosophe François Galichet défend le droit à vouloir la mort plutôt qu’une vie rétrécie.

      Tribune. La psychologue Marie de Hennezel, dans un vibrant plaidoyer (« Notre réaction au Covid-19 montre que plus on dénie la mort, moins on tolère le risque et l’incertitude », Le Monde du 8 janvier https://seenthis.net/messages/850474), défend le droit des plus âgés à « retrouver le sens des choses et aller droit à l’essentiel », et notamment à ne plus dénier la mort : « Plus on dénie la mort, moins on tolère le risque et l’incertitude. »

      Ce plaidoyer aura certainement fait sursauter tous ceux qui savent que Marie de Hennezel est une farouche adversaire de la liberté de mourir. Elle dénonce une politique qui « a voulu protéger les plus âgés en les infantilisant parfois, en les privant de leur libre choix de décider ce qui était essentiel pour eux ». Mais qu’est-ce qui est plus essentiel que de pouvoir décider du moment de sa propre mort ?

      Ce refus de l’infantilisation est effectivement attesté par de nombreuses enquêtes auprès des seniors. « Oui, je prends le risque, je préfère me sentir vivant et aller voir ma famille quitte à mourir, mais en restant libre. A notre âge, on veut profiter de ce qui nous reste. » Ils affirment préférer « vivre que durer » (« Covid-19 : “A notre âge, on veut profiter de ce qui nous reste” », Le Monde du 5 septembre 2020).

      Le refus de vivre indignement

      Accepter de prendre des risques – y compris celui de mourir – pour vivre une vie pleine, conviviale, épanouie, c’est d’une certaine manière préférer mourir plutôt que vivre indignement. C’est donc vouloir la mort plutôt qu’une vie rétrécie. Or ceux qui, en raison des souffrances, des handicaps et de la dépendance que provoquent la vieillesse ou la maladie, choisissent délibérément de mourir, que font-ils d’autre ? Il est incohérent de défendre le choix d’une vie qui inclut la mort d’un côté et de refuser la liberté de choisir celle-ci au terme d’une réflexion approfondie, conduisant à estimer sa vie « accomplie ».

      C’est pourquoi j’invite Marie de Hennezel à assumer son plaidoyer jusqu’au bout. Les personnes que j’ai accompagnées dans leur choix de mourir délibérément, comme celles qui détiennent les moyens de le faire, témoignent exactement des qualités qu’elle décrit chez les seniors.

      Lire aussi En temps de Covid-19, « les vieux entendent aussi décider de leur mort »

      Comme le montre l’enquête que j’ai menée auprès d’elles (dans mon livre Qu’est-ce qu’une vie accomplie ? , Odile Jacob, 2020, chapitre 5), « elles organisent leur vie autour de ce qui est pour elles essentiel ». Elles entretiennent « un autre rapport au temps » et jouissent de tous les bienfaits de la vie, parce qu’elles savent qu’elles peuvent en sortir si elle devient intolérable. Elles ont une relation plus sereine avec leurs proches, parce qu’elles sont certaines de n’être jamais un poids pour eux.

      Seul pays d’Europe à l’interdire

      Les sondages montrent que 96 % des Français sont favorables à une aide à mourir. L’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, l’Autriche l’ont légalisée ou s’apprêtent à le faire, après la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse. La France sera bientôt le seul pays d’Europe à l’interdire, comme elle a été l’un des derniers à abolir la peine de mort.

      Lire aussi « La médecine des personnes âgées ne peut pas tourner indéfiniment le dos à la liberté et à la mort »

      Refuser l’aide à une mort délibérée, c’est entretenir le déni de la mort que Marie de Hennezel prétend combattre ; c’est en faire une fatalité et non une composante fondamentale de notre liberté, comme l’ont reconnu bien des philosophes : Platon, Sénèque, Montaigne, Hume, Nietzsche, Cioran, entre autres.

      Un projet de loi vient d’être déposé au Sénat pour légitimer enfin l’aide à mourir. Après tant d’occasions manquées, celle-ci sera-t-elle la bonne ?

      #vieux (et, par extension, #malades...) #loi_sur_la_fin_de_vie #aide_à_mourir #suicide_assisté #éthique #euthanasie