Vaccination contre la Covid-19 : mode d’emploi

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  • #Covid-19 : « Il est à craindre que l’aggravation de l’actuelle vague impose mi-janvier un nouveau confinement »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/11/covid-19-il-est-a-craindre-que-l-aggravation-de-l-actuelle-vague-impose-mi-j

    Même s’il est de plus en plus mal vécu par la population, le confinement strict et précoce est la meilleure arme contre la propagation virale, défendent, dans une tribune au « Monde », les médecins et autres membres de l’association PandémIA .

    Nous alertions en novembre sur les risques de « stop and go », alternance de confinements et déconfinements contemporains de multiples vagues, comme celle s’amorçant sous nos yeux. Avons-nous encore échoué ? La pandémie a-t-elle toujours une vague d’avance ? L’ampleur de la deuxième vague nous a surpris, à cause de plusieurs facteurs : un relâchement, flagrant cet été, des mesures barrières, puis le refroidissement saisonnier propice à la propagation du virus, plus résistant au froid et à l’humidité, avec une probabilité plus grande de le trouver en milieu confiné.

    La pandémie a changé de nature également. Les 25 000 mutants du Covid décrits jusqu’ici étaient sans conséquence évidente sur l’histoire de la maladie. Cependant, deux nouveaux mutants sont apparus (Royaume-Uni et Afrique du Sud), beaucoup plus contagieux, apparemment sans conséquences sur la virulence. Ces mutations facilitent l’entrée du virus dans les cellules et en augmentent les quantités produites dans la salive, principal vecteur de transmission. Modifient-elles également la résistance du virus dans l’environnement ? Sa capacité à échapper au système immunitaire ? L’émergence de ces variants pose aussi le problème de la sensibilité des tests PCR, de l’efficacité de nos stratégies pour les identifier et limiter leur diffusion, et surtout des potentielles conséquences sur l’efficacité des vaccins.

    Surveillance des eaux usées

    Alors que l’amélioration des techniques de réanimation (oxygénation moins invasive) et des traitements spécifiques (corticoïdes, anticoagulants) permettait de baisser la mortalité de 40 % à moins de 25 % chez les patients sévères, une surmortalité a été observée pendant la deuxième vague, soulevant de nombreuses questions. Serait-ce un effet « comptable », de nombreux décès de la première vague n’ayant pas été reconnus Covid, car non diagnostiqués, ou une conséquence de sa durée, plus longue ?

    Notre incapacité à mieux gérer les déconfinements, en anticipant la recirculation du virus, est aussi en question. Notre groupe avait montré que la surveillance de la présence du virus en quantité croissante dans les eaux usées permettait d’annoncer la remontée de l’incidence de la maladie, et ses conséquences sur l’afflux hospitalier et les décès. Les travaux conduits dans le cadre du réseau Obépine avaient notamment alerté sur le retour du virus, dès le 20 juin, les indicateurs « individus-centrés » n’ayant perçu cette recirculation qu’un mois plus tard.

    Ces constatations auraient pu conduire à un reconfinement plus strict et plus précoce, et pas à des stratégies faites de demi-mesures, non retenues par nos voisins. Ainsi, la deuxième vague est arrivée en France en novembre, avec la surmortalité décrite plus haut. Pour l’instant, les restrictions sont limitées à un couvre-feu à 18 heures dans certains départements, avec un effet probablement réduit. Il est à craindre que l’aggravation de l’actuelle vague impose mi-janvier un nouveau confinement, du fait, de nouveau, des graves pressions sur le système de santé. Le confinement strict et précoce est la meilleure arme contre la propagation virale, même s’il est de plus en plus mal vécu par la population.

    Vacciner, une urgence et une nécessité

    Reste enfin la vaccination, qui doit passer du stade de l’espoir à celui de la réalité ! Nous ne pouvons gâcher la chance et la prouesse scientifique de pouvoir en disposer aussi rapidement. Ne revenons pas sur la non-préparation d’un processus qui aurait dû être anticipé depuis au moins trois mois, ni sur le scepticisme généralisé des Français, très lié à la cacophonie, alimentée dans certains médias et par des réseaux sociaux incontrôlables !

    L’instauration d’une politique de vaccination lisible en France est enfin en cours. C’est une urgence et une nécessité sanitaire, sociale et politique, sans méconnaître les difficultés de l’organisation et de la logistique. Pour commencer, la quantité de doses disponibles, qui justifie qu’on privilégie encore les sujets les plus à risque de décès [sauf, et c’est dégueulasse, les porteurs de comorbidité non vieux...] , et les soignants dont on a grandement besoin. L’incertitude que cette vaccination puisse réellement réduire la circulation virale reste un problème. Si on est sûr qu’elle réduit l’incidence des formes graves, sa capacité à limiter la contagiosité reste débattue, bien que la baisse d’incidence des patients symptomatiques aura des conséquences épidémiologiques indubitables [?] .

    La constitution d’une immunité collective arrêtant la circulation du virus prendra de nombreux mois pendant lesquels les mesures barrières devront être respectées ! Restent enfin les interrogations sur l’efficacité in fine de ces vaccins sur les mutants, ce qui amènerait à fabriquer en urgence de nouveaux vaccins, à attendre leur mise à disposition et, paradoxalement, à justifier a posteriori la lenteur choisie ou subie par la France !

    On n’en a pas fini de ce Covid-19. D’autres pandémies suivront, notamment à la suite d’une pression sur les écosystèmes liée à la mondialisation. Il sera indispensable de tirer les leçons de cet épisode unique depuis la grippe espagnole. En attendant, tentons de juguler cette troisième vague. Les travaux doivent être poursuivis pour optimiser les tests, comme des autotests salivaires, mesurer mieux la reprise de la circulation virale en fin de confinement (surveillance des eaux usées au niveau national), et surveiller les mutations par séquençage. Il faudra aussi poursuivre les recherches thérapeutiques auprès des nouveaux malades (leurres pour le virus, molécules antivirales, substances anti-inflammatoires) et identifier mieux les zones de contamination pour pouvoir limiter le nombre d’activités non essentielles fermées (en rouvrant les stations de ski, les cinémas, ou les théâtres par exemple), et surtout restaurer la confiance du plus grand nombre. Le Covid nous a révélé combien nous étions, chacun, vulnérables. A nous de comprendre, et surtout de mettre en pratique, que seules la solidarité et l’intelligence collective pourront vaincre définitivement ce virus microscopique.

    Par l’association Fondation PandemIA : Sadek Beloucif, anesthésiste réanimateur ; Patrick Berche, microbiologiste ; Yvon Maday, mathématicien ; Vincent Maréchal, virologue ; Alexandre Mignon, anesthésiste-réanimateur ; Didier Payen, anesthésiste-réanimateur ; Gilles Pialoux, infectiologue.

    Tout le monde ici (ou presque...) avait bien compris qu’un reconfinement devait venir, voilà que c’est officiel, si Le Monde a encore cette fonction.

    #stop_and_go #pandémie #confinement #reconfinement #eaux_usées (un mois d’avance sur les lectures fondées sur les test individuels !?) #vaccination