• Drame de Valence : l’itinéraire meurtrier d’un ingénieur sans emploi
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/29/drame-de-valence-l-itineraire-meurtrier-d-un-ingenieur-sans-emploi_6068022_3

    L’homme de 45 ans qui a abattu une conseillère de Pôle emploi et une DRH est en garde à vue. Les enquêteurs travaillent sur des liens potentiels avec deux affaires très similaires en Alsace.

    Un parcours meurtrier lié à une vie professionnelle chaotique ? Jeudi 28 janvier, un ingénieur de 45 ans sans emploi a tué par balle une conseillère Pôle emploi, dans la Drôme, et la directrice des ressources humaines d’une entreprise dans laquelle il avait travaillé, en Ardèche. Les enquêteurs suspectent que son expédition macabre ait pu démarrer plus tôt, et font les dernières vérifications quant au lien potentiel avec le meurtre d’une DRH et une tentative de meurtre sur un autre, commis mardi 26, dans le Haut-Rhin.

    « Agence fermée jusqu’à nouvel ordre ». Une affichette témoigne sobrement de l’effroi qui a saisi l’agence Pôle emploi de Valence, jeudi. Le matin même, un homme s’y est présenté, peu après l’ouverture. Il est 8 h 30. Patiemment, l’homme attend son tour, décline une fausse identité et se dirige vers une borne de recherche d’emploi. Ni menaçant ni agressif. Jusqu’à ce qu’il se glisse dans un couloir menant aux bureaux, s’engouffre dans l’un des plus proches de la sortie et tire un coup de feu sur une conseillère de 53 ans, l’atteignant au thorax. Des collègues tenteront de la réanimer avant l’arrivée des secours, en vain.
    L’homme, lui, a déjà fui et traverse en voiture le pont qui sépare la Drôme de l’Ardèche, et la ville de Valence de sa voisine, Guilherand-Granges. De l’autre côté du Rhône, il s’arrête chez Faun Environnement, une entreprise fabriquant notamment des camions-bennes à ordures. Il y a travaillé entre 2008 et 2010, avant d’être remercié, et demande nommément un responsable, ignorant que celui-ci est depuis parti à la retraite. Il monte alors dans les étages, tire à plusieurs reprises sur la DRH du site, qu’il touche deux fois, à l’abdomen et à la tête, et reprend sa fuite, abandonnant son arme sur place, un 9 mm. L’employée de 51 ans ne survivra pas à ses blessures.
    Itinéraire réfléchi et « prémédité »

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    Son itinéraire meurtrier était réfléchi et même « prémédité », selon le procureur de la République de Valence, Alex Perrin, qui a confié l’enquête pour « assassinats » à l’antenne valentinoise de la police judiciaire de Lyon. Les motivations du suspect, elles, restent encore floues, mais sont directement « en lien avec l’emploi » pour le procureur. Connaissait-il ses victimes ? Possible qu’il ait « reconnu » la #DRH de Faun Environnement, qui travaillait déjà dans l’entreprise lorsque lui-même y a fait un passage. Sans qu’aucun conflit entre eux ne soit connu à ce stade. Quant au #Pôle_emploi de Valence, il y était inscrit jusqu’en 2013, sans, là encore, de lien direct connu avec la conseillère tuée. Ses cibles seraient donc symboliques. « Son parcours criminel est lié à sa carrière », avance une source proche de l’enquête. Et sa dérive meurtrière pourrait donc avoir commencé plus tôt que jeudi matin.
    Les enquêteurs travaillent en effet sur des liens potentiels avec deux autres affaires aux circonstances très similaires. Mardi soir, une femme a ainsi été retrouvée tuée par balle sur le parking d’une entreprise, à Wolfgantzen, dans le Haut-Rhin. Soit à environ 150 kilomètres de Nancy, d’où est originaire le suspect de Valence. Un peu plus tard, ce même soir, un autre homme a lui aussi été agressé à son domicile par un homme armé, à Wattwiller, toujours dans le Haut-Rhin. Or, rapportait alors la presse régionale, dont L’Alsace, les deux victimes étaient d’anciens collègues… aux ressources humaines de la même entreprise.
    Leurs noms avaient été épinglés sur les réseaux sociaux en 2018, lors d’une campagne intitulée #balancetonDRH où ils étaient qualifiés de « mercenaires/killers » qui « ne règnent que par la terreur ». Aucun lien n’est pour le moment établi avec la vie professionnelle du suspect, mais les enquêteurs comptent sur des « résultats scientifiques » pour pouvoir rapprocher, ou non, les affaires. Selon une source policière, les résultats des expertises ADN et balistique se faisaient toujours attendre, vendredi matin, « mais le lien avec les faits d’Alsace ne fait plus guère de doute ».