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  • Lire n’est pas qu’une question de plaisir, c’est un instrument d’émancipation – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/lire-nest-pas-quune-question-de-plaisir-cest-un-instrument-demancipation-
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/2G5ER6MLNNHSVDKEGDPXGCFRNA.jpg?auth=d096785223e07e4a70648c8434cd3edc6d3cf

    L’avocat et éditeur Jean-Claude Zylberstein témoigne de ce que la lecture lui a apporté : échapper à l’enfermement social, professionnel, intellectuel et moral. Rien de moins.

    Mentorat à la lecture dans une médiathèque de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). (Cha Gonzalez/Libération)
    ParJean-Claude Zylberstein
    avocat, journaliste et éditeur
    Publié le 11/07/2026 à 14h15

    Face au déclin de la lecture, je laisse à d’autres le soin de prodiguer aux pouvoirs publics les moyens propres à l’enrayer. Mais je déplore que l’on mette trop souvent en avant son aspect plaisir ou divertissement (à cet égard les écrans semblent bien avoir gagné la partie). La lecture a d’autres vertus, et des plus importantes.

    Aussi bien me suis-je senti incité à témoigner de ce qui m’a permis d’échapper à plusieurs formes d’enfermement : social, professionnel, intellectuel, et même moral, car cela tient en un seul mot : lire.

    Depuis des décennies, je cite volontiers une phrase de Jean Guéhenno gravée sur une plaque apposée dans une rue de Paris où il vécut : « Le livre est un instrument de liberté. »

    Longtemps, j’y ai vu une belle formule. Avec le recul, je mesure qu’elle décrit assez exactement ce que la lecture a représenté dans ma propre existence.

    Je ne suis pas né dans un milieu où les chemins étaient tracés d’avance. Rien ne me destinait particulièrement à devenir éditeur, puis avocat. Si j’ai pu accéder à des univers qui m’étaient étrangers, rencontrer des hommes et des femmes que je n’aurais jamais approchés autrement, comprendre des idées, des œuvres et des expériences qui dépassaient mon horizon premier, je le dois pour une large part aux livres.
    La lecture m’a permis de mieux me connaître moi-même

    La lecture ne m’a pas seulement instruit. Elle m’a permis d’habiter d’autres vies que la mienne et, ce faisant, pour reprendre le mot d’Italo Calvino, de mieux me connaître moi-même.

    Lire, c’est aussi apprendre à penser.

    Dans une époque dominée par l’immédiateté, l’image et la réaction instantanée, le livre impose un rythme différent. Il exige de l’attention, de la patience, parfois même un effort.

    Je ne méconnais nullement les ressources des écrans. Je les utilise comme tout le monde. Ils offrent un accès prodigieux à l’information.

    Mais l’information n’est pas la lecture.

    L’écran favorise souvent le passage rapide d’un sujet à l’autre ; le livre nous invite à demeurer auprès d’une pensée, d’un récit ou d’une démonstration.

    Les livres qui ont changé ma vie, nourri mon jugement ou enrichi mon imaginaire, je ne les ai pas consultés : je les ai lus.
    Dans une bibliothèque, à l’abri de tout

    A chaque fois que je suis entré dans une librairie ou une bibliothèque je me suis senti mieux que l’instant d’avant, à l’abri de tout : de la bêtise, de la laideur, de l’ignorance.

    Et puis la lecture est également une école de citoyenneté. Nos édiles l’ont-ils oublié ? Je ne veux pas croire qu’ils le taisent intentionnellement !

    Avant de devenir avocat, je croyais souvent vivre dans un monde dont je comprenais mal les règles. L’étude du droit m’a appris combien la liberté suppose la connaissance.

    Mais pour accéder au droit, encore faut-il pouvoir lire.

    Lire un texte, comprendre un raisonnement, distinguer un fait d’une opinion, une preuve d’une affirmation, voilà des compétences qui ne concernent pas seulement les études ou la culture ; elles concernent directement l’exercice de la citoyenneté.

    Une démocratie a besoin d’informations et donc de lecteurs, car pour connaître ses droits, il est bon d’avoir fait un peu de droit.

    La lecture n’est pas est un loisir parmi d’autres : c’est un instrument d’émancipation.

    Elle permet de franchir les frontières sociales. Elle donne accès à des expériences que nous ne vivrons jamais directement. Elle nous apprend à douter sans renoncer à juger, à comprendre sans nécessairement approuver.

    Elle nous prémunit contre les simplifications excessives et les certitudes prématurées.

    Les certitudes absolues sont souvent le privilège de ceux qui connaissent mal la réalité.
    Un enseignement de la complexité de nos vies et du monde

    La lecture nous enseigne précisément la complexité de nos vies et du monde qui nous entoure.

    J’irai plus loin : à l’heure où l’on s’interroge sur la santé publique, la cohésion sociale, l’isolement et les fractures culturelles, il est peut-être temps de considérer la lecture comme un enjeu dépassant largement le seul domaine de la culture.

    Lire enrichit le vocabulaire.

    Lire développe l’attention.

    Lire exerce la mémoire.

    Lire favorise l’empathie.

    Lire combat la solitude.

    Lire aide chacun à construire un dialogue intérieur.

    A sa manière, la lecture constitue aussi un instrument de santé publique.

    Je ne prétends pas que les livres rendent meilleurs.

    L’histoire fournit trop de contre-exemples pour qu’on puisse soutenir une telle thèse.

    Mais je demeure convaincu que la lecture est un instrument de réussite, personnelle d’abord, mais aussi professionnelle : je soutiens que dans un entretien d’embauche à compétence technique égale, c’est le bon lecteur qui l’emportera sur celui qui ne lit pas ou pas assez. J’avancerai même qu’elle peut améliorer notre vie affective et sentimentale !

    Et si je devais résumer en une phrase ce que les livres m’ont apporté tout au long de mon existence, je reviendrais à Jean Guéhenno : « Le livre est un instrument de liberté. »

    Il est même, peut-être, l’un des plus puissants que les sociétés démocratiques aient jamais inventés.

    #Lecture #Livre #Lire #Emancipation

  • Feux de forêt : « Tout miser sur la lutte n’est plus suffisant, il faut s’atteler à la prévention », Arthur Guérin-Turcq
    https://www.liberation.fr/environnement/climat/feux-de-foret-tout-miser-sur-la-lutte-nest-plus-suffisant-il-faut-sattele
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/IKHUYFDUMNBKXJS4Y6NDJSUWWY.jpg?auth=45f3a7cefd6b12a3a7cb5f77b523fb1c047c7

    Dans la forêt landaise, ravagée en 2022 [les incendies en Gironde ont détruit au total 30 000 hectares de végétation], les moyens de lutte ont évolué. Par exemple, les pompiers sont désormais formés à la technique du contre-feu, qui n’était pas utilisée auparavant. L’idée, c’est de déclencher un incendie volontairement pour en stopper un autre : lorsqu’ils se rencontrent, ils se dévorent mutuellement, ils « s’annulent ». C’est une pratique ancestrale, très connue et assez efficace. Le problème, c’est que cela suppose de sacrifier des zones qui ne sont pas encore touchées. Et en 2022, des propriétaires forestiers n’ont pas voulu qu’on le fasse sur leur parcelle.

    Mais ce nouveau régime d’incendie met surtout en lumière les limites des moyens de lutte actuels, comme le fait de larguer de l’eau par voie aérienne. On parle beaucoup de l’achat de nouveaux Canadair et de Dash [des avions bombardiers d’eau], mais lorsqu’il fait très chaud, l’eau s’évapore avant même de toucher le sol. Il y a aussi les obligations légales de #débroussaillement mises en place par une loi votée en 2023, un an après les incendies de Gironde. Elle impose aux habitants de zones à risque incendie de débroussailler 50 mètres autour de leur maison. Outre le coût que cela représente, il y a des personnes âgées en milieu rural qui ne peuvent pas forcément le faire, il y a des maisons secondaires, d’autres qui sont abandonnées… Et surtout, cela fait reposer toute la responsabilité sur les individus. Ça prouve que tout miser sur la lutte n’est plus suffisant, qu’il faut désormais s’atteler à la prévention. Et ça, c’est à l’Etat de le mettre en œuvre.

    Que voulez-vous dire par là ?

    C’est, pour moi, notre principale lacune face aux feux de forêt : l’absence d’une véritable politique de prévention. Prévenir, c’est réfléchir à un meilleur aménagement des territoires. Car on sait que les incendies vont se multiplier et que leur vitesse ne fait qu’augmenter. Pour limiter leur propagation, il faut tout simplement ne pas donner à manger au feu, donc ne pas lui donner de combustible. D’abord, il faut créer autour de chaque village une interface habitat-forêt, c’est-à-dire une zone tampon débroussaillée à l’échelle d’une commune plutôt que d’une maison, ce qui se fait déjà dans quelques villages du massif des Corbières. Ensuite, il faudrait créer et entretenir des coupures spatiales de plusieurs kilomètres dans les massifs. J’appelle ça la trame rouge : contrairement à la trame verte et bleue qui mise sur la continuité écologique, l’idée ici est de casser la continuité du combustible pour empêcher les feux de se propager rapidement sur tout un massif.

    Est-ce envisageable dans l’Aude et en Gironde ?

    Les Corbières, c’est un territoire en déprise avec de nombreuses friches, qui sont autant de combustible. Il faudrait inventer de nouvelles activités pour réinvestir ces lieux, comme le #pastoralisme, qui semble tout indiqué pour cette région de moyenne montagne.

    En forêt landaise, il est aussi très compliqué de faire passer cette idée parce que c’est un massif de production et de rente, entièrement organisé autour d’une monoculture forestière. Il faudrait donc couper pas mal de pins, et la filière bois le voit d’un très mauvais œil. Sauf que sans cet aménagement, toutes leurs parcelles risquent d’y passer. Potentiellement, cela pourrait surtout causer des morts dans les villages.

    Finalement, ce sont des choix politiques ?

    Totalement. Comme la canicule, le feu est aussi très politique. Les #incendies ne sont pas des événements naturels, extérieurs, qui viendraient percuter la tranquillité de nos sociétés : le feu est un produit de nos sociétés. Il n’intervient pas n’importe où, il ne se propage pas n’importe comment. Nos territoires sont complètement façonnés par nos choix politiques. Ce qui est, en soi, un petit peu rassurant, car cela signifie qu’on a la main pour les adapter et faire au mieux pour éviter le pire. Il faut donc mettre en œuvre une véritable planification écologique dès aujourd’hui avant que des drames ne surviennent.

    #débroussaillage

  • Profs non remplacés : l’Education nationale condamnée à remplacer une enseignante après plus de 60 heures perdues
    https://www.liberation.fr/societe/education/profs-non-remplaces-leducation-nationale-condamnee-a-remplacer-une-enseig
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/YFGJ3CFRMVD4HGEZ4GBMMDIQIM.jpg?auth=dbbe5a63839f284a811ae95604dbd3a25ebaa

    Dans le Val-de-Marne, une professeure était absente depuis plus de quinze jours et a été remplacée juste après le dépôt du recours. Près de 200 requêtes similaires ont été entreprises contre l’État depuis 2018, selon la Cour des comptes.

    [...]

    Selon la Cour des comptes, ces absences constituent un préjudice reconnu par les tribunaux administratifs. 191 requêtes ont été introduites contre l’État depuis 2018 pour réclamer des indemnisations et ont conduit à 49 condamnations.

    En revanche, les condamnations forçant les rectorats à trouver des remplaçants sont rares, dit Me Joyce Pitcher, qui engage des poursuites contre l’État avec le mouvement #OnVeutDesProfs depuis 2022. A sa connaissance, seul le tribunal administratif de Nice a rendu une décision comparable, consultée par l’AFP, en avril 2025, enjoignant au ministère de remplacer le professeur de français d’une classe de 6e d’un collège de Grasse, dans les Alpes-Maritimes.

    https://justpaste.it/ntmhr

    • De notre côté, on a donc notre aînée qui est en terminale, et dont une des matières de spécialité est Physique-Chimie (parce que c’est fun). Et depuis le 23 mars dernier, pour une cause aussi inattendue qu’imprévisible pour le rectorat, sa prof est en congé maternité.

      Sans remplaçant(e).

      Depuis le 14 avril, elle a un remplaçant pour les 2 heures de TP (sur les 6 heures de cette spécialité).

      Elle devait avoir un prof remplaçant (pas clair : apparemment pour seulement deux heures de plus), mais comme c’est le sportif qui s’est illustré nationalement pour avoir mis une mandale à un gamin : suspension. Puis ça a été les vacances. Et la première semaine de reprise, le monsieur était en grève, donc toujours pas de cours.

      Et aujourd’hui, alors qu’elle aurait dû avoir son premier cours avec le monsieur, ils ont appris au dernier moment que finalement non, il n’a pas le droit de prendre de classe supplémentaire. Donc cours annulé.

      Donc, pour l’intégralité du troisième trimestre, au motif que sa prof a surpris tout le monde en tombant soudainement en congé maternité, mon aînée a sa matière de spécialité qui a sauté.

      Bref, je trouve cette information extrêmement inspirante, je commence à me renseigner (même si c’est désormais trop tard pour avoir un remplacement, puisqu’il n’y a plus cours en juin pour les terminales).

    • Ce que montre l’article, faute d’info plus détaillée, c’est que le nombre de procédures est infime. Alors que ce phénomène de non-remplacement et de « perte de temps scolaire » peut prendre des proportions absolument massiveS.

      La Seine-Saint-Denis se distingue encore par un pourcentage élevé d’enseignants non remplacés quand ils s’absentent en raison de congés maladie, maternité ou de formation. Au point d’engendrer une perte de temps scolaire.

      Dès 2018, le rapport parlementaire des députés François Cornut-Gentille (Haute-Marne, Les Républicains) et Rodrigue Kokouendo (Seine-et-Marne, La République en marche) sur l’évaluation de l’action de l’Etat en Seine-Saint-Denis reprend les estimations de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE 93) sur cette perte, qui s’élèverait en moyenne à une année sur l’ensemble de la scolarité des enfants de Seine-Saint-Denis.

      https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/04/22/les-problemes-de-l-enseignement-en-seine-saint-denis-en-chiffres_6229161_435

      #école #sous_effectifs #non_remplacement

    • Remplacement des enseignants : les #élèves des collèges et des lycées perdent toujours 10 % de leurs heures de cours annuelles
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/12/remplacement-des-enseignants-les-eleves-des-colleges-et-des-lycees-perdent-t

      Alors que le ministère en a fait une priorité depuis 2022, les heures non remplacées sont beaucoup plus élevées qu’en 2018. Ce résultat questionne la stratégie du gouvernement, focalisée sur les absences ponctuelles, alors que les besoins augmentent pour des remplacements de longue durée.

      #éducation

  • C’est ce qui s’appelle une personne morale en milieu patriarcal : le nom d’une entreprise se retrouve genré au masculin.

    Amazon annonce qu’il va investir plus de 15 milliards d’euros en France sur trois ans – Libération
    https://www.liberation.fr/economie/conso/amazon-annonce-quil-va-investir-plus-de-15-milliards-deuros-en-france-sur
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/2QFP4GB3PVB77IHKAL5YHQ2KAA.jpg?smart=true&auth=cdddd534b9806cb25cd08f5acd

    Servi avec le pipeau qui va avec cette enflure de Bezos, Amazon va nous submerger de ces merdes en plastiques, son IA et surtout de ses nouveaux data-centers ECOLOGIQUES comme de bien entendu. Préparez vous à devoir vous battre ami.es des libertés et de la nature.

  • La « sucette goût bite », ou le retour en grâce des odeurs corporelles – Libération
    https://www.liberation.fr/lifestyle/intimites/la-sucette-gout-bite-ou-le-retour-en-grace-des-odeurs-corporelles-2026032
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/BG2BVZCQBRCZVMMJLPCOVKWT5U.jpg?auth=af7e8f2370a48d6c2dfd674f97ee904b94ca6
    Ça manquait d’élégance, par ici, je trouve.

    Pensée pour les « amateurs d’audace culinaire », la sucette aurait pu ne jamais exister. « Il me fallait obtenir l’accord d’un labo pour développer l’arôme », explique Nicolas. Pour rassurer ses interlocuteurs, il se présente comme un concepteur de farces et attrapes. « Mon objectif est de développer une gamme de sucettes de mauvais goût », leur écrit-il, pince-sans-rire. Il n’obtient aucun retour. Quatre mois plus tard, ayant essuyé une dizaine de refus, il contacte un dernier labo et s’apprête à jeter l’éponge. « Je n’y croyais plus, se souvient-il. Mais cette fois, surprise : un chimiste me répond et se dit intéressé : “D’habitude, dans notre métier, on vient nous voir pour transformer un goût infâme en quelque chose de bon. Vous, c’est tout l’inverse. C’est très stimulant comme démarche.” »

  • Philippe Pujol, prix Albert-Londres : « Les Marseillais ont la migraine et ils veulent la soigner d’une balle dans la tête » [titraille Ration : dans le texte, la phrase citée désigne les électeurs du RN]
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/philippe-pujol-prix-albert-londres-les-marseillais-ont-la-migraine-et-ils
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/RQOUJHP7TBFA7CKNLV2DXRLX2M.jpg?auth=e838e10bdfa4cfe11db395780f55fb37c5c37
    Au premier tour des élections municipales à Marseille, le #RN a récolté le score historiquement haut de 35,02 %, le plaçant en deuxième position juste derrière le maire sortant Benoît Payan. (Yohanne Lamoulère/Tendance Floue pour Libération)

    Paris n’est pas la France ; c’en est la capitale. Pour comprendre le pays, #Marseille offre un constant temps d’avance. Mais Marseille n’est pas un laboratoire, ses habitants ne sont pas des rats. Marseille est juste en avance sur les galères de son époque ; un concentré de France à l’échelle de moins d’un million d’habitants. Tout en une ville : quartiers populaires, noyaux villageois, HLM et petits propriétaires, cités de pauvres, ghettos de riches, immigration, solidarité, racisme, insécurité, désindustrialisation, paupérisation là, gentrification ici, aseptisation partout ailleurs, identités multiples, capacité à se parler autant qu’à se battre, union et rejets, espoir et ressentiment…

    [...]

    LFI morose, les likes et les followers n’ont jamais fait des électeurs

    (...) Les quartiers populaires n’ont pas bougé. On croyait que la fureur ferait bouillir la marmite, mais les likes et les followers n’ont jamais fait des électeurs. C’est du vent numérique qui cette fois n’a poussé aucun navire.

    [...]

    Une droite de parvenus remplacée par une extrême droite de condamnés

    https://justpaste.it/mt5ky

    • À Marseille, le résultat du RN n’est pas une « percée », mais une continuité
      https://www.mediapart.fr/journal/politique/190326/marseille-le-resultat-du-rn-n-est-pas-une-percee-mais-une-continuite

      Contrairement aux idées reçues sur l’ancrage à gauche de la cité phocéenne, l’extrême droite y réalise des scores importants depuis les années 1980. La ville a été le premier laboratoire d’une alliance entre la droite traditionnelle et le Front national. L’électorat parachève désormais cette bascule.

      (...) c’est surtout l’« accord de gestion » de Jean-Claude Gaudin avec le FN aux élections régionales de 1986, alors qu’il était président de région, qui pose un jalon important dans cette histoire. Cette alliance conduit le futur maire de Marseille (de 1995 à 2020) à faire élire les frontistes Gabriel Domenech et Claude Scannapieco à la vice-présidence de la région, avec les voix du FN, de l’UDF et du RPR. Journaliste au quotidien local d’extrême droite Le Méridional, Gabriel Domenech y publia des éditos « très offensifs, xénophobes » au début des années 1980, relate Nicolas Maisetti.
      « C’était une alliance entre la droite et l’extrême droite très tôt dans l’histoire politique de la droite. Cela témoigne d’une porosité, non seulement des électorats, mais aussi des appareils partisans, alors que Jean-Claude Gaudin n’était même pas membre de la droite RPR, mais du centre-droit », ajoute-t-il. En parallèle, durant ces années, la ville subit l’effondrement de la métallurgie navale et ferroviaire, entraînant des effets en chaîne.

      https://justpaste.it/lpkh6

      #extrême_droite #bourgeoisie (en plus solide // Knafo à Paris)

  • Mort de #Quentin_Deranque à #Lyon  : de nouvelles #images le montrent en première ligne de la bagarre

    Une vidéo, diffusée par plusieurs médias, montre Quentin Deranque, quelques minutes après la bagarre qui lui a coûté la vie. Debout, les mains ensanglantées, à côté d’un autre homme au poing également couvert de sang, il fait face à des passants. Certains lui conseillent de se rendre à l’hôpital, tandis que d’autres évoquent sa participation à une violente bagarre, et lui recommandent de quitter les lieux pour éviter tout problème avec la police. Sa tenue vestimentaire permet de l’identifier en première ligne des affrontements avec les antifascistes, et contredit définitivement la thèse d’un jeune militant pacifiste simplement venu protéger le collectif Némésis.

    Ces images contredisent encore un peu plus le narratif de l’extrême-droite dans l’affaire Quentin Deranque. Diffusées par plusieurs médias, elles montrent le jeune homme de 23 ans, juste après la bagarre au cours de laquelle il a reçu les coups ayant entraîné sa mort. En comparant sa tenue vestimentaire avec d’autres séquences prises pendant l’affrontement avec les antifascistes, le média en ligne Contre Attaque a pu identifier sa position dans la bagarre : Quentin se trouvait en première ligne, visage dissimulé et aux côtés de militants d’extrême droite armés, et portait des coups aux antifascistes.

    On le distingue sur plusieurs scènes de la bagarre  : lors d’une charge en direction des antifascistes, au milieu de l’affrontement à l’angle de la rue Victor Lagrange, et enfin dans cette même rue, utilisée comme axe de fuite par les fascistes, où Quentin Deranque sera frappé au sol. À ses côtés, plusieurs militants d’extrême droite se montrent particulièrement violents. Dans un précédent article, nous mentionnions l’usage par ces derniers d’une béquille, d’une gazeuse lacrymogène et d’un parapluie comme armes. Les images confirment que les personnes manipulant ces objets se trouvaient toutes à proximité de Quentin lors des affrontements.

    Loin d’être, comme l’ont prétendu de nombreux médias de droite, un jeune militant pacifiste venu protéger le collectif Némésis, Quentin faisait donc partie d’un groupe d’une quinzaine de militants fascistes, venus en découdre. C’est ce qu’indique un passant, quelques minutes après l’affrontement, alors que Quentin se tient debout à côté d’eux, à l’endroit exact où il a été frappé au sol.

    Une passante, qui vient d’appeler les secours, précise que Quentin s’est « fait taper sur la tête ». Un témoin de la bagarre répond  : « C’est des trucs qu’ils assument (...) ils étaient là pour ça. » Un autre explique  : « Il y avait deux groupes, c’était une bagarre organisée, il y a deux groupes qui se sont bagarrés. »

    Visiblement sonné, Quentin ne répond pas. À côté de lui, un autre jeune homme, probablement membre du même groupe, comme en témoignent ses phalanges ensanglantées, reste également silencieux et laisse ainsi entendre qu’ils étaient présents pour participer aux violences. La présence de ce deuxième homme sur les lieux correspond aux éléments apportés par le procureur de la République, qui a indiqué lors d’une conférence de presse qu’un des amis de Quentin était revenu le chercher après l’affrontement.

    Au cours de la discussion, alors que la femme ayant appelé les secours recommande à Quentin de se rendre à l’hôpital, un passant commente : « Moi, je serais vous, je partirais ». Un autre ajoute : « Je ferais la même chose. » Alors que la dame insiste sur la nécessité de se rendre aux urgences, un homme précise  : « Je pense qu’il faut qu’il aille à Saint Jo [nom d’un hôpital lyonnais] parce qu’il a l’air d’avoir vraiment mal (...) mais s’il veut pas de problème avec la police je pense qu’il faut qu’il parte.  »

    Quentin et son acolyte suivront finalement ces conseils et se rendront dans le Vieux Lyon, quartier de prédilection des militants néofascistes lyonnais, à environ deux kilomètres du lieu de la bagarre. C’est là que Quentin sera finalement pris en charge par les pompiers, vers 19 heures 40, soit une heure et demie après la vidéo tournée à 18 heures 07.

    Fondateur du groupuscule néo-fasciste Allobroges Bourgoin

    En plus de confirmer la présence de Quentin en première ligne des affrontements avec les antifascistes, cette nouvelle vidéo semble attester son appartenance aux #Allobroges_Bourgoin, un groupuscule néofasciste actif en Isère, qu’il aurait contribué à fonder, selon Le Figaro. Une photo diffusée par les Allobroges Bourgoin sur leur canal Telegram permet d’identifier un jeune homme dont la silhouette et les chaussures correspondent à celles de Quentin Deranque le jour de sa mort.

    Comme nous le mentionnions dans notre précédent article sur l’affaire, les Allobroges Bourgoin s’affichent ouvertement en compagnie de différents groupuscules néonazis, dont les Hussards Paris et les Active Club. On les retrouvait également, en décembre dernier, aux côtés d’Audace Lyon. Ce groupuscule, qui organise régulièrement des entraînements au combat, auxquels Quentin participait, est dans la tourmente depuis les révélations de l’Humanité sur l’organisation, à l’automne dernier, de guets-apens à l’encontre des antifascistes. En octobre 2025, Audace affichait ouvertement son projet violent en déployant à Lyon une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Antifa, te casse pas la tête, Audace s’en chargera ».

    Des fascistes de Clermont-Ferrand et d’autres villes impliqués dans l’affrontement ayant entraîné la mort de Quentin Deranque

    Le média indépendant clermontois Mediacoop a révélé que des militants d’extrême droite, venus de Clermont-Ferrand, étaient présents à Lyon le jour de la mort de Quentin Deranque pour affronter les antifascistes. Ils appartiendraient au groupe néofasciste Clermont non conforme, qui, le 6 février dernier, rendait hommage aux émeutiers du 6 févier 1934 et à l’écrivain fasciste Robert Brasillach, exécuté le 6 février 1945 pour collaboration avec l’Allemagne nazie. Une source fiable a également indiqué à Mediacoop que des militants d’autres villes étaient présents le soir de la bagarre ayant coûté la vie à Quentin. La source a cité les villes de Valence, Besançon, Grenoble et Aix-en-Provence. Des informations que nous n’avons pas pu recouper.

    La présence de membres de Clermont non conforme apparaît en tout cas plausible, tant le groupe auvergnat entretient des liens étroits avec les néofascistes lyonnais. Une figure de Clermont non conforme, Eliot V., est un ancien militant de Lyon ayant déménagé dans la capitale auvergnate il y a quelques années. Selon une source antifasciste, Quentin Deranque lui-même se rendait régulièrement à Clermont-Ferrand et apparaîtrait dans des vidéos de Clermont non conforme. Plusieurs membres de cette organisation étaient d’ailleurs présents le 21 février à Lyon au sein de la manifestation néofasciste en hommage à Quentin Deranque. Parmi eux, Tristan Arnaud, figure de la mouvance néofasciste française condamné à plusieurs reprises pour violences, que l’on voit sur des images assurer le service d’ordre aux côtés du néonazi Marc de Cacqueray-Valménier. Des militants du groupuscule violent Vandal Besak ont aussi été reconnus dans le défilé.

    Pourquoi des militants de Clermont-Ferrand, Valence, Besançon, Grenoble ou Aix-en-Provence auraient-ils parcouru des centaines de kilomètres pour se rendre à Lyon le 12 février, jour de la bagarre qui a coûté la vie à Quentin Deranque  ? Si ces éléments se confirment, ils renforceraient la thèse d’un guet-apens organisé par l’extrême droite contre les antifas. Les jeunes femmes de Némésis auraient-elles servi d’appât, un rôle qu’elles endossent parfois, comme le montrent des conversations internes au groupe, remontant à l’automne dernier et révélées par L’Humanité  ? L’enquête devra aussi faire la lumière sur ce point.

    Une enquête judiciaire qui se complique

    Pour le moment, six hommes suspectés d’avoir porté des coups à Quentin Deranque ont été mis en examen pour homicide volontaire, et un autre pour complicité. Mais, alors que de nouveaux éléments redéfinissent le récit des faits, l’attribution des responsabilités se complique.

    L’information judiciaire « va être longue », avait déjà déclaré le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, lors d’une conférence de presse le 19 février. Il avait précisé que les juges d’instruction étaient saisis « de l’ensemble des faits », c’est-à-dire de « tout ce qu’il s’est passé bien avant, avant, pendant et même après ».

    Pour les faits ayant mené à la mort de Quentin Deranque, tous les suspects, présumés innocents, contestent fermement toute intention de tuer.

    https://www.blast-info.fr/articles/2026/mort-de-quentin-deranque-a-lyon-de-nouvelles-images-le-montrent-en-premie
    #vidéo #extrême_droite

    voir aussi :
    Quentin Deranque était en première ligne dans la bagarre
    https://seenthis.net/messages/1161067
    signalé par @sombre

  • Pourquoi le gouvernement veut rapatrier l’hébergement des données de santé des Français

    L’exécutif cherche un nouvel hébergeur pour sa plateforme de données médicales des Français. Jusqu’alors stockées par Microsoft, elles risquaient de tomber entre les mains des autorités américaines.

    https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/pourquoi-le-gouvernement-veut-rapatrier-lhebergement-des-donnees-de-sante
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/OCXHPJXAQJA3TPIUTXYKVO6I2E.jpg?auth=b3f97cf9f7b6fa6f2283d5dbd3afd2bd63859

    C’est sûr que c’est hype sécure d’avoir confier toutes les données de santé confidentielles de toustes les habitant·es de france à Bill Gates un vrai capitaliste verreux nourri à la mysanthropie de la tech.
    Faudra aussi penser à retirer le traitement informatique par IA des fichiers de sécurité intérieur de chacune de ses habitant·es de france aux américains. On n’y est pas encore. Macron redistribue le ruissellement à ses amis.

    Bon libé, faudra aussi te trouver des journalistes pour écrire des choses plus intelligentes, pas des journalistes qui te serinent le baratin du gouvernement. Tu peux balayer la sécurité informatique (qui n’existe pas) et passer au choses sérieuses. Par exemple le pactole que retirent les assurances des données de santé.

  • « Oui à la liberté d’expression mais pas au prix d’une réécriture de l’histoire », par un collectif d’historiens
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/nous-vivons-une-epreuve-de-verite-et-devons-regarder-le-present-comme-le-
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/TBSGK7XZSZE6FLHP3AW5VHOU5M.jpg

    Au nom de la défense de la liberté d’expression, on peut même lire, sous la plume de quelques historiens, que la réalité de l’antisémitisme à gauche est une invention récente – contre-vérité patente que nous ne pouvons tolérer. A leurs yeux, toute critique à l’encontre d’une montée de l’antisémitisme est une manifestation de soutien à la colonisation de la Palestine.

    Les mots sont transformés en armes et deviennent des signes d’allégeance. Tout manquement à leur usage est considéré comme une manifestation de soutien au gouvernement d’Israël. Nous marchons à front renversé, et cette dénaturation de l’histoire participe de la marche vers le pouvoir de l’extrême droite.

    Souvenons-nous ! Dans le passé de la gauche, la stratégie de l’ennemi principal a fait taire un très grand nombre d’opposants. Trop longtemps le silence s’est abattu sur les reniements du socialisme démocratique : en URSS, en Chine, au Cambodge et ailleurs, l’idéologie autoritaire a eu raison de la liberté. Longtemps, furent ignorés les arrestations, les procès, les camps d’internement et de mort au nom d’un Etat ouvrier mythique.

    Dans le même temps, au nom de la République, d’autres mensonges s’abattaient sur les massacres en Asie comme en Afrique. Tandis que la droite brandissait le drapeau de civilisation supérieure et se mettait au service d’un capitalisme destructeur, la gauche se construisait sur des illusions. Oublié l’antisémitisme récurrent, avant et après l’affaire Dreyfus ; écarté le racisme à gauche dénoncé par Jaurès lui-même en 1898 à Alger ; ignorée la misogynie insolente, de Proudhon aux Radicaux de gauche…

    De ces manquements coupables, précisément, il importe de se souvenir afin de ne pas réitérer le même cynisme, ni tolérer l’antisémitisme, la misogynie et le racisme. Pas plus au nom de la Palestine qu’au nom du communisme hier.

    Aujourd’hui, nous vivons une épreuve de vérité et devons regarder le présent comme le passé, bien en face, sans exclusive. Toute confusion, tout silence, toute ambiguïté ne sont plus acceptables, car ces mensonges ouvrent une voie royale à l’extrême droite.

    Nous disons oui à la liberté d’expression, mais pas au prix d’une réécriture de l’histoire, ni d’un renoncement à la pensée critique.

    https://justpaste.it/ki5o0

    #histoire #gauche #antisémitisme #Julien_Théry

  • Essor de l’intelligence artificielle : « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l’extraction » – Fred Turner - Libération
    https://www.liberation.fr/international/amerique/essor-de-lintelligence-artificielle-nous-sommes-entres-dans-une-nouvelle-ere-de-lextraction-20251222_NETLWTE75NDNVK4GBPYGDICDBU/?redirected=1
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/3DK27X3ND5HC5HOPYMSJ6P6FPI.jpg?smart=true&auth=72a80b09682c0012f187f03f7c

    Pour l’historien américain Fred Turner, l’intelligence artificielle est le nouveau pétrole et ses conséquences sociales pourraient être dramatiques.
    L’historien explique que les technologies servent aujourd’hui des fins d’extraction « de données » et « de ressources naturelles ».
    L’historien explique que les technologies servent aujourd’hui des fins d’extraction « de données » et « de ressources naturelles ». (VCG/Getty Images)
    ParBenjamin Delille
    envoyé spécial en Californie
    Publié le 22/12/2025 à 21h35

    Aux Etats-Unis, les investissements massifs dans l’intelligence artificielle en ont fait le secteur moteur de la croissance en 2025. La ruée vers cette nouvelle technologie fait craindre une nouvelle bulle spéculative, qui coûterait très cher au pays. Alors que ses partisans revendiquent un avenir radieux, porté par de nouveaux outils technologiques qui amélioreront l’économie et la vie des gens, l’historien Fred Turner, professeur à Stanford, dans la Silicon Valley, et auteur de la Politique des machines (éditions C & F), propose une lecture plus critique de ce qu’il considère moins comme une « révolution » que comme une nouvelle phase d’extraction de ressources – économiques, naturelles et sociales. Il décrypte la bulle en formation, l’illusion techniciste d’une efficacité supposée bénéfique et les liens troubles entre les géants de la tech et le pouvoir politique.

    Que pensez-vous de cette nouvelle ruée vers l’intelligence artificielle, notamment à San Francisco en Californie ?

    Je pense qu’avec l’IA et d’autres technologies comme les cryptomonnaies ou les réseaux sociaux, nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l’extraction. Nous avons quitté l’époque classique du numérique et de l’Internet comme réseaux pour utiliser ces technologies, désormais connectées, à des fins d’extraction de données, d’extraction de ressources naturelles – eau, air, électricité. Et nous n’en comprenons pas encore pleinement les implications.

    Ceux qui promeuvent l’IA emploient un langage qui rend difficile la compréhension de ce qui se passe réellement. Ils parlent d’intelligence artificielle comme s’il s’agissait d’une intelligence. Or, comme l’a très bien dit la chercheuse australienne Kate Crawford, l’IA n’est ni artificielle, ni intelligente. C’est un système « computationnel », un système de recherche dans d’immenses modèles de langage. Une machine.

    Comparer en permanence ces systèmes aux capacités humaines détourne notre attention du processus réel : l’extraction. C’est comme si les fondateurs de Standard Oil nous parlaient des merveilles de l’automobile sans jamais mentionner le pétrole qu’ils extraient, la pollution que cela génère, les ressources qui disparaissent.

    Beaucoup des ingénieurs qui travaillent dans l’IA semblent pourtant persuadés d’être ceux par qui arrive le progrès qui fera avancer l’humanité…

    Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, ils ont 20 ans. Beaucoup de personnes à San Francisco sont très jeunes et n’ont pas encore assez vécu pour observer les cycles de transformation sur trente, quarante ou cinquante ans.

    Mais, plus profondément, il y a une idée sous-jacente. Je ne veux pas accuser les ingénieurs car ils sont, à bien des égards, les législateurs du monde contemporain et leur contribution est immense. Mais dans certains milieux, « ce qui est bon pour la machine » est érigé en modèle de ce qui serait bon pour la société.

    Ils disent : « Nous rendons les choses plus efficaces. » On l’a vu avec Elon Musk et son approche des institutions publiques. Il les démantèle, mais au nom d’une valeur qui a du sens en ingénierie : faire fonctionner les choses plus rapidement. Dans le monde technique, la vitesse est un gain réel, mais appliquée au monde social, cette valeur ne fonctionne plus. L’efficacité est une valeur extrêmement limitée. On peut détruire une ville de manière très efficace… cela reste une destruction, simplement plus rapide.

    Il y a aussi une dimension quasi religieuse. Pourquoi des personnes intelligentes, bien formées, assimilent-elles l’accumulation de richesses au fait de « faire le bien » ? C’est une idée très américaine, très protestante : Dieu récompenserait ceux qu’il favorise par la richesse. Les riches deviennent presque des saints. Et celui qui vient en Californie pour être le prochain Zuckerberg est un pèlerin en quête de ce saint moderne.

    Comment analysez-vous le rapprochement des principales figures de la tech avec Donald Trump ?

    Cela me met en colère. Pour moi, Donald Trump est un dirigeant autoritaire, voire fasciste. Et le comportement des leaders de la tech me rappelle celui des industriels allemands dans les années 1930 face à Hitler : ils savent d’où vient leur intérêt et se rangent du côté du pouvoir. Zuckerberg, par exemple, soutenait la régulation quand le président était démocrate, puis il a changé complètement de position lorsque Trump est revenu.

    Pour eux, c’est du business, mais où est la limite ? Aujourd’hui, nous avons un gouvernement qui envoie des agents masqués arrêter des gens sans procédure judiciaire. C’est extrêmement grave. Certaines entreprises, comme Palantir [géant de la tech américaine, qui vend des outils d’IA, ndlr], participent directement à ce système. Pour moi, ce sont des collaborateurs d’un régime autoritaire.

    Qu’en est-il de leurs employés, qui souvent ne sont pas du tout alignés avec l’actuel gouvernement des Etats-Unis ?

    Grande question, sans réponse simple. Que dit-on à un ingénieur qui construisait des bombardiers pendant la Seconde Guerre mondiale ? En ingénierie, on dit souvent : « Je construis, c’est à l’utilisateur d’assumer les conséquences. » Je ne suis pas sûr d’être d’accord, mais je n’ai pas de réponse définitive. Nous avons besoin d’ingénieurs, de systèmes, de techniques.

    Je pense surtout qu’il y a une volonté de dépolitiser consciemment les employés de la Silicon Valley. Avec des récompenses énormes : salaires, confort, nourriture gratuite, cadre de vie privilégié. Si le prix à payer est d’ignorer la politique, beaucoup l’acceptent. À l’intérieur de Facebook, vous ne voyez pas les migrants arrêtés par la police de l’immigration. C’est facile de détourner le regard. Et si vous avez une famille à nourrir, c’est encore plus tentant.

    #Fred_Turner #Intelligence_artificielle #Extractivisme

  • Chantier A69 : le parquet de Toulouse requiert une suspension des travaux sur le périmètre non autorisé
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/12/18/chantier-a69-le-parquet-de-toulouse-requiert-une-suspension-des-travaux-sur-

    « Au regard (…) de la gravité des atteintes à l’environnement relevées, le parquet de Toulouse a décidé de saisir hier (mercredi) le juge des libertés et de la détention d’un référé pénal environnemental (…) afin de mettre fin aux agissements incriminés dans un but de préservation de l’environnement », a ajouté le parquet dans un communiqué, annonçant une audience publique vendredi à 10 heures, au palais de justice de Toulouse.

    Le projet devenu emblématique des luttes écologiques s’apprête à rentrer dans sa phase ultime, avec la pose, à partir de janvier, des 500 000 tonnes du revêtement que les deux centrales d’enrobé à chaud, installées en novembre, se préparent à produire.

    #A69 #delga #ecocide

  • « Au début, je n’y croyais pas trop » : vieux de 7 000 ans, un mur géant découvert au large de l’île de Sein – Libération
    https://www.liberation.fr/sciences/archeologie/au-debut-je-ny-croyais-pas-trop-vieux-de-7-000-ans-un-mur-geant-decouvert

    Un barrage contre l’Atlantique ? Un mur submergé de 120 mètres de long, ainsi qu’une dizaine de structures plus petites construites par l’homme il y a environ 7 000 ans ont été découverts au large de l’île de Sein (Finistère), a-t-on appris ce jeudi 11 décembre auprès des scientifiques.

    « C’est une découverte très intéressante qui ouvre des perspectives en archéologie sous-marine, pour permettre de mieux comprendre comment étaient organisées les sociétés littorales », a expliqué Yvan Pailler, professeur en archéologie à l’Université de Bretagne occidentale (UBO) et coauteur d’un article paru dans l’International Journal of Nautical Archaeology.

    C’est Yves Fouquet, géologue retraité de l’Ifremer et originaire de l’île de Sein, qui a remarqué ces structures étranges en 2017 sur des cartes bathymétriques – cartes du relief de l’océan – réalisées grâce au Lidar, un rayon laser permettant de mesurer les fonds marins par avion avec une très grande précision. « Au début, j’ai gardé ça sous le coude : je n’y croyais pas trop, je me disais que c’étaient des artefacts du Lidar », a-t-il raconté à l’AFP, confirmant des informations du Monde.

    Puis Yves Fouquet demande à des plongeurs de la Société d’archéologie et de mémoire maritime (Samm) d’aller vérifier sur place. Au cours d’une soixantaine de plongées entre 2022 et 2024, des plongeurs confirment la présence de onze structures en granit construites par l’homme, dont la plus grande mesure 120 mètres de long et 21 mètres de large à sa base.

    « Du point de vue de l’exposition aux tempêtes, aux vagues, au courant, on est dans un milieu extrême. Les archéologues ne s’attendaient pas à trouver des structures aussi bien préservées dans un environnement aussi exposé », souligne le géologue à la retraite.
    « Savoir-faire technique »

    Datées entre 5 800 et 5 300 ans avant J.C., ces structures, immergées sous 9 mètres d’eau, ont été construites à une époque où le niveau de la mer était beaucoup plus bas qu’aujourd’hui. Il pourrait s’agir, selon les chercheurs, de pièges à poissons construits sur l’estran ou de murs de protection contre la montée de la mer. Yvan Pailler évoque même l’hypothèse d’un piège pour la chasse.

    Dans leur article, les scientifiques soulignent que les structures les plus importantes « n’ont pas d’équivalent connu en France pour cette période ». Ces constructions dénotent « une capacité technique et une organisation sociale suffisantes pour extraire, déplacer et ériger des blocs pesant plusieurs tonnes, dont la masse est similaire à celle de nombreux mégalithes en Bretagne », pointent-ils.

    Ce « savoir-faire technique » des habitants de Sein aurait donc précédé les premières constructions mégalithiques de plusieurs siècles, à l’image des alignements de Carnac (Morbihan) érigés vers 4 500 avant J.C.

    https://www.liberation.fr/resizer/v2/EQJVOFZ5TZDITOKI7U6OQUOLME.jpg?smart=true&auth=0773254ae7fce7c0729f17b11b

  • L’administration Trump ordonne au FBI de dresser une liste des « extrémistes » américains – Libération
    https://www.liberation.fr/international/amerique/ladministration-trump-ordonne-au-fbi-de-dresser-une-liste-des-extremistes
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/MUPW3B7OLBAWZDMBKSK7C75JZA.jpg?auth=668ad303ba5252e3f047a0651498f67ecbb2b

    Le texte ordonne au FBI de « compiler une liste de groupes ou entités engagés dans des actes pouvant constituer du terrorisme intérieur ». La définition retenue est d’une ampleur vertigineuse. Elle vise des positions relevant habituellement du débat démocratique : « opposition à l’application des lois sur l’immigration », « vues extrêmes en faveur de l’ouverture des frontières », « adhésion à une idéologie de genre radicale », mais aussi « antiaméricanisme, anticapitalisme ou anti-christiannisme », sans oublier « l’hostilité envers les vues traditionnelles sur la famille, la religion et la moralité ».

  • À propos des mails dévoilés de Jeffrey Epstein, cet article (accessible seulement ce week-end) a le mérite de poser les mots sur ce que nous pressentions depuis fort longtemps en explicitant une collusion entre des acteurs de tout bord et de toute « profession », celles ou ceux que nous appelons communément les « élites ».
    Petite remarque : quand dans l’article on nous parle de « capital intellectuel » chez ces gens-là, je préfèrerais lire « capital lucratif » au service d’un réseau de connivences.

    Ce que les e-mails de Jeffrey Epstein révèlent d’une élite américaine qui a perdu pied
    https://www.courrierinternational.com/long-format/analyse-ce-que-les-e-mails-de-jeffrey-epstein-revelent-d-une-

    Ce que ces correspondants avaient en commun, c’était d’appartenir à une élite résolument contemporaine : une classe dirigeante pour qui le nomadisme à 10 000 mètres de hauteur, la citoyenneté mondiale et les retours fréquents de Dubaï tiennent lieu d’enracinement, comme les attaches locales autrefois ; une sphère où le capital intellectuel universitaire vaut ce que valait jadis le pedigree ; où les anciennes frontières de caste se sont dissoutes, permettant d’alterner – ou de cumuler – les rôles de gouvernant, d’investisseur, de penseur et de bienfaiteur. Certains, comme Larry Summers, baignent dans toutes ces dimensions ; d’autres, un peu moins.

    https://archive.is/0vW7b

    Constat aisément transposable à de nombreuses « démocraties » de l’Occident global.

    Cet article du Courrier International est une traduction en français d’un article de Anand Giridharadas paru initialement dans le NYT le 23/11/2025 :
    https://archive.is/BO6IK

    • Tourner en ridicule ceux qui croient aux complots revient à mépriser ce qu’ils tentent d’exprimer : qu’ils ne se sentent plus associés à la décision collective, plus concernés par le choix de leur avenir. Qu’il s’agisse du prix des œufs ou de l’importance accordée aux violences sexuelles sur mineurs, ils perçoivent une indifférence hautaine. Une propension à détourner le regard.

      Et voilà que ceux qui ont capitalisé sur la révolte contre l’indifférence de l’élite sont au pouvoir. Surprise : ils se révèlent encore plus indifférents que leurs prédécesseurs. Le marchandage entre initiés et la moralité à géométrie variable de la “classe Epstein” sont devenus les piliers de la philosophie qui gouverne les États-Unis.

    • Foire à la farfouille, Chomsky qui signe Noam et raconte des potins de riches sur les Blair en Arabie Saoudite.

      I read what his ghost-writer said about him. Pretty scary.

      Reminds me of something I was told by Jon Snow, one of England’s most sensible newsmen. He was with the press entourage accompanying Tony Blair on his visit to Saudi Arabia, and walking around one of the palaces one day, he saw Blair sitting in a room with a book in his lap, which greatly surprised him — until he came over to talk. It was the New Testament.

      And then Blair started telling about how delighted he and Cheri were with the gold door handles,....

      I notice that your prediction was right about Trump’s avoiding the White House as far too primitive. Must be driving the Secret Service up the wall.

      I’ll keep in mind what you say about Trump’s tweets, but they are hard to ignore. Whatever he may think, others here and abroad can’t help considering the meaning of the words, and take action accordingly.

      About meaning, It’s not clear to me how to distinguish the meaning of “New York” (however it is correctly specified) from the concept. Still don’t see how to work out field models.

      Noam

      Epstein qui répond à Peter Thiel

      jeffrey E.
      toPeter Thiel <███████████>
      Sep 09, 2014 11:53 AM

      13 th afternoon you and I . then bill burns . the diplmats diplomat. eveing dinner with woody all casual.. if you choose we can bring in kathy ruemmler. former obama counsel for 5 years. and or sen Bob kerrey, former senate intellignece

    • Au cœur du récit : un criminel sexuel, ses victimes et ses liens avec le président Trump. Mais cette histoire est aussi celle d’un puissant écosystème grâce auquel certains, selon ce qu’ils savaient, ont pu fermer les yeux sur les souffrances dont ils avaient connaissance, parce qu’ils avaient appris à le faire par le passé sur quantité d’autres abus : les crises financières qu’ils avaient contribué à déclencher, les guerres hasardeuses qu’ils avaient encouragées, la crise des opioïdes qu’ils avaient facilitée, les monopoles qu’ils avaient défendus, les inégalités qu’ils avaient alimentées, la crise du logement dont ils avaient profité, les citoyens qu’ils n’étaient jamais parvenus à protéger contre les technologies. L’affaire Epstein touche un public bien plus large que la plupart des scandales actuels, ce qui en crispe plus d’un dans certains cénacles.

    • @touti
      Je crois savoir que tu avais des problèmes de captcha avec archive.ph. C’est pour cela que j’ai changé la nationalité du nom de domaine.
      Avec Firefox, j’ai désormais des captcha sur archive.ph mais pas avec archive.is. C’est compliqué la « navigation sur la toile », non ?

    • Je ne sais pas ce que tu veux dire par

      C’est compliqué la « navigation sur la toile », non ?

      Je pointe un problème politique et pas personnel, ou alors je suis politique. Simplement je trouve anti démocratique de devoir se fader des scripts google et d’entrainer leur saloperie d’IA tout en leur laissant prélever des infos sur les IP.

    • @touti : Tu as raison de pointer le problème politique en l’occurrence la grosse machinerie déployée par l’industrie de la surveillance et de la captation des données. Je n’en ai pas forcément conscience, l’essentiel pour moi étant de relayer des infos. Et c’est désormais techniquement compliqué d’avoir une navigation « safe ».

    • It is unclear whether Chomsky sent the letter to anyone. Nonetheless, it exalts Epstein for teaching Chomsky “about the intricacies of the global financial system” in a way “the business press and professional journals” had not been able to do. It boasted about how well connected Epstein was.

      “Once, when we were discussing the Oslo agreements, Jeffrey picked up the phone and called the Norwegian diplomat who supervised them, leading to a lively interchange,” the letter read. The letter recounted how Epstein had arranged for Chomsky – a political activist, too – to meet with someone he had “studied carefully and written about”: the former Israeli prime minister Ehud Barak.

      Epstein had – “with limited success” – aided efforts from Chomsky’s second wife, Valeria, to introduce him “to the world of jazz and its wonders”, the letter continued.

      It concluded, “The impact of Jeffrey’s limitless curiosity, extensive knowledge, penetrating insights and thoughtful appraisals is only heightened by his easy informality, without a trace of pretentiousness. He quickly became a highly valued friend and regular source of intellectual exchange and stimulation.”

      Another notable communication involving Chomsky and Epstein is a 2015 email in which the latter offers the former use of his residences in New York and New Mexico.

      The emails don’t indicate whether Chomsky took advantage of the offer, whose particulars surfaced as certain officials are striving to investigate allegations of crimes by Epstein at a ranch compound he owned outside Santa Fe, New Mexico.

    • Sauf que les défenseurs de Chomsky persistent à banaliser son soutien (sans adhésion) au négationisme du génocide nazi, parfaitement démontré par Pierre Vidal-Naquet dans l’article cité.

      Par ailleurs, un article critique de Paolo Virno met en cause ses conceptions les plus fondamentales

      Histoire naturelle. Le débat entre Chomsky et Foucault sur la « nature humaine »
      https://shs.cairn.info/revue-rue-descartes-2015-4-page-84?lang=fr

      Le fait que le rapport entre la faculté de langage et l’action politique qu’il propose soit sans fondement, ne témoigne pas contre sa politique, mais plutôt contre sa manière de concevoir la faculté de langage (et, donc, la nature humaine invariante). La question philosophiquement considérable est la suivante : quels aspects de la linguistique chomskyenne bouchent dès le début la possibilité d’articuler un rapport fiable entre l’inné et l’acquis, l’invariant et le variable, le métahistorique et l’historique ? Quels aspects de cette linguistique se révèlent incompatibles, donc, avec une historiographie naturaliste ?

      [...]

      Et nous en venons à la deuxième question. Chomsky et les sciences cognitives établissent un court-circuit pernicieux entre l’espèce et l’individu isolé. Ils n’ont aucune hésitation, bien au contraire, à identifier sans restes les deux termes. À ce sujet, qu’ils le sachent ou non, ils sont très chrétiens : « Le paganisme ne voyait dans l’individu qu’un membre distinct et dépendant de l’espèce ; le christianisme, au contraire, l’identifiait avec l’espèce, ne le comprenait que dans une unité immédiate et sans différence avec elle […] Pour le chrétien, Dieu est le concept de l’espèce considérée en tant qu’individu. » (Feuerbach 1841, p. 165 sq.) L’erreur n’est pas, bien entendu, dans le fait de prendre comme point de départ l’esprit linguistique unique, mais dans le fait de méconnaître ou d’enlever ses caractères transindividuels. Attention : par « transindividuel » il ne faut pas entendre l’ensemble de qualités qui rapprochent l’individu des autres individus, mais ce qui concerne uniquement la relation entre individus, sans appartenir solidairement à aucun d’eux en particulier. La transindividualité est la manière dont s’articule, à l’intérieur du même esprit individuel, l’écart entre l’espèce et l’individu. Elle est un espace potentiel encore vide, non pas un ensemble de propriétés positives : ces dernières, loin de se situer dans un « entre », constitueraient en effet le patrimoine exclusif d’un certain Moi. Dans le particulier, dans l’individu, les aspects transindividuels de la faculté de langage, à savoir de la nature humaine, se présentent inévitablement comme incomplétude, lacune, potentialité. Et alors, ces caractères défectifs, et cependant innés, signalent que la vie de l’esprit est, depuis le début, une vie publique. Ayant négligé la dimension transindividuelle, Chomsky et les cognitivistes croient que l’intellect de chacun est autosuffisant et, donc, dépolitisé. Dans leur scénario, la pratique sociale ne monte sur scène que dans le deuxième acte, lorsque des esprits déjà complets en eux-mêmes interagissent, des esprits essentiellement privés. La sphère publique est donc un élément optionnel dont on peut toujours se passer. L’« animal qui a le langage » n’est pas, en tant que tel, un « animal politique ». Le vacarme de l’histoire ne plonge pas ses racines dans la nature humaine : voire, c’est au nom de cette dernière qu’il faut s’efforcer d’atténuer ce vacarme, en amoindrissant les dissonances.

      3 – Invariance biologique et horizon religieux

      L’histoire naturelle vise à recenser les formes très différentes sous lesquelles les présupposés biologiques de notre espèce émergent en tant que tels sur le plan empirique, en s’incarnant dans des phénomènes sociopolitiques absolument contingents. Elle prête une attention spéciale à la manière dans laquelle les conditions phylogénétiques qui garantissent l’historicité de l’animal humain prennent parfois l’apparence de faits historiques bien déterminés. Elle défend avec fermeté, donc, aussi bien l’invariance de l’invariant, que la variabilité du variable, en excluant des compromis qui ne sont judicieux qu’en apparence. Pour faire valoir ses instances propres, l’histoire naturelle doit repousser en bloc les orientations opposées et symétriques qui se heurtèrent dans la discussion de 1971. Elle doit repousser l’une et l’autre orientation, mais surtout l’alternative qu’elles représentent ensemble : ou bien dissolution de la métahistoire dans l’histoire empirique (Foucault), ou bien réabsorption de l’histoire dans la métahistoire (Chomsky). Tant que le domaine des choix possibles semblera saturé par ces deux polarités, l’histoire naturelle restera un migrant clandestin sans droit de citoyenneté.

  • Addio Paolo Virno
    https://ilmanifesto.it/addio-paolo-virno-militante-rivoluzionario-senza-pentimenti


    Paolo Virno diffusant le quotidien d’agitation Potere operaio. Fuori dalle linee à l’entrée de l’usine FIAT-Mirafiori en 1974 – Archives il manifesto

    Filosofo comunista e pokerista, uomo colto anti intellettuale, militante rivoluzionario senza pentimenti, Paolo Virno ha avuto il suo esodo da una vita vissuta fino all’ultimo respiro e all’ultimo malinconico sorriso.

    #Paolo_Virno

    • E ci mancheranno «le parole per dirlo». Paolo, ciao, Francesco Raparelli
      https://www.dinamopress.it/news/e-ci-mancheranno-le-parole-per-dirlo-paolo-ciao

      8 Novembre 2025

      In memoria del compagno e grande filosofo Paolo Virno, scomparso il 7 novembre, per molti di noi Maestro di pensiero e di vita. Lo ricorderemo a Esc, via dei Volsci 159, lunedì 10, alle ore 11

      Succede, nella vita, che si impara a parlare una seconda, una terza volta, e ancora. A me, così è accaduto con Paolo Virno. Paolo Virno era un filosofo, quindi un artista delle parole. Uno che afferrava cristalli di pensiero, un’idea di mondo, nelle regole grammaticali. Uno che non aveva mai perso di vista ciò che conta, ovvero che pensiero e prassi sono tutt’uno con le preposizioni: “con”, “tra”, “fra”. Si agisce e si pensa con le altre e gli altri, tra le altre e gli altri, fra una cosa e l’altra. Nel mezzo – senza principio né fine.

      Aula 6 di Lettere, Sapienza, primavera del 1998. Per ricordare l’anno 1968, presentavamo il libro di Bifo dedicato a Potere Operaio. Comparve Paolo. Il corpo, senz’altro – così alto. Ma il corpo con la parola, con una parola che sapeva farsi corpo con i gesti delle mani, con la voce e il suo volume cangiante, imprevedibile. Filosofo del linguaggio, del linguaggio di Paolo mancava qualcosa senza vedere le mani, e la braccia, con quei movimenti ampi, quasi preparassero la scena dell’enunciato. «L’inserzione del linguaggio nel mondo», avrebbe detto lui.

      Certo Paolo era stato un militante sovversivo, un «marxista non pentito», un «comunista non di sinistra». E l’aveva pagata cara, la sua militanza, negli anni della controrivoluzione e della carcerazione preventiva senza sosta. Le parole di Paolo erano parole, ma c’era dietro pure la vita di una generazione che aveva tentato la rivoluzione. «Sconfitta», diceva. Vero, ma a che prezzo? La controrivoluzione italiana, per vincere, ha dovuto imporre, manovra finanziaria dopo manovra finanziaria, il declino del Paese.
      Se oggi l’Italia è fanalino di coda in Europa per quel che riguarda i salari, se l’economia sopravvive con il terziario low cost e l’edilizia che manda gli ultrasessantenni a crepare sui ponteggi, se duemila giovani formati al mese se ne vanno, è perché c’è voluta dedizione efferata per sconfiggere la rivoluzione.

      Con Paolo inventammo, a Esc, la Libera Università Metropolitana. Con Paolo, con Toni, con Franco, con Benedetto. E tante e tanti. Il primo seminario fu subito dopo l’occupazione di via dei Reti 15, primavera del 2005. Lo spazio era ancora disagevole, usavamo una stanzetta spoglia. Discutemmo di azione innovativa, secondo Paolo. Non riguarda il genio, l’eroe, il visionario l’azione innovativa, no. Ha a che fare con quel vivente che, per vivere, deve di volta in volta mettere in forma la propria vita, creare, in cooperazione con altre e altri, le condizioni della propria esistenza. Necessaria, l’azione innovativa, ogni qual volta si tratta di applicare la regola condivisa a un caso singolo; applicandola, tutto sommato, la regola la facciamo anche di nuovo. Differenza nella ripetizione. O anche: variazione storica della natura eterna che, per Paolo, sono le nostre facoltà specie-specifiche.

      L’accademia italiana, ovvero del Paese fallito per la controrivoluzione, ha accolto Paolo tardivamente. Non poteva che andare così. Con le sue opere tradotte in tutto il mondo, la pensione lo ha raggiunto presto – troppo. Ma gli studenti lo hanno amato, in Calabria e poi a Roma Tre. Piccoli e grandi, tutti imparavano a parlare di nuovo, con lui. Ogni corso, ogni lezione, imponeva di pensare in grande, di pensare sul serio. Nonostante l’ANVUR e la VQR, o altri acronimi che hanno per obiettivo l’umiliazione della vita associata.

      Paolo era alla ricerca del sindacato rivoluzionario del lavoro precario, sottopagato, migrante. Se – folli – abbiamo fondato le Camere del Lavoro Autonomo e Precario, lo dobbiamo anche a quel documento, con diversi discusso, ma da lui scritto più di vent’anni fa («Che te lo dico a fare?»). Non ha mai smesso di essere operaista, a costo di portare il broncio alle movimentazioni recenti. Non che non riconoscesse il ruolo della finanza, l’importanza della rendita immobiliare, la guerra e le sue politiche di bilancio: cercava l’estorsione di plusvalore, Paolo, sempre. A pensarci bene, era un modo per continuare a pensare il due, il «doppio potere», la «città divisa». Filosoficamente: il possibile del reale.

      Ora, senza Paolo, vicini a Raissa, si tratterà di cercare ancora «le parole per dirlo» – proprio quelle, non altre. E sarà impervio, ma occorre provarci.

    • Faire de la philosophie avec Paolo Virno - Entretien avec Michel Valensi, 2014
      https://www.lyber-eclat.net/lyber/virno5/virno-valensi.html

      Michel Valensi : Depuis ton premier livre, Convention et matérialisme (non traduit en français) qui date de 1986, et même depuis tes premiers écrits plus politiques des années 1970, jusqu’à ce dernier livre qui paraît aujourd’hui en français sous le titre Et ainsi de suite. La régression à l’infini et comment l’interrompre, consacré à la philosophie du langage, un long chemin a été parcouru. Pourrais-tu en rappeler les étapes principales ? (Ce qui revient à raconter ta vie d’une manière ou d’une autre…).

      Paolo Virno : J’ai commencé à m’occuper de philosophie de manière systématique à la suite d’une défaite politique. Je parle de la défaite des mouvements révolutionnaires qui ont occupé la sphère publique en Occident entre la mort de John Kennedy et celle de John Lennon, donc du début des années 1960 à la fin des années 1970. Ces mouvements, qui ont, d’emblée, éprouvé une véritable aversion pour le socialisme réel tel qu’il pouvait s’incarner dans l’Union soviétique, avaient utilisé Marx en dehors et contre la tradition marxiste, en la mettant en contact direct avec les luttes en usine et la vie quotidienne des sociétés développées. Un Marx lu en même temps que Nietzsche et Heidegger, et mis à l’épreuve de Weber et de Keynes.

      #politique #philosophie

    • Quelques notes à propos du general intellect, Paolo Virno, Futur Antérieur, 1992
      http://pinguet.free.fr/virno1992.pdf

      Pour en réactiver la puissance politique, il importe de mettre en oeuvre une critique de fond du « Fragment ». Ce sera celle-ci : Marx a identifié totalement le general intellect (ou encore le savoir en tant que principale force productive) au capital fixe, négligeant ainsi le côté sous lequel le même general intellect se présente au contraire comme travail vivant. Ce qui est précisément aujourd’hui l’aspect décisif.

      La connexion entre savoir et production, en effet, ne s’épuise pas dans le système des machines, mais s’articule nécessairement à travers des sujets concrets. Aujourd’hui, il n’est pas difficile d’élargir la notion de general intellect bien au-delà de la connaissance qui se matérialise dans le capital fixe, en y incluant aussi les formes de savoir qui structurent les communications sociales et innervent l’activité du travail intellectuel de masse. Le general intellect comprend les langages artificiels, les théories de l’information et des systèmes, toute la gamme des qualifications en manière de communication, les savoirs locaux, les « jeux linguistiques » informels et même certaines préoccupations éthiques. Dans les processus de travail contemporains, il y a des constellations entières de concepts qui fonctionnent par elles-mêmes en tant que « machines » productives, sans avoir besoin ni d’un corps mécanique, ni même d’une petite âme électronique.

      Nous appelons intellectualité de masse le travail vivant en tant qu’articulation déterminante du « general intellect ». L’intellectualité de masse – en son ensemble, en tant que corps social – est dépositaire des savoirs non divisibles des sujets vivants, de leur coopération linguistique. Ces savoirs ne constituent en aucune manière un résidu, mais une réalité produite justement par l’affirmation inconditionnée du « general intellect » abstrait. C’est précisément cette affirmation inconditionnée qui implique qu’une part importante des connaissances ne peut se déposer dans les machines, mais doit se manifester dans l’interaction directe de la force de travail. On se trouve face à une expropriation radicale, qui ne peut pourtant jamais se résoudre en une séparation complète et définitive.

      #general_intellect #travail_vivant #Intellectualité_de_masse

    • Paolo Virno, la métropole et l’organisation du conflit de classe (2005, pour la IVeme Internationale ah ah ah)
      https://www.revolutionpermanente.fr/Paolo-Virno-la-metropole-et-l-organisation-du-conflit-de-classe

      Sans la mobilisation du travail précaire, je crois que la situation de la lutte de classes italienne ne bougera pas.

      Le problème fondamental, c’est les formes d’organisation de ceux qui, par définition, sont ceux qui aujourd’hui ne semblent pas pouvoir être organisés, c’est-à-dire les travailleurs précaires. Pour organiser le travail précaire, il faut mobiliser la culture, les formes de vie, les goûts esthétiques, les inclinations éthiques, c’est-à-dire le monde de la vie comme le disent certains philosophes. Voilà le pari. Le travail précaire est semblable à une dimension complexive de l’existence.

      Alors je crois que le jeune ouvrier, et la jeune ouvrière surtout, de [Fiat] Melfi, montrent par leur condition et à travers leurs formes de lutte qu’ils viennent d’expérimenter une condition plus générale, commune aux travailleurs précaires. Ils sont la pointe d’un iceberg, même s’ils disposent d’un boulot relativement stable. Je crois que cette émergence, les autoferrotranvieri, les luttes de Melfi, sont comme une prémisse ou un symptôme de la mobilisation du travail social précaire. Et j’ajoute, précaire et également intellectuel. Par intellectuel je n’entends pas les gens qui ont fréquenté l’université, j’entends aussi ceux qui réalisent les tâches les plus humbles et mobilisent les capacités cognitives et linguistiques de notre espèce. Je n’entends pas par intellectuel une sorte de spécialisation, de qualification particulière, mais une expérience de travail qui comprend toujours, d’une manière fondamentale, l’utilisation des capacités linguistiques et cognitives de notre espèce. Alors je pense l’immigré ou le jeune précaire comme intellectualité de masse, à condition d’entendre intellectualité de masse par ce que je viens de définir.

      (...) pour nous, le « general intellect », le cerveau social, c’est la coopération du travail vivant (...)

      #classe_ouvrière #multitude #communisme

    • La vie militante

      Paolo Virno : la révolution, joyeuse ambition , Andrea Colombo, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-la-rivoluzione-allegra-ambizione

      Souvenir

      Intellectuel et anti-intellectuel, il a milité dans Potere Operaio, subi une incarcération injuste, travaillé au manifesto, enseigné la philosophie. Jamais résigné à la triste mission de rendre le monde un peu plus juste : il voulait le renverser.

      Paolo Virno fut un acteur essentiel de la gauche révolutionnaire italienne, et un rédacteur inoubliable de ce journal.

      Dans la fin des années 1980, Paolo sortait à peine d’une odyssée judiciaire kafkaïenne, passée à l’histoire sous le nom de « 7 avril ». On l’avait inculpé et emprisonné sous des accusations ridicules, auxquelles même les magistrats ne croyaient pas, mais pour une raison juste, quoique inavouable : celle d’être un révolutionnaire communiste décidé à renverser l’ordre existant, convaincu que vivre, c’est marcher sur la tête des rois. Sa méfiance envers la magistrature démocratique [les juges membres ou sympathisants du Parti communiste, NdT], jamais démentie jusqu’à son dernier jour, naquit de cette expérience.

      Paolo rejoignit ensuite le manifesto, dans la section culturelle — qui comprenait alors aussi les spectacles. Mais il ne voulait pas, et nous ne voulions pas, d’une section culturelle comme les autres, fût-elle très politisée. Nous visions un « contre-journal », capable de regarder ce que l’urgence de l’actualité reléguait hors des premières pages : non les acrobaties du CAF (le triumvirat Craxi, Andreotti, Forlani), ni les gloires lointaines des guerres de libération, mais les transformations radicales des forces productives encore à l’état naissant à la fin des années 1980.

      L’émergence d’un nouveau prolétariat intellectuel et inventif, remplaçant la répétition mécanique de la chaîne par l’usage de l’esprit. Le paradoxe d’une société du salariat rendue obsolète et parasitaire par le développement des forces productives , mais dont on ne sortait qu’en en conservant les règles — parce que la survie du commandement l’exigeait.

      De cette ambition naquit le périodique Luogo comune, et une grande part du combat se jouait déjà dans les pages du manifesto. Ceux qui voudraient comprendre peuvent lire la compilation Negli anni del nostro scontento (DeriveApprodi, 2023), qui rassemble ses articles : on y découvre une capacité unique à repérer les lignes de force du nouvel ordre social, mais aussi ses failles, jusque dans les films populaires, les émotions d’une époque ou le lexique des intellectuels.

      Cette ambition révolutionnaire totale fut la marque constante de l’action politique et de la réflexion philosophique de Virno. Tous ses livres, sans exception, visent à subvertir le présent, même quand ils s’attardent sur les jeux d’esprit ou les limites du langage.

      Jamais il ne s’est contenté de « rendre le monde un peu meilleur ». Il savait que sans une vision apte à ébranler l’ordre entier, on n’obtient même pas un meilleur salaire. Il allait toujours au bout du jeu.

      Il a vécu dans la conscience d’une défaite historique, sans jamais s’y résigner. Ancien militant et dirigeant de Potere Operaio, organisation dont l’influence allait bien au-delà de ses modestes effectifs, il avait su garder l’esprit de cette époque où la révolution semblait à portée de main.

      Mais sa pensée n’était pas nostalgique : il considérait l’arsenal du passé comme un fardeau, sauf la méthode héritée de l’opéraïsme, qu’il revisita jusqu’à la rendre méconnaissable. Il traquait les nouvelles subjectivités, les formes inédites de résistance, et affirmait qu’aujourd’hui, être communiste est incompatible avec appartenir à la gauche traditionnelle, nuisible plus qu’inutile.

      Pour beaucoup, Paolo fut un maître de pensée critique, un compagnon et un ami. Pour certains, comme moi, il l’était depuis le lycée romain et Potere Operaio.

      À ceux qui ne l’ont pas connu, il laisse des textes qui seront étudiés comme des armes de la lutte de classe moderne. Mais il leur manquera ce qu’aucun texte ne peut rendre : sa générosité proverbiale, son indifférence à l’argent, sa présence solide dans l’épreuve, son ironie et sa joie. L’avoir eu pour ami fut un privilège rare.

      La passion politique

      Un éclaireur de l’exode à la visée sûre, Marco Bascetta, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/un-apripista-dellesodo-dotato-di-ottima-mira


      Foto di Nora Parcu

      Plus les histoires sont longues et intenses, plus les expériences et les sensibilités sont entrelacées, moins on sait par où commencer.

      Pourquoi pas, alors, par une petite rubrique de la revue Luogo comune, qu’au début des années 1990 Paolo avait lancée avec un groupe de camarades et d’amis : « Citations face à l’ennemi », inspirée du cliché western — repris plus tard par Tarantino — où le tireur cite un verset biblique avant de dégainer.

      Eh bien, les articles de Paolo, ses essais courts, forment un catalogue extraordinaire de “citations face à l’ennemi” : extraites d’un vaste savoir, aiguisées par une passion politique et une précision de tir inégalées.

      Jamais son travail n’a été sans cible, même lorsqu’il distingua clairement militance politique et recherche philosophique. Non pour en nier le lien, mais pour en préserver le rigoureux équilibre. Deux tâches aussi décisives, disait-il, ne peuvent être menées à moitié.

      Beaucoup d’entre nous furent déconcertés : nous vivions justement dans cette zone grise où la pensée longue se mêle à l’urgence de l’action. Mais sa radicalité continuait d’alimenter les mouvements, et face à tout événement nouveau, nous revenions toujours à quelque éclair philosophique de Paolo.

      Ces dernières années, après avoir quitté l’enseignement, il voulait retrouver un rapport direct à la lutte politique. Nous en parlions souvent, sans trouver la voie à la hauteur de sa radicalité.

      S’il est un mot qu’il incarnait pleinement, c’est « compagno » [camarade] : amitié, affection, espérance, intelligence collective et liberté individuelle. Ce mot, sérieux et enjoué, fut celui par lequel il nous salua, Andrea Colombo et moi, jeudi matin encore.

      Car Paolo appelait son petit cercle de Luogo comune les « marxistes non de gauche » — une ironie dirigée contre les socialistes des années 1960 qui se disaient « gauche non marxiste ». Cela signifiait une critique marxiste non affadie par le compromis ni contaminée par le populisme, fidèle à la tradition matérialiste mais en attente d’un renouveau.

      Il choisit pour cela la voie exigeante de la philosophie du langage, un travail à plein temps. Et même dans ses ouvrages les plus techniques, on croise ses cibles politiques de toujours — l’État, le peuple, le salariat — et ses piquantes « citations face à l’ennemi ».

      Je ne sais pas écrire la mesure du vide qu’il laisse après 56 ans d’amitié née au lycée romain. Je me confie à une dernière citation de cinéma chère à Paolo, que nous aimions répéter :

      « Cher ami… che te lo dico a fa’ ? » (à quoi bon te le dire ?).

      La recherche philosophique

      Au-delà du capital, la partie reste ouverte, Massimo De Carolis, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/oltre-il-capitale-la-partita-e-aperta

      Fidèle jusqu’au bout à l’idée marxienne que le déclin du capitalisme marque le commencement, et non la fin, de l’histoire humaine, Paolo Virno a su faire entrevoir la trace d’une autre histoire.

      Depuis les années 1970, il s’interrogeait : que se passe-t-il quand les conditions mêmes de la possibilité de l’histoire — langage, praxis, nature — cessent d’être un simple arrière-plan pour devenir la matière même des événements ?

      De cette question découle sa démarche : élargir les notions politiques de force de travail ou de multitude en concepts anthropologiques, et inversement, découvrir la charge politique des notions d’action innovatrice ou de faculté de langage.

      Dans Le souvenir du présent, il écrivait :

      « Le capitalisme historise la méta-histoire : il l’inclut dans le domaine prosaïque des événements, il s’en empare. »

      En transformant en marchandise non pas le travail accompli mais la force de travail comme puissance humaine générale, le capitalisme a replié l’histoire sur elle-même.

      Dès lors, ce qui enrichit le capital, ce n’est pas tant la propriété du produit que le pouvoir de décider, en amont, quelles potentialités humaines pourront se réaliser.

      Ce pouvoir est longtemps resté caché, mais il se révèle pleinement avec le postfordisme : grâce à la technologie, le travail salarié devient marginal, un « résidu misérable », et pourtant le dominion du capital s’intensifie, s’étendant à toute la vie.

      La biotechnologie se nourrit des potentialités de la nature, les plateformes exploitent nos facultés communicatives, la finance spécule même sur les crises.

      L’excès de possibilités se renverse en impuissance, menaçant de fin de l’histoire.

      Mais pour Virno, la partie reste ouverte : l’alternative existe dans les pratiques humaines ordinaires — langage, action commune, esprit, amitié — où se tisse une autre orientation de l’histoire.

      D’où son intransigeance envers une “gauche” nostalgique et inconsistante, et son attachement aux mouvements révolutionnaires des années 1970, qui avaient entrevu que l’enjeu politique n’est rien de moins que la dignité de l’humain.

      Et de cette dignité, Paolo Virno a donné la preuve vivante, dans sa militance, sa prison, sa pensée, et même dans la façon tranquille dont il a affronté la maladie. Une cohérence naturelle, signe du vrai maître.

      Creuser le langage : l’enseignement de Paolo Virno , Christian Marazzi, effimera, 9/11/2025
      https://effimera.org/scavare-il-linguaggio-linsegnamento-di-paolo-virno-di-christian-marazzi

      Nous devons creuser marxiennement le langage — mais le langage désormais intérieur aux processus productifs, le langage mis au travail après la crise du fordisme. C’est ainsi que nous parlait Paolo, définissant un programme collectif de travail au long cours pour construire les nouvelles armes de la lutte de la multitude.
      Convention et matérialisme date de 1986 ; c’est dans ce livre que, pour la première fois, il est question de l’ordinateur comme « machine linguistique », cette technologie qui a déterminé le tournant linguistique des processus de numérisation et de valorisation de l’économie, du monde, de la vie.

      Il en écrivit une partie en prison, dans la cellule où se trouvaient également Toni Negri et Luciano Ferrari Bravo. Luciano me décrivit un jour le cliquetis de la machine à écrire de Paolo lorsqu’il rédigeait ses textes : lent, avec de longues pauses entre un mot et l’autre, comme si Paolo caressait chaque lettre, comme si chaque mot était un corps en devenir. Il semblait les écouter, ces mots, descendant dans la profondeur de leur vérité, de leur corporéité.

      Parfois, il employait des mots archaïques, comme pour signifier une histoire commencée il y a longtemps : l’histoire de la lutte des classes. Pour Paolo, l’usage des mots était un entraînement à l’usage de la vie : une vie singulière, individualisée, précédée d’un je collectif, d’un social présocial, garantie de l’existence politique « des nombreux en tant que nombreux ».

      Le collectif de la multitude contre le peuple comme réduction à l’un, la fuite de la souveraineté vers une démocratie non représentative. La postface à L’individuation psychique et collective de Gilbert Simondon est magistrale : on la lit et la relit, et chaque fois on a l’impression de recommencer, de marcher avec les autres, de se libérer avec les nombreux en tant que nombreux.

      Et combien de textes Paolo a-t-il écrits pour dévoiler les pouvoirs et les limites du langage ! Du langage comme action — ce « faire des choses avec des mots » de John Austin (le titre seul suffisait, disait-il) — qui a permis d’entrer, armés, dans le temps de la linguisticité monétaire, dans l’illusion d’une fuite cryptée du centre des banques : le problème n’est pas le centre, le problème est la forme linguistique de la monnaie, sa domination sur nos vies, nos désirs, nos affects.

      Paolo fut un ami, un frère, un camarade, une personne splendide. Il nous a pris par la main avec discrétion et puissance théorique, avec élégance et passion politique.

      Paolo, nous t’avons aimé, nous t’aimerons toujours.

    • Paolo Virno : 1977, le début d’un temps nouveau

      1977 contre le présent. Le mouvement de 1977, quarante ans après
      Entretien avec Paolo Virno, Ilaria Bussoni, Roberto Ciccarelli, il manifesto, 5/4/2017
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-1977-lesordio-del-tempo-nuovo

      « Quarante ans plus tôt, c’est aujourd’hui. En Italie et ailleurs, a émergé une force de travail devenue ressort de la production et moteur des institutions. »
      « Les œuvres de l’amitié méritent d’être défendues : elles produisent des formes de vie et construisent des embryons d’institutions. »


      1977, Rome, université La Sapienza occupée. Photo Tano D’Amico

      Le moment 1977

      « 1977 » est une date conventionnelle : les sujets sociaux et les formes de lutte dont on se souvient ont surgi plus tôt, raconte Paolo Virno, l’un des plus importants philosophes italiens et figure centrale de la revue du mouvement Metropoli.

      « À Milan, il y avait les cercles du prolétariat juvénile, les manifestations pour les meurtres de Zibecchi et Varalli, les mobilisations contre le travail au noir. Ce ne furent pas seulement des sujets non ouvriers qui firent irruption sur la scène publique. 77 comprend aussi les dix mille nouvelles embauches de Fiat : pour la première fois, beaucoup de femmes et de jeunes diplômés. En juin 1979, ils bloquèrent Mirafiori avec la même détermination qu’en 1969 ou 1973. On vivait une accélération générale, extrême, qui traversait toute la force de travail. Cette année-là, tout éclata : une anticipation subjective, subversive, d’un nouvel ordre qui devait ensuite prendre les traits plombés de l’ordre productif du capitalisme néolibéral. »

      Une anticipation de l’avenir

      Qu’est-ce qui a anticipé le mouvement ?

      « 1977 a été un commencement. On y voit apparaître de nouvelles figures de la force de travail : fondées sur la production cognitive, la coopération linguistique, et une réorganisation du temps de travail qui avait alors une coloration subversive. Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement annonce l’avenir : dans les années 1910, les grandes luttes des ouvriers déqualifiés aux USA avaient précédé le fordisme. Plus tôt encore, dans l’Angleterre du XVIIᵉ siècle, les vagabonds chassés des terres, non encore intégrés à la manufacture, incarnaient déjà une dangereuse potentialité sociale.

      De même, 1977 a un double visage : d’un côté, une matière première de comportements, d’affects et de désirs rebelles devenus force productive, état de choses actuel ; de l’autre, la voie sur laquelle circulent aujourd’hui pouvoir et conflit. »

      La force de travail et ses facultés

      Quelles caractéristiques de la force de travail se sont imposées alors et demeurent actuelles ?

      « 1977 a anticipé, à travers des luttes très dures, ce qui importe vraiment aujourd’hui. Marx parlait d’un intellect général qui n’est plus contenu dans le capital fixe mais dans les sujets vivants. Connaissance, affects et intelligence existent désormais comme interaction et coopération linguistique du travail vivant. Ce renversement dépasse même l’aveuglement de Marx, pour qui le temps de travail restait un résidu, tandis que la connaissance et l’intellect étaient incorporés aux machines.

      La reproduction de la vie, et les qualités productives de la force de travail, ne se développent plus seulement dans la sphère du travail. Pour produire de la plus-value, les entreprises ont besoin de personnes formées dans un milieu plus vaste que l’atelier ou le bureau — justement pour être plus productives une fois revenues à l’atelier ou au bureau. »

      Nature humaine et production sociale

      Quelles facultés humaines sont mobilisées dans ce processus ?

      « Je m’arrête sur trois éléments fondamentaux de la nature humaine :

      1. la néoténie, c’est-à-dire la persistance de traits infantiles tout au long de la vie ;

      2. l’absence d’une niche environnementale propre à l’espèce humaine, dans laquelle elle pourrait s’installer avec sécurité ;

      3. la faculté de langage, bien différente des langues particulières, plastique et indéterminée.

      1977 fut le premier mouvement mondain, néoténique et potentiel, qui fit de ces facultés une force au lieu de chercher à les contenir. Jusqu’alors, les institutions s’en défendaient ; depuis, elles les ont intégrées, en faisant des ressorts de la production sociale et du moteur des formes institutionnelles. La néoténie s’est muée en flexibilité et formation continue. L’absence de niche est devenue mobilité et polyvalence. »

      Le renversement néolibéral

      Comment la contre-révolution néolibérale a-t-elle transformé ces traits ?

      « Ces caractéristiques se sont répandues, mais avec un signe inversé. La prolifération de hiérarchies minutieuses et de barrières exprime la fin de la division du travail sous le capitalisme. Celle-ci est désormais dysfonctionnelle ; elle sert surtout à coloniser le caractère public des tensions éthiques, émotionnelles et affectives de la force de travail. Leur variabilité et leur imprévisibilité sont transformées en descriptions de poste.

      Pourtant, ces tensions font partie de la valeur d’usage de la force de travail et de son rapport au monde. Partager intellect et langage devient une condition vitale. Mais la segmentation du caractère trans-individuel du travail est aujourd’hui bien plus accentuée que ne l’exigeait jadis la division du travail. Le maximum de potentialité se renverse en impasse : un renversement disciplinaire rendu nécessaire par cette familiarité avec le potentiel, qui autrement ferait exploser l’ordre productif.

      Certaines luttes actuelles en sont le prolongement direct, un document vivant de 1977. Leur centralité dément l’idée que nous aurions alors représenté une “seconde société” des exclus : c’était au contraire la “première société”, celle qui s’inaugurait — et c’est celle que nous sommes encore aujourd’hui. »

      Le blocage du conflit général

      Pourquoi n’a-t-on pas su, depuis, construire une action sociale capable de renverser le nouvel ordre productif, affectif et politique ?

      « C’est la question décisive, posée dès les années 1990, quand on croyait “l’hiver de notre mécontentement” terminé et qu’allait commencer la phase civile, parce que rebelle, de la nouvelle réalité productive. Il n’en a rien été : Berlusconi est arrivé. Depuis 2007, la crise mondiale nous engluait, et la fermeture s’est accentuée. »

      Les conditions d’une alternative

      Que manque-t-il pour définir une alternative concrète ?

      « Le minimum syndical : le conflit sur les conditions matérielles — temps de travail, salaire, revenu. C’est le point de départ, devenu extrêmement difficile. Il est impensable aujourd’hui qu’une lutte de travailleuses de centres d’appel ne s’accompagne pas de la création d’un embryon de nouvelles institutions.

      Pour éviter un licenciement ou obtenir trente euros de plus, il faut désormais faire la Commune de Paris. Chaque pas de conflit contient déjà l’invention expérimentale d’institutions post-étatiques. »

      La crise de la représentation

      Pourquoi 1977 a-t-il rejeté les formes de représentation politique connues jusqu’alors ?

      « La crise de la représentation est irréversible. En Europe, et pas seulement, émergent des formes authentiques de fascisme : une terre de personne que peuvent occuper des pulsions opposées. 77 en fut une des manifestations, que le mouvement comprit en temps réel lorsque Lama [chef de la CGIL, le syndicat communiste, NdT]] et son service d’ordre furent chassés de La Sapienza.

      Ce processus de long terme a mis fin au monopole étatique de la décision politique. Mais croire que cette crise n’appartient qu’à un seul camp est une illusion : le populisme en est une autre expression. Il est devenu le liquide amniotique où croissent populismes et fascismes : les frères jumeaux, glaçants, des aspirations libératrices — la version monstrueuse de quelque chose qui nous appartient. »

      Désobéissance et droit de résistance

      Comment ce refus s’est-il exprimé ?

      « Par la désobéissance, notamment. Ce thème prit alors une valeur presque constitutionnelle. Il remit en cause ce que Hobbes appelait l’acceptation du commandement avant même celle des lois. Il ne peut exister de loi imposant de ne pas se rebeller.

      En 1977, la désobéissance a remis en question l’obéissance : cela précède tout dispositif législatif concret. Ce fut une année très violente, mais, une fois ôtés les fétiches de la violence construits ensuite, le mouvement affirma un droit de résistance face à la nouvelle configuration des institutions post-étatiques.

      Cette violence n’était pas opposée à celle de l’État ou de l’armée : c’était la défense de quelque chose que l’on avait déjà bâti. La photo de Paolo et Daddo prise par Tano D’Amico le 2 février le symbolise. »


      Les œuvres de l’amitié

      Qu’aviez-vous construit pour le défendre si ardemment ?

      « Le ius resistentiae défend ce qu’on a déjà créé : les œuvres de l’amitié — une amitié publique qui produit des formes de vie, faite de coopération, d’intellect général et de travail vivant.

      En 1977, l’amitié cesse d’être une catégorie secondaire : le couple ami/ennemi est renversé, et l’amitié devient coopération excédentaire, capable de construire des embryons d’institutions, des formes de vie qui méritent d’être défendues à tout prix.

      Le ius resistentiae n’est pas une violence plus modérée que celle des jeunes femmes de l’Institut Smolny, à Pétersbourg, qui marchèrent sur le palais d’Hiver. »

      Le premier pas

      Comment faire le premier pas ?

      « En cultivant son incomplétude, en la rendant réceptive et vertueuse. Il faut se tenir prêt à accueillir l’imprévu, et cela dépend de la capacité du travail précaire et intermittent à s’imposer sans ménagement.

      Face à un imprévu attendu, la philosophie politique doit s’arrêter et attendre. Pour moi, la limite — et le sommet — de la réflexion théorique équivaut, aujourd’hui, à ce qu’étaient les Industrial Workers of the World aux USA. Si je pense à quelque chose qui ressemble au post-77, et au 77 s’étant mis au travail, c’est à eux que je pense ».


      Un souvenir

      As-tu un souvenir particulier d’une journée de cette année-là ?

      « La manifestation la plus proche d’un caractère insurrectionnel fut celle de Rome, le 12 mars : un cortège sans slogans ni drapeaux, après le meurtre de Francesco Lorusso à Bologne la veille.

      Je me souviens d’un vieil homme marchant péniblement devant le ministère de la Justice, via Arenula : c’était Umberto Terracini, fondateur du PCI, antifasciste, président de l’Assemblée constituante. Au premier congrès de l’Internationale communiste, à Moscou, il avait parlé en français, et Lénine lui avait répliqué, le jugeant trop extrémiste : “Plus de souplesse, camarade Terracini.”

      Pour lui, il allait de soi de participer à cette manifestation. Ce fut un moment profondément émouvant. »

    • Il compagno, l’amico, il maestro. La vita condivisa di Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/il-compagno-lamico-il-maestro-la-vita-condivisa-di-paolo-virno

      ADDIO A PAOLO VIRNO L’amore per il mare di Capri e quello per la condivisione. Sempre con radicalità, ma con metodo, perché ’l’eccesso esige misura, se si vuole che sia tale’

      Paolo Virno: la rivoluzione, allegra ambizione


      Il saluto saluto a Paolo Virno ieri all’Esc atelier autogestito – Foto di Emanuele De Luca

      C’è una grande immagine degli scogli nelle acque di Capri con Paolo Virno che si tuffa. È il mare che ha amato e che, osservandolo dal finestrino mentre da Roma raggiungeva Cosenza e l’Università della Calabria, dove ha insegnato per qualche anno prima di tornare a Roma 3, rimpiangeva. «Se adesso non scendiamo da questo treno e non prendiamo un traghetto a Napoli, la giornata è persa», diceva Paolo a Marco Mazzeo, che è stato suo allievo. E che ieri, insieme a tanti e tante, ha partecipato al saluto collettivo a colui il quale è stato amico, compagno, maestro, vicino di cella, avversario a poker o sul campo da tennis del centrale di Rebibbia, che i detenuti avevano tracciato per trascorrere le ore d’aria.

      DUNQUE, IL MAESTRO. «Non c’è un centimetro di questo luogo che non sia stato pensato con Paolo» racconta Francesco Raparelli dando il benvenuto a Esc, l’atelier autogestito che fin dall’inizio ha ospitato la Liberà università metropolitana che Virno aveva concepito vent’anni fa assieme a una nuova generazione di militanti dei movimenti studenteschi e precari.

      «Per noi è stato un maestro antico – dice Francesco – Di quelli che non si limitano a insegnare concetti, ma insegnano anche a parlare, a muovere le mani, a intervenire in assemblea e ad alzare la voce quando serve». I «grandi filosofi», prosegue Francesco, «ti impongono le loro ossessioni e attraverso di esse creano attrito», tra le ossessioni di Virno c’era quella di «organizzare lo sciopero del lavoro precario: quando non lo trovava al centro delle nostre azioni, teneva il broncio ai movimenti».

      POI, L’AMICO. Paolo teorizzava l’amicizia, la considerava un modo per avvicinarsi alla propria essenza. Se l’amicizia per Aristotele è «condividere la vita», diceMassimo De Carolis, questa per lui aveva a che fare con le caratteristiche della nostra specie: «Gli esseri umani in quanto tali sono capaci di condividere la vita». Paolo, testimonia Andrea Colombo che è stato tra gli amici che lo hanno assistito fino alla fine, «era divertente persino nelle ultime giornate». E la sorella Luciana, che ricorda questo fratello che gli incuteva al tempo stesso «soggezione e tenerezza», conferma che «senza compagni e amici l’ultimo pezzo sarebbe stato difficile». Anche dedicandosi alla teoria linguistica, assicura ancora Colombo, Paolo «non ha mai scritto una riga senza pensare che andasse usata contro i padroni». Con questa capacità di condividere la vita e pensare il conflitto sempre, «restituiva valore, sostanza e spessore alla parola compagno». Per Andrea Fabozzi resta il «rimpianto» per le cose che si sarebbero potute fare.

      CON ALCUNI compagni e amici, raccontava Paolo, aveva passato «troppo tempo e poco spazio». Si riferiva alla carcerazione, prima negli speciali e poi nel braccio G8 di Rebibbia, dove si costituì l’area omogenea, ripartirono i seminari, si pensò a come uscire dalla sconfitta senza cedere alla delazione. A un certo punto qualcuno riuscì a far entrare dei barattoli di sugo alla marijuana. E quando tutto il braccio del 7 aprile mangiò la pasta col condimento speciale le risate a crepapelle si sprigionarono. In quel vortice psichedelico, Toni Negri teorizzò, tra risate dissacranti, che era ancora possibile vincere. «La sconfitta per lui era solo un episodio», riferisce il fratello Claudio. Un altro Claudio, D’Aguanno, compagno di detenzione, si esercita sul Virno uomo di sport. Da pokerista, non voleva solo partecipare: voleva vincere. E a calcio, «nel torneo di Rebibbia che chiamammo Insurrezione», accadde: «Almeno quella volta vincemmo l’insurrezione».

      C’È IL PAOLO COMPAGNO di vita e marito. «Se qualcuno mi avesse detto che io, russa, avrei sposato un comunista avrei pensato che era pazzo – dice la sua compagna Raissa Raskina – Volevo dare felicità a quest’uomo commovente nel privato. Paolo era estraneo a ogni comfort borghese, ho dovuto fare come Santippe che ricordava a Socrate che non poteva vivere in quel modo». Poi legge un messaggio ricevuto da una vicina di casa, che osservava Paolo dal terrazzo adiacente: «Per me era un maestro di vita: aveva saputo accettare gioie e dolore con semplicità di animo». Aveva, dicono in molti, un metodo anche nella radicalità. Perché, diceva, «l’eccesso esige qualche misura, se si vuole che sia tale». O invitava un compagno più giovane a «non abusare della potenza». La sua esistenza condivisa e generosa, rimanda ad un altro dei suoi consigli: «Non vivere mai al di sotto delle proprie possibilità».

      Gli articoli del manifesto di e su Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/collezioni/paolo-virno

      #centre_social #précaires

    • Paolo Virno (1952-2025) a enseigné la philosophie du langage à l’Université de Rome. Aux Éditions de l’éclat ont paru plusieurs de ses ouvrages depuis 1991 : Opportunisme, cynisme et peur (1991), Miracle, virtuosité et ‘déjà vu’ (1996), Le souvenir du présent (1999), Grammaire de la multitude (2002), Et ainsi de suite… La régression à l’infini et comment l’interrompre (2013), Essai sur la négation (2016) et L’usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (2016) qui reprend un ensemble d’articles parus entre 1980 et 2016, Avoir. Sur la nature de l’animal parlant (2021), De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2022).

      https://www.lyber-eclat.net/auteurs/paolo-virno

      #livre #subjectivité #langage

    • LE SPECTRE D’OUSSAMA BEN LADEN ET LE POUVOIR DESTITUANT - Entretien posthume avec Paolo Virno
      https://lundi.am/LE-SPECTRE-D-OUSSAMA-BEN-LADEN

      Quand peut-on parler de biopolitique ? Quand se réalise, dans une régime historique déterminé, le neuvième livre de la Métaphysique d’Aristote, celui qui s’occupe de la différence entre puissance et acte. Le moment décisif de la biopolitique est quand il y a un régime social qui met au centre de tout son fonctionnement la dynamis, la puissance en tant que puissance séparée, disjointe de l’acte.

      La puissance humaine de penser, bouger, éprouver du plaisir, celle qui est somatique et celle qui est intellective. Cette puissance est énucléée, en tant que puissance séparée de l’acte, à un moment précis. Ceux qui font remonter la biopolitique au droit romain archaïque ou à un quelconque mythologème ressuscité pour l’occasion ne nous montrent pas comment sont réellement les choses. Cette puissance est énucléée en sa qualité de puissance, à tel point qu’elle s’achète et se vend, uniquement en présence de la figure de la force-travail. C’est une puissance qui n’a rien à voir avec sa mise en application, c’est une potentia qui peut être vendue et achetée. On achète la puissance de penser, de parler.

      Il devient alors intéressant de voir comment est constitué le bios humain, ce qu’est cette puissance de penser, ce qu’est cette puissance de parler, outre, évidemment, la puissance musculaire et motrice. C’est alors que la vie prend tout son sens, car la puissance en est, par définition, l’élément essentiel, mais elle n’existe sous aucune forme de réalité autonome. La puissance de parler n’existe pas, je ne peux pas la toucher, ni l’acheter, ni l’échanger. Elle a pour enveloppe, par contre, un corps vivant. Le corps vivant n’est pas soigné et gouverné en tant que tel, c’est pourquoi on constate un intérêt abstrait pour les maladies, les enterrements, l’enfance…

      Ce n’est qu’à partir du moment où a eu lieu la matérialisation historique de l’autonomie de cette puissance qu’on gouverne les corps, ce n’est qu’à partir de là que la vie devient non pas la vie, parce que ce qui nous intéresse, au sujet de la vie, ce n’est pas la vie elle-même, mais sa capacité à porter ce qui n’aurait pas, autrement, de configuration propre et autonome. (...)

    • Philosophie

      https://www.liberation.fr/livres/2013/09/25/livres-vient-de-paraitre_934665

      Ce qui est proprement humain, c’est d’introduire un « non » dans n’importe quelle proposition, de pouvoir penser qu’il est « possible de », et enfin d’être devant la solution d’un problème qui ouvre à un autre problème, et ainsi de suite à l’infini. Ces trois modalités sont « le socle logique de la métaphysique ». Paolo Virno n’insiste ici que sur la troisième, à savoir la régression à l’infini, mais l’envisage surtout du point de vue d’une « anthropologie matérialiste », qui en déplace le champ vers celui, par exemple, des émotions et des affects : comment, à « et ainsi de suite », peut-on opposer un « maintenant, ça suffit », notamment dans la honte, l’espoir, l’orgueil, l’ennui, la transformation de la peur en angoisse, de la satisfaction en bonheur ?
      R.M.

      https://www.lyber-eclat.net/livres/et-ainsi-de-suite

      #interrompre

    • Comme Paolo Virno l’avait prévu, lorsque nous parlons, nous travaillons. Lorsque nous écrivons, nous codons la bête (Paul B. Preciado).

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/refusons-de-nourrir-la-bete-chatgpt-par-paul-b-preciado-20250523_NOO7UVBA

      (plus étroitement, une pensée tout droit issue de l’expérience militante. de celle qui fait aujourd’hui choisir de se taire lors des rassemblements publics, manifestations : tout ce qui est lâché sera utilisé par une ennemi qui a généralisé pour son compte la pratique de la reprise)

    • Souvenir du présent, Jean-Baptiste MARONGIU
      https://www.liberation.fr/livres/1996/07/11/souvenir-du-presentpaolo-virno-miracle-virtuosite-et-deja-vutrois-essais-

      Histoire, philosophie et politique : trois essais pour en faire un, trois approches concentriques d’un monde déboussolé, dont l’éclatement est comme signalé par l’écart creusé entre les régimes de discours mobilisés pour le saisir. Dans son essai politique, Paolo Virno (qui a déjà publié en français Opportunisme, cynisme et peur, L’Eclat, 1991) revient, pour s’en éloigner, sur certains aspects de l’œuvre de Hannah Arendt. L’essai philosophique met en résonance la catégorie de sublime de Kant avec celle d’émerveillement de Wittgenstein pour délimiter un monde non métaphysique. Enfin, le troisième essai­ interaction entre mémoire et philosophie de l’histoire ­ sert de cadre à ces deux tentatives. Paolo Virno sollicite, entre autres, Bergson, Nietzsche, Kojève, pour mettre à l’épreuve le concept de « fin de l’histoire ». Au centre de son dispositif, Virno place le « déjà vu », ce sentiment « typique de celui qui se regarde vivre ». Le déjà vu est donc une pathologie individuelle ayant pris aujourd’hui une dimension publique. Relevant de ce syndrome, la « fin de l’histoire » est un autre aspect de cet excès de mémoire, de cette domination du « souvenir du présent » qui caractérise la situation contemporaine. Cependant, toute fin d’histoire ouvre à des histoires possibles, mais il faudra alors apprendre à maîtriser ce souvenir du présent, si on ne veut pas devenir « le spectateur de soi-même » ou collectionner « sa propre vie, au fur et à mesure qu’elle s’écoule, au lieu de la vivre véritablement ».

      Paolo Virno, Miracle, virtuosité et « déjà vu ». Trois essais sur l’idée de « monde ». Traduit de l’italien par Michel Valensi. L’Eclat

    • Comme le temps passe. On se souvient de la mort, elle n’est pas devant nous.
      https://www.liberation.fr/livres/1999/07/08/comme-le-temps-passeon-se-souvient-de-la-mort-elle-n-est-pas-devant-nous-

      En partant du phénomène du « déjà vu », des rapports de la mémoire et du temps, Paolo Virno retourne l’idée de « fin de l’Histoire ».

      Pourquoi annonce-t-on la « fin de l’Histoire », au moment où, au contraire, semblent se déployer des conditions inouïes d’existence historique de l’être humain ? Ne serait-ce plutôt une philosophie de l’Esprit qui arrive à son terme, celle même qui a prétendu achever l’histoire ? Est-il possible, sur ces décombres, de bâtir un nouveau matérialisme qui, une fois jetés aux fameuses poubelles et la dialectique et le positivisme, recherche les fondements de son historicité dans la faculté la plus propre à l’homme, la mémoire ? C’est à ces questions que Paolo Virno consacre le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. D’ailleurs, le philosophe italien (né à Naples en 1952, il vit à Rome) avait déjà amorcé une partie de cette réflexion dans Miracle, virtuosité et « déjà vu » (L’Eclat, 1996).

      Pathologie spécifique de la mémoire, le symptôme du « déjà vu » sert à Paolo Virno pour éclairer d’une manière inattendue et fascinante le thème philosophique ­ devenu désormais un lieu commun ­ d’un arrêt de l’histoire voire de sa fin. Bergson a attiré le premier l’attention sur ce paradoxe : on croit avoir vécu (vu, entendu, fait, etc.) quelque chose qui au contraire est en train d’arriver pour la première fois. « Le sentiment lié au « du déjà vu, écrit Virno, est typique de celui qui se regarde vivre. ( ») On devient spectateur de ses propres actions, comme si elles appartenaient désormais à une vieille copie que l’on repasserait sans cesse. Spectateur hagard, quelque fois ironique, souvent enclin au cynisme, l’individu en proie « au déjà vu est l’épigone de lui-même. » Plus généralement, vu la prédominance objective qu’a pris le virtuel dans n’importe quel type de pratique, c’est toute la situation contemporaine qui est aux prises avec un inquiétant excès de la mémoire : « Le souvenir du présent, dont la fonction particulière est de représenter le possible, se manifeste sans retenue parce que l’expérience du possible a pris une très grande importance dans l’accomplissement des tâches vitales. » Le souvenir du présent a un côté maladif, mais, en même temps, il est la condition normale de la production de la mémoire. En effet, chaque présent est à la fois perçu et mémorisé, sans quoi aucun souvenir ne serait possible et, partant, aucune saisie temporelle du monde. Pour mieux comprendre ce rapport essentiel qu’entretiennent la mémoire et le temps, Paolo Virno est amené à revisiter l’un des plus anciens couples philosophiques, celui que forment puissance et acte, et interroger, pour ce faire, Aristote, Augustin, Kant, Hegel, Heidegger. L’acte est une réalisation de la puissance, mais il ne l’épuise pas. Le discours que je suis en train de faire, le plaisir que j’éprouve, le travail que j’exécute n’entament en rien ma faculté de parler, ma disposition au plaisir, ma force de travail. La puissance est un « pas-maintenant », alors que l’acte est un présent : entre les deux agit la mémoire. C’est pour cela que la mémoire peut être dite la faculté des facultés, car je ne pourrais pas parler, jouir, travailler si je n’avais mémorisé toutes ces facultés (et si je ne les consommais en les actualisant).

      Le passé est certes envahissant, mais il est aussi la charnière du temps historique. En accordant cette primauté au passé, Virno va à l’encontre d’une grande partie de la philosophie contemporaine qui tend à placer l’historicité de l’expérience humaine sous l’égide de l’avenir. Heidegger à lui tout seul résume cette position : c’est parce que l’homme est un « être-pour-la-mort », bref mortel, que nous existons historiquement et que l’histoire tire son origine du futur en tant que terme de notre expérience. Pour Virno, les choses vont plutôt dans l’autre sens. De la mort on se souvient, elle n’est pas devant nous : « Seul celui qui mène une existence historique peut se dire de plein droit mortel. »

      En devenir, le Souvenir du présent donne la mesure de l’ambition philosophique de son auteur. On peut trouver la clé de l’entreprise au détour d’une note. En transformant la faculté individuelle de la volonté en volonté générale, Rousseau en a fait le concept fondamental de sa philosophie politique. En passant de l’intellect individuel au general intellect, Marx a voulu signifier la puissance de la coopération productive dans la société capitaliste. Avec une méthode similaire, après les couples Volonté-politique et Intellect-lien social, Paolo Virno construit celui de Mémoire-historicité, une manière d’avancer que dans l’actualité de chaque moment historique, il y a toujours du passé mais aussi quelque chose de potentiel, et qui tient ouverte l’histoire. Loin d’être finie, celle-ci ne fait que commencer".

      Paolo Virno, Le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. Traduit de l’italien par Michel Valensi, L’Eclat.

    • Haute multitude
      https://www.liberation.fr/livres/2002/11/21/haute-multitude_422333

      Le malaise est de mise face aux horreurs perpétrées, ailleurs, par les peuples au nom du droit de disposer d’eux-mêmes ou, ici, lorsque notre bon peuple à nous semble se déliter et manifester des opinions exécrables. Pour sauver l’idée, on s’en prend alors à ceux qui devraient l’incarner. Et si c’était plutôt le concept de peuple qu’il fallait mettre au placard ? Certes, ayant inauguré et supporté longtemps la modernité, il pourrait se prévaloir d’états de service intimidants, quoiqu’il ait pu être, un temps, secoué par la notion antagoniste de classe. Or, un philosophe italien hétérodoxe de 50 ans, Paolo Virno, pense qu’il faut passer à autre chose si l’on veut comprendre ce que promet le présent, et avance multitude, ancienne notion de la philosophie politique contre laquelle celle de peuple a été elle-même forgée. Mais sa Grammaire de la multitude n’a rien d’un exercice académique de généalogie des concepts. Bien au contraire, c’est « l’analyse des formes de vie contemporaines » qui intéresse Virno, ainsi que les nouvelles possibilités d’action politique qu’elles ouvrent. N’est-ce pas la multitude qui s’exprime dans certains mouvements no global ou altermondialistes ? En tout cas, Virno en esquisse la théorie et déploie une instrumentation conceptuelle des plus sophistiquées, où se croisent théorie politique, critique de l’économie, éthique, épistémologie et philosophie.

      #Spinoza fait de la multitude la clé de voûte des libertés civiles, définissant ainsi le Nombre ou la pluralité qui persiste en tant que telle sur la scène publique face aux tentatives de l’Etat moderne de l’homologuer, d’en faire une unité. Hobbes, lui, a horreur de la multitude et ne jure que par le peuple, dont le premier et dernier acte libre consiste pourtant à aliéner sa liberté au seul Souverain. Hobbes, assurément, a gagné contre Spinoza, et l’Etat moderne, par le biais du peuple, est devenu national. Pour Virno, cette histoire est aujourd’hui achevée : aussi entend-il donner une nouvelle possibilité à la notion vaincue de multitude, en la mettant en résonance avec la notion de force productive ­ qui a servi, à côté de celle d’Etat et de peuple, à expliquer l’autre aspect marquant de la modernité occidentale, le capitalisme. #Marx, on le sait, critique l’économie politique naissante mais il la suit quand elle fonde la production de la richesse sur le travail commandé par le capital, autant dire le salariat. Est-ce encore aujourd’hui le cas, à l’heure où la part qui revient au travail dans la production se réduit de plus en plus, sous la poussée de la technique et d’une coopération sociale démultipliée pour la communication ?

      Marx lui-même, dans les Grundrisse, ses notes restées inédites jusqu’à 1939, critiquant sa propre théorie, rappelle Virno, a la vision d’une fin du travail salarial non pas à la suite d’une révolution politique mais du développement du capitalisme lui-même. La cause et l’effet en seraient le general intellect, terme anglais qui définit l’intellectualité sociale au cœur du postfordisme actuel, dont l’activité même de la pensée est le ressort productif principal. Dans ce mouvement, le #travail est devenu une activité virtuose et les travailleurs, comme ceux qui ne travaillent pas, ont glissé hors des ornières de classe pour endosser, selon Virno, les habits de la multitude.

      Contrairement aux idées reçues sur l’individualisme contemporain, faire partie de la multitude donne toutes les chances au sujet : « C’est seulement dans le collectif, et sûrement pas dans le sujet isolé, que la perception, la langue, les forces productives peuvent se configurer comme une expérience individuée. » Le travail peut prendre les contours d’une « virtuosité servile » accompagnée souvent par une tonalité sentimentale qui oscille entre peur et opportunisme. Mais la virtuosité peut être non servile, l’opportunisme se muer en sens de l’opportunité. En cela Virno se place du côté de Benjamin quand, contre #Heidegger, il défendait le bavardage, non pas comme aliénation de l’être, mais comme curiosité diffuse et amour du partage.

      Quelle politique pour une multitude confrontée à la crise de la politique, bâtie sur la notion défaillante de peuple ? Paolo Virno est prudent : résistance civile et exode, c’est-à-dire affrontement et évitement à partir du constat que l’on est tous désormais des « sans chez soi » et que ni le peuple, ni la classe, ni le travail, ni le chômage ou le loisir ne peuvent nous contenir : « Etre étranger, c’est-à-dire ne-pas-se-sentir chez soi, et aujourd’hui la condition commune du Nombre, condition inéluctable et partagée. »

      Paolo Virno, Grammaire de la multitude. Pour une analyse des formes de vies contemporaines. Traduit de l’italien par Véronique Dassas, Editions l’éclat, 144 pp.

    • Comme les seenthissiens, Le Monde ne s’est jamais intéressé à Virno au point de consacrer une note de lecture à l’un de ses ouvrages.

      On ne trouve mention de Paolo Virno que dans la chronique d’un professeur à l’école d’affaires publiques de Sciences Po, un capital-risqueur, qui cite, 12 ans après sa parution en français, un livre de Virno pour écrire, en 2018, lors du mouvement des Gilets jaunes : « La vision hobbésienne de l’unité du peuple est de plus en plus décalée par rapport à la réalité ». (Ils n’ont pas assez peur pour s’en remettre au souverain)

      https://justpaste.it/gmrn4

      edit fulminant contre l’obscène provincialisme anti-intellectuel franchouillard, j’ai oublié le tardif article de Le Monde par le stipendié philo yaourt Roger Plot Croche qui a pour ainsi dire comblé le vide par 3 minutes de lecture en 2016, avec un capitalisme uber alles qui n’ose pas se dire
      Figures libres. Seul l’humain sait dire non
      https://www.lemonde.fr/livres/article/2016/02/25/figures-libres-seul-l-humain-sait-dire-non_4871233_3260.html

      https://justpaste.it/ghccw

      Ce connard arrive encore à écrire en 2016 "soupçonné de liens avec les Brigades rouges." au lieu de "accusé de", comme il devrait le faire puisqu’il ne rentre pas une seconde dans l’analyse de ce que fut le mouvement révolutionnaire de cette époque en Italie. Tout le monde avait des liens avec les BR ! Virno n’était simplement pas de ceux des autonomes recrutés par d’une organisation clandestiniste, lottarmatiste, qui a aspiré une vague du reflux, sous le coup d’une répression féroce, qui furent nombreux, parmi les plus jeunes.

      Essai sur la négation. ­Pour une anthropologie linguistique (Saggio sulla negazione. Per una antropologia linguistica),de Paolo Virno, traduit de l’italien par Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Philosophie imaginaire  », 190 p., 25  €.

      L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude, de Paolo Virno, 22 textes traduits de l’italien par Lise Belperron, Véronique Dassas, Patricia Farazzi, Judith Revel, Michel Valensi, Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Poche  », 316 p., 8 €.

    • De l’impuissance - La vie à l’époque de sa paralysie frénétique
      https://www.lyber-eclat.net/livres/de-limpuissance

      Les formes de vie contemporaines sont marquées par l’impuissance, hôte importun de nos journées infinies. Que ce soit en amour ou dans la lutte contre le travail précaire, l’amitié ou la politique, une paralysie frénétique saisit l’action ou le discours quand il s’agit de faire ou de dire ce qu’il conviendrait de dire et faire. Mais, paradoxalement, cette impuissance semble due non pas à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à l’accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de ses antichambres. Virno poursuit ici son étude systématique du langage contemporain où s’exprime toute la complexité de notre modernité et qui témoigne de cette inversion des sens qui attribue la puissance au renoncement, ou la détermination au fait de taire ce qu’il nous faudrait dire. Livre sur le langage, De l’impuissance indique de loin les formes possibles d’un antidote, d’une voie de salut, qui nous ferait « renoncer à renoncer », et « effacer l’effacement de notre propre dignité ».

    • Philosophie
      Mort de Paolo Virno : des années de plomb au «retrait de la langue»
      https://www.liberation.fr/culture/livres/mort-de-paolo-virno-des-annees-de-plomb-au-retrait-de-la-langue-20251114_

      Michel Valensi, écrivain et éditeur, rend hommage à celui qui participa au « moment révolutionnaire » de l’Italie des années 70 avant de « se retirer dans la langue ».
      https://www.liberation.fr/resizer/v2/VEQX7GZVDZBRZCHUPW3AKWJVCI.jpg?smart=true&auth=000725f0d67cdc6d5909356d32
      Paolo Virno est né à Naples en 1952. (DR)

      L’Italie a perdu, le 7 novembre, l’un de ses philosophes les plus importants et les plus discrets. Paolo Virno, né à Naples en 1952, est mort à Rome après une courte mais coriace maladie dont il n’avait parlé à personne, ne dévoilant jamais ses cartes en bon joueur de poker qu’il était. Acteur de premier plan du « moment authentiquement révolutionnaire » de l’Italie des années 70 – proche de l’opéraïsme de Mario Tronti et membre du groupe Potere Operaio, avec Antonio Negri et bien d’autres – il sera arrêté en 1979 sous le chef d’inculpation d’« association subversive » et de « constitution de bande armée ». Il passera quatre années en prison avant d’être pleinement acquitté en 1988, à la différence de plusieurs de ses co-inculpés qui s’exilèrent en France et bénéficièrent de l’asile politique.

      Après une thèse sur Adorno, il participe à la création de la revue Metropoli qui élargit la question du politique à toutes les sphères du social et où la théorie côtoie la bande dessinée. Ses premiers articles concernent la « chose » politique sous toutes ses formes, qui vont du general intellect de Marx aux flippers des bars romains, avec une attention particulière portée à la question du langage et un sens de l’ironie dont il ne se départira jamais. Son premier livre, Convention et matérialisme, paraît en 1986 chez Theoria. A son propos Giorgio Agamben écrira : Virno « s’affirme comme l’une des voix les plus lucides et originales de la pensée italienne contemporaine ». C’est, ensuite, en traduction que paraîtront, aux éditions de l’Eclat, Opportunisme, cynisme et peur suivi des Labyrinthes de la langue (1991), le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique (1999), ou Grammaire de la multitude (2002) qui paraît en même temps que l’édition italienne, et dont les pages Livres de Libération rendront compte. Grammaire de la multitude, qui se présente comme une « analyse des formes de vie contemporaines », est considéré désormais comme un classique de la pensée politique. L’ouvrage marque un tournant dans l’œuvre et l’écriture de Virno. S’il inscrit la question du politique au cœur du langage, il s’en éloigne toutefois dans ses analyses pour privilégier son « expression » au cœur de la langue. C’est la « langue » qui véhicule les concepts et c’est en s’attachant à la langue que l’on peut les comprendre et les utiliser dans et pour l’action. Sans renoncer à l’agir, la prise de conscience de la « défaite d’une génération de militant qui était liée à la figure ouvrière » s’accompagnant « de la poursuite opiniâtre de l’erreur partagée », conduit Virno à « se retirer dans la langue » pour définir les contours d’une « morale provisoire ».

      Une « anthropologie linguistique »

      C’est à partir de cette date (fin des années 90) que commencent à paraître ses livres plus exclusivement consacrés à une « anthropologie linguistique », proche de la philosophie analytique, dont il partage probablement les prémisses, mais pas forcément les issues. Quand le verbe se fait chair (2003, non traduit), le Mot d’esprit et l’action innovante (2005, traduction à paraître), Et ainsi de suite (2010, traduit en 2014), Essai sur la négation (2013, traduit en 2016), Avoir (2020, traduit en 2021), ou son dernier ouvrage, au titre bouleversant à la lumière de sa biographie : De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2021, traduit en 2022), où il défend l’idée que les formes de vie contemporaines sont marquées par une impuissance qui n’est pas « due à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à une accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de son antichambre ». Prenant congé de l’idée de monde avec celle d’une impuissance à force de puissances pléthoriques, l’œuvre et la vie de Paolo Virno s’achèvent brutalement, comme une phrase tronquée, une parole empêchée, lui qui, avec son léger et émouvant bégaiement, s’était arrêté longuement sur la question de l’aphasie et du langage des enfants. Il préparait un livre sur l’inquiétante étrangeté qu’il se proposait de comprendre dans les termes d’une anthropologie du langage. L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (l’Eclat, 2016) propose un parcours assez complet de son œuvre exigeante qui reste à découvrir.

      1966

      Gian Pieretti - Il vento dell’est
      https://www.youtube.com/watch?v=kmYKHEksSn0

      I Corvi «Ragazzo di Strada»
      https://www.youtube.com/watch?v=5pwMPiSX6uA

      1967

      I Nomadi - Dio è morto
      https://www.youtube.com/watch?v=yqMvHD1gNxc

      Patty Pravo «Ragazzo triste»
      https://www.youtube.com/watch?v=oEL4vvNXV-I&list=RDoEL4vvNXV-I

      1968

      Valle Giulia · Paolo Pietrangeli
      https://www.youtube.com/watch?v=AKciJETn01E

      La caccia alle streghe (La violenza)
      https://www.youtube.com/watch?v=Eyrhzwwe1pg

      1977
      GIANFRANCO MANFREDI - UN TRANQUILLO FESTIVAL POP DI PAURA
      https://www.youtube.com/watch?v=Hh_dp3O_C3g

    • Inno di Potere Operaio (1971)
      https://www.youtube.com/watch?v=QzspcU3HJow

      La classe operaia, compagni, è all’attacco,
      Stato e padroni non la possono fermare,
      niente operai curvi più a lavorare
      ma tutti uniti siamo pronti a lottare.
      No al lavoro salariato,
      unità di tutti gli operai
      Il comunismo è il nostro programma,
      con il Partito conquistiamo il potere.

      Stato e padroni, fate attenzione,
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      Potere operaio e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà.

      Nessuno o tutti, o tutto o niente,
      e solo insieme che dobbiamo lottare,
      i fucili o le catene:
      questa è la scelta che ci resta da fare.
      Compagni, avanti per il Partito,
      contro lo Stato lotta armata sarà;
      con la conquista di tutto il potere
      la dittatura operaia sarà.

      Stato e padroni...

      I proletari son pronti alla lotta,
      pane e lavoro non vogliono più,
      non c’è da perdere che le catene
      e c’è un intero mondo da guadagnare.
      Via dalle linee, prendiamo il fucile,
      forza compagni, alla guerra civile!
      Agnelli, Pirelli, Restivo, Colombo,
      non più parole, ma piogge di piombo!

      Stato e padroni...

      Stato e padroni, fate attenzione
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      viva il Partito e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà!

      #folklore

  • 29 minutes en apnée : un record discuté mais un exploit qui repousse les limites humaines – Libération
    https://www.liberation.fr/sports/29-minutes-en-apnee-un-record-discute-mais-un-exploit-qui-repousse-les-li
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/RLFZMZ6O3ZBYRJ5LYPBU3RURJI.jpg?auth=cefe25e3850f132023af41b9cfe9b60a3a351

    Les limites humaines ont été encore un peu repoussées. Le croate Vitomir Maricic est resté 29 minutes et 3 secondes sans respirer, en apnée statique, le 14 juin 2025. Un exploit gravé au Guinness des records. « Quand je plonge, je me déconnecte complètement, c’est comme si je n’étais plus là », raconte Vitomir Maricic dans un entretien à l’AFP ce mercredi 5 novembre. Pourtant, lors de son exploit, les douleurs et les spasmes l’ont secoué, sous les regards inquiets de son médecin, de ses amis et du jury invité à homologuer l’insensé chrono. « Je me suis déjà lancé un certain nombre de défis… mais celui-ci a été l’un des plus difficiles », a-t-il dit depuis la piscine de Rijeka, sa ville natale sur la côte croate. « J’ai eu du mal mentalement… A peu près à mi-durée, j’ai envisagé de renoncer », retrace l’athlète âgé de 42 ans.

    Toutefois, sa prouesse laisse sceptique les apnéistes professionnels : avant de s’immerger et de cesser de respirer pendant près d’une demi-heure, Vitomir Maricic a préalablement inhalé de l’oxygène pur pendant dix minutes, de quoi remplir totalement son sang de molécules d’azote. Les sportifs en compétition, eux, respirent de l’air normal, soit 21 % d’oxygène et 78 % d’azote. Avec l’oxygène pur, « on a cinq fois plus de réserve que la normale », a expliqué le quadruple champion du monde d’apnée Guillaume Néry auprès de France TV. « Ça devient plus une démonstration, un show, un spectacle, qu’une réelle performance sportive », estime-t-il.

    Ainsi, les fédérations internationales n’ont pas reconnu la performance de Vitomir Maricic. Avec un air normal, le record du monde d’apnée statique est détenu par le français Stéphane Mifsud, qui a tenu 11 minutes et 35 secondes en 2009.

    Malgré tout, l’ami et pneumologue de Vitomir Maricic n’était pas sûr qu’il soit humainement possible de tenir si longtemps et reste impressionné par la performance et ce qu’elle dit des capacités du corps humain. « C’est un champ totalement inexploré par la médecine moderne, qui ouvre de nouvelles perspectives, peut-être même certaines qui pourraient un jour aider nos patients », suggère le médecin.

    Vitomir Maricic n’est pas sorti indemne sur le plan physique, avec une brève hémorragie intestinale et un énorme mal de tête. Mais l’apnéiste prépare déjà son prochain défi : plonger à plus de 160 mètres de profondeur, lesté. Le record est actuellement détenu par le Russe Alexey Molchanov, descendu à 156 m. « Chaque fois que je pense avoir poussé mon corps au-delà de ses limites, une opportunité apparaît », explique-t-il.

  • « Maltraitance médiatique » et « défiance » mutuelle : 20 ans après les révoltes, la presse toujours aux abonnés absents dans les quartiers populaires – Libération
    https://www.liberation.fr/economie/medias/maltraitance-mediatique-et-defiance-mutuelle-20-ans-apres-les-revoltes-la-presse-toujours-aux-abonnes-absents-dans-les-quartiers-populaires-20251026_YMGZCKUYHRAELPPILY2HSVGG4E/?redirected=1
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/VEQXJZ5OL5BDFABMQWODA7K45M.jpg?auth=bb60fd708979ba5f59a2ca6c35f48ceaf6fdd

    Le traitement médiatique, très souvent purement sécuritaire, des quartiers populaires n’a que peu évolué depuis la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois en 2005. La faute à un manque de diversité sociale dans les rédactions.
    Rassemblement de jeunes de Clichy-sous-Bois devant la stèle érigée en hommage à Zyed Benna et Bouna Traoré, le 27 octobre 2015.
    Rassemblement de jeunes de Clichy-sous-Bois devant la stèle érigée en hommage à Zyed Benna et Bouna Traoré, le 27 octobre 2015. (Denis ALLARD/Denis ALLARD)
    ParJean-Baptiste Chabran
    Publié le 26/10/2025 à 19h20

    « Quand ça pète, les médias sont là. Mais quand on fait des choses bien, ils ne sont jamais là. » Cette phrase d’une jeune lycéenne, rapportée dans le livre et projet de recherche Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots (C&F Editions, 2021), synthétise bien la situation de méfiance, voire de défiance mutuelle, installée entre médias mainstream et quartiers populaires. Après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 27 octobre 2005, les rédactions – pas toutes, mais au moins quelques-unes – avaient compris que quelque chose clochait dans leur façon de représenter les « banlieues ». Certaines avaient même fait leur autocritique : promis, juré, on ne les reprendrait plus à débarquer en bas des tours uniquement quand une énième bavure policière viendrait, fatalement, remettre ces endroits au centre de l’attention.

    Vingt ans plus tard, et deux ans après la mort de Nahel Merzouk, tué par un policier à Nanterre (Hauts-de-Seine) en juin 2023, la plupart des bonnes intentions ont pourtant été rangées au placard et les quelques progrès sont jugés largement insuffisants par les observateurs interrogés par Libération. En cause, un ensemble de raisons difficilement dénombrables : de l’implantation parisienne des grands médias à leur composition sociologique en passant par leurs logiques de temporalité et d’audience.
    « Une forme de mauvaise conscience »

    Reste que « globalement, le sujet des quartiers populaires n’intéresse pas », résume le journaliste Edouard Zambeaux. De septembre 2005 à juin 2017, ce dernier était producteur de l’émission de reportages Périphéries, diffusée tous les dimanches sur France Inter. Il a aussi cofondé la ZEP, Zone d’expression prioritaire, qui intervient régulièrement dans Libération pour donner la parole aux jeunes. Longtemps « journaliste promeneur », il estime que « la presse reste prisonnière de son réflexe de classe » et que son regard n’a pas tellement changé en deux décennies. « 90 % du temps médiatique, la banlieue reste quelque chose de dangereux », observe-t-il.

    Et puis, de temps en temps, à cause « d’une forme de mauvaise conscience », un mouvement de balancier s’opère et, pendant un moment, « la banlieue devient quelque chose de merveilleux ». Ce qui a le don d’exaspérer Edouard Zambeaux presque autant que l’inverse. « Pendant cette courte séquence, n’importe quel bouffon qui rappe trois rimes bancales devient “un poète contemporain” ! » s’agace le journaliste, déplorant que « ces endroits n’aient pas le droit à une équité médiatique ».
    « La défiance vis-à-vis des médias est énorme »

    « Il y a une forme d’exceptionnalité et de maltraitance médiatique », confirme sa consœur Nora Hamadi, chargée depuis la fin du mois d’août de la revue de presse de France Inter, très engagée sur le sujet. La principale raison se trouve selon elle dans la sociologie des rédactions qui manquent encore largement de diversité sociale et ethnique, les journalistes venant le plus souvent de milieux et de zones géographiques favorisés. « Après 2005, la question a un peu percuté les rédactions », remarque Nora Hamadi qui cite la création, en 2007, de la prépa aux écoles de journalisme, la Chance aux concours, ouverte aux étudiants boursiers et handicapés. Elle regrette toutefois que sur cette question, les grands médias recrutent « au compte-goutte » et que les postes de chefferie et de direction échappent toujours au changement. « Depuis 2005, il y a certes un peu plus de couleur dans les rédactions mais la véritable question, celle de la diversité sociale, reste très présente », constate-t-elle.

    Reportage
    Clichy-sous-Bois vingt ans après la mort de Zyed et Bouna : « Ici, on pleure de joie pour un tramway, alors qu’il fonctionne mal »

    Résultat : les journalistes méconnaissent les banlieues et quartiers populaires et « les rédactions où ils travaillent ne voient tout simplement pas ce qui s’y passe au quotidien ». Une invisibilisation qui vaut aussi pour les espaces ruraux, au moins aussi absents du champ médiatique, sauf quand une crise – en général une mobilisation d’agriculteurs – éclate. De cette distance découlent un ressentiment durable et une méfiance des populations concernées, qui gardent, selon la sociologue Julie Sedel, autrice de l’ouvrage les Médias et la banlieue (Le Bord de l’eau-INA, 2009), « une mémoire des précédents médiatiques ».

    Pour l’exemple, la chercheuse cite un épisode où des photographes de Paris Match avaient été accusés de payer des jeunes pour brûler des voitures dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux (Rhône), en 1981. De nos jours, on pourrait aussi faire le rapprochement avec les émissions de reportages embarqués avec la police qui pullulent sur les chaînes pin-pon de la TNT et associent dans l’imaginaire collectif les journalistes à des laquais de la force publique. « La défiance vis-à-vis des médias mainstream est énorme », appuie Nora Hamadi. « Les habitants ont effectivement assimilé, digéré, un certain pouvoir de nuisance qui peut être attaché à la presse », complète Edouard Zambeaux.

    Dans ce sombre tableau, quelques éclaircies subsistent tout de même. Pour Renaud Epstein, professeur de sociologie à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye, « l’évidence, c’est la transformation provoquée par l’émergence du Bondy Blog ». « Une rupture majeure », juge-t-il, car la création de ce média ancré en Seine-Saint-Denis, juste après les révoltes de 2005, marque selon lui le début d’une « démonopolisation de la parole ». Un phénomène qui se poursuit aujourd’hui de façon décuplée avec les réseaux sociaux et les médias alternatifs nés d’Internet, et qui permet de faire émerger des contre-récits inaudibles auparavant.
    Des habitants ciblés par les médias d’extrême droite

    Pour autant, l’actuelle rédactrice en cheffe du Bondy Blog, Héléna Berkaoui, se montre prudente, notamment à cause de l’émergence de médias d’extrême droite comme CNews, qui donnent « une autre teinte à la couverture des quartiers populaires, parce que leurs habitants sont des cibles revendiquées comme telles ». « Les mots qui y sont employés sont extrêmement durs et ils sont reçus comme tels par les intéressés. Sur le terrain, on nous en parle beaucoup, développe-t-elle. Je me demande quels effets cela peut avoir sur les jeunes de se faire insulter quasi quotidiennement sur petit écran. »

    Au fond, la journaliste juge aussi que le traitement du soulèvement des banlieues après la mort de Nahel Merzouk n’a pas été si différent de celui de 2005. Le déclencheur de la colère, à savoir les violences policières, « a été évacué avec une rapidité désarçonnante ». Le tout au profit d’un discours politico-médiatique enrobé des stigmates habituels sur l’islam, « les jeunes violents, les jeux vidéo ou la responsabilité des mères isolées ». Les médias n’auraient-ils donc rien appris en vingt ans ?

    #Quartiers #Médias #Jeunes_de_quartier

  • Qualité de l’air intérieur : à quand des mesures concrètes sur le terrain ? – Libération
    https://www.liberation.fr/societe/sante/qualite-de-lair-interieur-a-quand-des-mesures-concretes-sur-le-terrain-20
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/DSNYTN4PZJCZHF5CIM25U6J3C4.jpg?auth=8e81e02fc9262991295b2a891d4bc4eac0773

    Mais malheureusement, l’enthousiasme fut vite douché sur le terrain par celles et ceux qui vivent dans le monde réel. « Dans le monde imaginaire où les promesses d’Emmanuel Macron sur un effort massif de purification de l’air dans nos écoles, nos hôpitaux, nos maisons de retraite et dans tous les bâtiments publics entre les deux tours de la présidentielle 2022 sont tenues, ces lieux clos bénéficient d’une meilleure qualité de l’air. Mais nous ne vivons pas dans ce monde et les enfants respirent l’air provenant de bocaux scellés », rappelle l’association Winslow Santé Publique. De nombreux professeurs confirment que la seule amélioration de la qualité de l’air vient de leur capacité à aérer les salles de classe… quand il est possible d’ouvrir les fenêtres…