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  • « Oui à la liberté d’expression mais pas au prix d’une réécriture de l’histoire », par un collectif d’historiens
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/nous-vivons-une-epreuve-de-verite-et-devons-regarder-le-present-comme-le-
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/TBSGK7XZSZE6FLHP3AW5VHOU5M.jpg

    Au nom de la défense de la liberté d’expression, on peut même lire, sous la plume de quelques historiens, que la réalité de l’antisémitisme à gauche est une invention récente – contre-vérité patente que nous ne pouvons tolérer. A leurs yeux, toute critique à l’encontre d’une montée de l’antisémitisme est une manifestation de soutien à la colonisation de la Palestine.

    Les mots sont transformés en armes et deviennent des signes d’allégeance. Tout manquement à leur usage est considéré comme une manifestation de soutien au gouvernement d’Israël. Nous marchons à front renversé, et cette dénaturation de l’histoire participe de la marche vers le pouvoir de l’extrême droite.

    Souvenons-nous ! Dans le passé de la gauche, la stratégie de l’ennemi principal a fait taire un très grand nombre d’opposants. Trop longtemps le silence s’est abattu sur les reniements du socialisme démocratique : en URSS, en Chine, au Cambodge et ailleurs, l’idéologie autoritaire a eu raison de la liberté. Longtemps, furent ignorés les arrestations, les procès, les camps d’internement et de mort au nom d’un Etat ouvrier mythique.

    Dans le même temps, au nom de la République, d’autres mensonges s’abattaient sur les massacres en Asie comme en Afrique. Tandis que la droite brandissait le drapeau de civilisation supérieure et se mettait au service d’un capitalisme destructeur, la gauche se construisait sur des illusions. Oublié l’antisémitisme récurrent, avant et après l’affaire Dreyfus ; écarté le racisme à gauche dénoncé par Jaurès lui-même en 1898 à Alger ; ignorée la misogynie insolente, de Proudhon aux Radicaux de gauche…

    De ces manquements coupables, précisément, il importe de se souvenir afin de ne pas réitérer le même cynisme, ni tolérer l’antisémitisme, la misogynie et le racisme. Pas plus au nom de la Palestine qu’au nom du communisme hier.

    Aujourd’hui, nous vivons une épreuve de vérité et devons regarder le présent comme le passé, bien en face, sans exclusive. Toute confusion, tout silence, toute ambiguïté ne sont plus acceptables, car ces mensonges ouvrent une voie royale à l’extrême droite.

    Nous disons oui à la liberté d’expression, mais pas au prix d’une réécriture de l’histoire, ni d’un renoncement à la pensée critique.

    https://justpaste.it/ki5o0

    #histoire #gauche #antisémitisme #Julien_Théry

  • Le ministre de l’éducation juge « profondément scandaleux » le message sur les « génocidaires » publié par un enseignant de Lyon-II
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/11/26/le-ministre-de-l-education-juge-profondement-scandaleux-le-message-sur-les-g

    L’enseignant [Julien Thery, qui a notamment publié Le Livre des sentences de l’Inquisiteur Bernard Gui, en 2022, ndc], vivement critiqué après la révélation de ce message, a affirmé lundi à l’Agence France-Presse (AFP) n’avoir « évidemment jamais dressé de liste de juifs » et assuré que sa publication « commentait » une tribune du Figaro, où vingt personnalités interpellaient Emmanuel Macron qui s’apprêtait alors à reconnaître au nom de la France l’Etat palestinien.

    Il a accusé la Licra d’avoir repris « une petite partie » de son texte pour lancer « une campagne de harcèlement » en représailles d’un article qu’il a récemment publié.

    l’enquête "sur l’antisémitisme" dans l’enseignement supérieur donne déjà des résultats !
    https://seenthis.net/messages/1147618

    • Pour préciser : la liste dénoncée comme insupportable est très exactement le copier-coller de la liste des signataires de la tribune « « Monsieur le président, vous ne pouvez pas reconnaître un État palestinien sans conditions préalables » : l’appel de 20 personnalités à Emmanuel Macron ». Pas une de plus, pas une de moins.
      https://archive.ph/mMNUC#selection-1479.0-1486.0

      Quant à la photo, c’est celle qui illustre la même tribune :
      https://www.lefigaro.fr/vox/monde/monsieur-le-president-vous-ne-pouvez-pas-reconnaitre-un-etat-palestinien-sa

      Théry n’a donc ni établit une liste spécifique en extrayant les personnalités juives parmi les signataires de la tribune, ni choisi spécifiquement les 4 personnes pour la photo : il a pris l’intégralité des signataires (avec les mêmes titres et dans le même ordre) de la tribune, et reproduit directement l’image qui l’illustre sur le site du Figaro.

      Toujours impressionné par ce talent des grand journaux pour réussir à ne surtout pas dire explicitement ce genre de choses : la liste de Théry est le copier-coller exhaustif des signataires de la tribune, et l’image qui a jointe à son message est celle qui illustre la tribune du Figaro.

    • ... concernant l’antisémitisme soviétique Julien Théry note : « Les cas d’antisémitisme repérables dans l’histoire des pays du bloc soviétique – par exemple de la part de Staline et de son entourage, entre autre lors du « complot des blouses blanches » – ne ressortissent évidemment pas à l’idéologie communiste propre à ces régimes, mais à une tradition enracinée de très longue date dans la culture des sociétés concernées ». Pourtant, l’antisémitisme soviétique ne se limite pas à quelques « cas », mais possède un caractère systémique en URSS et ses pays satellites sur plusieurs décennies. Il ne relève pas seulement d’une « tradition antisémite », mais s’inscrit dans une politique stalinienne visant à diffuser et instrumentaliser l’antisémitisme pour réprimer l’opposition politique avec une réadaptation de mythes antisémites spécifiquement ajustés aux besoins de cette politique, en particulier celui du Juif déraciné au service d’une puissance étrangère à la nation (les exemples les plus parlant étant le dit « complot des Blouses blanches » et les procès de Prague en 1952-53). Cette analyse de l’antisémitisme soviétique que Julien Théry semble ignorer n’est pas nouvelle, elle est formulée dès les années 1930, notamment en 1937 par Léon Trotsky, qui en fut la cible, dans son texte « Thermidor et l’antisémitisme » [1937].

      Cette utilisation politique de l’antisémitisme ne s’arrête pas avec la mort de Staline et continue pendant plusieurs décennies par le biais de la sionologie, une pseudo-science qui recycle les thèmes antijuifs en les présentant comme anti-impérialistes. Certaines thèses popularisées à cette époque ont encore cours aujourd’hui à gauche, avec une influence délétère : les « sionistes » auraient été les alliés objectifs du parti nazi, les Juif·ves profiteraient de la Shoah pour en tirer des bénéfices, le « sionisme » serait un projet de domination global du Moyen-Orient, voire du monde, les personnes et organisations juives en désaccord avec la ligne du parti seraient des « sionistes » qui agiraient en réalité pour le compte de l’État israélien, etc. Dire que l’antisémitisme soviétique ne serait qu’une manifestation de l’antisémitisme traditionnel des sociétés concernées revient ainsi à faire l’impasse sur la reconnaissance de la fonction que joue l’antisémitisme pour les régimes en question.

      [...]

      L’objectif du texte est en effet de conforter le déni, d’inciter le lecteur à ignorer, voire à revendiquer fièrement les accusations d’antisémitisme (Julien Théry l’avait d’ailleurs écrit sur les réseaux sociaux : « Si tu es un peu sérieusement de gauche et n’a jamais été traité d’antisémite, t’as raté ta life »), position catastrophique d’un point de vue antiraciste, mais partagée par des personnalités comme Houria Bouteldja et Jean-Luc Mélenchon, qui se sont d’ailleurs empressé·es de soutenir l’universitaire.

      https://juivesetjuifsrevolutionnaires.fr/2025/12/02/non-lantisemitisme-dou-quil-vienne-nest-ni-residuel-ni

      #Julien_Théry #confusionnisme #antisémitisme

    • Ce que l’affaire Julien Théry dit de l’antisémitisme chez les universitaires de gauche
      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/ce-que-laffaire-julien-thery-dit-de-lantisemitisme-chez-les-universitaire

      Pour l’historien Julien Théry, mis en retrait par son université, l’antisémitisme de gauche n’est qu’une « fiction polémique stigmatisante ». Ce faisant, il sacrifie le vrai au nom du bien, fait valoir le spécialiste du socialisme et du judaïsme français Milo Lévy-Bruhl, pour qui l’antisémitisme de gauche est une tradition prégnante.
      Publié le 16/12/2025

      Julien Théry est professeur d’histoire médiévale à l’université de Lyon-II et producteur et animateur de la Grande H., émission d’histoire du Média, site et chaîne de télévision proche de La France insoumise. A ce titre, il est un membre éminent du groupe social des universitaires de gauche, au sein duquel il symbolise une tendance particulière. Ce groupe social se caractérise, en effet, par une tension entre son ethos universitaire et son inclination politique de gauche. Serviteur d’un idéal du vrai d’un côté, chevalier d’un idéal du bien de l’autre, les universitaires de gauche vivent structurellement une politisation contrariée.

      Bien que leur fonction sociale dépende de leur conformité à ce double idéal, chacun sait qu’il est difficile de servir deux maîtres. La tentation est grande de neutraliser la tension entre deux idéaux en renonçant au bien au nom du vrai, ou au vrai au nom du bien. C’est cette deuxième tendance dont Julien Théry constitue un modèle.

      Absurdité argumentative

      Pour s’en convaincre, il suffit de se plonger dans le premier acte de l’affaire Théry. A la fin du mois d’octobre, le médiéviste s’aventure sur un terrain dont il n’est absolument pas spécialiste, et commet un texte indigent sur l’antisémitisme de gauche. La thèse de l’article est simple : l’antisémitisme de gauche est une « fiction polémique stigmatisante » résultant d’une « manipulation néolibérale-sioniste ». Aucune enquête ne sous-tend cette théorie, seulement des notions obèses et un schéma explicatif simpliste, qui emprunte davantage au complotisme qu’à la recherche empirique. Selon Théry, les « forces politiques de gouvernement » auraient inventé cet antisémitisme pour disqualifier les « grands mouvements de gauche », qui représenteraient une menace à leur hégémonie. Les dirigeants israéliens s’associant à cette machination afin de jeter l’opprobre sur des forces antisionistes repeintes en antisémites.

      La thèse n’a rien de neuf, mais l’universitaire l’assoit ici sur une prétendue démonstration scientifique de l’inexistence d’un antisémitisme de gauche dans l’histoire. L’article commence ainsi par une synthèse démonstrative lapidaire, qui aligne les citations sélectives de figures de gauche, et les explications de texte orientées. Le sommet de l’absurdité argumentative est atteint dans les deux paragraphes consacrés au bloc soviétique.

      L’auteur y réfute que les politiques de discriminations, puis de persécutions des juifs d’URSS, aient pu résulter d’une politique de gauche par l’argument déshistoricisant selon lequel les cas d’antisémitisme repérables durant les soixante-dix ans d’histoire des pays du bloc « ne ressortissent évidemment pas à l’idéologie communiste propre à ces régimes, mais à une tradition enracinée de très longue date dans la culture des sociétés concernées ».

      Pétition de soutien

      Qu’importe que l’antisémitisme de gauche, distinct de l’antisémitisme de droite, soit une tradition prégnante et d’ailleurs protéiforme selon qu’elle s’inscrit, par exemple, dans une matrice chrétienne de communion, laïcisée en injonction à la fraternité, qui voit d’un mauvais œil le résidu de particularisme juif ; dans des critiques sociales insuffisamment réflexives ; ou encore dans des formes pathologiques de revendications de justice promptes à fantasmer un privilège juif qui serait à niveler. Qu’importe également que l’accusation d’antisémitisme de gauche soit chronologiquement bien plus facile à rapprocher de l’explosion de l’antisémitisme depuis deux décennies que de la prétendue crainte néolibérale d’une perte d’hégémonie, ou de « la radicalisation du projet de colonisation de la Palestine après l’abandon des accords d’Oslo ». Le vrai importe peu à Théry quand le bien est en jeu.

      Quelques semaines après la publication de cet article, le même Julien Théry est publiquement pris à partie par la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) en raison de sa publication d’une liste de noms de « génocidaires à boycotter » sur le groupe Facebook de son émission, la Grande H. Cette liste, rapprochée par la Licra d’une « liste de noms comme sous l’Occupation », reprend celle des signataires d’une tribune parue avant l’été demandant au Président de s’en tenir aux conditions qu’il avait lui-même posées, dans un premier temps, pour la reconnaissance de la Palestine.

      La mise en cause, relayée par certains médias nationaux, occasionnera une campagne de « diffamation et de harcèlement, d’insultes et de menaces de mort ». C’est en tout cas ce qu’affirme une pétition de soutien, signée par plusieurs centaines d’universitaires, titrée « Contre un maccarthysme à la française – pour tous les Julien Théry à venir ».

      Malheureusement, la pétition ne se place pas sur le strict terrain du bien en défendant un universitaire présenté comme injustement accusé d’antisémitisme, puisqu’elle endosse, elle aussi, les thèses de l’article de Julien Théry : il n’y a structurellement pas d’antisémitisme de gauche et l’invention de cet antisémitisme est une manipulation des sionistes – les néolibéraux ayant étrangement disparu de la machination. Collectivement, les universitaires de gauche sacrifient, à leur tour, le vrai au nom du bien.

      Publications antisémites

      Du bien apparent du moins, car quelques heures avant la publication de la tribune, plusieurs publications antisémites, partagées par Julien Théry lui-même, sont retrouvées sur le groupe Facebook de la Grande H. : l’image d’un juif au long nez, étoile de David en or autour du cou, qui pioche discrètement dans le sac à main d’une femme tenant un drapeau palestinien en s’exprimant « God promised me this wallet » ; une citation de Denis Olivennes (1) « Les Juifs sont présents en France depuis deux mille ans, bien avant les Francs et les Burgondes » assortie du commentaire « Ça commence comme ça et on se retrouve 65 millions enclavés à Gaza-sur-Brest au nom de Grand Israël » ; des textes euphémisant l’antisémitisme de Dieudonné, d’autres relayés depuis les comptes d’antisémites notoires comme Paul-Eric Blanrue ou Marc-Edouard Nabe…

      Au-delà de Julien Théry lui-même, on constate rapidement que ce groupe Facebook, dont il est l’administrateur, accueille des dizaines de posts antisémites jamais modérés, même quand ils étaient signalés par certains utilisateurs. Autant d’idées qui préparent depuis vingt ans les passages à l’acte violents, trop souvent meurtriers, que subissent les juifs de notre pays. Les universitaires avaient sacrifié le vrai au bien que représentait la défense d’une victime innocente du « maccarthysme », ils défendaient en fait un antisémite de gauche : plus de trace de bien non plus.

      Pourtant, comme si le bien ne les intéressait subitement plus, aucun signataire de la tribune ne s’est publiquement manifesté depuis pour retirer son soutien ou critiquer l’antisémitisme désormais tout à fait indéniable de Julien Théry. Nous voilà donc réduits à espérer que cette affaire puisse au moins avoir le mérite de rendre l’antisémitisme de gauche plus difficile à nier, à l’avenir, par les universitaires de gauche. Peut-être seront-ils moins nombreux, la prochaine fois, à renoncer à leur idéal du bien en volant au secours d’un antisémite, et à leur idéal du vrai en endossant des thèses tellement absurdes que les propres pratiques de celui qui les énonce les dénoncent dans la foulée. La crédibilité de leur prétention à assumer leur fonction sociale dépend de la leçon qu’ils sauront tirer, ou non, de cette affaire.

      #gauche (maquillages) #intellectuels (abrutisseurs)

    • Généralement les antisémites de « gauche » finissent par rejoindre tranquillement l’extrême droite (Dieudonné en est un bel exemple) et les anciens soutiens se taisent discrètement. Il faudra suivre la trajectoire politique de ce Théry dans les années qui viennent, cela peut être intéressant...

      Il y a trop d’automatismes idiots dans la critique d’Israël (cf le « nazi sans prépuce » de Meurice), qu’on retrouve d’ailleurs, dans un style assez similaire, dans la critique anti-américaine (sans oublier le prisme pro-russe encore parfois résiduel, cf l’indulgence partielle dont bénéficie encore Poutine à gauche). Il faudrait vraiment faire un gros ménage là dedans mais les partis institués ou même un peu à la marge (type NPA) n’aident pas vraiment...

    • Tsedek : Affaire Julien Théry : Nos réponses à Arrêt sur images
      https://tsedek.fr/2025/12/28/affaire-julien-thery-nos-reponses-a-arret-sur-images

      ASI : Plusieurs publications / partages sur les RS de Julien Thery ont été exhumés par des comptes malveillants et dangereux comme Sword of salomon. Certaines sont de simples critiques d’Israël, dénonciations du génocide à Gaza. D’autres, qui ont beaucoup circulé ces derniers jours, sont qualifiés d’ouvertement antisémites par certains, et considérées comme comportant des motifs antisémites clairs. Voici l’énumération des exemples que je vais évoquer dans l’article, si tu veux réagir à chacun d’eux plutôt que de faire une réponse générique car chaque cas est différent.

      Tsedek ! : Julien Théry s’est exprimé sur le premier meme, regrettant avoir partagé trop vite un post effectivement problématique. Nous constatons par ailleurs un défaut de modération évident sur le groupe Facebook de son émission. Soulignons la disproportion entre la gravité de l’accusation d’entretenir une « passion antisémite » et les éléments à charges censés la soutenir : de quoi rendre perplexe quiconque regarde l’affaire sans aucune connaissance du contexte d’énonciation ; une fois acquise cette connaissance, l’affaire tourne à la très mauvaise blague.

      Nous jugeons pour notre part que la lutte contre l’antisémitisme et le racisme en général ne consiste pas à faire du commentaire d’images ou à établir des chaines de responsabilité dans des publications de réseaux sociaux. Là encore, il nous semble essentiel de réaffirmer que l’exceptionalisation de l’antisémitisme, seul racisme à faire l’objet d’une telle instrumentalisation, participe en réalité à la montée de l’antisémitisme dans la société en produisant du ressentiment contre les Juifs et les Juives. Ce type de mécanisme est notamment à l’oeuvre lorsque sont considérés comme des interlocuteurs légitimes pour parler d’antisémitisme des personnalités ayant manifestés à de multiples reprises leur racisme anti-palestinien, affirmant par exemple plusieurs mois après le début des massacres qu’un cessez-le-feu constituerait une « faute morale », ou légitimant en août dernier l’assassinat du journaliste palestinien Anas Al-Sharif. Ainsi, de la même manière, le fait que les accusations d’antisémitisme ne soient mobilisées qu’en vue de légitimer la politique criminelle israélienne et de justifier la mise en place de politiques autoritaires et racistes, en particulier islamophobes, empêche en réalité toute lutte réelle contre l’antisémitisme.

      ASI : Émile Ackermann a publié une tribune dans Marianne, suite à notre entretien. […] Voulez-vous commenter ?

      Tsedek ! : Émile Ackermann n’a manifestement pas compris l’article de Théry, dans lequel il est question « d’antisémitisme de gauche » et non « d’antisémitisme à gauche » comme il l’écrit. Quiproquo malheureux, car le développement qui suit ne tient plus. Personne ne nie qu’une personne « de gauche » puisse adhérer à ou véhiculer des représentations antisémites. En revanche, y a-t-il de l’antisémitisme de gauche, au sens d’une gauche qui porterait un projet politique antisémite ? C’est à nos yeux la question centrale. De notre point de vue, à la différence de toutes les autres composantes du spectre politique, la gauche de rupture défend au contraire un programme antiraciste (bien qu’il demeure insuffisant sur un certain nombre de points). L’analyse d’Ackermann dépolitise la lutte contre l’antisémitisme et participe ainsi au désarmement de la gauche dans la lutte contre le racisme.

  • Philippe Pujol, prix Albert-Londres : « Le narcotrafic prolifère sur les vulnérables d’une société détraquée » – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/philippe-pujol-prix-albert-londres-le-narcotrafic-prolifere-sur-les-vulne

    Prenons #Marseille et son million d’habitants en comptant les petites villes qui lui sont accolées. La moitié de la population est pauvre, un tiers vit sous le seuil de #pauvreté, la bourgeoisie y est famélique, pas de show-biz, peu de cadres d’entreprises puisque très peu de sièges de grosses sociétés, pas un bien gros barreau d’avocats, trois fois rien comme journalistes, écrivains et autres créatifs, des bobos qui sont plutôt des intellos précaires venus à Marseille pour son immobilier pas cher et un centre-ville paupérisé jusqu’à s’effondrer.

    Et, pourtant, la police compte autour de 160 points de vente actifs en permanence, sans compter les livraisons façon Uber Shit. C’est l’une des villes qui se #drogue le plus en France et le chiffre d’affaires global est de plusieurs centaines de millions d’euros par mois. Pour une raison simple, ce sont les habitants des quartiers eux-mêmes qui consomment de la drogue. Et pas pour écouter de la musique electro en gigotant dans un club.

    Car, pour que tourne si bien le trafic, il faut des gros consommateurs, bien accrocs. Réguliers. Il faut des addictions, appelons ça des « toxicomanes ». Et aller dire à un toxicomane : « Si tu consommes, panpan cucul », c’est comme confisquer la bouteille d’un alcoolique, il s’en procurera une autre. Chaque époque a ses drogues.

    Notre société n’a jamais été aussi exigeante : métiers en tension, mise en concurrence dès les études, culture du rendement… La performance est nécessaire, et le stimulant du moment est la cocaïne. Des réseaux de #cocaïne se sont spécialisés, par exemple, dans la clientèle du BTP et ouvrent dès 6 heures du matin, avant les Point P et les Plateforme du bâtiment ; les ouvriers sont passés du petit jaune au rail de poudre.

    Près des universités, des dealers accueillent les étudiants avec une gentillesse touchante : « Ça va tes exams ? Avec ce pochon tu vas pouvoir réviser pendant des nuits entières. » Les métiers de la restauration sont plutôt alimentés par des livreurs, un peu plus chers, mais immédiatement disponibles. Et, aujourd’hui, quand le médecin du travail qui, aux pupilles du patient a déjà tout compris, demande s’il y a consommation de cocaïne, la réponse est toujours non.

    Au Portugal, vendre est interdit, mais consommer est légal. Le travailleur portugais répond donc : « Oui, un peu de coke pour travailler plus et, le soir, un gros joint pour redevenir calme. » Cette décriminalisation de l’usage a permis de mettre en place des campagnes de réduction des risques avec pour résultat des baisses de la consommation. Pas par des panpan cucul, mais par des traitements médicaux, dans un cadre légal. Et, c’est pareil avec le cannabis, drogue au service d’une société pathogène.

    Discriminations, chômage, emplois précaires, travailleurs pauvres, exigences de rendement, jusqu’à la rupture du lien social favorisent la désespérance. Il y a des anxiolytiques légaux, sur ordonnance, et il y a le cannabis. La question n’est donc pas de sanctionner les consommateurs, mais de comprendre pourquoi ils consomment, puis de venir en aide ; avec quelques moyens, le médico‐social sait faire.

    La vulnérabilité est la clé. Moins il y en aura, moins les trafiquants de drogue trouveront leur main‐d’œuvre et moins il y aura de consommation. Ensuite, il sera peut-être temps d’installer une légalisation contrôlée de certaines drogues. En attendant, commençons par prendre soin des faibles, des jeunes, avant que certains ne deviennent des diables et d’autres leurs subordonnés.

    https://justpaste.it/fhn4h

    Assassinat de de Mehdi Kessaci, trafic, DZ mafia :
    https://seenthis.net/messages/1147019

    #usagers_de_drogue #prohibition_des_drogues #rdr

    • Prenons Marseille et son million d’habitants en comptant les petites villes qui lui sont accolées. La moitié de la population est pauvre, un tiers vit sous le seuil de pauvreté, la bourgeoisie y est famélique, pas de show-biz, peu de cadres d’entreprises puisque très peu de sièges de grosses sociétés, pas un bien gros barreau d’avocats, trois fois rien comme journalistes, écrivains et autres créatifs, des bobos qui sont plutôt des intellos précaires venus à Marseille pour son immobilier pas cher et un centre-ville paupérisé jusqu’à s’effondrer.

      Marseille concentre beaucoup de pauvreté. Voir le classement des arrondissements les plus pauvres, les 10 premiers sont à Marseille :

      https://www.inegalites.fr/Les-communes-les-plus-touchees-par-la-pauvrete-2086

      Mais il y a aussi des riches dans cette ville :

      Le quartier le plus inégalitaire de notre pays en termes de revenus en 2021 selon l’indice de Gini [1] est « Cadenelle » dans l’ouest de Marseille, dans le 8e arrondissement. Un quartier huppé, où les riches sont très riches.

      https://www.inegalites.fr/Les-vingt-quartiers-les-plus-inegalitaires-de-France

      Et la tendance est à l’enclosure et à la privatisation de l’espace public :

      Les espaces résidentiels fermés à Marseille, la fragmentation urbaine devient-elle une norme ?

      https://shs.cairn.info/revue-espace-geographique-2018-4-page-323?lang=fr&tab=texte-integral

      Marseille est donc aussi et surtout très inégalitaire.

      Et, sans contester l’expertise de Pujol, il y a aussi de grosses boites (CMA-CGM), pour le show-biz, il y a les stars du rap et pour les média, 2 quotidiens locaux (dont 1 sans cesse au bord de la faillite certes), Marsactu, la culture : tout ce qui gravite autour de la Friche de la Belle-de-Mai etc.

    • DZ Mafia : deux agentes du tribunal judiciaire de Marseille mises en examen pour avoir consulté des documents pour le groupe criminel
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/09/marseille-deux-agentes-du-tribunal-mises-en-examen-pour-avoir-consulte-des-d

      L’enquête a établi que l’une des deux agentes administratives, dont l’ex-petit ami est le cousin d’un homme présenté par la police judiciaire comme le patron de la DZ Mafia, avait été rétribuée pour la consultation illicite de fichiers.

      Deux jeunes agentes administratives du tribunal judiciaire de Marseille ont été mises en examen, vendredi 5 décembre, a appris Le Monde, mardi 9 décembre, pour la consultation illégale de fichiers que l’une d’elles monnayait à un interlocuteur proche de la DZ Mafia. Toutes les deux travaillent dans un service civil du tribunal et leur implication, à ce stade des investigations, apparaît bien différente. Occasionnel pour l’une, le recours aux fichiers semble beaucoup plus massif et lucratif pour l’autre.

      La juge d’instruction a d’ailleurs placé la première sous contrôle judiciaire avec une interdiction professionnelle d’exercer. Pour la seconde, le parquet de Marseille avait requis le placement en détention, mais le juge des libertés et de la détention a fait le choix d’un contrôle judiciaire strict lui interdisant de fréquenter le palais de justice de Marseille et lui fermant la porte à tout emploi au sein des ministères de la justice, de l’intérieur et de la défense. Le procureur de la République a fait appel de ce refus de placement sous mandat de dépôt, une éventualité qu’examinera très prochainement la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

      Mise en examen pour des délits de détournement de la finalité de traitement de données à caractère personnel mais aussi de violation du secret professionnel, du secret de l’enquête et de l’instruction révélés à une personne susceptible d’être inquiétée, cette deuxième agente vacataire aurait procédé à la consultation de divers fichiers sur une cinquantaine de profils, dont huit liés à des affaires d’assassinat.

      L’enquête a établi des liens avec un ex-petit ami qui, s’il n’est connu que pour des violences conjugales, est le cousin de Mehdi Laribi, alias « Tic », présenté par la police judiciaire comme le patron de la DZ Mafia. Il est également ami avec un narcotrafiquant de premier plan, en fuite à la suite d’une permission de sortie. Ce jeune homme a été mis en examen notamment pour #corruption passive et association de malfaiteurs. Alors qu’il a été placé sous contrôle judiciaire en dépit de réquisitions d’un mandat de dépôt, le parquet là encore a fait appel.

      Dossiers « chauds »

      Le compagnon de la sœur de cette agente du tribunal avait été placé en garde à vue, en avril, dans le cadre d’une affaire de stupéfiants concernant un important point de deal marseillais. Les consultations auraient porté sur des dossiers « chauds » de la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, comme les tirs, en mai 2024, sur deux véhicules de joueurs de l’Olympique de Marseille que trois jeunes membres du narcobanditisme avaient pris pour des rivaux venus en découdre et impliqués dans des actions violentes.

      Alors que l’agente administrative a fait le choix de garder le silence durant sa garde à vue, les policiers ont retrouvé la trace de 18 virements sur son compte pour un total de 3 600 euros, mais aussi le règlement de son loyer et possiblement de voyages [soit peanut, ndc].
      Les deux agentes avaient accès à des fichiers dont Cassiopée, dans lequel figurent les procédures pénales, les mandats de recherche, les gardes à vue… « On peut ainsi savoir si une enquête est ouverte contre vous ou si des écoutes tournent sur vos lignes », explique un connaisseur.

      « Endiguer le phénomène »

      Des accès ont été identifiés sur d’autres logiciels sensibles comme Genesis (gestion nationale des personnes écrouées pour le suivi individualisé et la sécurité), qui recense les activités des détenus, parloirs, procédures disciplinaires et d’aménagement de peine, ou encore Romeo (réquisitions et ordres de mission extérieurs pour les opérateurs), destiné à la gestion des extractions judiciaires et des visioconférences. Contactés, Mes Jérôme Pagani et Brice Grazzini, défenseurs des deux agentes, n’ont pas souhaité réagir.

      Le tribunal de Marseille avait connu un précédent, en avril, avec la mise en cause et le placement en détention pour quelques mois d’une greffière qui, là encore, consultait illégalement des fichiers et transmettait des informations à son compagnon, un narcotrafiquant.

      En octobre, le procureur de la République Nicolas Bessone avait, lors d’une audience solennelle, annoncé la création d’une cellule anticorruption et criminalité organisée au sein du parquet, confiée au service économique et financier. Ce dossier est le premier significatif dont elle est saisie. L’objet de cette cellule est de centraliser les procédures de corruption ou de tentatives jusqu’alors confiées à des services du parquet différents selon qu’elles concernaient des policiers, gendarmes, douaniers, des agents pénitentiaires, des greffiers, afin de ne plus traiter ces dossiers par secteur professionnel mais « de façon transversale ». « L’objectif est d’endiguer le phénomène et de le faire reculer », avait expliqué M. Bessone.

      #DZ_Mafia

  • Le Collège de France annule un colloque sur la Palestine « en réaction à la polémique entourant » l’événement
    https://www.lemonde.fr/education/article/2025/11/09/le-college-de-france-annule-un-colloque-sur-la-palestine-presente-par-ses-de


    La façade d’entrée du Collège de France, à Paris, le 1ᵉʳ février 2025. SEBASTIEN DUPUY/AFP

    « L’administrateur du Collège de France se voit dans l’obligation en tant que chef d’établissement, responsable de la sécurité des biens et des personnes ainsi que de la sérénité des événements tenus dans l’enceinte du Collège de France, d’annuler la manifestation », a-t-il fait savoir. Le Collège de France « ne prône, ni n’encourage, ni ne soutient aucune forme de militantisme », a affirmé l’établissement qui assure de sa « stricte neutralité (…) au regard des questions de nature politique ou idéologique ».

    Le colloque, intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », et coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris), avait été qualifié d’événement « propalestinien » par plusieurs personnalités.

    La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) avait dénoncé une « foire antisioniste », et évoqué le « dévoiement d’une institution prestigieuse ». L’association avait annoncé, vendredi, saisir le ministre de l’enseignement supérieur.

    #libertés_académques #Palestine #censure

    • Fin de la présentation du colloque annulé
      https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/colloque/la-palestine-et-europe-poids-du-passe-et-dynamiques-contemporaines

      L’Europe est ainsi prise entre le poids de son héritage colonial et impérial, son identification culturelle avec Israël, la charge représentée par sa culpabilité dans la destruction des juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, l’importance de ses relations économiques, technologiques et scientifiques avec l’État hébreu, la montée de l’indignation d’une partie de son opinion publique, marquée par l’accusation d’apartheid et aujourd’hui de génocide dans la guerre de Gaza.

      La question est de savoir si les États européens vont, dans leur grande majorité, reconnaître l’État palestinien et exercer des pressions envers l’État hébreu, en particulier dans le domaine de l’économie, ou s’il s’agit là plutôt de faux-semblants destinés à masquer une impuissance, voire une adhésion, liées à leurs héritages historiques et à leurs engagements géopolitiques.

      Il n’en reste pas moins que l’Europe, dans sa globalité, est un des grands théâtres d’affrontements du conflit israélo-palestinien, en particulier dans les opinions publiques. En un sens, c’est une bonne part de l’identité européenne qui est en jeu, aussi bien dans l’interprétation de son passé que dans la définition de son identité à venir.

    • Non mais on n’est pas totalement opposés au savoir, en France, hein. Regarde, au Sénat on accueille un très beau colloque : Le Sénat abrite un colloque financé par Israël
      https://www.mediapart.fr/journal/international/091125/le-senat-abrite-un-colloque-finance-par-israel

      La manifestation est organisée lundi par le lobby Elnet. Selon les informations de Mediapart, le ministère des affaires étrangères israélien s’est engagé à financer cet évènement à hauteur de 72 000 euros. Et ce, alors que l’association assurait jusqu’alors être totalement indépendante du gouvernement Nétanyahou.

      Lundi 10 novembre, le Sénat accueillera la deuxième édition d’un « sommet annuel » de la « coalition mondiale des femmes contre les violences basées sur le genre utilisées comme armes de guerre », sous le patronage de la sénatrice centriste Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes au Palais du Luxembourg. Aurore Bergé, la ministre déléguée chargée de l’égalité, interviendra en amont d’une table ronde. Le programme de l’évènement annonce aussi la présence de Manuel Valls, d’élu·es français·es et étranger·es, dont des représentant·es du gouvernement israélien, de juristes et d’ONG.

    • L’historien [Henry Laurens, interrogé par Ration]déplore que l’ensemble de l’événement soit discrédité par la présence de l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin et la juriste italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, connus pour leurs positions propalestiennes. « Je comprends que leur présence puisse déplaire à certains mais ils ont été invités à échanger avec Josep Borrell [ancien vice-président socialiste de la Commission européenne ndlr], pour un débat de clôture sur l’Europe, ce qui est dans leurs compétences politiques. » précise-t-il.

    • L’annulation d’un colloque sur la Palestine au Collège de France suscite critiques et incompréhension dans le monde [des dirigeants] universitaire[s, pendant que la valetaille des facs et les rangs A s’écrasent]
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/11/10/l-annulation-d-un-colloque-sur-la-palestine-au-college-de-france-suscite-cri

      France Universités, une association qui regroupe les dirigeants d’#université, a exprimé son « incompréhension » et sa « vive inquiétude » face à une décision qui « porte atteinte à la liberté académique », selon elle. France Universités « a découvert avec stupeur l’annulation du colloque scientifique “La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines” », a-t-elle annoncé dans un communiqué. « Les universités doivent pouvoir continuer, à l’abri de toutes formes de pressions extérieures, à promouvoir des débats éclairés par des travaux de recherche scientifique », a-t-elle estimé.

      Depuis 15 ans déjà, ces dirigeants d’université contribuent à détruire l’ancestrale franchise universitaire en tolérant ou en suscitant l’intervention de la police dans leurs locaux, et v’là que ça s’indigne. Ouf ! Il était temps que le corporatisme du choix des thèmes et des intervenants viennent à la rescousse du peu de dignité qui leur reste.

      Un pré carré à bétail, abrité par les vaches.

      François Héran, professeur honoraire au Collège de France, a protesté contre cette décision. « Je découvre que, loin d’être l’apanage du wokisme, la cancel culture peut aussi inspirer l’administration du Collège », a-t-il ironisé.

      Heureusement, LFi a proposé que ce colloque ait lieu à l’A.N.. Au même titre que les sauteries de Tsahal et alii au Sénat ?

    • Il est nécessaire de bien comprendre les exigences actuelles

      edit j’ai pas suivi ces histoires d’IA qui font vivre les morts et me demande si Herzl (qui n’était pas platiste !) pourrait par ce truchement dire son mot sur l’actualité lors d’un colloque sur la Palestine, d’autant qu’il faut bien trouver une manière de tenir compte de l’argument (hostile) qui sépare le savant du politique (De Villepin et je ne sais plus qui) à ce propos.
      Même si c’est un peu désolant au moment où d’autres mélanges des genres s’effectuent sans vergogne aucune (par ex., 5 émissaires de TotalEnergies, dont Pouyanné, ont été accrédités à la COP30 dans la délégation française).

  • #Accusation d’#antisémitisme à #Berkeley : « Je me retrouve dans les mêmes difficultés qu’un personnage de Kafka », par #Judith_Butler

    L’université de Berkeley a transmis vendredi les noms de 160 enseignants et étudiants à l’administration américaine dans le cadre d’une enquête sur des « #actes_présumés_d’antisémitisme ». La philosophe, qui figure dans la liste, dénonce dans une #lettre de graves atteintes aux #droits_civiques.

    Philosophe de renommée mondiale, Judith Butler a exprimé des vues très critiques à l’égard de la politique d’#Israël et s’est engagée dans la défense des droits des Palestiniens. La professeure émérite a écrit une lettre à David Robinson, l’avocat principal de l’université de Berkeley, qui l’a informée de la procédure en cours et dans laquelle elle dénonce de graves atteintes aux droits civiques ainsi qu’une trahison de l’esprit de Berkeley. « Libération » publie une version écourtée de cette lettre, également parue dans The Nation et dans La Stampa.

    Cher David Robinson,

    Ne sachant pas si nous nous sommes déjà rencontrés, je souhaiterais me présenter : je suis une enseignante-chercheuse retraitée, professeure émérite à l’école doctorale de l’#université_de_Berkeley, où je suis actuellement engagée dans un programme de recherche financé par une bourse.

    Durant de nombreuses années, dans mes enseignements de littérature comparée, j’ai consacré des séminaires à la thématique « Kafka et le droit ». Ceux-ci ont mis en évidence les échos des fictions de Kafka dans le monde réel, en particulier, la suspension de la procédure juridique régulière et la normalisation de la détention illimitée.

    Comme vous le savez peut-être, Kafka n’était pas seulement un grand écrivain de langue allemande, mais aussi un membre de la communauté juive tchèque, qui participait au débat sur les traditions du droit juif. Avocat de formation, il a passé la majeure partie de sa vie d’adulte à traiter des demandes d’indemnisation pour des préjudices corporels subis par des travailleurs dans l’exercice de leur métier, veillant à ce que les procédures soient respectées et à ce que les audiences soient équitables.

    Le soir, et surtout le dimanche, il écrivait. Dans ses paraboles, Kafka se demande si nous pouvons encore obtenir justice par la loi ou si, au contraire, la procédure judiciaire s’est tellement écartée de la voie normale que nous en sommes réduits à raconter comment elle étouffe toute demande de justice. Tel est le sujet de mes recherches actuelles et d’un prochain livre dont j’espère avoir terminé le manuscrit à la fin de 2025.

    Mon propos trouve une illustration particulièrement frappante dans son plus célèbre roman, le Procès. Au début de l’histoire, K, un employé de bureau, est réveillé un matin par deux hommes l’informant qu’une accusation a été portée contre lui. Se disant des représentants de la loi, ces émissaires inquiétants semblent plutôt être issus du monde professionnel de K ; leur statut est ambigu. Quoi qu’il en soit, ils l’informent d’une dénonciation. Quand K leur demande de quoi il est accusé, ils lui répondent qu’ils ne sont pas en mesure de le lui dire et semblent de fait l’ignorer.

    Ils envoient alors K, en quête du motif de son accusation, dans différents lieux d’une ville qui ressemble à celle de Kafka, Prague, jusqu’à un bâtiment dont les portes demeurent infranchissables. Cherchant en vain à connaître le motif de sa mise en examen, K doit préparer un procès dans l’ignorance de son objet.

    Après de nombreuses pages narrant des attentes et des recherches infructueuses, les lecteurs comprennent que la quête de K constitue le procès lui-même. K attend indéfiniment et vainement que débute une procédure équitable. L’un des principaux problèmes de K est sa croyance persistante en la régularité des procédures […]. Les avocats qu’il sollicite se montrent d’ailleurs tout aussi déconcertés par le caractère arbitraire et inquiétant de l’affaire.

    Affaire de harcèlement ou de discrimination antisémite est « présumée »

    Vous, qui avez été formé à la tradition juridique américaine, vous reconnaîtrez que K espère désespérément bénéficier de protections équivalentes à celles offertes par le 6e et le 14e amendements de la Constitution, à savoir le droit à être défendu par un avocat, le droit à être présenté devant un jury impartial, et le droit à connaître l’identité de ses accusateurs, la nature des accusations portées contre soi et les preuves retenues pour instruire un procès.

    Ces garanties vous sont sans doute familières aussi parce qu’elles font partie de la politique officielle de l’OPHD (Office for the Prevention of Harassment and Discrimination, Bureau pour la prévention du harcèlement et de la discrimination) […].

    Mon cas diffère bien sûr de celui de K, mais je me retrouve dans les mêmes difficultés que lui. Dans la lettre que vous m’avez adressée, vous m’informez simplement que vos services ont transmis « un dossier ou un rapport relatif à des incidents antisémites présumés » dans lequel figure mon nom. Deux aspects de cette communication retiennent l’attention d’une spécialiste de l’œuvre de Kafka.

    Vous laissez d’abord entendre, sans le dire explicitement, que je suis accusée d’antisémitisme ou que mon nom a été associé à un incident de ce type. Vous êtes en réalité plus prudent, puisque vous dites que l’affaire de harcèlement ou de discrimination antisémite est « présumée », laissant entendre qu’en l’état, l’allégation n’a fait l’objet d’aucune enquête ni d’aucun jugement.

    Au lieu d’établir un rapport conformément à la procédure – ce que vous êtes tenu de le faire en vertu du droit constitutionnel américain et de la politique de l’université de Californie –, vous transmettez à un bureau du gouvernement fédéral une allégation qui n’a donné lieu à aucun jugement. Qu’elle soit fondée ou non n’a apparemment aucune importance à vos yeux. […]. Mon nom figure désormais sur une liste dont le Bureau des droits civiques du ministère de l’Education (qui ne sont clairement pas mes droits civiques) fera les usages qu’il jugera appropriés.

    Vais-je désormais être fichée ? Mes déplacements vont-ils être restreints ? Vais-je être surveillée ? N’avez-vous aucun scrupule à communiquer les noms de « membres de la communauté universitaire de Berkeley » sans avoir au préalable respecté les règles élémentaires d’une procédure régulière, telles qu’elles ont été établies à la fois par la législation américaine et par la politique de l’université de Berkeley ?

    Une violation flagrante de la #confiance, de l’#éthique et de la #justice

    Je suis une personne relativement privilégiée. Je trouverai le moyen de survivre quelles que soient les mesures que le gouvernement prendra à mon encontre, mais le fait que vous ayez exposé des professeurs, des membres du personnel et des étudiants à une #surveillance généralisée constitue une violation flagrante de la confiance, de l’éthique et de la justice.

    J’appelle l’OPHD à faire valoir ses droits, à refuser de céder à de telles demandes issues du gouvernement fédéral, et à adopter une position de principe en faveur d’une procédure régulière et d’un examen équitable de toute affaire portée à sa connaissance.

    Je l’exhorte à suivre les règles qui ont prévalu à l’université de Berkeley avant cette intervention sans précédent, en respectant son #autonomie. Ne sacrifions pas notre #intégrité_institutionnelle sous la pression de formes légalistes d’#intimidation et d’#extorsion.

    Comme K, j’aimerais penser que nous vivons dans un monde où les allégations ne sont pas considérées comme vraies tant qu’elles n’ont pas fait l’objet d’un examen en bonne et due forme, et que, à ce moment particulier de l’histoire, nous ne mettons pas en danger un individu en transmettant une accusation non fondée et non jugée au gouvernement fédéral.

    Peut-être que je suis stupide, ne parvenant à vivre que dans le monde des paraboles. Heureusement, j’ai encore mes livres. Il n’est pourtant pas complètement insensé de résister à l’injustice quand elle se manifeste de manière aussi évidente, – ce qui vous est aussi apparu, je suppose.

    Cordialement,

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/accusation-dantisemitisme-a-berkeley-je-me-retrouve-dans-les-memes-diffic
    #université

    • Judith Butler : “L’université doit résister au #chantage du gouvernement américain”

      Inscrite sur une liste transmise par l’Université de Berkeley au gouvernement Trump dans le cadre d’une enquête sur des “actes présumés d’antisémitisme”, figure majeure de la philosophie contemporaine, Judith Butler dénonce dans un entretien aux Inrockuptibles une procédure kafkaïenne, l’instrumentalisation de l’antisémitisme et un climat de nouveau maccarthysme.

      Dans votre lettre, vous écrivez : “Je me retrouve dans les mêmes difficultés qu’un personnage de Kafka”. Concrètement, qu’est-ce qui, dans la procédure engagée à Berkeley, à savoir la transmission de noms au gouvernement fédéral, vous paraît le plus préoccupant et problématique ?

      Judith Butler – Lorsqu’une accusation est portée, il est censé exister une présomption d’innocence, jusqu’à ce qu’une culpabilité soit établie par une procédure légale ou un examen approprié. Dans le système de l’Université de Californie, cela suppose que la personne citée dans la plainte soit informée de son contenu, qu’elle ait la possibilité de présenter sa version des faits, et qu’un jugement soit rendu sur la base des éléments fournis. Rien de tout cela n’a eu lieu. Des accusations d’antisémitisme ont été formulées, mais pour l’essentiel, aucune procédure n’a été suivie : la plupart des 160 personnes mentionnées ignorent tout de ce qui leur est reproché.

      Qu’en est-il de votre cas en particulier ?

      En ce qui me concerne, on ne m’a jamais dit quelle était l’accusation, ni montré la moindre preuve. Je n’ai pas eu l’occasion de me défendre ni de fournir des éléments en retour. Pire encore : ces accusations ont été transmises au gouvernement fédéral, ce qui constitue à la fois, une violation manifeste de la vie privée et une injustice flagrante, puisque ces allégations n’ont jamais été examinées et sont peut-être infondées. Enfin, le gouvernement actuel des États-Unis a déjà pris des mesures contre des personnes accusées sur ce type de base : enlèvements, détentions, expulsions, surveillances, pertes d’emploi ou d’inscription universitaire. Alors pourquoi une université renoncerait-elle à ses propres procédures pour livrer des noms à l’État, sachant parfaitement comment l’État a procédé par le passé face à ce genre d’accusations non établies ?

      En somme, vous reprochez à Berkeley d’avoir transmis des noms sans enquête préalable. Qu’aurait dû faire, selon vous, une institution académique fidèle à l’esprit du “free speech” et à ses propres règles internes avant de partager ces informations avec les autorités fédérales ?

      Aux États-Unis, il existe une règle contraignante pour les institutions d’enseignement : le Title VI. Elle protège contre toute discrimination fondée sur la race, la religion, la nationalité, entre autres. Elle reconnaît aussi l’antisémitisme comme une forme de discrimination à combattre, et je souscris pleinement à cela. Mais le Title VI exige également que les universités démontrent qu’elles disposent de procédures internes pour examiner ce type d’allégations. Or l’enquête sur l’antisémitisme menée par l’administration Trump se réclame, elle aussi, du Title VI, tout en neutralisant précisément ces procédures internes, y compris celles qu’exigent le Title VI. En acceptant de transmettre de simples allégations, sans enquête complète ni contradictoire, l’Université de Californie a renoncé à ses propres protocoles et à sa promesse d’un examen équitable. Et ce n’est pas seulement le campus de Berkeley qui est concerné, mais l’ensemble du système universitaire de l’État.

      Quel est l’effet immédiat d’une telle décision sur les étudiant·es et les enseignant·es ? Peut-on parler d’autocensure, de retrait de cours ou de séminaires, de découragement à s’exprimer publiquement ?

      Bien sûr. Le débat sur le campus, la recherche et l’enseignement sont désormais “glacés”, neutralisés : tout le monde intègre des formes d’autocensure nées de la peur, parfois même de la terreur.

      Sur le fond de cette affaire, se pose la question de savoir comment distinguer clairement, dans le cadre universitaire, les actes et discours antisémites, qu’il faut condamner, de la critique, même radicale, d’un gouvernement (israélien ou autre) …

      Le problème, c’est que l’université a adopté la même définition de l’antisémitisme que l’administration Trump. Toutes deux s’appuient sur la définition de l’IHRA (l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste), qui inclut dans l’antisémitisme la critique de l’État d’Israël, les dénonciations de son racisme ou les interrogations sur ses principes fondateurs. Dans ce cadre, tout débat ouvert sur le génocide, les boycotts ou l’histoire du sionisme est considéré comme antisémite d’emblée, ce qui revient à interdire purement et simplement l’étude ou la discussion de ces sujets. Le magazine israélien The Jerusalem Report propose une définition plus mesurée de l’antisémitisme. Et puisque nous devons pouvoir nommer et combattre l’antisémitisme lorsqu’il se manifeste réellement, il ne faudrait surtout pas qu’on l’instrumentalise pour bâillonner la parole, en particulier celle qui, au nom des droits humains, s’oppose à des crimes contre l’humanité.

      Vous avez consacré de nombreux séminaires à “Kafka et le droit” pour éclairer l’arbitraire procédural. Quelles analogies vous semblent les plus pertinentes entre son roman Le Procès et les mécanismes contemporains de dénonciation, d’enquête ou de fichage administratif ?

      Ce qui est frappant, c’est qu’au moment où le personnage Joseph K. se réveille, attendant son café, deux hommes surgissent et interrompent le cours ordinaire de sa journée. Il ne cesse de leur demander qui ils sont, pour quelle autorité ils travaillent, quel pouvoir ils représentent. Il n’obtient aucune réponse, sinon cette remarque de l’un d’eux : leur tâche est d’instiller le plus de culpabilité possible dans la population. Les gens ne savent pas pourquoi ils devraient se sentir coupables, mais il est entendu que l’État a besoin d’une culpabilité diffuse, et de la peur, pour maintenir son pouvoir. On ne saura jamais si Joseph K. a commis un crime ni quelle est l’accusation portée contre lui. L’allégation prend vie par elle-même, autosuffisante, accompagnant Joseph K. partout où il va. L’espoir d’un procès équitable est vain, aucun procès ne s’ouvre jamais. La seule chose qui se produit, c’est que l’accusé vit dans une forme de détention au cœur de la vie quotidienne, comme si cette condition ne relevait plus du seul espace carcéral, mais faisait de l’existence ordinaire une sorte de détention énigmatique fondée sur la présomption de culpabilité, inversant les conditions normales de la justice.

      Vous établissez un parallèle entre cette description et votre situation ?

      On vit une désorientation, une culpabilité ambiante et la peur. Et je crois que l’on peut dire que professeurs, étudiants et personnels vivent aujourd’hui ce climat : ils craignent d’assigner certains livres, de prononcer des mots qui décrivent la réalité ou d’affirmer leur point de vue, notamment sur des sujets comme le génocide, à propos duquel nous devrions tous pouvoir débattre ouvertement et lucidement.

      De nombreux observateur·rices parlent d’un “retour du maccarthysme”. En quoi le moment présent (listes, dénonciations, pressions politiques) ressemble-t-il à la chasse aux sorcières des années 1950 ?

      Oui, il y a des listes, des dénonciations et une forme d’extorsion exercée par le gouvernement fédéral. Mais cette fois, le gouvernement va plus loin : il cherche à prendre directement le contrôle des fonctions administratives et de supervision qui reviennent normalement à l’université elle-même. Il exige de nouveaux programmes, des modifications de cursus, des licenciements. Le maccarthysme des années 1950, lui, n’était pas allé jusque-là.

      Après l’assassinat de Charlie Kirk, J.D. Vance a déclaré la guerre à la “gauche radicale”. Comment interprétez-vous ce tournant rhétorique et ses possibles conséquences institutionnelles (enquêtes, coupes budgétaires, lois sur la liberté d’expression sur les campus) ?

      Le 25 septembre, l’administration Trump a annoncé son intention d’enquêter sur les réseaux de gauche, qu’elle accuse de terrorisme intérieur ou d’incitation à la violence. Mais la façon dont ces mouvements sont décrits ne fournit en réalité aucun élément permettant de soutenir qu’ils prônent la violence ou qu’ils poursuivent des objectifs violents. Leur document sur la “lutte contre le terrorisme intérieur” indique qu’“il existe des motivations récurrentes et communes qui unissent ce schéma d’activités violentes et terroristes sous la bannière de ‘l’antifascisme’ autoproclamé”. Le même document accuse ces mouvements de considérer des principes fondateurs de l’Amérique (soutien aux forces de l’ordre et au contrôle des frontières, par exemple) comme “fascistes”, afin de justifier et encourager des actes de révolution violente. On parle même de “mensonge antifasciste”, qui serait devenu le cri de ralliement des terroristes intérieurs pour mener une attaque violente contre les institutions démocratiques, les droits constitutionnels et les libertés fondamentales américaines.

      Que reprochez-vous exactement à ce document ?

      On voit bien qu’une large palette de positions et d’associations parfaitement légitimes se trouvent désormais qualifiées de “conduites violentes”, ce qui constitue encore une accusation sans fondement. Ceux qui critiquent, par exemple, l’histoire de l’esclavage et de son héritage raciste, ceux qui développent une critique de l’avidité capitaliste et des inégalités économiques, ceux qui défendent la liberté de circulation des migrants, ou qui considèrent que la notion de genre affirme la complexité incarnée de l’humain : tous sont désormais labellisés comme “extrémistes” et réputés violents. Le texte se conclut en visant explicitement ceux qui critiquent les “valeurs américaines traditionnelles” comme “la famille, la religion et la morale”. Ce serait une grave injustice de censurer toutes les tentatives de repenser la famille ou les lois qui ont permis de nouvelles formes de parenté, y compris l’homoparentalité. Mais ici se profile une menace plus grave encore : dès lors que ces formes culturelles et ces politiques sont stigmatisées comme “violentes”, elles seront criminalisées ou deviendront des cibles légitimes d’attaques violentes.

      Aujourd’hui que demandez-vous, très précisément, à la direction de Berkeley ? Le retrait de la liste, des garanties écrites de respect de la procédure, une transparence totale, une assistance juridique aux personnes citées ?

      Premièrement, qu’aucun autre nom ne soit transmis. Deuxièmement, que les dossiers soient rouverts à des procédures équitables pour toutes les personnes mentionnées. Troisièmement, que l’université résiste au chantage du gouvernement américain, qui menace de couper les financements fédéraux si elle refuse de trahir sa communauté et ses propres protocoles, protocoles établis et parfaitement légaux.

      Si vous deviez définir trois priorités immédiates pour restaurer la confiance, sur les campus comme dans l’espace public, lesquelles proposeriez-vous ?

      La démission du président du système de l’Université de Californie, ainsi que de tous les chanceliers des campus qui ont obéi aux injonctions fédérales. La réinstauration des protocoles équitables, exigés par le Title VI, pour toutes les personnes accusées. Et enfin : transparence, justice, courage.

      https://www.lesinrocks.com/societe/judith-butler-luniversite-doit-resister-au-chantage-du-gouvernement-amer

  • Addio Paolo Virno
    https://ilmanifesto.it/addio-paolo-virno-militante-rivoluzionario-senza-pentimenti


    Paolo Virno diffusant le quotidien d’agitation Potere operaio. Fuori dalle linee à l’entrée de l’usine FIAT-Mirafiori en 1974 – Archives il manifesto

    Filosofo comunista e pokerista, uomo colto anti intellettuale, militante rivoluzionario senza pentimenti, Paolo Virno ha avuto il suo esodo da una vita vissuta fino all’ultimo respiro e all’ultimo malinconico sorriso.

    #Paolo_Virno

    • E ci mancheranno «le parole per dirlo». Paolo, ciao, Francesco Raparelli
      https://www.dinamopress.it/news/e-ci-mancheranno-le-parole-per-dirlo-paolo-ciao

      8 Novembre 2025

      In memoria del compagno e grande filosofo Paolo Virno, scomparso il 7 novembre, per molti di noi Maestro di pensiero e di vita. Lo ricorderemo a Esc, via dei Volsci 159, lunedì 10, alle ore 11

      Succede, nella vita, che si impara a parlare una seconda, una terza volta, e ancora. A me, così è accaduto con Paolo Virno. Paolo Virno era un filosofo, quindi un artista delle parole. Uno che afferrava cristalli di pensiero, un’idea di mondo, nelle regole grammaticali. Uno che non aveva mai perso di vista ciò che conta, ovvero che pensiero e prassi sono tutt’uno con le preposizioni: “con”, “tra”, “fra”. Si agisce e si pensa con le altre e gli altri, tra le altre e gli altri, fra una cosa e l’altra. Nel mezzo – senza principio né fine.

      Aula 6 di Lettere, Sapienza, primavera del 1998. Per ricordare l’anno 1968, presentavamo il libro di Bifo dedicato a Potere Operaio. Comparve Paolo. Il corpo, senz’altro – così alto. Ma il corpo con la parola, con una parola che sapeva farsi corpo con i gesti delle mani, con la voce e il suo volume cangiante, imprevedibile. Filosofo del linguaggio, del linguaggio di Paolo mancava qualcosa senza vedere le mani, e la braccia, con quei movimenti ampi, quasi preparassero la scena dell’enunciato. «L’inserzione del linguaggio nel mondo», avrebbe detto lui.

      Certo Paolo era stato un militante sovversivo, un «marxista non pentito», un «comunista non di sinistra». E l’aveva pagata cara, la sua militanza, negli anni della controrivoluzione e della carcerazione preventiva senza sosta. Le parole di Paolo erano parole, ma c’era dietro pure la vita di una generazione che aveva tentato la rivoluzione. «Sconfitta», diceva. Vero, ma a che prezzo? La controrivoluzione italiana, per vincere, ha dovuto imporre, manovra finanziaria dopo manovra finanziaria, il declino del Paese.
      Se oggi l’Italia è fanalino di coda in Europa per quel che riguarda i salari, se l’economia sopravvive con il terziario low cost e l’edilizia che manda gli ultrasessantenni a crepare sui ponteggi, se duemila giovani formati al mese se ne vanno, è perché c’è voluta dedizione efferata per sconfiggere la rivoluzione.

      Con Paolo inventammo, a Esc, la Libera Università Metropolitana. Con Paolo, con Toni, con Franco, con Benedetto. E tante e tanti. Il primo seminario fu subito dopo l’occupazione di via dei Reti 15, primavera del 2005. Lo spazio era ancora disagevole, usavamo una stanzetta spoglia. Discutemmo di azione innovativa, secondo Paolo. Non riguarda il genio, l’eroe, il visionario l’azione innovativa, no. Ha a che fare con quel vivente che, per vivere, deve di volta in volta mettere in forma la propria vita, creare, in cooperazione con altre e altri, le condizioni della propria esistenza. Necessaria, l’azione innovativa, ogni qual volta si tratta di applicare la regola condivisa a un caso singolo; applicandola, tutto sommato, la regola la facciamo anche di nuovo. Differenza nella ripetizione. O anche: variazione storica della natura eterna che, per Paolo, sono le nostre facoltà specie-specifiche.

      L’accademia italiana, ovvero del Paese fallito per la controrivoluzione, ha accolto Paolo tardivamente. Non poteva che andare così. Con le sue opere tradotte in tutto il mondo, la pensione lo ha raggiunto presto – troppo. Ma gli studenti lo hanno amato, in Calabria e poi a Roma Tre. Piccoli e grandi, tutti imparavano a parlare di nuovo, con lui. Ogni corso, ogni lezione, imponeva di pensare in grande, di pensare sul serio. Nonostante l’ANVUR e la VQR, o altri acronimi che hanno per obiettivo l’umiliazione della vita associata.

      Paolo era alla ricerca del sindacato rivoluzionario del lavoro precario, sottopagato, migrante. Se – folli – abbiamo fondato le Camere del Lavoro Autonomo e Precario, lo dobbiamo anche a quel documento, con diversi discusso, ma da lui scritto più di vent’anni fa («Che te lo dico a fare?»). Non ha mai smesso di essere operaista, a costo di portare il broncio alle movimentazioni recenti. Non che non riconoscesse il ruolo della finanza, l’importanza della rendita immobiliare, la guerra e le sue politiche di bilancio: cercava l’estorsione di plusvalore, Paolo, sempre. A pensarci bene, era un modo per continuare a pensare il due, il «doppio potere», la «città divisa». Filosoficamente: il possibile del reale.

      Ora, senza Paolo, vicini a Raissa, si tratterà di cercare ancora «le parole per dirlo» – proprio quelle, non altre. E sarà impervio, ma occorre provarci.

    • Faire de la philosophie avec Paolo Virno - Entretien avec Michel Valensi, 2014
      https://www.lyber-eclat.net/lyber/virno5/virno-valensi.html

      Michel Valensi : Depuis ton premier livre, Convention et matérialisme (non traduit en français) qui date de 1986, et même depuis tes premiers écrits plus politiques des années 1970, jusqu’à ce dernier livre qui paraît aujourd’hui en français sous le titre Et ainsi de suite. La régression à l’infini et comment l’interrompre, consacré à la philosophie du langage, un long chemin a été parcouru. Pourrais-tu en rappeler les étapes principales ? (Ce qui revient à raconter ta vie d’une manière ou d’une autre…).

      Paolo Virno : J’ai commencé à m’occuper de philosophie de manière systématique à la suite d’une défaite politique. Je parle de la défaite des mouvements révolutionnaires qui ont occupé la sphère publique en Occident entre la mort de John Kennedy et celle de John Lennon, donc du début des années 1960 à la fin des années 1970. Ces mouvements, qui ont, d’emblée, éprouvé une véritable aversion pour le socialisme réel tel qu’il pouvait s’incarner dans l’Union soviétique, avaient utilisé Marx en dehors et contre la tradition marxiste, en la mettant en contact direct avec les luttes en usine et la vie quotidienne des sociétés développées. Un Marx lu en même temps que Nietzsche et Heidegger, et mis à l’épreuve de Weber et de Keynes.

      #politique #philosophie

    • Quelques notes à propos du general intellect, Paolo Virno, Futur Antérieur, 1992
      http://pinguet.free.fr/virno1992.pdf

      Pour en réactiver la puissance politique, il importe de mettre en oeuvre une critique de fond du « Fragment ». Ce sera celle-ci : Marx a identifié totalement le general intellect (ou encore le savoir en tant que principale force productive) au capital fixe, négligeant ainsi le côté sous lequel le même general intellect se présente au contraire comme travail vivant. Ce qui est précisément aujourd’hui l’aspect décisif.

      La connexion entre savoir et production, en effet, ne s’épuise pas dans le système des machines, mais s’articule nécessairement à travers des sujets concrets. Aujourd’hui, il n’est pas difficile d’élargir la notion de general intellect bien au-delà de la connaissance qui se matérialise dans le capital fixe, en y incluant aussi les formes de savoir qui structurent les communications sociales et innervent l’activité du travail intellectuel de masse. Le general intellect comprend les langages artificiels, les théories de l’information et des systèmes, toute la gamme des qualifications en manière de communication, les savoirs locaux, les « jeux linguistiques » informels et même certaines préoccupations éthiques. Dans les processus de travail contemporains, il y a des constellations entières de concepts qui fonctionnent par elles-mêmes en tant que « machines » productives, sans avoir besoin ni d’un corps mécanique, ni même d’une petite âme électronique.

      Nous appelons intellectualité de masse le travail vivant en tant qu’articulation déterminante du « general intellect ». L’intellectualité de masse – en son ensemble, en tant que corps social – est dépositaire des savoirs non divisibles des sujets vivants, de leur coopération linguistique. Ces savoirs ne constituent en aucune manière un résidu, mais une réalité produite justement par l’affirmation inconditionnée du « general intellect » abstrait. C’est précisément cette affirmation inconditionnée qui implique qu’une part importante des connaissances ne peut se déposer dans les machines, mais doit se manifester dans l’interaction directe de la force de travail. On se trouve face à une expropriation radicale, qui ne peut pourtant jamais se résoudre en une séparation complète et définitive.

      #general_intellect #travail_vivant #Intellectualité_de_masse

    • Paolo Virno, la métropole et l’organisation du conflit de classe (2005, pour la IVeme Internationale ah ah ah)
      https://www.revolutionpermanente.fr/Paolo-Virno-la-metropole-et-l-organisation-du-conflit-de-classe

      Sans la mobilisation du travail précaire, je crois que la situation de la lutte de classes italienne ne bougera pas.

      Le problème fondamental, c’est les formes d’organisation de ceux qui, par définition, sont ceux qui aujourd’hui ne semblent pas pouvoir être organisés, c’est-à-dire les travailleurs précaires. Pour organiser le travail précaire, il faut mobiliser la culture, les formes de vie, les goûts esthétiques, les inclinations éthiques, c’est-à-dire le monde de la vie comme le disent certains philosophes. Voilà le pari. Le travail précaire est semblable à une dimension complexive de l’existence.

      Alors je crois que le jeune ouvrier, et la jeune ouvrière surtout, de [Fiat] Melfi, montrent par leur condition et à travers leurs formes de lutte qu’ils viennent d’expérimenter une condition plus générale, commune aux travailleurs précaires. Ils sont la pointe d’un iceberg, même s’ils disposent d’un boulot relativement stable. Je crois que cette émergence, les autoferrotranvieri, les luttes de Melfi, sont comme une prémisse ou un symptôme de la mobilisation du travail social précaire. Et j’ajoute, précaire et également intellectuel. Par intellectuel je n’entends pas les gens qui ont fréquenté l’université, j’entends aussi ceux qui réalisent les tâches les plus humbles et mobilisent les capacités cognitives et linguistiques de notre espèce. Je n’entends pas par intellectuel une sorte de spécialisation, de qualification particulière, mais une expérience de travail qui comprend toujours, d’une manière fondamentale, l’utilisation des capacités linguistiques et cognitives de notre espèce. Alors je pense l’immigré ou le jeune précaire comme intellectualité de masse, à condition d’entendre intellectualité de masse par ce que je viens de définir.

      (...) pour nous, le « general intellect », le cerveau social, c’est la coopération du travail vivant (...)

      #classe_ouvrière #multitude #communisme

    • La vie militante

      Paolo Virno : la révolution, joyeuse ambition , Andrea Colombo, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-la-rivoluzione-allegra-ambizione

      Souvenir

      Intellectuel et anti-intellectuel, il a milité dans Potere Operaio, subi une incarcération injuste, travaillé au manifesto, enseigné la philosophie. Jamais résigné à la triste mission de rendre le monde un peu plus juste : il voulait le renverser.

      Paolo Virno fut un acteur essentiel de la gauche révolutionnaire italienne, et un rédacteur inoubliable de ce journal.

      Dans la fin des années 1980, Paolo sortait à peine d’une odyssée judiciaire kafkaïenne, passée à l’histoire sous le nom de « 7 avril ». On l’avait inculpé et emprisonné sous des accusations ridicules, auxquelles même les magistrats ne croyaient pas, mais pour une raison juste, quoique inavouable : celle d’être un révolutionnaire communiste décidé à renverser l’ordre existant, convaincu que vivre, c’est marcher sur la tête des rois. Sa méfiance envers la magistrature démocratique [les juges membres ou sympathisants du Parti communiste, NdT], jamais démentie jusqu’à son dernier jour, naquit de cette expérience.

      Paolo rejoignit ensuite le manifesto, dans la section culturelle — qui comprenait alors aussi les spectacles. Mais il ne voulait pas, et nous ne voulions pas, d’une section culturelle comme les autres, fût-elle très politisée. Nous visions un « contre-journal », capable de regarder ce que l’urgence de l’actualité reléguait hors des premières pages : non les acrobaties du CAF (le triumvirat Craxi, Andreotti, Forlani), ni les gloires lointaines des guerres de libération, mais les transformations radicales des forces productives encore à l’état naissant à la fin des années 1980.

      L’émergence d’un nouveau prolétariat intellectuel et inventif, remplaçant la répétition mécanique de la chaîne par l’usage de l’esprit. Le paradoxe d’une société du salariat rendue obsolète et parasitaire par le développement des forces productives , mais dont on ne sortait qu’en en conservant les règles — parce que la survie du commandement l’exigeait.

      De cette ambition naquit le périodique Luogo comune, et une grande part du combat se jouait déjà dans les pages du manifesto. Ceux qui voudraient comprendre peuvent lire la compilation Negli anni del nostro scontento (DeriveApprodi, 2023), qui rassemble ses articles : on y découvre une capacité unique à repérer les lignes de force du nouvel ordre social, mais aussi ses failles, jusque dans les films populaires, les émotions d’une époque ou le lexique des intellectuels.

      Cette ambition révolutionnaire totale fut la marque constante de l’action politique et de la réflexion philosophique de Virno. Tous ses livres, sans exception, visent à subvertir le présent, même quand ils s’attardent sur les jeux d’esprit ou les limites du langage.

      Jamais il ne s’est contenté de « rendre le monde un peu meilleur ». Il savait que sans une vision apte à ébranler l’ordre entier, on n’obtient même pas un meilleur salaire. Il allait toujours au bout du jeu.

      Il a vécu dans la conscience d’une défaite historique, sans jamais s’y résigner. Ancien militant et dirigeant de Potere Operaio, organisation dont l’influence allait bien au-delà de ses modestes effectifs, il avait su garder l’esprit de cette époque où la révolution semblait à portée de main.

      Mais sa pensée n’était pas nostalgique : il considérait l’arsenal du passé comme un fardeau, sauf la méthode héritée de l’opéraïsme, qu’il revisita jusqu’à la rendre méconnaissable. Il traquait les nouvelles subjectivités, les formes inédites de résistance, et affirmait qu’aujourd’hui, être communiste est incompatible avec appartenir à la gauche traditionnelle, nuisible plus qu’inutile.

      Pour beaucoup, Paolo fut un maître de pensée critique, un compagnon et un ami. Pour certains, comme moi, il l’était depuis le lycée romain et Potere Operaio.

      À ceux qui ne l’ont pas connu, il laisse des textes qui seront étudiés comme des armes de la lutte de classe moderne. Mais il leur manquera ce qu’aucun texte ne peut rendre : sa générosité proverbiale, son indifférence à l’argent, sa présence solide dans l’épreuve, son ironie et sa joie. L’avoir eu pour ami fut un privilège rare.

      La passion politique

      Un éclaireur de l’exode à la visée sûre, Marco Bascetta, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/un-apripista-dellesodo-dotato-di-ottima-mira


      Foto di Nora Parcu

      Plus les histoires sont longues et intenses, plus les expériences et les sensibilités sont entrelacées, moins on sait par où commencer.

      Pourquoi pas, alors, par une petite rubrique de la revue Luogo comune, qu’au début des années 1990 Paolo avait lancée avec un groupe de camarades et d’amis : « Citations face à l’ennemi », inspirée du cliché western — repris plus tard par Tarantino — où le tireur cite un verset biblique avant de dégainer.

      Eh bien, les articles de Paolo, ses essais courts, forment un catalogue extraordinaire de “citations face à l’ennemi” : extraites d’un vaste savoir, aiguisées par une passion politique et une précision de tir inégalées.

      Jamais son travail n’a été sans cible, même lorsqu’il distingua clairement militance politique et recherche philosophique. Non pour en nier le lien, mais pour en préserver le rigoureux équilibre. Deux tâches aussi décisives, disait-il, ne peuvent être menées à moitié.

      Beaucoup d’entre nous furent déconcertés : nous vivions justement dans cette zone grise où la pensée longue se mêle à l’urgence de l’action. Mais sa radicalité continuait d’alimenter les mouvements, et face à tout événement nouveau, nous revenions toujours à quelque éclair philosophique de Paolo.

      Ces dernières années, après avoir quitté l’enseignement, il voulait retrouver un rapport direct à la lutte politique. Nous en parlions souvent, sans trouver la voie à la hauteur de sa radicalité.

      S’il est un mot qu’il incarnait pleinement, c’est « compagno » [camarade] : amitié, affection, espérance, intelligence collective et liberté individuelle. Ce mot, sérieux et enjoué, fut celui par lequel il nous salua, Andrea Colombo et moi, jeudi matin encore.

      Car Paolo appelait son petit cercle de Luogo comune les « marxistes non de gauche » — une ironie dirigée contre les socialistes des années 1960 qui se disaient « gauche non marxiste ». Cela signifiait une critique marxiste non affadie par le compromis ni contaminée par le populisme, fidèle à la tradition matérialiste mais en attente d’un renouveau.

      Il choisit pour cela la voie exigeante de la philosophie du langage, un travail à plein temps. Et même dans ses ouvrages les plus techniques, on croise ses cibles politiques de toujours — l’État, le peuple, le salariat — et ses piquantes « citations face à l’ennemi ».

      Je ne sais pas écrire la mesure du vide qu’il laisse après 56 ans d’amitié née au lycée romain. Je me confie à une dernière citation de cinéma chère à Paolo, que nous aimions répéter :

      « Cher ami… che te lo dico a fa’ ? » (à quoi bon te le dire ?).

      La recherche philosophique

      Au-delà du capital, la partie reste ouverte, Massimo De Carolis, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/oltre-il-capitale-la-partita-e-aperta

      Fidèle jusqu’au bout à l’idée marxienne que le déclin du capitalisme marque le commencement, et non la fin, de l’histoire humaine, Paolo Virno a su faire entrevoir la trace d’une autre histoire.

      Depuis les années 1970, il s’interrogeait : que se passe-t-il quand les conditions mêmes de la possibilité de l’histoire — langage, praxis, nature — cessent d’être un simple arrière-plan pour devenir la matière même des événements ?

      De cette question découle sa démarche : élargir les notions politiques de force de travail ou de multitude en concepts anthropologiques, et inversement, découvrir la charge politique des notions d’action innovatrice ou de faculté de langage.

      Dans Le souvenir du présent, il écrivait :

      « Le capitalisme historise la méta-histoire : il l’inclut dans le domaine prosaïque des événements, il s’en empare. »

      En transformant en marchandise non pas le travail accompli mais la force de travail comme puissance humaine générale, le capitalisme a replié l’histoire sur elle-même.

      Dès lors, ce qui enrichit le capital, ce n’est pas tant la propriété du produit que le pouvoir de décider, en amont, quelles potentialités humaines pourront se réaliser.

      Ce pouvoir est longtemps resté caché, mais il se révèle pleinement avec le postfordisme : grâce à la technologie, le travail salarié devient marginal, un « résidu misérable », et pourtant le dominion du capital s’intensifie, s’étendant à toute la vie.

      La biotechnologie se nourrit des potentialités de la nature, les plateformes exploitent nos facultés communicatives, la finance spécule même sur les crises.

      L’excès de possibilités se renverse en impuissance, menaçant de fin de l’histoire.

      Mais pour Virno, la partie reste ouverte : l’alternative existe dans les pratiques humaines ordinaires — langage, action commune, esprit, amitié — où se tisse une autre orientation de l’histoire.

      D’où son intransigeance envers une “gauche” nostalgique et inconsistante, et son attachement aux mouvements révolutionnaires des années 1970, qui avaient entrevu que l’enjeu politique n’est rien de moins que la dignité de l’humain.

      Et de cette dignité, Paolo Virno a donné la preuve vivante, dans sa militance, sa prison, sa pensée, et même dans la façon tranquille dont il a affronté la maladie. Une cohérence naturelle, signe du vrai maître.

      Creuser le langage : l’enseignement de Paolo Virno , Christian Marazzi, effimera, 9/11/2025
      https://effimera.org/scavare-il-linguaggio-linsegnamento-di-paolo-virno-di-christian-marazzi

      Nous devons creuser marxiennement le langage — mais le langage désormais intérieur aux processus productifs, le langage mis au travail après la crise du fordisme. C’est ainsi que nous parlait Paolo, définissant un programme collectif de travail au long cours pour construire les nouvelles armes de la lutte de la multitude.
      Convention et matérialisme date de 1986 ; c’est dans ce livre que, pour la première fois, il est question de l’ordinateur comme « machine linguistique », cette technologie qui a déterminé le tournant linguistique des processus de numérisation et de valorisation de l’économie, du monde, de la vie.

      Il en écrivit une partie en prison, dans la cellule où se trouvaient également Toni Negri et Luciano Ferrari Bravo. Luciano me décrivit un jour le cliquetis de la machine à écrire de Paolo lorsqu’il rédigeait ses textes : lent, avec de longues pauses entre un mot et l’autre, comme si Paolo caressait chaque lettre, comme si chaque mot était un corps en devenir. Il semblait les écouter, ces mots, descendant dans la profondeur de leur vérité, de leur corporéité.

      Parfois, il employait des mots archaïques, comme pour signifier une histoire commencée il y a longtemps : l’histoire de la lutte des classes. Pour Paolo, l’usage des mots était un entraînement à l’usage de la vie : une vie singulière, individualisée, précédée d’un je collectif, d’un social présocial, garantie de l’existence politique « des nombreux en tant que nombreux ».

      Le collectif de la multitude contre le peuple comme réduction à l’un, la fuite de la souveraineté vers une démocratie non représentative. La postface à L’individuation psychique et collective de Gilbert Simondon est magistrale : on la lit et la relit, et chaque fois on a l’impression de recommencer, de marcher avec les autres, de se libérer avec les nombreux en tant que nombreux.

      Et combien de textes Paolo a-t-il écrits pour dévoiler les pouvoirs et les limites du langage ! Du langage comme action — ce « faire des choses avec des mots » de John Austin (le titre seul suffisait, disait-il) — qui a permis d’entrer, armés, dans le temps de la linguisticité monétaire, dans l’illusion d’une fuite cryptée du centre des banques : le problème n’est pas le centre, le problème est la forme linguistique de la monnaie, sa domination sur nos vies, nos désirs, nos affects.

      Paolo fut un ami, un frère, un camarade, une personne splendide. Il nous a pris par la main avec discrétion et puissance théorique, avec élégance et passion politique.

      Paolo, nous t’avons aimé, nous t’aimerons toujours.

    • Paolo Virno : 1977, le début d’un temps nouveau

      1977 contre le présent. Le mouvement de 1977, quarante ans après
      Entretien avec Paolo Virno, Ilaria Bussoni, Roberto Ciccarelli, il manifesto, 5/4/2017
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-1977-lesordio-del-tempo-nuovo

      « Quarante ans plus tôt, c’est aujourd’hui. En Italie et ailleurs, a émergé une force de travail devenue ressort de la production et moteur des institutions. »
      « Les œuvres de l’amitié méritent d’être défendues : elles produisent des formes de vie et construisent des embryons d’institutions. »


      1977, Rome, université La Sapienza occupée. Photo Tano D’Amico

      Le moment 1977

      « 1977 » est une date conventionnelle : les sujets sociaux et les formes de lutte dont on se souvient ont surgi plus tôt, raconte Paolo Virno, l’un des plus importants philosophes italiens et figure centrale de la revue du mouvement Metropoli.

      « À Milan, il y avait les cercles du prolétariat juvénile, les manifestations pour les meurtres de Zibecchi et Varalli, les mobilisations contre le travail au noir. Ce ne furent pas seulement des sujets non ouvriers qui firent irruption sur la scène publique. 77 comprend aussi les dix mille nouvelles embauches de Fiat : pour la première fois, beaucoup de femmes et de jeunes diplômés. En juin 1979, ils bloquèrent Mirafiori avec la même détermination qu’en 1969 ou 1973. On vivait une accélération générale, extrême, qui traversait toute la force de travail. Cette année-là, tout éclata : une anticipation subjective, subversive, d’un nouvel ordre qui devait ensuite prendre les traits plombés de l’ordre productif du capitalisme néolibéral. »

      Une anticipation de l’avenir

      Qu’est-ce qui a anticipé le mouvement ?

      « 1977 a été un commencement. On y voit apparaître de nouvelles figures de la force de travail : fondées sur la production cognitive, la coopération linguistique, et une réorganisation du temps de travail qui avait alors une coloration subversive. Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement annonce l’avenir : dans les années 1910, les grandes luttes des ouvriers déqualifiés aux USA avaient précédé le fordisme. Plus tôt encore, dans l’Angleterre du XVIIᵉ siècle, les vagabonds chassés des terres, non encore intégrés à la manufacture, incarnaient déjà une dangereuse potentialité sociale.

      De même, 1977 a un double visage : d’un côté, une matière première de comportements, d’affects et de désirs rebelles devenus force productive, état de choses actuel ; de l’autre, la voie sur laquelle circulent aujourd’hui pouvoir et conflit. »

      La force de travail et ses facultés

      Quelles caractéristiques de la force de travail se sont imposées alors et demeurent actuelles ?

      « 1977 a anticipé, à travers des luttes très dures, ce qui importe vraiment aujourd’hui. Marx parlait d’un intellect général qui n’est plus contenu dans le capital fixe mais dans les sujets vivants. Connaissance, affects et intelligence existent désormais comme interaction et coopération linguistique du travail vivant. Ce renversement dépasse même l’aveuglement de Marx, pour qui le temps de travail restait un résidu, tandis que la connaissance et l’intellect étaient incorporés aux machines.

      La reproduction de la vie, et les qualités productives de la force de travail, ne se développent plus seulement dans la sphère du travail. Pour produire de la plus-value, les entreprises ont besoin de personnes formées dans un milieu plus vaste que l’atelier ou le bureau — justement pour être plus productives une fois revenues à l’atelier ou au bureau. »

      Nature humaine et production sociale

      Quelles facultés humaines sont mobilisées dans ce processus ?

      « Je m’arrête sur trois éléments fondamentaux de la nature humaine :

      1. la néoténie, c’est-à-dire la persistance de traits infantiles tout au long de la vie ;

      2. l’absence d’une niche environnementale propre à l’espèce humaine, dans laquelle elle pourrait s’installer avec sécurité ;

      3. la faculté de langage, bien différente des langues particulières, plastique et indéterminée.

      1977 fut le premier mouvement mondain, néoténique et potentiel, qui fit de ces facultés une force au lieu de chercher à les contenir. Jusqu’alors, les institutions s’en défendaient ; depuis, elles les ont intégrées, en faisant des ressorts de la production sociale et du moteur des formes institutionnelles. La néoténie s’est muée en flexibilité et formation continue. L’absence de niche est devenue mobilité et polyvalence. »

      Le renversement néolibéral

      Comment la contre-révolution néolibérale a-t-elle transformé ces traits ?

      « Ces caractéristiques se sont répandues, mais avec un signe inversé. La prolifération de hiérarchies minutieuses et de barrières exprime la fin de la division du travail sous le capitalisme. Celle-ci est désormais dysfonctionnelle ; elle sert surtout à coloniser le caractère public des tensions éthiques, émotionnelles et affectives de la force de travail. Leur variabilité et leur imprévisibilité sont transformées en descriptions de poste.

      Pourtant, ces tensions font partie de la valeur d’usage de la force de travail et de son rapport au monde. Partager intellect et langage devient une condition vitale. Mais la segmentation du caractère trans-individuel du travail est aujourd’hui bien plus accentuée que ne l’exigeait jadis la division du travail. Le maximum de potentialité se renverse en impasse : un renversement disciplinaire rendu nécessaire par cette familiarité avec le potentiel, qui autrement ferait exploser l’ordre productif.

      Certaines luttes actuelles en sont le prolongement direct, un document vivant de 1977. Leur centralité dément l’idée que nous aurions alors représenté une “seconde société” des exclus : c’était au contraire la “première société”, celle qui s’inaugurait — et c’est celle que nous sommes encore aujourd’hui. »

      Le blocage du conflit général

      Pourquoi n’a-t-on pas su, depuis, construire une action sociale capable de renverser le nouvel ordre productif, affectif et politique ?

      « C’est la question décisive, posée dès les années 1990, quand on croyait “l’hiver de notre mécontentement” terminé et qu’allait commencer la phase civile, parce que rebelle, de la nouvelle réalité productive. Il n’en a rien été : Berlusconi est arrivé. Depuis 2007, la crise mondiale nous engluait, et la fermeture s’est accentuée. »

      Les conditions d’une alternative

      Que manque-t-il pour définir une alternative concrète ?

      « Le minimum syndical : le conflit sur les conditions matérielles — temps de travail, salaire, revenu. C’est le point de départ, devenu extrêmement difficile. Il est impensable aujourd’hui qu’une lutte de travailleuses de centres d’appel ne s’accompagne pas de la création d’un embryon de nouvelles institutions.

      Pour éviter un licenciement ou obtenir trente euros de plus, il faut désormais faire la Commune de Paris. Chaque pas de conflit contient déjà l’invention expérimentale d’institutions post-étatiques. »

      La crise de la représentation

      Pourquoi 1977 a-t-il rejeté les formes de représentation politique connues jusqu’alors ?

      « La crise de la représentation est irréversible. En Europe, et pas seulement, émergent des formes authentiques de fascisme : une terre de personne que peuvent occuper des pulsions opposées. 77 en fut une des manifestations, que le mouvement comprit en temps réel lorsque Lama [chef de la CGIL, le syndicat communiste, NdT]] et son service d’ordre furent chassés de La Sapienza.

      Ce processus de long terme a mis fin au monopole étatique de la décision politique. Mais croire que cette crise n’appartient qu’à un seul camp est une illusion : le populisme en est une autre expression. Il est devenu le liquide amniotique où croissent populismes et fascismes : les frères jumeaux, glaçants, des aspirations libératrices — la version monstrueuse de quelque chose qui nous appartient. »

      Désobéissance et droit de résistance

      Comment ce refus s’est-il exprimé ?

      « Par la désobéissance, notamment. Ce thème prit alors une valeur presque constitutionnelle. Il remit en cause ce que Hobbes appelait l’acceptation du commandement avant même celle des lois. Il ne peut exister de loi imposant de ne pas se rebeller.

      En 1977, la désobéissance a remis en question l’obéissance : cela précède tout dispositif législatif concret. Ce fut une année très violente, mais, une fois ôtés les fétiches de la violence construits ensuite, le mouvement affirma un droit de résistance face à la nouvelle configuration des institutions post-étatiques.

      Cette violence n’était pas opposée à celle de l’État ou de l’armée : c’était la défense de quelque chose que l’on avait déjà bâti. La photo de Paolo et Daddo prise par Tano D’Amico le 2 février le symbolise. »


      Les œuvres de l’amitié

      Qu’aviez-vous construit pour le défendre si ardemment ?

      « Le ius resistentiae défend ce qu’on a déjà créé : les œuvres de l’amitié — une amitié publique qui produit des formes de vie, faite de coopération, d’intellect général et de travail vivant.

      En 1977, l’amitié cesse d’être une catégorie secondaire : le couple ami/ennemi est renversé, et l’amitié devient coopération excédentaire, capable de construire des embryons d’institutions, des formes de vie qui méritent d’être défendues à tout prix.

      Le ius resistentiae n’est pas une violence plus modérée que celle des jeunes femmes de l’Institut Smolny, à Pétersbourg, qui marchèrent sur le palais d’Hiver. »

      Le premier pas

      Comment faire le premier pas ?

      « En cultivant son incomplétude, en la rendant réceptive et vertueuse. Il faut se tenir prêt à accueillir l’imprévu, et cela dépend de la capacité du travail précaire et intermittent à s’imposer sans ménagement.

      Face à un imprévu attendu, la philosophie politique doit s’arrêter et attendre. Pour moi, la limite — et le sommet — de la réflexion théorique équivaut, aujourd’hui, à ce qu’étaient les Industrial Workers of the World aux USA. Si je pense à quelque chose qui ressemble au post-77, et au 77 s’étant mis au travail, c’est à eux que je pense ».


      Un souvenir

      As-tu un souvenir particulier d’une journée de cette année-là ?

      « La manifestation la plus proche d’un caractère insurrectionnel fut celle de Rome, le 12 mars : un cortège sans slogans ni drapeaux, après le meurtre de Francesco Lorusso à Bologne la veille.

      Je me souviens d’un vieil homme marchant péniblement devant le ministère de la Justice, via Arenula : c’était Umberto Terracini, fondateur du PCI, antifasciste, président de l’Assemblée constituante. Au premier congrès de l’Internationale communiste, à Moscou, il avait parlé en français, et Lénine lui avait répliqué, le jugeant trop extrémiste : “Plus de souplesse, camarade Terracini.”

      Pour lui, il allait de soi de participer à cette manifestation. Ce fut un moment profondément émouvant. »

    • Il compagno, l’amico, il maestro. La vita condivisa di Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/il-compagno-lamico-il-maestro-la-vita-condivisa-di-paolo-virno

      ADDIO A PAOLO VIRNO L’amore per il mare di Capri e quello per la condivisione. Sempre con radicalità, ma con metodo, perché ’l’eccesso esige misura, se si vuole che sia tale’

      Paolo Virno: la rivoluzione, allegra ambizione


      Il saluto saluto a Paolo Virno ieri all’Esc atelier autogestito – Foto di Emanuele De Luca

      C’è una grande immagine degli scogli nelle acque di Capri con Paolo Virno che si tuffa. È il mare che ha amato e che, osservandolo dal finestrino mentre da Roma raggiungeva Cosenza e l’Università della Calabria, dove ha insegnato per qualche anno prima di tornare a Roma 3, rimpiangeva. «Se adesso non scendiamo da questo treno e non prendiamo un traghetto a Napoli, la giornata è persa», diceva Paolo a Marco Mazzeo, che è stato suo allievo. E che ieri, insieme a tanti e tante, ha partecipato al saluto collettivo a colui il quale è stato amico, compagno, maestro, vicino di cella, avversario a poker o sul campo da tennis del centrale di Rebibbia, che i detenuti avevano tracciato per trascorrere le ore d’aria.

      DUNQUE, IL MAESTRO. «Non c’è un centimetro di questo luogo che non sia stato pensato con Paolo» racconta Francesco Raparelli dando il benvenuto a Esc, l’atelier autogestito che fin dall’inizio ha ospitato la Liberà università metropolitana che Virno aveva concepito vent’anni fa assieme a una nuova generazione di militanti dei movimenti studenteschi e precari.

      «Per noi è stato un maestro antico – dice Francesco – Di quelli che non si limitano a insegnare concetti, ma insegnano anche a parlare, a muovere le mani, a intervenire in assemblea e ad alzare la voce quando serve». I «grandi filosofi», prosegue Francesco, «ti impongono le loro ossessioni e attraverso di esse creano attrito», tra le ossessioni di Virno c’era quella di «organizzare lo sciopero del lavoro precario: quando non lo trovava al centro delle nostre azioni, teneva il broncio ai movimenti».

      POI, L’AMICO. Paolo teorizzava l’amicizia, la considerava un modo per avvicinarsi alla propria essenza. Se l’amicizia per Aristotele è «condividere la vita», diceMassimo De Carolis, questa per lui aveva a che fare con le caratteristiche della nostra specie: «Gli esseri umani in quanto tali sono capaci di condividere la vita». Paolo, testimonia Andrea Colombo che è stato tra gli amici che lo hanno assistito fino alla fine, «era divertente persino nelle ultime giornate». E la sorella Luciana, che ricorda questo fratello che gli incuteva al tempo stesso «soggezione e tenerezza», conferma che «senza compagni e amici l’ultimo pezzo sarebbe stato difficile». Anche dedicandosi alla teoria linguistica, assicura ancora Colombo, Paolo «non ha mai scritto una riga senza pensare che andasse usata contro i padroni». Con questa capacità di condividere la vita e pensare il conflitto sempre, «restituiva valore, sostanza e spessore alla parola compagno». Per Andrea Fabozzi resta il «rimpianto» per le cose che si sarebbero potute fare.

      CON ALCUNI compagni e amici, raccontava Paolo, aveva passato «troppo tempo e poco spazio». Si riferiva alla carcerazione, prima negli speciali e poi nel braccio G8 di Rebibbia, dove si costituì l’area omogenea, ripartirono i seminari, si pensò a come uscire dalla sconfitta senza cedere alla delazione. A un certo punto qualcuno riuscì a far entrare dei barattoli di sugo alla marijuana. E quando tutto il braccio del 7 aprile mangiò la pasta col condimento speciale le risate a crepapelle si sprigionarono. In quel vortice psichedelico, Toni Negri teorizzò, tra risate dissacranti, che era ancora possibile vincere. «La sconfitta per lui era solo un episodio», riferisce il fratello Claudio. Un altro Claudio, D’Aguanno, compagno di detenzione, si esercita sul Virno uomo di sport. Da pokerista, non voleva solo partecipare: voleva vincere. E a calcio, «nel torneo di Rebibbia che chiamammo Insurrezione», accadde: «Almeno quella volta vincemmo l’insurrezione».

      C’È IL PAOLO COMPAGNO di vita e marito. «Se qualcuno mi avesse detto che io, russa, avrei sposato un comunista avrei pensato che era pazzo – dice la sua compagna Raissa Raskina – Volevo dare felicità a quest’uomo commovente nel privato. Paolo era estraneo a ogni comfort borghese, ho dovuto fare come Santippe che ricordava a Socrate che non poteva vivere in quel modo». Poi legge un messaggio ricevuto da una vicina di casa, che osservava Paolo dal terrazzo adiacente: «Per me era un maestro di vita: aveva saputo accettare gioie e dolore con semplicità di animo». Aveva, dicono in molti, un metodo anche nella radicalità. Perché, diceva, «l’eccesso esige qualche misura, se si vuole che sia tale». O invitava un compagno più giovane a «non abusare della potenza». La sua esistenza condivisa e generosa, rimanda ad un altro dei suoi consigli: «Non vivere mai al di sotto delle proprie possibilità».

      Gli articoli del manifesto di e su Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/collezioni/paolo-virno

      #centre_social #précaires

    • Paolo Virno (1952-2025) a enseigné la philosophie du langage à l’Université de Rome. Aux Éditions de l’éclat ont paru plusieurs de ses ouvrages depuis 1991 : Opportunisme, cynisme et peur (1991), Miracle, virtuosité et ‘déjà vu’ (1996), Le souvenir du présent (1999), Grammaire de la multitude (2002), Et ainsi de suite… La régression à l’infini et comment l’interrompre (2013), Essai sur la négation (2016) et L’usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (2016) qui reprend un ensemble d’articles parus entre 1980 et 2016, Avoir. Sur la nature de l’animal parlant (2021), De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2022).

      https://www.lyber-eclat.net/auteurs/paolo-virno

      #livre #subjectivité #langage

    • LE SPECTRE D’OUSSAMA BEN LADEN ET LE POUVOIR DESTITUANT - Entretien posthume avec Paolo Virno
      https://lundi.am/LE-SPECTRE-D-OUSSAMA-BEN-LADEN

      Quand peut-on parler de biopolitique ? Quand se réalise, dans une régime historique déterminé, le neuvième livre de la Métaphysique d’Aristote, celui qui s’occupe de la différence entre puissance et acte. Le moment décisif de la biopolitique est quand il y a un régime social qui met au centre de tout son fonctionnement la dynamis, la puissance en tant que puissance séparée, disjointe de l’acte.

      La puissance humaine de penser, bouger, éprouver du plaisir, celle qui est somatique et celle qui est intellective. Cette puissance est énucléée, en tant que puissance séparée de l’acte, à un moment précis. Ceux qui font remonter la biopolitique au droit romain archaïque ou à un quelconque mythologème ressuscité pour l’occasion ne nous montrent pas comment sont réellement les choses. Cette puissance est énucléée en sa qualité de puissance, à tel point qu’elle s’achète et se vend, uniquement en présence de la figure de la force-travail. C’est une puissance qui n’a rien à voir avec sa mise en application, c’est une potentia qui peut être vendue et achetée. On achète la puissance de penser, de parler.

      Il devient alors intéressant de voir comment est constitué le bios humain, ce qu’est cette puissance de penser, ce qu’est cette puissance de parler, outre, évidemment, la puissance musculaire et motrice. C’est alors que la vie prend tout son sens, car la puissance en est, par définition, l’élément essentiel, mais elle n’existe sous aucune forme de réalité autonome. La puissance de parler n’existe pas, je ne peux pas la toucher, ni l’acheter, ni l’échanger. Elle a pour enveloppe, par contre, un corps vivant. Le corps vivant n’est pas soigné et gouverné en tant que tel, c’est pourquoi on constate un intérêt abstrait pour les maladies, les enterrements, l’enfance…

      Ce n’est qu’à partir du moment où a eu lieu la matérialisation historique de l’autonomie de cette puissance qu’on gouverne les corps, ce n’est qu’à partir de là que la vie devient non pas la vie, parce que ce qui nous intéresse, au sujet de la vie, ce n’est pas la vie elle-même, mais sa capacité à porter ce qui n’aurait pas, autrement, de configuration propre et autonome. (...)

    • Philosophie

      https://www.liberation.fr/livres/2013/09/25/livres-vient-de-paraitre_934665

      Ce qui est proprement humain, c’est d’introduire un « non » dans n’importe quelle proposition, de pouvoir penser qu’il est « possible de », et enfin d’être devant la solution d’un problème qui ouvre à un autre problème, et ainsi de suite à l’infini. Ces trois modalités sont « le socle logique de la métaphysique ». Paolo Virno n’insiste ici que sur la troisième, à savoir la régression à l’infini, mais l’envisage surtout du point de vue d’une « anthropologie matérialiste », qui en déplace le champ vers celui, par exemple, des émotions et des affects : comment, à « et ainsi de suite », peut-on opposer un « maintenant, ça suffit », notamment dans la honte, l’espoir, l’orgueil, l’ennui, la transformation de la peur en angoisse, de la satisfaction en bonheur ?
      R.M.

      https://www.lyber-eclat.net/livres/et-ainsi-de-suite

      #interrompre

    • Comme Paolo Virno l’avait prévu, lorsque nous parlons, nous travaillons. Lorsque nous écrivons, nous codons la bête (Paul B. Preciado).

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/refusons-de-nourrir-la-bete-chatgpt-par-paul-b-preciado-20250523_NOO7UVBA

      (plus étroitement, une pensée tout droit issue de l’expérience militante. de celle qui fait aujourd’hui choisir de se taire lors des rassemblements publics, manifestations : tout ce qui est lâché sera utilisé par une ennemi qui a généralisé pour son compte la pratique de la reprise)

    • Souvenir du présent, Jean-Baptiste MARONGIU
      https://www.liberation.fr/livres/1996/07/11/souvenir-du-presentpaolo-virno-miracle-virtuosite-et-deja-vutrois-essais-

      Histoire, philosophie et politique : trois essais pour en faire un, trois approches concentriques d’un monde déboussolé, dont l’éclatement est comme signalé par l’écart creusé entre les régimes de discours mobilisés pour le saisir. Dans son essai politique, Paolo Virno (qui a déjà publié en français Opportunisme, cynisme et peur, L’Eclat, 1991) revient, pour s’en éloigner, sur certains aspects de l’œuvre de Hannah Arendt. L’essai philosophique met en résonance la catégorie de sublime de Kant avec celle d’émerveillement de Wittgenstein pour délimiter un monde non métaphysique. Enfin, le troisième essai­ interaction entre mémoire et philosophie de l’histoire ­ sert de cadre à ces deux tentatives. Paolo Virno sollicite, entre autres, Bergson, Nietzsche, Kojève, pour mettre à l’épreuve le concept de « fin de l’histoire ». Au centre de son dispositif, Virno place le « déjà vu », ce sentiment « typique de celui qui se regarde vivre ». Le déjà vu est donc une pathologie individuelle ayant pris aujourd’hui une dimension publique. Relevant de ce syndrome, la « fin de l’histoire » est un autre aspect de cet excès de mémoire, de cette domination du « souvenir du présent » qui caractérise la situation contemporaine. Cependant, toute fin d’histoire ouvre à des histoires possibles, mais il faudra alors apprendre à maîtriser ce souvenir du présent, si on ne veut pas devenir « le spectateur de soi-même » ou collectionner « sa propre vie, au fur et à mesure qu’elle s’écoule, au lieu de la vivre véritablement ».

      Paolo Virno, Miracle, virtuosité et « déjà vu ». Trois essais sur l’idée de « monde ». Traduit de l’italien par Michel Valensi. L’Eclat

    • Comme le temps passe. On se souvient de la mort, elle n’est pas devant nous.
      https://www.liberation.fr/livres/1999/07/08/comme-le-temps-passeon-se-souvient-de-la-mort-elle-n-est-pas-devant-nous-

      En partant du phénomène du « déjà vu », des rapports de la mémoire et du temps, Paolo Virno retourne l’idée de « fin de l’Histoire ».

      Pourquoi annonce-t-on la « fin de l’Histoire », au moment où, au contraire, semblent se déployer des conditions inouïes d’existence historique de l’être humain ? Ne serait-ce plutôt une philosophie de l’Esprit qui arrive à son terme, celle même qui a prétendu achever l’histoire ? Est-il possible, sur ces décombres, de bâtir un nouveau matérialisme qui, une fois jetés aux fameuses poubelles et la dialectique et le positivisme, recherche les fondements de son historicité dans la faculté la plus propre à l’homme, la mémoire ? C’est à ces questions que Paolo Virno consacre le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. D’ailleurs, le philosophe italien (né à Naples en 1952, il vit à Rome) avait déjà amorcé une partie de cette réflexion dans Miracle, virtuosité et « déjà vu » (L’Eclat, 1996).

      Pathologie spécifique de la mémoire, le symptôme du « déjà vu » sert à Paolo Virno pour éclairer d’une manière inattendue et fascinante le thème philosophique ­ devenu désormais un lieu commun ­ d’un arrêt de l’histoire voire de sa fin. Bergson a attiré le premier l’attention sur ce paradoxe : on croit avoir vécu (vu, entendu, fait, etc.) quelque chose qui au contraire est en train d’arriver pour la première fois. « Le sentiment lié au « du déjà vu, écrit Virno, est typique de celui qui se regarde vivre. ( ») On devient spectateur de ses propres actions, comme si elles appartenaient désormais à une vieille copie que l’on repasserait sans cesse. Spectateur hagard, quelque fois ironique, souvent enclin au cynisme, l’individu en proie « au déjà vu est l’épigone de lui-même. » Plus généralement, vu la prédominance objective qu’a pris le virtuel dans n’importe quel type de pratique, c’est toute la situation contemporaine qui est aux prises avec un inquiétant excès de la mémoire : « Le souvenir du présent, dont la fonction particulière est de représenter le possible, se manifeste sans retenue parce que l’expérience du possible a pris une très grande importance dans l’accomplissement des tâches vitales. » Le souvenir du présent a un côté maladif, mais, en même temps, il est la condition normale de la production de la mémoire. En effet, chaque présent est à la fois perçu et mémorisé, sans quoi aucun souvenir ne serait possible et, partant, aucune saisie temporelle du monde. Pour mieux comprendre ce rapport essentiel qu’entretiennent la mémoire et le temps, Paolo Virno est amené à revisiter l’un des plus anciens couples philosophiques, celui que forment puissance et acte, et interroger, pour ce faire, Aristote, Augustin, Kant, Hegel, Heidegger. L’acte est une réalisation de la puissance, mais il ne l’épuise pas. Le discours que je suis en train de faire, le plaisir que j’éprouve, le travail que j’exécute n’entament en rien ma faculté de parler, ma disposition au plaisir, ma force de travail. La puissance est un « pas-maintenant », alors que l’acte est un présent : entre les deux agit la mémoire. C’est pour cela que la mémoire peut être dite la faculté des facultés, car je ne pourrais pas parler, jouir, travailler si je n’avais mémorisé toutes ces facultés (et si je ne les consommais en les actualisant).

      Le passé est certes envahissant, mais il est aussi la charnière du temps historique. En accordant cette primauté au passé, Virno va à l’encontre d’une grande partie de la philosophie contemporaine qui tend à placer l’historicité de l’expérience humaine sous l’égide de l’avenir. Heidegger à lui tout seul résume cette position : c’est parce que l’homme est un « être-pour-la-mort », bref mortel, que nous existons historiquement et que l’histoire tire son origine du futur en tant que terme de notre expérience. Pour Virno, les choses vont plutôt dans l’autre sens. De la mort on se souvient, elle n’est pas devant nous : « Seul celui qui mène une existence historique peut se dire de plein droit mortel. »

      En devenir, le Souvenir du présent donne la mesure de l’ambition philosophique de son auteur. On peut trouver la clé de l’entreprise au détour d’une note. En transformant la faculté individuelle de la volonté en volonté générale, Rousseau en a fait le concept fondamental de sa philosophie politique. En passant de l’intellect individuel au general intellect, Marx a voulu signifier la puissance de la coopération productive dans la société capitaliste. Avec une méthode similaire, après les couples Volonté-politique et Intellect-lien social, Paolo Virno construit celui de Mémoire-historicité, une manière d’avancer que dans l’actualité de chaque moment historique, il y a toujours du passé mais aussi quelque chose de potentiel, et qui tient ouverte l’histoire. Loin d’être finie, celle-ci ne fait que commencer".

      Paolo Virno, Le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. Traduit de l’italien par Michel Valensi, L’Eclat.

    • Haute multitude
      https://www.liberation.fr/livres/2002/11/21/haute-multitude_422333

      Le malaise est de mise face aux horreurs perpétrées, ailleurs, par les peuples au nom du droit de disposer d’eux-mêmes ou, ici, lorsque notre bon peuple à nous semble se déliter et manifester des opinions exécrables. Pour sauver l’idée, on s’en prend alors à ceux qui devraient l’incarner. Et si c’était plutôt le concept de peuple qu’il fallait mettre au placard ? Certes, ayant inauguré et supporté longtemps la modernité, il pourrait se prévaloir d’états de service intimidants, quoiqu’il ait pu être, un temps, secoué par la notion antagoniste de classe. Or, un philosophe italien hétérodoxe de 50 ans, Paolo Virno, pense qu’il faut passer à autre chose si l’on veut comprendre ce que promet le présent, et avance multitude, ancienne notion de la philosophie politique contre laquelle celle de peuple a été elle-même forgée. Mais sa Grammaire de la multitude n’a rien d’un exercice académique de généalogie des concepts. Bien au contraire, c’est « l’analyse des formes de vie contemporaines » qui intéresse Virno, ainsi que les nouvelles possibilités d’action politique qu’elles ouvrent. N’est-ce pas la multitude qui s’exprime dans certains mouvements no global ou altermondialistes ? En tout cas, Virno en esquisse la théorie et déploie une instrumentation conceptuelle des plus sophistiquées, où se croisent théorie politique, critique de l’économie, éthique, épistémologie et philosophie.

      #Spinoza fait de la multitude la clé de voûte des libertés civiles, définissant ainsi le Nombre ou la pluralité qui persiste en tant que telle sur la scène publique face aux tentatives de l’Etat moderne de l’homologuer, d’en faire une unité. Hobbes, lui, a horreur de la multitude et ne jure que par le peuple, dont le premier et dernier acte libre consiste pourtant à aliéner sa liberté au seul Souverain. Hobbes, assurément, a gagné contre Spinoza, et l’Etat moderne, par le biais du peuple, est devenu national. Pour Virno, cette histoire est aujourd’hui achevée : aussi entend-il donner une nouvelle possibilité à la notion vaincue de multitude, en la mettant en résonance avec la notion de force productive ­ qui a servi, à côté de celle d’Etat et de peuple, à expliquer l’autre aspect marquant de la modernité occidentale, le capitalisme. #Marx, on le sait, critique l’économie politique naissante mais il la suit quand elle fonde la production de la richesse sur le travail commandé par le capital, autant dire le salariat. Est-ce encore aujourd’hui le cas, à l’heure où la part qui revient au travail dans la production se réduit de plus en plus, sous la poussée de la technique et d’une coopération sociale démultipliée pour la communication ?

      Marx lui-même, dans les Grundrisse, ses notes restées inédites jusqu’à 1939, critiquant sa propre théorie, rappelle Virno, a la vision d’une fin du travail salarial non pas à la suite d’une révolution politique mais du développement du capitalisme lui-même. La cause et l’effet en seraient le general intellect, terme anglais qui définit l’intellectualité sociale au cœur du postfordisme actuel, dont l’activité même de la pensée est le ressort productif principal. Dans ce mouvement, le #travail est devenu une activité virtuose et les travailleurs, comme ceux qui ne travaillent pas, ont glissé hors des ornières de classe pour endosser, selon Virno, les habits de la multitude.

      Contrairement aux idées reçues sur l’individualisme contemporain, faire partie de la multitude donne toutes les chances au sujet : « C’est seulement dans le collectif, et sûrement pas dans le sujet isolé, que la perception, la langue, les forces productives peuvent se configurer comme une expérience individuée. » Le travail peut prendre les contours d’une « virtuosité servile » accompagnée souvent par une tonalité sentimentale qui oscille entre peur et opportunisme. Mais la virtuosité peut être non servile, l’opportunisme se muer en sens de l’opportunité. En cela Virno se place du côté de Benjamin quand, contre #Heidegger, il défendait le bavardage, non pas comme aliénation de l’être, mais comme curiosité diffuse et amour du partage.

      Quelle politique pour une multitude confrontée à la crise de la politique, bâtie sur la notion défaillante de peuple ? Paolo Virno est prudent : résistance civile et exode, c’est-à-dire affrontement et évitement à partir du constat que l’on est tous désormais des « sans chez soi » et que ni le peuple, ni la classe, ni le travail, ni le chômage ou le loisir ne peuvent nous contenir : « Etre étranger, c’est-à-dire ne-pas-se-sentir chez soi, et aujourd’hui la condition commune du Nombre, condition inéluctable et partagée. »

      Paolo Virno, Grammaire de la multitude. Pour une analyse des formes de vies contemporaines. Traduit de l’italien par Véronique Dassas, Editions l’éclat, 144 pp.

    • Comme les seenthissiens, Le Monde ne s’est jamais intéressé à Virno au point de consacrer une note de lecture à l’un de ses ouvrages.

      On ne trouve mention de Paolo Virno que dans la chronique d’un professeur à l’école d’affaires publiques de Sciences Po, un capital-risqueur, qui cite, 12 ans après sa parution en français, un livre de Virno pour écrire, en 2018, lors du mouvement des Gilets jaunes : « La vision hobbésienne de l’unité du peuple est de plus en plus décalée par rapport à la réalité ». (Ils n’ont pas assez peur pour s’en remettre au souverain)

      https://justpaste.it/gmrn4

      edit fulminant contre l’obscène provincialisme anti-intellectuel franchouillard, j’ai oublié le tardif article de Le Monde par le stipendié philo yaourt Roger Plot Croche qui a pour ainsi dire comblé le vide par 3 minutes de lecture en 2016, avec un capitalisme uber alles qui n’ose pas se dire
      Figures libres. Seul l’humain sait dire non
      https://www.lemonde.fr/livres/article/2016/02/25/figures-libres-seul-l-humain-sait-dire-non_4871233_3260.html

      https://justpaste.it/ghccw

      Ce connard arrive encore à écrire en 2016 "soupçonné de liens avec les Brigades rouges." au lieu de "accusé de", comme il devrait le faire puisqu’il ne rentre pas une seconde dans l’analyse de ce que fut le mouvement révolutionnaire de cette époque en Italie. Tout le monde avait des liens avec les BR ! Virno n’était simplement pas de ceux des autonomes recrutés par d’une organisation clandestiniste, lottarmatiste, qui a aspiré une vague du reflux, sous le coup d’une répression féroce, qui furent nombreux, parmi les plus jeunes.

      Essai sur la négation. ­Pour une anthropologie linguistique (Saggio sulla negazione. Per una antropologia linguistica),de Paolo Virno, traduit de l’italien par Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Philosophie imaginaire  », 190 p., 25  €.

      L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude, de Paolo Virno, 22 textes traduits de l’italien par Lise Belperron, Véronique Dassas, Patricia Farazzi, Judith Revel, Michel Valensi, Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Poche  », 316 p., 8 €.

    • De l’impuissance - La vie à l’époque de sa paralysie frénétique
      https://www.lyber-eclat.net/livres/de-limpuissance

      Les formes de vie contemporaines sont marquées par l’impuissance, hôte importun de nos journées infinies. Que ce soit en amour ou dans la lutte contre le travail précaire, l’amitié ou la politique, une paralysie frénétique saisit l’action ou le discours quand il s’agit de faire ou de dire ce qu’il conviendrait de dire et faire. Mais, paradoxalement, cette impuissance semble due non pas à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à l’accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de ses antichambres. Virno poursuit ici son étude systématique du langage contemporain où s’exprime toute la complexité de notre modernité et qui témoigne de cette inversion des sens qui attribue la puissance au renoncement, ou la détermination au fait de taire ce qu’il nous faudrait dire. Livre sur le langage, De l’impuissance indique de loin les formes possibles d’un antidote, d’une voie de salut, qui nous ferait « renoncer à renoncer », et « effacer l’effacement de notre propre dignité ».

    • Philosophie
      Mort de Paolo Virno : des années de plomb au «retrait de la langue»
      https://www.liberation.fr/culture/livres/mort-de-paolo-virno-des-annees-de-plomb-au-retrait-de-la-langue-20251114_

      Michel Valensi, écrivain et éditeur, rend hommage à celui qui participa au « moment révolutionnaire » de l’Italie des années 70 avant de « se retirer dans la langue ».
      https://www.liberation.fr/resizer/v2/VEQX7GZVDZBRZCHUPW3AKWJVCI.jpg?smart=true&auth=000725f0d67cdc6d5909356d32
      Paolo Virno est né à Naples en 1952. (DR)

      L’Italie a perdu, le 7 novembre, l’un de ses philosophes les plus importants et les plus discrets. Paolo Virno, né à Naples en 1952, est mort à Rome après une courte mais coriace maladie dont il n’avait parlé à personne, ne dévoilant jamais ses cartes en bon joueur de poker qu’il était. Acteur de premier plan du « moment authentiquement révolutionnaire » de l’Italie des années 70 – proche de l’opéraïsme de Mario Tronti et membre du groupe Potere Operaio, avec Antonio Negri et bien d’autres – il sera arrêté en 1979 sous le chef d’inculpation d’« association subversive » et de « constitution de bande armée ». Il passera quatre années en prison avant d’être pleinement acquitté en 1988, à la différence de plusieurs de ses co-inculpés qui s’exilèrent en France et bénéficièrent de l’asile politique.

      Après une thèse sur Adorno, il participe à la création de la revue Metropoli qui élargit la question du politique à toutes les sphères du social et où la théorie côtoie la bande dessinée. Ses premiers articles concernent la « chose » politique sous toutes ses formes, qui vont du general intellect de Marx aux flippers des bars romains, avec une attention particulière portée à la question du langage et un sens de l’ironie dont il ne se départira jamais. Son premier livre, Convention et matérialisme, paraît en 1986 chez Theoria. A son propos Giorgio Agamben écrira : Virno « s’affirme comme l’une des voix les plus lucides et originales de la pensée italienne contemporaine ». C’est, ensuite, en traduction que paraîtront, aux éditions de l’Eclat, Opportunisme, cynisme et peur suivi des Labyrinthes de la langue (1991), le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique (1999), ou Grammaire de la multitude (2002) qui paraît en même temps que l’édition italienne, et dont les pages Livres de Libération rendront compte. Grammaire de la multitude, qui se présente comme une « analyse des formes de vie contemporaines », est considéré désormais comme un classique de la pensée politique. L’ouvrage marque un tournant dans l’œuvre et l’écriture de Virno. S’il inscrit la question du politique au cœur du langage, il s’en éloigne toutefois dans ses analyses pour privilégier son « expression » au cœur de la langue. C’est la « langue » qui véhicule les concepts et c’est en s’attachant à la langue que l’on peut les comprendre et les utiliser dans et pour l’action. Sans renoncer à l’agir, la prise de conscience de la « défaite d’une génération de militant qui était liée à la figure ouvrière » s’accompagnant « de la poursuite opiniâtre de l’erreur partagée », conduit Virno à « se retirer dans la langue » pour définir les contours d’une « morale provisoire ».

      Une « anthropologie linguistique »

      C’est à partir de cette date (fin des années 90) que commencent à paraître ses livres plus exclusivement consacrés à une « anthropologie linguistique », proche de la philosophie analytique, dont il partage probablement les prémisses, mais pas forcément les issues. Quand le verbe se fait chair (2003, non traduit), le Mot d’esprit et l’action innovante (2005, traduction à paraître), Et ainsi de suite (2010, traduit en 2014), Essai sur la négation (2013, traduit en 2016), Avoir (2020, traduit en 2021), ou son dernier ouvrage, au titre bouleversant à la lumière de sa biographie : De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2021, traduit en 2022), où il défend l’idée que les formes de vie contemporaines sont marquées par une impuissance qui n’est pas « due à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à une accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de son antichambre ». Prenant congé de l’idée de monde avec celle d’une impuissance à force de puissances pléthoriques, l’œuvre et la vie de Paolo Virno s’achèvent brutalement, comme une phrase tronquée, une parole empêchée, lui qui, avec son léger et émouvant bégaiement, s’était arrêté longuement sur la question de l’aphasie et du langage des enfants. Il préparait un livre sur l’inquiétante étrangeté qu’il se proposait de comprendre dans les termes d’une anthropologie du langage. L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (l’Eclat, 2016) propose un parcours assez complet de son œuvre exigeante qui reste à découvrir.

      1966

      Gian Pieretti - Il vento dell’est
      https://www.youtube.com/watch?v=kmYKHEksSn0

      I Corvi «Ragazzo di Strada»
      https://www.youtube.com/watch?v=5pwMPiSX6uA

      1967

      I Nomadi - Dio è morto
      https://www.youtube.com/watch?v=yqMvHD1gNxc

      Patty Pravo «Ragazzo triste»
      https://www.youtube.com/watch?v=oEL4vvNXV-I&list=RDoEL4vvNXV-I

      1968

      Valle Giulia · Paolo Pietrangeli
      https://www.youtube.com/watch?v=AKciJETn01E

      La caccia alle streghe (La violenza)
      https://www.youtube.com/watch?v=Eyrhzwwe1pg

      1977
      GIANFRANCO MANFREDI - UN TRANQUILLO FESTIVAL POP DI PAURA
      https://www.youtube.com/watch?v=Hh_dp3O_C3g

    • Inno di Potere Operaio (1971)
      https://www.youtube.com/watch?v=QzspcU3HJow

      La classe operaia, compagni, è all’attacco,
      Stato e padroni non la possono fermare,
      niente operai curvi più a lavorare
      ma tutti uniti siamo pronti a lottare.
      No al lavoro salariato,
      unità di tutti gli operai
      Il comunismo è il nostro programma,
      con il Partito conquistiamo il potere.

      Stato e padroni, fate attenzione,
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      Potere operaio e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà.

      Nessuno o tutti, o tutto o niente,
      e solo insieme che dobbiamo lottare,
      i fucili o le catene:
      questa è la scelta che ci resta da fare.
      Compagni, avanti per il Partito,
      contro lo Stato lotta armata sarà;
      con la conquista di tutto il potere
      la dittatura operaia sarà.

      Stato e padroni...

      I proletari son pronti alla lotta,
      pane e lavoro non vogliono più,
      non c’è da perdere che le catene
      e c’è un intero mondo da guadagnare.
      Via dalle linee, prendiamo il fucile,
      forza compagni, alla guerra civile!
      Agnelli, Pirelli, Restivo, Colombo,
      non più parole, ma piogge di piombo!

      Stato e padroni...

      Stato e padroni, fate attenzione
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      viva il Partito e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà!

      #folklore

  • TikTok américain : demain toutes les plateformes seront soit Mao, soit Maga ? – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/tiktok-americain-demain-toutes-les-plateformes-seront-soit-mao-soit-maga-

    Réservé aux abonnés

    Alors que Donald Trump a annoncé avoir racheté les activités américaines du réseau social chinois, le chercheur Olivier Ertzscheid revient sur la politisation des plateformes, au service de patrons militants.

    On peut attendre 48h que Olivier libère sa tribune sur son blog... Ou on peut espérer que d’autres la libère ? ;-)

    • ParOlivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes
      Publié le 29/09/2025 à 16h50

      En 2016 et devant les frasques et les sorties de route déjà très inquiétantes de celui qui allait pourtant devenir le premier président des Etats-Unis à se vanter « d’attraper les femmes par la chatte (sic) », des employés de Facebook adressaient à Mark Zuckerberg cette question : « Quelle est la responsabilité que Facebook peut prendre pour empêcher Donald Trump de devenir président des Etats-Unis en 2017 ? »

      Nous sommes en 2025, Trump est aujourd’hui élu pour un second mandat et après avoir fait de l’homme le plus riche du monde son allié au travers de sa plateforme la plus controversée (Elon Musk et X), il vient de confier au deuxième homme le plus riche de la planète, Larry Ellison, la gestion de la part américaine de l’autre plateforme la plus controversée et la plus toxique de la planète : TikTok. Et pourtant…

      Pourtant, longtemps la question des plateformes (réseaux sociaux, puis médias sociaux) fut imperméable à la chose politique. Longtemps elles furent autre chose que du politique bien que dès le début la politique en fut l’un des sujets de discussion (mais parmi tant d’autres et le plus souvent anecdotiquement).

      Du politique à la géopolitique

      Les plateformes devinrent des objets politiques, car elles agrégeaient des millions, puis des dizaines de millions, puis des centaines de millions de citoyennes et de citoyens et c’étaient autant de nouvelles polis (au sens grec de « cité »). Des objets politiques également, car en leur sein y étaient débattus et éditorialisés des enjeux sociétaux importants que le politique ne pouvait ignorer, tout comme il ne pouvait ignorer l’arbitrage juridique et législatif des infractions, crimes ou délits discutés ou commis dans ces espaces troubles, jamais entièrement publics, jamais totalement privés.

      Ces plateformes, dans certaines des zones de leurs topologies mouvantes, devinrent aussi des espaces cette fois explicitement militants ainsi que des espaces organisationnels redoutablement efficaces (des « printemps arabes » aux gilets jaunes), et aussi des espaces très efficients dans la prospective, le recrutement et l’animation d’un projet ou mouvement politique.

      On peut ici citer l’expérience de la plateforme NationBuilder, utilisée par Barack Obama et reprise ensuite par (notamment) Alain Juppé ou Jean-Luc Mélenchon et qui laissait augurer de ce qui semble advenu, à savoir la possible construction d’une nation comme un vulgaire fichier client.

      C’est leur infrastructure, et finalement leur essence même qui épousa parfaitement la forme de l’organisation militante. Et au jeu du militantisme, à l’échelle du numérique tel qu’il se décline dans les plateformes, c’est la droite et l’extrême droite qui gagnent. Toujours. Pour plein de raisons, dont celles rappelées par la sociologue numérique américano-française Jen Schradie : « D’abord, les classes plus aisées sont plus présentes en ligne que les classes populaires. Elles disposent de meilleures organisations, plus accoutumées à la bureaucratie. Enfin, les conservateurs, comme les membres du Tea Party, ont un message plus simple et abordent moins de sujets que les groupes de gauche. […]. L’idéal de liberté se partage plus facilement sur les réseaux sociaux que celui d’égalité. »

      Enfin, les plateformes devinrent des enjeux géopolitiques. Par leur poids économique, par la densité des populations qu’elles agrègent, par les enjeux de soft power qui leur sont consubstantiels et dans lesquels elles s’inscrivent, et par l’effet d’un monde dans lequel les grands « blocs » de la guerre froide se réchauffent dangereusement et où s’ajoutent sans cesse de nouveaux conflits qui prennent corps et font témoignage par la médiation de ces plateformes.

      Les plateformes ont traité de sujets relevant de géopolitique et elles sont ensuite devenues, en elles-mêmes, des sujets de géopolitique. On ne sait quel exemple citer tellement les dernières années ont fourni d’exemples : Trump menaçant l’Europe de sanctions économiques lourdes si nous persistions dans l’idée d’appliquer les formes de régulation du DSA et du DMA (les règlements européens sur les services numériques) ; question de la gouvernance chinoise de TikTok ; plus anciennement le rôle de Facebook dans la propagation de discours de haine dans le génocide des Rohingyas ; rôle important des infrastructures de télécommunication privées (réseau Starlink d’Elon Musk) dans le conflit en Ukraine ; et bien évidemment reprise et influence massive des discours pro-Nétanyahou dans le génocide en cours en Palestine et à Gaza et minoration ou invisibilisation (déjà ancienne) des discours pro-palestiniens.

      Pas un fait de guerre, pas un conflit international, pas un accord de commerce international qui n’ait sa déclinaison dans la manière dont il se trouve porté, repris, instrumentalisé par une ou plusieurs plateformes.

      Soit Maga, soit Mao

      En parallèle de ces époques, de ces temporalités, de ces mouvements jamais parfaitement linéaires et distincts, s’ajoute une autre grille d’analyse qui est celle de l’incarnation du management autant que du commandement de ces plateformes. Ces plateformes devinrent politiques, militantes et géopolitiques, car leurs propriétaires et dirigeants se mirent à revendiquer leur propre statut politique et avec celui-ci leurs convictions militantes idoines.

      Si pendant longtemps les dirigeants de ces entreprises se gardaient bien d’affirmer publiquement et trop explicitement une affirmation ou un attachement politique, la plupart des plateformes généralistes touchant plus d’un milliard d’utilisateurs et d’utilisatrices, sont dirigées par des patrons devenus militants et se situant soit dans une internationale réactionnaire d’extrême droite, soit dans la survivance totalitaire du mouvement communiste.

      Aujourd’hui, c’est soit Maga, soit Mao. Et TikTok cristallise à ce titre cet écartèlement entre son contrôle par les réseaux Maga sur le sol américain et son contrôle par le Parti communiste chinois partout ailleurs dans le monde.

      On ne comprend plus rien à Facebook, à Instagram, à Telegram ou à X si l’on ne connaît pas l’évolution politique de Zuckerberg, de Durov ou de Musk. C’est évidemment la même chose à l’échelle de TikTok. Et c’est ce que je n’ai cessé (avec quelques autres) de dire, d’écrire et d’expliquer : « Ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus », ces plateformes sont à l’image de ceux qui les gouvernent et les réponses que nous cherchons sont moins dans leurs algorithmes et leurs données que dans les entrailles et la psyché de ces derniers.

    • Suite à la pétition de Charlotte Gainsbourg et autres (https://seenthis.net/messages/1135731) et la réponse du fils Serge juste au dessus, celle de l’autre fils, Jean Yves, un peu moins virulente, mais un peu plus approfondie :
      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/charlotte-gainsbourg-ma-mere-et-la-palestine-par-jean-yves-halimi-2025100
      https://archive.ph/D3t30

      Et celle des médias français, toujours prêt à défendre Israël :
      https://www.lefigaro.fr/cinema/serge-halimi-ne-veut-pas-de-charlotte-gainsbourg-pour-incarner-sa-mere-au-c
      https://archive.ph/wBITt
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-humeur-du-matin-par-guillaume-erner/l-humeur-du-jour-emission-du-mercredi-01-octobre-2025-5408549
      https://archive.ph/weQUX

      Le Monde fait fort pour signaler que ceux qui râlent concernant cette affaire sont en fait « responsable[s] de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump » ... mais pas aussi fort que Radio France qui nous informe que « [Gisèle Halimi] ne s’est jamais exprimée sur la situation actuelle au Proche-Orient pour une raison simple : elle est morte avant. »

    • Guillaume Erner se penche sur la différence entre un acteur et un sosie.
      1 octobre 2025 sur francecul le lendemain le service est en grève.

      Une polémique autour du casting de deux films. Premier film : un biopic signé Diane Kurys, où Roschdy Zem joue Yves Montand. Deuxième film, deuxième polémique : Charlotte Gainsbourg doit incarner Gisèle Halimi à l’écran.

      Sur X, anciennement Twitter, plusieurs commentateurs estiment que l’un ou l’autre ne devraient pas tenir ce rôle. Pourquoi ? 1) Charlotte Gainsbourg ne pourrait pas incarner Gisèle Halimi parce qu’elle est trop juive. 2) Roschdy Zem ne pourrait pas incarner Yves Montand parce qu’il est trop arabe.

      À ce stade de mon humeur, merci de ne pas m’écrire pour me rappeler que #Gisèle_Halimi était effectivement trop juive. Elle ne s’est jamais exprimée sur la situation actuelle au Proche-Orient pour une raison simple : elle est morte avant. Charlotte Gainsbourg, elle, l’a fait, en appelant à ce que la reconnaissance de la Palestine s’accompagne d’une demande de libération des otages israéliens. Quant à Yves Montand, j’ignore s’il avait la moindre origine arabe. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il était acteur. Et qu’il n’aurait sans doute pas trouvé désagréable que, des décennies plus tard, un autre acteur l’incarne à l’écran.

      Un commentaire rapide, d’ailleurs, sur ce qu’est le métier d’acteur. La différence entre un acteur et, disons, un sosie, c’est précisément que les acteurs jouent à être quelqu’un d’autre. C’est ce qui permet, par exemple, à Lino Ventura d’incarner Jean Valjean, alors même que Jean Valjean n’était pas Lino Ventura.

      Je pourrais évidemment citer mille autres exemples. Et il faut donc avoir l’œil singulièrement « racistoïde » pour penser qu’une « gentille juive » ne peut pas être incarnée par une « méchante juive » — puisque, finalement, ce qu’on reproche à Charlotte Gainsbourg, c’est d’être sioniste, et « sioniste », dans ce lexique-là, veut dire « méchant juif ». De la même manière, Roschdy Zem ne pourrait pas être un « bon Français » comme Montand, puisqu’il serait, par nature, un « mauvais Arabe », et que, dans cette logique-là, tous les Arabes le sont.

      À tous ceux qui considèrent que Charlotte Gainsbourg et Roschdy Zem ne sont pas « employables », je leur conseillerais d’ouvrir un dictionnaire à la page « universalisme ». Quelqu’un a dit un jour que « nous avons l’art pour ne pas mourir du réel ». Je propose que nous le gardions aussi pour ne pas mourir de la bêtise.

      Je ne sais pas de qui Guillaume Erner est le sosie mais il fait l’acteur (mauvais à mon gout) et animateur de la matinale de france culture depuis 10 ans avec le statut d’intermittent du spectacle.
      https://w.wiki/FXfq
      Peut-être qu’il croise trop souvent « finkie » dans les couloirs où ils finissent par tourner en rond.

    • #Serge_Halimi
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Halimi

      Serge Halimi, né le 2 août 1955, est un écrivain et journaliste français.

      Il fait partie de la rédaction du Monde diplomatique à partir de 1992, et occupe la fonction de directeur de ce mensuel de mars 2008 à janvier 2023[1].

      Fils de l’avocate Gisèle Halimi et de Paul Halimi, administrateur civil, Serge Halimi est diplômé d’un doctorat en sciences politiques obtenu à l’université de Californie à Berkeley. Il est professeur associé à l’université Paris VIII de 1994 à 2000. Auteur d’essais politiques à succès, il décline la plupart des invitations dans les médias. Toutefois, il est régulièrement invité dans l’émission radiophonique Là-bas si j’y suis sur France Inter, avant sa suppression de l’antenne en 2014.

      Serge Halimi fait une apparition dans trois films de Pierre Carles, Pas vu pas pris, Enfin pris ? et La sociologie est un sport de combat. Il collabore au journal de critique des médias PLPL, devenu Le Plan B en mars 2006.

      Alors adhérent d’Attac, il participe à sa commission des médias lors de sa fugace apparition en 2004-2005 et contribue à l’élaboration de la plate-forme des relations avec la presse de cette organisation.

    • Le procès de Bobigny est un procès contre l’avortement qui s’est tenu en octobre et novembre 1972 à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Cinq femmes y furent jugées : une jeune femme mineure — Marie-Claire Chevalier — qui avait avorté après un viol, et quatre femmes majeures, dont sa mère, pour complicité ou pratique de l’avortement. Ce procès, dont la défense fut assurée par l’avocate Gisèle Halimi, eut un énorme retentissement et contribua à l’évolution vers la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse en France.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A8s_de_Bobigny

  • Ivan Jablonka : « Pour ne plus être drogué culturellement au #féminicide, il faut en changer les représentations »

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/ivan-jablonka-pour-ne-plus-etre-drogue-culturellement-au-feminicide-il-fa

    En 2016, l’historien Ivan Jablonka publiait Laëtitia (Seuil), livre de non-fiction qui avait été récompensé du prix Médicis du roman français. C’était une enquête sur le meurtre de Laëtitia Perrais, qui, à 18 ans, en 2011, fut assassinée, démembrée, poignardée. L’ouvrage était également un récit puisque Jablonka dressait autant que possible le portrait de Laëtitia Perrais, racontait son enfance, donnant ainsi à l’histoire de victime une densité que le rapport factuel du fait divers par les journaux ne lui octroyait pas.

    Depuis l’écrivain poursuit ce travail sur la masculinité et le patriarcat (Des hommes justes. Du patriarcat aux nouvelles masculinités, en 2019 ; Un garçon comme vous et moi, en 2021, tous les deux édités au Seuil) et publie en cette fin août un texte sur les représentations culturelles et l’imaginaire du féminicide « depuis la Bible jusqu’à Netflix », comme il l’écrit lui-même.

    https://pastebin.com/BLx8zeJ9

  • Jacques Attali, Harlem Désir, Jeanne Lazarus, Erik Orsenna... un collectif de personnalités lance un appel pour la paix au Proche-Orient et la fraternité en France
    par Un collectif de personnalités civiles et politiques et d’anciens dirigeants de SOS Racisme publié le 30 juillet 2025 à 11h45 – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/jacques-attali-harlem-desir-jeanne-lazarus-erik-orsenna-un-collectif-de-p

    (...) Devant l’aggravation terrible de la situation à Gaza mise en œuvre par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, nous soutenons la démarche de la France visant à reconnaître l’Etat de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies. Certains ont pu s’interroger sur le moment. Mais cette reconnaissance donne un horizon indispensable à un règlement politique juste du conflit fondé sur deux Etats comme la France le défend de longue date.

    Elle s’accompagne d’engagements forts et précis de l’Autorité palestinienne : la reconnaissance du caractère terroriste du 7 Octobre, la libération immédiate et inconditionnelle des otages, la mise hors jeu définitive du Hamas, ainsi que le caractère démilitarisé du futur Etat palestinien. (...)

    https://archive.ph/NF5lt#selection-541.0-541.457
    #les_repeindre_en_blanc
    #résistants_de_45

  • Contrairement aux adultes, les ados se fichent des origines sociales de leurs amis
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/contrairement-aux-adultes-les-ados-se-fichent-des-origines-sociales-de-le

    Le chercheur a pourtant bien observé des phénomènes d’« #homophilie », ce concept de sciences sociales qui désigne la tendance qu’ont les humains à se regrouper entre personnes qui se ressemblent, « l’une des régularités empiriques les plus fortes observées dans les amitiés », rappelle-t-il. Ainsi, les #enfants d’ouvriers « nomment en moyenne 21 % d’amis issus des classes supérieures, 33 % issus des classes moyennes et 46 % issus des classes populaires ».

    C’est le schéma inverse pour les élèves dont le parent de référence appartient à la catégorie cadres. Timothée Chabot prend des pincettes avec la conception de l’#amitié des #ados. « Se déclarer “amie” avec quelqu’un peut simplement vouloir dire passer du temps ensemble », note-t-il. Il rappelle que « l’appellation de “sans amie”, parfois employée entre élèves, est clairement une insulte ».

    Mais ses résultats sont beaucoup moins marqués que ceux auxquels il s’attendait : « La plupart des élèves ont au moins quelques amis d’une origine sociale très différente de la leur. » Exception faite d’un lycée parisien de son panel, où « l’homophilie sociale augmente fortement au fil des années, et finit par égaler, voire dépasser l’homophilie de genre ».

    Timothée Chabot rappelle ainsi que la première ségrégation au collège est le #genre, « de loin le premier principe de structuration des amitiés ». Par exemple, « un #garçon d’origine populaire sera plus souvent ami avec des garçons d’origine supérieure qu’avec des #filles d’origine populaire ». Le chercheur parle ainsi d’une « très forte intériorisation des identités et des normes de genre par les enfants, qui structure profondément leur sociabilité, et arrive loin devant toute autre considération - sociale, scolaire ou ethnique ».

    Il balaie aussi le cliché des élèves populaires plutôt bien dotés en capitaux de toutes sortes opposés aux solitaires plutôt défavorisés. La faute aux romans, films et séries qui s’intéressent à ces figures archétypales, mais aussi aux « biais » de la recherche scientifique qui se pencherait plus volontiers sur des cas extrêmes - des établissements qui accueillent des élèves de milieux très favorisés ou très défavorisés - alors que, selon lui, les collèges mixtes sont plus nombreux.

    Il nous invite ainsi à prendre conscience que le collège « s’avère l’un des contextes les plus mixtes que la plupart des individus rencontreront au cours de leur vie », le milieu professionnel étant, par la suite, beaucoup plus ségrégué.

    Ainsi, dans les entretiens que Chabot a menés, les élèves ne parlent presque jamais de la catégorie socio-économique de leurs camarades. Ils parlent exclusivement en termes de catégories scolaires : « Les résultats et les attitudes scolaires constituent un schème de distinction très saillant, utilisé pour hiérarchiser ses camarades et pour se positionner par rapport à eux », écrit Chabot. D’un côté les bons, aussi appelés « intellos », de l’autre les mauvais élèves.

    Autre enseignement notable : en dehors du #collège, les élèves développent des liens avec des ados qui leur ressemblent socialement. L’Ecole est donc le principal lieu de brassage social, en produisant de « l’exposition positive ».

    Timothée Chabot considère donc que les résultats de son étude sont « plutôt une bonne nouvelle en matière de politique publique ». En effet, « une partie de l’effet de l’origine sociale sur les amitiés s’explique par la répartition des élèves entre classes et entre options de langues, ce que les établissements peuvent facilement éviter en mélangeant davantage les groupes d’option ».

    Cette étude sur l’amitié entre ados est ainsi un vibrant plaidoyer pour la mixité scolaire. « Le simple fait de réunir des enfants de milieux sociaux différents dans les mêmes espaces semble déjà suffire à produire une mixité amicale notable », écrit-il. Et « bien s’entendre avec des personnes socialement différentes peut suffire à donner aux élèves une image positive d’autres groupes sociaux ou ethniques », résume Chabot simplement.

    Seule ombre au tableau : comme le note le chercheur, les amitiés transclasses ne modifieront qu’à la marge les destins sociaux des adolescents, largement conditionnés par le milieu dans lequel ils sont nés.

  • Ah, tiens, Ardisson est mort.

    À qui l’on doit ce grand moment de télévision trop mignon de 1995 :
    https://www.youtube.com/watch?v=ZiWPJLnmUp8

    https://www.huffingtonpost.fr/medias/article/frederic-beigbeder-s-explique-sur-ces-archives-de-1995-le-montrant-pl

    Il poursuit ainsi : “On va coucher Gabriel avec une gamine de douze ans et demi et nous on va aller voir des putes de 62 ans”. Ce à quoi Frédéric Beigbeder répond en plaisantant “pourquoi on ne ferait pas l’inverse ?” et Gabriel Matzneff de renchérir en riant : “Pour une fois !”. Thierry Ardisson relance encore : “On devrait intervertir, nous avec des gamines de 12 ans et demi et lui il irait avec des prostituées”.

    • L’animateur et producteur Thierry Ardisson est mort à 76 ans des suites d’un cancer | Le Télégramme
      https://www.letelegramme.fr/culture-loisirs/people/lanimateur-et-producteur-thierry-ardisson-est-mort-a-76-ans-des-suites-

      Né le 6 janvier 1949 à Bourganeuf (Creuse), Thierry Ardisson a fait ses armes dans la publicité avec des slogans passés à la postérité, avant de passer sur le petit écran.

      Tel ce skieur qui déclame avec un accent suisse à couper au couteau : « La barre Ovomaltine, c’est de la dynamique ». Il y a aussi « Quand c’est trop, c’est Tropico », « Lapeyre, y en a pas deux », « Chaussée aux Moines. Aaamène… » ou encore « Vas-y Wasa ».

      « Mais j’ai voulu sortir de la pub… À force de vendre des yaourts, on finit par avoir du fromage blanc dans la tête ».
      […]
      Il ne s’était pas fait que des amis dans le milieu : pour Bernard Pivot, il était « tellement mégalo qu’il croit avoir inventé la vulgarité à la télévision ».

      L’écrivaine Christine Angot s’était dite humiliée à plusieurs reprises sur le plateau de « Tout le monde en parle », en se souvenant de rires face à l’inceste qu’elle relate dans son œuvre.

      Lors de sa dernière apparition à la télé, le 10 mai dans « Quelle Époque ! » sur France 2, il avait comparé Gaza à Auschwitz, ce qui avait fait polémique - il avait ensuite demandé pardon à « ses amis juifs ».

      L’homme de télé fut aussi patron de presse, a fait de la radio, produit des séries et des films, et écrit plusieurs livres dont « L’homme en noir », paru en mai. Emmanuel Macron lui avait remis la Légion d’honneur début 2024.

    • « Ironie du sort : la Révolution française est sans pitié : un monarchiste disparaît un 14-Juillet. Ou plutôt : esprit de vengeance contre le promoteur médiatique d’une contre-révolution sur le temps long. »
      « Si les hommages se succèdent au provocateur et à l’inventeur de nouvelles interviews, on peut légitimement s’interroger (comme je l’ai déjà fait publiquement à plusieurs reprises) sur le rôle pas majeur mais certain de Thierry Ardisson dans la fascisation du débat public. »
      « Car ce qui est problématique, c’est son positionnement politique proche de la Nouvelle Droite. Sa promotion people du royalisme s’accompagne de la promotion d’une génération de contre-révolutionnaires comme Marc Édouard Nabe ou Muray qui ont contribué à fasciser le débat. »
      « On parle beaucoup de Zemmour chez Ruquier mais tout est né de Catherine Barma avec Ardisson : tandem quand même de la fascisation du débat public. La contre-culture qu’il a pu promouvoir est véritablement contre-révolutionnaire, il faut le dire. Surtout un 14-Juillet. »

      https://x.com/JFaerber/status/1944696194682192200

    • Légion d’honneur à Ardisson : la gifle, par Christine Angot [avril 2024]
      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/legion-dhonneur-a-ardisson-la-gifle-par-christine-angot-20240412_ZFVFNPPQ

      L’humour-humiliation, c’est le type de « service public » que la télé française a rendu tous les samedis soir à la société pendant tant d’années, et qui se trouve aujourd’hui honorée des mains du Président.

      Dans un système où la respectabilité est indexée sur la richesse, la force, le pouvoir, ceux qui les détiennent ne peuvent que recevoir admiration, sourire, médaille, Légion d’honneur.

      On a changé d’époque. Mais, eux, ils n’ont pas changé d’époque.

      Ils expliquent leur comportement du passé par autres temps autres mœurs. Mais oui bien sûr.

      Le duo de l’époque, c’était Ardisson-Baffie.

      Là, le duo, c’est Ardisson-Macron.

      Thierry Ardisson a reçu la Légion d’honneur le 11 avril de la main du président de la République. C’est une gifle.

      Baffie l’avait annoncée : « Je suis en train de parler, Christine, tu m’écoutes, sinon j’te claque. » Macron la donne, la gifle.

      C’est une gifle d’autant plus puissante qu’elle ressemble à celle du père. Ne dit-on pas qu’on est des enfants de la République ? C’est la gifle du père protecteur, en qui vous avez confiance, et qui vous bat. Ou qui vous viole, ou toute autre façon d’humilier son enfant.

  • Confusionnisme et révisionnisme sont les mamelles de la propagande sioniste : exemple avec ce très bel effort de Libé : « L’étau s’est desserré » : comment intellectuels et artistes ont haussé le ton dans la dénonciation de la guerre à Gaza
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/letau-sest-desserre-comment-intellectuels-et-artistes-ont-hausse-le-ton-d

    Difficile d’imaginer pire bouffonerie : le truc commence en citant Annie Ernaux pour terminer sur BHL qui entend bien « exprimer ses critiques depuis Israël ».

  • Je viens d’apprendre que Madame Horvilleur commence à se demander s’il ne se passerait pas des trucs chelou à Gaza ...

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/gaza-la-rabbine-delphine-horvilleur-sort-du-silence-pour-denoncer-la-fail

    Dans un texte publié sur le site Tenoua, l‘écrivaine reconnaît s’être tue trop longtemps sur les responsabilités de l’Etat hébreu dans « la tragédie endurée par les Gazaouis ». Elle appelle à un « sursaut de conscience ».

    Delphine Horvilleur, à Paris, en 2023. (Laura Stevens/Libération)

    Est-ce un tournant ? Delphine Horvilleur, rabbine, écrivaine, philosophe, avait l’habitude de rendre les coups face à la flambée des discours et des actes de haine contre les Juifs depuis le 7 octobre 2023, que l’agression du rabbin d‘Orléans, en mars, venait une nouvelle fois illustrer. Au lendemain des meurtres du Hamas en Israël, elle s’était dite « terrassée » par le silence et le manque d’empathie témoignés à l’égard des Juifs.

    Un peu plus de quatre mois après l’attaque terroriste, elle publiait Comment ça va pas ? Conversation après le 7 Octobre (Grasset) où elle revisitait son héritage culturel pour tenter de faire face au traumatisme. Parce qu’elle est une personnalité influente du débat public et intellectuel, une voix du judaïsme libéral en France, une femme de gauche qui défend l’universalisme et l’égalité, ses prises de parole comptent.

    #paywall mais pas si grave car le début de cette prose est déjà complètement lunaire.

  • Laurie Laufer, psychanalyste : « Perverses, hystériques, mélancoliques, ces termes ont été inventés pour contrôler le corps et la sexualité des femmes » – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/laurie-laufer-psychanalyste-perverses-hysteriques-melancoliques-ces-terme


    Natalie Clifford Barney tenait salon au début du XXe siècle invitant que des femmes artistes ou écrivaines. (Archives Charmet)

    De nombreux discours savants ont médicalisé et pathologisé, depuis le XIXe siècle, le désir féminin d’émancipation, explique la psychanalyste. Elle en appelle à une pratique analytique plus libre et attentive à la situation matérielle des femmes.
    par Cécile Daumas

    A la fin du XIXe siècle, elles refusaient le mariage et la maternité, voulaient vivre leur sexualité, éprouver leur liberté. Amazones ou petites sœurs de Sappho, Baudelaire voyaient en elles « la modernité ». Plus tard, ce fut Virginia Woolf, Simone de Beauvoir, Monique Wittig qui font entendre leurs voix contre ces discours qui enferment et pathologisent la demande d’émancipation des femmes (hystérie, dépression, perversion).

    Entre mauvaise mère et putain, trois champs sont particulièrement visés : la maternité, la féminité, la sexualité. Ces femmes indociles, célèbres ou invisibilisées sont réduites, dans le quotidien de leur vie, au silence ou à la folie.

    Dans son essai, les Héroïnes de la modernité : mauvaises filles et psychanalyse matérialiste (éditions la Découverte), la psychanalyste Laurie Laufer part de ces « mauvaises filles » pour montrer combien leur audace et leur force bousculent les hiérarchies, les pouvoirs, les inégalités. Des figures libres qui résonnent avec sa propre pratique psychanalytique. Professeure à l’université Paris-Cité, Laurie Laufer est l’une des voix du renouveau de la pratique analytique.

    Dans son précédent ouvrage, Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion (la Découverte), elle soutient que la discipline fondée par Freud doit entendre les nouvelles demandes de la société (homoparentalité, transidentité, émancipation féminine, etc.), évoluer avec son temps. A l’image de ces mauvaises filles, la #psychanalyse initie une démarche de liberté posant la question essentielle des modalités d’un choix libre.

    Qui sont ces « mauvaises filles » qui traversent toutes les époques ?

    Ce sont les #femmes qui n’obéissent pas aux normes sociales et refusent d’être assignées aux rôles de mère, épouse, femme reproductive, hétérosexuelle, monogame. Certaines de ces figures libres sont très connues, Virginia Woolf (1882-1941) ou Simone de Beauvoir (1908-1986), et d’autres, très nombreuses, ont été invisibilisées. Au début du XXe siècle, Natalie Clifford Barney (1876-1972) tient un salon où elle n’invite que des femmes artistes ou écrivaines. Elle vit une passion amoureuse avec la courtisane Liane de Pougy (1869-1950).

    En 1911, Madeleine Pelletier (1874-1939), première femme psychiatre en France, écrit un texte intitulé : « le Droit à l’avortement ». Habillée en homme, les cheveux coupés court, elle estime que l’égalité entre les sexes passe par l’effacement des genres. Elle est dénoncée pour avoir pratiqué un avortement. Sur le point d’être emprisonnée, elle est diagnostiquée délirante. Elle est internée et meurt dans la misère et la solitude en 1939. Dans les années 1950, l’écrivaine Violette Leduc (1907-1972) décrit dans son roman Ravages des scènes d’une violence rare sur l’avortement, alors criminalisé. Toutes ces femmes annoncent les futures mobilisations féministes.

    Pourquoi ces femmes inquiètent-elles la société et le pouvoir des hommes ?

    Selon la société d’alors, elles brouillent les frontières des corps et des sexualités. Dans les années 1920, les garçonnes se coupent les cheveux. Aujourd’hui, dans une perspective différente, ce sont les Iraniennes qui se révoltent contre le port du voile obligatoire et adoptent ce même geste de contestation : elles sortent dans la rue, elles investissent l’espace masculin. Elles sécularisent le corps féminin et la vie des femmes, en les retirant du champ religieux, de ce devoir d’obéissance et de fidélité.

    Ces femmes défient le pouvoir, en visibilisant et érotisant leurs corps. C’est pourquoi je voulais terminer le livre par leurs mots : « Femme, vie, liberté ». Ce qui est insupportable pour le pouvoir patriarcal, c’est l’excès. Elles aiment trop, elles veulent trop, ce « trop-plein » dépasse le cadre défini par l’ordre social et patriarcal. Dans Une sorcière comme les autres, Anne Sylvestre chante : « Forte, vous me combattiez / Faible, vous me méprisiez. »

    Face à elles, vous montrez que de nombreux termes sont créés par les psychiatres et les sexologues pour les contrôler, les disqualifier. Elles sont traitées de folles, d’hystériques, de perverses…

    A partir de l’émergence d’une « science sexuelle » au XIXe siècle (qui deviendra la sexologie), les paroles, les corps, les comportements des femmes vont être diagnostiqués, médicalisés, pathologisés. Le psychiatre allemand Krafft-Ebing (1840-1902) établit un manuel des déviances sexuelles, intitulé Psychopathia sexualis, dont le projet est clair : tout ce qui n’a pas comme visée la reproduction de l’espèce est une déviance. Et comme à l’époque, la femme est le vecteur de la reproduction de l’espèce, tout ce qui sort de ce schéma est hors norme.

    Ainsi, ces femmes ne sont plus habitées par le diable, mais par leurs excès et leurs débordements. Hystérisation et hypersexualisation vont de pair. On invente un catalogue de termes pour contrôler les femmes et les abaisser, les faire rentrer dans l’ordre. On dit qu’elles sont perverses, hystériques, mélancoliques – alors qu’elles veulent simplement vivre, libres. Ces termes constituent ce que j’appelle des camisoles discursives.

    La doxa psychanalytique a aussi produit un savoir très négatif : femme frigide ou mère défaillante, Freud parle de « continent noir »…

    On a longtemps identifié les femmes, c’est vrai, à la carence, au manque, au creux, à la défaillance. Et, selon cette logique, si ce n’est pas une femme manquante, c’est une femme phallique. C’est le résultat de la binarité sexuelle qui ne laisse pas d’alternative au binôme castré phallique. Celle que l’on nomme « femme phallique » l’est parce qu’elle « fait l’homme », qu’elle veut en devenir un. Pourquoi Marthe Hanau (1886-1935) par exemple, première femme banquière dans les Années folles, qui veut gagner de l’argent et rouler en voiture, ferait l’homme ? Y aurait-il une essence, une nature transcendante de la femme ?

    En réalité, à l’époque, la finance était interdite aux femmes, et Marthe Hanau était obligée de s’habiller en costume d’homme pour entrer dans l’antre de la finance, la Bourse. Il y a des contextes sociaux et politiques qu’on ne peut pas ignorer. Ainsi, les féministes matérialistes des années 1970 ont reproché à la psychanalyse de ne pas avoir pris en compte les conditions matérielles dans lesquelles les femmes vivent et d’avoir pathologisé ce qui nous apparaît aujourd’hui être des gestes d’émancipation.

    Vous en appelez justement à une « psychanalyse matérialiste ». Qu’est-ce que cela signifie ?

    Cela signifie ne pas nier les conditions matérielles, les normes et les contraintes propres à chaque contexte. Dans Trois Guinées publié en 1938, Virginia Woolf compare l’éducation et le capital des hommes et des femmes : « Votre classe a été élevée dans des collèges d’élite et dans des universités depuis cinq cents ou six cents ans. La nôtre depuis soixante ans. Votre classe possède de plein droit et non par mariage presque tout le capital, toutes les terres, tous les objets de valeur et tout le patrimoine anglais. Notre classe ne possède aucune part du capital, aucune part des terres et rien du patrimoine anglais, sinon par mariage. Quel psychologue, quel biologiste songerait à nier que de telles différences en entraînent d’autres et considérables dans le corps et dans l’esprit ? »

    La psychanalyse œuvre avec des sujets parlant les mots d’une époque – elle ne peut ignorer, lorsqu’il s’agit d’écouter des voix singulières, les conditions concrètes dans lesquelles les personnes vivent, ni les luttes qu’elles mènent.

    Paradoxalement, c’est en écoutant les femmes que Freud a inventé la psychanalyse, comme vous le relatez dans votre précédent livre Vers une psychanalyse émancipée…

    Effectivement, c’est en les écoutant et en les laissant parler, qu’il a inventé la méthode de l’association libre. Il y avait dans la parole de ces patientes des représentations qui étaient refoulées, interdites, des désirs dont elles ne pouvaient pas parler.

    Contrairement à Charcot qui pensait que les symptômes de ces patientes étaient des lésions organiques, Freud considérait que ces symptômes sont un langage inconscient, qu’ils disent quelque chose du désir de ces femmes et qu’il s’agit alors de dépathologiser ce symptôme, de ne plus l’entendre comme une maladie mais comme une langue du corps.

    Freud n’a eu de cesse de vouloir dépathologiser le fait sexuel dans toutes ses dimensions. L’association libre comme méthode, la dépathologisation comme principe théorique et le dispositif du transfert sont, à mon sens, parmi les piliers d’une pratique analytique à l’écoute de la liberté de chacun·e.

    Pourquoi pensez-vous que ces « figures de la modernité », d’hier et d’aujourd’hui, sont du côté de la psychanalyse ?

    Le langage a des effets sur les corps. Il y a des mots qui tuent, écrivait Monique Wittig (1935-2003). Des mots qui enferment, et d’autres qui rendent libres, permettent d’aimer, défont les frontières et les corps assignés à des rôles de genre. Les paroles de ces femmes, écrivaines ou artistes, sont du côté de l’association libre, comme la psychanalyse doit être du côté de la liberté de la parole. Les figures libres me semblent pouvoir apporter quelque chose à cette discipline qui est devenue moins libre dans sa pratique, c’est-à-dire trop réglée sur des théorisations hors histoire.

    C’est la critique que pouvait en faire Simone de Beauvoir. Il n’y aurait pas de choix libre à cause de ce déterminisme inconscient. Quoi que vous fassiez, ce n’est pas vous. Je trouve intéressant de revenir sur ces questions. Bien sûr il y a des déterminismes inconscients, des choix inconscients, mais je crois qu’il faut, dans le champ de la psychanalyse, travailler à nouveau frais la question d’un choix libre.

    Si une femme ne veut pas avoir d’enfant, pourquoi serait-ce nécessairement une pathologie ? Si elle veut avoir un enfant avec une autre femme, pourquoi serait-ce un problème ? Ces femmes ouvrent les possibles. Elles disent qu’il y a d’autres modèles, comme il y a d’autres modèles psychiques. A les lire, je me suis aperçue qu’elles étaient plus proches d’une pratique de la psychanalyse, par l’esprit de liberté qu’elles insufflent.

    L’analyste est-il dans la possibilité d’écouter cette parole libre ?

    C’est toute la question ! L’analyste lui-même doit entretenir un certain rapport à la liberté, être dans la capacité d’écouter ce qui le dérange. Il, elle s’efforce de sortir d’une pratique analytique qui surdétermine les interdits et les transgressions (supposées), une pratique qui enferme le sujet dans des interprétations savantes.

    André Gide parlait « d’une intolérable odeur de clinique » ! Mais cela suppose que l’analyste crée les conditions de cette liberté associative. Lacan disait que la tâche même de l’analyste est de travailler à ses propres préjugés. L’expérience d’une analyse, c’est l’expérience d’une vie, d’une vie risquée. Ces femmes ont risqué la leur.

    Les Héroïnes de la modernité. Mauvaises filles et psychanalyste matérialiste, de Laurie Laufer, la Découverte, avril 2025, 281 pp., 20 €.

    #livre

  • Claude Lévêque, plasticien accusé de viols sur mineurs : que cette affaire agisse comme un détonateur
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/claude-leveque-plasticien-accuse-de-viols-sur-mineurs-que-cette-affaire-a

    L’icône de l’art contemporain a organisé sa vie et son œuvre pour favoriser son emprise sur ses victimes. Le témoignage de six hommes, aujourd’hui âgés de 35 à 60 ans, doit aider à libérer la parole dans ce milieu hermétique.

    L’homme et l’artiste. Dans le cas de Claude Lévêque, la distinction est presque impossible. Comme le montre l’enquête menée par Libération, le plasticien a tout entremêlé. Toute sa vie et son œuvre sont organisées pour favoriser son emprise et se garantir un vivier de victimes. Cette mécanique implacable vaut à Claude Lévêque, qui a reconnu une partie des faits mais conteste avoir entretenu des relations avec des mineurs de moins de 15 ans, d’être mis en examen depuis 2023, l’enquête judiciaire étant toujours en cours. Les enfants, tous des garçons, ont entre 8 et 14 ans lors des premières agressions sexuelles. Les faits relatés s’étendent sur quatre décennies, de 1979 à 2009 : une suite ininterrompue de violences, au vu et au su de tout un milieu artistique. Souvent présentées comme ses assistants, les victimes l’accompagnent partout, cosignent parfois ses œuvres. Laurent, David (1), Armand, Léo, Jean-Paul (1), Mathias… Ces deux dernières années, Libération a pu recueillir la parole de six hommes, aujourd’hui âgés de 35 à 60 ans. Certains évoquent des faits qui ne seraient pas prescrits. Beaucoup témoignent pour la première fois à visage découvert, afin d’avertir, espérant que des familles puissent protéger leurs enfants d’autres prédateurs.

    Leurs histoires révèlent un mode opératoire bien rodé chez le plasticien, un véritable système vicieux qui piège des familles entières, des fratries, des parents, souvent détruits par la culpabilité. Comme souvent dans ces affaires, on s’interroge : comment un système peut-il perdurer si longtemps sans que personne, jamais, ne parle ? La stature du monument vivant auquel on s’attaque fait taire les témoins, ou détourner les regards. Pourtant, souvent, on découvre a posteriori que certains ont tenté de dire l’indicible. L’artiste a par ailleurs œuvré à effacer ses traces, à manipuler ses victimes même des années après les faits, restant présent dans leur vie pour continuer à exercer son emprise. Espérons que la multiplication de ces « Me Too » aidera les prochains qui s’exprimeront à se faire entendre. Espérons aussi que cette affaire agisse comme un détonateur dans le milieu de l’art contemporain, encore très hermétique à la libération de la parole.

    (1) Les prénoms ont été modifiés.

  • L’Europe décide de s’aplatir brutalement devant les Etats-Unis sur le terrain numérique, mais ce ne sera jamais suffisant - Le Temps
    https://www.letemps.ch/cyber/l-europe-decide-de-s-aplatir-brutalement-devant-les-etats-unis-sur-le-terrai

    Coup sur coup, l’Union européenne a pris plusieurs mesures pour assouplir sa réglementation liée à la technologie. Des amendes réduites sont aussi anticipées pour les géants américains fautifs. Un expert analyse la situation

    Ces russes sont vraiment trop méchants.

  • Cory Doctorow : « Facebook, Instagram, X… plus personne n’aime ces plateformes ! » – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/cory-doctorow-facebook-instagram-x-plus-personne-naime-ces-plateformes-20
    https://www.liberation.fr/resizer/5txWE0Jd5BVIlcGaeobbaCIFoaE=/1200x630/filters:format(jpg):quality(70):focal(1686x1307:1696x1317)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/JHYQQXJJVRHFBNIYEVA5RRUPJI.jpg

    Les Gafam dominent l’univers numérique parce qu’ils ont pu se constituer en monopoles qui retiennent les utilisateurs captifs, souligne le journaliste canadien. Pour les briser, il faut donner aux gens les moyens de quitter ces plateformes sans renoncer aux services qu’elles fournissent.

    « Si on continue d’utiliser [les entreprises de la tech], c’est parce qu’elles ont tout fait pour nous empêcher de les quitter. » (Fräneck/Libération)
    par Nicolas Celnik
    publié le 22 septembre 2023 à 12h52
    Nos vies sont gouvernées par une poignée de brillants entrepreneurs à la tête de géants du numérique. En tout cas, c’est ce que ces derniers aimeraient nous faire croire. En refermant The Internet Con (Verso, 2023), du journaliste spécialisé dans la tech et écrivain de science-fiction Cory Doctorow, on se demande plutôt : « Et si tous les petits génies de la Silicon Valley n’étaient, en fait, qu’un ramassis de perdants pas franchement originaux ? ». Depuis que Google – actuellement en procès pour sa suprématie sur la recherche en ligne – a lancé son moteur de recherche il y a trente ans, ses créateurs n’ont fait qu’enchaîner les échecs – et ont acheté tous les services qui font aujourd’hui leur fortune.

    Si l’entreprise est un géant, c’est surtout parce qu’elle a triché, enfreint les lois, et bénéficié d’une réglementation favorable à la constitution de monopoles, qui lui a permis de multiplier les fusions-acquisitions pour éliminer ses concurrents. Cette hégémonie permet aux Gafam de fournir un service de moins en moins bonne qualité – Doctorow parle de « merdification » (« shitification »), et on comprend sans mal ce qu’il vise. Pour briser ces monopoles, Doctorow propose de rendre obligatoire l’interopérabilité entre plateformes, qui permettrait d’utiliser leurs services sans subir leurs conditions, et donc de les déserter.

    Vous critiquez dans votre livre la « merdification » de Facebook. X (anciennement Twitter) est-il en train de suivre la même pente, depuis son rachat par Elon Musk ?

    La plupart des choses que je n’aimais pas à propos de Facebook sont en train d’être reproduites sur Twitter. Quand je parle de « merdification », je cible le fait que les plateformes maltraitent leurs utilisateurs. C’est ce qu’il se passe quand une plateforme tient ses deux groupes d’utilisateurs captifs : d’un côté, ses « clients », qui sont les annonceurs publicitaires, dépendent de Facebook pour diffuser leurs publicités ; de l’autre, les clients de ces clients, c’est-à-dire les utilisateurs, dépendent de Facebook pour rester en contact avec leurs amis.

    On le voit avec Facebook, Instagram ou Twitter : ça a été des plateformes agréables pour les utilisateurs, on y voyait l’activité de nos amis ou des choses intéressantes, puis l’algorithme a changé, et tout le contenu qui nous était proposé est devenu des pubs, ce qui a fait la joie des annonceurs, puis la rémunération pour les pubs a chuté, et on s’est rendu compte que presque 100 % des annonces sont vues… par des robots. Résultat : plus personne n’aime ces plateformes.

    Pensez-vous que le traitement médiatique des frasques d’Elon Musk est pertinent ?

    Il y a beaucoup de spéculations pour savoir si ce que fait Elon Musk à Twitter est un projet idéologique, s’il cherche à gagner de l’argent, ou s’il fait tout bonnement n’importe quoi. Mais je me méfie de toute tentative de kremlinologie avec lui : j’ai l’impression qu’il est très chaotique, qu’il ne fait pas ce qu’il dit et qu’il ne sait pas ce qu’il fait. Je pense qu’il a annoncé qu’il voulait acheter Twitter à moitié pour faire une blague et à moitié pour faire paniquer les marchés, puis qu’il n’avait plus trop le choix, et la bande d’idiots qui l’entoure lui a dit que ce serait une super idée, alors, il l’a fait !

    C’est un bon argument pour demander moins de concentrations des pouvoirs : loin de l’idée que les entreprises qui réussissent sont celles qui ont le plus de talents ou sont les plus innovantes, c’est une preuve de plus qu’elles réussissent simplement parce qu’elles ont réussi à verrouiller le marché pour éliminer la concurrence.

    Prenez Google : il y a trente ans, ses fondateurs ont eu un éclair de génie et ont créé un super moteur de recherche. Depuis, plus rien. Tous les autres projets qu’ils ont montés depuis trente ans ont été des échecs : un service vidéo (Google Vidéos), un réseau social (Google +), un lecteur de flux RSS… A chaque fois, ils se sont plantés. Alors, ils ont acheté un service vidéo (YouTube), un système de management de serveur, des outils de cartographie (Google Maps), de traitement de texte collaboratif (Google Docs), etc.

    Pratiquement, tout ce qui fait leur fortune aujourd’hui, ce n’est pas eux qui l’ont fait. Mais s’ils ont pu bâtir un tel empire, c’est parce que Google dépense près de 20 milliards de dollars chaque année pour être le moteur de recherche par défaut des appareils Apple, Samsung, etc.

    Le problème des géants du Web, ce sont donc, précisément, que ce sont des géants ?

    Malgré tous les défauts de Facebook, il faut bien reconnaître une chose : il y a beaucoup de petites entreprises qui font des choses bien pires. Spiral Toys fabriquait des peluches dotées d’un micro, et a hébergé des enregistrements de conversations d’enfants, parfois très intimes, sur un site accessible par tous. Mais est-ce qu’il vaut mieux faire la pire des crasses à 10 000 personnes, ou des choses un peu moins pires (enfreindre le RGPD, voler et revendre les données personnelles, s’implanter en Irlande pour ne pas payer d’impôts, etc.) à trois milliards de personnes ? L’un des problèmes aujourd’hui n’est pas que les géants du Web ne sont soumis à aucune régulation, c’est qu’on n’a pas la capacité de déployer et de faire respecter ces régulations.

    Si Google ou Facebook ne sont pas des entreprises si innovantes qu’elles le disent, comment expliquez-vous qu’elles aient réuni une telle puissance ?

    Les entreprises du Web se sont constituées en monopoles incontrôlables pour trois raisons. D’abord, il y a, depuis l’époque Reagan (1981-1989), un affaiblissement des lois anti-monopoles, ce qui a permis aux entreprises de multiplier les fusions-acquisitions, d’écarter tous les concurrents potentiels, et de devenir hégémoniques.

    Ensuite, les entreprises de la tech bénéficient d’une plus grande flexibilité pour adapter leurs produits, ce qui leur permet de tirer profit de leur activité de surveillance, mais aussi de s’adapter aux nouvelles réglementations.

    Enfin, elles ont réussi à verrouiller le marché de sorte que tout ce qu’on essaie pour renverser leur pouvoir soit illégal : prenez l’exemple de OG App, qui proposait aux utilisateurs de faire défiler leur fil Instagram par ordre chronologique et sans publicité – Instagram les a attaqués en justice et a fait disparaître l’application. La combinaison de ces trois facteurs est ce qui rend les géants du numérique si problématiques aujourd’hui.

    Vous dites qu’on ne peut pas « réparer les géants du Web ». Pourquoi ?

    Faisons une analogie. Avant l’arrivée des colons, les Indiens de Californie faisaient régulièrement des feux de forêt contrôlés – ils préparaient des corridors, nettoyaient du bois mort, etc. Quand les colons sont arrivés, ils ont décidé qu’il n’y aurait plus aucun incendie en Californie, ils ont donc arrêté la pratique, puis ils ont urbanisé des zones à risque d’incendie. Résultat : la région est régulièrement décimée par des feux incontrôlables. On a dépensé toute notre énergie à rendre la Californie sûre, et cela complique l’exode de populations qui doivent aujourd’hui fuir ces zones qui risquent la destruction.

    Dire à Facebook ou à Twitter : « Vous devez modérer les contenus haineux de vos utilisateurs », cela revient à dire « il n’y aura plus de feux ici ». Et c’est la meilleure manière de se retrouver face à des feux incontrôlables. Il faut plutôt construire des issues de secours à ces plateformes numériques.

    Ces issues de secours prennent, pour vous, la forme de l’interopérabilité. De quoi s’agit-il, et pourquoi cela vous semble-t-il la bonne solution ?

    Si on continue de les utiliser, c’est parce qu’elles ont tout fait, depuis leur création, pour nous empêcher de les quitter : elles augmentent les « coûts à la sortie ». Si vous quittez Facebook, vous avez toutes les chances de ne pas être invité la prochaine fois que vos amis organisent leur anniversaire. Vous n’allez pas sur Facebook parce que vous aimez Facebook : vous y allez parce que vos amis y sont aussi. Si vous pouviez continuer à échanger avec eux grâce à une autre application, peut-être que vous le feriez. Or des mémos internes montrent que les géants du Web le savent, et qu’ils font tout pour qu’il soit impossible d’utiliser ces alternatives.

    L’interopérabilité signifie ici que vous pouvez utiliser un système différent pour accéder à un même registre : par exemple, que vous pouvez échanger des messages avec vos amis qui utilisent l’application Facebook, depuis une autre application de votre choix. Si on forçait les plateformes à accepter l’interopérabilité, cela pourrait donner naissance à une myriade d’applications qui proposeraient des modèles alternatifs, moins centrés sur la surveillance ou l’économie de l’attention. La preuve que ce phénomène se produirait, c’est qu’il s’est déjà produit (pensons une fois encore à OG App) – mais que c’est la Cour suprême des Etats-Unis qui l’a rendu illégal, à la demande d’Instagram !

    En définitive, qui a le pouvoir pour renverser les géants du Web ? Les citoyens, les consommateurs, les législateurs ?

    Le mot « citoyen » me semble très important ici. On se demande souvent : « Que peuvent faire les consommateurs ? ». Mais en tant que consommateurs, nous ne pouvons pas faire grand-chose. Ce n’est pas un problème qui se règle à l’échelle individuelle, mais systémique : c’est un enjeu qui doit être saisi en tant que communauté de citoyens, qui ont le droit de participer à l’élaboration des règles qui dictent la manière dont ils vivent. Obtenir l’interopérabilité et briser les monopoles se fera donc de la même manière que pour tous les autres conflits sociaux : par le vote, par les manifestations, par la politisation et par la législation – c’est le principe de la démocratie.

    #Cory_Doctorow