« Des scénarios très sombres se dessinent », estime un spécialiste après la capture de Nicolas Maduro au Venezuela | Le Télégramme
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Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste de l’Amérique latine, analyse les raisons qui ont conduit les États-Unis à renverser Nicolas Maduro et les scénarios qui s’ouvrent désormais.
Pour quelle raison avez-vous le sentiment que Donald Trump a décidé d’enlever le président vénézuélien Maduro ?
Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris : Il s’agit de l’aboutissement d’une dynamique engagée depuis plusieurs mois. Début septembre, les États-Unis ont concentré une importante force militaire dans la région, activé la CIA et fermé l’espace aérien vénézuélien. Ce sont des étapes peu spectaculaires, mais qui ont préparé le terrain à l’opération de cette nuit.
Pourquoi maintenant ?
Trump avait besoin de reprendre la main sur l’agenda international aux premiers jours de 2026. Il voulait montrer qu’il avait réglé le problème, et faire la démonstration de l’hyperpuissance américaine. Clairement, il réussit parfaitement à sidérer le monde et occuper l’espace médiatique. Par ailleurs, il a sans doute estimé que les échanges avec Caracas n’avaient plus d’issue et qu’ils ne permettraient pas de dépasser la situation figée. Son entourage proche, tenant d’une ligne dure, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, l’a vraisemblablement conforté dans ce choix. L’opération semble s’être déroulée avec une telle facilité qu’on ne peut exclure l’existence de complicités internes.
Quid de la question du narcotrafic, n’est-ce pas qu’un prétexte ?
C’est clairement un prétexte. La corruption et la porosité entre une partie de l’appareil d’État et les réseaux criminels sont avérées, mais cela ne suffit pas à qualifier le Venezuela de narco-État. Le pays n’est pas producteur de drogue et ne fait essentiellement que servir de zone de transit pour des stupéfiants venus de Colombie.
Cette accusation a surtout permis à Trump de construire une vérité alternative, très conforme à sa méthode. Nicolas Maduro n’est pas El Chapo Guzmán. Tout cela relève largement de la propagande. On sait désormais que Maduro et son épouse devront comparaître devant un tribunal américain. Ce sera alors l’occasion de juger les preuves présentées contre lui.
Trump affirme que les USA vont « diriger » le Venezuela, y compris ses champs pétroliers. En a-t-il réellement les capacités face à ce qu’il reste du régime ?
Il faut prendre au sérieux ce que dit Trump. Cela signifie qu’il exclut l’idée de laisser en place un gouvernement issu du chavisme. Il ne veut pas simplement affaiblir le régime mais l’éliminer totalement. Cela implique que ses dirigeants soient arrêtés ou contraints à l’exil, et qu’il soit prêt à pousser plus loin l’affrontement militaire. Est-il capable d’occuper le pays le temps d’organiser une transition politique ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, il ne semble pas disposé à négocier. Des scénarios très sombres se dessinent. Soit l’armée vénézuélienne obtempère, soit elle confisque le pouvoir et se replie dans une logique de forteresse. Dans ce cas, le pays pourrait basculer vers une trajectoire comparable à celle de la Libye ou de la Syrie.








