• Les histoires d’a(uteurs) finissent mal, en général – Libération
    https://www.liberation.fr/culture/les-histoires-dauteurs-finissent-mal-en-general-20210419_SE64562FZJFWVNTR
    https://www.liberation.fr/resizer/BAuS-8Owq_qoxYDFHCaHJ5xj6p4=/1200x630/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/BP5IWUM5KJASXNY75B5UAB45BI.jpg

    Vous savez ce que font les artistes-auteurs quand ils se retrouvent à passer un week-end avec d’autres artistes-auteurs ? Ils se racontent des histoires d’artistes-auteurs. Des bras de fer aberrants avec des éditeurs pour arracher 1 ou 2% de droits. Des commandes absurdes et irréalistes. Des projets pour lesquels ils n’ont toujours pas été payés. Des structures qui ont essayé par tous les moyens – flatterie, affect, coups de pression, tromperie – de les faire travailler gratuitement. Des œuvres traitées n’importe comment – maquettes à la truelle, pages inversées, impression hasardeuse – par une chaîne de prestataires externes qui croulent sous les demandes. Il n’a jamais été aussi simple qu’aujourd’hui de se renseigner, se documenter, connaître les coulisses de n’importe quel secteur et, si nécessaire, les dévoiler, exprimer son désaccord de manière forte et visible, élaborer des ripostes, réfléchir à des améliorations. Mais rien ne change. Quels que soient son statut, son âge, son pa…

    #paywall

    • Vous savez ce que font les artistes-auteurs quand ils se retrouvent à passer un week-end avec d’autres artistes-auteurs ? Ils se racontent des histoires d’artistes-auteurs. Des bras de fer aberrants avec des éditeurs pour arracher 1 ou 2% de droits. Des commandes absurdes et irréalistes. Des projets pour lesquels ils n’ont toujours pas été payés. Des structures qui ont essayé par tous les moyens – flatterie, affect, coups de pression, tromperie – de les faire travailler gratuitement. Des œuvres traitées n’importe comment – maquettes à la truelle, pages inversées, impression hasardeuse – par une chaîne de prestataires externes qui croulent sous les demandes. Il n’a jamais été aussi simple qu’aujourd’hui de se renseigner, se documenter, connaître les coulisses de n’importe quel secteur et, si nécessaire, les dévoiler, exprimer son désaccord de manière forte et visible, élaborer des ripostes, réfléchir à des améliorations. Mais rien ne change. Quels que soient son statut, son âge, son parcours, l’artiste-auteur a toujours une dizaine d’histoires de ce genre à raconter et, malgré l’expérience qui rentre ou la notoriété qui vient, doit continuer à tout faire pour les éviter.

      Inoffensif coup de vernis

      Le rapport remis en janvier 2020 par Bruno Racine au ministre de la Culture d’alors, Franck Riester, avait suscité énormément d’espoirs, prescrivant la mise en route de chantiers cruciaux tels que la création d’un statut professionnel dédié et la mise en place d’un taux minimal de droits d’auteur. Las, il a fini pour l’essentiel dans la corbeille. En mars, sa successeuse, Roselyne Bachelot, choisissait de n’en garder que des miettes – choix salué au passage par les gros acteurs du secteur, trop contents de cet inoffensif coup de vernis sur le statu quo.

      Dans la foulée, Samantha Bailly, présidente de la Ligue des auteurs professionnels, qui avait porté le dossier avec intensité depuis trois ans, cessait tous ses mandats, dénonçant un « mépris pour la parole des auteurs et autrices » et, au-delà même, pour « le dialogue social ». Un choix qui tenait moins de la résignation que de la colère et qui a trouvé samedi un nouvel écho dans les pages du Monde, sous la forme d’une tribune signée par un collectif d’auteurs et représentants d’organisations professionnelles, dont Samantha Bailly, dénonçant les « bricolages » et « mesurettes » du ministère et concluant que les artistes-auteurs se voyaient, de fait, « exclus du droit commun ».

      Grands raouts utopistes

      Suprême ironie, cette fin de semaine tombait quasi simultanément un appel à contributions pour illustrer le songbook le Suprême de -M- du chanteur Matthieu Chedid. La rétribution des heureux élus retenus pour le projet final ? Leur photo dans le livre, une cession de droits gracieuse et une remise de 30% sur le prix de vente de l’objet (frais de port non inclus). Annonce retirée ce matin, après que le chanteur a fait part de son désaccord sur la proposition, selon toute vraisemblance rédigée par son éditeur sans son consentement.

      On salue le geste. Qui ne représente finalement, lui aussi, guère plus que quelques miettes. Un an après les élans de solidarité spontanée et les grands raouts utopistes vantant le « monde d’après », quelles figures populaires oseront se faire l’image et les voix de ce combat nécessaire pour l’amélioration des droits sociaux des créateurs ? Qui prendra le risque de mettre un coup de pied dans les rafistolages administratifs sur lesquels se repose une poignée au détriment de milliers d’autres ? Qui pour changer le scénario désespérément prévisible des histoires que les artistes-auteurs se racontent le week-end ?

  • Anita Lane s’enfuit d’ici jusqu’à l’éternité – Lelo Jimmy Batista.Libération
    https://www.liberation.fr/culture/musique/anita-lane-senfuit-dici-jusqua-leternite-20210430_NR2UHZEYPNEN7P6JGJMGL5G

    « C’était, de loin, la plus talentueuse et la plus intelligente d’entre nous », disait d’elle le musicien Nick Cave ce jeudi matin. La plus discrète et la plus injustement ignorée, aussi. Née à Melbourne à une date oubliée en chemin, quelque part en 1960, #Anita_Lane a d’abord été connue comme la collaboratrice et compagne du chanteur australien, qu’elle a rencontré en école d’art au milieu des années 70. Quittant l’Australie pour l’Europe où Cave s’établit début 80 avec son groupe The Birthday Party dans l’optique de conquérir un plus large public, elle signera plusieurs titres sur leurs deux albums, Prayers On Fire et Junkyard, et fera par la suite partie de la première mouture des Bad Seeds , qu’elle quittera rapidement, son histoire avec Cave prenant fin.

    Elle continuera toutefois à écrire et jouer pour lui et sa bande – on lui doit quelques morceaux phares du groupe tels que Stranger Than Kindness ou From Here to Eternity, ainsi que nombreux titres et projets avec Blixa Bargeld, Kid Congo Powers, Barry Adamson et Mick Harvey . Qui, tous, lui rendront la politesse au moment où elle entamera sa malheureusement trop courte carrière solo, limitée, malgré le soutien indéfectible du label Mute, à deux albums : Dirty Pearl en 1993, version langoureuse, enfumée et ultra-sexuée des premiers Bad Seeds, et Sex O’Clock en 2001, disque plus accessible et orchestré, passé inaperçu par on ne sait quel navrant coup du sort. Après plusieurs années à naviguer entre Berlin, le Maroc et la Sicile, elle retournera définitivement s’installer en Australie en 2008, avec ses trois enfants, dans la banlieue de Melbourne. Elle est décédée mercredi, à l’âge de 61 ans.

    https://www.discogs.com/artist/101667-Anita-Lane

  • Sur le Web, des musées nationaux en mal de résolution
    https://www.liberation.fr/culture/arts/sur-le-web-des-musees-nationaux-en-mal-de-resolution-20210429_RKMGCCXJKJB

    C’est la base, si vous rêvez de faire carrière dans le milieu de l’histoire de l’art en France : savoir qu’un sujet de recherche se choisit autant en fonction de son intérêt que de son budget. Ecoutez donc les conseils de cette doctorante : « Picasso ou Matisse, par exemple, c’est l’enfer, évitez. Certains artistes contemporains, j’en parle pas. » Dans une profession où le graal reste d’être publié, dans un ouvrage illustré tant qu’à faire, vos recherches pourraient vous coûter le prix d’un cœur artificiel en droits de reproduction à verser aux ayants droit, et l’équivalent d’un CDI temps plein pour trouver les financements. De toute façon, sans même parler de publication, vous aurez besoin au quotidien de zoomer à l’extrême sur une touche de pinceau, de stocker des images, les découper, les coller, les manipuler, les regrouper pour mettre en valeur les traits saillants d’un style… Il vous faudra donc des reproductions en haute définition (HD) et là, accrochez-vous pour les obtenir…

    (repéré par @diala)

  • La production cinématographique aurait évité une hécatombe en 2020
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/03/30/la-production-cinematographique-a-evite-une-hecatombe-en-2020-selon-le-cnc_6

    [Résumé de Libé] Parue ce mardi 30, l’étude statistique annuelle du Centre national du #cinéma (#CNC) sur la production tire l’âpre bilan de la crise : chute de 20% de films français agréés en 2020, plongeon de 30% des investissements (l’apport financier de Canal+, principal argentier de la filière, atteint son plus faible niveau depuis 1994 avec 34 films co-financés en moins). S’agissant des coproductions internationales, en recul de 24%, la dégringolade des financements étrangers se chiffre à 54%. Victimes de l’incertitude économique, les productions à gros budget sont particulièrement touchées – les devis à plus de 5 millions d’euros n’ont pas été aussi rares depuis 2000. Au regard du carnage redouté, le CNC note toutefois que les mesures d’aide publique (notamment la majoration des soutiens aux producteurs) ont permis de sauver les meubles.

    • De #Netflix au net flop
      https://www.liberation.fr/culture/cinema/de-netlflix-au-net-flop-20210330_M3YVHZ7G4FBAHNVNAEKX22NXQ4

      Tout ça pour ça. On attendait un scoop, on a eu un mug. On guettait l’annonce de « temps forts » depuis des jours prédits, dramatisés à coup de mailings, de promesses de secret gardé, d’infos de première main enfin divulguées au matin avec lien strictement personnel d’accès en ligne et code d’agent secret, on scrutait les nouvelles de Netflix et son line-up du feu de Dieu au milieu d’un cinéma mondial en panne, on se réjouissait d’avance des souris vandales dansant seules en selle avec de nouveaux « contenus » sur leur plateforme de bon gros gruyère – on vint, on vit, en vain.

      Au lieu d’un projet d’envergure, d’une intuition en tête chercheuse et commerciale, et qui sait même, d’une perspective esthétique, on a eu un grand carton enrubanné et vide, n’était une épaisse garniture de tortillons noirs. Agenda déjà connu (les annonces des prochains films US d’Adam McKay et de Zack Snyder, ou ledit « come-back » en France d’Alexandre Aja avec un film claustrophobe intitulé Oxygène), une carte de visite chiadée tendue sous nos yeux mais d’identité réelle aucune trace, nulle part. Et pour seul vrai bonus, un joli lapsus : en saluant le début de collaboration fructueuse entre le siège hexagonal de la plateforme américaine et la Cinémathèque Française, il fut question de la restauration de ce « chef-d’œuvre du cinéma français, le Abel Gance de Napoléon ». Netflix, morne plaine.

      On espérait un renouvellement, on a eu Dany Boon. On se prenait à croire à une ligne de production sachant évoluer par vases communiquants entre cartons garantis et audaces subséquentes, on a eu Lupin la suite, Van Damme l’éternel retour, Fanny Herrero (madame la vraie créatrice de ce qui se fit de mieux au cours des premières saisons de la série Dix pour cent) pour une série non datée, en plongée dans le stand-up à la française et qui promet de s’intituler Drôle, un remake d’un film coréen (Hard Day) pour un premier film (audace) d’un vieux venu (adieu l’audace), Régis Blondeau, chef op de films aussi réputés que Les Profs 1 puis 2, ou Gaston Lagaffe… et puis rien, désert, paroles vagues, promesses de préfinancements, projections fantômes de copro pour des films sans salles « quoi qu’il en coûte ». Projets ectoplasmes sans existence avant 2022 voire 2023 et formules marketing – mots-clés accumulés : fédérer un public le plus large possible sans se priver d’une grande variété de contenu qui n’oublierait pas la diversité des thématiques fortes telles que LGBTQ+, richesse du cinéma de genre (thriller, action, etc) à la mode nationale. On attendait, allez, un petit parfum de Ciby 2000 en complément du béton, de l’esprit Canal grande époque au lieu de la culture TF1, des signatures d’auteurs pour le prestige, à tout le moins, comme on eu Lynch, Campion, Altman, Almodovar, dans les nineties, et récemment chez sa grande sœur ricaine Fincher, Baumbach, Cuarón ou Scorsese, mais Netflix France, et ses effets d’annonce proche du rien, a fait flop ce matin.

      Non content de n’annoncer que des béton-busters et des têtes d’affiches zéro risque archi-matelassées, Netflix confirme vouloir faire valoir son droit à l’accès aux aides de l’État, au CNC, aux fonds de soutiens et avances producteurs sur recette que le système « vertueux » est censé dédié aux plus fragiles – avec puissance dix de fragilité en nos temps de covid – , aux indépendants, aux audacieux et aux seuls films appelés, un jour ou l’autre, à connaître une vraie sortie, attestée, effective, réelle, en salle. Pas en orbite directe sur la plateforme de nos nuits noires. La trinité Netflix-Dany Boon-CNC serait-elle la panacée avérée, de qui resterait-il à se moquer ? Le torchon brûle, doucettement, à bas bruit mais inexorablement, dans le cinéma devenu Pompéi consumé de ses propres braises. En attendant, la seule vraie et authentique beauté arrive sans crier gare sur Netflix (qui l’a récupéré faute de réouverture donc de sortie en salle), sans effet d’annonce mais sous embargo total d’ici vendredi : Madame Claude de Sylvie Verheyde.

    • Blue Collar 1978
      https://www.youtube.com/watch?v=Um3l6NQj7Z8

      https://en.wikipedia.org/wiki/Blue_Collar_(film)
      Film très drôle et brutal qui donne une image du syndicalisme étatsunien qui m’a convaincu de faire la paix avec tous nos syndicats social-démocrates pourtant assez chiants.

      Blue Collar is a 1978 American crime drama film directed by Paul Schrader, in his directorial debut. Written by Schrader and his brother Leonard, the film stars Richard Pryor, Harvey Keitel and Yaphet Kotto. The film is both a critique of union practices and an examination of life in a working-class Rust Belt enclave. Although it has minimal comic elements provided by Pryor, it is mostly dramatic.

      Schrader, who was a screenwriter renowned for his work on Taxi Driver (1976), recalls the shooting as being very difficult because of the artistic and personal tensions he had with the actors (including the stars themselves). Schrader has also stated that while making the film, he suffered an on-set mental breakdown, which made him seriously reconsider his career.

      The film was shot in Detroit and Kalamazoo, Michigan.

      Checker Taxi - Wikipedia
      https://en.wikipedia.org/wiki/Checker_Taxi

      The Checker, particularly the 1959–82 Checker A series sedans remain the most famous taxicab vehicles in the United States.[citation needed] The vehicle is comparable to the London Taxi in its internationally renowned styling, which went largely unchanged from 1959 to keep production costs down.

      #syndicalisme #USA #taxi #rust_belt

  • Lora Webb Nichols Photography Archive

    About Lora

    Lora Webb Nichols (1883-1962) created and collected approximately 24,000 negatives over the course of her lifetime in the mining town of Encampment, Wyoming. The images chronicle the domestic, social, and economic aspects of the sparsely populated frontier of south-central Wyoming.

    Nichols received her first camera in 1899 at the age of 16, coinciding with the rise of the region’s copper mining boom. The earliest photographs are of her immediate family, self-portraits, and landscape images of the cultivation of the region surrounding the town of Encampment. In addition to the personal imagery, the young Nichols photographed miners, industrial infrastructure, and a small town’s adjustment to a sudden, but ultimately fleeting, population increase.

    As early as 1906, Nichols was working for hire as a photographer for industrial documentation and family portraits, developing and printing from a darkroom she fashioned in the home she shared with her husband and their children. After the collapse of the copper industry, Nichols remained in Encampment and established the Rocky Mountain Studio, a photography and photofinishing service, to help support her family. Her commercial studio was a focal point of the town throughout the 1920s and 1930s.

    http://www.lorawebbnichols.org/learn-more

    https://digitalcollections.uwyo.edu/luna/servlet/uwydbuwy~6~6

    #photographie #LoraWebbNichols #Wyoming #usa #west #pionier #ouest

  • Affaire Claude Lévêque : les résidences de l’artiste sous un nouveau jour – Libération
    https://www.liberation.fr/culture/arts/art-contemporain/affaire-claude-leveque-les-residences-de-lartiste-sous-un-nouveau-jour-20

    Grande proximité, comportement « obsessionnel »… Depuis la plainte pour « viols sur mineurs » déposée contre le plasticien, ses interventions auprès d’enfants dans une école et un service de psychiatrie interrogent. « Libération » révèle qu’il avait tenté d’obtenir les coordonnées d’un adolescent auprès de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.

    #paywall

    • C’est la première fois qu’un artiste était invité en résidence dans une école élémentaire. Et quel artiste ! Claude Lévêque, qui avait représenté la France à la Biennale de Venise en 2009, et dont l’aura débordait désormais les cercles d’initiés de l’art contemporain. Pas dans n’importe quelle école non plus : un établissement situé dans le quartier très populaire de la Goutte-d’Or, à Paris, l’école Pierre-Budin. Comme le détaillait la proposition d’allouer en 2012 une subvention de 3 000 euros à l’association participante, Reg’art de Paris, soumise par la direction des affaires culturelles de la mairie de Paris au Conseil de Paris, « la résidence de l’artiste Claude Lévêque vise à provoquer un élan positif chez les élèves, pour la plupart enfants de migrants, vivant pour beaucoup dans la précarité ». « Soyons clairs, on est en pleine Goutte-d’Or, avec familles de niveau socioprofessionnels très divers, une certaine misère culturelle, et là, on nous regarde, on s’occupe de nous, un artiste vient : c’était vu comme quelque chose de positif et valorisant pour l’école », se souvient un membre de l’équipe pédagogique.

      Depuis la révélation, début janvier, d’une plainte pour « viols sur mineurs » déposée à l’encontre de Claude Lévêque par un autre artiste, Laurent Faulon, au tribunal de Bobigny - révélation qui a agi comme un séisme dans le milieu de l’art contemporain, en plein examen de conscience sur une éventuelle omerta de longue durée dont aurait pu bénéficier l’artiste -, la belle histoire se retrouve un peu entachée. Claude Lévêque bénéficie de la présomption d’innocence et son avocat, maître Emmanuel Pierrat, a envoyé un droit de réponse qualifiant « d’allégations mensongères » les informations publiées par le Monde le 10 janvier et reprises par Libération les 11 et 12 janvier. Il n’a pas souhaité s’exprimer pour cet article. Mais comme le résume Téa Romanello, de l’association Reg’art de Paris, qui en 2012 organisait déjà depuis quelques années des interventions d’artistes à l’école : « Si ce qu’on dit est vrai, alors ça salit toute la beauté du travail qu’on peut faire avec des enfants. »

      L’artiste, lorsqu’il fut contacté pour le projet, s’était montré « facile, accessible, réactif », se souvient-elle. En bref, fidèle à sa réputation « engagée » vantée partout. Tea Romanello n’a pas fait partie de l’équipe d’encadrement au quotidien, mais avait été à l’initiative de l’aventure. D’autres traces, dont le catalogue de l’exposition aux éditions Manuella, mettent en avant le rôle du directeur de l’école, Pierre Perrin, dans le choix de l’artiste (il n’a pas souhaité s’exprimer pour cet article - « ça sera la police, pas les journalistes »). L’année précédente, l’école avait accueilli en résidence informelle le sculpteur Jean-François Fourtou, représenté par le compagnon de Pierre Perrin, qui travaille dans l’art, lequel avait installé un bestiaire de sculptures dans l’appartement de fonction inoccupé de l’école. Les années suivantes, les artistes Chourouk Hriech et Malachi Farrell y seront aussi invités. Mais aucune résidence n’a joui des mêmes retombées que celle de Claude Lévêque, que ce soit en milieu scolaire (comptes rendus louangeurs dans des publications spécialisées type Liaisons laïques ou Après-demain, la revue de la Fondation Seligmann), artistique (l’exposition qui en résulta fut chroniquée par le Quotidien de l’art) ou grand public (le Parisien). Et le vernissage de « Seasons in the Abyss », mécénée par LVMH et Agnès b., fut un petit événement, aux dires de personnes y ayant assisté, avec vigiles et Tout-Paris de l’art.

      « J’avais trouvé ça saugrenu »« J’avais trouvé ça saugrenu »« J’avais trouvé ça saugrenu »Dans une vidéo qui rend compte de l’expérience, les enfants s’amusent et sourient, l’on observe les vitres noircies de l’appartement de fonction où s’était installé Claude Lévêque pour travailler, et où il recevait, en dehors des heures de cours, les enfants par groupe de cinq ou six, « pour que ça soit hors système de classes », explique-t-il. « J’adore les enfants, en général j’ai vraiment un bon feeling avec eux, mais l’idée c’était de les traiter comme des interlocuteurs à part entière, comme des professionnels, parce que moi je ne voulais absolument pas faire de la garderie ou de l’animation », précise-t-il. Et, de fait, une parent d’élève se souvient d’une résidence « hyper chouette », d’une visite aux archives, d’un travail « pertinent », d’enfants qui « l’adoraient ».

      Claude Lévêque à Paris le 6 octobre 2015. (Audoin Desforges/Libération)

      Désormais, cette même parent d’élève partage des doutes, qu’elle avait eus à l’époque ou qui se sont cristallisés depuis. Elle avait tiqué tout de suite, comme beaucoup d’autres parents, sur le néon « J’ai peur » réalisé par l’artiste avec l’écriture d’un des enfants, qui avait été accroché au-dessus de la porte d’entrée de l’école et qu’elle trouvait incongru à cet endroit. Ce type de néon est caractéristique de l’oeuvre tardive de Lévêque. A sa mutation, le directeur de l’école, Pierre Perrin, est parti avec, sans que les parents d’élèves ne comprennent pourquoi. « Même si à la lumière de ce qu’on sait maintenant, on est plutôt contents », ajoute-t-elle.

      Elle se rappelle aussi s’être demandé pourquoi l’artiste avait prié les enfants de partager des objets intimes, et pourquoi il avait choisi de visiter les appartements de certaines familles, dont elle a désormais l’impression qu’elles étaient ciblées car elles étaient les plus démunies et issues de l’immigration. Pourquoi les cartons d’invitation furent envoyés en priorité au ministère de la Culture, quand les familles ont dû « se battre » pour en avoir. Pourquoi l’artiste manifestait si ostensiblement qu’il avait des chouchous, « toujours des garçons ». « Il n’y avait rien de choquant, simplement, quand on a lu l’article du Monde, où il était écrit que "tout le milieu de l’art savait", on s’est interrogés. Le compagnon du directeur [qui n’a pas répondu à nos demandes de commentaire, ndlr] était dans l’art, et Claude Lévêque, par la suite, a été leur témoin de mariage ».

      Travailler avec les enfants en dehors des horaires de coursTravailler avec les enfants en dehors des horaires de coursTravailler avec les enfants en dehors des horaires de coursUne autre mère, enthousiaste sur la résidence et très étonnée par les révélations, raconte que son fils - mis en avant dans les photos de Lévêque - et un de ses amis - lui aussi très sollicité par l’artiste - avaient été invités par le directeur de l’école à un vernissage de l’artiste en province. Pierre Perrin avait finalement retiré son invitation peu après, « car le vernissage allait se finir tard, et les enfants seraient seuls à l’hôtel ». Claude Lévêque était passé chez eux lorsque son fils souffrait d’une angine, et lui avait apporté un livre, ce qu’elle avait trouvé très gentil. « Il avait les numéros de téléphone de tout le monde », détaille-t-elle, assurant que son fils n’a jamais eu à souffrir de son contact avec l’artiste.

      « J’avais trouvé ça saugrenu, cette invitation à deux enfants, se souvient un membre de l’équipe pédagogique de l’époque. Inviter une classe en sortie scolaire à la limite, mais pourquoi juste deux enfants ? » Cette même personne s’est étonnée, deux ans plus tard, de voir ces mêmes enfants au vernissage de l’éclair rouge réalisé par Claude Lévêque pour le musée du Louvre. « Quand j’ai dit ça autour de moi à mes collègues, on m’a dit que je voyais le mal partout, se souvient cette personne. Mais cela me dérangeait, cette promiscuité chez cet homme. Elle n’est pas nécessaire. Par la suite, on a vu d’autres artistes à l’école qui n’avaient pas cette familiarité. On nous demande à nous d’avoir une certaine distance, de ne pas toucher les enfants, et lui les prenait sur les genoux, leur touchait les épaules, les cheveux, se faisait appeler "Tonton" dans la cour. Je lui ai dit, il m’a répondu qu’il n’était pas l’enseignant. »

      Depuis les révélations du Monde et de Mediapart, cette personne dit avoir fait un signalement au juge d’instruction : « J’espère que mes doutes ne prouveront rien, je l’espère grandement. Mais il n’est pas normal qu’on ait pu lui donner la possibilité de travailler seul avec des enfants de l’école dans un lieu clos. » Etait-il habituel qu’un artiste ait les coordonnées des familles de l’école, puisse les appeler et passer les voir, et puisse aussi travailler avec les enfants en dehors des horaires de cours ?? Le rectorat n’a pas donné suite à nos sollicitations.

      L’éclair rouge installé par Claude Lévêque au musée du Louvre, à Paris. (François Guillot/AFP. ADAGP)

      Les circonstances d’une autre résidence, antérieure, effectuée par l’artiste, cette fois-ci dans les services de psychiatrie infanto-juvénile d’un hôpital en région parisienne en 2005 et 2006, laissent penser que le contact « hors cadre » avec les enfants recherché par l’artiste à la Goutte-d’Or était une habitude. Lors de ces deux années, l’artiste a travaillé avec deux groupes de huit à dix jeunes qui ont participé à l’élaboration d’une de ses expositions, sont allés avec lui à la rencontre de ses oeuvres au centre Pompidou ou au Palais de Tokyo, et, clou de l’expérience, assisté grâce à lui dans les tribunes parisiennes au feu d’artifice du 14 Juillet. Les soignants furent si contents de l’implication de l’artiste et des effets ressentis que la résidence fut reconduite pour un an.

      Et du côté de l’artiste, deux installations semblent en avoir été nourries - le Grand Sommeil au MAC /Val en 2006, avec ces lits d’hôpital lumineux au plafond, où le chargé communication et culture de l’hôpital à l’époque de la résidence de l’artiste croit reconnaître ceux de son établissement. Et le Crépuscule du jaguar, en 2007, qui a fait partie d’un dispositif in situ au Moulins Albigeois dans le Tarn, et dont la vidéo sera acquise par la Maison européenne de la photographie, à Paris. L’établissement la décrit ainsi : « L’oeuvre a été réalisée par l’artiste pendant une période de deux ans, dans un hôpital pour enfants souffrant de troubles psychiques. Les yeux ne clignent pas, ne se ferment jamais. L’oeil est vu à travers un oeilleton et, comme dans un miroir. » Aux dires d’une des personnes associées au projet, « le résultat avait été génial ». Génial, et depuis aucune remontée, aucun témoignage, selon l’hôpital, n’est venu contredire cette conclusion.

      « Hors de question de donner les coordonnées »Mais il y avait eu cette demande incongrue de Claude Lévêque, inhabituelle dans ce type de résidence, qui est venue titiller la mémoire de cette personne, depuis la révélation de la plainte pour « viols sur mineurs » déposée contre l’artiste. A la fin de la résidence, « il est devenu complètement obsessionnel sur un des gamins, se souvient cette personne, et voulait absolument continuer à "l’aider », disait-il". Claude Lévêque cherchait à obtenir le nom et les coordonnées d’un patient adolescent, ce qui lui a été refusé - les intervenants extérieurs n’ont jamais accès aux noms de famille et aux pathologies des patients, explique aujourd’hui l’hôpital. Bille en tête, l’artiste écrit alors à la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot-Narquin, pour que lui soit faite cette exception, dans un courrier d’août 2007, jugé « hystérique » par un des destinataires en copie.

      Intitulée « Avis de recherche », la lettre de l’artiste, à laquelle Libération a eu accès, commence par détailler les modalités de la résidence, la liste des projets artistiques de Claude Lévêque abordés par les patients lors de rencontres (au centre Pompidou, au MAC ?/Val, au centre d’art de Château-Thierry...) et tous les bienfaits pour ces enfants, « particulièrement réceptifs à mon univers. [...] Leurs arguments éclairés résumaient sans ambages mes contenus, alors que certains spécialistes manient des codes pour y parvenir ». Des échanges qui selon Claude Lévêque l’ont « enrichi à tel point que ma réflexion s’est étoffée de cette expérience ».

      Décrivant ensuite une « affinité » qui se serait établie entre « un adolescent du groupe » et lui-même, Claude Lévêque raconte que l’hôpital a organisé, « pour lui seul, sa venue lors du vernissage » de son exposition « Looping » au centre d’art de Pougues-les-Eaux, « moments de lien social particulièrement précieux » pour cet adolescent, selon l’artiste. Le patient, sans parents, et dépendant « sans doute » de l’aide sociale à l’enfance, explique Claude Lévêque, avait depuis été transféré dans deux établissements consécutifs, et l’artiste était sans nouvelles de lui, malgré des demandes répétées de mise en contact auprès de l’hôpital. « Si je me permets de vous parler de cette rencontre c’est que je suis très inquiet sur sa santé et sur son devenir. Auriez-vous la possibilité d’intervenir pour me faciliter la mise en relation avec les responsables [du jeune garçon], afin de savoir comment il va et ce qu’il devient. »

      Au ministère, la démarche est jugée « bien curieuse », lit-on dans la note rédigée alors. L’hôpital est contacté, le centre d’art également, l’artiste est confronté, et il explique, selon une personne qui a eu connaissance de l’échange, qu’il était « d’extraction populaire » et savait « qu’une rencontre peut changer l’avenir de quelqu’un ». A l’hôpital, aujourd’hui, les accompagnants aux ateliers de l’époque n’ont aucun souvenir de ce courrier, mais l’on juge peu probable qu’un voyage ait été organisé pour un seul patient ? ; en tout état de cause, il aurait été accompagné par un ou plusieurs soignants. La directrice des soins de l’époque, contactée par les services du ministère de la Santé, avait alors été très ferme ? : on lit dans la note qu’il était « hors de question de donner les coordonnées du jeune garçon à M. Lévêque qui n’a aucun lien avec lui et aucun droit ».

      Reviennent en mémoire les propos de Laurent Faulon et d’un autre homme qui explique aussi avoir été victime de l’artiste, rapportés par Mediapart dans son enquête. Notamment ceci ? : « Pendant longtemps, j’ai pensé que c’était une chance d’avoir rencontré ce type, d’avoir pu changer de classe sociale. Il s’était attaqué à une famille prolétaire, il arrivait avec une promesse de culture, d’évasion », expliquait Laurent Faulon lors de son audition. « Avec Claude Lévêque, on avait l’impression d’entrer dans un monde privilégié, merveilleux, relate le second. Il y avait la culture, la musique, les vêtements, il tirait des feux d’artifice la nuit en forêt. J’ai pensé qu’il fallait payer de ma personne. »

      #Claude_Lévêque

  • Bill Watterson, créateur de « Calvin et Hobbes », Grand Prix d’Angoulême - Libération
    http://www.liberation.fr/culture/2014/02/02/bill-watterson-calvin-et-hobbes-grand-prix-d-angouleme_977223

    Raffa

    Bill Watterson, créateur de « Calvin et Hobbes », Grand Prix d’Angoulême - Libération - http://www.liberation.fr/culture...

    24 minutes ago

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    "Il devance Alan Moore et Katsuhiro Ōtomo.[...] Récompenser Watterson, c’est rendre hommage à l’enfant qui est en nous. A celui, qui, face à la morne normalité des adultes, préfère le rêve, la folie, le jeu. Il n’y a pas de débats : contrairement à ce que pensent les parents de Calvin, Hobbes, de toute évidence, est vivant. Il est le compagnon idéal, celui qui est dans notre tête et ne nous a jamais trahis." - Raffa