Montaigne, la cérébrologie et le passeport bipolaire, Mathieu Bellahsen

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  • Assises de la psychiatrie couchée. Episode 1 : la consécration de la cérébrologie, Mathieu Bellahsen
    https://blogs.mediapart.fr/mathieu-bellahsen/blog/290421/assises-de-la-psychiatrie-couchee-episode-1-la-consecration-de-la-ce

    Décidées par le gouvernement, « les Assises de la psychiatrie » sont l’un des éléments de la stratégie d’étouffement d’une psychiatrie soignante. Ces Assises de la psychiatrie couchée entérineront sa disparition au profit de ce que nous décrirons sous le terme de cérébrologie.

    [...]

    Depuis plus d’une décennie, le soin des malades se transforme puis s’efface. Il n’est plus question ni de psychiatrie ni de psychologie. Les prises en charge découlent désormais des lois supposées du cerveau. Le iatros n’est plus l’activité de cette nouvelle forme qui, dès lors, nous ne pouvons plus nommer « soins ». Les pratiques se réorganisent non plus autour d’une activité (celle de soigner, iatros) mais autour d’une objectivation (celle du cerveau, logos). Les lois et discours sur le cerveau prennent l’ascendant sur les activités de soins aux malades de l’âme.

    épisode 2 https://seenthis.net/messages/913642

    #psychiatrie #soin #Mathieu_Bellahsen

    • LA PSYCHIATRIE EN TEMPS DE COVID, entretien avec Mathieu Bellahsen
      https://lundi.am/Entretien-avec-Mathieu-Bellahsen

      En mai 2020, à la sortie du premier confinement, nous publiions un entretien avec Mathieu Bellahsen, psychiatre dans le service public et auteur de La santé mentale (La Fabrique) et La révolte de la psychiatrie avec Rachel Knaebel (La Découverte). Un an plus tard, il refait le point sur l’état de la psychiatrie, des patients, des collectifs de soin et des institutions qui les encadre. Alors qu’on parle beaucoup de la « santé mentale » des étudiants et de la vague de dépression engendrée par l’épidémie et sa gestion gouvernementale, Mathieu Bellahsen déconstruit patiemment les éléments du discours dominant afin d’arracher ces enjeux à la psychologisation et l’individualisation pour les remettre au centre de luttes politiques.

      Bonjour Mathieu. Nous t’avions interviewé il y a environ un an, à propos de la façon dont le premier confinement avait été vécu en psychiatrie. On aimerait aujourd’hui te proposer de parler à la fois de la souffrance psychique en cette période, et de la dégradation de la situation de la psychiatrie en France … Pour commencer, peux-tu nous dire ce que tu penses d’un discours fréquemment entendu dans les médias, affirmant que « la prochaine vague sera psychiatrique », et insistant sur les effets psychiques du confinement ?

      La vague des décompensations psy est hétérogène. Elle se compose des problèmes psychiatriques des personnes qui n’ont pas été prises en charge du fait de la réorganisation générale des soins et de la marée de toutes les détresses qui sont assez rapidement psychologisées, c’est à dire individualisées. D’où le terme de « santé mentale ». Ces décompensations psys viennent sur le fond de la décomposition, par le tsunami gestionnaire, de toute possibilité de psychiatrie accueillante et ajustée à la personne et à son milieu. Le covid a aggravé, renforcé et accéléré la catastrophe gestionnaire et la pénurie qu’elle engendre. Le covid a permis que cette pénurie apparaisse pour ce qu’elle est : une construction politique active considérée comme « naturelle », allant de soi. Ça donne cette monstruosité de la situation actuelle où il devient naturel d’arrêter la vie sociale de tous les citoyens parce que les moyens humains n’ont pas été mis dans l’hôpital public ! La pandémie covidienne est redoublée par une pénurie endémique… Les effets psychiques collectifs du confinement auxquels s’ajoutent la précarité et la misère sociale invisibilisée.

      Peux-tu parler des annonces autour de la gestion de la « santé mentale », et notamment de la souffrance étudiante ?

      L’emploi du terme de « santé mentale » est un opérateur d’individualisation des problématiques politiques générales. C’est que je développais dans le bouquin paru à la Fabrique. La tendance de fond du santé-mentalisme est que l’individu s’adapte aux contraintes de la société contemporaine. Aujourd’hui ce sont la concurrence et le covid. « La santé mentale dans toutes les politiques » c’était un mot d’ordre de l’OMS dans les années 2000 et ça a donné « avoir une population en bonne santé mentale, un objectif stratégique pour l’Union Européenne », c’est-à-dire que la prise en compte de la santé mentale confère une utilité supplémentaire aux « ressources humaines »… Dans ce cadre-là, la santé mentale est liée à l’économie, plus seulement à la psychiatrie. La santé mentale des étudiants est aussi sur ce fond là.

      La problématique de la souffrance des étudiants est, à mon sens, une reprise de « la souffrance au travail » telle qu’elle a émergé il y a une quinzaine d’année. Sandra Lucbert en parle bien dans son livre Personne ne sort les fusils. Plutôt que de penser le cadre général destructeur des études, on l’individualise sur les personnes qui en sont l’objet, les étudiants. Parler de souffrance étudiante sans parler de Parcoursup, de la destruction de l’université, de l’absence de perspective une fois diplômé, de l’absence de ressources de base pour les étudiants entre 18 et 25 ans, constitue une imposture intellectuelle et politique. Tout cela pré-existait au Covid. Il suffit de se rappeler des mobilisations étudiantes ou des suicides dans les facultés… Pour le pouvoir, le covid fonctionne comme un opérateur opportuniste d’individualisation et de dépolitisation. Et ça se marie très bien avec le santé-mentalisme. En tant que clinicien, si j’ai l’expérience concrète des souffrances singulières, je ne les déconnecte jamais du monde dans lequel on vit. Pathologiser tout cela en parlant de dépression et de souffrance des individus est une rationalisation bien utile pour ne pas mettre en question la société de concurrence dans laquelle nous sommes.