• Twala - Rente, institutions et changement en Algérie : une sortie du régime rentier est-elle possible ?
    https://twala.info/fr/opinions/algerie-regime-rentier-lahouari-addi-samir-bellal

    Dans cette contribution, Lahouari Addi lit le dernier livre de Samir Bellal comme une radiographie du régime rentier algérien. La rente paie la paix sociale, l’État tient le marché, l’informel corrige et corrompt le système. Le sujet n’est donc pas de réformer par décret, mais de reconstruire le lien entre État, société et production.

  • Du « destin » inéluctable des « arabes de service » :
    https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-algerie-le-depart-de-boualem-sansal-pour-la-belgique-ill

    La scène est connue. Elle a ses codes, ses plateaux, ses réseaux, ses prix, ses salons, ses dîners, ses fidélités affichées. On y célèbre volontiers l’écrivain algérien lorsqu’il parle contre l’Algérie, le musulman lorsqu’il parle contre l’islam, l’ancien colonisé lorsqu’il confirme les certitudes de l’ancien centre impérial.

    On l’applaudit d’autant plus qu’il donne à la vieille bonne conscience française un supplément de légitimité : voyez, ce n’est pas nous qui le disons, c’est l’un des leurs. C’est le vieux rôle de l’“indigène homologué”.
    Le dissident utile

    En Algérie, un proverbe résume cette condition mieux qu’un traité : “Arbi ‘arbi, waloukan el-kolonel ben Daoud”, soit “un Arabe reste un Arabe, fût-il le colonel Ben Daoud” [Mohamed Ben Daoud fut le premier Saint-Cyrien algérien et l’un des premiers officiers musulmans de l’armée française, avant d’être naturalisé français]. Toute la tragédie du renégat utile est là : il peut être décoré, célébré, exhibé comme caution, il ne devient jamais l’égal de ceux qui l’emploient.

    Il n’est pas invité pour compliquer le débat, mais pour le simplifier, non pour introduire de la nuance, mais pour valider un regard déjà constitué sur son pays d’origine. Tant qu’il parle la langue attendue, il est courageux. Tant qu’il distribue les blâmes dans la bonne direction, il est lucide. Et tant qu’il transforme les fractures historiques, sociales et politiques de son pays en preuve d’une infériorité civilisationnelle, il est indispensable.

    Source « indigène » : https://twala.info/fr/opinions/boualem-sansal-france-illusion-mediatique

  • Méchante et juste critique de l’orientalisme vertueux (honnêtement, pas lu le bouquin) :

    La grande méthode de Louisa Yousfi, ou la conférence des oiseaux pénitents.
    Le marché littéraire français, toujours friand d’exotisme intellectuel sur fond de déchirement identitaire, semble avoir trouvé en la pensionnaire de la Villa Médicis une pourvoyeuse idéale. Sous une plume dont on doit reconnaître l’élégance et qui réserve de très belles pages à la figure du père, l’objet du livre se trouve rapidement détourné au profit d’une fable qui, par ses procédés, épouse un orientalisme littéraire poussif.

    Cette grande méthode nous vend la figure d’un « Arabe » en manque de lui-même, condamné à se chercher indéfiniment, au prix de l’effacement de ceux qui le sont tout simplement.

    Le point d’orgue de la « méthode » réside dans son recours au Simorgh, oiseau mythologique de la cosmogonie persane. Quel raffinement ! Dieu sait pourtant mon amour pour la Perse et l’Asie du Sud, j’ai vécu dix ans en Inde et parcouru l’Iran à de nombreuses reprises. C’est cette familiarité qui me rend ce texte si dissonant.

    Suffit-il de convoquer Attar pour échapper à son propre franco-centrisme ? Car un geste qui se veut décolonial mériterait un véritable décentrement. Si Yousfi définit le Simorgh comme une « théophanie collective — une apparition du Nous à lui-même », et précise qu’il n’est « ni un mythe ni un être réel au sens matériel », l’étroitesse de ce « Nous » de l’immigration post-coloniale réduit une civilisation entière à un fétiche littéraire.

    https://twala.info/fr/opinions/la-grande-methode-de-louisa-yousfi-ou-la-conference-des-oiseaux-penitents

  • Twala - Peut-on chiffrer les pertes algériennes durant la période coloniale ?
    https://twala.info/fr/opinions/peut-on-chiffrer-les-pertes-algeriennes-durant-la-periode-coloniale

    Quelle estimation doit-on mobiliser pour évaluer les pertes de la période 1876 à 1945, et subséquemment, celle de toute la période 1830-1962 ? Tout indique selon les données disponibles et postérieures à 1872 que la population algérienne s’est remise à croitre, « cette dernière a presque doublé en moins d’un demi-siècle (1876 à 1921) avec cependant des pics baissiers, 1896, 1911 et la période postérieure de 1911 à 1921 consécutivement à des famines (1892, 1920) des émigrations vers la France et la conscription de la Première Guerre mondiale ». Cependant, si l’on s’en tient aux taux de croissance naturelle, comparativement aux Européens, les Algériens subissent des niveaux de mortalité équivalents au double. Leur croissance reste est inférieure à celle des Européens de 50 %, ce qui indique amplement les différences de niveau de vie et de prise en charge médicale des deux populations.

    La colonisation tue, mais les Algériens ont appris à lui résister. C’est ce qui explique leur vitalité. Le recensement de 1948 dénombre 7 679 000 habitants, soit huit fois plus que les Européens. C’est l’échec total du projet de colonisation de peuplement et la démonstration fulgurante contredisant les pronostics des Ricoux et consorts qui prévoyaient une disparition certaine des Algériens avant la fin du XIXe siècle. Quelle que fût son ampleur durant la période 1876 à 1945, la surmortalité des Algériens n’est plus du même niveau qu’entre 1830 et 1876. La violence immédiate, brutale et terriblement destructrice a laissé place à une « violence lente [12] » et de basse intensité dans les effets portent moins sur le corps des indigènes que sur leur culture et leur mode de vie.

  • Annie Steiner, une histoire très algérienne | Natalya Vince
    https://twala.info/fr/qui-est-qui/annie-steiner-une-histoire-tres-algerienne

    Annie Steiner a rarement assisté aux commémorations officielles. Elle n’a jamais demandé de pension. « Je n’ai pas fait la révolution pour ça… les pensions devraient aller aux moudjahidines qui étaient à 90 % analphabètes ». Les questions qu’elle m’avait posées n’étaient qu’un exemple parmi tant d’autres de sa réticence à se focaliser sur sa personne lorsqu’on évoque la guerre ; une attitude commune à toutes les femmes avec lesquelles j’ai réalisé des entretiens. Source : Twala