Eric Coquerel - 🚹 REVEILLEZ-VOUS ! RĂ©unions non-mixtes, Audrey Pulvar... il faut rĂ©sister contre les cabales de l’extrĂȘme-droite

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  • « Pour un retour de l’#honneur de nos gouvernants » : 20 #gĂ©nĂ©raux appellent Macron Ă  dĂ©fendre le #patriotisme

    (attention : toxique)

    À l’initiative de #Jean-Pierre_Fabre-Bernadac, officier de carriĂšre et responsable du site Place Armes, une vingtaine de gĂ©nĂ©raux, une centaine de hauts-gradĂ©s et plus d’un millier d’autres militaires ont signĂ© un appel pour un retour de l’honneur et du #devoir au sein de la classe politique. Valeurs actuelles diffuse avec leur autorisation la lettre empreinte de conviction et d’engagement de ces hommes attachĂ©s Ă  leur pays.

    Monsieur le Président,
    Mesdames, Messieurs du gouvernement,
    Mesdames, Messieurs les parlementaires,

    L’heure est grave, la #France est en #pĂ©ril, plusieurs #dangers_mortels la menacent. Nous qui, mĂȘme Ă  la retraite, restons des soldats de France, ne pouvons, dans les circonstances actuelles, demeurer indiffĂ©rents au sort de notre beau pays.

    Nos #drapeaux tricolores ne sont pas simplement un morceau d’étoffe, ils symbolisent la #tradition, Ă  travers les Ăąges, de ceux qui, quelles que soient leurs couleurs de peau ou leurs confessions, ont servi la France et ont donnĂ© leur vie pour elle. Sur ces drapeaux, nous trouvons en lettres d’or les mots « #Honneur_et_Patrie ». Or, notre honneur aujourd’hui tient dans la dĂ©nonciation du #dĂ©litement qui frappe notre #patrie.

    – DĂ©litement qui, Ă  travers un certain #antiracisme, s’affiche dans un seul but : crĂ©er sur notre sol un mal-ĂȘtre, voire une #haine entre les communautĂ©s. Aujourd’hui, certains parlent de #racialisme, d’#indigĂ©nisme et de #thĂ©ories_dĂ©coloniales, mais Ă  travers ces termes c’est la #guerre_raciale que veulent ces partisans haineux et fanatiques. Ils mĂ©prisent notre pays, ses traditions, sa #culture, et veulent le voir se dissoudre en lui arrachant son passĂ© et son histoire. Ainsi s’en prennent-ils, par le biais de statues, Ă  d’anciennes gloires militaires et civiles en analysant des propos vieux de plusieurs siĂšcles.

    – DĂ©litement qui, avec l’#islamisme et les #hordes_de_banlieue, entraĂźne le dĂ©tachement de multiples parcelles de la nation pour les transformer en territoires soumis Ă  des #dogmes contraires Ă  notre #constitution. Or, chaque Français, quelle que soit sa croyance ou sa non-croyance, est partout chez lui dans l’Hexagone ; il ne peut et ne doit exister aucune ville, aucun quartier oĂč les lois de la #RĂ©publique ne s’appliquent pas.

    – DĂ©litement, car la haine prend le pas sur la #fraternitĂ© lors de manifestations oĂč le pouvoir utilise les #forces_de_l’ordre comme agents supplĂ©tifs et boucs Ă©missaires face Ă  des Français en #gilets_jaunes exprimant leurs dĂ©sespoirs. Ceci alors que des individus infiltrĂ©s et encagoulĂ©s saccagent des commerces et menacent ces mĂȘmes forces de l’ordre. Pourtant, ces derniĂšres ne font qu’appliquer les directives, parfois contradictoires, donnĂ©es par vous, gouvernants.

    Les #pĂ©rils montent, la #violence s’accroĂźt de jour en jour. Qui aurait prĂ©dit il y a dix ans qu’un professeur serait un jour dĂ©capitĂ© Ă  la sortie de son collĂšge ? Or, nous, serviteurs de la #Nation, qui avons toujours Ă©tĂ© prĂȘts Ă  mettre notre peau au bout de notre engagement – comme l’exigeait notre Ă©tat militaire, ne pouvons ĂȘtre devant de tels agissements des spectateurs passifs.

    Aussi, ceux qui dirigent notre pays doivent impĂ©rativement trouver le courage nĂ©cessaire Ă  l’#Ă©radication de ces dangers. Pour cela, il suffit souvent d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent dĂ©jĂ . N’oubliez pas que, comme nous, une grande majoritĂ© de nos concitoyens est excĂ©dĂ©e par vos louvoiements et vos #silences coupables.

    Comme le disait le #cardinal_Mercier, primat de Belgique : « Quand la #prudence est partout, le #courage n’est nulle part. » Alors, Mesdames, Messieurs, assez d’atermoiements, l’heure est grave, le travail est colossal ; ne perdez pas de temps et sachez que nous sommes disposĂ©s Ă  soutenir les politiques qui prendront en considĂ©ration la #sauvegarde_de_la_nation.

    Par contre, si rien n’est entrepris, le #laxisme continuera Ă  se rĂ©pandre inexorablement dans la sociĂ©tĂ©, provoquant au final une #explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission pĂ©rilleuse de #protection de nos #valeurs_civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national.

    On le voit, il n’est plus temps de tergiverser, sinon, demain la guerre civile mettra un terme Ă  ce #chaos croissant, et les morts, dont vous porterez la #responsabilitĂ©, se compteront par milliers.

    Les gĂ©nĂ©raux signataires :

    GĂ©nĂ©ral de Corps d’ArmĂ©e (ER) Christian PIQUEMAL (LĂ©gion ÉtrangĂšre), gĂ©nĂ©ral de Corps d’ArmĂ©e (2S) Gilles BARRIE (Infanterie), gĂ©nĂ©ral de Division (2S) François GAUBERT ancien Gouverneur militaire de Lille, gĂ©nĂ©ral de Division (2S) Emmanuel de RICHOUFFTZ (Infanterie), gĂ©nĂ©ral de Division (2S) Michel JOSLIN DE NORAY (Troupes de Marine), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) AndrĂ© COUSTOU (Infanterie), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Philippe DESROUSSEAUX de MEDRANO (Train), gĂ©nĂ©ral de Brigade AĂ©rienne (2S) Antoine MARTINEZ (ArmĂ©e de l’air), gĂ©nĂ©ral de Brigade AĂ©rienne (2S) Daniel GROSMAIRE (ArmĂ©e de l’air), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Robert JEANNEROD (Cavalerie), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Pierre Dominique AIGUEPERSE (Infanterie), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Roland DUBOIS (Transmissions), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Dominique DELAWARDE (Infanterie), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Jean Claude GROLIER (Artillerie), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Norbert de CACQUERAY (Direction GĂ©nĂ©rale de l’Armement), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Roger PRIGENT (ALAT), gĂ©nĂ©ral de Brigade (2S) Alfred LEBRETON (CAT), mĂ©decin GĂ©nĂ©ral (2S) Guy DURAND (Service de SantĂ© des ArmĂ©es), contre-amiral (2S) GĂ©rard BALASTRE (Marine Nationale).

    ▻https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-un-retour-de-lhonneur-de-nos-gouvernants-20-generaux-appellen

    La une :

    #appel #généraux #valeurs_actuelles #lettre #lettre_ouverte #armée #soldats

    ping @isskein @karine4

    • 2022 : « l’étrange dĂ©faite » qui vient

      Pour Marc Bloch, auteur de L’Étrange dĂ©faite, la cause de la dĂ©bĂącle de juin 1940 n’était pas seulement militaire mais d’abord politique. De la mĂȘme façon, le dĂ©sastre annoncĂ© de printemps 2022 n’est pas seulement de nature Ă©lectorale. La dĂ©bĂącle de la dĂ©mocratie se construit depuis des mois par une sorte de capitulation rampante et gĂ©nĂ©rale face Ă  l’extrĂȘme droite.

      « Un jour viendra, tĂŽt ou tard, oĂč la France verra de nouveau s’épanouir la libertĂ© de pensĂ©e et de jugement. Alors les dossiers cachĂ©s s’ouvriront ; les brumes, qu’autour du plus atroce effondrement de notre histoire commencent, dĂšs maintenant, Ă  accumuler tantĂŽt l’ignorance et tantĂŽt la mauvaise foi, se lĂšveront peu Ă  peu . »

      Ainsi s’ouvre L’Étrange dĂ©faite Ă©crite par Marc Bloch au lendemain de la capitulation de l’armĂ©e française en juin 1940. « Ă€ qui la faute ? », se demande-t-il. Quels mĂ©canismes politiques ont conduit Ă  ce dĂ©sastre et Ă  l’effondrement d’une RĂ©publique ? Si les militaires, et surtout l’état-major, sont aux premiĂšres loges des accusĂ©s, nul n’échappe Ă  l’implacable regard de l’historien : ni les classes dirigeantes qui ont « prĂ©fĂ©rĂ© Hitler au Front Populaire », ni la presse mensongĂšre, ni le pacifisme munichois, ni la gauche qui n’a pas eu besoin de ses adversaires pour ensevelir ce Front populaire qui fit si peur aux bourgeois.

      Les « brumes », l’aveuglement et la soumission passive aux rĂ©cits des futurs vainqueurs ont conduit inexorablement Ă  une #capitulation_anticipĂ©e. Comment ne pas y reconnaĂźtre la logique des moments sombres que nous vivons sidĂ©rĂ©s.

      La banalisation de la menace factieuse

      SidĂ©rĂ©s, nous le sommes Ă  coup sĂ»r quand il faut attendre six jours pour qu’une menace de sĂ©dition militaire (â–șhttp://www.regards.fr/politique/societe/article/lettre-des-generaux-un-texte-seditieux-qui-menace-la-republique) signĂ©e le 21 avril 2021 par une vingtaine de gĂ©nĂ©raux en retraite, mais aussi par de nombreux officiers, commence Ă  faire un peu rĂ©agir.

      SidĂ©rĂ©s, nous le sommes par la lĂ©gĂšretĂ© de la rĂ©ponse gouvernementale. Un tweet de la ministre des ArmĂ©es (▻https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/04/25/la-gauche-s-insurge-contre-une-tribune-de-militaires-dans-valeurs-actuelles-) ne parle que « d’#irresponsabilitĂ© » de « gĂ©nĂ©raux en retraite ». Pour #Florence_Parly le soutien que leur apporte Marine Le Pen « reflĂšte une mĂ©connaissance grave de l’institution militaire, inquiĂ©tant pour quelqu’un qui veut devenir cheffe des armĂ©es ». N’y aurait-il Ă  voir que de l’irresponsabilitĂ© militaire et de l’incompĂ©tence politique ?

      Il faut attendre le lundi 26 avril pour que AgnĂšs Runacher secrĂ©taire d’État auprĂšs du ministre de l’Économie et des Finances s’avise (▻https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/un-quarteron-de-generaux-en-charentaises-la-tribune-de-militaires-dans-v) que le texte a Ă©tĂ© publiĂ© jour pour jour 60 ans aprĂšs l’appel des gĂ©nĂ©raux d’Alger. En parlant de « quarteron de gĂ©nĂ©raux en charentaises », elle semble considĂ©rer que la simple paraphrase d’une expression de l’allocution de De Gaulle, le 23 avril 1961 suffira Ă  protĂ©ger la dĂ©mocratie. Ce dernier, plus martial, en uniforme, parlait surtout de « putsch » et d’un « groupe d’officiers ambitieux et fanatiques ».

      SidĂ©rĂ©s, nous le sommes par le #silence persistant, cinq jours aprĂšs la publication du texte factieux, de l’essentiel les leaders de la droite, du centre, de la gauche et des Ă©cologistes.

      SidĂ©rĂ©s, nous sommes encore de l’isolement de ceux qui appellent un chat un chat tels Éric Coquerel, BenoĂźt Hamon ou Jean Luc MĂ©lenchon. Ce dernier rappelle au passage que l’article 413-3 du code pĂ©nal prĂ©voit cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende pour provocation Ă  la dĂ©sobĂ©issance des militaires.

      SidĂ©rĂ©s, nous le sommes enfin, pendant une semaine, de la #banalisation de l’évĂ©nement par des mĂ©dias pourtant prompts Ă  se saisir du buzz des « polĂ©miques ». Le 25 avril (▻https://rmc.bfmtv.com/emission/tribunes-de-militaires-les-gens-n-ont-pas-confiance-dans-les-politiques-m), RMC/BFM, dans les Grandes Gueules, n’hĂ©site pas Ă  prĂ©senter l’appel sur fond de Marseillaise, Ă  moquer « la gauche indignĂ©e » en citant Jean Luc MĂ©lenchon et Éric Coquerel, et Ă  dĂ©battre longuement avec l’initiateur du texte, Jean-Pierre Fabre-Bernadac. Jack Dion, ancien journaliste de L’HumanitĂ© (1970-2004), n’hĂ©site pas Ă  Ă©crire (▻https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/malgre-ses-relents-putschistes-la-tribune-des-ex-generaux-met-le-doigt-la-) dans Marianne le 28 avril : « MalgrĂ© ses relents putschistes, la tribune des ex gĂ©nĂ©raux met le doigt lĂ  oĂč ça fait mal. » Il faut croire donc que cet appel factieux et menaçant ne fait pas polĂ©mique aprĂšs l’appel Ă  l’insurrection de Philippe de Villiers dont on oublie qu’il est le frĂšre aĂźnĂ© d’un autre gĂ©nĂ©ral ambitieux, Pierre de son prĂ©nom, chef d’état-major des armĂ©es de 2010 Ă  2017.

      Qui sont donc les ennemis que ces militaires appellent Ă  combattre pour sauver « la Patrie » ? Qui sont les agents du « dĂ©litement de la France » ? Le premier ennemi dĂ©signĂ© reprend mot pour mot les termes de l’appel des universitaires publiĂ© le 1 novembre 2020 sous le titre de « #Manifeste_des_100 » (â–șhttps://manifestedes90.wixsite.com/monsite) : « un certain antiracisme » qui veut « la guerre raciale » au travers du « racialisme », « l’indigĂ©nisme » et les « thĂ©ories dĂ©coloniales ». Le second ennemi est « l’islamisme et les hordes de banlieue » qui veulent soumettre des territoires « Ă  des dogmes contraires Ă  notre constitution ». Le troisiĂšme ennemi est constituĂ© par « ces individus infiltrĂ©s et encagoulĂ©s saccagent des commerces et menacent ces mĂȘmes forces de l’ordre » dont ils veulent faire des « boucs Ă©missaires ».

      Chacune et chacun reconnaĂźtra facilement les islamo-gauchistes, les sĂ©paratistes et les black blocs, ces Ă©pouvantails stigmatisĂ©s, dĂ©noncĂ©s, combattus par le pouvoir comme par une partie de l’opposition. Ce texte a au moins une vertu : il identifie clairement la nature fascisante des diatribes de Jean-Michel Blanquer, GĂ©rald Darmanin ou FrĂ©dĂ©rique Vidal. Il renvoie Ă  leur responsabilitĂ© celles et ceux qui gardent le silence, organisent le dĂ©bat public autour de ces thĂ©matiques sur la scĂšne mĂ©diatique, s’abstiennent Ă  l’AssemblĂ©e sur des textes de loi Ă  la logique islamophobe – quand ils ne votent pas pour –, signent des tribunes universitaires pour rĂ©clamer une police de la pensĂ©e. Il renvoie Ă  ses responsabilitĂ©s le Bureau national du Parti socialiste qui, dans sa rĂ©solution du 27 avril (▻https://partisocialiste92.fr/2021/04/27/resolution-du-bureau-national-a-la-suite-dune-tribune-de-militaire), persiste Ă  affirmer « qu’il serait absurde de chercher Ă  nier ces sujets qui nous font face » comme « ces #minoritĂ©s_agissantes » qui prĂŽnent la « #dĂ©saffiliation_rĂ©publicaine ».

      BaromĂštre incontestĂ© des dĂ©rives intellectuelles, l’omniprĂ©sent #Michel_Onfray, aujourd’hui obsĂ©dĂ© par la dĂ©cadence de la France, ne partage-t-il pas le diagnostic des factieux ? Sa sentence du 27 avril dans la matinale d’Europe 1 (▻https://www.europe1.fr/societe/sur-le-terrorisme-la-parole-presidentielle-est-totalement-devaluee-estime-on), « l’intĂ©rĂȘt de l’#islamo-gauchisme est de dĂ©truire la nation, la souverainetĂ© nationale, la France, l’histoire de France, tout ce qui constitue la France », est immĂ©diatement reprise par Valeurs actuelles (▻https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-michel-onfray-linteret-de-lislamo-gauchisme-est-de-detruire-l). Quelques jours plus tĂŽt, dans une envolĂ©e digne de GĂ©rald Darmanin, il assĂ©nait au Point (▻https://www.lepoint.fr/debats/michel-onfray-on-a-un-seul-probleme-en-france-c-est-que-la-loi-n-est-pas-res) : « On a un seul problĂšme en France, c’est que la loi n’est pas respectĂ©e ». Mais de quelle loi parle Michel Onfray quand il ajoute, Ă  propos du verdict en appel du procĂšs des jeunes de Viry-ChĂątillon : « Il y a des gens Ă  qui on dit : [
] peut-ĂȘtre que vous faites partie de ceux qui auraient pu tuer, mais la preuve n’est pas faite, on est pas sĂ»r que c’est vous, allez, vous pouvez rentrer chez vous. L’affaire est terminĂ©e pour vous. » Pour Michel Onfray, le scandale n’est pas la mise en accusation dĂ©libĂ©rĂ©e d’innocents par une police en quĂȘte dĂ©sespĂ©rĂ©e de coupables mais un principe de droit : la prĂ©somption d’innocence elle-mĂȘme !

      La capitulation rampante

      VoilĂ  oĂč nous en sommes. VoilĂ  pourquoi il est pour beaucoup si difficile de se scandaliser d’un appel factieux quand les ennemis dĂ©signĂ©s sont ceux-lĂ  mĂȘme qui sont dĂ©signĂ©s Ă  longueur d’antenne et de dĂ©claration politique dans ce dĂ©sastreux consensus « rĂ©publicain » rĂ©unissant l’extrĂȘme droite, la droite et une partie de la gauche.

      Chacune et chacun y va de sa surenchĂšre. #Anne_Hidalgo (▻https://www.nouvelobs.com/edito/20201125.OBS36577/derriere-la-gueguerre-entre-hidalgo-et-les-ecolos-la-pomme-de-discorde-de) enjoint les Verts « d’ĂȘtre au clair avec la RĂ©publique » Ă  propos de la laĂŻcitĂ© alors mĂȘme que #Yannick_Jadot (â–șhttps://www.lepoint.fr/politique/loi-contre-le-separatisme-la-gauche-denonce-un-texte-qui-ne-regle-rien-07-02) demande de « sortir de toute naĂŻvetĂ© et de toute complaisance », pour « combattre l’islam politique », proposant de « contrĂŽler les financements des associations » et de « renforcer tous les dispositifs sur le contrĂŽle des rĂ©seaux sociaux ».

      La discussion et le vote de la loi sur le « sĂ©paratisme », puis les dĂ©bats hallucinants sur l’organisation de « rĂ©unions non mixtes » au sein du syndicat Ă©tudiant Unef nous en a fourni un florilĂšge. Pour le communiste #StĂ©phane_Peu (▻http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2021/02/separatisme-une-loi-equilibree-se-serait-attachee-a-renforc) comme pour le socialiste #Olivier_Faure (▻https://www.europe1.fr/politique/projet-de-loi-contre-les-separatismes-olivier-faure-craint-une-surenchere-40), la question n’est pas de combattre sur le fond la notion de « #sĂ©paratisme » mais de rester dans une « loi Ă©quilibrĂ©e » qui « renforce la #RĂ©publique » (Peu) et d’éviter « la surenchĂšre » (Faure). L’un comme l’autre et comme nombre de dĂ©putĂ©s de leurs groupes, s’abstiendront lors du vote Ă  l’AssemblĂ©e nationale. Seule La France insoumise a sauvĂ© l’honneur et dĂ©noncĂ©, notamment par la voix de #ClĂ©mentine_Autain (â–șhttps://www.lepoint.fr/politique/loi-contre-le-separatisme-la-gauche-denonce-un-texte-qui-ne-regle-rien-07-02) dĂšs le 16 fĂ©vrier, une loi qui « ouvre la boĂźte de Pandore pour des idĂ©es qui stigmatisent et chassent les musulmans » et « nous tire vers l’agenda de l’extrĂȘme droite ».

      Si le dĂ©bat parlementaire gomme un peu les aspĂ©ritĂ©s, l’affaire des rĂ©unions « non mixtes » au sein de l’Unef est l’occasion d’un dĂ©ferlement de sincĂ©ritĂ© imbĂ©cile. On n’en attendait pas moins de #Manuel_Valls (▻https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-22-mars-2021) qui s’empresse de poser l’argument clef de la curĂ©e : « Les rĂ©unions "racialisĂ©es" lĂ©gitiment le concept de race ». Le lendemain #Marine_Le_Pen (▻https://www.francetvinfo.fr/politique/marine-le-pen/video-il-faut-poursuivre-l-unef-un-syndicat-qui-commet-des-actes-racist) le prend au mot et rĂ©clame des poursuites contre ces actes racistes. Anne Hidalgo (▻https://www.europe1.fr/politique/reunions-non-mixtes-a-lunef-cest-tres-dangereux-juge-anne-hidalgo-4032954) apporte sa voix contre une pratique qu’elle considĂšre comme « trĂšs dangereuse » au nom de « ses convictions rĂ©publicaines ». Olivier Faure (▻https://www.youtube.com/watch?v=rifRSrm7lpU

      ), moins « Ă©quilibrĂ© » que sur la loi contre le « sĂ©paratisme » renchĂ©rit comme « une dĂ©rive incroyable ».

      Quelle « dĂ©rive » ? Tout simplement « l’idĂ©e que sont lĂ©gitimes Ă  parler du racisme les seules personnes qui en sont victimes », alors que « c’est l’inverse qu’il faut chercher ». DominĂ©s restez Ă  votre place, nous parlerons pour vous ! AimĂ© CĂ©saire dans sa lettre Ă  Maurice Thorez (â–șhttps://lmsi.net/Lettre-a-Maurice-Thorez), dĂ©nonçait ce qu’il nommait le « #fraternalisme » : « Un grand frĂšre qui, imbu de sa supĂ©rioritĂ© et sĂ»r de son expĂ©rience, vous prend la main pour vous conduire sur la route oĂč il sait se trouver la Raison et le ProgrĂšs. » Or, ajoutait-il, « c’est trĂšs exactement ce dont nous ne voulons plus » car « nous ne (pouvons) donner Ă  personne dĂ©lĂ©gation pour penser pour nous. »

      Olivier Faure revendique un « #universalisme » que ne renierait pas le candidat communiste Ă  la prĂ©sidentielle, #Fabien_Roussel pour qui « les rĂ©unions segmentĂ©es selon la couleur de sa peau, sa religion ou son sexe, ça divise le combat ». Le PCF (▻https://www.pcf.fr/actualite_derri_re_les_attaques_contre_l_unef_une_d_rive_autoritaire_et_antid_mo) n’hĂ©site pas Ă  dĂ©fendre en thĂ©orie l’Unef tout en se joignant cƓur rĂ©actionnaire des condamnations de ses pratiques.

      #Audrey_Pulvar (▻https://www.lci.fr/politique/demander-a-une-personne-blanche-de-se-taire-dans-une-reunion-non-mixte-pulvar-cr) cherchant peut-ĂȘtre un compromis dans la prĂ©sence maintenue mais silencieuse d’un blanc dans une rĂ©union de personnes racisĂ©es, se prend une volĂ©e de bois vert du chƓur des bonnes Ăąmes universalistes. La « dilution dans l’universel » est bien « une façon de se perdre » comme l’écrivait encore AimĂ© CĂ©saire en 1956.

      Ce chƓur hystĂ©risĂ©, rien ne le fera taire, ni le rappel Ă©lĂ©mentaire d’#Eric_Coquerel (▻https://www.facebook.com/watch/?v=773978356575699) que les #groupes_de_parole sont « vieux comme le monde, comme le mouvement fĂ©ministe, comme les alcooliques anonymes », ni la prise du conscience de l’énormitĂ© morale, politique et juridique des positions prises ainsi dans une Ă©motion rĂ©vĂ©latrice.

      Refuser de comprendre que la parole des dominĂ©es et dominĂ©s a besoin de se constituer Ă  l’abri des dominants, c’est nier, de fait, la #domination. Ce dĂ©ni de la domination, et de sa #violence, est une violence supplĂ©mentaire infligĂ©e Ă  celles et ceux qui la subissent.

      Au passage, une partie de la gauche a par ailleurs perdu un repĂšre simple en matiĂšre de libertĂ© : la libertĂ© de rĂ©union est la libertĂ© de rĂ©union. Elle n’est plus une libertĂ© si elle est sous condition de surveillance par une prĂ©sence « hĂ©tĂ©rogĂšne ». À quand les rĂ©unions de salariĂ©s avec prĂ©sence obligatoire du patron ? Les rĂ©unions de femmes avec prĂ©sence obligatoire d’un homme ? Les rĂ©unions d’étudiants avec prĂ©sence obligatoire d’un professeur ? Les rĂ©unions de locataires avec prĂ©sence obligatoire du bailleur ? Les rĂ©unions d’antiracistes avec prĂ©sence obligatoire d’un raciste ?

      Ces hĂ©ritiers et hĂ©ritiĂšres d’une longue tradition politique liĂ©e aux luttes sociales rĂ©vĂšle ainsi leur dĂ©connexion avec les mobilisation d’aujourd’hui, celles qui de #MeToo Ă  Black Lives Matter Ă©branlent le monde et nous interrogent sur quelle humanitĂ© nous voulons ĂȘtre au moment oĂč notre survie est officiellement en question. Ces mouvements de fond martĂšlent, 74 ans aprĂšs AimĂ© CĂ©saire, que « l’heure de nous-mĂȘmes a sonnĂ©. »

      Nul doute, hĂ©las, que ce qui fait ainsi dĂ©river des femmes et des hommes issus de la #gauche, c’est le poids pas toujours avouĂ©, mais prĂ©gnant et souvent irrationnel, de l’#islamophobie. Cette adhĂ©sion gĂ©nĂ©rale Ă  un complotisme d’État (â–șhttps://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog/041220/l-etat-t-il-le-monopole-du-complotisme-legitime) touche plus fortement les espaces partisans, voire universitaires, que le monde associatif. On a pu le constater lors de la dissolution du #Collectif_contre_l’islamophobie_en_France (#CCIF) fin 2020 quand la fermetĂ© les protestations de la Ligue des droits de l’Homme (▻https://blogs.mediapart.fr/gabas/blog/031220/ldh-dissolution-politique-du-ccif) ou d’Amnesty international (▻https://www.amnesty.fr/presse/france-la-fermeture-dune-association-antiraciste-e) n’a eu d’égale que la discrĂ©tion de la gauche politique. La palme du mois d’avril revient sans conteste Ă  #Caroline_Fourest (▻https://twitter.com/i/status/1384567288922259467) qui lors du lancement des États GĂ©nĂ©raux de la LaĂŻcitĂ© a pu dĂ©clarer sans frĂ©mir que « ce mot islamophobie a tuĂ© les dessinateurs de Charlie Hebdo et il a tuĂ© le professeur Samuel Paty ».

      Oui voilĂ  ou nous en sommes. La menace d’une victoire du #Rassemblement_national ne se lit pas que dans les sondages. Elle se lit dans les #renoncements. Elle s’enracine dans la banalisation voire le partage de ses thĂ©matiques disciplinaires, de ses Ă©motions islamophobes, de son vocabulaire mĂȘme.

      L’évitement politique du rĂ©el

      Il faut vraiment vivre dans une bulle, au rythme de rĂ©seaux sociaux hĂ©gĂ©monisĂ©s par l’extrĂȘme droite, loin des rĂ©alitĂ©s des quartiers populaires, pour considĂ©rer que l’islam et les rĂ©unions non mixtes sont les causes premiĂšres du dĂ©litement des relations collectives et politiques dans ce pays.

      Quelle RĂ©publique, quelle dĂ©mocratie, quelle libertĂ© dĂ©fend-on ici avec ces passions tristes ? Depuis plus d’un an, la rĂ©ponse gouvernementale Ă  l’épreuve sanitaire les a rĂ©duites Ă  l’état de fantĂŽmes. L’#Ă©tat_d’urgence sanitaire est reconduit de vague en vague de contamination. Notre vie est bornĂ©e par des contrĂŽles, des interdictions et des attestations. Les dĂ©cisions qui la rĂšglent sont prises par quelques-uns dans le secret dĂ©libĂ©ratif d’un Conseil de dĂ©fense. Nous vivons suspendus aux annonces du prĂ©sident et de quelques ministres et, de plus de plus en plus, du prĂ©sident seul, autoproclamĂ© expert omniscient en gestion de pandĂ©mie. Nous n’avons plus prise sur notre vie sociale, sur nos horaires, sur notre agenda, sur notre avenir mĂȘme trĂšs proche. Nous n’avons plus de lieu de dĂ©libĂ©ration, ces lieux qui des clubs rĂ©volutionnaires de 1789 aux ronds-points des gilets jaunes, en passant par la Place Tahrir et la Puerta Del Sol en 2011 sont l’ADN de la #dĂ©mocratie.

      La violence de la menace lĂ©tale mondiale que font peser sur nous le Covid et ses variants successifs nous fait espĂ©rer que cette Ă©preuve prendra fin, que la parenthĂšse se refermera. Comme dans une pĂ©riode de guerre (▻https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/070221/stephane-audoin-rouzeau-nous-traversons-l-experience-la-plus-tragique-depu), cet espoir toujours déçu se renouvelle sans fin Ă  chaque annonce moins pessimiste, Ă  chaque communication gouvernementale sur les terrasses jusqu’à la dĂ©ception suivante. Cette #prĂ©caritĂ© sans fin est un obstacle collectif Ă  la #rĂ©sistance_dĂ©mocratique, Ă  la critique sociale, idĂ©ologique et opĂ©ratoire de cette pĂ©riode qui s’ouvre et sera sans doute durable. C’est bien dans ce manque politique douloureux que s’engouffrent tous les complotismes de Q-Anon Ă  l’islamophobie d’État.

      Depuis le printemps 2020 (www.regards.fr/politique/societe/article/covid-19-un-an-deja-chronique-d-une-democratie-desarticulee), les partis d’opposition ont cessĂ© d’ĂȘtre dans l’élaboration et la proposition politique en lien avec la situation sanitaire. Le monologue du pouvoir ne provoque plus sporadiquement que des rĂ©actions, jamais d’alternative stratĂ©gique ni sur la rĂ©ponse hospitaliĂšre, ni sur la stratĂ©gie vaccinale, ni sur l’agenda des restrictions sociales. MĂȘme l’absence de publication, des semaines durant dĂ©but 2021, des avis du Conseil scientifique n’émeut pas des politiques beaucoup plus prĂ©occupĂ©s par les rĂ©unions non mixtes Ă  l’Unef.

      Attac (▻https://france.attac.org/spip.php?page=recherche&recherche=covid) n’est pas beaucoup plus proactif malgrĂ© la publication sur son site en novembre 2020 d’un texte tout Ă  fait pertinent de Jacques Testard sur la #dĂ©mocratie_sanitaire. En gĂ©nĂ©ral les think tanks sont plutĂŽt discrets. L’Institut Montaigne est silencieux sur la stratĂ©gie sanitaire tout comme la Fondation Copernic qui n’y voit pas l’occasion de « mettre Ă  l’endroit ce que le libĂ©ralisme fait fonctionner Ă  l’envers ». Si le think tank Économie SantĂ© des Échos dĂ©plore le manque de vision stratĂ©gique sanitaire, seule Terra Nova semble avoir engagĂ© un vĂ©ritable travail : une cinquantaine de contributions (▻https://tnova.fr/ckeditor_assets/attachments/218/terra-nova_dossier-de-presse_cycle-coronavirus-regards-sur-une-crise_2020.pdf), des propositions (▻https://tnova.fr/revues/covid-19-le-think-tank-terra-nova-fait-des-propositions-pour-limiter-les-conta) sur l’organisation de la rentrĂ©e scolaire du 26 avril 2021, des propositions sur la stratĂ©gie vaccinale


      Pourquoi cette #inertie_collective sur les choix stratĂ©giques ? Ce ne sont pas les sujets qui manquent tant la stratĂ©gie gouvernementale ressemble Ă  tout sauf Ă  une stratĂ©gie sanitaire. Sur le fond, aucun dĂ©bat n’est ouvert sur le choix entre stratĂ©gie de cohabitation avec la maladie ou d’éradication virale. Ce dĂ©bat aurait eu le mĂ©rite d’éclairer les incohĂ©rences gouvernementales comme la communication sur le « tester/tracer/isoler » de 2020 qui n’a Ă©tĂ© suivie d’aucun moyen opĂ©rationnel et humain nĂ©cessaire Ă  sa mise en Ɠuvre. Il aurait permis de discuter une stratĂ©gie vaccinale entiĂšrement fondĂ©e sur l’ñge (et donc la pression hospitaliĂšre) et non sur la circulation active du virus et la protection des mĂ©tiers Ă  risque. Cette stratĂ©gie a fait battre des records vaccinaux dans des territoires aux risques faibles et laissĂ© Ă  l’abandon les territoires les plus touchĂ©s par la surmortalitĂ© comme la Seine-Saint-Denis.

      Pourquoi cette inertie collective sur la dĂ©mocratie sanitaire ? Les appels dans ce sens n’ont pourtant pas manquĂ© Ă  commencĂ© par les recommandations du Conseil Scientifique dĂšs mars 2020 : le texte de Jacques Testard (▻https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-25-automne-2020/debats/article/la-covid-la-science-et-le-citoyen), un article de The Conversation (▻https://theconversation.com/debat-quelles-lecons-de-democratie-tirer-de-la-pandemie-140157) au mois de juin 2020, l’excellent « tract » de #Barbara_Stiegler, De la dĂ©mocratie en pandĂ©mie, paru chez Gallimard en janvier 2021 et assez bien relayĂ©. Des propositions, voire des expĂ©rimentations, en termes de dĂ©libĂ©ration et de construction collective des mesures sanitaires territorialisĂ©es, des contre expertises nationales basĂ©es sur des avis scientifiques et une mobilisation populaire auraient sans doute mobilisĂ© de façon positive la polyphonie des exaspĂ©rations. On a prĂ©fĂ©rĂ© laisser rĂ©primer la mobilisation lycĂ©enne (▻https://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog/181120/sommes-nous-aux-portes-de-la-nuit) pour de vraies mesures sanitaires en novembre 2020.

      Bref la construction de masse d’une alternative Ă  l’incapacitĂ© autoritaire du pouvoir aurait pu, pourrait encore donner corps et usage Ă  la dĂ©mocratie, aujourd’hui dĂ©sarticulĂ©e (â–șhttps://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog/160321/covid-un-deja-chronique-d-une-democratie-desarticulee), qu’il nous faut essayer de dĂ©fendre, pourrait incarner la RĂ©publique dans des exigences sociales et une puissance populaire sans lesquelles elle risque toujours de n’ĂȘtre qu’un discours de domination.

      Une autre Ă©lection est-elle encore possible ?

      Entre cet Ă©touffement dĂ©mocratique de masse et l’immensitĂ© des choix de sociĂ©tĂ© suggĂ©rĂ©s au quotidien par la crise sanitaire, le grain Ă  moudre ne manque pas pour des courants politiques hĂ©ritiers d’une tradition Ă©mancipatrice. Leur responsabilitĂ© est immense quand l’humanitĂ© est mise au pied du mur de sa survie et de l’idĂ©e qu’elle se fait d’elle-mĂȘme. Mais ces partis prĂ©fĂšrent eux aussi considĂ©rer la situation sanitaire comme une simple parenthĂšse Ă  refermer, se projetant sur les Ă©chĂ©ances de 2022 comme pour oublier 2020 et 2021. Il est ahurissant de penser que, aprĂšs 14 mois de pandĂ©mie, la politique sanitaire ne soit pas au centre des Ă©lections territoriales de ce printemps, sinon pour une question d’agenda.

      En « rĂȘvant d’une autre Ă©lection » comme d’autres ont rĂȘvĂ© d’un autre monde, la gauche permet tout simplement au prĂ©sident en exercice de s’exonĂ©rer de son bilan dramatique : un systĂšme de santĂ© et des soignantes et soignants mis en surchauffe des mois durant, une mise en suspens de milliers de soins parfois urgents, des dizaines de milliers de Covid longs, plus de 100.000 morts, des territoires et des populations dĂ©libĂ©rĂ©ment sacrifiĂ©s, des inĂ©galitĂ©s devant la mort et la maladie largement calquĂ©es sur les inĂ©galitĂ©s sociales et les discriminations, une vie sociale dĂ©vastĂ©e, une dĂ©mocratie en miettes, une faillite biopolitique structurelle.

      Comment lui en faire porter la responsabilitĂ© si on ne peut lui opposer aucune alternative ? Le pouvoir s’en rĂ©jouit d’avance et, renversant la charge de la preuve, semaine aprĂšs semaine, somme chacune et chacun de prĂ©senter un bilan sur l’agenda qu’il dĂ©roule sans rencontrer beaucoup de rĂ©sistance : les politiques sĂ©curitaires et l’islamophobie d’État. Or, ce concours Ă©lectoraliste du prix de la « laĂŻcitĂ© », de la condamnation de l’islamisme, de la condamnation des formes contemporaines de lutte contre les discriminations, nous savons qui en sera la championne incontestĂ©e : elle en maĂźtrise Ă  merveille les thĂ©matiques, le vocabulaire comme la vĂ©hĂ©mence.

      Voici ce que les sondages, jour aprĂšs jour, mesurent et nous rappellent. Dans ces conditions, l’absence de dynamique unitaire Ă  gauche n’est pas la cause de la dĂ©faite annoncĂ©e, elle est dĂ©jĂ  le rĂ©sultat d’une perte majoritaire de boussole politique, le rĂ©sultat d’une sorte d’évitement du rĂ©el, le rĂ©sultat d’un abandon.

      « L’étrange dĂ©faite » de juin 1940 a pris racine dans le ralliement des classes dirigeantes Ă  la nĂ©cessitĂ© d’un pouvoir policier et discriminatoire. Nous y sommes. « L’étrange dĂ©faite » s’est nourrie de la pusillanimitĂ© d’une gauche dĂ©sertant les vrais combats pour la dĂ©mocratie, de la dĂ©fense de l’Espagne rĂ©publicaine au barrage contre un racisme aussi dĂ©chaĂźnĂ© qu’expiatoire. Nous y sommes sur les enjeux de notre temps. « L’étrange dĂ©faite » a Ă©tĂ© la fille du consensus munichois et de la capitulation anticipĂ©e. Nous y sommes. « L’étrange dĂ©faite » a Ă©tĂ© suivie de la mort d’une RĂ©publique. L’appel militaire du 21 avril en fait planer la menace.

      À l’exceptionnalitĂ© de la pĂ©riode traumatique qui bouleverse depuis 14 mois en profondeur nos repĂšres politiques, sociaux et vitaux, s’ajoute l’exceptionnalitĂ© de l’échĂ©ance institutionnelle du printemps 2022. Il est dĂ©risoire d’y voir la Ă©niĂšme occasion de porter un message minoritaire, dĂ©risoire de donner le spectacle d’une querelle d’egos, dĂ©risoire de jouer Ă  qui sera responsable de la dĂ©faite. Le salut ne sera pas dans un compromis dĂ©fensif sans principe mais dans un sursaut collectif d’ambition.

      Il est temps de prendre la mesure du temps que nous vivons, car il est toujours temps de rĂ©sister. Comme concluait Marc Bloch en septembre 1940, « peut-ĂȘtre est-ce une bonne chose d’ĂȘtre ainsi contraints de travailler dans la rage », car « est-ce Ă  des soldats qu’il faut, sur un champ de bataille, conseiller la peur de l’aventure ? » Il ajoutait que « notre peuple mĂ©rite qu’on se fie Ă  lui et qu’on le mette dans la confidence ».

      â–șhttp://www.regards.fr/idees-culture/article/2022-l-etrange-defaite-qui-vient
      #non-mixité