A New Delhi, les sikhs au secours des malades du Covid-19

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  • A New Delhi, les sikhs au secours des malades du Covid-19
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    Le plus grand temple de la capitale indienne a ouvert, dans son enceinte, un centre de soins de 400 lits, pour soulager les hôpitaux débordés. Minoritaires dans la population, les sikhs, réputés pour leur générosité, ont une influence considérable dans la société.Le gurdwara Rakab Ganj Sahib a fermé ses portes aux fidèles depuis le 17 avril, date du début du confinement imposé par le chef de gouvernement de Delhi, Arvind Kejriwal, pour tenter de freiner le rythme des contaminations. Mais le temple sikh, le plus imposant de la capitale indienne, situé près du Parlement, déborde d’activité.Des volontaires arrivent, les bras chargés de sacs de biscuits et de nourriture. L’entrée du temple est filtrée par de lourdes barrières en fer jaune. Il faut d’abord passer par un point de contrôle, décliner son identité devant une équipe protégée des pieds à la tête par des combinaisons anti-Covid et des visières. Une voiture se présente dans la cour, avec une personne allongée à l’arrière, qui semble trop mal en point pour bouger. Un volontaire se précipite avec une chaise roulante.
    Le gurdwara Rakab Ganj Sahib a transformé un de ses bâtiments pour accueillir près de 400 lits, mis à disposition des malades du Covid-19, et équipés de concentrateurs d’oxygène, à New Delhi, le 4 mai 2021.C’est l’un des premiers patients de l’immense hôpital de fortune monté en quelques jours par la communauté sikh, en liaison avec le gouvernement régional, dans l’enceinte du gurdwara. Un bâtiment du temple a été vidé, pour accueillir près de 400 lits, mis à disposition des malades du Covid-19, et équipés de concentrateurs d’oxygène. Derrière chaque matelas, une chaise, pour les accompagnants, et un ventilateur. Les températures à New Delhi sont proches de 40 degrés. Et juin sera encore plus torride. Une dizaine d’ambulances jaunes, grandes comme des bus, stationnent sur le parking, prêtes à intervenir.Ce centre de soins consacré au Covid-19 a ouvert ses portes, lundi 10 mai, pour répondre à la crise de l’oxygène qui fait exploser le système de santé indien, en particulier dans la capitale, où les hôpitaux, débordés par la deuxième vague épidémique, ne sont plus en capacité de gérer l’afflux des patients en détresse respiratoire.
    L’immense hôpital de fortune (ici le 4 mai 2021) a été monté en quelques jours par la communauté sikh dans l’enceinte du gurdwara Rakab Ganj Sahib, à New Delhi.« Nous avons 10 médecins en permanence et 15 infirmières. L’oxygène et les médicaments nous ont été envoyés par des sikhs du Canada, du Royaume-Uni, des Etats-Unis, d’Australie, assure Bhupinder Singh, un des responsables du gurdwara. Nous accueillons ici tout le monde, gratuitement, quelle que soit la religion des malades, quel que soit leur statut. »La situation dans la capitale indienne s’améliore lentement sous l’effet du confinement, mais elle reste fragile et les hôpitaux sont encore au maximum de leur capacité. Le taux de positivité, qui avait atteint 36 % le 22 avril, est retombé à 21 % ; le nombre d’infections a chuté de 28 000 à 12 000 cas, mardi 11 mai. Le même jour, cependant, il ne restait que 59 lits disponibles en soins intensifs, dans cette mégapole de plus de 20 millions d’habitants. Trois cent quarante-sept morts ont été comptabilisés au cours des vingt-quatre dernières heures, plus de 4 000 à l’échelle du pays, qui a franchi la barre des 250 000 morts. Mercredi 12 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a détecté le variant indien dans « 44 pays », et l’a classé comme « préoccupant ». L’aide internationale, promise dès le 26 avril, arrive encore avec peine jusqu’aux établissements hospitaliers du pays. Les producteurs d’oxygène, respirateurs ou médicaments sont restés plusieurs jours coincés sur le tarmac des aéroports pour des raisons de dédouanement. Il a fallu désemballer, remballer, avant que les cargaisons soient enfin acheminées vers les hôpitaux.Aux premières heures de la crise de l’oxygène, la communauté sikh – les gurdwaras et l’ONG Khalsa Help International – a déployé tous ses efforts pour venir en aide aux malades, souvent en état critique, refusés dans les centres hospitaliers, trop congestionnés.
    Les familles désespérées ont vite trouvé le chemin des gurdwaras. Les sikhs, réputés pour leur générosité, ne représentent que 2 % de la population en Inde, mais leur influence et leur rôle dans la société sont considérables, notamment à New Delhi, qui regroupe la plus importante communauté après le Penjab. Lors de la première vague épidémique et du premier confinement, ils avaient déjà distribué des milliers de repas aux travailleurs migrants piégés dans les grandes métropoles. Peu avant, en février 2020, lors de terribles pogroms contre les musulmans dans les quartiers nord de New Delhi, ils s’étaient précipités pour tenter de sauver des vies, apporter nourriture et vêtements à ceux qui avaient tout perdu. Ils ont encore aidé les milliers de paysans, en grève aux portes de Delhi, depuis le mois de novembre 2020, avec leurs immenses cuisines installées le long des campements. Leur intervention s’inscrit dans une longue tradition de générosité et de bénévolat, de service désintéressé [“seva”] », explique Christine Moliner, anthropologue, spécialiste des sikhs et du Pendjab. Pour l’enseignante à l’OP Jindal Global University, « les formes nouvelles que prend cette tradition éthique, en manifestant la solidarité des sikhs avec les autres communautés, constituent une réponse au majoritarisme hindou ». « Le travail que le gouvernement était censé faire, c’est la société qui le fait aujourd’hui », relève Rajinder Singh, un bénévole. (...) A l’entrée du centre anti-Covid du gurdwara, une grande banderole assure : « Le corona peut tuer les humains, pas l’humanité »

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