comment dénoncer sans blesser les concernées

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    • Peu de débats optent pour une focalisation sur le point de vue du client. C’est pourtant un point de vue très intéressant à adopter, puisqu’il permet d’attirer l’attention sur les mécanismes du dominant, plutôt que sur les réactions (toutes légitimes) des dominées. En effet, la réalité des clients est toute autre que les images misérabilistes qui nous poussent à empathiser avec des hommes malheureux, perdus, en solitude émotionnelle, voire handicapés… : les clients sont pour la plupart des mecs infâmes, qui n’ont pas la moindre trace d’empathie pour les femmes qu’ils consomment et utilisent comme des objets, et une énorme proportion d’entre eux est sadique.
      En outre, parmi ceux qui n’ont pas des comportements monstreux, beaucoup s’estiment comme “des bons clients” comparés aux autres, ce qui signifie que 1) ils ont pertinemment conscience des maltraitances que vivent les personnes en prostitution et trouvent ces conditions de travail acceptables, et 2) qu’ils s’estiment nobles s’ils ne les maltraitent pas. En fait, comme ils méprisent profondément les femmes prostituées, ils considèrent que c’est un acte d’une extrême noblesse que de les traiter comme des êtres humains (par exemple, de se rappeler de leurs prénoms, de faire preuve de respect envers leurs limites, ou de leur prodiguer la moindre once de gentillesse).

      Focaliser sur le point de vue du client ou du dominateur plutôt que sur les états d’esprit des soumises ou des prostituées permet de pointer tout ce qu’il y a d’inacceptable dans la prostitution et le bdsm : un homme qui estime qu’un rapport sexuel non-désiré ou violent est jouissif.
      “Un jour, je me suis posé la question : POURQUOI moi ça me parait impossible de frapper une personne dont je sais qu’elle a été maltraitée dans l’enfance, même si c’est elle qui me le demande, alors qu’eux ça semble leur poser AUCUN problème, au contraire ? C’est alors que j’ai réalisé qu’en dépit de ma solitude, de mon mal-être ou de mon handicap, je n’envisagerai jamais d’obtenir du sexe de quelqu’un qui ne le désire pas, ou de tirer de la jouissance des traumas de quelqu’un. Jamais je ne pourrais me dire “c’est ok si elle n’a pas de désir puisqu’elle aime être forcée / c’est ok si elle n’a pas de désir, puisque je la paye”.

      Se mettre dans le point de vue du dominant permet aussi de comprendre pourquoi les arguments sur la déstigmatisation ne fonctionnent pas : une idée forte des libfems est qu’en normalisant le travail du sexe, on ferait baisser les violences dues à la stigmatisation. Mais du point de vue d’un homme violent c’est le contraire : il se dit “Non seulement cette femme se fait pénétrer sans désir, mais en plus elle ne trouve pas ça grave”, et il ne la méprise que davantange. Ainsi la “déstigmatisation” risque bien de produire le résultat inverse de l’effet voulu : plus la violence est dédramatisée, plus elle va être courante, plus le stigma sera lourd. Cela ne vient que renforcer leur opinion machiste profondément ancrée que les femmes, au fond, “aiment ça” et que l’objetisation sexuelle est le désir secret des femmes car cela relève de leur Nature.