L’enclavement ethnique en Namibie. Du cloisonnement territorial à la structuration des identités

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  • L’ enclavement ethnique en Namibie.
    Du cloisonnement territorial à la structuration des
    identités

    HR_LIL89630_PG031-044.pdf - hr_lil89630_pg031_044.pdf
    https://journals.openedition.org/eps/2675?file=1

    En Namibie, l’enclavement des populations africaines1 constitue
    une constante dans les politiques mises en œuvre par les
    différents pouvoirs coloniaux. Si la construction d’enclaves est un
    processus politique, elle n’est toutefois pas exclusivement le fait
    d’autorités dominantes aux dépens de populations assujetties.
    À côté d’un enclavement subi dans le cadre de politiques de
    contrôle et d’exploitation de la main-d’œuvre africaine, il y a
    l’enclavement voulu de la part de groupes de population dont
    le territoire est au fondement de leur identité. Ce sont les
    modalités d’émergence des enclaves qui apparaissent comme de
    puissants vecteurs dans l’affirmation des identités raciales et
    ethniques que nous allons dès à présent aborder.

    L’ enclavement imposé comme mode de contrôle des populations
    africaines

    L’ enclavement des populations autochtones a commencé avec la
    conquête du territoire (appelé Sud-Ouest Africain) par l’Allema-
    gne de Bismarck à la fin du 19ème siècle. La volonté des autorités
    allemandes de développer une colonie de peuplement se tradui-
    sit par l’appropriation, de gré ou de force, des terres par les
    compagnies concessionnaires et les colons. Parallèlement, les
    populations indigènes se virent reléguées dans des zones arides
    majoritairement impropres à l’agriculture. L’appropriation foncière
    menée par les Allemands ne concerna toutefois que les terres situées
    au centre et dans la partie méridionale du territoire. Au nord, le pays
    ambo ne fut pas conquis du fait du poids démographique des
    Owambo et de leur puissance militaire. Le confinement de ce
    formidable réservoir de main-d’œuvre fut cependant accompli grâce
    à un contrôle strict de la frontière délimitant la zone de
    peuplement des Blancs appelée “zone de police” (Polizeizone).