• The global biogeography of passerine songs | Science
    https://www.science.org/doi/10.1126/science.aee6239
    article beaucoup repris dans les journaux MSM (sous péage)

    Editor’s summary
    Birds sing to attract mates and ward off rivals. The form of these songs can vary from single, repeated notes to complex melodies. Bacquelé et al. explored the relationships among song, environment, and latitude from birds across the world (see the Perspective by Briefer). They found that in regions where forests are thick, and thus sound transmission is slower, bird songs are simpler and more effective for transmission across vegetation-impeded landscapes. By contrast, in temperate regions, where sound is less impeded and sexual selection is especially strong due to seasonal limitations, birdsong is much more complex, likely being a better indicator of singer condition. —Sacha Vignieri

    Abstract
    Although bird songs are classic models for understanding the evolution of vocal communication, their global diversity has long made the development of a unifying framework challenging. By analyzing the acoustic architecture of songs from more than 3000 passerine species worldwide, we show that this acoustic space can be structured around eight elemental motifs. The differential use of these motifs is driven by a combination of species’ biological traits (social organization, morphology, and mating system) and the physics of sound propagation. In tropical rainforests, environmental filtering for transmission efficiency favors structurally simple motifs, such as flat whistles. Conversely, in temperate regions, where high population densities facilitate close-range communication and short breeding seasons intensify sexual selection, the balance shifts toward complex, information-rich motifs, such as ultrafast trills, despite their susceptibility to acoustic degradation. Ultimately, the global geography of birdsong reflects a spatially varying equilibrium between physical environmental constraints and the biological drive for complex communication.

  • Holocene ocean-atmosphere coupling and Mediterranean sensitivity to Atlantic circulation: Lessons from the Late Bronze Age collapse | Science Advances
    https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.aed5439

    Climate variability has profoundly influenced societies in the semiarid Eastern Mediterranean. Proxy records indicate progressive mid-Holocene drying culminating in severe droughts ∼1250 BCE, coincident with the Late Bronze Age collapse (1300 to 900 BCE). Using the EC-Earth3-Tr8K transient Holocene simulation, we reconstruct regional hydroclimate evolution and its underlying mechanisms. The model reproduces a gradual orbitally driven aridification, spatially heterogeneous across the region, with persistent drying in the Levant but enhanced effective moisture in parts of the Balkans and Anatolia due to cooling-induced evapotranspiration decline. Superimposed on this long-term trend are extreme drought events, which arise from the alignment of Atlantic internal variability across centennial to millennial timescales, amplifying drying on an already arid background state. These results provide model-based evidence of how evolving amplitude and phase structure of Atlantic internal variability reshaped Eastern Mediterranean hydroclimate through the mid-to-late Holocene. We demonstrate that oceanic variability can manifest as abrupt regional crises when ecological and societal thresholds are crossed.

    #Climat #Méditerranée #Atlantique

  • L’IA rend l’#édition_scientifique « plus lente, de moins bonne qualité et plus chère »

    Alors que de plus en plus d’#articles_scientifiques sont créés en utilisant l’IA générative, le rédacteur en chef de Science, Holden Thorp, considère qu’elle fait plus de mal que de bien à l’édition scientifique.

    Pour Holden Thorp, le responsable éditorial de toutes les revues de l’éditeur scientifique Science, l’arrivée de l’IA générative pousse l’édition scientifique dans une forme de « #taylorisme ». « Ce défi exige encore plus d’efforts humains, ce qui rend l’ensemble du processus plus lent et plus coûteux », explique-t-il dans un édito de la revue phare (https://www.science.org/doi/10.1126/science.aek5570).

    L’année dernière, des chercheurs prévenaient que l’IA pourrait faire, au final, « plus de mal que de bien » à la recherche sans pour autant nier certaines avancées qu’elle pouvait amener. Fin 2025, submergée par les propositions d’articles générées par IA, la plateforme de prépublications #arXiv décidait de modérer plus strictement. Elle a ensuite mis en place une mesure de suspension d’un an des chercheurs qui soumettent des articles erronés générés par IA.

    #Hallucinations, #cherry_picking et #manipulation_de_données

    Mais les revues et les conférences scientifiques sont aussi touchées par le phénomène. Holden Thorp ne nie pas la capacité des grands modèles de langage (LLM) à permettre des avancées scientifiques comme la prédiction des structures protéiques ou l’accélération de la découverte de nouveaux matériaux.

    Mais il s’appuie sur un article scientifique récent (https://www.science.org/doi/10.1126/science.adz4351) qui explique que les LLM « éprouvent encore des difficultés dans les domaines qui exigent un jugement clinique nuancé, un raisonnement expérimental ou une réflexion et une synthèse approfondies en biologie » et sur l’existence des hallucinations (dont même les chercheurs d’OpenAI avouent avoir du mal à se débarrasser) pour expliquer que leur utilisation dans la rédaction d’articles scientifiques peut être problématique.

    « De plus, certains de ces agents sont plus enclins que les humains à se livrer à ce qui s’apparente à des #fautes_professionnelles en matière de recherche, telles que la #sélection_arbitraire_de_données [cherry picking] et la manipulation des analyses statistiques jusqu’à l’obtention du résultat souhaité », ajoute-t-il, citant un autre article mis en ligne sur arXiv (https://arxiv.org/pdf/2509.08713).

    Et, alors que l’ajout d’erreurs par l’IA générative dans les articles demande une attention accrue, elle accélère aussi le rythme de soumission d’articles aux revues scientifiques et crée des #goulots_d’étranglement. Certains éditeurs, comme Elsevier, laissent facilement passer des #erreurs parfois impardonnables. « La prolifération d’#AI_slop [informations erronées liées à l’IA] dans la littérature scientifique et, plus généralement, sur Internet, nuit à la #crédibilité de la #science », déplore le responsable éditorial de Science.

    Le taylorisme arrive dans l’édition scientifique

    Holden Thorp compare ce moment de l’arrivée de l’IA générative dans l’édition scientifique à l’arrivée du taylorisme dans l’économie américaine. Frederick Winslow Taylor « a encouragé les entreprises à recourir à la surveillance pour pousser les salariés à travailler plus dur et plus longtemps, une approche qui a épuisé et découragé les travailleurs et a conduit au transfert des connaissances et de tout pouvoir décisionnel des travailleurs vers la direction », explique-t-il.

    Remarquons quand même que, si Holden Thorp déplore l’utilisation massive de l’IA générative dans les articles scientifiques, son article est lui-même parsemé de liens accompagnés de paramètres UTM laissant la trace de l’utilisation de ChatGPT (par exemple : https://arxiv.org/abs/2605.07723.

    https://next.ink/247785/lia-rend-ledition-scientifique-plus-lente-de-moins-bonne-qualite-et-plus-chere
    #AI #intelligence_artificielle #vitesse #qualité #ESR #recherche #revues_scientifiques

  • L’intelligence artificielle va‑t‑elle mettre fin à la recherche en sciences sociales ?

    L’impact de l’intelligence artificielle générative sur les sciences sociales peut être compris à travers la métaphore du roman Things Fall Apart de Chinua Achebe. Ce livre retrace les bouleversements de la société nigériane face à l’intrusion coloniale. Il offre une approche pertinente pour comprendre les tensions actuelles du monde académique.

    Il y a quelques mois maintenant, un collègue m’a envoyé son article pour avoir une seconde lecture. Tout y était : problématique ciselée, revue de littérature exhaustive, méthodologie rigoureuse. Trop, justement. En y regardant de plus près, certaines formulations m’ont alerté : « crucial », « dans le monde dynamique de », « il est impératif de noter que ». Le #vocabulaire typique de #ChatGPT. J’ai demandé des explications. Réponse gênée : « Oui, j’ai utilisé l’IA pour rédiger certaines parties, mais j’ai relu, évidemment. »

    Ce malaise révèle une vérité qui dérange : nous, chercheurs en sciences sociales, sommes en train de perdre le contrôle de notre métier. Et nous faisons semblant de ne pas le voir. Cette réflexion m’a amené à proposer un article à la Revue française de gestion à l’occasion du numéro de son 50ᵉ anniversaire.

    Quelques chiffres illustratifs du changement de paradigme

    Environ 13,5 % des #résumés d’articles biomédicaux publiés en 2024 contiennent des traces d’utilisation d’intelligence artificielle (IA) générative selon une étude parue dans Science Advances (https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adt3813). Plus inquiétant encore : une étude de chercheurs de Stanford révèle que jusqu’à 17 % du texte des évaluations d’articles dans les grandes conférences sur l’IA pourrait avoir été substantiellement modifié par l’IA elle-même (https://arxiv.org/abs/2403.07183). Nous sommes entrés dans une boucle où l’IA évalue l’IA.

    Par ailleurs, des équipes de recherche analysent en quelques semaines des corpus qui auraient nécessité des années de travail. En sociologie numérique, par exemple, une étude publiée dans Science a examiné la diffusion de près de 126 000 informations vraies et fausses partagées par environ trois millions d’utilisateurs sur Twitter (https://www.science.org/doi/10.1126/science.aap9559), soit plus de 4,5 millions de partages, un volume inimaginable sans outils d’analyse automatisés.

    Ruptures dans les sciences sociales

    Mais au-delà de ces gains de #productivité, quelque chose se fissure. L’IA ne bouleverse pas seulement nos méthodes de travail. Elle remet en question ce que signifie « #faire_de_la_recherche ».

    Comment valider des résultats produits par un #algorithme dont les rouages internes restent opaques ? Comment garantir la #rigueur_scientifique quand l’IA peut « #halluciner » et inventer des #références_bibliographiques qui n’existent pas ? Comment protéger notre #pensée_critique dans ce contexte ?

    Nous sommes actuellement confrontés au même #dilemme que les personnages du roman de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, intitulé Tout s’effondre (Things Fall Apart, en anglais). Dans ce récit, une société africaine traditionnelle se retrouve confrontée aux missionnaires européens qui viennent imposer de nouvelles croyances. Certains membres de cette société traditionnelle s’adaptent à cette arrivée, d’autres résistent. Tous comprennent que rien ne sera plus comme avant.

    Technophiles contre traditionalistes

    La communauté scientifique connaît aujourd’hui des divisions. Certains, les « technophiles », accueillent l’IA avec enthousiasme, convaincus qu’elle va accélérer les découvertes et ouvrir la recherche au monde en développement. D’autres, les « traditionalistes », dénoncent une course à la productivité aux dépens de la profondeur de pensée.

    Cette #fracture ne se limite pas aux questions techniques et technologiques, elle touche aussi à notre #identité, collective et individuelle, de chercheurs. Sommes-nous en train de devenir de simples opérateurs validant des productions issues d’algorithmes ? Notre expertise se réduit-elle à savoir poser les bonnes questions à un modèle d’IA ?

    Les jeunes chercheurs sont les premiers exposés. Ils jonglent entre la pression de publier rapidement et l’injonction implicite à ne pas trop utiliser l’IA. Résultat : beaucoup l’utilisent en cachette, créant une #culture_du_secret qui a des conséquences pour la #transparence_scientifique.

    Quelles solutions ?

    Nous avons trop longtemps préféré détourner le regard. L’intelligence artificielle est là, et ignorer sa présence n’est plus tenable. Il nous faut repenser notre manière de faire de la science. Imaginer un nouveau cadre.

    Trois grands principes pourraient nous servir de boussole.

    Le premier, c’est la #transparence. Chaque recours à l’IA devrait être précisé noir sur blanc dans nos publications : quels outils ont été utilisés, pour quels usages, et dans quelles limites. Certaines revues, comme Nature, commencent déjà à l’imposer.

    Ensuite, la #responsabilité. L’IA peut analyser des données, suggérer des pistes, rédiger des brouillons. Mais c’est au chercheur qu’il revient d’interpréter et de valider avec un #esprit_critique. Cette ligne rouge ne doit jamais être franchie. Une étude récente le rappelle cruellement : 52 % des réponses générées par l’IA à des questions de programmation contiennent des erreurs, et la supervision humaine échoue à les corriger dans 39 % des cas (https://dl.acm.org/doi/10.1145/3613904.3642596).

    Enfin, le #pluralisme. Il devient nécessaire d’accepter que certains chercheurs intègrent l’IA dans leur travail tandis que d’autres la refusent. Cette diversité peut devenir une richesse, si les débats ont lieu au grand jour, dans les conférences et les séminaires qui constituent la tradition scientifique.

    Un nouveau #paradigme_scientifique

    L’intelligence artificielle va continuer de gagner en puissance et en omniprésence.

    Nous sommes à l’aube d’un #tournant dans le monde de la recherche où l’intelligence humaine devient une « des » formes d’intelligences. Il semble clair que cette #cohabitation ne portera ses fruits que si elle s’appuie sur des #règles mises en place par les chercheurs eux-mêmes.

    Le vrai risque ne provient pas de l’intelligence artificielle, mais de notre #inertie. Notre envie de profiter de ce qu’elle offre sans trop s’interroger. D’accepter, sans résister, une facilité qui pourrait, à terme, nous échapper. Chinua Achebe raconte comment une société s’effondre lorsqu’elle perd le contrôle de son destin. Nous, chercheurs, avons encore le #choix. Nous pouvons décider comment intégrer l’intelligence artificielle, à quelles conditions, mais aussi avec quelles limites.

    L’enjeu n’est pas de résister au changement. Il est de le guider vers une science plus rigoureuse, plus transparente, plus consciente d’elle-même. Une science qui utilise l’IA sans s’y soumettre. Une science qui reste, avant tout, une aventure humaine.

    https://theconversation.com/lintelligence-artificielle-va-t-elle-mettre-fin-a-la-recherche-en-s
    #IA #AI #intelligence_artificielle #ESR #recherche #SHS #sciences_sociales #édition_scientifique #publications_scientifiques #évaluation #peer_review #hallucination #à_lire

  • « La promenade de Biscarrosse a fini par tomber. Tant que le futur n’a pas de prise perceptible sur le présent, il reste sans effet sur les pratiques », Marie Stutzmann, anthropologue
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/09/la-promenade-de-biscarrosse-a-fini-par-tomber-tant-que-le-futur-n-a-pas-de-p

    En janvier, une partie de la promenade de la station balnéaire landaise Biscarrosse a disparu. Pas progressivement, mais d’un seul coup. Pourtant, l’#érosion du #trait_de_côte était connue. Le #littoral reculait de 1 à 2 mètres par an. Les projections existaient. Les panneaux aussi. Tout le monde savait. Malgré cela, rien – ou presque – n’a vraiment changé.

    Quelques mois avant la tempête, j’observais les habitants face à la dune. Ils lisaient les informations, acquiesçaient – puis enjambaient les clôtures pour rejoindre la plage. Ce geste, anodin en apparence, dit quelque chose d’essentiel : il ne relève ni de la défiance ni du déni ; il révèle un décalage plus profond entre ce que nous savons et ce que nous faisons.

    On explique souvent ce décalage par un manque de volonté ou par une forme d’aveuglement collectif. Pourtant, ce diagnostic est insuffisant. Dans la plupart des situations, les faits sont connus, les alertes entendues, les risques reconnus. Face aux transformations de notre écosystème notamment, ce qui manque n’est pas l’information mais la transformation des conditions concrètes de notre action.
    Les comportements humains ne se réorganisent pas à partir d’idées. Ils se structurent à partir d’habitudes, d’attachements, de repères sensibles – tout ce qui rend nos gestes évidents sans que nous y pensions. L’anthropologie désigne cela sous le terme « habitus » : une manière incorporée d’habiter le monde. L’humain change par micro-adaptations, rarement par rupture.

    Partout, le même paradoxe

    A Biscarrosse, les habitants ne contestaient pas les données. Mais leur expérience sensible contredisait encore les projections. Les villas jumelles, symbole de la station, certes menacées, tenaient. Le paysage semblait stable. Et, dans l’économie ordinaire de l’action, ce qui est vu et éprouvé l’emporte sur ce qui est anticipé.

    #paywall #submersion #climat #océans

    • J’adore la conclusion de la vidéo. Faut de la résilience braves gens ! (Avec en image de fond des camions roulant au gasoil qui apportent du sable dont on ne dit pas la provenance).

    • accès à l’article :
      https://archive.is/6ZkFU

      C’est pourquoi l’information, si nécessaire soit-elle, reste structurellement insuffisante. Elle opère au niveau rationnel, mais peine à transformer les représentations incorporées, alors que le changement se joue d’abord au niveau des pratiques. Cette distinction est décisive. Elle permet de comprendre pourquoi tant de politiques publiques échouent : elles visent à convaincre, là où il faudrait rendre possible – et progressivement familier – autre chose.
      La question n’est donc pas : comment convaincre les gens de changer ? Elle est : de quoi sont faits leurs usages, et où la nouveauté peut-elle se frayer une place ? C’est le propre du travail de l’anthropologue. Avant toute intervention, il s’agit de cartographier finement ce qui existe : les gestes quotidiens, les trajectoires, les attachements. Non pour les respecter passivement, mais pour identifier les points d’accroche : là où une pratique nouvelle peut se greffer sur une ancienne, s’y hybrider, sans la heurter de front.

    • En définitive, la mer ne monte pas à cause du fracas des tempêtes, mais du travail patient de deux forces invisibles : un océan qui gonfle en chauffant et des glaces qui glissent lentement vers les flots.

      https://sciencepost.fr/tout-le-monde-regarde-fondre-les-glaciers-pour-expliquer-la-montee-des-o

      Or j’entends une hydrologue (non identifiée : https://bsky.app/profile/kuntavandenkinte.bsky.social/post/3mt24ttsobk2t) dire que de récentes données Nasa montrent que le pillage des réservoirs continentaux, superficiels ou fossiles, est le premier facteur de la montée des eaux. Mais je ne trouve rien de plus précis et sourcé. @simplicissimus ?

      edit
      – merci pour l’article accessible !
      – l’hydrologue en question cite aussi la possibilité de stocker de l’eau dans les nappes aquifères existantes (plutôt qu’en bassines ; ) lorsque le niveau des fleuves est haut, ce qui est expérimenté avec la Garonne et qui foncitonnerait déjà.

    • je pense que le mot qui va bien (qui répond à ta question) est #subsidence. Et ça dépend largement de où ça se passe.

      Qu’est-ce que la subsidence, ce phénomène qui fait s’affaisser de nombreuses villes côtières du monde ? - Geo.fr
      https://www.geo.fr/environnement/quest-ce-que-la-subsidence-ce-phenomene-qui-fait-saffaisser-de-nombreuses-villes

      Qu’est-ce que la subsidence ?

      La subsidence est un lent affaissement de la surface de la croûte terrestre. Elle offre ainsi un espace pour le dépôt progressif et la préservation de sédiments sur de grandes épaisseurs. Phénomène naturel, une subsidence peut aussi être causée par les activités humaines qui provoquent un affaissement accéléré des sols.

      Une nouvelle étude parue le 1er janvier dans la revue Science vient de calculer que le tassement du sol affectera 635 millions de personnes d’ici 2040, soit 19 % de la population mondiale. Les zones les plus concernées sont celles qui connaissent une importante pression démographique avec une urbanisation croissante, ainsi que celles sujettes à une faible pluviométrie et nécessitant une irrigation importante. Entre 2010 et 2040, le risque sera ainsi accru de 80 % aux Philippines, en Irak, en Indonésie, en Israël ou en Algérie. En Europe, le phénomène est particulièrement marqué dans le nord de l’Italie et aux Pays-Bas, touchés un peu plus chaque année.

      Sur la thématique exacte de ce que tu cites :

      Ce n’est pas la montée des eaux : ce qui aggrave les inondations dans nos villes se joue sous nos pieds, millimètre par millimètre
      https://sciencepost.fr/ce-nest-pas-la-montee-des-eaux-ce-qui-aggrave-les-inondations-dans-nos-v

      On imagine toujours la menace venir de l’horizon, cette ligne bleue qui grimpe lentement à mesure que les glaciers fondent. Pourtant, le véritable danger pour de nombreuses villes côtières ne tombe pas du ciel ni ne déferle depuis le large : il se joue à la verticale, sous le bitume, dans un mouvement si lent qu’aucun œil humain ne pourrait le percevoir. Pendant que nous scrutons la montée des océans, le plancher de nos métropoles s’enfonce discrètement, millimètre après millimètre. Ce phénomène porte un nom peu connu du grand public, la subsidence, et il pourrait bien rebattre les cartes de notre vulnérabilité face aux inondations. Car dans cette course entre l’eau qui monte et la terre qui descend, il arrive que le sol perde la partie plus vite qu’on ne le croyait.

      Ceci dit, chez moi, c’est bien l’élévation du niveau marin qui est la cause de la submersion à venir ; pratiquement pas de subsidence.

      Un autre effet « secondaire » qui peut s’avérer dramatique (d’autant plus s’il y a conjonction des deux phénomènes évoqués ci-dessus) c’est la salinisation des nappes phréatiques. Avec d’un côté une mer qui monte et de l’autre des nappes qui baissent, il y a forcément transfert de l’une vers les autres…

    • côté subsidence, un des endroits les plus terrifiants, c’est Djakarta…

      Jakarta, the Sinking Metropolis Where Millions Still Struggle to Access Piped Water – The Diplomat
      https://thediplomat.com/2026/07/jakarta-the-sinking-metropolis-where-millions-still-struggle-to-access-

      Excessive groundwater extraction by households and industry is one of the primary reasons for the city’s subsidence.
      […]
      Scientists say excessive groundwater extraction in Jakarta, rather than rising sea levels, is the primary reason parts of the city are sinking by up to 15 centimeters a year, with some studies recording even faster rates. Some neighborhoods have already subsided by as much as four meters since the 1970s.

      C’était, avec la catastrophe que représente la question des déplacements dans la capitale, la motivation principale du transfert de la capitale indonésienne à Nusantara, à Bornéo.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Nusantara_(ville)

      Aux dernières nouvelles, après les grandes manœuvres foncières dans la jungle de Bornéo (et quelques enrichissements illicites plus que probables), il semblerait que l’affaire ne soit plus à l’ordre du jour…

      Apparemment, tout le monde s’en bat le sarong…

    • The Guardian, décembre 2025, via Courrier international

      Nusantara, la future capitale de l’Indonésie : un projet déjà enterré ?
      https://www.courrierinternational.com/article/amenagement-nusantara-la-future-capitale-de-l-indonesie-un-pr


      Vue du monument Nusantara Protective Wings et du palais présidentiel à l’arrière-plan, tous les deux dessinés par l’artiste indonésien Nyoman Nuarta.
      PHOTO NICK HANNES/PANOS/REA

      Cité utopique créée de toutes pièces pour remplacer Jakarta comme capitale de l’Indonésie, Nusantara accuse de sérieux retards. Pis, elle est clairement délaissée par l’actuel président, au point de devenir une ville fantôme, explique ce reportage du “Guardian”, qui a suscité une vive controverse dans l’archipel.

    • BRGM, septembre 2024, première cartographie de la subsidence à l’échelle de l’Europe

      Première évaluation de la subsidence côtière à l’échelle de l’Europe | BRGM
      https://www.brgm.fr/fr/actualite/communique-presse/premiere-evaluation-subsidence-cotiere-echelle-europe


      Les diagrammes rouges, blancs et bleus indiquent respectivement la proportion, par pays, de la zone de plaine côtière inondable qui est, en moyenne, en élévation (> 1 mm/an), stable (entre -1 mm/an et 1 mm/an) et en affaissement (< -1 mm/an).
      © BRGM

      Le BRGM et des collaborateurs français et européens ont mené une étude qui présente la première cartographie à l’échelle de l’Europe de la subsidence côtière. L’élévation du niveau de la mer est une conséquence du réchauffement climatique. Localement, le sol peut s’enfoncer (subsidence) et amplifier ce phénomène et les risques de submersion marine. L’étude a mis en évidence une cartographie fine de la subsidence côtière sur tout le littoral européen grâce au système d’observation Copernicus EGMS (European Ground Motion Service).

      L’élévation du niveau de la mer et son accélération menacent d’ores et déjà les populations et infrastructures situées dans les zones littorales de basse altitude. Le niveau marin global mesuré par satellite depuis 1993 fait état, sur les 30 dernières années, d’une élévation de 3,6 mm / an. Les causes de cette élévation sont bien comprises et quantifiées. L’expansion thermique des océans et la fonte des glaciers terrestres et des calottes polaires sont causées par le réchauffement climatique, dû aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Localement, l’élévation du niveau marin d’origine climatique peut-être amplifiée par un affaissement du sol. C’est ce que cette nouvelle étude du BRGM et de ses collaborateurs a quantifié à l’échelle européenne.

      Près de la moitié des zones côtières de basse altitude en Europe, impactée par la subsidence côtière

      Cartographier les mouvements verticaux du sol à l’échelle suprarégionale a longtemps été empêché par le manque de données et de services adaptés. Pour lever ce verrou, un consortium de chercheurs européens a combiné deux méthodes de caractérisation des mouvements du sol, l’interférométrie radar (InSAR) et le système de positionnement par satellites (GNSS), et fait naître le service Copernicus EGMS. Cette nouvelle étude s’est basée sur le produit d’EGMS qui fournit l’estimation à haute résolution de la vitesse des mouvements du sol avec une précision millimétrique par an, et ce sur la période contemporaine (2016-2021).

      Les résultats montrent que près de la moitié des zones côtières de basse altitude en Europe connaît actuellement une subsidence supérieure à 1 mm / an en moyenne. Celle-ci est aussi plus importante dans les zones plus densément peuplées, les centres urbains et là où sont situées les infrastructures critiques.

      Par exemple, les zones portuaires enregistrent une subsidence de l’ordre de 1,5 mm / an en moyenne. L’étude identifie des zones côtières où la subsidence est sévère, avec des vitesses dépassant les 5 mm / an. L’outil cartographique est accessible depuis le site du service européen Copernicus European Ground Motion Service (EGMS).

      Cette étude suscite des inquiétudes quant au fait que l’affaissement des côtes, et donc l’élévation relative du niveau de la mer, tendent à être peu considérées en Europe et dans de nombreuses autres régions du monde.

      très peu d’info dans ce communiqué…

    • … un peu plus dans la publication…

      Assessing Current Coastal Subsidence at Continental Scale: Insights From Europe Using the European Ground Motion Service - Thiéblemont - 2024 - Earth’s Future - Wiley Online Library
      https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2024EF004523
      https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/cms/asset/615a9005-73a8-473c-b035-8769cfbd14fe/eft21703-fig-0001-m.jpg
      Location of coastal flood plains in Europe as defined in this study.

      Abstract
      Beside climate-change-induced sea-level rise (SLR), land subsidence can strongly amplify coastal risk in flood-prone areas. Mapping and quantifying contemporary vertical land motion (VLM) at continental scales has long been a challenge due to the absence of gridded observational products covering these large domains. Here, we fill this gap by using the new European Ground Motion Service (EGMS) to assess the current state of coastal VLM in Europe. First, we compare the InSAR-based EGMS Ortho (Level 3) with nearby global navigation satellite systems (GNSS) vertical velocity estimates and show that the geodetic reference frame used to calibrate EGMS strongly influences coastal vertical land velocity estimates at the millimeter per year level and this needs to be considered with caution. After adjusting the EGMS vertical velocity estimates to a more updated and accurate International Terrestrial Reference Frame (ITRF2014), we performed an assessment of VLM in European low elevation coastal flood plains (CFPs). We find that nearly half of the European CFP area is, on average, subsiding at a rate faster than 1 mm/yr. More importantly, we find that urban areas and populations located in the CFP experience a near −1 mm/yr VLM on average (excluding the uplifting Fennoscandia region). For harbors, the average VLM is even larger and increases to −1.5 mm/yr on average. This demonstrates the widespread importance of continental-scale assessments based on InSAR and GNSS to better identify areas at higher risk from relative SLR due to coastal subsidence.

      avec un GROS focus sur le bassin d’Arcachon
      https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/cms/asset/07eddef0-1a1d-44e0-ae21-0fb6b3b52812/eft21703-fig-0004-m.jpg
      Sketch illustrating the method developed to calculate the coastal flood plains (CFPs) average vertical land velocity from European Ground Motion Service (EGMS) data. (a) EGMS pixels and its associated VEGMS (100 m × 100 m resolution), and corresponding spatial coverage of EGMS pixels within each CFP (in percent of CFP area). (b) 𝑉𝐸⁢𝐺⁡𝑀⁢𝑆, that is, mean VEGMS over all EGMS pixels within each CFP. (c) 𝑉𝐸⁢𝐺⁡𝑀⁢𝑆/𝐴⁢𝐷⁢𝐽, that is, same as (b) but adjusted to the ITRF2014 reference frame.

    • Merci pour ces infos @simplicissimus. J’avais remarqué que N-Y à force de s’enfoncer sous le poids de son bâti tendait à finir dans l’Hudson river mais pas saisi ce phénomène de subsidence, tout autre [edit plus globalement]. Sauf que rien de tout cela ne parait correspondre à ce qu’évoque cette hydrologue qui parle, elle, d’un autre apport en eau d’origine humaine à l’élévation du niveau des océans :

      _"On est actuellement en train de perdre nos réservoirs continentaux, et, d’ailleurs, un chiffre me semble absolument incroyable, qui est fourni par une étude menée par la Nasa [?] avec de nouvelles formes [mesures ?] de satellite qui permettent de mieux comprendre ces jeux de bascule entre les réservoirs, nous montre que, aujourd’hui, la surélévation des océans est beaucoup plus liée au fait d’avoir pillé toutes les nappes souterraines, qu’elles soient superficielles ou qu’elles soient fossiles, et que cette eau, qui ne peut plus re-rentrer par des sols artificialisés, eh bien elle finit en mer, ce niveau de surélévation est supérieur à [celui causé par] la fonte de l’Antarctique, de l’Arctique et du Groenland. Donc il faut se poser cette question, on est en train de perdre nos eaux continentales, c’est le cas partout, les sols s’assèchent, c’est le cas en France, nos petits cours d’eau sont complétement à sec, ces petits chevelus, c’est ce qui permet de tenir toute la vie des territoires et c’est pas avec de la désalinisation et des gros réservoirs qu’on va leur permettre d’avoir de l’eau (…)"_

      (en bonne logique, elle plaide ensuite pour ne pas laisser l’eau filer à la mer n’importe comment et évoque le stockage des hautes eaux dans les nappes (contre les bassines, qu’elle carbonise), manière de remédier, partiellement, à l’artificialisation des sols..., ce qui pourrait laisser suspecter un point de vue intéressé, « vendeuse de solutions » pour l’agriculture et les villes)

      Stupéfait par l’ordre de grandeur de ce facteur là, j’ai cherché un peu, sans résultat.

      Ça semble intéressant de pas limiter la réflexion aux stocks et/ou aux fluxs, de les inclure dans une optique de « trame » (avec ses petits chevelus).

      #eau #eau_douce

    • OK, j’avais pas compris…
      (je vois d’ailleurs que tu parlais de subsidence, déjà, il y a 3 mois https://seenthis.net/messages/1173392 )

      Je crois, cette fois-ci, qu’il s’agit des changes in terrestrial water storages (TWS)
      (lien pointé par @kassem, il y a un an, lors de la sortie de l’article https://seenthis.net/messages/1131323 et étoilé par personne…)
      Unprecedented continental drying, shrinking freshwater availability, and increasing land contributions to sea level rise | Science Advances
      https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adx0298

      Abstract
      Changes in terrestrial water storage (TWS) are a critical indicator of freshwater availability. We use NASA GRACE/GRACE-FO data to show that the continents have undergone unprecedented TWS loss since 2002. Areas experiencing drying increased by twice the size of California annually, creating “mega-drying” regions across the Northern Hemisphere. While most of the world’s dry/wet areas continue to get drier/wetter, dry areas are now drying faster than wet areas are wetting. Changes in TWS are driven by high-latitude water losses, intense Central American/European droughts, and groundwater depletion, which accounts for 68% of TWS loss over non-glaciated continental regions. “Continental drying” is having profound global impacts. Since 2002, 75% of the population lives in 101 countries that have been losing freshwater water. Furthermore, the continents now contribute more freshwater to sea level rise than the ice sheets, and drying regions now contribute more than land glaciers and ice caps. Urgent action is required to prepare for the major impacts of results presented.

      où je trouve ce graphique
      https://www.science.org/cms/10.1126/sciadv.adx0298/asset/5f83dde4-2731-4726-9387-fdf2bbf11963/assets/images/large/sciadv.adx0298-f6.jpg
      Fig. 6. Global water mass contributions to sea level rise.
      (A) Time series of water mass anomalies of the major global water reservoirs (Ocean, Antarctica, Greenland, and TWS on the continents) from GRACE/FO from April 2002 to April 2024, in mm SLE. (B) Left: Corresponding trends (in mm SLE year−1) for the ocean (OCN), Antarctica (ANT), Greenland (GRL), and TWS time series in (A). Water mass contributions that increase sea level are shown as positive. Right: TWS trend decomposed into its non-glaciated drying (NGIC-DRY), glaciated drying (GIC), and non-glaciated wetting (NGIC-WET) components. NGIC-DRY is further decomposed into groundwater (GW), surface water (SW), soil moisture (SM), and snow water equivalent (SWE), on the basis of their contributions to the TWS trend. See also figs. S1 and S6.

      note qu’il s’agit du changement de masse total de l’océan et de sa décomposition en fonction de la source (total et composantes sur le même graphique, le B :-(
      et donc hors dilatation thermique

    • et cette étude de 2023 qui trouve une confirmation de l’importance de la disparition des stockages d’eau continentaux par sa contribution au déplacement de l’axe de rotation de la terre

      Drift of Earth’s Pole Confirms Groundwater Depletion as a Significant Contributor to Global Sea Level Rise 1993–2010 - Seo - 2023 - Geophysical Research Letters - Wiley Online Library
      https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2023GL103509

      Abstract
      Climate model estimates show significant groundwater depletion during the 20th century, consistent with global mean sea level (GMSL) budget analysis. However, prior to the Argo float era, in the early 2000’s, there is little information about steric sea level contributions to GMSL, making the role of groundwater depletion in this period less certain. We show that a useful constraint is found in observed polar motion (PM). In the period 1993–2010, we find that predicted PM excitation trends estimated from various sources of surface mass loads and the estimated glacial isostatic adjustment agree very well with the observed. Among many contributors to the PM excitation trend, groundwater storage changes are estimated to be the second largest (4.36 cm/yr) toward 64.16°E. Neglecting groundwater effects, the predicted trend differs significantly from the observed. PM observations may also provide a tool for studying historical continental scale water storage variations.

      Plain Language Summary*
      *Melting of polar ice sheets and mountain glaciers has been understood as a main cause of sea level rise associated with contemporary climate warming. It has been proposed that an important anthropogenic contribution is sea level rise due to groundwater depletion resulting from irrigation. A climate model estimate for the period 1993–2010 gives total groundwater depletion of 2,150 GTon, equivalent to global sea level rise of 6.24 mm. However, direct observational evidence supporting this estimate has been lacking. In this study, we show that the model estimate of water redistribution from aquifers to the oceans would result in a drift of Earth’s rotational pole, about 78.48 cm toward 64.16°E. In combination with other well-understood sources of water redistribution, such as melting of polar ice sheets and mountain glaciers, good agreement with PM observations serves as an independent confirmation of the groundwater depletion model estimate.

    • La question est abordée marginalement dans l’article WP

      Élévation du niveau de la mer — Wikipédia
      https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89l%C3%A9vation_du_niveau_de_la_mer

      Causes de l’élévation actuelle


      Principales contributions à l’élévation du niveau de la mer, 2006-2015.

      dans le graphique synthétique sur les causes de l’élévation du niveau, la contribution des eaux terrestres y est même négative.

      Alors que plus bas, sous Autres contributions, on trouve la référence à une étude de 2011 sur le sujet qui nous occupe

      Surexploitation des aquifères
      De nombreux aquifères dans le monde sont exploités au-delà de leur capacité de renouvellement, ou ne se renouvellent pas du tout (eau fossile). Cette surexploitation des ressources d’eau souterraine contribue à l’élévation du niveau de la mer, en transférant de l’eau vers l’océan. Une étude de 2011 s’est attachée à quantifier cette contribution : il en ressort qu’au cours des années 2000, 145 km3 d’eau ont ainsi été ajoutés annuellement à l’océan de cette façon, contribuant pour 13 % à la hausse observée du niveau des océans. La surexploitation des ressources d’eau souterraine est une réalité mondiale, mais elle est particulièrement importante en Inde et au Moyen-Orient, où l’agriculture est largement irriguée par ce moyen.

      Selon une série de scénarios considérés dans une publication de 2012, l’épuisement des réserves d’eau souterraines, qui a déjà apporté 25 mm d’élévation du niveau de la mer par rapport au niveau pré-industriel, contribuerait pour 70 à 90 mm de plus d’ici 2100. Ces estimations se basent sur un prolongement des tendances historiques prenant en compte, région par région, l’estimation des besoins en eau futurs, selon l’évolution de la population et de la pluviométrie.

    • Merci ! L’article signalé par @kassem confirme les propos de cette hydrologue :

      “Continental drying” is having profound global impacts. Since 2002, 75% of the population lives in 101 countries that have been losing freshwater water. Furthermore, the continents now contribute more freshwater to sea level rise than the ice sheets (...)

      Je finirais sans doute par me souvenir de la subsidence, notion géologique qui inclut désormais des effets de l’activité productive, dont l’exploitation des nappes aquifères.

      Aux États-Unis, la cause principale de subsidence dans les paysages est le pompage de l’eau des nappes ce qui réduit la porosité de roches. La subsidence a ainsi atteint 8,5 mètres dans la vallée de San Joaquin en Californie, principalement à cause de l’exploitation ancienne des aquifères souterrains[7].

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Subsidence_(g%C3%A9ologie)

      #nappes_fossiles #réservoirs_continentaux #apprentis_sorciers

    • Cet article ne montre en fait pas que les prélèvements d’eau, superficielle ou profonde, contribueraient davantage à l’élévation du niveau de la mer que la fonte de la calotte groenlandaise, de la calotte antarctique ou du reste des glaciers.

      La vulgarisation qui en a été faite peut laisser penser à un rôle prépondérant des prélèvements d’eau.
      https://www.propublica.org/article/water-aquifers-groundwater-rising-ocean-levels
      Mais en fait non.

      Les données satellite (GRACE) utilisées dans l’article de Science Advances mesurent les variations de masse de la Terre entre 2003 et 2024. On peut en déduire, en chaque point de la surface terrestre, les variations du stock total d’eau.
      Certaines régions continentales gagnent de l’eau, d’autres en perdent. Les données montrent que sur la période considérée, c’est la perte qui domine. Et le gros du papier consiste à analyser l’ampleur, l’étendue et la localisation de ces pertes d’eau continentales.

      Les auteurs comparent aussi les variations d’eau continentales moyennées sur chacune des deux calottes polaires, sur le reste des glaciers continentaux (GICs dans l’article) et sur le reste des surfaces continentales ("non glaciated TWS" - TWS, pour Terrestrial Water Storage).

      Ces variations des différents réservoirs d’eau continentale, exprimées en unités de masse par année, peuvent être converties en « équivalent de variation du niveau de la mer », exprimées en millimètres par année, et être ainsi interprétées comme des contributions à l’élévation du niveau de la mer.
      C’est ce que font les auteurs vers la fin du papier. Les résultats sont présentés dans le tableau 3 et la figure 6. 
      L’élévation du niveau de la mer due à la température (effet stérique) est exclu, ils ne s’intéressent qu’à la partie dite « massique ».

      Il en ressort que la perte de masse d’eau de la calotte groenlandaise équivaut à 36.5% du gain de masse océanique, celle de la calotte antarctique à 19%, celle des autres glaciers à 33.5%, et celle du reste des surfaces continentales à 11%.

      Les auteurs décomposent ensuite la variation globale d’eau continentales, hors calottes et glaciers ("non glaciated TWS"), en moyennant les variations d’eau uniquement sur les régions qui s’assèchent (drying) et uniquement sur celles qui s’humidifient (wetting).
      Puis à l’aide d’un modèle, ils décomposent encore la quantité d’eau perdue dans les régions qui s’assèchent, en eau de surface (SW - Surface Water), eau du sol superficiel (SM - Soil Moisture), eau souterraine (GW - GroundWater) et neige (SWE - Snow Water Equivalent).
      Et enfin, ils convertissent toutes les quantités issues de ces deux décompositions en contributions à l’élévation du niveau de la mer.

      Evidemment, la perte d’eau continentale moyennée seulement sur les régions qui s’assèchent est supérieure à la perte d’eau totale (toujours hors glaciers et calottes). Donc mécaniquement, sa traduction en contribution à l’élévation du niveau des mers est plus importante. On passe ainsi de 11% à ~50%…
      Et c’est ainsi que les auteurs concluent que l’assèchement des continents contribue plus à l’élévation (massique) du niveau de la mer que la fonte de chacune des calottes polaires ou de celle des autres glaciers continentaux.

      J’ai quelques réserves sur la traduction de cette décomposition en contribution à l’élévation (massique) du niveau de la mer.
      Faire un bilan d’eau à l’échelle globale pour dire que toute l’eau perdue annuellement sur continents est gagnée par la mer, OK. Je suis plus dubitative sur le fait de conduire cette analyse en ne considérant que les régions qui s’assèchent.
      Il me semble bien que ça revient à considérer que toute l’eau perdue au cours d’une année dans les régions qui s’assèchent va directement dans les océans, et que toute l’eau gagnée au cours d’une année dans les régions qui s’humidifient vient directement des océans, et qu’il n’y a donc aucun recyclage d’eau sur continents... ce qui est faux.

      J’en viens maintenant (enfin !) à la contribution des prélèvements anthropiques d’eau à l’élévation du niveau de la mer.
      Dans le papier, les auteurs se gardent d’écrire que les prélèvements d’eau souterraines (les nappes) dominent la contribution à l’élévation (massique) du niveau de la mer.
      Ils disent simplement que dans les régions où les continents perdent de l’eau (hors calottes et glaciers), c’est la perte d’eau souterraine qui domine le signal ( elle compte pour 68%). Et c’est déjà un résultat fort, je trouve.

      Dans l’article de vulgarisation cité plus haut, il n’est pas dit non plus explicitement que les prélèvements humains dominent la contribution à l’élévation du niveau des mers. A part dans le titre, il est toujours précisé que ça domine la perte d’eau dans les régions qui s’assèchent.
      Mais on peut facilement à côté de cette précision. D’autant qu’il y a aussi tout un développement - manifestement validé par un des auteurs de l’article de Science Advances - pour expliquer que l’eau pompée dans les nappes part en ruissellement de surface pour finir dans les oécans.
      Ce développement est à mon avis discutable, pour des raisons qui rejoignent d’ailleurs mes doutes quant à la pertinence de traduire en « contribution à l’élévation du niveau de la mer » des quantités d’eau perdue moyennées seulement sur les régions où les continents s’assèchent.
      Affirmer que l’eau prélevée dans les nappes n’étant pas ré-infiltrée localement en profondeur, elle partirait presque entièrement en ruissellement, cela laisse de côté l’humidication des sols superficiels et l’évapotranspiration. Pourtant, le gros des prélèvements est destiné à l’irrigation. C’est assez osé de considérer que presque toute l’eau d’irrigation ruisselle en surface. A moins que toute l’eau d’irrigation qui évapotranspire ou s’infiltre dans les sols superficiels finisse par précipiter uniquement au-dessus des océans, il y a bien une partie qui retourne aux surfaces continentales.

      Dernier point : dans l’article comme dans sa vulgarisation, la perte d’eau souterraine est considérée comme entièrement due aux prélèvements humains. Or il y a aussi une partie de la perte due à la diminution de la recharge et/ou l’augmentation de l’évapotranspiration, surtout pour les nappes peu profondes. Mais d’autres études montrent que ce sont bien les prélèvements humains qui dominent la perte d’eau souterraine.

      En résumé : Non, cet article ne permet pas de dire que les prélèvements d’eau sont le plus gros contributeur à l’élévation (massique) du niveau de la mer. Mais il n’est pas rassurant pour autant.
      Il montre que :
      – Les réservoirs d’eau continentale, hors calottes et glaciers, s’assèchent en moyenne sur le globe,
      – La fonte des glaciers continentaux, ajoutée à l’assèchement des continents, contribuent désormais plus à l’élévation du niveau de la mer que la fonte de chacune des calottes polaires.
      – Dans les régions où les continents s’assèchent (hors glaciers et calottes), c’est la perte d’eau souterraine qui contribue plus à la diminution du stock d’eau, et cette perte est dominée par les prélèvements humains.

      Pour finir, je précise que çe serait à mon avis assez injuste de reprocher à l’hydrologue s’exprimant sur l’extrait vidéo d’avoir compris de cet article et/ou de sa vulgarisation que les prélèvements d’eau dominent la contribution à l’élévation niveau de la mer. Car c’est bien le message qui est passé à la sortie de cet article. Et au vu de la façon dont les résultats sont présentés dans l’article et commentés par l’un des auteurs dans la vulgarisation citée plus haut, c’était à mon sens assez logique que ce raccourci soit fait.

    • bienvenue, @jeanne_c !

      et un grand merci d’avoir pris le temps d’analyser l’article et de partager ici cette analyse. L’article est dense et technique et aborde les faits sous un angle très spécifique, ce qui fait qu’il est très difficile d’en retenir quelque chose de clair.

      Une remarque :

      Cet article ne montre en fait pas que les prélèvements d’eau, superficielle ou profonde, contribueraient davantage à l’élévation du niveau de la mer que la fonte de la calotte groenlandaise, de la calotte antarctique ou du reste des glaciers.

      La vulgarisation qui en a été faite peut laisser penser à un rôle prépondérant des prélèvements d’eau.

      ce n’est pas que la vulgarisation qui en a été faite qui laisse à penser… ; de mon point de vue, par exemple, le graphique que j’ai retenu dans mon commentaire est précisément conçu pour amener à cette conclusion erronée. C’est le message qu’on en retient lors d’une lecture rapide.

      C’est parce que les choses paraissent bien floues (beaucoup moins, maintenant, encore merci !) que je ne l’ai pas commenté en ce sens. Ce qui a provoqué ma réserve provenait largement du fait que l’effet de la dilatation thermique était écarté, sans même indiquer d’ordre de grandeur à titre de comparaison éventuelle. Du coup, ne parler systématiquement que de la contribution massique, alors que l’effet est, tout aussi systématiquement, évalué en équivalent élévation du niveau marin, forcément globalisant, ça finit par attirer l’attention sur le fait que l’angle d’attaque est vraiment très spécifique.

    • Merci pour l’accueil !
      Je galère encore un peu avec l’interface. Je vais tenter une citation :

      ce n’est pas que la vulgarisation qui en a été faite qui laisse à penser… ; de mon point de vue, par exemple, le graphique que j’ai retenu dans mon commentaire est précisément conçu pour amener à cette conclusion erronée. C’est le message qu’on en retient lors d’une lecture rapide.

      Je suis d’accord que la présentation des résultats dans l’article est trompeuse à cet égard, mais il n’y a pas nécessairement une intention piégeuse de la part des auteurs. C’est ce que je voulais dire dans le dernier paragraphe de mon précédent commentaire.

    • En réponse à cette partie du message de @colporteur :

      (en bonne logique, elle plaide ensuite pour ne pas laisser l’eau filer à la mer n’importe comment et évoque le stockage des hautes eaux dans les nappes

      Je complète avec un lien expliquant l’expérimentation « R-Garonne » consistant à recharger la nappe alluviale de la Garonne en hiver avec des eaux de surface prise dans le canal de Saint-Martory.
      https://www.brgm.fr/fr/actualite/communique-presse/projet-r-garonne-premiere-experimentation-recharge-maitrisee-nappe

    • Merci @jeanne_c pour ces précieux éclaircissements. Je me suis permis de publier un article auquel vous avez contribué (https://seenthis.net/messages/1186483) qui apporte un éclairage plus détaillé sur l’étude des eaux souterraines car j’ai pensé que vous ne vous citeriez pas alors que nombre de seenthissien.nes sont probablement intéressé.es par cet état de la question (d’autant plus que vous ignorez le tag qui va bien avec ce type de geste : #shameless_autopromo : ).

  • The mirage of AI deregulation | Science
    https://www.science.org/doi/10.1126/science.aee4900

    Un article passionnant sur les formes ouvertes (loi = débat) et cachées (depuis la prise de part dans les entreprises - réflexion typique des US - jusqu’à l’expression de discours qui rendent possible certaines choses et pas d’autres) sur ce qu’est réellement la régulation, notamment dans le domaine de l’innovation.

    To speak of regulation is to conjure a particular image: the federal agency, the notice-and-comment process, the rule published in the Federal Register. This is regulation as visible, formal, legible—and therefore open to dispute and debate. But governance does not vanish when it stops looking like this. Decades of social science research make clear that the steering of policy occurs through mechanisms far more varied than formal rulemaking. Much of the classic work on regulation focused on how interests contest rules once they are on the books. Economist and Nobel laureate George Stigler showed that regulation serves concentrated interests, but his analysis still presumed the formal rule as the site of struggle. Other strands of scholarship have shown that regulatory power often operates earlier and through the shaping—and breaking—of shared expectations about what kinds of governance are legitimate or even imaginable. Political scientists Martha Finnemore and Kathryn Sikkink identified one such mechanism: norm entrepreneurship, the work of establishing collective understandings about appropriate behavior that shape what is possible before any rule is written.

    All administrations engage in norm-setting; this is an ordinary feature of governance. What distinguishes the current approach is not norm entrepreneurship itself but its character: a greater reliance on executive discretion than on deliberative, public processes.

    The Trump administration is engaged in norm destruction—breaking expectations about transparent governance and public oversight while installing new assumptions about how technological development should be directed. What it has advanced is not the absence of AI regulation but its rearrangement, often by caprice: intensive state intervention operating through industrial policy, trade restrictions, immigration controls, equity stakes in private firms (selected by the state), the redirection of research funding, and the strategic preemption of state authority. Many of these actions face legal challenge, and some may not survive judicial review. But the pattern itself—the systematic preference for executive discretion over deliberative process—reveals an approach to governance that will shape AI policy regardless of how individual cases are decided. This is not deregulation. Not in the least. It is hyper-regulation by other means.
    When Michael Kratsios, the White House science and technology advisor, traveled to Montreal in December 2025 to address G7 technology ministers, he was not merely lobbying against specific rules. He was working to establish as common sense the proposition that government oversight represents an obstacle to innovation rather than a precondition for it. The “trusted AI ecosystem” he advocated—built on “smart, sector-specific regulations tailored to each nation’s priorities”—is itself a normative framework, one that privileges certain values (a narrow idea of innovation, national competitiveness) while marginalizing others (innovation broadly understood to include social and economic benefits, precaution, public accountability, the rights of those affected by AI systems). The Trump administration is not withdrawing from AI regulation; it is attempting to set the terms on which AI governance will be understood globally.

    Regulation is not just a matter of abstract procedures and frameworks. Governance is always governance of someone. When a graduate student loses funding for scholarship on algorithmic bias, that is not an abstraction—it is AI policy in practice. When a machine learning researcher cannot obtain a visa to return to her lab, that is AI regulation at work. And when a rare earth miner’s labor unfolds within constraints set by trade policy, ownership arrangements, and government-defined priorities, governance is operating through material conditions rather than formal rules.
    When decisions about the technologies that will shape our work, our health, our capacity to know and to communicate are made without public justification, outside ordinary channels of accountability, we are not governing ourselves. We too are being governed. The mirage of AI deregulation obscures this truth. Power has not retreated. It has moved—and democratic accountability requires following it there. Seeing clearly is where that work begins.

    #Innovation #IA #Régulation

  • Ideological bias in the production of research findings | Science Advances
    https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adz7173

    When studying policy-relevant topics, researchers’ policy preferences may shape analytical decisions and results interpretations. Detecting this bias is challenging because the research process is not normally part of an observed experimental setting. Our study exploits an opportunity to observe 158 #researchers working independently in 71 teams during an experiment. After being asked their position on immigration policy, they used the same data to answer the same empirical question: Does immigration affect #public support for #social #welfare programs? The researchers estimated 1253 alternative regression models, and the estimated impacts ranged from strongly negative to strongly positive. We find that teams composed of pro-immigration researchers estimated more positive impacts of #immigration on public support for social programs, while #anti-immigration teams estimated more negative impacts. The differences arise because different teams adopted different model specifications. The underlying research design decisions are the mechanism through which ideology enters the process of producing parameter estimates.

    #tout_est_politique :-)

  • Sous la glace de l’Antarctique, des rivières anciennes révélées par satellite
    https://www.numerama.com/sciences/2161279-les-satellites-dessinent-la-zone-la-moins-bien-cartographiee-sur-t


    Une cartographie du sous-sol de l’Antarctique.
    Source : Science

    Des observations satellitaires tentent de percer à jour la glace de l’Antarctique pour voir ce qui se cache dessous. Une étude capitale pour mieux comprendre la fonte des glaces sur ce continent particulièrement vulnérable au changement climatique.

    En comparaison des planètes du Système solaire, l’Antarctique est très proche de nous. Et pourtant, certaines zones demeurent tout aussi méconnues que Mars ou la Lune. Nous sommes habitués à voir sa surface blanche et glacée, mais environ cinq kilomètres plus bas, il existe également une fondation rocheuse qui, elle, reste bien mystérieuse.

    Dans une étude parue dans la revue Science, une équipe de scientifiques comprenant notamment Helen Ockenden, une chercheuse de l’Institut des Géosciences de l’Environnement, près de Grenoble, a utilisé des données satellitaires couplées à une technique de modélisation bien particulière : IFPA.

    Cet outil, nommé en version longue Ice Flow Perturbation Analysis, a pour objet de modéliser la topographie souterraine en se basant sur les observations depuis l’espace, mais aussi sur les mouvements de la glace et les phénomènes physiques qui l’entourent.

    Des rivières et d’anciennes forêts
    L’utilisation de cette technique a permis de mettre en lumière tout un ensemble de marques géologiques, notamment des canaux caractéristiques qui pourraient correspondre à un réseau de rivières datant de l’époque où l’Antarctique n’était pas une vaste étendue de glace.

    Il faut dire que la glaciation de l’Antarctique n’est pas parfaitement connue. On pense que la partie orientale s’est recouverte de glace il y a 34 millions d’années, puis que l’ouest a suivi 7 millions d’années plus tard. Entre les deux, une chaîne de montagnes aurait temporairement protégé la partie occidentale du refroidissement de la planète, laissant alors un paysage très différent, composé de forêts.

    De plus, comprendre le mouvement des glaces et comment il est influencé par la topographie souterraine est crucial pour prédire comment l’Antarctique va perdre du volume avec le réchauffement global, et comment cela va ensuite se répercuter sur la montée du niveau des océans à l’échelle mondiale.

    Un continent vulnérable
    Il est à noter que cette couche rocheuse est en contact avec l’eau de l’océan, lequel se réchauffe actuellement, ce qui signifie qu’elle est particulièrement vulnérable face à la hausse des températures, et pourrait contribuer à faire fondre le continent plus vite que prévu, selon la manière dont elle est formée.

    Cette nouvelle étude montre ainsi le sous-sol de l’Antarctique avec une précision inégalée, rendant visibles des structures qui font parfois moins de deux kilomètres, ce qui laisse une marge de progression pour avoir des données encore plus fines à l’avenir. Les chercheurs espèrent que d’autres équipes pourront plus tard se servir de ces données pour « zoomer » sur des structures dignes d’intérêt qui pourront améliorer encore notre connaissance de ce continent.

    Cette étude vise également à préparer le terrain pour la prochaine Année polaire internationale. Un événement entamé dès le XIXe siècle pour étudier les zones polaires, et qui doit avoir lieu à nouveau en 2032, dans un contexte climatique incertain et urgent.

    • Complex mesoscale landscapes beneath Antarctica mapped from space | Science
      https://www.science.org/doi/10.1126/science.ady2532
      https://www.science.org/cms/10.1126/science.ady2532/asset/6eee9f8b-b7e2-4759-a0f0-73fdaab9d96f/assets/images/large/science.ady2532-f1.jpg
      Fig. 1. IFPA subglacial topography of Antarctica.
      (A) shows the IFPA subglacial topography for the whole Antarctic continent and (B to D) show a comparison of different bed topography maps for the Pensacola-Pole Basin region [outlined in black on (A).
      (B) displays Bedmap3,
      (C) displays BedMachine Antarctica v3,
      and (D) displays IFPA subglacial topography. The map production workflow is detailed in the methods; the main input datasets include the Gapless REMA ice-surface digital elevation model, the MEaSURES Antarctic ice-velocity product, the BedMachine Antarctica v3 bed-elevation map, and all available geophysical survey measurements of ice thickness from Bedmap3 and CReSIS SAR surveys. A considerably higher resolution version of (A) is available on Zenodo.

      Editor’s summary
      What do we know about the landscapes beneath the ice of Antarctica? Less than we know about Mercury. To map the continent’s subglacial topography, Ockenden et al. developed a way to invert ice surface satellite data based on the physics of how ice gets perturbed when flowing over bedrock features (see the Perspective by Young). Their map unveils a variety of terrains, including high-relief alpine valleys, scoured lowlands, and deeply eroded ice stream troughs. The landscapes are more varied than presumed by earlier site-specific geophysical surveys, and the newly resolved topography will help to refine projections of ice loss and sea level rise. —Angela Hessler

      Abstract
      The landscape shrouded by the Antarctic Ice Sheet provides important insights into its history and influences the ice response to climate forcing. However, knowledge of this critical boundary has depended on interpolation between irregularly distributed geophysical surveys, creating major spatial biases in maps of Antarctica’s subglacial landscape. As stress changes associated with ice flow over bedrock obstacles produce ice surface topography, recently acquired, high-resolution satellite maps of the ice surface offer a transformative basis for mapping subglacial landforms. We present a continental-scale elevation map of Antarctica’s subglacial topography produced by applying the physics of ice flow to ice surface maps and incorporating geophysical ice thickness observations. Our results enrich understanding of mesoscale (2 to 30 kilometers) subglacial landforms and unmask the spatial distribution of subglacial roughness and geomorphology.

  • AI-driven discovery of dual antiaging and anti-AD therapeutics via PROTAC target deconvolution of a super-enhancer–regulated axis | Science Advances
    https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adz9283
    https://www.science.org/cms/asset/60f8b3e6-4fcc-43db-b030-4c7fd1987f91/sciadv.adz9283-keyimage.gif

    The lack of safe, durable therapeutics that act against both biological aging and #Alzheimer’s disease is an unmet clinical need. To bridge this gap, we devised an artificial intelligence (AI)–enabled approach that pairs rapid compound triage with mechanistic target deconvolution. Our AI-driven screening highlighted melatonin (MLT) as a promising candidate. Serum profiling of 161 human individuals confirmed an age-related fall in circulating MLT level, while subsequent in vivo and in vitro experiments showed that MLT rescues cognition, suppresses neuroinflammation, and alleviates senescence phenotypes. Proteolysis targeting chimera (PROTAC)–guided chemoproteomic deconvolution next pinpointed the histone acetyltransferase p300 as MLT’s target. Integrated Cleavage Under Targets and Tagmentation, single-cell RNA sequencing, and spatial transcriptomics revealed that MLT-bound p300 cooperates with specificity protein 1 (SP1) at a brain and muscle ARNT-like protein 1 super-enhancer, elevating histone H3 lysine-27 acetylation and reengaging a circadian-epigenetic program that links redox resilience to neuroprotection. By combining AI-driven discovery with PROTAC-based target mapping and super-enhancer–centric mechanistic resolution, our study identifies MLT as a dual-action candidate and sets out a reproducible “AI-to-clinic” paradigm for multitarget drug innovation in aging-related neurodegeneration.

    #mélatonine #maladies_neurodégénératives #neuro-inflammation #neurodégénérescence #vieillissement

  • La loi de Carnot, vieille de deux siècles, remise en cause par la physique quantique
    https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-billet-sciences-du-week-end/la-loi-de-carnot-vieille-de-deux-siecles-remise-en-cause-par-la-physique-

    Deux chercheurs allemands viennent de remettre en question une loi fondamentale datant de deux siècles. À l’échelle de quelques atomes, des mini-moteurs quantiques semblent capables de dépasser le rendement maximal établi par Sadi Carnot en 1824.

    En 1824, le physicien français Sadi Carnot énonçait le second principe de la thermodynamique, une des lois les plus importantes de la physique, qui stipule que dans un système, dès lors qu’on transforme ou qu’on échange de l’énergie, cela crée de l’entropie, c’est-à-dire du désordre. Ce désordre dissipe une partie de l’énergie.

    Au début de l’ère industrielle Sadi Carnot s’intéresse aux machines thermiques et comprend qu’en raison du principe de la thermodynamique, un moteur, qui transforme de la chaleur en mouvement, a forcément un rendement maximal, qu’il ne peut dépasser à cause de pertes d’énergie.
    Une loi vieille de 201 ans remise en question

    Pendant 201 ans, on a cru que toutes les machines thermiques étaient condamnées à ne jamais dépasser ce rendement maximal, mais deux physiciens de l’université de Stuttgart se sont penchés sur le cas des systèmes de petites tailles. Sadi Carnot, lui, avait réalisé ses calculs pour de grands systèmes : des turbines, des moteurs à vapeur et autant d’objets conçus pour notre monde, à notre échelle.

    En observant ce qui se passe, à l’échelle de quelques atomes cette fois, les physiciens ont constaté que les particules pouvaient former des systèmes de mini-moteurs capables de produire un travail mécanique à partir de corrélations quantiques. Ce phénomène, totalement invisible et complexe, leur permet de compenser les pertes d’énergie et de dépasser le rendement de Carnot.
    Des moteurs faits d’atomes plus performants que les nôtres

    Ces petits moteurs seraient, en réalité, plus performants que les moteurs utilisés actuellement. Ils n’ont pas pour vocation d’améliorer la consommation en énergie des automobiles ou des pompes à chaleur, car ces moteurs ne sont faits que de quelques atomes.

    C’est, en revanche, prometteur pour imaginer, par exemple, des machines microscopiques qui pourraient, avec peu d’énergie, réaliser des opérations biomédicales de pointe, ou encore construire des matériaux spécifiques. De plus, cette découverte vient ouvrir un nouveau champ de la physique, en étendant la thermodynamique, la branche qui étudie les liens entre chaleur et mouvement, aux échelles de l’infiniment petit. La science souhaite donc à ces mini-moteurs de mettre en marche une nouvelle physique, et tout un engrenage d’inventions.

  • Gender stereotypes about intellectual ability emerge early and influence children’s interests [2017]
    https://www.science.org/doi/10.1126/science.aah6524

    The results suggest that children’s ideas about brilliance exhibit rapid changes over the period from ages 5 to 7. At 5, boys and girls associated brilliance with their own gender to a similar extent (...). The high scores are consistent with the overwhelming in-group positivity previously observed in boys and (especially) girls across early and middle childhood. Despite this strong tendency to view one’s gender in a positive light, girls aged 6 and 7 were significantly less likely than boys to associate brilliance with their own gender (...). Thus, the “brilliance = males” stereotype may be familiar to, and endorsed by, children as young as 6. The stereotype associating females with being nice seems to follow a similar developmental trajectory.

    [...] In contrast with the drop in brilliance scores, there was no significant difference between younger and older girls in the likelihood of selecting other girls as having top grades (...). Older girls were actually more likely to select girls as having top grades than older boys were to select boys (...), consistent with the reality that girls get better grades in school than boys at this age. Nevertheless, there was no significant correlation between girls’ perceptions of school achievement and their perceptions of brilliance (...). Thus, girls’ ideas about who is brilliant are not rooted in their perceptions of who performs well in school. [However, other aspects of children’s experiences in school, such as teachers’ attitudes and biases, may still be implicated in the development of this stereotype.]

    #stéréotypes #filles

  • Unprecedented continental drying, shrinking freshwater availability, and increasing land contributions to sea level rise | Science Advances
    https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adx0298

    Changes in terrestrial water storage (TWS) are a critical indicator of freshwater availability. We use NASA GRACE/GRACE-FO data to show that the continents have undergone unprecedented TWS loss since 2002. Areas experiencing drying increased by twice the size of California annually, creating “mega-drying” regions across the Northern Hemisphere. While most of the world’s dry/wet areas continue to get drier/wetter, dry areas are now drying faster than wet areas are wetting. Changes in TWS are driven by high-latitude water losses, intense Central American/European droughts, and groundwater depletion, which accounts for 68% of TWS loss over non-glaciated continental regions. “Continental drying” is having profound global impacts. Since 2002, 75% of the population lives in 101 countries that have been losing freshwater water. Furthermore, the continents now contribute more freshwater to sea level rise than the ice sheets, and drying regions now contribute more than land glaciers and ice caps. Urgent action is required to prepare for the major impacts of results presented.

    #sécheresse

  • Ils contrôlent la lumière avec du son : comment cette percée pourrait révolutionner nos écrans !
    https://sciencepost.fr/ils-controlent-la-lumiere-avec-du-son-comment-cette-percee-pourrait-revo

    Une équipe de chercheurs de l’université de Stanford vient de franchir une étape clé dans le contrôle de la lumière à l’échelle nanométrique. Grâce à un dispositif à la fois simple et révolutionnaire, ils sont parvenus à manipuler avec une précision extrême la couleur et l’intensité de la lumière en utilisant… le son. Ce progrès ouvre des perspectives fascinantes dans de nombreux domaines, de l’affichage holographique à la réalité virtuelle, en passant par les réseaux neuronaux optiques.
    Des défis millimétriques pour une lumière de l’ordre du nanomètre

    Depuis des décennies, la lumière fascine les scientifiques, autant par sa nature ondulatoire que par la difficulté à la contrôler à très petite échelle. Dans le monde de l’optique, miniaturiser les composants permet d’accroître la vitesse, la précision et l’efficacité des dispositifs. Mais moduler la lumière à l’échelle nanométrique – bien en dessous de sa propre longueur d’onde, qui est de l’ordre de 500 nanomètres – restait jusqu’à présent un défi majeur.

    L’utilisation du son pour modifier la lumière, appelée acousto-optique, est connue depuis longtemps. Cependant, elle a toujours nécessité des dispositifs relativement volumineux, car les déplacements produits par les ondes acoustiques sont infimes : environ mille fois plus petits que la longueur d’onde de la lumière. Pour amplifier ces effets, les anciens dispositifs devaient être grands, donc lents – une contrainte incompatible avec les besoins actuels en vitesse et en compacité.
    Une ingénierie d’une simplicité trompeuse

    C’est ici que l’innovation de l’équipe de Stanford, dirigée par le professeur Mark Brongersma et le doctorant Skyler Selvin, change la donne. Leur dispositif repose sur une architecture aussi élégante qu’efficace : une fine couche de polymère à base de silicone, déposée sur un miroir en or, elle-même surmontée d’un réseau de nanoparticules d’or.

    La clé réside dans l’épaisseur de la couche de polymère, contrôlée avec une précision de l’ordre de quelques nanomètres (entre 2 et 10 nm). Ce film élastique agit comme un ressort : lorsqu’il est soumis à des ondes acoustiques très haute fréquence (de l’ordre du gigahertz), il se contracte et se dilate imperceptiblement. Ces vibrations minuscules suffisent à modifier l’espacement entre les nanoparticules d’or et le miroir – un changement infime, mais aux effets spectaculaires sur la lumière.
    Une interaction lumière-son sans précédent

    Quand une lumière blanche est projetée dans ce système, la lumière est confinée entre les nanoparticules et le miroir. Or, à cette échelle, même des variations d’un nanomètre peuvent modifier radicalement la manière dont la lumière est diffusée. En ajustant les vibrations acoustiques, les chercheurs peuvent ainsi faire varier la couleur et l’intensité de la lumière émise par chaque nanoparticule.

    Le résultat est aussi esthétique que fascinant : dans le noir, les nanoparticules brillent comme un ciel étoilé, chacune scintillant d’une couleur différente. Le miroir doré réfléchit la lumière non absorbée, renforçant le contraste et donnant à chaque point lumineux un éclat saisissant.

    Ce niveau de modulation optique a surpris même les chercheurs. « Je pensais que ce serait un effet très subtil, mais j’ai été stupéfait par l’ampleur du changement », confie Brongersma. L’efficacité de ce système démontre à quel point l’interaction entre ondes mécaniques et lumière peut être exploitée à des échelles jusqu’ici inaccessibles.

    Vers des applications concrètes dans la vie quotidienne

    Au-delà de la démonstration de principe, les implications de cette technologie sont considérables. Elle pourrait permettre la création de nouveaux types d’écrans ultra-minces, capables d’afficher des images avec une richesse de couleur et une profondeur inégalées. Des casques de réalité virtuelle ou augmentée plus légers, plus précis et moins énergivores pourraient également en bénéficier.

    Dans le domaine des communications optiques, cette modulation rapide et fine de la lumière pourrait être utilisée pour transmettre davantage d’informations, plus vite et avec une efficacité énergétique accrue. Enfin, cette technologie ouvre la voie à des réseaux neuronaux photoniques, utilisant la lumière plutôt que l’électricité pour effectuer des calculs – une piste prometteuse pour l’intelligence artificielle de demain.
    Un monde à réinventer à l’échelle nanométrique

    Cette avancée marque un tournant dans la manière dont nous pouvons interagir avec la lumière. Grâce à un dispositif compact, rapide, et étonnamment simple à fabriquer, les chercheurs de Stanford montrent que l’on peut désormais manipuler les propriétés fondamentales de la lumière à des échelles de quelques atomes.

    Il ne s’agit plus simplement de miniaturiser l’existant, mais de réinventer complètement la manière dont la lumière peut être contrôlée, modulée et exploitée. Une révolution en devenir, rendue possible par l’alliance de la mécanique, de l’optique et de la science des matériaux.

    https://www.science.org/doi/10.1126/science.adv1728