• Pauvreté : 10 % de la population doit être aidée pour manger, du jamais-vu
    https://www.mediapart.fr/journal/france/181121/selon-le-secours-catholique-10-de-la-population-recu-des-aides-alimentaire

    Dans un rapport publié jeudi, le Secours catholique revient sur la précarité des personnes qu’il accompagne. Avec la crise sanitaire, entre 5 et 7 millions de personnes ont eu besoin en 2020 de recourir à l’aide alimentaire.

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    #pauvreté #alimentation #Secours_catholique

    • le rapport du Secours Catholique

      Notre « État de la pauvreté en France 2021 » | Secours Catholique
      https://www.secours-catholique.org/actualites/etat-de-la-pauvrete-en-france-2021

      Le Secours Catholique-Caritas France publie jeudi 18 novembre son rapport statistique annuel État de la pauvreté en France 2021. Constats et analyses sur la précarité issus de l’observation sur l’ensemble du territoire national de plus de 38 800 situations (sur les 777 000 personnes accueillies en 2020).

      Pour son rapport 2021 qui alerte sur la dégradation du niveau de vie des plus pauvres, l’association a complété son étude d’une enquête approfondie sur la question spécifique de l’aide alimentaire et de l’accès à l’alimentation, à travers une enquête menée auprès de 1 088 ménages qui ont eu recours à l’aide alimentaire d’urgence allouée par le Secours Catholique durant le premier confinement, de mars à mai 2020.

      La crise sanitaire a agi comme comme un puissant révélateur d’une insécurité alimentaire déjà bien ancrée pour des millions de Français. La pandémie de Covid-19 a déstabilisé des situations budgétaires déjà très serrées. Quand les maigres ressources baissent alors que les dépenses augmentent (du fait de la fermeture des cantines scolaires ou de l’augmentation des dépenses d’électricité), les privations deviennent dès lors quotidiennes.

      Le Secours Catholique rappelle que la précarité alimentaire est liée à une unique constante : l’insuffisance et l’instabilité des ressources.

      lien vers le rapport (pdf)
      https://www.secours-catholique.org/sites/scinternet/files/publications/rs21.pdf

    • Pauvreté : 10 % de la population doit être aidée pour manger, du jamais-vu
      18 novembre 2021 Par Faïza Zerouala

      Dans un rapport publié jeudi, le Secours catholique revient sur la précarité des personnes qu’il accompagne. Avec la crise sanitaire, entre 5 et 7 millions de personnes ont eu besoin en 2020 de recourir à l’aide alimentaire.

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      Les files d’attente interminables devant les points de distribution alimentaire resteront comme l’image forte de la crise sanitaire de 2020. C’est pourquoi le Secours catholique a choisi, dans son rapport annuel 2020, baptisé « Faim de dignité » et publié ce jeudi 18 novembre (à lire ici), de mettre en lumière la précarité alimentaire.

      En 2020, le Secours catholique a accompagné 777 000 personnes, ce qui permet de dresser un tableau fin de la pauvreté. Si les différents dispositifs d’aide mis en place par le gouvernement ont limité son explosion, la crise liée au Covid-19 a dégradé les conditions de vie des ménages les plus fragiles. Le niveau de vie médian des personnes aidées par le Secours catholique s’établit ainsi à 537 euros, un chiffre en deçà du seuil de pauvreté fixé en 2018 à 1 063 euros.

      En s’appuyant sur les données de la direction générale de la cohésion sociale (DGCS), le Secours catholique rappelle ainsi qu’entre 5 et 7 millions de personnes ont eu besoin de recourir à l’aide alimentaire, soit près de 10 % de la population française. Du jamais-vu en période de paix.
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      28 % des foyers interrogés expliquent avoir perdu des revenus pendant le confinement du printemps. Par exemple, 61 % des foyers affirment que la fermeture des écoles et des cantines scolaires a eu des répercussions sur leur budget. « Voilà le baromètre d’une précarité plus sourde, dont les difficultés alimentaires ne sont que la face la plus visible », peut-on lire dans ce rapport.

      Une distribution alimentaire à Paris, le 31 mai 2021. © Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP Une distribution alimentaire à Paris, le 31 mai 2021. © Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
      Le Secours catholique relève aussi que 9 ménages attributaires sur 10 souffrent d’insécurité alimentaire. 27 % de ces ménages rapportent qu’il leur arrive de ne pas s’alimenter pendant une journée entière ou davantage. La population touchée est variée : des familles monoparentales en passant par des retraités, des travailleurs ou des étudiants. Une grande partie d’entre eux indiquent être préoccupés par les conséquences de cette insécurité alimentaire sur leur santé.

      Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France au Secours catholique, explique que ce rapport est centré sur la précarité alimentaire parce que l’association a été frappée par la masse de personnes en demande d’aide, beaucoup pour la première fois. « Tout le monde, dans un pays comme le nôtre, s’est habitué à ce que les plus précaires soient nourris comme ça. »

      L’association se félicite d’aider les personnes qui ont pu connaître un basculement ponctuel dans la pauvreté, comme en 2020, mais envisage surtout des solutions structurelles pour lutter contre ces situations délicates. « Pour des personnes en situation de précarité chronique, ce n’est pas notre aide matérielle qui leur permettra de sortir de la pauvreté. Le gouvernement ne fait pas ce distinguo, il a institutionnalisé sous forme de sous-traitance aux associations la protection sociale de l’alimentation », regrette Jean Merckaert.
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      Pour permettre l’accès à une alimentation saine et de qualité, le Secours catholique appelle à des réformes structurelles comme la hausse des minima sociaux, la revalorisation du RSA, la mise en place d’un revenu minimum garanti pour tous les habitants en situation régulière et dès 18 ans, qui serait équivalent à 50 % du niveau de vie médian et accessible de façon le plus automatique possible.

      L’association relève aussi que, parmi son public, un tiers des personnes éligibles au RSA n’en bénéficie pas et un quart de ceux ayant droit à des allocations familiales n’y a pas recours.

      Simone*, 25 ans, étudiante en droit à Lille, est ainsi boursière échelon 7, soit un maximum perçu de 573 euros. Il lui arrive de travailler en parallèle de ses études pour avoir davantage d’argent puisque sa famille ne peut pas l’aider. En ce moment, elle aide une personne dans des démarches administratives.

      La jeune femme « essaie de vivre normalement » mais elle est préoccupée par sa situation financière, « une source d’inquiétude ». En début de mois, elle s’autorise des courses plus onéreuses que d’ordinaire, pour se faire plaisir, mais très vite la réalité se rappelle à elle. « On achète des soupes et des conserves. » Elle s’autorise peu de plaisirs – en dehors d’un abonnement à la salle de sport. Aller boire des verres dans les bars est « hors de prix ». Elle se le permet de temps en temps en début de mois lorsque son compte affiche un solde positif.

      Pour éviter de déprimer, elle explique compter sur l’entraide avec ses amis, eux aussi en difficulté, avec lesquels elle partage des repas, histoire d’égayer le quotidien.

      Avant, j’avais 400 euros de découvert mais là, depuis le 7, je suis à − 1 000 euros. Le mois prochain c’est Noël, je voudrais que mes enfants aient au moins un cadeau chacun.

      Aurore, mère de quatre enfants, bénéficiaire du Secours catholique

      Simone reconnaît qu’elle est précaire mais rechigne à bénéficier de l’aide alimentaire pour la laisser « à ceux qui en ont vraiment besoin », même si elle sait que si elle « n’arrive pas à remonter la pente », elle ira taper à la porte du Secours catholique. L’étudiante se débrouille en faisant ses courses au jour le jour, pour gérer ses dépenses et bénéficier des promotions, notamment pour acheter les produits à la date limite de consommation proche.

      En 2020, alors qu’elle a cumulé quelques dettes de loyer et connu des difficultés pour régler sa facture d’électricité, le Secours catholique l’a aidée à la résorber. Le Crous (œuvres universitaires et scolaires) l’a également aidée avec ses bons alimentaires de 50 euros. Mais elle regrette que cette aide ne soit que « ponctuelle ».

      De son côté, Aurore, 39 ans, mère célibataire de quatre enfants de 6 à 19 ans, a l’habitude de slalomer dans le découvert. Installée en Ariège, elle perçoit le RSA et quelques allocations familiales pour un montant de 1 200 euros par mois. Elle paye, après les aides au logement, 220 euros de loyer.

      Accompagnée par le Secours catholique, pour lequel elle fait quelques heures de bénévolat, elle a quand même des difficultés pour s’en sortir. « Je vis dans le découvert. Avant, j’avais 400 euros de découvert, mais là, depuis le 7, je suis à − 1 000 euros, je ne sais pas comment je vais m’en sortir. Le mois prochain, c’est Noël, je voudrais que mes enfants aient au moins un cadeau chacun », dit la mère de famille.

      N’importe quel imprévu percute son équilibre financier précaire. Les lunettes pour son fils à 400 euros, remboursées à hauteur de 4 euros par la Sécurité sociale, sont payées en quatre fois. Comme les soins vétérinaires pour le chat en deux fois. Aurore échelonne tous les paiements lorsque c’est possible.

      Durant un an, la mère de famille a économisé pour racheter à une amie une voiture à 1 700 euros, indispensable dans la région, réglée en trois fois. L’essence, qui a fortement augmenté, la ruine. Alors elle va s’approvisionner en début de mois, avant d’être dans le rouge, à la frontière espagnole. « Avant tout ça, je fais les courses pour le frais et l’essence. C’est la première fois que je suis autant en galère. Tout a augmenté, et le Covid a tout compliqué. »

      Pour la nourriture et les vêtements pour elle et sa cadette, elle se rend deux fois par mois au Secours catholique, couplé aux Restos du cœur, pour récupérer de la viande, même si les quantités distribuées sont loin d’être suffisantes pour nourrir ses deux adolescents à l’appétit vorace (cinq blancs de poulet, cinq steaks, cinq poissons panés pour quinze jours). Elle a habitué ses enfants à manger de tout pour ne rien gaspiller. Mais elle aimerait pouvoir consommer mieux et des produits de meilleure qualité avec sa famille.

      Simone, l’étudiante en droit, fait tout pour ne pas se laisser gagner par l’angoisse. « J’essaie de ne pas trop penser au côté financier et de m’apitoyer, je me dis que je vais m’en sortir plus tard. » Elle aimerait une augmentation des bourses, car il est difficile de travailler en parallèle de l’université. « Étudier prend du temps et les étudiants seraient plus productifs s’ils n’avaient pas de souci financier. »

      Des bénéficiaires ont le sentiment d’être humiliés en récupérant les rebuts de la grande distribution. Certains ont honte et préfèrent se priver de manger.

      Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France au Secours catholique

      Elle-même se prive de tout. Alors que le froid venait d’arriver, Aurore portait encore des claquettes dans l’attente de son argent pour pouvoir s’offrir des chaussures. Voyant cela, sa mère lui a donné des baskets. Elle ne chauffe pas son logement avant que cela soit insupportable et prie les enfants de mettre des doudounes.

      Elle n’achète pas de boissons, jamais de marques et fabrique elle-même sa pâte à tartiner pour que ce soit moins cher. Aurore adore le jambon de pays mais c’est hors de prix, donc elle n’en mange jamais. « Je me débrouille comme je peux pour ne pas les priver, moi je m’en fous de moi. »

      C’est pourquoi Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France au Secours catholique, explique qu’il faudrait, pour des raisons de santé et de dignité des bénéficiaires, soutenir l’accès à une alimentation saine et de qualité notamment grâce aux épiceries sociales, les jardins partagés ou des paniers solidaires. « Des bénéficiaires ont le sentiment d’être humiliés en récupérant les rebuts de la grande distribution. Certains ont honte et préfèrent se priver de manger. » L’association entend bien interpeller, sur cette question de l’insécurité alimentaire, les candidats à l’élection présidentielle

  • iel

    Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre. L’usage du pronom iel dans la communication inclusive.

    https://dictionnaire.lerobert.com/definition/iel

    #écriture_inclusive #Petit_Robert #dictionnaire #dictionnaire_français #ielle #iel #iels

    Comme dit si bien @arno :

    Je crois que Darmanin s’apprête à signer l’arrêté de dissolution du Petit Robert.

    https://seenthis.net/messages/936827

  • Nom de code « Akira » : un happening politique pour faire dérailler la présidentielle

    Assumer l’anticapitalisme et les paillettes, c’est le projet d’Akira, nouvelle plateforme politique qui présente une candidature fictive et collective à l’élection présidentielle. Si l’esthétique du mouvement tranche, le contenu rappelle d’autres initiatives de la gauche radicale, qui ont souvent tourné à vide par manque de stratégie.

    Elle est apparue sans y être invitée sur le perron du très chic musée Carnavalet à Paris, un dimanche de septembre, avec à sa suite un petit cortège armé de portables. « Nous sommes les enfants d’une époque en flamme mais je vois les peuples entiers se lever pour la dignité », a déclamé une jeune femme, au nom d’Akira, « un nom pour toutes et pour tous », candidate fictive à la présidentielle de 2022.

    « Les clowns en cravate ne nous proposent que des élections fades, réchauffées, sans goût et sans saveur, a-t-elle poursuivi pendant quelques minutes, sans être le moins du monde gênée par les agents de sécurité du lieu. Nous aurons toujours les mêmes options, voter par défaut, faire barrage ou ne pas voter du tout. Akira n’est pas une réaction à vif, mais la construction d’une force politique à la hauteur de notre époque. » À la fin du discours, dernier tour de passe-passe : c’est une autre jeune femme masquée qui quitte la cour intérieure du musée sous un jet de confettis dorés.

    Un format et un vocabulaire qui évoquent d’autres initiatives dans le champ des mouvements dits « autonomes » à gauche, tels que ceux menés un temps par le Comité invisible. Le site Lundi matin, assez proche du Comité invisible, a d’ailleurs relayé la vidéo d’entrée en campagne d’Akira. Dans un autre genre, François Ruffin, en organisant sa « Fête à Macron » en 2018, avait lui aussi choisi de renouveler la méthode pour faire masse, en fervent partisan de l’émotion en politique, et après la frustration de voir s’effilocher Nuit debout.

    Depuis, la plateforme politique « Akira », nommée d’après un classique du manga japonais tendance « cyberpunk », a distillé, toujours sur les réseaux sociaux, quelques éléments sur le fond de cette campagne. Elle veut perturber l’aventure présidentielle face à l’urgence climatique, la montée des inégalités sociales, « le tournant fasciste et autoritaire engagé dans plusieurs pays ». Mais aussi s’inscrire dans un processus révolutionnaire adossé aux « luttes sociales », faire du combat politique une « source d’épanouissement ». Sa méthode, « massifier », notamment en utilisant à fond la viralité des réseaux sociaux.

    Ces éléments de clarification n’ont pas suffi à éteindre la tempête qui s’est abattu sur Akira sur les réseaux sociaux. La séquence vidéo a fait hurler de rire et provoqué les railleries de nombre de militants de gauche, sympathisants de partis traditionnels, ou simples commentateurs passant par là. « Des bobos parisiens qui s’amusent, c’est mignon », disait l’un d’entre eux sur Instagram, résumant assez bien la réception publique de l’initiative Akira.

    « Au-delà du happening semi-situationniste au musée Carnavalet, renouveler la forme, les pratiques, les manières d’intervenir dans le champ social et politique, ce sont des préoccupations que l’on partage, juge un membre de la direction du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), interrogé sur cette nouvelle initiative et qui s’exprime à titre personnel. Mais je ne découple pas le fond de la forme : il y a un côté agaçant à les voir enfoncer des portes ouvertes, penser être les seuls à réfléchir à tout ça. Ça ne fait pas sérieux, voire hors-sol. »

    D’autres organisations, notamment dans le domaine de l’écologie radicale, rappellent que, pour le moment, « personne ne se revendique encore de ce mouvement ». Certains critiquent enfin la succession de collectifs et organisations toutes neuves, souples et dans l’air du temps, qui ne feraient que s’accrocher aux luttes menées par « l’ancien monde » : syndicats, partis traditionnels, collectifs militants déjà constitués. En clair, Akira n’aurait pas percé le mur du son des réseaux sociaux et de l’entre-soi parisien.

    « C’était dur, surtout de la part de copains, à gauche », concède Raphaël, l’un des membres d’Akira, rencontré à l’occasion d’une réunion d’information et d’accueil de nouveaux membres, organisée début novembre dans une ancienne boutique de fripes, dans le quartier de Beaubourg à Paris.

    « Nous voulons combiner le spectaculaire et le travail de fond », assume, loin d’être découragé, Tito (prénom d’emprunt), autre membre du noyau dur de l’organisation, alors qu’il est interpellé par l’un des participants lors de cette réunion sur la manière de sortir de la « théâtralisation » un peu « cryptique » proposée pour le moment par Akira. « Nous savions aussi qu’on allait en prendre plein la figure. La question, c’était de savoir si, malgré tout, nous étions pris au sérieux », complète le jeune homme.

    Car la vidéo au musée Carnavalet a fait deux millions de vues, et généré des centaines d’appels et de messages sur les réseaux sociaux. « C’était notre objectif : mobiliser bien au-delà de nos réseaux », ajoute-t-il. La toute nouvelle organisation l’assure également : elle veut maintenant passer à l’action sur le terrain.

    Fin novembre, Akira organise par exemple un déplacement à la rencontre d’autres collectifs militants, une formation sur l’antifascisme et des collages pour appeler à la mobilisation prévue le 27 novembre contre l’extrême droite et le racisme, lancée par différentes organisations et partis. Le même jour sortira une nouvelle vidéo qui ciblera Éric Zemmour. En parallèle, des actions de solidarité sont prévues, en banlieue est de Paris notamment. Avant une nouvelle sortie d’Akira en campagne, en janvier.

    Plusieurs réunions ont eu lieu à Paris, Montreuil, Bagnolet et Saint-Denis en région parisienne, des groupes se forment en Bretagne et dans le centre de la France près de Clermont-Ferrand, cinq autres seraient en « cours de structuration » selon les organisateurs, notamment à Marseille et Bordeaux.

    Ce soir de novembre, dans le cœur de la capitale, la vingtaine de participants sont venus par curiosité pour cette candidature mystère. Ainsi Isabelle, 54 ans, et Jean-Philippe, 55 ans, deux amis « gilets jaunes » du nord de Paris et de Saint-Ouen, en banlieue proche, sont-ils tous deux à la recherche d’un asile politique depuis l’essoufflement manifeste de leur mouvement.

    « Les manifestations anti-passe sanitaire nous semblent d’arrière-garde mais, par contre, on ne comprend pas l’absence de mobilisation dans la perspective de la présidentielle, explique Isabelle. On vient voir, après avoir regardé la vidéo, qui a provoqué aussi beaucoup de critiques dans le milieu gilets jaunes. Le côté un peu bourgeois, un peu bobo-bisounours… » Jean-Philippe s’est demandé : « Mais d’où sortent-ils, ces gens-là ? »

    Léo, Idriss, Maya, Pierre, Tito, orateurs et oratrices ce soir-là, racontent s’être rencontrés dans les différentes strates militantes de ces dernières années : cortèges contre la loi « travail » sous François Hollande, Nuit debout, mobilisations féministes, antiracistes ou anti-islamophobie. D’autres membres animent des cantines autogérées pour venir en aide aux migrants, ont participé de près ou de loin à des organisations antifascistes, anticapitalistes, sont proches des mouvements autonomes ou anarchistes. Pour beaucoup, les manifestations gilets jaunes ont marqué un tournant.

    « Akira, c’est ma première vraie expérience militante politique, détaille Léo, jeune infirmière, qui a pendant ses études donné un coup de main pour soigner les habitants d’un squat à Bordeaux, puis a participé à des collages féministes à Paris. Moi, les partis traditionnels, je ne les ai jamais compris. »

    Les nouveaux venus à la réunion de présentation sont à peu près de la même eau. « J’ai gravité dans les milieux autonomes pendant la loi “travail” mais je me suis éloignée à cause de l’entre-soi bourgeois et très masculin, je veux voir ce qui se fait ici », raconte Lina, enfoncée dans un vieux canapé avec deux copains. Elle rêve depuis longtemps que « les gauchistes fassent un peu de com’, ose le truc stylé, qui va circuler et toucher les gens là où ils sont. J’en peux plus des trucs tristes, en fait. »

    Yvan, la trentaine, reste debout pour écouter la présentation faite ce soir de l’organisation, afin de bercer son enfant accroché en porte-bébé. Il s’est « motivé » à venir, car il est de plus en plus « fou de rage » sur la question environnementale. « Le vote, j’ai arrêté. Cela crée une vraie distance autour de moi, et même des conflits avec mes proches. » Alors, pourquoi ne pas s’accrocher au projet d’une candidature polymorphe, au seul service des idées et des luttes sociales en cours ?

    Mais pour quoi faire, s’interroge aussi Nicolas, ancien activiste d’Occupy Wall Street il y a douze ans à New York, qui écoute, assez silencieux, la discussion. « L’engagement physique, le fait de marier diverses luttes au même moment, l’aspect très horizontal de ces mobilisations, c’est un truc que je recherche depuis sans relâche, explique t-il à la fin de la rencontre. Mais avec un vrai bémol, appris par l’expérience : sans objectif et stratégie claire, c’est voué à l’échec. » Akira s’interdit pourtant de pondre un programme et une stratégie ex nihilo, proche de l’idée ancienne selon laquelle les pratiques en elles-mêmes sont déjà politiques.

    Tout au long des échanges et des discussions, d’autres écueils connus des mobilisations contemporaines apparaissent : la stratégie, le coût personnel de l’engagement militant, les contours et lignes rouges d’un mouvement qui se dit clairement anticapitaliste et révolutionnaire, le rapport aux institutions. « Nous voulons, l’an prochain, que les citoyens puissent voter pour Akira, tout en votant aussi pour un candidat éligible, si ça les fait flipper de s’abstenir dans le contexte actuel », précise Tito.

    Idriss, lors de la présentation de l’organisation aux nouveaux, insiste aussi sur le « soin » et le souci des uns et des autres, pilier pour Akira. « On sait tous que beaucoup de gens se crament dans la lutte sociale et politique. Nous voulons donc faire extrêmement gaffe à ça, mais aussi aux rapports de domination entre nous. »

    D’où des circuits de décision très lâches, voire mouvants. « Cette tension existe : l’envie de créer un collectif politique sans chef mais aussi la fatigue de voir ces trucs-là s’effondrer le plus souvent, constate Tito. Notre souci, c’est aussi l’efficacité. On a donc créé des cercles d’investissement basés sur le volontariat, plus ou moins décisionnaires et plus ou moins impliqués, et on peut passer de l’un à l’autre selon le temps, l’énergie, le taf... »

    Les membres d’Akira ne se veulent pas non plus « dogmatiques », refusent une « idéologie gravée dans le marbre », ou de « hiérarchiser les sujets ». Le souhait est de donner « la parole aux premiers concernés » dans une logique intersectionnelle assumée. Ce qui, même là, dans le petit coton ouaté de la réunion, provoque des débats. 

    « Pour moi, le féminisme, c’est un militantisme exclusif. J’ai du mal à comprendre comment on inclut les minorités de genre là-dedans », interroge Meriem, jeune femme membre de groupes de collages féministes, venue elle aussi après avoir vu la vidéo sur Internet. « Ce que tu dis peut être hyperviolent pour les personnes qui ne se définissent pas en tant que femme ou homme », s’échauffe en face Lina.

    Léo, animatrice de la discussion, propose de poursuivre ces échanges dans un « cadre plus informel ». Mais Pierre confirme, en fin de soirée, l’une des lignes rouges d’un mouvement dont plusieurs membres sont issus de la communauté LGBTQIA+ : « On ne peut pas exclure ces personnes de nos luttes politiques, c’est hors de question, et cela fait clairement, comme l’antiracisme, partie de nos valeurs. »

    Une partie de l’assemblée pousse un deuxième feu, qui rappelle pas mal de discussions militantes à l’extrême gauche. « Soyons sérieux, la situation n’est pas pré-révolutionnaire », estime une femme d’une cinquantaine d’années, alors que la soirée s’achève. Jean-Philippe, gilet jaune, s’insurge : « Qui aurait cru qu’on pourrait le crier à nouveau, le mot “révolution”, par milliers, sur les Champs-Élysées, il y a quelques mois ? Personne. » La révolution est un « processus », considère Idriss, « on peut faire déjà pas mal de choses dans l’entre-deux ».

    Dans son manifeste, publié il y a quelque jours, l’organisation politique affirme voir dans la « sincérité » et le refus du cynisme une « arme révolutionnaire ». À la fin de la réunion, la plupart des novices demandent à rejoindre l’organisation, visiblement plutôt séduits ou, à nouveau, « juste pour voir ». Voir jusqu’où et comment Akira compte s’y prendre pour faire vraiment « dérailler » le jeu présidentiel ?

    https://www.mediapart.fr/journal/france/181121/nom-de-code-akira-un-happening-politique-pour-faire-derailler-la-president

    https://seenthis.net/messages/934094