La rentrée sous Covid, un énième fiasco – Libération

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  • Journal d’épidémie. La rentrée sous Covid, un énième fiasco – Christian Lehmann
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    « La folie c’est de refaire constamment la même chose en espérant un résultat différent », selon une citation apocryphe attribuée à Albert Einstein. Ou, plus prosaïquement, comme le disaient les Shadoks, « en essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche ».

    Et donc, ce fut la rentrée, dans l’école ouverte de Jean-Michel Blanquer, qui colle de si près au terrain qu’il délivre ses protocoles sanitaires le dimanche soir dans un article payant du Parisien pour bien vérifier que les feignants de fonctionnaires de l’Education nationale ne dorment pas près du radiateur. Le ministre, à son habitude, avait passé la dernière semaine des vacances à caricaturer la demande de reporter la rentrée d’une semaine pour continuer de faire baisser le taux d’incidence chez les enfants (dont on sait qu’il chute à chaque vacances), pour vacciner massivement les 5-11 ans volontaires et laisser le temps de mettre en place ce que lui et ses soutiens des sociétés de pédiatrie avaient refusé de faire depuis plus d’un an. Pas question pour lui de reconnaître le risque de contamination des enfants et par les enfants, de distribuer des masques adaptés aux personnels, de prendre en compte la nécessité d’aération adaptée avec, au minimum, des capteurs de CO2 en attendant la filtration de l’air, d’organiser le dépistage itératif en ayant recours aux techniques qui permettent de tester tous les élèves et personnels. Bilan : l’école ouverte s’est vidée en quelques jours, confrontant l’ensemble de la communauté éducative, les parents, les enfants… et les pharmaciens au chaos. Rien que de très prévisible, mais on ne peut en vouloir au ministre : il préparait avec assiduité son discours d’introduction à un colloque sur le danger de l’idéologie woke. Chacun ses priorités.

    Et donc, ce fut un énième fiasco, et pour détourner le regard, Emmanuel Macron ne trouva rien de mieux que de jouer de sa fibre populiste en expliquant qu’il avait « très envie d’emmerder les non-vaccinés ».

    A ce stade, ce n’est plus une ficelle, c’est un câble de marine. L’immense majorité des Français sont vaccinés, et c’est tant mieux, et le président de la République cherche à se positionner comme leur porte-parole, en désignant à leur vindicte les non-vaccinés. Dans d’autres pays, on met en place des hotlines, pour répondre aux questions des hésitants. Mais ce gouvernement, pourtant spécialiste des numéros verts, n’en a cure. Les non-vaccinés sont, par nature, une population sur laquelle se hisser pour se déguiser en défenseur de la science et de la médecine, même quand Macron a commencé par adouber l’un des pires désinformateurs scientifiques, qu’il n’a jamais totalement désavoué pour mieux le manipuler, et même quand sa femme invite à l’Elysée la lie du complotisme antimasque et antivax.

    L’avantage est allé aux grandes gueules

    S’il est certainement illusoire de convaincre chaque personne une à une, reste que ce gouvernement n’a jamais su trouver le chemin d’une information honnête et respectueuse des citoyens. Et que les mensonges répétés sur les masques, le mépris pour les alertes du Conseil scientifique et le silence par omission sur les rares effets secondaires des vaccins ont alimenté la défiance vis-à-vis de ce qui reste, en dépit du contournement partiel effectué par les variants, comme une avancée médicale spectaculaire qui a sauvé des millions de vies sur la planète.

    Par hubris certainement, et aussi parce que médecin on ne se refait pas, hélas, j’ai proposé sur Twitter de répondre, une fois de plus, aux hésitants, et pu ainsi apprécier à quel point certains éléments simples restent méconnus du grand public.

    Les gens sont perdus en grande partie en raison de deux facteurs distincts. Le premier est l’évolution normale des connaissances scientifiques, sur le virus, sur les modes de transmission, sur les mesures barrière les plus efficaces, sur les vaccins, sur leur efficacité, sur leurs effets indésirables dans certaines populations. Cette évolution, ces changements de ligne, a fait douter ceux qui croient que la science produite des données inaltérables, alors que par nature elle évolue. Dans cette ambiance de doute fécond, mais inquiétant pour ceux qui veulent pouvoir s’adosser à des certitudes, l’avantage est allé aux grandes gueules, aux escrocs sans scrupules qui martèlent des mensonges sans l’ombre d’une hésitation. Le second facteur, très différent du premier, est l’empilement de mesures sanitaires prises, parfois en fonction du consensus scientifique, parfois sans autre logique que de politique interne, amenant une grande partie du public à se défier autant des évolutions de la parole scientifique que de ces décisions politiques.

    Les questions auxquelles j’ai répondu avaient trait essentiellement à la vaccination des enfants, à l’intérêt de la troisième dose, au caractère expérimental des vaccins ARN (oui, toujours), à l’intérêt même d’une vaccination devant le fantasme d’une dernière vague omicron qui mènerait à une immunité collective (quand bien même les « covidés » de 2020 ou de début 2021 peuvent à nouveau être contaminés aujourd’hui). Très peu d’agressivité, à part quelques rarissimes trolls renvoyés fissa au fond des mines de la Moria, mais beaucoup de gens cherchant lucidement des réponses qu’ils ne trouvent pas dans la cacophonie ambiante. Et pendant que je répondais à ces questions, j’ai vu passer ce qui semblait constituer le trailer d’une nouvelle série sur le terrorisme. Sur une chaîne d’ultra-droite appartenant à un religieux traditionaliste, un animateur aussi vaniteux qu’amoral invitait, devant un avocat spécialiste des pyramides de Ponzi, un mandarin narcissique, à dézinguer l’efficacité de la vaccination, en pleine pandémie, pour se venger d’avoir été désavoué dans son lobbying démesuré pour une molécule inefficace : « Est-ce que la vaccination sert à quelque chose ? La réponse est non. » On était début janvier 2022, presque deux ans après le début de cette pandémie, et si le président et le gouvernement emmerdaient les désinformateurs, c’était à dose homéopathique.

    #covid-19 #vaccination #désinformation #école