• #Dénatalité, manque de main d’œuvre : pourquoi la France a besoin d’immigration

    Tandis que la France a fortement limité le nombre de #régularisations, l’Espagne en a annoncé ce mardi 500 000. Une solution absente du débat français malgré une #économie atone.

    Il aura donc fallu plus de dix ans de politique migratoire européenne répressive, des dizaines de milliers de noyades en mer d’hommes, de femmes et d’enfants cherchant à fuir la guerre ou la misère, pour que l’on comprenne enfin que l’immigration, soigneusement encadrée, est sans doute la clé de la puissance économique et donc politique de l’Europe. Les chiffres ne trompent pas : le nombre d’enfants par femme ne cesse de diminuer dans l’Union européenne. La France par exemple, on l’a appris récemment, a enregistré pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale moins de naissances que de décès en 2025. Et cette tendance devrait se poursuivre au vu de l’état actuel du monde.

    Alors que faire ? Décroître tranquillement ou profiter des compétences et de l’énergie de celles et ceux qui frappent à la porte, désireux de travailler là où il y a des postes à pourvoir ? Alors que le Medef, en France, pousse à ouvrir davantage le pays à seule fin de récupérer de la main-d’œuvre, la confédération allemande des syndicats s’est récemment félicité qu’Angela Merkel ait accueilli en 2015 quelque 1,2 million de réfugiés. Dix ans plus tard, 69 % ont un emploi et participent à la croissance de l’Allemagne. Aussi la confédération appelle-t-elle à en admettre davantage encore « pour continuer à prospérer ». C’est exactement ce qui pousse aujourd’hui le gouvernement espagnol à adopter un plan de régularisation d’environ 500 000 sans-papiers. Ce n’est pas par bonté d’âme mais pour donner de l’élan à l’économie du pays.

    C’est bien sûr pain bénit pour l’extrême droite qui, en Allemagne comme en France ou en Espagne, ne cesse de brandir les spectres de la délinquance et de la criminalité, les associant systématiquement à l’immigration. On ne va pas verser dans l’angélisme, il y a des cas particuliers problématiques, mais les études montrent que, globalement, il n’y a pas de cause à effet entre l’immigration et le niveau moyen de délinquance. Tout dépend des conditions d’accueil : plus elles sont dégradées, plus le risque de délinquance augmente. L’Europe s’est construite depuis des décennies sur l’immigration, cela doit continuer à être sa force.

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/denatalite-manque-de-main-doeuvre-pourquoi-la-france-a-besoin-dimmigratio
    #migrations #immigration #démographie #travail #main-d'oeuvre
    ping @reka @karine4

    • J’entendais des trotskistes qui disaient : le manque de jeunes à long terme, faut faire avec. Pas besoin d’immigration en masse. Ca ne doit pas être la boussole pour ce PB. Ca n’est pas un PB. Ni non plus demander un boost de natalité. On adaptera les pensions, les consommations...
      Car c’est encore une fois se considérer dans une concurrence avec le reste du monde (qui n’a pas ces problèmes)
      (en très gros)

  • Claude Lévêque, plasticien accusé de viols sur mineurs : que cette affaire agisse comme un détonateur
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/claude-leveque-plasticien-accuse-de-viols-sur-mineurs-que-cette-affaire-a

    L’icône de l’art contemporain a organisé sa vie et son œuvre pour favoriser son emprise sur ses victimes. Le témoignage de six hommes, aujourd’hui âgés de 35 à 60 ans, doit aider à libérer la parole dans ce milieu hermétique.

    L’homme et l’artiste. Dans le cas de Claude Lévêque, la distinction est presque impossible. Comme le montre l’enquête menée par Libération, le plasticien a tout entremêlé. Toute sa vie et son œuvre sont organisées pour favoriser son emprise et se garantir un vivier de victimes. Cette mécanique implacable vaut à Claude Lévêque, qui a reconnu une partie des faits mais conteste avoir entretenu des relations avec des mineurs de moins de 15 ans, d’être mis en examen depuis 2023, l’enquête judiciaire étant toujours en cours. Les enfants, tous des garçons, ont entre 8 et 14 ans lors des premières agressions sexuelles. Les faits relatés s’étendent sur quatre décennies, de 1979 à 2009 : une suite ininterrompue de violences, au vu et au su de tout un milieu artistique. Souvent présentées comme ses assistants, les victimes l’accompagnent partout, cosignent parfois ses œuvres. Laurent, David (1), Armand, Léo, Jean-Paul (1), Mathias… Ces deux dernières années, Libération a pu recueillir la parole de six hommes, aujourd’hui âgés de 35 à 60 ans. Certains évoquent des faits qui ne seraient pas prescrits. Beaucoup témoignent pour la première fois à visage découvert, afin d’avertir, espérant que des familles puissent protéger leurs enfants d’autres prédateurs.

    Leurs histoires révèlent un mode opératoire bien rodé chez le plasticien, un véritable système vicieux qui piège des familles entières, des fratries, des parents, souvent détruits par la culpabilité. Comme souvent dans ces affaires, on s’interroge : comment un système peut-il perdurer si longtemps sans que personne, jamais, ne parle ? La stature du monument vivant auquel on s’attaque fait taire les témoins, ou détourner les regards. Pourtant, souvent, on découvre a posteriori que certains ont tenté de dire l’indicible. L’artiste a par ailleurs œuvré à effacer ses traces, à manipuler ses victimes même des années après les faits, restant présent dans leur vie pour continuer à exercer son emprise. Espérons que la multiplication de ces « Me Too » aidera les prochains qui s’exprimeront à se faire entendre. Espérons aussi que cette affaire agisse comme un détonateur dans le milieu de l’art contemporain, encore très hermétique à la libération de la parole.

    (1) Les prénoms ont été modifiés.

  • Les hommes de la rue du Bac : des faits glaçants et un récit à visage découvert – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/les-hommes-de-la-rue-du-bac-des-faits-glacants-et-un-recit-a-visage-decou
    https://www.liberation.fr/resizer/uKbwj-6JSGX5Iy4XG_6F-ZEkwc0=/1200x630/filters:format(jpg):quality(70):focal(1498x1488:1508x1498)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/GHHGOAJDJZGNNGZVG22Z77BBQ4.jpg

    Mais cette histoire a aussi un lieu, le triangle du VIIe arrondissement de Paris où le pouvoir politique, culturel et médiatique régnait dans une totale impunité. « Jusqu’au dernier moment, j’ai pensé ne pas y arriver », nous dit Inès Chatin de son audition, qui fait aujourd’hui partie d’un dossier judiciaire de centaines de pages documentant l’univers pédocriminel de la rue du Bac, dans un somptueux appartement acheté à la famille d’Ormesson par le docteur Jean-François Lemaire, l’homme qui livra entre autres ses enfants adoptifs, dans des séances sordides dont la mise en scène cauchemardesque n’a d’égal que l’infâme sadisme, à l’écrivain Gabriel Matzneff et ses amis. « Si l’adolescent sait qu’il se soumet à des règles condamnées par la société mais qui apportent finalement une certaine jouissance, euh pourquoi pas ? » expliquera froidement le docteur Lemaire à sa fille adoptive, que Matzneff surnommait « ma petite chose exotique ». Eu égard à l’extrême violence des scènes rapportées par Inès Chatin, il a été convenu, avec elle et ses avocats, de ne pas en rapporter certaines à la première personne du singulier. Libération publiera donc dans les jours à venir son récit, et s’appuiera sur le dossier judiciaire, pour raconter ces faits glaçants qui témoignent de la cruauté de ces hommes de pouvoir, et du courage de la femme qui leur a survécu. Et qui parle aujourd’hui.

    #viols_collectifs #pédocriminalité #matzneff #mephitis #germanopratins

    #Jean-François_Lemaire
    #Claude_Imbert
    #Jean-François_Revel
    #académie_française
    #le_point

  • #Loi_immigration : l’accueil des étrangers n’est pas un fardeau mais une nécessité économique

    Contrairement aux discours répétés ad nauseam, le #coût des aides accordées aux immigrés, dont la jeunesse permet de compenser le vieillissement des Français, est extrêmement faible. Le #poids_financier de l’#immigration n’est qu’un #faux_problème brandi pour flatter les plus bas instincts.

    Quand les paroles ne sont plus audibles, écrasées par trop de contre-vérités et de mauvaise foi, il est bon parfois de se référer aux #chiffres. Alors que le débat sur la loi immigration va rebondir dans les semaines à venir, l’idée d’entendre à nouveau les sempiternels discours sur l’étranger qui coûte cher et prend nos emplois nous monte déjà au cerveau. Si l’on regarde concrètement ce qu’il en est, le coût de l’immigration en France, que certains présentent comme bien trop élevé, serait en réalité extrêmement faible selon les économistes. Pour l’OCDE, il est contenu entre -0,5% et +0,5% du PIB selon les pays d’Europe, soit un montant parfaitement supportable. Certes, les immigrés reçoivent davantage d’#aides que les autres (et encore, beaucoup d’entre elles ne sont pas réclamées) car ils sont pour la plupart dans une situation précaire, mais leur #jeunesse permet de compenser le vieillissement de la population française, et donc de booster l’économie.

    Eh oui, il est bien loin ce temps de l’après-guerre où les naissances explosaient : les bébés de cette période ont tous pris leur retraite ou sont en passe de le faire et, bientôt, il n’y aura plus assez de jeunes pour abonder les caisses de #retraite et d’#assurance_sociale. Sans compter que, vu l’allongement de la durée de vie, la question de la dépendance va requérir énormément de main-d’œuvre et, pour le coup, devenir un véritable poids financier. L’immigration, loin d’être un fardeau, est bien une #nécessité si l’on ne veut pas voir imploser notre modèle de société. Les Allemands, eux, l’assument haut et fort : ils ont besoin d’immigrés pour faire tourner le pays, comme l’a clamé le chancelier Olaf Scholz au dernier sommet économique de Davos. Le poids financier de l’immigration est donc un faux problème brandi par des politiques qui ne pensent qu’à flatter les plus bas instincts d’une population qui craint que l’avenir soit pire encore que le présent. On peut la comprendre, mais elle se trompe d’ennemi.

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/loi-immigration-laccueil-des-etrangers-nest-pas-un-fardeau-mais-une-neces
    #économie #démographie #France #migrations

    –-

    voir aussi cette métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    https://seenthis.net/messages/971875

    ping @karine4

    • Sur les #prestations_sociales aux étrangers, la #contradiction d’#Emmanuel_Macron

      Le pouvoir exécutif vante une loi « immigration » qui concourt à une meilleure intégration des « travailleurs » et soutient « ceux qui travaillent ». Mais la restriction des droits sociaux pour les non-Européens fragilise le système de #protection_sociale.

      Depuis son adoption au Parlement, la loi relative à l’immigration est présentée par Emmanuel Macron et par le gouvernement comme fidèle à la doctrine du « #en_même_temps ». D’un côté, le texte prétend lutter « contre les #passeurs » et l’entrée illicite d’étrangers dans l’Hexagone. De l’autre, il viserait à « mieux intégrer ceux qui ont vocation à demeurer sur notre sol » : les « réfugiés, étudiants, chercheurs, travailleurs ». En s’exprimant ainsi dans ses vœux à la nation, le 31 décembre 2023, le président de la République a cherché à montrer que la #réforme, fruit d’un compromis avec les élus Les Républicains, et inspirée par endroits du logiciel du Rassemblement national, conciliait #fermeté et #humanisme.

      Mais cette volonté d’#équilibre est contredite par les mesures concernant les prestations sociales. En réalité, le texte pose de nouvelles règles qui durcissent les conditions d’accès à plusieurs droits pour les étrangers non ressortissants de l’Union européenne, en situation régulière, ce qui risque de plonger ces personnes dans le dénuement.

      Un premier régime est créé, qui prévoit que l’étranger devra soit avoir résidé en France depuis au moins cinq ans, soit « justifier d’une durée d’affiliation d’au moins trente mois au titre d’une activité professionnelle » – sachant que cela peut aussi inclure des périodes non travaillées (chômage, arrêt-maladie). Ce « #délai_de_carence » est une nouveauté pour les aides visées : #allocations_familiales, prestation d’accueil du jeune enfant, allocation de rentrée scolaire, complément familial, allocation personnalisée d’autonomie, etc.

      « #Régression considérable »

      Un deuxième régime est mis en place pour les #aides_personnelles_au_logement (#APL) : pour les toucher, l’étranger devra soit être titulaire d’un visa étudiant, soit être établi sur le territoire depuis au moins cinq ans, soit justifier d’une « durée d’affiliation d’au moins trois mois au titre d’une activité professionnelle ». Là aussi, il s’agit d’une innovation. Ces critères plus stricts, précise la loi, ne jouent cependant pas pour ceux qui ont obtenu le statut de réfugié ou détiennent la carte de résident.

      Le 19 décembre 2023, Olivier Dussopt, le ministre du travail, a réfuté la logique d’une #discrimination entre nationaux et étrangers, et fait valoir que le texte établissait une « #différence » entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, « qu’on soit français ou qu’on soit étranger ». « Nous voulons que celles et ceux qui travaillent soient mieux accompagnés », a-t-il ajouté, en faisant allusion au délai de carence moins long pour les étrangers en emploi que pour les autres. Une présentation qui omet que le nouveau régime ne s’applique qu’aux résidents non européens, et laisse penser que certains étrangers mériteraient plus que d’autres d’être couverts par notre #Etat-providence.

      Alors que la loi est censée faciliter – sous certaines conditions – l’#intégration de ressortissants d’autres pays, des spécialistes de la protection sociale considèrent que les mesures sur les prestations tournent le dos à cet objectif. « Les délais de carence vont totalement à l’encontre de l’intégration que l’on prétend viser », estime Michel Borgetto, professeur émérite de l’université Paris Panthéon-Assas. Ils risquent, d’une part, de « précipiter dans la #précarité des personnes confrontées déjà à des #conditions_de_vie difficiles, ce qui aura pour effet d’accroître le nombre de #travailleurs_pauvres et de #mal-logés, voire de #sans-abri, relève-t-il. Ils sont, d’autre part, susceptibles de se révéler largement contre-productifs et terriblement néfastes, poursuit le spécialiste du droit de la #sécurité_sociale, dans la mesure où les étrangers en situation régulière se voient privés des aides et accompagnements nécessaires à leur insertion durable dans la société, dans les premiers mois ou années de leur vie en France. C’est-à-dire, en fait, au moment même où ils en ont précisément le plus besoin… »

      Maîtresse de conférences en droit social à l’université Lyon-II, Laure Camaji tient à rappeler que les prestations visées constituent des « #droits_universels, attribués depuis des décennies en raison de la résidence sur le territoire ». « Cela fait bien longtemps – depuis une loi de 1975 – que le droit aux #prestations_familiales n’est plus lié à l’exercice d’une #activité_professionnelle, souligne-t-elle. C’est un principe fondamental de notre système de sécurité sociale, un #acquis majeur qui forme le socle de notre #pacte_social, tout comme l’est l’#universalité de la #couverture_maladie, de la prise en charge du #handicap et de la #dépendance, du droit au logement et à l’#hébergement_d’urgence. »

      A ses yeux, le texte entraîne une « régression considérable » en instaurant une « #dualité de régimes entre les Français et les Européens d’un côté, les personnes non ressortissantes de l’Union de l’autre ». L’intégralité du système de protection sociale est fragilisée, « pour tous, quelle que soit la nationalité, l’origine, la situation familiale, puisque l’universalité n’est plus le principe », analyse-t-elle.

      Motivation « idéologique »

      Francis Kessler, maître de conférences à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, ne comprend pas « la logique à l’œuvre dans cette loi, sauf à considérer qu’il est illégitime de verser certaines prestations à une catégorie de la population, au motif qu’elle n’a pas la nationalité française, ou que les étrangers viennent en France pour toucher des aides – ce qu’aucune étude n’a démontré ». En réalité, complète-t-il, la seule motivation de cette loi est « idéologique » : « Elle repose très clairement sur une idée de “#préférence_nationale” et place notre pays sur une pente extrêmement dangereuse. »

      Toute la question, maintenant, est de savoir si les dispositions en cause seront validées par le #Conseil_constitutionnel. L’institution de la rue de Montpensier a été saisie par la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, ainsi que par des députés et sénateurs de gauche, notamment sur les restrictions des #aides_financières aux étrangers. Les parlementaires d’opposition ont mis en avant le fait que les délais de carence violaient – entre autres – le #principe_d’égalité. Plusieurs membres du gouvernement, dont la première ministre, Elisabeth Borne, ont reconnu que des articles du texte, comme celui sur les APL, pouvaient être jugés contraires à la Loi fondamentale. Le Conseil constitutionnel rendra sa décision avant la fin du mois de janvier.

      https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/01/05/sur-les-prestations-sociales-aux-etrangers-la-contradiction-d-emmanuel-macro
      #Macron #loi_immigration #accès_aux_droits

  • Loi immigration : le rejet du texte à l’Assemblée, un revers à double tranchant – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/loi-immigration-le-rejet-du-texte-a-lassemblee-un-revers-a-double-trancha
    https://www.liberation.fr/resizer/yBBS3wk-ZtUkRNNs9i7H6H4u-gU=/1200x630/filters:format(jpg):quality(70):focal(1088x1179:1098x1189)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/5DVHYDHWI5AXZOE2FR37P2UV4Q.JPG

    Il y a néanmoins deux mauvaises nouvelles dans cette affaire. La première est qu’au lieu de renoncer à un texte vérolé depuis le début, le ministre de l’Intérieur, pour arriver à ses fins, pourrait laisser tomber la partie « good cop » de son texte sur la régularisation des travailleurs sans papiers des filières en tension. En clair, il devrait durcir son texte pour rallier la droite et l’extrême droite. Deuxième mauvaise nouvelle qu’il ne sert à rien de mettre sous le tapis : cet épisode parlementaire, qui voit gauche, droite et extrême droite voter de concert, est un cran de plus dans la normalisation de l’extrême droite.

  • JO de Paris : Punaises 1 - 0 Beaune

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/lutte-contre-les-punaises-de-lit-ca-fait-longtemps-que-ca-nous-demange-20

    à un an des Jeux olympiques, les punaises font les gros titres de la presse internationale. La mairie de Paris exhorte l’Etat à s’emparer de ce problème de santé publique et à proposer un plan d’action « à la hauteur de ce fléau ». Le ministre délégué aux transports, Clément Beaune, a réagi vendredi et compte réunir les opérateurs de transports cette semaine pour coordonner une contre-offensive.

    mais que fait Darmanin ? C’est clairement un coup des eco-terroristes :-)

  • Liz Borne, Mme Bovary et le Pape | Libé | 17.09.23

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/pour-le-pouvoir-dachat-langelisme-ne-suffira-pas-20230917_GUJK35DZTRFXRPP

    Les Français en voient maintenant le résultat à chaque achat au supermarché, et pourraient bientôt en faire les frais à chaque facture d’électricité, à chaque passage à la pompe, à chaque renouvellement d’un titre de transport. Que faire pour éviter le pire ? Lancer une grande « conférence sociale » et profiter du passage du pape à Marseille pour prier que les entreprises condescendent à rogner un peu leurs marges. A peu de chose près, c’est là toute la stratégie gouvernementale présentée ces derniers jours, avec Elisabeth Borne choisie pour le rôle de Madame Bovary vivant au-dessus de ses moyens et se demandant pourquoi, d’un moment à l’autre, ne surgirait pas un événement extraordinaire. Menacer de taxer les « industriels », « pétroliers » et acteurs de la « grande distribution », cités en exemple par Elisabeth Borne ce dimanche, pourrait se révéler plus efficace que de vagues incantations

  • Face aux épidémies, la mollesse du gouvernement n’est pas sérieuse – l’édito de Ration double la gauche, les syndicats, les révolutionnaires
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/face-aux-epidemies-la-mollesse-du-gouvernement-nest-pas-serieuse-20221130
    https://www.liberation.fr/resizer/F5cbVx28JWPAOrRS7k_BQvokTZg=/1200x0/filters:format(jpg):quality(70):focal(3565x2795:3575x2805)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/DEGQMU2H7FAMHJ467Y7WZI3BVY.jpg
    Les urgences de l’hôpital André-Grégoire à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 14 juin. (Marie Rouge/Libération)

    Confronté à une triple épidémie hivernale et fragilisé par les crises successives, le système hospitalier ne cesse d’envoyer des alertes. Les réponses que l’exécutif y apporte depuis des semaines sont d’une légèreté déconcertante.

    Cela fait plusieurs semaines qu’ici ou là, la sonnette d’alarme est tirée : le froid arrive, les fenêtres vont se refermer et les virus s’en donner à cœur joie. Une évidence comme le nez rougi au milieu de la figure. Nous sommes pour la plupart convaincus qu’il va falloir « vivre avec » le virus du #Covid, comme nous « vivons avec » celui de la grippe saisonnière depuis longtemps. Est-ce une raison pour rester les bras ballants et les sinus au vent ? Evidemment non, pour trois raisons. Nous savons aujourd’hui que certains gestes de base permettent de limiter la diffusion des virus, à commencer par le port du #masque et le lavage des mains [Pittet, sors de ce corps... ndc] . Cela ne coûte rien de les appliquer. Il existe désormais des vaccins dont le rappel diminue de 50 % le risque de transmission du virus (aux plus âgés et aux plus faibles notamment). Surtout, l’état des structures hospitalières est tel que l’on ne peut plus courir le risque d’engorger des hôpitaux déjà fragilisés par une épidémie de bronchiolite en plein boum.

    Dans ce contexte, la sagesse aurait été, de la part du gouvernement, d’imposer le port du masque dans les transports en commun [pour l’enlever au travail, à l’école, dans les salles d’attente de la Caf et d’ailleurs ? ndc ] dès la fin des beaux jours. Il suffit d’une ou deux personnes non masquées, malades du Covid ou de la grippe, dans une rame de métro ou de RER surchargée, pour contaminer plusieurs personnes alentour. C’est ce qui est en train de se passer avec ces deux épidémies qui progressent de concert. Il a fallu attendre cette semaine pour que le gouvernement appelle à porter le masque dans des zones de promiscuité et à se faire vacciner. Cette mollesse n’est pas sérieuse. De même, constater qu’aucun progrès réel n’a été fait sur la qualité de l’#air en intérieur dans les #écoles laisse songeur. Pendant ce temps-là, les structures hospitalières, où les conditions de travail se sont encore dégradées, peinent à surmonter une épidémie de bronchiolite. On n’ose imaginer l’impact sur les hôpitaux d’une flambée de la grippe combinée à l’arrivée d’une neuvième vague d’ampleur du Covid.

    edit avec pas mal de #confusion, ingrédient de base au pays des Lumières éteintes

    #hôpital #santé_publique #RDR #réduction_des_risques

    • A Londres et Paris, le même déni de l’effondrement du système de santé, Christian Lehmann
      https://www.liberation.fr/societe/sante/journal-depidemie-a-londres-et-paris-le-meme-deni-de-leffondrement-du-sys

      Le système de santé s’est effondré. Ces mots, qu’aucune autorité sanitaire ne veut entendre, ne devraient pas étonner ceux, dont je suis, qui depuis plus de vingt-cinq ans alertent en vain sur la situation, et bataillent au quotidien dans leurs cabinets et leurs services pour tenter de s’opposer aux décisions politiques et économiques qui nous ont collectivement amené à cette situation. Et pourtant, ces mots sont difficiles à intégrer, même pour nous, au cœur du système. (...) Même nous, qui tentions d’alerter sur les conséquences de directives prises par des tutelles à qui seule importait la maîtrise des dépenses d’un système social jugé trop dispendieux, même nous, qui observions l’eau monter dans les compartiments supposément étanches, qui assistions impuissants à l’absorption de la biologie médicale et des cliniques par les grands groupes privés, à la prise de pouvoir des assureurs à la Sécurité sociale et au ministère, n’arrivions à envisager pleinement ce qui se profilait, ni à quoi ressemblerait ce monde d’après.

      « Bon, faut pas déconner, ça coûte du pognon tout ça »

      Le Covid, dans ce contexte, fut la tempête parfaite. Les soignants, dans leur grande majorité, firent front, malgré le dénuement des débuts, malgré les mensonges. Dans ces premiers mois, face à des instances décisionnaires tétanisées qui pour la première fois depuis des décennies étaient confrontées au réel, les injonctions bureaucratiques, les vexations administratives, durent céder devant l’urgence. Cela eût un temps. Comme me l’avait dit Ohian, 34 ans, urgentiste à Toulouse, dès juillet 2020 : « On nous a filé des moyens temporaires pour passer la crise, qui en pratique correspondent aux moyens dont on aurait besoin pour bosser décemment en temps normal. Les trois quart de ces moyens ont été repris dès le bordel fini et on nous a gentiment expliqué que oui, mais bon, faut pas déconner non plus, hein, ça coûte du pognon tout ça. » Et au stade où nous en sommes, ce n’est même plus une question d’argent, c’est une question de survie. Le système de santé s’est effondré et nous évoluons, sans parfois en avoir bien conscience, dans des ruines.

      (...) les annonces ministérielles répétées selon lesquelles les médecins généralistes seront amenés à prendre en charge plus de patients chaque jour grâce aux réformes en cours, les injonctions à « soulager l’hôpital » en participant à la permanence des soins, alors que la durée moyenne de travail d’un généraliste est de 53 heures par semaine (DREES), sont d’autres symptômes de ce déni constant de l’effondrement du système.
      https://justpaste.it/caedr

  • From Sea To Prison. The Criminalization of Boat Drivers in Italy

    Freedom of movement is a right, not a crime. But over the past decade, Italy has arrested thousands of people in connection with driving migrant boats across the Mediterranean Sea. Our report describes their journeys from sea to prison, examining and taking a stand against the criminalization of migration.

    Italy has spent decades pursuing people who have done nothing other than drive a boat of migrants towards its shores, utilizing criminal law, undercover police operations and emergency anti-Mafia powers to re-enforce Europe’s border regime.

    We have spoken to hundreds of people involved – persons accused of boat driving, ex-prisoners, lawyers, researchers, activists, judges and members of the police and Coast Guard – and studied dozens of court sentences to reveal the full extent of Italy’s process of criminalizing migration.
    Life sentences

    The prison sentences that have been issued range from 2 years to 20 years – and sometimes even more. Of the nearly 1,000 cases we have discovered through a systematic media review, we have found 24 people with prison sentences of over 10 years, and 6 people who have received life sentences.
    Imprisoning refugees

    Boat drivers come from many countries, and are often migrants and refugees too. In 2018 and 2019, the police arrested around one person for every hundred migrants who arrived.

    From a review of nearly one thousand cases, we estimate that over a third of the arrestees are from North Africa, 20% from Eastern Europe and 20% from West Africa. Many of the West and North African citizens arrested and imprisoned in Italy were forced to drive boats from Libya, a country they were fleeing from. In the case of the Eastern European boat drivers, many recount that they were tricked into people smuggling.
    Criminalization causes deaths

    Italy, the EU and the UN have consistently claimed that arresting boat drivers is a way of cracking down on human smuggling, in order to prevent deaths at sea. But our report demonstrates that criminalizing boat drivers has actually contributed to some of the worst maritime disasters in recent history.
    Our report examines:

    – available official data on the arrest and imprisonment of boat drivers
    - nearly 1,000 cases reported by the Italian media over the last 10 years
    - how the Italian law has been consistently modified over the last 25 years to criminalize and persecute boat drivers
    - the different kinds of boat drivers punished under the law, including those forced to drive boats under threats and violence
    - how all the sea routes into Italy have been criminalized: from Egypt, Tunisia, Algeria, Libya, Greece and Albania
    - how boat drivers are identified at sea on the basis of faulty photography and unreliable witnesses
    - court cases that fail to protect the rights of arrestees, sentencing people on flimsy evidence with little access to defense
    - how the Italian prison system fails to protect the rights of foreign prisoners, and how boat drivers are prevented from accessing house arrest
    – the social and economic consequences for boat drivers after leaving prison – even if they are found innocent

    Our report demonstrates that:

    – criminalization of migrant boat drivers in Italy has consistently increased over the last 25 years, especially since 2015.
    - criminalizing boat drivers does not prevent deaths at sea – it contributes to shipwrecks and maritime disasters
    - the consequences of being arrested as a boat driver has a serious impact on people’s lives – even if the charges are dropped
    - the rights of imprisoned boat drivers are being overlooked: contact with families is often non-existent, there are almost no translators in the Italian prison system, and access to adequate defense is not protected.

    https://fromseatoprison.info
    #Italie #scafisti #criminalisation #asile #migrations #réfugiés #frontières #Méditerranée #Mer_Méditerranée #criminalisation_de_la_migration
    #rapport #ARCI_Porco_Rosso

    • Migrants: thousands of boat drivers arrested in Italy, new report shows

      Exclusive new report by activists and NGOs reveals scale of Europe’s attack on migration.

      More than 2,500 people have been arrested in Italy for people smuggling over the last 10 years, even when they have done nothing more than drive a boat across the Mediterranean Sea. Hundreds of them are languishing in prisons across Italy, a report released today by ARCI Porco Rosso and Alarm Phone demonstrates.

      It is the first time that public data on arrests of boat drivers has been pulled together and analyzed. Over the past year, Italian police have arrested as many as one migrant for every 100 people who have arrived in Italy by sea, accusing them of ‘facilitating illegal immigration’, a crime that can lead to 15 years imprisonment and millions of Euros in fines. In some cases – when migrants have died during the dangerous journey across the Mediterranean Sea – prison sentences have reached 30 years or even life
      imprisonment.

      The report reviews around 1,000 cases of migrants who have been arrested for people smuggling. Italian law says that anyone who helps migrants enter the country irregularly can face years in prison – even if the accused have done nothing more than drive a boat, and even if they too are migrants.

      Cheikh Sene, a community organizer with ‘Porco Rosso’, who worked on the report, said:
      “I did two years in prison for driving a boat. I saved those people’s lives, we had no choice. Now we want to fight for the freedom and human rights of
      other migrants unjustly in prison."

      “Migrants come to Europe because Europeans are in our countries, everyone should have the right to move where they want to, we’re all humans”, Sene continued.
      The authors spoke to a hundred people for the research - including dozens of criminalized boat drivers, as well as lawyers, judges, members of the Italian Coast
      Guard and prison workers.

      Many migrants are found guilty even when court evidence is extremely weak, the report details. Maria Giulia Fava, a paralegal who co-wrote the report, said:
      “These are politically charged trials. In the man-hunt for a scapegoat, someone to blame for the death and disaster, normal guarantees of a fair
      trial are set aside. The very principles that should be the foundation of criminal law are simply forgotten.”

      The imprisoned migrants come from many different countries. Today’s report estimates that 35% come from North Africa, 20% from West African countries, and
      another 20% from Eastern Europe. These include people from Afghanistan, Bangladesh, Libya, Senegal, Syria and Ukraine.

      The criminalization of migrant boat drivers is part of an increasingly worrying trend in Italy as well as the rest of Europe, where both migrants and those in solidarity with them, including NGO rescue ships, have been subjected to criminal investigations.

      Sara Traylor, an activist from ‘Alarm Phone’ commented:
      “Criminalizing migration is simply part of a violent border system that we need to abolish. Europe needs to acknowledge and take responsibility for its unjust and deadly migration policies, and the consequences these have on the lives of the people they affect. Sending people to jail isn’t going to stop migration or make it any safer.”

      Read the report online: fromseatoprison.info

      For questions on the report or a comment on the findings, contact Richard at
      arciporcorosso@gmail.com or on +393245820120.

      ARCI Porco Rosso is a cultural center and migrant solidarity project in Palermo, Italy.
      Alarm Phone is a transnational network of activists that run a hotline to support people in distress in the Mediterranean Sea.

    • The African migrants who Italy accuses of people smuggling

      In our series of letters from African journalists, Ismail Einashe meets a young Senegalese man who was accused of people smuggling soon after he survived crossing the Mediterranean Sea.

      The 16-year-old from Senegal was relieved to have landed safely in Sicily - staying in what he thought was a migrant reception centre.

      This was in 2015, after he had survived a perilous boat journey from Libya. But two days into his stay he became concerned that the doors to his room were locked shut.

      Unwittingly, in fact, Moussa - whose name has been changed to protect his identity - found himself in prison in Trapani, a port city in the west of the Italian island.

      “This can’t be, I got to Italy and ended up straight in prison. I am 16,” he thought to himself.

      He could not believe what had happened to him - this was not the Europe he had dreamt about before he embarked on the arduous journey from Senegal in search of a better life.

      Moussa would go on to spend almost two years in an adult prison on charges of people smuggling even though he was a minor.

      His case is far from unique.

      In the last decade more than 2,500 people have been arrested in Italy on the same charges, according to a recent report by Palermo-based non-governmental organisation Arci Porco Rosso.

      Those arrested in Italy are accused of aiding and abetting illegal migration, a crime that can result in up to 20 years imprisonment and huge fines.
      ’Used as scapegoats’

      Hundreds of innocent migrants are currently locked up waiting for the legal process to be concluded, according to Maria Giulia Fava, a paralegal who co-authored the report.

      She says that Italy is using people-smuggling laws to criminalise migrants and refugees in an attempt to scapegoat them over immigration levels.

      Migrants are charged on extremely weak evidence, she adds, court hearings are rarely open, there is a lack of adequate access to legal defence, evidence can be based on unreliable witnesses and minors can end up in the adult prison system.

      Cheikh Sene knows the system well.

      He is now a Senegalese community organiser in Sicily’s main city, Palermo, but spent two years in prison after being found guilty of aiding people smuggling and says that many migrants are unjustly kept in prison simply for saving lives at sea. He says that is what happened to him.

      Arci Porco Rosso also states in its report that it came across cases in which Italian police officers offered migrants documents in exchange for their testimony against alleged boat drivers.

      The Italian Ministry of Justice told the BBC that it could not provide information on trials or arrests, but it did provide data on those currently held in prisons on people-smuggling charges. As of 22 March, it said, there were 952 inmates, of which 562 were convicted in Italy for people smuggling

      However, the ministry did not respond to the allegations made in the Arci Porco Rosso report.
      ’Minors in adults prisons’

      In Moussa’s case when his boat landed in Trapani, he was left to disembark and waited with others who arrived at the port for a bus to take them into town.

      But as he stood there he was called over by an Italian official.

      "They asked me to follow them inside. They gave me a paper, and took a picture.

      “Then they made me get in a big car and drove me away. The trip lasted more than two hours, and then they took me to an office.”

      It turned out to be a police station where he was interviewed through a French-speaking Moroccan translator.

      She explained to him that two fellow passengers on the boat had accused him of having steered the vessel.

      He pleaded to know who these two people were, as he could not understand the allegation, but she told him she was a translator and not a lawyer.

      The next morning he was put in a police car.

      “I didn’t know I was being taken to prison. I thought it was a reception centre.”

      He tried to explain that he was a minor. In the prison, he says he had two scans to determine his age. One assessment found that he was a minor, while the other did not.

      Because the results were inconclusive he was placed in an adult prison.

      And he says he was not alone in this. He remembers other young African migrants his age and younger in prison with him.

      He recalls meeting plenty of Gambians, Tunisians, Nigerians and Malians.
      Missed father’s death

      It was nine months before he was able to call his family in Senegal who had presumed he was dead.

      A few months later, on a second call, he found out that his father had passed away.

      In prison he was at least able to study for his Italian middle school qualifications and dreamt of escaping prison.

      Finally, in spring 2017, Moussa got an appeal court hearing date in Palermo.

      But when he walked into the courtroom the judge stood up and said he could not preside over the case of a minor.

      Then, three days later, in the small hours of the morning, guards came to his cell and told him to pack up as he was being released.

      “They walked me to the door and closed it behind me. I was standing there, with a plastic bin bag full of my clothes.”

      He had no idea where to go and one of the guards suggested he take the road and wait until he found other Africans to ask for advice on what he should do.

      That night he arrived at the Piazza Vittoria square in Trapani. There he met some Senegalese who told him to head to Volpita, a migrant camp.

      Eventually Moussa left Volpita after hearing he could make money by picking olives somewhere else.

      After spending many months working there he settled in the popular tourist town of Cefalù, near Palermo, where he now works as a chef in a hotel.

      But his case has not been addressed yet and he remains in a distressing legal limbo.

      His documents have also expired and he is waiting for a new court date.

      As Moussa explains his predicament six years after arriving in Italy he becomes overwhelmed - traumatised by what he had been through. He simply wants the nightmare to end.

      https://www.bbc.com/news/world-africa-60492918

    • Quand les migrants victimes de passeurs sont jugés et condamnés à leur place

      En Grèce, en Italie et au Royaume-Uni, « Libération » a documenté des cas où sur des motifs futiles, la justice a traité de simples migrants comme les agents des réseaux qui les exploitent en monnayant leur passage vers l’Europe. Ils seraient près de 10 000 à être emprisonnés pour cette raison.

      Plus fort que blâmer les victimes : criminaliser les victimes. De nombreux demandeurs d’asile, à peine arrivés aux portes de l’Europe, ont été emprisonnés et accusés d’être des passeurs, leur retirant ainsi toute possibilité de se faire entendre. Notre enquête dans trois pays européens fait état de l’étendue de cette mascarade officielle : 9 862 personnes sont détenues sous cette accusation à travers l’Europe, selon Empact, la plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles. Des arrestations qui sont comptabilisées pour tenter de démontrer l’efficacité de la lutte contre les réseaux de passeurs, et qui envoient des migrants innocents en prison pour des années. Dans certains pays, comme la Grèce, les peines de cette justice expéditive peuvent atteindre des dizaines d’années. Ces boucs émissaires sont choisis un peu au hasard – parce qu’ils avaient accepté de tenir une boussole, ou de conduire un canot de fortune jusqu’aux rives européennes. Dans certains cas que Libération a documentés, même appeler les secours peut suffire pour être interpellé, inculpé puis condamné. Au Royaume-Uni, où les traversées clandestines battent tous les records – près de 42 000 migrants ont atteint les côtes anglaises cette année, contre 28 500 en 2021 – le gouvernement conservateur a trouvé le modèle grec assez à son goût pour en faire sa principale arme pour gonfler les statistiques de démantèlement des réseaux, et peu importe si de nombreux demandeurs d’asile sont pris dans les filets tendus pour combattre les réseaux dont ils sont eux-mêmes victimes. Nos révélations interviennent moins de 24 heures après une enquête du journal le Monde démontrant le cynisme révoltant des préposés aux secours pendant le naufrage d’un canot dans la Manche la nuit du 24 novembre 2021, tandis que les gouvernements français et britannique ont signé un nouvel accord pour renforcer les moyens de patrouille et de contrôle. Au mépris du besoin urgent de renforcer l’accès au droit d’asile et aux secours d’urgence.

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/quand-les-migrants-victimes-de-passeurs-sont-juges-et-condamnes-a-leur-pl

    • Aux frontières de l’Europe, des migrants devenus boucs émissaires de la « guerre aux passeurs »

      Au Royaume-Uni, en Italie et en Grèce, des demandeurs d’asiles sont régulièrement accusés d’être membres des réseaux criminels dont ils sont eux-mêmes victimes pour avoir piloté un bateau, tenu un GPS ou même appelé les autorités à l’aide. Certains sont emprisonnés après des procès entachés d’irrégularités.

      Lina (1) n’a plus confiance en personne. Assise très droite dans un appartement sur une terrasse d’Athènes, les rideaux tirés, elle n’accepte de parler qu’à la condition que rien ne soit enregistré. La Syrienne de 25 ans, cheveux couverts par un voile noir et maquillage soigné, est venue en bus depuis un camp de réfugiés. Depuis deux ans et demi, elle y élève seule ses enfants de 4, 5 et 6 ans. Leur père, Bassem (1), purge en prison une peine de cinquante-deux ans.

      Ses lèvres tremblent lorsqu’elle relate leurs derniers jours en tant que famille réunie. C’était en mars 2020 : la traversée terrifiante en canot pneumatique depuis la Turquie, pour rejoindre l’île grecque de Chios. L’engrenage se résume en quelques souvenirs. Le passeur turc saute du bateau peu de temps après le début de la navigation et donne la barre à Bassem avec une menace : « Si tu fais demi-tour, on te tue. » Le moteur en panne, les passagers rament avec leurs mains pour enfin atteindre la terre ferme. Son mari sera interpellé par la police grecque pour avoir conduit le rafiot. « Mes enfants demandent chaque jour quand leur père sortira de prison », dit Lina. Ils ne l’ont plus vu depuis son procès, à la cour d’assises de Chios, en avril 2021. Pour avoir « facilité une immigration illégale », l’homme a écopé de dix ans d’emprisonnement, plus une année par personne sur le rafiot, soit cinquante-deux ans, dont vingt ferme. La durée maximale d’emprisonnement en Grèce.

      Depuis, la famille survit dans un camp proche d’Athènes. Lina a appris à coudre pour tenter de gagner un peu d’argent. La survie quotidienne est presque insurmontable : de ses mains, elle mime le geste de se taillader les poignets. Un avocat privé a convaincu le couple de faire appel, mais au prix fort : 10 000 euros. Pour Lina, la seule porte de sortie consiste en un entretien pour bénéficier du droit d’asile, prévu en 2023. Mais si elle reçoit une réponse positive, elle tentera de quitter la Grèce pour un autre pays d’Europe. Quitte à laisser son mari derrière elle. « On ne sait pas quand Bassem sortira, je dois penser d’abord à mes enfants », dit-elle.

      Bassem est l’un des milliers de détenus arrêtés aux portes de l’Europe et accusés d’avoir facilité l’immigration illégale ou pris part au trafic de migrants. Ils étaient 2 282 personnes dans les seules prisons de Grèce début 2022 ; et 9 862 arrêtées à travers l’Europe entre 2018 et 2021, selon Empact, la plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles. Des arrestations comptabilisées par les agences européennes pour tenter de démontrer l’efficacité de la lutte contre les réseaux de passeurs.

      Mais parmi ces détenus se trouvent en réalité de nombreux demandeurs d’asile, pris dans les filets tendus pour combattre les réseaux dont ils sont eux-mêmes victimes. Conduire un canot de fortune jusqu’aux rives européennes, tenir un GPS, une boussole ou même appeler les secours peut suffire pour être interpellé, inculpé puis condamné. S’il est difficile d’estimer leur proportion parmi les passeurs arrêtés, les associations de défense des migrants les considèrent comme des boucs émissaires. Ils seraient très nombreux : en Italie, l’ONG sicilienne Arci Porco Rosso estime que plus de 2 500 pilotes de bateaux de migrants, appelés scafisti,ont été arrêtés depuis 2013.

      « Si tu conduis, tu ne paies pas »

      L’atmosphère est souvent tendue dans le tribunal d’Agrigente, dans le sud de la Sicile. Comme ce 15 décembre 2021 où, devant une jeune juge débordée, 36 comparutions se succèdent en une seule journée. Derrière la porte de la salle, une dizaine d’avocats s’impatientent. Certains prévenus sont jugés depuis le centre de détention où ils attendent leur jugement. Ainsi, c’est depuis la prison de Trapani qu’Ahmed Godze rejoint la salle d’audience par visioconférence, l’écran tourné vers la juge.

      De l’Italie, le Tchadien, 26 ans, n’a connu que la distante silhouette des côtes siciliennes et la prison. Un an plus tôt, il était arraché à la mer in extremis par des sauveteurs du navire humanitaire Open Arms, alors que son bateau pneumatique coulait et lâchait ses 111 passagers dans les vagues. Les charges retenues contre lui : facilitation d’immigration clandestine, provocation d’un naufrage, et « décès comme conséquence d’un autre crime ». Six personnes, dont un bébé de 6 mois, ont péri dans le naufrage.

      Lors des audiences précédentes, son avocate italienne a insisté : Ahmed Godze n’a rien d’un passeur. Séquestré par des trafiquants armés dans une maison de transit en Libye, trop pauvre pour pouvoir acheter sa liberté ou fuir la torture, le jeune homme d’alors 20 ans n’avait aucune alternative. Sinon la Méditerranée. « Si tu conduis, tu ne paies pas », lui proposent les passeurs libyens. L’homme qui n’a jamais vu la mer est alors formé pendant une quinzaine de jours à piloter le bateau. Puis « il se retrouve sur cette plage, où des Libyens armés organisent l’embarquement, désignent qui doit monter et où ils doivent se mettre », plaide l’avocate.

      En vain. Pour la procureure italienne à l’audience, « les motivations qui ont poussé Ahmed Godze à partir sont sans importance sur le plan judiciaire ». Le jeune homme a bien reconnu avoir tenu la barre. « Il a également confirmé qu’ils avaient un téléphone satellite pour appeler à l’aide », ajoute-t-elle. « Je suis désolée, nous devons ajourner la séance », annonce la juge, juste avant que les avocats impatients ne fassent irruption dans la pièce. C’est la troisième fois que le procès d’Ahmed Godze est reporté, et la cour a déjà pris plusieurs heures de retard. La procureure requiert une peine de six ans de prison et plus de 2 millions d’euros d’amende. « Considérant le nombre de passagers, c’est une obligation. Je sais que c’est paradoxal, mais c’est ainsi », adresse-t-elle à l’avocate avec un sourire gêné. Deux mois plus tard, il sera finalement condamné à six ans et huit mois d’emprisonnement.

      « Criminaliser des actes sans aucune intention criminelle »

      Selon la loi européenne, le simple fait de tenir la barre du bateau fait d’Ahmed Godze un passeur. Même s’il n’en a tiré aucun profit. Le Parlement européen a mandaté en 2018 une étude pour évaluer la directive européenne sur l’aide à l’immigration illégale, adoptée en 2002. Leur conclusion ? « En l’état, le train de mesures relatives aux passeurs donne aux Etats membres la liberté d’étirer la définition du trafic de migrants jusqu’à criminaliser des actes sans aucune intention criminelle. » Dans de nombreux Etats membres, les lois antipasseurs, qui se sont multipliées, exercent ainsi une pression sur les migrants et les ONG qui les soutiennent. A commencer par les équipages des navires humanitaires qui opèrent en Méditerranée.

      En 2023, un rapport examinera « si le cadre juridique établi en 2002 reste adéquat pour relever les défis actuels ou s’il nécessite une révision », précise une porte-parole de la Commission européenne. Mais jusqu’ici, les autorités se sont penchées uniquement sur les cas d’acteurs humanitaires, sans mentionner les migrants eux-mêmes criminalisés.« Ces outils de justice pénale sont-ils réellement utilisés pour traduire des criminels en justice, ou bien comme un instrument de gestion des migrations et de recul de l’Etat de droit ? » interroge l’un des auteurs de l’étude, Sergio Carrera.

      Qui sont donc ces personnes arrêtées pour avoir piloté un bateau de migrants ? « Il fut un temps où les pilotes faisaient bien partie du réseau de passeurs », rappelle Gil Arias-Fernández, ex-directeur adjoint de Frontex, l’agence de gardes-frontières européenne. Mais au fur et à mesure que les arrestations se sont multipliées, « les réseaux criminels ont commencé à les remplacer par un ou deux migrants ayant quelques notions de navigation ». Face au risque, aussi, que le conducteur périsse dans un naufrage. Une traversée à prix réduit peut parfois convaincre un migrant de tenir la barre. Mais les menaces et violences sont aussi monnaie courante.

      Frontex, de son côté, rejette toute responsabilité dans les arrestations, déclarant qu’elle ne joue qu’un rôle de soutien aux autorités nationales dans la gestion des frontières. Les poursuites et enquêtes criminelles sont « du ressort exclusif des organes de répression et des autorités judiciaires nationales », assure-t-elle. Gil Arias réfute une telle analyse. Et fustige aujourd’hui son ex-agence, accusée de multiples violations des droits de l’homme en Méditerranée. Il doute également de l’efficacité de la « guerre aux passeurs » : ce sont les « lampistes qui tombent », déplore-t-il, alors que les vrais trafiquants et les « chefs de réseaux » ne montent jamais sur un rafiot pour venir en Europe. Ils « restent évidemment en sécurité dans leur pays, et dans la plupart des cas n’ont probablement aucun contact avec les migrants ».

      Pourtant, les enquêtes policières et les efforts pour démanteler ces réseaux se déploient le plus généralement dans les zones de passage. « Les personnes arrêtées sont souvent tout en bas de la chaîne et facilement remplaçables », dénonce Maddie Harris, fondatrice de l’ONG britannique Humans for Rights qui documente les violations des droits des migrants et réfugiés à travers l’Europe. Sur les plages françaises, elle raconte avoir souvent vu des jeunes hommes ou mineurs isolés « contraints de conduire les bateaux ou de fermer les portes des camions. Il est absolument évident que ceux qui conduisent les bateaux ne sont pas des passeurs ».

      Médecins sans frontières, qui opère un navire humanitaire en Méditerranée, ne dit pas autre chose. « Notre longue expérience de sauvetage en Méditerranée nous a montré que certains survivants sont contraints de conduire des bateaux, souvent sous la menace ou à la suite d’actes de violence, assure l’ONG. Le comportement agressif des gouvernements et de la justice est donc injustifié. » Un migrant secouru par l’association en novembre 2021 encourt actuellement trente ans de prison en Italie, pour un naufrage qui a fait dix victimes. « Nous appelons à davantage d’efforts pour réduire les dangers des parcours de migration en créant des voies d’entrée légales, plutôt que de criminaliser ceux qui, en conduisant un bateau, tentent d’assurer leur propre sécurité et celle des autres », résume MSF. « Les efforts pour dissuader les passeurs peuvent et doivent être faits de manière à éviter que des personnes fuyant des persécutions ou des conflits dans leur pays d’origine ne soient doublement pénalisées », confie de son côté Stella Nanou, du Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU en Grèce.

      « Je suis un réfugié, pas un passeur »

      Moins d’une semaine après le procès d’Ahmed Godze, à l’autre bout de l’Europe, une scène désormais familière se joue dans l’imposante salle d’audience de la cour d’appel de Londres. Quatre hommes ont fait appel de leur condamnation pour « facilitation d’immigration clandestine ». Au Royaume-Uni, où les traversées clandestines battent tous les records – plus de 40 000 migrants ont atteint les côtes anglaises cette année, contre 28 500 en 2021 –, le gouvernement conservateur ne cache pas s’être inspiré des modèles grec et italien. Selon des chiffres que Libération a pu obtenir, plus de 900 personnes ont été arrêtées depuis 2015 pour ce chef d’inculpation dans le seul comté anglais de Kent, où accostent la plupart des « small boats ».

      Mais en août 2021, la chambre criminelle de la cour d’appel a jugé qu’une traversée de la Manche n’était pas une entrée clandestine si les passagers se présentaient aux autorités maritimes ou portuaires pour demander l’asile. Un conducteur de bateau de migrants ne peut donc pas être condamné pour cette traversée. Une jurisprudence qui bouleverse les poursuites judiciaires survenues jusqu’alors. Depuis cette décision, une douzaine de personnes ont vu leur condamnation annulée, et des poursuites ont été abandonnées pour au moins dix cas. Sollicité, le ministère de l’Intérieur britannique n’a pas répondu.

      Ce jour-là, sur le dernier banc de la salle d’audience numéro 14, Samyar Ahmadi Bani est assis, bracelet électronique à la cheville et le visage cerné. Après deux ans et demi de détention, cet Iranien de 38 ans est en liberté conditionnelle depuis peu. A la rue, il n’a nulle part où dormir à la sortie de l’audience. « Quand je dors, je fais des cauchemars où la police anglaise vient m’arrêter et me renvoie en Iran », souffle-t-il dans un anglais balbutiant. Même s’il a déjà purgé sa peine, Samyar Bani entend restaurer sa réputation, qu’il estime entachée par sa condamnation et la couverture médiatique qui a suivi. « Je l’ai dit à la police britannique : je suis un réfugié, pas un passeur, explique-t-il. Mais ils m’ont quand même mis en prison. »

      « Restaurer ma dignité »

      Samyar Bani dit avoir fui l’Iran après s’être converti au christianisme et avoir subi une flagellation publique pour avoir consommé de l’alcool. Débouté de l’asile en Allemagne, il a d’abord payé 700 euros pour une première traversée de la Manche, qui n’a pas abouti. Il a alors organisé une deuxième tentative avec cinq autres Iraniens. Dans son smartphone, des preuves retenues contre lui lors de son procès : l’achat de deux canots pneumatiques en avril et en mai 2019, et des recherches sur les conditions météorologiques la veille de leur départ. Selon le dossier judiciaire, Samyar Bani aurait également tenu la barre « pendant approximativement deux minutes », pour se diriger vers un navire de la Border Force britannique qui a intercepté le bateau en mer. Il s’interroge : « Si je retourne en Iran, je serai tué. Mais en venant ici, j’ai été condamné à cinq ans de prison. Est-ce que le monde entier sera contre moi ? » Quelques jours après sa comparution devant la cour d’appel, il est finalement acquitté. Victoire au goût amer. « J’essaie de déposer une plainte pour mon emprisonnement injustifié et pour restaurer ma dignité », nous a-t-il écrit récemment.

      Si Samyar Bani avait été arrêté cette année, il aurait pu écoper d’une peine de prison à vie. En effet, malgré les évolutions de la jurisprudence, les arrestations n’ont pas cessé pour autant au Royaume-Uni, dans le sillage d’un durcissement des politiques migratoires en cours depuis le Brexit. En avril, le Parlement a approuvé un « plan immigration » censé combattre les « infâmes passeurs de migrants ». L’une des mesures phares : les conducteurs des rafiots qui traversent la Manche encourent désormais la réclusion à perpétuité. Les migrants « ont tellement de raisons d’avoir peur quand ils arrivent ici, assure Maddie Harris, de Humans for Rights.Ces mesures ne font que les pousser encore plus dans les mains des passeurs et des gangs criminels. Et continuer à détruire leurs vies. »

      « Nous attendons sa libération depuis quatre ans »

      Ce raidissement des politiques n’épargne aucun des pays européens. Surtout ceux qui sont les principales portes d’entrée du supposé eldorado continental. Des accusés ont ainsi récemment défilé devant la cour d’assises de l’île de Samos, en Grèce. Parmi les 26 cas jugés sur deux jours, la moitié est alors liée au trafic de migrants. Jeunes et amaigris, les accusés ont la tête baissée, le regard éteint. Comme Dimitris Choulis, qui attend dans un café voisin. Son téléphone ne cesse de vibrer : des messages Facebook de clients en prison qui lui demandent de l’argent, du crédit téléphonique ou des nouvelles de leurs proches. Cet avocat natif de Samos est devenu une référence pour les passeurs boucs émissaires.

      Depuis près de deux ans, au sein du collectif Human Rights Legal Project et avec l’association allemande Borderline Europe, il s’efforce de repérer des pilotes de bateaux dans les prisons grecques et leur propose une représentation bénévole. Huit de leurs clients ont ainsi pu être acquittés. Quelques-uns ont été relâchés en liberté conditionnelle ou ont vu leurs peines réduites. « Toutes ces personnes devraient être acquittées parce qu’elles ont dû commettre cet acte illégal pour pouvoir demander l’asile,explique Dimitris Choulis. Mais ils ne les acquittent jamais. Alors nous supplions le tribunal d’au moins leur accorder la peine la moins sévère possible. »

      « Si ce procès est encore reporté, je suis presque sûr que mon frère se donnera la mort. »

      -- Hamza Gawish, frère d’un migrant accusé d’être passeur
      Jassim Gawish, 30 ans, lui, ne s’est pas déplacé pour l’audience. Depuis cinq ans, il croupit en cellule : son appel a été reporté à trois reprises. En février, il attend fiévreusement, depuis la prison de Domokós dans le centre de la Grèce, un appel de Dimitris Choulis. En Syrie, dans une ville près de la frontière turque, son frère Hamza Gawish n’a pas non plus dormi de la nuit. « Nous attendons sa libération depuis quatre ans, nous sommes très inquiets », écrit-il par SMS. Jassim a déserté l’armée syrienne« parce qu’il refusait de tuer des innocents », explique Hamza. Il l’assure : s’il a finalement accepté de conduire le canot pneumatique, c’est parce qu’il n’avait pas de quoi payer la traversée. Depuis, pour soutenir Jassim en prison, la famille s’est lourdement endettée. « Si ce procès est encore reporté, je suis presque sûr que mon frère se donnera la mort », s’inquiète Hamza.

      La salle d’audience est inhabituellement calme : le président de la cour maintient l’ordre d’une main de fer, n’hésitant pas à crier sur les perturbateurs. « Ces personnes sont accusées de crimes très graves, personne ne devrait avoir à passer ne serait-ce qu’un jour en prison s’il est innocent », annonce le magistrat. Une neutralité qui surprend les avocats présents, habitués à des procès expéditifs. Une étude publiée en Grèce en 2020, menée par trois ONG sur 48 cas dans les îles égéennes, évalue la durée moyenne des audiences à trente-huit minutes. Pour des condamnations extrêmement lourdes : quarante-neuf ans de prison en moyenne, dont dix-neuf ferme.

      Cette fois-ci, la requête de Jassim Gawish est acceptée : en attendant son appel, il va retrouver une liberté (conditionnelle). Huit mois plus tard, le 19 octobre, la cour d’appel de Samos commue finalement sa peine à seulement trois ans avec sursis. Enfin, Jassim ressort libre du tribunal. Mais « il a perdu cinq années de sa vie qu’il ne récupérera pas, même si le système judiciaire a reconnu son erreur », déclare Dimitris Choulis. Si Jassim ne regrette pas le geste qui l’a mené ici, il en veut toujours à la justice grecque et son avocat commis d’office. « Je n’ai même pas pu parler avec mon premier conseil. Il est juste venu une fois à l’audience, a parlé en mon nom, et a disparu. » Son procès en première instance a duré « cinq minutes » à l’issue desquelles il a écopé de cinquante-cinq ans de prison.

      « On m’a dit de signer, alors j’ai signé »

      En Grèce comme en Italie, les associations dénoncent des procès à la chaîne. Rares sont les magistrats qui prennent le temps nécessaire pour étudier les conditions particulières de chaque individu et les potentielles circonstances atténuantes. « Si la justice est ainsi, nous n’avons pas besoin de juges, seulement de calculatrices », ironise l’avocat des migrants Dimitris Choulis. Loin des préceptes de la Convention européenne des droits de l’homme qui énoncent qu’un « accusé doit également disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense ». « Vous avez un avocat que vous n’avez jamais rencontré, et votre procès durera dix minutes. Il y aura un officier de la police portuaire qui dira “oui, il conduisait le bateau”, ils liront le témoignage d’un passager du bateau qui dit vous reconnaître. Le juge calculera le nombre de passagers et vous irez en prison », résume Dimitris Choulis.

      Les interpellations reposent souvent sur des preuves très minces. Un manuel interne à l’ancienne mission militaire de l’Union européenne en Méditerranée, Opération Sophia, que nous avons pu consulter via une demande d’accès à des documents administratifs, établit ainsi une liste de critères très discutable pour identifier un passeur de migrants. Avoir une « meilleure apparence physique que les autres », être « plus âgé » ou « plus jeune », « excessivement poli ou coopératif » ou encore « d’une extrême nervosité » sont autant d’indices qui, selon le manuel, doivent piquer l’intérêt des forces de police et justifieraient des arrestations et une enquête plus approfondie.

      « Si pour une raison quelconque vous vous faites remarquer, qu’on voit votre visage, vous pouvez être accusé. »

      -- Dimitris Choulis, avocat
      « Dans ce genre de cas, vous devriez être invisible, résume Dimitris Choulis. Si pour une raison quelconque vous vous faites remarquer, qu’on voit votre visage, vous pouvez être accusé. » Des déclarations de témoins, recueillies dès leur arrivée sur la terre ferme, ou même parfois d’un unique agent de police ou des gardes-côtes, suffisent pour confondre un suspect. En Italie, les migrants prêts à désigner leurs passeurs se voient même promettre un titre de séjour. Avec les risques de délation que cela comporte. « Je n’ai jamais vu de témoins au tribunal : les seules personnes présentes, ce sont des policiers qui étaient là, jurent-ils, quand le bateau est arrivé en Grèce »,dénonce Maria, une traductrice grecque qui souhaite rester anonyme. Pendant plusieurs années, elle a officié pour la police et le procureur sur l’une des îles égéennes. Elle garde un souvenir brûlant du jour où elle a dû annoncer à un homme sa peine de cent seize années d’emprisonnement. De son côté, le porte-parole des gardes-côtes grecs assure que « toutes les poursuites criminelles ont été engagées à la suite de procédures d’enquête préliminaire détaillées et de témoignages des personnes secourues par les gardes-côtes, témoignages qui désignent clairement les facilitateurs ».

      « J’ai passé un mois en prison sans même me rendre compte que j’étais arrivé en Italie – ou même que j’étais en prison, raconte Osmane (1), trentenaire venu du Mali qui a purgé trois ans et trois mois dans une cellule italienne. J’ai reçu un papier du tribunal, en anglais. Je ne le comprenais pas, mais on m’a dit de signer, alors j’ai signé. » Ce n’est que plus tard, lorsqu’un codétenu gambien parvient à lui traduire le document, qu’il comprend qu’il a signé des aveux. « J’étais vraiment blessé, parce que c’est un mensonge, dit-il. Oui, j’ai conduit le bateau. Mais pas de mon plein gré. »

      Ils sont des centaines, « facilitateurs » ou passeurs lampistes, comme Osmane, Jassim ou Bassem, à croupir dans des cellules en Europe. Comme celles dans la prison de l’île grecque de Chios, juchée au sommet d’une colline, fait face à la mer Egée. A l’horizon, les rives de Turquie rappellent aux prisonniers la traversée périlleuse jusqu’en Grèce. Parmi les détenus : Ghazal Mohammad, un jeune Syrien condamné à trente-cinq ans en appel, un Somalien qui purge cent quarante-deux ans ou encore deux pères de famille afghans qui ont écopé de cinquante ans chacun pour avoir piloté un canot pneumatique.

      Ces jours-ci, l’ambiance y est plutôt à l’optimisme. Quelques récents procès en appel ont vu les accusés sortir libres des tribunaux des îles égéennes. Mais les avocats restent prudents. « Ce dont on rêve, c’est de changer cette législation, espère ainsi Alexandros Georgoulis, qui exerce à Chios. Mais il faudrait une initiative à l’échelle européenne : les autorités grecques ne le feront pas d’elles-mêmes. » Et les arrestations n’ont pas cessé pour autant. Récemment, deux voiliers en provenance de Turquie ont échoué sur les côtes rocheuses de l’île de Cythère, dans le sud de la Grèce, qu’ils entendaient contourner pour atteindre la Calabre. Trois Turcs ont été interpellés : le plus jeune avait 17 ans. Près de 16 000 personnes auraient ainsi accosté sur la pointe de la botte italienne depuis le début de l’année, espérant notamment échapper aux refoulements illégaux par les gardes-côtes grecs, que de nombreux migrants et associations dénoncent mais que le gouvernement nie catégoriquement. La seule issue humaine, selon Dimitris Choulis : offrir un passage sûr pour permettre aux réfugiés et aux migrants de demander l’asile. « Dans ce cas, alors, on combattrait les passeurs. Mais là, ce que l’on fait ici, c’est de voler la chose la plus précieuse que quelqu’un possède : le temps. Nous volons du temps à leurs vies. »

      (1) Les prénoms ont été modifiés pour éviter des répercussions sur les demandes d’asile en cours.

      https://www.liberation.fr/international/aux-frontieres-de-leurope-des-migrants-devenus-boucs-emissaires-de-la-gue