/le-liban-est-a-la-recherche-dun-tresor-

  • Le Liban est à la recherche d’un trésor qui n’existe pas -
    Albert Kostanian dans L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1364240/le-liban-est-a-la-recherche-dun-tresor-qui-nexiste-pas.html

    Le Liban est ainsi devenu le seul pays du monde à disposer d’un fonds souverain alors qu’il est en cessation de paiement, que son système bancaire est en faillite et sans qu’aucune découverte n’ait lieu alors que les explorations sont compromises !
    [...]
    C’est ainsi que les stimulis arabes font désormais partie intégrante des solutions présentées aux multiples blocages institutionnels du Liban, que la promesse de miraculeux dépôts – qataris pour l’exemple le plus récent – accompagnent la perspective de l’élection de tel ou tel président. Mais malheureusement pour nous, l’affection ne dicte plus la politique étrangère de ces pays ; et de l’affection, ils en ont généralement moins pour le Liban ! Le grand retour de Riyad suite au énième compromis sur lequel s’active la classe politique libanaise n’aura donc probablement pas lieu. La logique de rentabilité financière et de développement économique planifié s’est substituée à la logique d’achat d’influence, et le bakchich ne viendra plus couronner nos règlements qui intéressent de moins en moins de gens.
    [...]
    Le culte du trésor n’a jamais été aussi prégnant que depuis la faillite financière et bancaire. Quatre ans après sa déclaration, aucun débat public ou action publique d’envergure, juridique ou politique, n’a encore eu lieu alors que 90 milliards de dollars de dépôts – soit près de 5 fois le PIB annuel – restent bloqués dans les banques. Au lieu d’un processus de restructuration, c’est à une nouvelle martingale qu’ont eu recours les politiques, les banquiers et certains cercles qui leur sont affiliés. Pour ceux-là, l’État et ses ressources, notamment ses terrains, sont le nouveau trésor qui est à même de régler la crise et de rembourser les déposants spoliés. Des chiffres délirants sont même avancés pour quantifier ce trésor, le patrimoine foncier de l’État est ainsi estimé à des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars – le record étant détenu par Mahmoud Comati, un haut responsable du Hezbollah, qui a avancé le chiffre de 500 milliards de dollars en 2022. Voilà qui suffirait à combler les pertes du secteur financier ! Le trésor annoncé ne résiste pourtant pas à la moindre lecture critique. Le patrimoine foncier de l’État se révèle être situé à plus de 88 % dans la Békaa, notamment au Baalbeck-Hermel, et être constitué, pour plus de sa moitié, de parcelles non délimitées, ce qui impacte fortement sa valeur. S’il est vrai que certaines parties du domaine de l’État gagneraient à être privatisées, tout comme certaines entreprises de l’État ou du moins leur gestion, le produit qui en résulterait ne pourrait en aucun cas constituer la solution magique à la crise financière. La taille des entreprises de l’État est insignifiante par rapport à l’ardoise des pertes, elles génèrent moins de 500 millions de dollars de transferts dans le projet de budget 2024 (13,71 % des recettes de l’État). Même en doublant ce chiffre grâce à la plus réussie des opérations d’optimisation, il faudrait presque 90 ans pour éponger les pertes du secteur financier. Il est aussi bon de rappeler que la Grèce, sous l’impulsion de l’Europe, de l’Allemagne et du FMI, a rapporté un peu plus de 10 milliards d’euros en 5 ans de son programme de privatisation, pourtant l’un des plus ambitieux du monde. L’argumentaire présent n’est pas contre la privatisation. Il ne nie pas l’urgence de réformer le service public tout comme il n’exclut pas l’éventualité de la présence de gaz au Liban ou la possibilité et les mérites d’un réinvestissement arabe. Mais cela ne résoudra pas la crise. Après avoir cru en une baraka libanaise, qui voudrait que ce pays fonctionne sans que l’on sache très bien pourquoi, il est grand temps de s’attaquer aux origines du mal, à savoir l’absence de l’État de droit et un modèle économique et financier dépassé, non régulé et profitant aux plus forts. Il est donc impératif de s’affranchir des marchands de rêves et de partir à la recherche de la compétitivité.
    [...]
    Économiste, consultant en stratégie, animateur de télévision[!] et chercheur associé à l’Issam Fares Institute for Public Policy and International Affairs de l’AUB.