• Au tribunal de Bobigny, après l’affaire Théo, hors norme, l’ordinaire d’un procès de policiers

    Le procès de l’affaire Théo, en janvier, au palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis), avait été hors norme : deux semaines d’audience, la grande salle des assises, le défilé des témoins, la longue déposition de la victime, la nuée de caméras et de micros à chaque suspension, la colère bruyante, à l’issue du verdict, de militants contre les violences policières, dans une enceinte quadrillée par les forces de l’ordre.
    Retour à l’ordinaire, jeudi 1er février, dans l’anonymat de la modeste salle 3 de ce même tribunal, où se tient, tous les premiers jeudis du mois devant la 14e chambre correctionnelle, une audience exclusivement consacrée aux délits commis par des policiers – les dossiers, manifestement, ne manquent pas.
    Deux agents de la brigade anticriminalité, Jordan M., 27 ans, et Loïc C., 31 ans, comparaissaient pour des violences injustifiées lors d’une interpellation, une nuit de mai 2023 à Saint-Ouen : des coups de pied, des coups de poing, des balayettes sur un individu qui, au terme d’une course-poursuite, s’était mis de lui-même au sol, les mains en évidence. Comme un écho, toutes proportions gardées, du procès de l’affaire Théo – trois #policiers jugés pour un coup de matraque tristement célèbre, qui avait justifié le renvoi aux assises, mais aussi pour tout un tas de gestes brutaux commis alors que le jeune homme était menotté et au sol.

    Comme l’affaire Théo, celle-ci n’aurait jamais atterri au tribunal si la scène n’avait pas été captée par une caméra de vidéosurveillance dont les images ont été diffusées à l’audience. Contrairement à l’affaire Théo, ce n’est pas la victime – introuvable – qui a signalé à la #justice le comportement des policiers indélicats, mais leur propre hiérarchie, alertée par un opérateur du centre de supervision urbaine de Saint-Ouen, choqué par ce qu’il avait vu sur ses écrans de contrôle cette nuit-là.

    « Comportement de cow-boy »

    « Ce procès n’est pas celui de #police, c’est celui de la violence illégitime, d’autant plus inacceptable qu’elle est commise par des gens qui portent le titre de gardien de la paix. » Ces mots ne sont pas de l’avocat de la partie civile, puisqu’il n’y en avait pas ; ils avaient été prononcés deux semaines plus tôt par Antoine Vey, avocat de Théodore Luhaka, lors de sa plaidoirie qui se serait aussi bien appliquée au procès du jour.

    Le procureur Loïc Pageot, qui représentait déjà l’accusation au procès Théo, aurait lui aussi pu répéter des pans entiers de son réquisitoire sur l’autorité qui « ne se conçoit que si elle est juste et proportionnée », mais il a choisi un registre un peu plus direct : « Qu’est-ce que c’est que ce comportement de cow-boy ? » « Des contrôles comme ça, il doit y en avoir tous les jours. S’il n’y a pas de vidéosurveillance, c’est ni vu ni connu », a-t-il aussi souligné.
    Est-ce le caractère incontestable des images, bien plus nettes que celles de l’interpellation de Théo ? Ou l’absence de public – hormis quelques collègues – et de médias ? Les deux prévenus du jour se sont en tout cas montrés plus penauds et contrits que les trois accusés du procès Théo – « On a été incompétents de A à Z », a résumé Loïc C. –, même si leurs explications ont été assez ressemblantes : fatigue, stress, environnement hostile, pas de volonté de faire mal.

    Les deux hommes s’en sont tirés avec quatre mois de prison avec sursis – un de plus que deux des trois accusés du procès Théo – et trois mois d’interdiction d’exercer sur la voie publique. Le procès de l’affaire Théo avait duré deux semaines. Il a fallu deux heures pour boucler ce procès-là. Le procès, selon la formule du procureur, de « la violence illégitime au quotidien ».
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/02/03/au-tribunal-de-bobigny-apres-l-affaire-theo-hors-norme-l-ordinaire-d-un-proc

    #violences_policières

  • La guérilla virtuelle de militants pro-Israël contre les sympathisants propalestiniens en France
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/02/03/la-guerilla-virtuelle-de-militants-pro-israel-contre-les-sympathisants-propa

    Entre autres scandales, celui de Shadi. Voir le petite moquerie à l’égard de la chercheuse Bergeaud-Blaker, à la fin du paragraphe.

    Autre cible : les Palestiniens de France qui s’engagent pour leur peuple. C’est le cas de Shadi, un Franco-Palestinien de 36 ans, qui ne souhaite pas être nommé en raison du harcèlement en ligne dont il a fait l’objet en décembre 2023. Militant de la première heure, notamment dans le cadre de l’Union générale des étudiants palestiniens, il a toujours pris soin de séparer cet engagement personnel et son activité professionnelle, en évitant toute présence sur les réseaux sociaux et en signant les pétitions sous un nom d’emprunt. Diplômé de l’Ecole centrale, Shadi a fondé avec deux amis une start-up dans le domaine du luxe.

    Après le 7 octobre, l’entrepreneur a participé à la création de la plate-forme Urgence Palestine, qui est à l’origine des premiers appels à manifester pour un cessez-le-feu à Gaza. « Nous avons très rapidement mis en avant le terme de génocide », explique Shadi. Le 29 décembre, « Swords of Solomon » s’en prend à lui sur X en dévoilant son nom et celui de son entreprise. Son tort ? Avoir relayé l’appel d’Urgence Palestine à venir aux festivités du Nouvel An, sur les Champs-Elysées et ailleurs, avec un drapeau palestinien. « Des personnes mal intentionnées ont voulu y voir un appel à l’insurrection, explique Shadi. Eric Ciotti [président de LR] et Jean Messiha [polémiste d’extrême droite] ont interpellé Darmanin [le ministre de l’intérieur] à mon sujet. »

    Les tweets donnant son adresse personnelle, où vivent sa femme et ses deux jeunes enfants, ainsi que celle de sa boutique sont alors relayés par des bots à l’infini. La chercheuse controversée Florence Bergeaud-Blackler, qui se dit spécialiste des réseaux islamistes en Europe, le décrit sur X comme un « Frère musulman » s’adressant à la « oumma des quartiers », alors qu’il est chrétien de confession grecque-orthodoxe. Le lendemain de cette offensive en ligne, sa boutique est couverte d’affiches d’Unité juive et de photos d’otages du Hamas. Ses associés craignent que cette campagne de diffamation ait des conséquences sur la réputation de la marque et auprès de potentiels investisseurs.

    #Gaza #palestine #propagande #harcèlement #ulcan #Brigade_juive