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  • Polémique autour d’une campagne publicitaire visant les réfugiés syriens au Liban - L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1371900/polemique-autour-dune-campagne-publicitaire-visant-les-refugies-syrie

    L’ONG La Maison mondiale du Liban et diverses institutions officielles ont lancé une campagne médiatique utilisant des panneaux d’affichage à travers le pays ainsi qu’une publicité sur la chaîne MTV Liban, appelant les gens à « réparer les dommages causés par les déplacés syriens ». Sur son site web, l’ONG affirme « promouvoir l’esprit de coopération et d’union » parmi les Libanais résidant dans le pays et à l’étranger. Sa fondatrice et présidente, Betty Hindi, a parlé de la campagne dans l’émission It’s Time de la chaîne locale MTV il y a un mois, affirmant que les panneaux d’affichage et les publicités télévisées étaient conçus pour « exiger l’application des lois », dans le cadre d’une mission plus large visant à « enregistrer tous les Syriens ».

    Avec 1,5 million de réfugiés syriens au Liban, selon les chiffres du gouvernement, dont environ 950 000 enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) – qui a cessé de le faire à la demande du Liban en 2015 –, les politiques libanais de tous bords appellent régulièrement à leur rapatriement immédiat. Ils affirment que les conditions actuelles en Syrie permettent un tel retour, tandis que l’ONU et d’autres groupes de défense des droits soutiennent le contraire. Le ministre sortant des Affaires sociales, Hector Hajjar, a demandé à plusieurs reprises au HCR de soumettre ses données sur les réfugiés au gouvernement. Si l’agence onusienne a accepté de le faire, elle n’a pas encore soumis son rapport.
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    « La population du Liban est divisée en deux : une première moitié composée de réfugiés syriens, une deuxième constituée de Libanais voulant émigrer », proclame la publicité diffusée sur MTV. Ce spot montre également un jeune enfant s’exprimant avec un accent syrien et expliquant être originaire de Syrie mais être né et avoir grandi au Liban de parents syriens. Et d’ajouter qu’on lui a dit qu’il « deviendra libanais dans quelques années ». Ensuite, un second garçon répond : « Non, mon frère, nous sommes de Syrie et nous devrons y retourner pour la reconstruire. »

    En 2020, une proposition de loi a été élaborée qui, si elle était adoptée, empêcherait toutes les personnes apatrides nées après 2011 au Liban (année marquant le début de la crise syrienne) de demander la citoyenneté libanaise, comme le permet normalement la loi. Ce texte a été proposé par le député Ghassan Atallah (Courant patriotique libre/Koura) qui nous a affirmé que le but de ce texte est de combler une lacune par laquelle les enfants de parents syriens pourraient obtenir la citoyenneté libanaise. Le préambule de la Constitution libanaise stipule qu’il ne devrait y avoir aucune « installation de non-Libanais au Liban ».

    La campagne publicitaire insiste sur le fait que les Libanais devraient, étant donné que les réfugiés syriens constituent plus de 40 % de la population du Liban, « s’unir et agir de manière responsable pour rectifier la situation de manière urgente avant qu’il ne soit trop tard », sous-entendant que la présence de réfugiés syriens dans le pays constitue une menace existentielle. La publicité explique qu’après « une guerre sanglante » en Syrie, la situation n’est pas « différente », et appelle les Syriens de la diaspora à rentrer et à « reconstruire leur pays », avant de terminer par ces mots : « Undo the damage », c’est-à-dire « réparez les dommages ».

    (Au passage, on admire la francophonie libanaise !)