En Méditerranée, les oiseaux des zones humides menacés par la montée du niveau de la mer

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  • En Méditerranée, les oiseaux des zones humides menacés par la montée du niveau de la mer
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/05/17/en-mediterranee-les-oiseaux-des-zones-humides-menaces-par-la-montee-du-nivea

    D’ici à 2100, un tiers à la moitié des zones humides côtières de huit pays du bassin méditerranéen pourraient être partiellement ou entièrement submergées.
    Par Perrine Mouterde

    Que vont devenir les flamants roses et les avocettes élégantes ? Ces deux espèces sont parmi les plus menacées par l’élévation du niveau de la mer #Méditerranée, provoquée par le dérèglement climatique. Une étude, publiée vendredi 17 mai dans la revue Conservation Biology, met en évidence les risques forts qui pèsent sur les oiseaux inféodés aux #zones_humides du pourtour méditerranéen et rappelle l’urgence à mettre en œuvre des mesures de protection de la biodiversité face aux futures submersions marines.

    Coordonné par le centre d’#écologie et des sciences de la conservation (Muséum national d’histoire naturelle, CNRS, Sorbonne Université) et l’institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes de la Tour du Valat, un groupe de chercheurs s’est intéressé à plus de neuf cents zones humides côtières de huit pays, dont la France. Pour chacune d’entre elles, il a évalué le risque de submersion marine d’ici à 2100, en fonction de sept scénarios de hausse du niveau de la mer, allant de 44 à 161 centimètres . L’impact de l’élévation du niveau marin sur la biodiversité est en général moins étudié que celui de la hausse des températures, mieux connu et plus simple à modéliser.
    Les résultats sont pourtant inquiétants : d’ici à la fin du siècle, un tiers à plus de la moitié des sites étudiés pourraient avoir été submergés, partiellement ou en totalité, selon les différentes hypothèses. Deux pays, la Tunisie et la Libye, hébergent le plus grand nombre de zones humides potentiellement exposées. En France, le parc naturel régional de Camargue, qui abrite la plus grande zone humide du pays, pourrait subir la submersion d’une surface de terres équivalente à quatre fois la superficie de Paris.

    Un « risque vraiment extrême »

    « L’originalité de cette étude est son échelle spatiale assez large et le fait qu’un grand nombre d’espèces soit pris en compte, explique Fabien Verniest, principal auteur de l’étude et postdoctorant au Muséum. Nous établissons un lien explicite entre la submersion et certains animaux, alors que les travaux sur l’élévation du niveau de la mer portent souvent sur l’impact potentiel sur les infrastructures humaines, ou sur les habitats en général. »
    L’étude révèle par ailleurs que les sites bénéficiant d’un statut de protection ainsi que ceux considérés comme d’importance internationale au sens de la convention de Ramsar – c’est-à-dire qui hébergent régulièrement au moins vingt mille individus, 1 % d’une population ou une espèce menacée à l’échelle mondiale – sont davantage exposés au risque de submersion marine que les autres. « On peut supposer que certaines aires protégées ont été créées justement pour se donner les moyens d’anticiper de futurs impacts du réchauffement », précise Fabien Verniest. La moitié des sites Ramsar pourraient être en partie inondés d’ici à 2100, même dans le scénario climatique le plus favorable.

    Outre les flamants roses et les avocettes élégantes, présents sur un grand nombre de sites menacés et très dépendants des lagunes côtières, le canard siffleur, le tadorne de belon, la foulque macroule, le canard chipeau ou la nette rousse font aussi partie des espèces qui pourraient être durement affectées par une perte d’habitats dans cette région.

    « Cette étude souligne le risque vraiment extrême auquel les zones humides méditerranéennes sont confrontées en raison du changement climatique, car elles sont également très vulnérables aux futures #sécheresses, réagit James Pearce-Higgins, directeur scientifique du Trust britannique pour l’ornithologie, qui n’a pas participé à ces travaux. La sécheresse et l’élévation du niveau de la mer peuvent se combiner pour augmenter la salinité dans de nombreuses zones côtières, affectant à la fois la disponibilité en eau douce et le sol. »

    Restaurer des écosystèmes

    Les zones humides, victimes notamment de pollutions chimiques, de l’urbanisation et de l’extension agricole, sont cruciales pour faire face à la fois aux phénomènes de crues et de sécheresses et pour leur rôle d’épuration, et une grande diversité de plantes et d’animaux dépend d’elles pour sa survie. Environ 70 % de ces écosystèmes ont disparu au niveau mondial depuis 1900, et les deux tiers de ces milieux ont également été éliminés en France au cours du siècle écoulé.
    Avec cette étude, les chercheurs espèrent aider les autorités à mettre en place des actions concrètes dans les zones repérées comme les plus à risque. « Cette étude identifie le besoin urgent de stratégies d’adaptation que les défenseurs de l’environnement et les gestionnaires côtiers doivent utiliser pour faire face à cette menace », salue Richard Gregory, spécialiste du suivi de la biodiversité à la Société royale britannique pour la protection des #oiseaux.

    Parmi les moyens à disposition, figurent la construction de digues ou d’autres ouvrages, le fait de permettre aux zones humides de s’étendre à l’intérieur des terres, par exemple en élargissant des aires protégées, ou encore la restauration d’écosystèmes. A l’embouchure de la Moulouya, un fleuve du Maroc, par exemple, des mesures de fixation des dunes grâce à de la végétation ont été mises en place.
    En France, les lagunes telles que les étangs de Thau (Hérault) et de Salses-Leucate (Aude et Pyrénées-Orientales), très proches de la mer, font partie des sites sur lesquels agir en priorité, souligne Fabien Verniest. « Une hausse de 50 centimètres du niveau de la mer pourrait provoquer un bouleversement total de ces écosystèmes, qui seront transformés en milieux marins, insiste le chercheur. Et l’urbanisation risque d’empêcher un déplacement de ces milieux et donc des espèces vers l’intérieur des terres. »

    #Adieu_Méditerranée #climat #réchauffement_climatique

    • L’utilisation de l’herbicide Avanza dans les rizières de Camargue validée par la justice
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/06/18/l-utilisation-de-l-herbicide-avanza-dans-les-rizieres-de-camargue-validee-pa

      Dans une décision étayée, rendue plus de six semaines après le dépôt du référé, un délai particulièrement long dans ce type d’affaire, le tribunal de Melun considère que l’autorisation d’utilisation sur cent vingt jours n’a pas un « effet direct et significatif sur l’environnement en l’état de l’évaluation réalisée au niveau européen ». Le tribunal a estimé que les deux associations n’avaient pas apporté la preuve de la dangerosité de ce produit. Il ajoute que les deux parties requérantes « ne font état d’aucun élément de nature à remettre sérieusement en cause les connaissances scientifiques et techniques actuelles ».
      Les riziculteurs du Gard et des Bouches-du-Rhône, qui cultivent la céréale en agriculture conventionnelle, pourront continuer à utiliser ce produit qui n’est pas encore homologué en Europe par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. L’Avanza contient des molécules très toxiques pour les milieux aquatiques, selon l’Agence européenne des produits chimiques, qui ne le classe cependant pas au rang des produits cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques. Le ministère de l’agriculture accorde aux riziculteurs français une autorisation de pulvériser l’herbicide entre le 15 mars et le 15 juillet au titre de l’« urgence phytosanitaire ». « C’est un produit qui nous permet de lutter contre les adventices. Sans ce traitement, les récoltes sont plus que compromises, explique Bertrand Mazel, le président du Syndicat des riziculteurs français, très satisfait de la décision. Les juges se sont basés sur des éléments scientifiques et ont mis en avant le fait que la preuve qu’il y avait danger n’a pas été apportée. »

      « Le combat de ne s’arrête pas là »

      Juriste pour l’association France Nature Environnement, Olivier Gourbinot prend acte de la décision. « En effet, le juge rejette notre requête en référé, mais la requête au fond peut encore aboutir, ce n’est que le début, le combat de ne s’arrête pas là. Nous allons continuer à travailler sur l’usage des pesticides et herbicides en Camargue, car ce territoire est un hotspot de la biodiversité avec un caractère exceptionnel qu’il faut préserver plus qu’ailleurs. Il faut voir au-delà de l’Avanza. Le fait que l’on retrouve d’autres molécules, comme le bentazone, dans les eaux de Camargue nous préoccupe fortement. »

      [...]

      En Camargue, le riz est cultivé sur 12 000 hectares par 150 exploitants qui produisent 70 000 tonnes annuelles, dont 25 % en #agriculture_biologique.