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  • Israël dit avoir recensé une hausse de 45 % de l’immigration juive en provenance de France en 2025
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/29/en-israel-une-hausse-de-45-de-l-immigration-juive-en-provenance-de-france-se

    Israël dit avoir recensé une hausse de 45 % de l’immigration juive en provenance de France en 2025
    Le Monde avec AFP
    Le nombre d’immigrants juifs originaires de France arrivés en Israël en 2025 a augmenté de plus de 45 % par rapport à 2024, a annoncé lundi 29 décembre le ministère de l’immigration et de l’intégration israélien, évoquant notamment une hausse de l’antisémitisme dans le pays.
    Sur les quelque 21 900 nouveaux immigrants arrivés en Israël cette année, venus de plus de 100 pays, la Russie arrive en tête avec environ 8 300 personnes (− 57 % sur un an), devant les Etats-Unis (3 500, 5 % de hausse) et la France, troisième avec 3 300 arrivées contre 2 228 en 2024 (plus de 45 %), détaille le ministère dans un communiqué. Le texte note qu’en 2025 l’émigration vers Israël « a été marquée par une relative stabilité » malgré la guerre dans la bande de Gaza. Il relève en revanche une progression de la « tendance à l’alya », autrement dit d’une installation en Israël, de jeunes issus des pays occidentaux, notamment de France et du Royaume-Uni. Dans ces pays, explique le ministre de l’immigration, Ofir Sofer, « où l’antisémitisme est en hausse, et parallèlement à l’action continue du ministère pour encourager l’alya, on enregistre une augmentation du nombre d’immigrants ».
    Le ministère évoque l’augmentation des actes antisémites en France et dans le monde depuis le 7 octobre 2023, date des attaques terroristes du Hamas contre Israël et du début de la guerre à Gaza. En France, 504 actes antisémites ont été recensés entre janvier et mai 2025, soit une hausse de 134 % par rapport à la même période en 2023. Après des accusations d’inaction dans la lutte contre l’antisémitisme formulées par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le président français, Emmanuel Macron, avait assuré combattre ce « fléau » de « toutes [ses] forces ».
    Dans l’histoire récente, le niveau le plus élevé de l’alya depuis la France avait été atteint en 2015, avec environ 7 900 départs, dans le contexte des attentats djihadistes contre la rédaction de Charlie Hebdo et le supermarché Hyper Cacher en janvier, et l’attaque du Bataclan, le 13 novembre 2015. Les chiffres étaient ensuite retombés autour de 2 500 par an avant de repartir à la hausse après l’attaque du 7-Octobre. Au total, plus de 130 000 personnes ont émigré de France vers Israël depuis la création de l’Etat en 1948, d’après des données officielles. En vertu de la « loi du retour », Israël accorde automatiquement la nationalité aux juifs qui s’y installent. Ce dispositif s’applique également à certaines personnes non juives, notamment lorsque leur conjoint ou l’un de leurs parents est d’origine juive.

    #Covid-19#migrant#migration#israel#france#immigration#politiquemigratoire

  • La prison, un « nouvel asile » au bord de l’implosion
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/29/maladie-psychiatrique-la-prison-ce-nouvel-asile-au-bord-de-l-implosion_66596

    DÉCRYPTAGE Surpopulation carcérale, pression sécuritaire, crise de la psychiatrie… les professionnels de la santé et de l’administration pénitentiaire dénoncent une situation alarmante et le silence des politiques.

    Le jeudi 11 décembre après-midi, à la maison d’arrêt d’Argentan (Orne), les surveillants ont découvert le corps de Yanis, 22 ans, pendu, au milieu de sa cellule. Toujours en vie, mais inanimé, il est transporté en urgence à l’hôpital d’Alençon, où il meurt deux jours plus tard. Incarcéré depuis janvier 2024 à la prison d’Evreux (Eure), il avait été transféré en novembre de la même année au centre pénitentiaire d’Argentan, après une double condamnation (à quinze mois de prison ferme), pour vol aggravé et recel.

    Cela faisait plusieurs mois déjà que l’état psychologique de Yanis se dégradait. A plusieurs reprises, il a fait état à ses proches d’un sentiment de persécution de plus en plus prononcé. En juin, sa famille, relayée par son avocat, Eric Plouvier, alerte la direction de la prison et demande un transfert d’établissement. Sans réponse. L’été se passe et l’état dépressif de Yanis se détériore. Il est hospitalisé une première fois le 28 octobre, au centre psychothérapique de l’Orne, à Alençon, puis le 6 novembre au centre hospitalier d’Argentan. Après chaque séjour, c’est le retour en cellule.

    Le dimanche 7 décembre, sa mère lui rend visite et s’aperçoit qu’il tient des propos suicidaires, entend des voix et refuse de s’alimenter depuis plusieurs jours. A la sortie, elle exige une intervention médicale en urgence. Le lendemain, Me Plouvier écrit au directeur de l’établissement un courrier, que Le Monde a pu consulter, dans lequel il demande « la mise en œuvre sans délai de toutes les mesures susceptibles de préserver son intégrité physique ». « Un examen urgent par un psychiatre ou un psychologue apparaît également indispensable », est-il ajouté.

    Le courrier reste sans réponse et, deux jours plus tard, Yanis se pend dans sa cellule. « Aujourd’hui, on préfère laisser les détenus atteints de troubles psychiques mourir en prison plutôt que de les soigner en hôpital », condamne Eric Plouvier, qui compte attaquer l’Etat en responsabilité.

    « Il faut une prise de conscience »

    Le constat, catastrophique, est partagé par tous les acteurs : la prison est devenue un « nouvel asile », selon une expression qui revient désormais régulièrement. Le rapport des députés Josiane Corneloup (Les Républicains, Saône-et-Loire) et Elise Leboucher (La France insoumise, Sarthe), remis à l’été 2025, est venu confirmer un diagnostic qui ne fait qu’empirer. Ampleur « alarmante » des troubles psychiques dans la population pénale, « explosion des besoins »

    Le document, de près de 300 pages, alerte sur les défaillances de cette prise en charge des troubles psychiques des personnes placées sous main de justice. « C’est une crise majeure, systémique, structurelle », assène la corapporteuse, Josiane Corneloup. Sans aucun écho, ou presque. « Il faut une prise de conscience », estime l’élue, qui n’a pas été reçue par le ministre de la justice, Gérald Darmanin. (...)

    https://justpaste.it/misun

    #folie #psychiatrie #prison #détenus #société_punitive

  • Agressions au couteau dans le métro parisien : le suspect avait obtenu la nationalité française en 2018
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/29/agressions-au-couteau-dans-le-metro-parisien-le-suspect-avait-obtenu-la-nati

    On a cherché à l’expulser et on s’est plaint de ne pas y être parvenu, sans se rendre compte qu’il était français. Et il aura fallu des années puis un grave passage à l’acte pour enfin l’admettre en psychiatrie.

    #société_punitive

  • Ces policiers et gendarmes qui démissionnent : « J’ai fini par me poser la question : est-ce que je suis vraiment du bon côté ? »

    Ils ont quitté des institutions auxquelles tous disent avoir cru. Leurs parcours racontent souvent les mêmes histoires, entre lourdeurs administratives, dysfonctionnements et culture du silence.

    En apprenant qu’il comptait rejoindre la police, la famille « plutôt très aisée, assez bobo parisienne » n’a pas tout à fait compris le choix de Florent Gensollen. Une maîtrise de droit en poche, en janvier 2010, le jeune homme décroche le concours d’officier avec l’ambition, « peut-être un peu romantique », dit-il, de « servir le public, protéger les institutions, être utile ». Dès sa scolarité, c’est la douche froide, entre « plaisanteries » plus ou moins appuyées sur les « gauchistes » et saillies racistes.
    Il se convainc d’être « tombé sur la promo de fous » et sort 51e sur 100 avant d’être affecté dans un service consacré au traitement des viols et des vols avec violence. Quoique bien noté, il se heurte assez rapidement à des pratiques qu’il « ne cautionne pas » avant d’être muté à la police judiciaire (PJ) de Seine-Saint-Denis. Au cours d’une enquête, il est témoin de violences en garde à vue, assure avoir « fait un scandale pendant que tout le monde regardait le plafond ». Il découvre, aussi, des « collègues en grande souffrance, déprimés par un management vertical assez brutal », les méfiances entre les différents corps, gardiens de la paix, officiers, commissaires.
    Ses convictions se fissurent peu à peu mais il tient bon, accroché à son souhait de « servir ». La répression des manifestations contre la « loi travail », en 2016, achève de le dessiller : « On en discutait beaucoup entre nous et j’ai fini par me poser la question : est-ce que je suis vraiment du bon côté ? » En juillet 2017, il annonce à son supérieur qu’il souhaite démissionner. Réponse du commissaire, après quelques secondes de réflexion : « Faites-moi votre rapport, que je puisse demander un remplaçant au plus vite. »
    « Faire taire »
    A huit années de distance, en se montrant « fier de ce qu[’il a] pu faire, comme traiter des viols et aider des victimes », Florent Gensollen s’interroge sur le fonctionnement d’un « corps finalement assez coupé de la population, qui vit dans l’entre-soi et où l’on finit par voir le monde en noir et blanc ». « Quand on est policier, explique-t-il, on change d’état d’esprit. Je quittais le service et je classais les gens croisés dans la rue en deux catégories : les victimes et les délinquants. A la fin, on ne se reconnaît plus. » Après un passage par les Beaux-Arts d’Angoulême, le jeune homme est devenu éducateur et illustrateur, et espère vivre un jour de sa passion pour la bande dessinée.
    Dans la police, dénoncer les dysfonctionnements paie rarement. Question de codes, de pratiques, de culture. Et les lanceurs d’alerte sont généralement considérés comme des aigris, des éléments perturbateurs animés de la seule volonté de nuire. « Quand on dénonce un problème dans la police, on devient le problème », résume Jean-François (qui n’a pas souhaité donner son nom). En 2019, lorsqu’il s’étonne que certains délégués syndicaux et chefs de groupe de son service perçoivent une prime à laquelle ils ne peuvent prétendre, sa hiérarchie n’accepte pas qu’il dénonce en interne « ce dysfonctionnement ». Une enquête administrative est aussitôt diligentée contre lui, « une procédure-bâillon » destinée à le « faire taire », assure-t-il.
    C’est le début d’une longue suite d’avertissements, de rappels à la règle, d’« exclusion de réunions de groupe », jusqu’à l’isolement total. En mars 2021, il est sanctionné pour avoir « contesté de manière inappropriée » l’attribution de la prime qu’il estime indue. Suivent quatre années entrecoupées d’arrêts de travail et d’enquêtes administratives menées, selon lui, exclusivement « à charge », et un « harcèlement moral » encore aggravé lorsqu’il s’inquiète de l’ordre que ses collègues et lui ont reçu : partager des données sensibles par la messagerie chiffrée Signal.
    Les rapports favorables de certains collègues n’y feront rien. En avril 2025, après des postes à la PJ et dans le contre-terrorisme, il est affecté au service des plaintes en ligne. Un mois plus tard, il signe une rupture conventionnelle après des « crises d’angoisse » et un « burn-out » qui l’ont décidé à quitter la police pour s’inscrire, au mois de septembre, à un CAP de menuiserie. Non sans amertume, après avoir multiplié les démarches devant la justice avec son avocat, Arié Alimi, pour faire reconnaître ses droits. « Lutter contre l’injustice dans l’administration a un coût et l’épuisement cherché pour nous faire plier passe aussi par un épuisement financier, dit-il. La technique est bien rodée. » Si la Maison des lanceurs d’alerte lui a accordé le statut de lanceur d’alerte, son dossier est toujours à l’étude par la Défenseure des droits depuis le mois de juin.
    « Brebis galeuses »
    Alfred (son prénom a été changé) a également fait les frais des réticences de l’institution à admettre la défaillance de certains de ses agents, en particulier lorsqu’ils sont cadres. En 2015, alors en deuxième année de licence d’histoire, il plaque ses études après l’attentat de Charlie Hebdo pour rejoindre la police et se sentir « utile ». Deux ans plus tard, dès sa sortie d’école de gardiens de la paix, il est affecté dans un service d’enquête d’un commissariat de la banlieue nord de Paris, où il travaille avec « des gens extraordinaires, à tous les niveaux de la hiérarchie ».

    Mais à son arrivée dans une prestigieuse brigade de la PJ parisienne en 2023, il déchante. Pendant des mois, il documente des faits de harcèlement, des « blagues » à caractère sexuel jusqu’aux insultes. Avisée, la hiérarchie n’y voit que les marques d’un humour potache. « Il était capitaine, dit-il en évoquant son tourmenteur, ce n’était pas lui qu’on allait virer, mais moi. » Pressenti pour passer l’examen d’officier de police judiciaire, on lui propose à la place d’être affecté à l’ouverture du garage du siège de la PJ parisienne. Après de longs mois de procédure, lorsqu’il retrouve un poste, c’est dans un placard.
    De guerre lasse, il jette l’éponge en février 2025 et suit une procédure de reconversion professionnelle pour devenir journaliste et mettre à profit ce qu’il a appris dans la police, « le traitement de sources et une méthodologie d’enquête ». Comme beaucoup de démissionnaires, il ne regrette pas ses années dans l’institution, « où on trouve aussi des gens incroyables et utiles à la société ». Mais s’interroge : « Une institution où l’on couvre presque toujours les brebis galeuses peut-elle fonctionner longtemps comme ça ? »
    Rencontrés dans une brasserie parisienne, Elvis et Franck (leurs prénoms ont été modifiés à leur demande) s’apprêtent à quitter la gendarmerie dans quelques mois en dépit d’un parcours professionnel jalonné de postes exigeants et valorisés. Les deux quadragénaires évoquent pourtant une « lassitude » face à la « rigidité en matière de gestion des ressources humaines, où il suffit d’être spécialisé dans un domaine pour être affecté dans un autre, au risque de fragiliser les relations de confiance établies avec les partenaires, magistrats en premier lieu ».
    Démotivation
    Chacun évoque le passage obligatoire à la « DG » , la direction générale de la gendarmerie nationale, comme « le tournant de la désillusion ». « On se trouve jusque-là en situation de responsabilité, à commander des professionnels conformément à ce qu’on nous a enseigné et, d’un coup, on devient la dernière roue du carrosse parmi des centaines d’officiers, dans un endroit où tout doit être validé et survalidé », avance Elvis. Au sein des personnels affectés à la « DG » , on plaisante volontiers sur les « CAC », les « commandes à la con » passées par les étages supérieurs de la hiérarchie.

    Selon ces deux officiers, « fiers d’avoir servi leur pays » et prêts à s’engager dans la réserve, « il ne faut pas regarder le volume des départs, mais le type de profils qui prennent la porte », des sous-officiers experts dans des techniques de pointe ou « des officiers qualifiés, parfois à des grades assez élevés ». Et de citer un colonel, ancien commandant de l’antenne du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) de Guyane, diplômé de l’école de guerre et conseiller du directeur général de la gendarmerie, qui a pris, en août 2023, la direction de la sûreté d’une multinationale de l’événementiel, ou l’ancienne porte-parole de la gendarmerie, qui a gravi un à un les échelons hiérarchiques jusqu’au grade de colonelle et remplit désormais les fonctions de secrétaire générale du Crédit agricole Centre France, qui totalise 2 500 salariés.
    Ces départs ne sont parfois que des « mises en disponibilité » autorisées à raison de périodes de deux ans renouvelables quatre fois – soit dix ans au total – avant un retour dans l’institution. Mais « opter pour ce dispositif à ce niveau de grade, insistent les deux officiers, constitue une nouveauté ».
    De longue date, le secteur privé n’hésite pas à débaucher d’anciens policiers, militaires ou gendarmes, réputés pour leur fiabilité et leur aptitude au commandement. Mais, selon Elvis et Franck, les départs enregistrés ces dernières années témoignent surtout d’une certaine forme de démotivation éprouvée face aux « lourdeurs administratives », aux coteries susceptibles de décider de l’orientation d’une carrière. Toutes les personnes interrogées soulignent pourtant les difficultés à tourner la page. « Servir l’Etat et l’Etat de droit manque parfois, représenter et incarner les valeurs républicaines manque souvent, résume Jean-François, le policier devenu menuisier. On ne quitte pas en quelques mois un uniforme porté pendant vingt ans. »

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/25/ces-policiers-et-gendarmes-qui-demissionnent-j-ai-fini-par-me-poser-la-quest
    #résistance #démission #abandon #travail #métier #culture_du_silence #dysfonctionnement

    –-

    ajouté à la métaliste, mais pour l’instant tout à fait incomplète, de #témoignages de #forces_de_l'ordre, #CRS, #gardes-frontière, qui témoignent de leur métier. Pour dénoncer ce qu’ils/elles font et leurs collègues font, ou pas :
    https://seenthis.net/messages/723573

  • « On doit connaître pas mal de choses que les Français ignorent » : en région parisienne, l’exigence des tests passés par les étrangers pour obtenir leurs papiers
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/25/en-region-parisienne-une-promo-a-l-epreuve-des-tests-exiges-des-etrangers-po

    « On doit connaître pas mal de choses que les Français ignorent » : en région parisienne, l’exigence des tests passés par les étrangers pour obtenir leurs papiers
    Par Julia Pascual
    Tetiana (toutes les personnes citées par leur prénom ont requis l’anonymat) croit faire de la tachycardie. Sa fille Rita a vu que le stress la gagnait. Et elle sait que quand sa mère est nerveuse, « elle bugue dans sa tête », cherche ses mots en français. Elle s’est demandé si elle allait se perdre dans les questions. Elle l’a accompagnée jusqu’à la salle d’examen. Quarante-cinq minutes plus tard, l’Ukrainienne de 53 ans en est ressortie soulagée. Elle venait de passer l’examen civique, un nouveau test exigé à compter du 1er janvier 2026 auprès des étrangers demandant une carte de séjour pluriannuelle, une carte de résident de dix ans ou la naturalisation. Ainsi, à l’exception de certaines catégories comme les réfugiés, ce sont potentiellement plus de 100 000 étrangers qui devront réussir l’examen chaque année.
    L’épreuve se présente sous la forme d’un questionnaire à choix multiples décliné en 28 questions de connaissance et 12 mises en situation, différentes selon la catégorie de la demande. Il a été instauré par un arrêté du 10 octobre, signé par Bruno Retailleau, quelques jours avant son départ du ministère de l’intérieur où il aura passé un an à marteler son souhait de réduire l’immigration.
    Tetiana aura les résultats de l’examen dans quarante-huit heures. L’Ukrainienne, qui a fui la guerre en 2022 et rejoint sa fille en France, doit faire sa demande de carte pluriannuelle en mars, avant que n’expire son actuel titre de séjour salarié d’un an. Elle n’a pas encore de rendez-vous en préfecture mais elle a préféré prendre les devants, au cas où elle échouerait au test (80 % de bonnes réponses sont requises) et devrait le repasser. L’examen n’étant pas encore proposé à Nancy, où elle habite, Tetiana s’est rendue au centre de formation linguistique Asplef, dans le nord de Paris, où nous la rencontrons, le 22 décembre.
    Au cours de l’examen, qui lui a coûté 69 euros, cette Ukrainienne a hésité dans ses réponses, notamment lors des mises en situation, par exemple celle décrivant deux professeurs parlant religion pendant une pause. « Il était demandé si cela était interdit au nom de la laïcité ou autorisé car les deux hommes sont en pause », se souvient vaguement Tetiana. Elle a aussi eu du mal à répondre à la question portant sur la scolarisation d’un enfant ne parlant pas français. « Je sais qu’il existe des UPE2A [unité pédagogique pour élèves allophones arrivants] mais le terme ne figurait pas dans les réponses. Du coup, je ne savais pas quoi cocher. »
    En revanche, Tetiana a su dire que la fessée est interdite, et en aucun cas autorisée, quand bien même elle serait infligée dans l’espace privé ou par un des deux parents, tel que cela était proposé dans les réponses. « Je l’ai appris pendant ma formation d’auxiliaire de vie », justifie cette femme. Rita écoute sa mère égrainer ses connaissances imparfaites et s’étonne : « Elle sait des choses que j’ignore alors que j’ai été naturalisée l’an dernier », constate l’Ukrainienne de 29 ans, autrice d’une thèse en chimie.
    « On doit connaître pas mal de choses que les Français ignorent », faisait déjà remarquer, plus tôt dans la journée, Nawel, une ingénieure tunisienne en informatique. C’est au cours de l’examen civique qu’elle a, par exemple découvert l’existence de Marguerite Yourcenar (1903-1987). A la question : « Quel jour célèbre-t-on officiellement la laïcité en France ? », elle a cette fois procédé par élimination. « Je savais que ce n’était pas le 14 juillet, ni le 1er mai. Il y avait aussi une proposition de date en août et ça m’a paru bizarre de célébrer la laïcité pendant les vacances. Alors, j’ai choisi le 9 décembre », explique cette femme de 31 ans. Du reste, la Tunisienne a trouvé les mises en situation assez « évidentes », comme celle portant sur le fait de savoir si un maire pouvait refuser de publier les bans de mariages des couples homosexuels.
    Déploiement à marche forcée
    Mohamed, un Egyptien de 28 ans, s’est préparé en parcourant le vivier de 260 questions qui ont été mises en ligne courant décembre sur le site du ministère de l’intérieur (sans les choix de réponses associés ni les mises en situation) : « Que porte Marianne sur la tête ? » « Peut-on répudier sa femme ? » « Où est le siège de la Banque centrale européenne ? » « Une femme peut-elle créer son entreprise ? »… Yazid, un médecin hospitalier marocain, ignorait complètement que les questions étaient disponibles et, l’apprenant quelques minutes avant d’entrer dans la salle d’examen d’Asplef, il entreprend de les passer en revue sur son téléphone. « Il y a 577 députés en France », répète-t-il à voix haute, comme pour s’en souvenir. Avant d’interroger les huit autres candidats qui patientent à côté de lui : « Quel Etat n’est plus membre de l’Union européenne ? »
    Pour réviser, Mohamed, qui travaille comme peintre en bâtiment, a eu recours à un site Internet payant. Ravikumar, un Sri-Lankais de 37 ans, a aussi parcouru des vidéos pédagogiques sur TikTok. Malgré cela, il n’a pas su répondre à une question portant sur un musée situé à Paris. Ce réparateur de téléphone arrivé en France il y a dix ans ne connaît que le Louvre. Il est inquiet : « Qu’est ce qui se passe dans ma vie si je ne réussis pas le test ? » Pour mieux préparer les candidats, certains centres d’examen envisagent d’élargir leur offre. « Beaucoup de candidats nous le demandent », constate Sophie Lacourt-Martinet, responsable de la formation à Asplef. « On a demandé si on pouvait proposer de la formation, abonde Sylvie Canevet-Abderrahim, fondatrice de l’entreprise Kangourou, dont huit centres dans le sud de la France et à Paris feront passer l’examen à partir de janvier 2026. Mais on nous a répondu que le ministère souhaite que la préparation s’effectue par le biais de la formation civique gratuite », soit quelques fiches pédagogiques en ligne. Parisa Forootan, directrice adjointe d’ABC Formation, dans le Val-d’Oise, a pour sa part déjà sauté le pas. Moyennant 170 euros, les candidats seront conviés à trois séances de préparation de deux heures.
    Le déploiement de l’examen se fait à marche forcée, le ministère de l’intérieur n’ayant agréé que fin novembre les deux opérateurs publics chargés de sa diffusion : la chambre de commerce et d’industrie Paris Ile-de-France et France éducation international. Fin décembre, le premier dénombrait déjà 125 centres opérationnels et pas loin de 600 candidats inscrits. Certains ont cependant eu du mal à trouver des créneaux, à l’image de Mohamed qui a dû prendre un bus de nuit des Deux-Sèvres pour passer le test à Paris. En dépit du stress éprouvé, les quelques candidats interrogés disent comprendre cette nouvelle exigence, qui s’ajoute à un rehaussement du niveau de français requis. Pour Rita, il s’agit de signifier aux étrangers que « si tu ne passes pas le test, peut-être que ta place n’est pas ici et qu’il faut que tu fasses gaffe ». « C’est la base », estime pour sa part Nourredine, un Algérien de 27 ans. Cet ingénieur en intelligence artificielle est a priori exempté, au titre de l’accord bilatéral de 1962 entre Paris et Alger, mais il a préféré passer l’examen « au cas où je tomberais sur un agent en préfecture qui ne comprend pas ». D’ailleurs, à y réfléchir, il ajoute : « Avant de faire cet examen, il faudrait peut-être accélérer le traitement des dossiers en préfecture. »

    #Covid-19#migrant#migration#france#immigration#prefecture#politiquemigratoire

  • « On doit connaître pas mal de choses que les Français ignorent » : en région parisienne, l’exigence des tests passés par les étrangers pour obtenir leurs papiers
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/25/en-region-parisienne-une-promo-a-l-epreuve-des-tests-exiges-des-etrangers-po


    Un employé de l’Imprimerie nationale française tient une plaque de cartes d’identité [pour étranger légal] imprimées, à Flers-en-Escrebieux (Nord), le 5 juillet 2019. DENIS CHARLET / AFP

    L’examen civique, exigé à partir du 1ᵉʳ janvier 2026 pour l’obtention des cartes de séjours longue durée et de la nationalité, commence à se mettre en place dans des centres agréés.
    Par Julia Pascual

    Tetiana (toutes les personnes citées par leur prénom ont requis l’anonymat) croit faire de la tachycardie. Sa fille Rita a vu que le stress la gagnait. Et elle sait que quand sa mère est nerveuse, « elle bugue dans sa tête », cherche ses mots en français. Elle s’est demandé si elle allait se perdre dans les questions. Elle l’a accompagnée jusqu’à la salle d’examen.

    Quarante-cinq minutes plus tard, l’Ukrainienne de 53 ans en est ressortie soulagée. Elle venait de passer l’#examen_civique, un nouveau test exigé à compter du 1er janvier 2026 auprès des étrangers demandant une #carte_de_séjour pluriannuelle, une #carte_de_résident de dix ans ou la #naturalisation. Ainsi, à l’exception de certaines catégories comme les réfugiés, ce sont potentiellement plus de 100 000 #étrangers qui devront réussir l’examen chaque année.

    https://justpaste.it/fp68w

  • Ces policiers et gendarmes qui démissionnent : « J’ai fini par me poser la question : est-ce que je suis vraiment du bon côté ? »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/25/ces-policiers-et-gendarmes-qui-demissionnent-j-ai-fini-par-me-poser-la-quest

    Gardiens de la paix, enquêteurs, officiers de gendarmerie… ils ont quitté des institutions auxquelles tous disent avoir cru. Leurs parcours racontent souvent les mêmes histoires, entre lourdeurs administratives, dysfonctionnements et culture du silence.

    • des reconversions dans le privé, des plaintes sur la bureaucratie, le formalisme, auquel s’opposerait l’idéal bidon d’une police efficace et démocratique, mais pas seulement

      Ces policiers et gendarmes qui démissionnent : « J’ai fini par me poser la question : est-ce que je suis vraiment du bon côté ? »

      Gardiens de la paix, enquêteurs, officiers de gendarmerie… ils ont quitté des institutions auxquelles tous disent avoir cru. Leurs parcours racontent souvent les mêmes histoires, entre lourdeurs administratives, dysfonctionnements et culture du silence.
      Par [l’auxiliaire de police de service] Antoine Albertini

      En apprenant qu’il comptait rejoindre la police, la famille « plutôt très aisée, assez bobo parisienne » n’a pas tout à fait compris le choix de Florent Gensollen. Une maîtrise de droit en poche, en janvier 2010, le jeune homme décroche le concours d’officier avec l’ambition, « peut-être un peu romantique », dit-il, de « servir le public, protéger les institutions, être utile ». Dès sa scolarité, c’est la douche froide, entre « plaisanteries » plus ou moins appuyées sur les « gauchistes » et saillies racistes.

      Il se convainc [benêt,] d’être « tombé sur la promo de fous » et sort 51e sur 100 avant d’être affecté dans un service dédié au traitement des viols et des vols avec violence. Quoique bien noté, il se heurte assez rapidement à des pratiques qu’il « ne cautionne pas » avant d’être muté à la police judiciaire (PJ) de Seine-Saint-Denis [ouile ouile houile]. Au cours d’une enquête, il est témoin de violences en garde à vue, assure avoir « fait un scandale pendant que tout le monde regardait le plafond ». Il découvre, aussi, des « collègues en grande souffrance, déprimés par un management vertical assez brutal », les méfiances entre les différents corps, gardiens de la paix, officiers, commissaires.

      Ses convictions se fissurent peu à peu mais il tient bon, accroché à son souhait de « servir » [quoicétidonqu’estceetcoment]. La répression des manifestations contre la « loi travail », en 2016, achève de le dessiller : « On en discutait beaucoup entre nous et j’ai fini par me poser la question : est-ce que je suis vraiment du bon côté ? » En juillet 2017, il annonce à son supérieur qu’il souhaite démissionner. Réponse du commissaire, après quelques secondes de réflexion : « Faites-moi votre rapport, que je puisse demander un remplaçant au plus vite. »

      « Faire taire »

      A huit années de distance, en se montrant « fier de ce qu[’il a] pu faire, comme traiter des viols et aider des victimes », Florent Gensollen s’interroge sur le fonctionnement d’un « corps finalement [ah...ok, ndc] assez coupé de la population, qui vit dans l’entre-soi et où l’on finit par voir le monde en noir et blanc ». « Quand on est policier, explique-t-il, on change d’état d’esprit. Je quittais le service et je classais les gens croisés dans la rue en deux catégories : les victimes et les délinquants. A la fin, on ne se reconnaît plus. » Après un passage par les Beaux-Arts d’Angoulême, le jeune homme est devenu éducateur et illustrateur, et espère vivre un jour de sa passion pour la bande dessinée.

      Dans la #police, dénoncer les dysfonctionnements paie rarement. Question de codes, de pratiques, de culture. Et les lanceurs d’alerte sont généralement considérés comme des aigris, des éléments perturbateurs animés de la seule volonté de nuire. « Quand on dénonce un problème dans la police, on devient le problème », résume Jean-François (qui n’a pas souhaité donner son nom). En 2019, lorsqu’il s’étonne que certains délégués syndicaux et chefs de groupe de son service perçoivent une prime à laquelle ils ne peuvent prétendre, sa hiérarchie n’accepte pas qu’il dénonce en interne « ce dysfonctionnement » Une enquête administrative est aussitôt diligentée contre lui, « une procédure-bâillon » destinée à le « faire taire », assure-t-il.

      C’est le début d’une longue suite d’avertissements, de rappels à la règle, d’« exclusion de réunions de groupe », jusqu’à l’isolement total. En mars 2021, il est sanctionné pour avoir « contesté de manière inappropriée » l’attribution de la prime qu’il estime indue. Suivent quatre années entrecoupées d’arrêts de travail et d’enquêtes administratives menées, selon lui, exclusivement « à charge », et un « harcèlement moral » encore aggravé lorsqu’il s’inquiète de l’ordre que ses collègues et lui ont reçu : partager des données sensibles par la messagerie chiffrée Signal.

      Les rapports favorables de certains collègues n’y feront rien. En avril 2025, après des postes à la PJ et dans le contre-terrorisme, il est affecté au service des plaintes en ligne. Un mois plus tard, il signe une rupture conventionnelle après des « crises d’angoisse » et un « burn-out » qui l’ont décidé à quitter la police pour s’inscrire, au mois de septembre, à un CAP de menuiserie. Non sans amertume, après avoir multiplié les démarches devant la justice avec son avocat, Arié Alimi, pour faire reconnaître ses droits. « Lutter contre l’injustice dans l’administration a un coût et l’épuisement cherché pour nous faire plier passe aussi par un épuisement financier, dit-il. La technique est bien rodée. » Si la Maison des lanceurs d’alerte lui a accordé le statut de lanceur d’alerte, son dossier est toujours à l’étude par la Défenseure des droits depuis le mois de juin.

      « Brebis galeuses »

      Alfred (son prénom a été changé) a également fait les frais des réticences de l’institution à admettre la défaillance de certains de ses agents, en particulier lorsqu’ils sont cadres. En 2015, alors en deuxième année de licence d’histoire, il plaque ses études après l’attentat de Charlie Hebdo pour rejoindre la police et se sentir « utile ». Deux ans plus tard, dès sa sortie d’école de gardiens de la paix, il est affecté dans un service d’enquête d’un commissariat de la banlieue nord de Paris, où il travaille avec « des gens extraordinaires, à tous les niveaux de la hiérarchie ».

      Mais à son arrivée dans une prestigieuse brigade de la PJ parisienne en 2023, il déchante. Pendant des mois, il va documenter des faits de harcèlement, des « blagues » à caractère sexuel jusqu’aux insultes. Avisée, la hiérarchie n’y voit que les marques d’un humour potache. « Il était capitaine, dit-il en évoquant son tourmenteur, ce n’était pas lui qu’on allait virer, mais moi. » Pressenti pour passer l’examen d’officier de police judiciaire, on lui propose à la place d’être affecté à l’ouverture du garage du siège de la PJ parisienne. Après de longs mois de procédure, lorsqu’il retrouve un poste, c’est dans un placard.

      De guerre lasse, il jette l’éponge en février 2025 et suit une procédure de reconversion professionnelle pour devenir #journaliste et mettre à profit ce qu’il a appris dans la police, « le traitement de sources et une méthodologie d’enquête ». Comme beaucoup de démissionnaires, il ne regrette pas ses années dans l’institution, « où on trouve aussi des gens incroyables et utiles à la société ». Mais s’interroge : « Une institution où l’on couvre presque toujours les brebis galeuses peut-elle fonctionner longtemps comme ça ? »

      Rencontrés dans une brasserie parisienne, Elvis et Franck (leurs prénoms ont été modifiés à leur demande) s’apprêtent à quitter la gendarmerie dans quelques mois en dépit d’un parcours professionnel jalonné de postes exigeants et valorisés. Les deux quadragénaires évoquent pourtant une « lassitude » face à la « rigidité en matière de gestion des ressources humaines, où il suffit d’être spécialisé dans un domaine pour être affecté dans un autre, au risque de fragiliser les relations de confiance établies avec les partenaires, magistrats en premier lieu ».

      Démotivation

      Chacun évoque le passage obligatoire à la « DG » , la direction générale de la #gendarmerie nationale, comme « le tournant de la désillusion ». « On se trouve jusque-là en situation de responsabilité, à commander des professionnels conformément à ce qu’on nous a enseigné et, d’un coup, on devient la dernière roue du carrosse parmi des centaines d’officiers, dans un endroit où tout doit être validé et survalidé », avance Elvis. Au sein des personnels affectés à la « DG » , on plaisante volontiers sur les « CAC », les « commandes à la con » passées par les étages supérieurs de la hiérarchie.

      Selon ces deux officiers, « fiers d’avoir servi leur pays » et prêts à s’engager dans la réserve, « il ne faut pas regarder le volume des départs, mais le type de profils qui prennent la porte », des sous-officiers experts dans des techniques de pointe ou « des officiers qualifiés, parfois à des grades assez élevés ». Et de citer un colonel, ancien commandant de l’antenne du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) de Guyane, diplômé de l’école de guerre et conseiller du directeur général de la gendarmerie, qui a pris, en août 2023, la direction de la sûreté d’une multinationale de l’événementiel, ou l’ancienne porte-parole de la gendarmerie, qui a gravi un à un les échelons hiérarchiques jusqu’au grade de colonelle et remplit désormais les fonctions de secrétaire générale du Crédit agricole Centre France, qui totalise 2 500 salariés.

      Ces départs ne sont parfois que des « mises en disponibilité » autorisées à raison de périodes de deux ans renouvelables quatre fois – soit dix ans au total – avant un retour dans l’institution. Mais « opter pour ce dispositif à ce niveau de grade, insistent les deux officiers, constitue une nouveauté ».

      De longue date, le secteur privé n’hésite pas à débaucher d’anciens policiers, militaires ou gendarmes, réputés pour leur fiabilité et leur aptitude au commandement. Mais, selon Elvis et Franck, les départs enregistrés ces dernières années témoignent surtout d’une certaine forme de démotivation éprouvée face aux « lourdeurs administratives », aux coteries susceptibles de décider de l’orientation d’une carrière. Toutes les personnes interrogées soulignent pourtant les difficultés à tourner la page. « Servir l’Etat et l’Etat de droit manque parfois, représenter et incarner les valeurs républicaines manque souvent, résume Jean-François, le policier devenu menuisier. On ne quitte pas en quelques mois un uniforme porté pendant vingt ans. »

      une autre voie de sortie laisse moins de séquelles : le suicide.

  • #Mort_au_travail #Le_travail_tue

    Explosion dans une usine près de Lyon : l’un des quatre blessés est mort
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/23/explosion-dans-une-usine-pres-de-lyon-le-pronostic-vital-de-l-un-des-quatre-

    Une des quatre personnes blessées lundi dans l’explosion dans l’usine chimique Elkem Silicones à Saint-Fons, près de Lyon, est morte, mardi 23 décembre. La victime, un homme âge de 47 ans dont le pronostic vital était engagé, « est décédée des suites de ses brûlures », a rapporté la préfecture à l’Agence France-Presse (AFP), confirmant une information de RTL.

    Les blessés et la personne qui est morte travaillaient dans l’atelier pilote du site, classé Seveso seuil haut, au moment de l’explosion, avait précisé à l’AFP, plus tôt dans la journée, Guillaume Artois, chargé de la communication. « Le pronostic vital est engagé pour une personne », avait-il également affirmé, sans plus de précisions.

    Le parquet de Lyon a rapporté avoir ouvert une enquête pour « blessures involontaires par personne morale suivies d’incapacité supérieure à trois mois ». La division de la criminalité organisée spécialisée (DCOS, ex-PJ), et la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) ont été saisies pour déterminer les causes et circonstances de l’explosion, selon le parquet. La déflagration a pu être causée par l’émanation d’hydrogène « dans un atelier expérimental », avait déclaré, lundi, Jean-Pierre Lerat, le directeur du l’usine.

  • Réclamé par la Hongrie, le militant antifasciste « Gino » arrêté à Paris sur mandat allemand
    https://www.leparisien.fr/faits-divers/reclame-par-la-hongrie-le-militant-antifasciste-gino-arrete-a-paris-sur-m

    Mais il avait finalement obtenu en avril la levée de tout contrôle judiciaire, la France refusant de le remettre à Budapest en invoquant « des risques » d’un « traitement inhumain » en prison et l’incertitude de lui garantir un procès équitable dans ce pays de l’Union européenne.

    Gino fait désormais l’objet d’un nouveau mandat d’arrêt européen, délivré par l’Allemagne, pour les mêmes faits de Budapest, a expliqué son avocat. Placé en rétention à la Sdat, il doit être présenté mercredi à un juge de la cour d’appel de Paris, qui décidera de le laisser libre ou non jusqu’à l’audience sur son éventuelle extradition en Allemagne, le 24 décembre, a-t-il ajouté.

    D’autres militants avaient été arrêtés en février 2023. Contrairement à l’Italie, qui a refusé de remettre l’un de ses ressortissants à la Hongrie, l’Allemagne, elle, a remis l’un des activistes, de nationalité allemande, à Budapest à l’été 2024.

  • Immigration : un an après la circulaire Retailleau, les régularisations en chute libre
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/22/immigration-un-an-apres-la-circulaire-retailleau-les-regularisations-en-chut

    Immigration : un an après la circulaire Retailleau, les régularisations en chute libre
    Par Julia Pascual
    Sékou (toutes les personnes citées par un prénom ont requis l’anonymat) pensait cocher toutes les cases. Cela fait sept ans que cet Ivoirien de 43 ans est en France, en CDI à temps plein dans le nettoyage, présente une bonne maîtrise du français et a un patron décidé à le soutenir dans ses démarches administratives. Quand il a déposé sa demande de régularisation à la Préfecture de police de Paris, il avait bon espoir d’obtenir un titre de séjour. Las, en août, il a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
    Un an s’est écoulé depuis que Bruno Retailleau, ministre de l’intérieur entre septembre 2024 et octobre 2025, a impulsé un durcissement de la politique de régularisation, notamment à travers une circulaire de janvier. Ce texte, sorte de vade-mecum à l’attention des préfets, conditionne l’admission exceptionnelle au séjour à sept ans de présence sur le territoire, la certification d’une maîtrise du français, l’absence de tout élément tendant à constituer une menace à l’ordre public, ou encore l’absence d’une OQTF préalable. Il abroge la circulaire de 2012, dite Valls, et les critères de régularisation, plus ouverts et précis, qui prévalaient jusque-là. La régularisation « doit demeurer une voie exceptionnelle », rappelait le patron du parti Les Républicains dans sa circulaire. Le message a été parfaitement reçu par le corps préfectoral.
    D’après des éléments communiqués au Monde par le ministère de l’intérieur, le volume des régularisations est en chute de 42 % sur les neuf premiers mois de l’année, avec 11 012 titres délivrés contre 19 001 sur la même période de 2024. Cette baisse concerne presque toutes les catégories : les régularisations au titre du travail qui, avec 2 653 délivrances, baissent de 54 %, tout comme les régularisations en raison de la vie privée et familiale, qui chutent de 58 %, à moins de 4 000. « Seule la régularisation des anciens mineurs non accompagnés [devenus majeurs et en formation professionnalisante] connaît une tendance haussière (+ 12 %) passant de 3 081 à 3 454 titres délivrés », précise le ministère de l’intérieur.
    Quant à la voie spécifique de la régularisation dans certains « métiers en tension », ouverte par la loi « immigration » de 2024, celle-ci est embryonnaire. Poussé par Gérald Darmanin, lorsqu’il était Place Beauvau, ce titre de séjour à destination des travailleurs sans papiers dans des secteurs spécifiques n’avait pas été officiellement désavoué par son successeur. Bruno Retailleau avait néanmoins pesé de tout son poids pour limiter l’ampleur de la révision de la liste desdits métiers en tension.
    Finalement publiée par arrêté en mai, déclinée par régions, elle est jugée peu en phase avec la réalité de l’économie. A titre d’exemple, le secteur du nettoyage, notoirement connu pour recourir à une main-d’œuvre irrégulière, ne figure pas dans la liste pour l’Ile-de-France. Résultat : à peine 702 titres de séjour « métiers en tension » ont été octroyés sur les dix premiers mois de l’année (sachant que le dispositif doit s’éteindre au 31 décembre 2026).
    Même quand les étrangers semblent correspondre aux critères en vigueur, comme Sékou, ils s’exposent à un refus, la régularisation demeurant un pouvoir discrétionnaire à la main des préfets. « La circulaire Retailleau a eu peu d’effets en droit mais elle a eu un effet d’ambiance en envoyant un signal de fermeture très clair aux préfets comme aux demandeurs qui ont été dissuadés de déposer une demande », résume un préfet sous le couvert de l’anonymat. « C’est la roulette russe », dénonce Catherine Alif, du collectif nettoyage de la CGT parisienne, qui a accompagné l’Ivoirien dans ses démarches.
    Dans le département des Hauts-de-Seine, l’actuel préfet et ancien directeur de cabinet de Gérald Darmanin, Alexandre Brugère, s’est, par exemple, enorgueilli d’une baisse de 62 % des régularisations, passées de 395 en 2024 à 149 au 1er novembre. Le haut fonctionnaire a expliqué aux élus du département qu’outre la mise en œuvre de la circulaire Retailleau, il assumait une analyse la plus stricte possible des dossiers par ses services. Il n’est pas le seul.
    « Il y a un pourrissement de la situation des travailleurs étrangers, appuie Cécile Boulai, membre du collectif migrants de la CGT de Paris. Les critères de la circulaire Retailleau sont trop flous, on ne peut même pas conseiller aux gens de déposer une demande de titre de séjour, ils prennent trop de risque. » « Il vaut mieux rester dans la clandestinité que prendre une OQTF, corrobore l’avocate en droit des étrangers Elsa Ghanassia, à Grenoble. Je ne fais même pas venir les gens à mon cabinet. » Selon la circulaire Retailleau, tout refus de titre de séjour doit automatiquement être assorti d’une OQTF. Et, depuis la loi « immigration » de 2024, une OQTF a désormais une durée de validité de trois ans, contre un an auparavant.
    Diadie n’a pas reçu d’OQTF. Mais sa demande de régularisation a été rejetée en octobre et la Préfecture de police de Paris a signalé son cas comme relevant d’une « fraude » auprès de la justice. Ce Mauritanien de 37 ans, arrivé en France en 2017, se voit reprocher d’avoir fourni à l’appui de sa demande une promesse d’embauche d’une entreprise « connue pour la fourniture de documents de complaisance visant à régulariser ». « Je ne comprends pas, réagit cet homme dont la femme et les trois fils sont restés au pays. Je n’ai jamais volé. Je ne fais que travailler et après je rentre chez moi. En plus, j’ai changé d’employeur. Depuis juillet 2024, je suis en CDI dans une société de nettoyage de bureaux. Mon patron n’arrête pas de me demander mon récépissé. Si je lui dis que ma demande a été rejetée, il va me licencier. » Dans l’Essonne, Bertrand, originaire du Congo-Brazaville a, lui, vu sa demande, déposée en mars 2022, tout simplement clôturée du jour au lendemain, début 2025. En l’instruisant, la préfecture lui a demandé d’actualiser son attestation d’hébergement. Mais le mail était tombé dans ses spams. Bertrand ne l’a pas vu à temps. Sa demande a donc été rejetée. En France depuis dix ans, il vit avec sa femme, détentrice d’une carte de résident et infirmière à l’hôpital, dans un deux-pièces avec trois enfants. « Je suis bloqué, soupire-t-il. Je ne peux pas être déclaré, travailler normalement, passer mon permis, déménager. »
    Le durcissement à l’œuvre s’ajoute à une situation déjà ancienne dans laquelle les services des étrangers des préfectures sont sous-dotés, les prises de rendez-vous compliquées voire impossibles, les délais d’instruction longs parfois de plusieurs années. En Seine-Saint-Denis, département où le taux de population étrangère est le plus élevé, près de 20 000 demandes de premiers titres de séjour sont en attente d’examen. « La préfecture pense terminer cette année le traitement des dossiers déposés en 2022 », souligne Jean-Albert Guidou, de la CGT.
    Au-delà de la régularisation, c’est pour l’ensemble des étrangers que la situation demeure précaire. Dans un département comme les Hauts-de-Seine, ce sont ainsi environ 30 000 demandes de titres, toutes catégories confondues, qui sont en attente d’instruction. « Il y a des gens qui n’arrivent pas à renouveler leur titre de séjour de dix ans, rappelle Koundenecoun Diallo, de la Coordination 75 des sans-papiers. Les patrons ne les font plus travailler et ils deviennent sans papiers. »

    #Covid-19migrant#migration#france#regularisation#politiquemigratoire#sante#economie#droit#titredesejour

  • Après le vol de pépites d’or au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, une ressortissante chinoise de 24 ans mise en examen
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/10/21/vol-au-museum-national-d-histoire-naturelle-a-paris-une-ressortissante-chino

    Plutot que la photo d’un policier de dos, je te met la pépite de 5kg

    Les enquêteurs de la brigade de répression du banditisme (BRB) ont constaté que deux portes du musée avaient été découpées à la disqueuse et que la vitrine abritant les pépites avait été brisée avec un chalumeau. Il a été retrouvé à proximité, tout comme la disqueuse, un tournevis, trois bonbonnes de gaz servant à alimenter un chalumeau, et des scies.

    …Au total, un butin de près de 6 kilos avec un préjudice évalué à 1,5 million d’euros

    #musée #vol

  • A Ajaccio, [Cours Napoléon,] un homme armé d’un couteau abattu par la police en plein centre-ville
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/20/a-ajaccio-un-homme-arme-d-un-couteau-abattu-par-la-police-en-plein-centre-vi

    Il aurait eu « une première altercation dans un bar », au cours de laquelle une personne aurait pu être blessée, puis il aurait été refoulé du bar, « alors qu’il exhibait un couteau ».
    C’est après une deuxième altercation, dans un autre bar du cours Napoléon, que la police est intervenue, toujours selon le procureur. Dans un communiqué, samedi en fin de journée, ce dernier a expliqué que l’homme « refusait d’obéir aux injonctions et jetait sur les policiers sa trottinette, sans les atteindre ». La police a ensuite cherché à le maîtriser « avec a priori un et deux coups de taser, sans succès ». L’homme aurait ensuite brandi « un couteau en direction d’un des policiers, en le menaçant ». « L’un des policiers de la patrouille voyant son collègue menacé, faisait alors usage de son arme de service neutralisant ainsi l’agresseur. »

    En janvier 2025, il avait déjà été mis en cause pour des faits de menaces en Seine-Saint-Denis, selon le parquet. Lors de son interpellation, il était muni d’un couteau et avait résisté au moment de son menottage. « Sa garde à vue avait été déclarée incompatible, le médecin requis ayant préconisé une hospitalisation d’office », a relayé le procureur.

    #folie #suicide_by_cop

    • Il me semble que la rengaine éculée et toujours plus saoulante à force d’être répétée sans qu’aucun autre mot de passe ne soit audible (Siamo tutti antifascisti, est un autre cri identitaire : bruit avec la bouche qui fait niche, vague tiédeur) "tout le monde déteste la police" a pour des minoritaires une vertu, s’assurer d’un lien par ailleurs subjectivement faible et rien moins que garanti avec le grand nombre, ou du moins une large part de ce grand nombre.
      Ici, est-ce « j’aime » la police, car elle fera ce que j’ai décidé ? Si c’est le cas, ça me rappelle des moments, moins tragiques, où les forces du MDO furent sciemment manipulées onto the street (pas de gourance, ça ne peut pas se passer pas dans les bureaux ou les troquets !) par les manifestants eux-mêmes (quelle rigolade).

  • L’abbé Pierre, l’apôtre des pauvres qui « confondait l’argent d’Emmaüs avec le sien »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/19/l-abbe-pierre-l-apotre-des-pauvres-qui-confondait-l-argent-d-emmaus-avec-le-

    [Une des proies de l’abbé écrit, à la fin de sa vie :] « Nombreuses sont les malheureuses dont il a abusé dans sa vie sous prétexte de leur venir en aide, en particulier des étrangères sans papiers dont il me racontait l’histoire, sans aucune honte. »

    Pour y voir plus clair, il est indispensable de se rendre aux Archives nationales du monde du travail rassemblées à Roubaix (Nord) sur le site de l’ancienne filature Motte-Bossut. C’est dans ce spectaculaire bâtiment de brique rouge que sont préservées les données personnelles de l’abbé Pierre confiées à l’institution culturelle par Emmaüs International, seul et unique héritier du prêtre décédé en 2007. Adrien Chaboche a accepté de nous en donner un libre et total accès.

    L’inventaire des documents s’étend sur 317 pages. Une vingtaine de références renseignent sur les ressources du héros des « couche-dehors », nom que le religieux aimait donner à ses protégés à la rue. Une première boîte étiquetée « Imposition » permet d’entrer dans le vif du sujet des revenus officiellement déclarés par « Henri Grouès dit Abbé Pierre, prêtre, fondateur-animateur du mouvement Emmaüs », comme il se présente au Trésor public. Cette collection – incomplète – débute par l’année 1979 pour se terminer avec celle de 2006, un an avant la disparition de l’ecclésiastique.

    Commençons par 1979. Henri Grouès déclare alors 58 384 francs de pensions (âgé de 67 ans, l’abbé perçoit sa retraite d’ancien député et celle de prêtre diocésain) et de rentes viagères à titre gratuit, c’est-à-dire reçues par donations entre vifs ou par testament. Afin d’évaluer ce que représenterait aujourd’hui cette somme, nous avons utilisé le convertisseur officiel franc-euro de l’Insee, qui tient compte de l’érosion monétaire due à l’inflation. Le résultat obtenu s’élève à 33 058 euros (valeur 2024), soit plus que le smic actuel – environ 22 000 euros brut par an.

    Droits d’auteur

    Au fil du temps, les revenus du prêtre font un bond extraordinaire. Devenu l’idole des Français – le cinéma s’est emparé de son histoire en 1989 avec Hiver 54, l’abbé Pierre, un film porté avec fougue par l’acteur Lambert Wilson –, le religieux multiplie les écrits et les livres d’entretiens. A Roubaix, 69 ouvrages signés par lui ou par ses biographes sont offerts à la consultation. Ce vedettariat se traduit dans le volume de ses gains dopés par les droits d’auteur reçus d’éditeurs parmi les plus en vue sur la place de Paris, comme Fayard, Le Seuil, Robert Laffont, Bayard, Actes Sud, Albin Michel et Flammarion. En 1994, l’ensemble de ses rentrées d’argent atteint la somme de 626 980 francs (154 976 euros), dont les trois quarts proviennent de ses ouvrages. Le prêtre doit s’acquitter de 194 892 francs (48 173 euros) auprès du fisc.

    [...]

    Afin de saisir le dessous des cartes, il faut remonter au fameux appel à la solidarité lancé par le religieux le 1er février 1954 à l’antenne de Radio Luxembourg : « Mes amis, au secours… Une femme vient de mourir gelée cette nuit (…) serrant sur elle le papier par lequel on l’avait expulsée… » Ce cri du cœur bouleverse la France. Les dons affluent, c’est un raz-de-marée. Les plus modestes apportent couvertures et petits colis tandis que les bourgeoises se délestent de leurs bijoux et de leurs manteaux de fourrure. Chacun y va de son écot. Débordés, les bénévoles ne savent plus où stocker les liasses de billets, des millions de francs sont récoltés. Et puisqu’il faut improviser, les chèques sont encaissés sur le compte chèque postal (CCP) de l’abbé Pierre n°4 537 20 E-Paris.

    [...]

    ... les grands reporters Laetitia Cherel et Marie-France Etchegoin rapportent les propos d’une ancienne secrétaire d’Emmaüs international, Brigitte Mary. Cette dernière fait état d’une décision prise au début des années 1970 pour que les bénéfices des camps internationaux soient répartis en quatre parts égales dont l’une pour le prêtre, sans qu’il ait à rendre compte de l’utilisation des fonds dévolus. 5 % ? 25 % ? « Visiblement, une partie de l’argent généré sur les chantiers était mise à la disposition de l’abbé Pierre pour ses œuvres de charité, admet Adrien Chaboche [délégué général d’Emmaüs International]. Déterminer quelle structure le faisait et quelle somme était donnée représente un énorme travail de recherche, Emmaüs étant loin d’être un tout unique, comme vous le savez », poursuit-il, réitérant sa volonté « que toute cette vérité éclate ».

    A 74 ans, Yves Godard souhaite aussi connaître l’entière vérité sur l’abbé Pierre, qui fut son mentor. Porté par l’utopie de Mai 68, ce militant rejoint Emmaüs un an plus tard. Il a participé à ces camps où des milliers de jeunes bénévoles européens ratissaient une région entière pour vider les caves et les greniers de particuliers. La vente de ces tonnes de bric-à-brac rapportait « des sommes faramineuses », se souvient cet ancien responsable de la communauté de Poitiers. « Pour augmenter les bénéfices, nous vivions à la dure jusqu’à dormir par terre, raconte-t-il. Nous brassions des millions de francs, toujours du cash. A l’époque, nous ne nous sommes jamais demandé comment l’abbé utilisait l’argent qu’il prélevait. Pour nous, il aidait les gens, mais, depuis les révélations, j’ai le sentiment de m’être fait rouler dans la farine. »

    https://justpaste.it/erp48

  • « Toute la Santé était sous euphorie quand Nicolas Sarkozy est arrivé » : les détenus accusés d’avoir menacé l’ex-président relaxés
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/19/toute-la-sante-etait-sous-euphorie-quand-nicolas-sarkozy-est-arrive-les-dete


    Un véhicule transportant vraisemblablement l’ancien président Nicolas Sarkozy quitte la prison de Santé, à Paris, le 10 novembre 2025. BENOIT TESSIER/REUTERS

    Le tribunal correctionnel de Paris a jugé que les propos tenus dans une vidéo publiée lors de l’entrée de Nicolas Sarkozy en détention ne constituaient pas des « menaces de mort ».
    Par Pascale Robert-Diard

    Vendredi 19 décembre, comme chaque jour, la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris croule sous les affaires de comparution immédiate. Au banc de la défense, des avocats trentenaires, commis d’office pour la plupart, consultent fiévreusement les quelques pages de procédure sur lesquelles ils vont plaider pour un prévenu dont ils ont fait la connaissance quelques minutes plus tôt dans les geôles du tribunal. Dans le box, un type paumé de 46 ans avec dix-neuf mentions au casier judiciaire sourit béatement à la présidente qui lui demande ce qui l’a poussé à appeler le 15 pour une fausse alerte à la bombe. Il est très désolé, avait bu trop de vodka et ne se souvient de rien.

    Au banc des parties civiles, un avocat élégant et grisonnant attend le dossier suivant. Me Christophe Ingrain observe avec étonnement le fonctionnement de cette justice d’abattage qui ne lui est pas familière. Son client, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, est concerné par le dossier suivant.

    Deux hommes de 24 et 28 ans, allure juvénile, cheveux bouclés, entrent dans le box. Iliès B. et Ange O. comparaissent pour « menaces de mort » après avoir diffusé sur TikTok une vidéo prise de leur cellule, le 21 octobre, jour de l’entrée de Nicolas Sarkozy à la prison de la Santé, accompagnée du commentaire suivant : « Il va passer une mauvaise détention. On va venger Kadhafi. Rends les milliards, on est au courant de tout, Sarko. »

    « Prélèvements de voix »

    L’affaire avait été prise très au sérieux, la cellule et ses occupants rapidement identifiés. Ils étaient trois à se la partager, dont un dormait sur un matelas posé à même le sol. Deux téléphones avaient été retrouvés, Iliès B., plus expérimenté – il purge une peine criminelle de huit ans pour vol avec arme et extorsion – avait eu le temps de jeter le sien par la fenêtre. « Il y a un barreau scié », explique-t-il. Désigné par les « prélèvements de voix » effectués sur la vidéo, il s’est résolu à plaider seul coupable à l’audience.

    — Pour être franc, madame la juge, je trouve que M. Sarkozy, il a eu plus d’avantages que nous. Il a eu des parloirs et tout.
    -- Mais pourquoi dîtes-vous : « On va venger Kadhafi » ?
    -- C’était des propos de manifestants. Vous imaginez bien qu’avec deux policiers devant sa cellule on ne peut pas faire grand-chose.
    -- Et « rends les milliards » ?
    -- J’avais vu un reportage où ça parlait d’argent. Moi, je m’ennuyais en cellule et je voulais faire le buzz.

    Son coprévenu, Ange O., en détention provisoire pour trafic de stupéfiants, confirme :
    — Toute la Santé était sous euphorie quand Nicolas Sarkozy est arrivé.

    La parole est à la partie civile. Me Ingrain laisse plaider un jeune confrère, lequel tient à rappeler que ce n’est pas leur client, mais le parquet, qui est à l’origine de cette procédure. « Je ne nie pas les conditions difficiles des détenus en France, mais la prison n’est pas une zone de non-droit », dit-il. Soulignant que Nicolas Sarkozy « traversait une épreuve difficile, loin de son épouse et de ses enfants », il demande 100 euros de préjudice.

    Le procureur justifie ses poursuites au motif que la personnalité de la victime faisait d’elle un « détenu particulièrement vulnérable » et requiert un an ferme contre Iliès B., pour menaces de mort, et quatre mois contre Ange O., pour le seul délit de détention illégale d’un téléphone. « Les insultes sont la vie quotidienne des détenus », plaide la défense, en citant le… Journal d’un prisonnier, de Nicolas Sarkozy (Fayard, 219 pages, 20,90 euros).

    Après vingt minutes de délibéré [pour couper la poire parquetière en deux], la présidente annonce à Iliès B qu’il est relaxé. « Le tribunal considère que les propos incriminés ne constituent pas des menaces de mort », dit-elle. Les deux prévenus retournent en détention, lestés d’ une peine de six et quatre mois pour détention illégale de portable. Dix autres dossiers attendent d’être jugés. On entend hurler dans les couloirs menant aux geôles. « On en a au moins jusqu’à 22 heures », souffle la présidente.

    #prison #justice

  • Contre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, un réquisitoire accablant dans l’affaire de la fausse rétractation de Ziad Takieddine
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/18/contre-nicolas-sarkozy-et-carla-bruni-un-requisitoire-accablant-dans-l-affai

    Pour le PNF, le « revirement » de M. Takieddine ne résulte que « de promesses, offres, présents et manœuvres », « le texte de l’interview étant partiellement dicté par les mis en examen ». Selon le parquet financier, « l’information judiciaire a mis en évidence » que les mis en examen « ont formé un groupement en vue de tromper les juges d’instruction, puis le cas échéant les juges du siège [chargés] du dossier du financement libyen de la campagne de M. Sarkozy ».

    « Impliquée dans tous les volets de l’opération », Mimi Marchand, amie de Carla Bruni, a œuvré, selon le PNF, de concert avec l’intermédiaire Noël Dubus dans la préparation de la fausse rétractation de Ziad Takieddine. C’est le tandem qui a également obtenu que l’affairiste franco-libanais signe devant un notaire, le 12 décembre 2020, contre promesse de rémunération (un total de 4 millions d’euros lui a été promis, comme l’a assuré M. Takieddine), une « sommation interpellative » : un document envoyé au PNF, aux juges d’instruction du dossier libyen ainsi qu’à des journalistes, dans lequel il dédouanait M. Sarkozy et accusait faussement les magistrats instructeurs.

    • Nicolas Sarkozy lui-même, selon le PNF, « ne s’est pas contenté de suivre et de bénéficier des agissements des différents membres de l’association de malfaiteurs », mais a « personnellement participé au succès de l’opération en convainquant » l’entrepreneur David Layani « d’apporter un financement » à Mimi Marchand, en décembre 2020, sous couvert d’un contrat fictif de 72 000 euros.

      [...]

      Au fil de ses auditions, les versions de M. Sarkozy ont « fortement évolué », note le PNF. Il a tenté de « se mettre à distance des mis en examen », se moquant des « pérégrinations de pieds nickelés à Beyrouth », affirmant n’avoir pas appuyé leurs manœuvres et avoir ignoré les « contreparties » à la fausse rétractation de M. Takieddine. « Toute cette petite bande n’a que pour seule préoccupation de se faire mousser les uns par rapport aux autres en tenant des propos ayant un rapport très lointain avec la réalité », a ironisé en audition celui que certains protagonistes du dossier surnommaient le « zébulon ».

      Malgré les dénégations de Mme Marchand sur ce point, M. Sarkozy a admis que cette dernière lui a parlé, mi-octobre 2020, d’un projet en lien avec M. Takieddine, « mais indiquait qu’il ne croyait pas qu’une spécialiste de la presse people puisse obtenir quoi que ce soit et était même plutôt agacé par la démarche ». « M. Sarkozy se trompe et c’est même des conneries », s’est offusquée lors d’une audition Mme Marchand, en 2023.

      https://justpaste.it/cdgiy

  • A Toulouse, un ancien policier condamné à douze ans de prison pour avoir violé trois femmes venues déposer plainte
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/17/a-toulouse-un-ancien-policier-condamne-a-douze-ans-de-prison-pour-avoir-viol

    Dans la plupart des cas examinés pendant quatre jours par la cour criminelle départementale de Haute-Garonne, l’ex-policier a enlacé les femmes venues porter plainte, semblant vouloir les réconforter, avant de les agresser sexuellement ou de leur imposer une relation sexuelle.

    « Ma cliente attendait que cette décision, en posant les rôles de chacun et en posant son rôle de victime, lui permette d’enlever ce sentiment de honte, de culpabilité, de peur de ne pas être crue parce qu’il s’agissait d’un fonctionnaire de police », a déclaré Me Aubry à propos de sa cliente victime d’une agression sexuelle.

    L’ex-policier, qui n’avait effectué que 20 jours de détention provisoire après sa mise en examen en 2019, a été écroué après sa condamnation.

  • A Mayotte, des demandeurs d’asile congolais expulsés en situation critique
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/16/a-mayotte-des-demandeurs-d-asile-congolais-expulses-en-situation-critique_66

    A Mayotte, des demandeurs d’asile congolais expulsés en situation critique
    Par Julia Pascual
    L’insécurité et la recrudescence de la violence ont plongé la République démocratique du Congo (RDC) dans l’une des plus graves crises humanitaires au monde, générant près de 7 millions de déplacés internes et de réfugiés, selon le rapport semestriel du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR). La situation est particulièrement critique dans l’est du pays, au Sud et au Nord-Kivu.
    C’est justement depuis la ville de Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu, qu’Olivier S. a écrit à son avocat, Graziano Pafundi, fin novembre. Ce père de famille congolais lui expliquait vivre dans la peur constante, face aux risques d’arrestations arbitraires et d’enrôlement de force par le M23, un groupe armé soutenu par l’armée rwandaise, qui ne cesse de gagner du terrain face aux forces armées de la RDC, provoquant à chaque avancée des centaines de milliers de nouveaux déplacements.
    Olivier S. disait à son avocat vouloir fuir vers l’Ouganda. Il avait déjà quitté une première fois son pays, en 2024, avec sa femme et leurs deux fils mineurs, et réussi à gagner Mayotte en kwassa-kwassa, via l’archipel des Comores. Mais la famille avait été aussitôt interpellée. C’est depuis le centre de rétention administrative de Pamandzi, sur l’île de Petite-Terre, qu’ils avaient donc fait une demande d’asile. Cette dernière avait été rejetée et, alors qu’Olivier S., sa femme et leurs enfants avaient déposé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile, ils avaient été expulsés par charter vers Goma, le 25 juin 2024, aux côtés de douze autres Congolais.
    Le 3 décembre, leur affaire a été portée devant la Cour nationale du droit d’asile, en leur absence. A l’image de la famille S., d’autres ressortissants du Nord et Sud-Kivu – qui représentent la majorité des demandeurs d’asile à Mayotte – ont ainsi été expulsés courant 2024 alors même que leur demande de protection était toujours en cours d’examen.Pour rejeter une première fois leur requête, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) a considéré, dans les cas dont Le Monde a pris connaissance, que les requérants n’établissaient pas détenir le « centre de leurs intérêts » dans l’est du pays avant leur départ. Un raisonnement qui surprend alors que ces mêmes personnes ont été éloignées précisément à l’est du pays, à Goma.
    « On estime qu’environ 80 % des personnes expulsées par avion vers la RDC en 2024 étaient en recours devant la Cour nationale du droit d’asile », souligne une source associative, sous le couvert de l’anonymat. Le droit prévoit qu’en principe un recours devant la Cour nationale du droit d’asile suspend la procédure d’éloignement. Mais des exceptions existent, qui font que les recours ne sont pas suspensifs, et c’est le cas notamment pour les demandes d’asile faites en rétention. Une petite dizaine de vols – charters ou commerciaux – ont permis ces éloignements en 2024. Ministre de l’intérieur à l’époque, l’actuel président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, s’était d’ailleurs enorgueilli de cette politique, évoquant en octobre 2024, devant l’Assemblée nationale, le fait d’avoir donné instruction au préfet de Mayotte d’organiser « des vols groupés pour pouvoir reconduire les étrangers en situation irrégulière vers la RDC ».
    Dans le vol charter qui a renvoyé Olivier S., sa femme et leurs fils de 5 et 4 ans à Goma, se trouvait aussi Jeanne M., une femme de 32 ans originaire du Sud-Kivu. Son recours contre le rejet de sa demande d’asile par l’Ofpra a aussi été examiné le 3 décembre devant la Cour nationale du droit d’asile, en son absence. « Nous avons perdu le contact avec elle depuis qu’elle a été expulsée à Goma, explique Me Pafundi. La responsabilité des autorités françaises est immense. »
    L’avocat Edison Ndayisaba a, lui, défendu devant la Cour nationale du droit d’asile une vingtaine de Congolais expulsés de la sorte de Mayotte. « J’ai perdu le contact avec certains de mes clients dont l’un aurait été placé en prison dès son arrivée à Goma », relate-t-il. Quatorze autres se sont vus octroyer l’asile « en raison de la situation de violence aveugle d’intensité exceptionnelle résultant d’une situation de conflit armé interne » au Kivu, là même où ils avaient été éloignés puisqu’ils ont tous été reconduits à Goma.
    Ils ont depuis pu, « en collaboration avec le ministère de l’intérieur et le HCR, obtenir des visas auprès des ambassades françaises de Bujumbura [Burundi], Kampala [Ouganda] et Dar es-Salam [Tanzanie], où ils avaient fui », assure Me Ndayisaba, qui se souvient que le ministère de l’intérieur s’était étonné des pratiques de la préfecture de Mayotte. Si onze de ses clients eux ont d’ores et déjà rejoint l’Hexagone, trois autres ont, en revanche, été, début décembre, bloqués par les autorités tanzaniennes qui leur reprochent leur séjour irrégulier sur le territoire. « Je vais alerter l’ambassade de France et le ministère de l’intérieur », explique l’avocat, qui doit encore défendre trois recours devant la Cour nationale du droit d’asile en 2026 de demandeurs d’asile congolais expulsés de Mayotte. Alertées par le HCR, les autorités françaises auraient renoncé à ces expulsions depuis 2025. « Cette pratique n’a plus cours », confirme-t-on au ministère de l’intérieur. Fin novembre, près de 13 000 Congolais avaient demandé l’asile en France, selon l’organisme de statistique Eurostat, au troisième rang derrière les Afghans et les Haïtiens.

    #Covid-19#migrant#migration#france#mayotte#expulsion#droit#sante#congo#politiquemigratoire#asile

  • Cyberattaque contre le ministère de l’intérieur : Laurent Nuñez annonce que « des fichiers importants, dont le traitement des antécédents judiciaires », ont été consultés ; deux enquêtes ouvertes
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/17/cyberattaque-contre-le-ministere-de-l-interieur-laurent-nunez-annonce-que-de

    Le ministre de l’intérieur a confirmé, mercredi 17 décembre, que les services de Beauvau ont été la cible d’une cyberattaque massive, évoquant « un acte très grave », qui a engendré la publication de fichiers, notamment celui des antécédents judiciaires.

    Confirmation de :
    https://seenthis.net/messages/1150471

  • Rouen : l’ancien chef de la brigade des mineurs mis en examen pour agressions sexuelles sur des adolescentes
    https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/rouen-l-ancien-chef-de-la-brigade-des-mineurs-mis-en-examen-pour-agressio

    Un policier rouennais a été mis en examen le 8 décembre pour agressions sexuelles sur mineures, corruption de mineure et détention d’images pornographiques de mineurs. L’ancien chef de la brigade des mineurs de 51 ans a été placé en détention provisoire.

    • Il a été déféré le 8 décembre 2025 au tribunal judiciaire d’Évreux et une information judiciaire a été ouverte pour « agressions sexuelles à l’encontre de mineures de moins de 15 ans, corruption de mineure de moins de 15 ans, détention d’images de mineurs présentant un caractère pornographique et détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel », écrit le procureur d’Évreux.

    • https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/17/a-toulouse-un-ancien-policier-condamne-a-douze-ans-de-prison-pour-avoir-viol

      A Toulouse, un ancien policier condamné à douze ans de prison pour avoir violé trois femmes venues déposer plainte
      L’homme de 55 ans a également été condamné pour avoir agressé sexuellement deux autres femmes. Il était déjà sous le coup d’une interdiction d’exercer mais s’est vu interdire à vie d’exercer les fonctions de policier.

  • Le nombre de places d’accueil pour demandeurs d’asile en baisse
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/11/le-nombre-de-places-d-accueil-pour-demandeurs-d-asile-en-baisse_6656856_3224

    Le nombre de places d’accueil pour demandeurs d’asile en baisse
    Dans un contexte de resserrement budgétaire, l’Etat réduit depuis 2025 les hébergements pour les demandeurs d’asile. Les associations redoutent un report vers les dispositifs d’urgence et un surcoût budgétaire à long terme.
    Par Julia Pascual
    Il y a une décennie, la France comptait moins de 50 000 places destinées à offrir un toit aux demandeurs d’asile arrivant sur le territoire, le temps d’examiner leur situation. Ce parc spécifique – appelé dispositif national d’accueil (DNA) – est monté, en 2024, à plus de 120 000 places, répondant à plusieurs années d’augmentation des arrivées d’exilés, parmi lesquels des Afghans, des Guinéens, des Ivoiriens, des Congolais ou encore des Soudanais. Mais si la demande d’asile se maintient à un niveau élevé (près de 160 000 requêtes en 2024), la rigueur budgétaire a mis fin à l’expansion du DNA. En 2025, quelque 6 500 places ont été supprimées et près de 1 500 devraient encore disparaître en 2026. « Nous sommes très préoccupés par la baisse de l’hébergement, confie Laurent Delbos, responsable plaidoyer de l’association Forum réfugiés. C’est le point noir d’un système d’asile qui fonctionne, sauf du point de vue de l’accueil. »
    Car, si tous les demandeurs d’asile ont en théorie droit à un hébergement et une allocation de subsistance (6,80 euros par jour), tous n’y ont pas accès. Selon les documents budgétaires de l’Etat, 72 % des demandeurs d’asile étaient pris en charge fin 2024. Un taux historiquement haut, obtenu notamment par l’accélération du traitement des procédures, qui permet de libérer des places plus rapidement, mais qui n’empêche pas la survenue de situations critiques. Le 4 décembre, le tribunal administratif de Melun a par exemple enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de fournir un toit à une mère ivoirienne et à sa fille de 6 ans, qui, en dépit d’une demande d’asile, dormaient dans une cage d’escalier, réduites à la mendicité. Leur avocat, Samy Djemaoun, a dû ressaisir le juge le 7 décembre pour faire appliquer la décision, alors que la famille avait été remise à la rue au bout d’une nuit. « C’est un contentieux récurrent », ajoute l’avocat, qui estime avoir obtenu plus d’une centaine d’injonctions du même genre depuis 2022.
    En outre, le taux d’hébergement des demandeurs d’asile est calculé sans tenir compte de ceux qui se voient refuser ou retirer le droit à un hébergement et une allocation. Sous l’effet d’un durcissement législatif, leur part est passée, selon Forum réfugiés, de moins de 1 % des demandeurs en 2018 à 42 % en septembre 2025. « Ce sont des personnes qui ont introduit des demandes d’asile tardives, ou des ressortissants de pays tiers considérés comme sûrs et dont la demande d’asile a été rejetée par l’Ofpra [Office français de protection de réfugiés et apatrides], ou encore des personnes qui ont refusé une orientation depuis Paris vers un hébergement en région… », liste Laurent Delbos.
    L’entrée en vigueur du pacte européen sur la migration et l’asile, à l’horizon de juin 2026, devrait accentuer ce phénomène. Le texte prévoit de refuser un hébergement et une allocation aux demandeurs d’asile dits « dublinés », c’est-à-dire dont les empreintes ont été enregistrées dans un autre Etat membre que celui où ils demandent une protection. « Il va y avoir un report vers l’hébergement d’urgence qui sera le dernier filet de sécurité », redoute un haut fonctionnaire sous le couvert de l’anonymat. Directeur général de l’association France terre d’asile, Vincent Beaugrand estime que les choix politiques et budgétaires à l’œuvre « génèrent des surcoûts à long terme car, en réalité, plus on investit sur l’accueil, moins le temps pendant lequel les gens dépendent du budget de l’Etat est long ».

    #Covid-19#migrant#migration#france#asile#accueil#OFPRA#DNA#sante#droit