/04

  • De George W. Bush à Donald Trump, des étrangers visés comme « ennemis »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/29/de-george-w-bush-a-donald-trump-des-etrangers-vises-comme-ennemis_6601696_32

    De George W. Bush à Donald Trump, des étrangers visés comme « ennemis »
    Corine Lesnes, San Francisco, correspondante
    Après les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush avait établi un nouveau paradigme juridique. Il l’avait baptisé « guerre au terrorisme », vocable qui lui avait permis de tenter de s’affranchir du droit commun. Dans les semaines qui avaient suivi, 5 000 ressortissants de pays musulmans avaient été arrêtés, notamment à New York, et 80 000 autres convoqués par la police et fichés, au nom de la nouvelle « war on terror ».
    La Cour suprême s’était interposée. Dans plusieurs décisions historiques, elle avait réfuté l’idée que le terrorisme justifie la suspension du droit constitutionnel américain. Le 28 juin 2004, l’institution – déjà dirigée par John Roberts, l’actuel chief justice – avait réaffirmé que les prisonniers de la « guerre » antiterroriste avaient le droit de contester la légalité de leur détention devant la justice américaine, en vertu du principe d’habeas corpus. Y compris les étrangers, dits « ennemis combattants », détenus sur un territoire que le président républicain avait choisi pour le flou juridique qui l’entourait : la base de Guantanamo, sur le sol cubain.
    Vingt-cinq ans plus tard, Donald Trump essaie de se livrer à un tour de passe-passe similaire. En faisant de l’immigration un dossier de sécurité nationale, il tente de s’affranchir du droit civil pour expulser les « criminels » par charters entiers – les Etats-Unis font face à une « invasion », a-t-il certifié le 20 janvier, dans son discours d’investiture. Le républicain ne cache pas que devoir « passer par une longue procédure judiciaire, séparément, pour chaque étranger criminel » nuit à son objectif d’expulsions « massives ». En militarisant la lutte contre l’immigration illégale, il espère s’arroger les pouvoirs exceptionnels dévolus au commandant en chef en temps de guerre.
    Le 47e président américain invoque la loi de 1798, dite Alien Enemies Act (AEA), un texte datant de l’époque où John Adams (1735-1826), le 2e président du pays, craignait les infiltrations d’espions (les ennemis de l’époque étaient les révolutionnaires français). La loi n’a jamais été abolie. Elle donne au président le pouvoir de détenir ou d’expulser sans mandat judiciaire tout « ennemi étranger » âgé de plus de 14 ans et originaire du pays en conflit. Encore faut-il que ce conflit existe, sous forme de guerre, d’invasion ou « d’incursion prédatrice », et qu’il soit déclaré.
    Donald Trump affirme que la migration de masse est une arme pour déstabiliser les Etats-Unis. Le 15 mars, il a désigné le cartel vénézuélien Tren de Aragua comme une « organisation terroriste étrangère », engagée dans une « guerre irrégulière » contre les Etats-Unis pour le compte du régime de Nicolas Maduro. Il avait pensé utiliser Guantanamo, où l’armée a brièvement transféré 178 Vénézuéliens en février, mais le projet s’est révélé trop coûteux. Il s’est replié sur le Salvador, dont le président, qui a assis son pouvoir sur une répression féroce des gangs, était tout prêt à rendre service (en échange de 6 millions de dollars par an – 5,29 millions d’euros).
    Le 10 avril, la Cour suprême a suspendu les expulsions de migrants effectuées vers le Salvador en vertu de la loi de 1798. Mais eIle n’a pas statué sur le fond. Les constitutionnalistes sont sceptiques sur la possibilité que les juges adhèrent à la théorie qu’un gang ou cartel puisse se hisser au niveau de la puissance étrangère hostile décrite dans la loi, alors qu’aucune guerre n’a été déclarée. Dans la National Review, le constitutionnaliste John Yoo, l’ancien théoricien de la « guerre » antiterroriste de George W. Bush, juge que, même si l’administration parvient à démontrer que Tren de Aragua « cherche à prendre le contrôle de certains quartiers américains », il lui sera difficile d’atteindre le seuil d’« invasion » ou d’ « incursion prédatrice ». Mais, en déplaçant la question sur le terrain de la sécurité nationale, Trump place la Cour suprême devant le principe dit de « déférence » due au commandant en chef.
    Quelle que soit la décision de la Cour suprême, la « guerre » de Donald Trump s’inscrit dans l’héritage – robuste – de détentions extrajudiciaires dont est faite l’histoire américaine. Paradoxalement pour un pays qui s’est bâti sur l’immigration, et dont le fonctionnement économique est un tour de force quotidien d’intégration, l’étranger, ou « alien » (le terme juridique), est vite en première ligne quand le pays est – ou se sent – menacé.
    Pendant la première guerre mondiale, sous invocation de l’Alien Enemies Act, les habitants d’origine allemande furent interdits d’entrée à Washington, et 6 000 d’entre eux placés en détention. De ces abus date la fondation de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), association qui conteste aujourd’hui les excès de la politique migratoire de Trump.Pendant la seconde guerre mondiale, en partie en vertu de la même loi (AEA), 40 000 Japonais et 70 000 Américains d’origine japonaise furent envoyés dans des camps d’internement, mesure validée par la Cour suprême, qui s’en est repentie en 2018.
    En 2001, George W. Bush n’a pas eu besoin de se prévaloir de l’AEA. Il a demandé au Congrès une autorisation de recours à la force. Et il n’a pas fallu 45 jours pour que le Congrès lui donne le Patriot Act, une loi ayant permis les détentions prolongées, les écoutes téléphoniques de citoyens américains et la surveillance des livres empruntés dans les bibliothèques…
    Proclamée par Bush le 20 septembre 2001 dans un discours solennel au Congrès, la « war on terror » a été déclarée close en mars 2009, quand le département de la défense a remplacé le terme par l’expression « Opérations extérieures de contingence militaire ». Quinze hommes sont toujours détenus à Guantanamo, dont six n’ont jamais été inculpés. La « war on aliens » de Donald Trump n’a que 100 jours, mais l’expérience le montre : les mesures d’exception ont une fâcheuse tendance à perdurer.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#etranger#droit#crise

  • On en est encore là : toute tribune, aussi légitime soit-elle, dénonçant l’inaction des occidentaux face « à l’horreur de Gaza et à la “gazaïfication” de la Cisjordanie », se doit de se conclure par une ultime phrase indiquant que c’est pour assurer la sécurité et la survie d’Israël et que « de nombreux Israéliens […] nous ne seraient reconnaissantes ».

    Ici Josep Borrell dans le Monde :
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/29/josep-borrell-ancien-haut-representant-de-l-union-europeenne-le-soutien-inco

    De nombreux Israéliens, conscients que la fuite en avant de Benyamin Nétanyahou menace à terme la sécurité et la survie d’Israël, nous en seraient reconnaissants.

    Alors zut et rezut, se sentir encore obligé de donner de tels gages à la « sécurité et la survie d’Israël » pour être autorisé à publier une tribune dans le Monde, c’est déjà en soit un renoncement.

    Allons directement au point Godwin : est-ce qu’on trouverait même vaguement acceptable un texte qui, en 1944, appellerait les alliés à agir contre le génocide nazi, mais se croirait obligé, pour est publié dans un grand journal, de conclure : « De nombreux Allemands, conscients que la fuite en avant d’Adolf Hitler menace la sécurité et la survie de l’Allemagne, nous en seraient reconnaissants » ?

  • Crise du logement : les HLM, nouveau repoussoir de la droite
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/28/crise-du-logement-les-hlm-nouveau-repoussoir-de-la-droite_6600739_3232.html

    Quel est le projet de M. Darmanin ? Déplorant que l’« on dépense des dizaines de milliards d’euros pour le logement social et qu’on [ait] autant de difficulté », le ministre dit « rêver » que « tout le monde en France, dans sa vie, puisse être propriétaire ». Comment ? Avec ces « dizaines de milliards d’euros d’aides publiques, d’aides fiscales, mettons en place des prêts à taux zéro pour absolument tous les Français éligibles au logement social », a-t-il précisé à Lille, à l’occasion du congrès d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe, le 16 mars, en appelant à « arrêt[er] même l’esprit du logement social ».
    Locataires plus âgés

    Les outils d’accession sociale à la propriété existent déjà, mais le prêt à taux zéro permet en réalité de ne solvabiliser qu’une partie des ménages. Comme l’indique l’Insee dans une étude publiée au début du mois d’avril, le parc social loge des personnes de plus en plus fragiles : 34 % des ménages vivant dans le parc social sont pauvres en 2022 (+ 5 points en six ans). Ils sont aussi plus âgés, la moitié d’entre eux dépassant 53 ans. Des profils qui n’ont pas un accès facile au crédit, tant s’en faut, et qui pourraient ne pas être en mesure de faire face aux charges et aux travaux d’une copropriété.

    https://archive.ph/UoKO6

  • La « merdification », ce processus inexorable de dégradation de la qualité des services sur les plateformes numériques
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/23/la-merdification-ce-processus-inexorable-de-degradation-de-la-qualite-des-se

    DÉBATS
    VIE PRIVÉE
    La « merdification », ce processus inexorable de dégradation de la qualité des services sur les plateformes numériques
    Bien sûr, le pourrissement des services existe au-delà des plateformes du Web. Mais il est si systémique dans ce secteur que le mot inventé par le journaliste canadien Cory Doctorow a tout de suite fait mouche sur les réseaux sociaux.
    Par Marion Dupont
    Publié aujourd’hui à 08h00
    Temps de Lecture 3 min.

    Histoire d’une notion. A une époque qui semble désormais lointaine, aucun résultat « sponsorisé » n’apparaissait en tête de liste lors d’une recherche sur Google. Il était possible de trouver rapidement un utilisateur ou un contenu précis sur Instagram, grâce à un astucieux système de hashtags. Les vidéos mises en ligne sur YouTube n’étaient précédées ou interrompues par aucune publicité. N’importe quel abonné Netflix pouvait donner le mot de passe de son compte à ses proches, et visionner un film en même temps qu’eux. Mieux : un internaute utilisant un comparateur de vols comme Skyscanner pouvait réserver un trajet en avion sans voir le prix augmenter de façon aléatoire à chaque étape de la réservation.
    Lire aussi | Des mouchards cachés dans vos applications pour smartphones

    Si cette dégradation de la qualité des services fournis par les plateformes numériques est longtemps restée sous les radars médiatiques, tout utilisateur en a fait l’expérience. Il ne manquait qu’un mot pour désigner ce processus apparemment inexorable de « pourrissement » des plateformes.
    Lors de vacances en famille, alors qu’il bataille contre des publicités et des trackers (ces petits logiciels incorporés dans des applications mobiles) pour trouver l’adresse d’un restaurant sur le site TripAdvisor, l’activiste et journaliste canadien Cory Doctorow a l’idée d’un néologisme : « enshittification » en anglais, souvent traduit en français par « merdification » ou « emmerdification ». Partagée dans un post sur Twitter en 2022, la notion rencontre un succès immédiat auprès des utilisateurs anglophones, qui voient dans sa formulation un brin grossière matière à exprimer leur propre frustration.
    « J’ai passé la plus grande partie de ma vie professionnelle à élaborer des mots, des blagues, des analogies et des stratégies pour attirer l’attention du grand public sur les effets des politiques du numérique », explique Cory Doctorow, ravi de voir ses efforts enfin récompensés. Sous ses airs frustes, le terme permet de saisir intuitivement les effets d’un phénomène à la fois nouveau et complexe.

    Coût économique et démocratique
    Car si la dégradation de la qualité d’un service n’est pas l’apanage des plateformes du numérique, « le caractère systémique de ce phénomène dans le secteur des plateformes et l’aisance avec laquelle elles peuvent s’y livrer rendent le terme “merdification” intéressant et pertinent », note Mathilde Abel, postdoctorante au Centre de recherche en économie et statistique de l’Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique.

    Les plateformes numériques sont en effet des entreprises particulières. D’abord, parce qu’elles sont spécialistes du matching, c’est-à-dire de la mise en relation entre des offres et des demandes à (plus ou moins) grande échelle : par exemple, entre un chauffeur de VTC et une personne ayant besoin d’une course ; entre un vidéaste et un spectateur ; entre un acheteur et un vendeur. « Ce sont des professionnels des effets de réseau – c’est-à-dire de la capacité à attirer des publics très différents et de les rendre interdépendants », précise l’économiste.

    Ces plateformes présentent aussi la spécificité d’avoir à disposition, notamment grâce aux données de leurs utilisateurs, de nombreux outils permettant de mesurer les conséquences de la dégradation de leur service sur leurs marges. Résultat, « ces entreprises exercent leur monopole de façon très spécifique, parce qu’elles sont capables de jouer sur des niveaux de prix avec leurs concurrents, mais aussi sur des niveaux de prix croisés entre leurs différents marchés, explique Mathilde Abel. La capacité des plateformes à faire de la discrimination par les prix et à dégrader leur service a toujours fait partie intégrante de leur modèle économique ».
    D’où une trajectoire similaire, que Cory Doctorow résume en trois étapes dans un livre à paraître en juillet, Enshittification (Macmillan Publishers). A leur naissance, les jeunes plateformes ont besoin d’attirer des utilisateurs et cherchent donc à se rendre particulièrement utiles à leurs yeux, quitte à proposer un service à perte. Puis, elles cherchent à attirer des entreprises clientes (vendeurs, publicitaires ou médias) et orientent donc le fonctionnement de la plateforme en leur faveur, aux dépens des utilisateurs. Enfin, une fois la dépendance des uns et des autres à la plateforme acquise, divers mécanismes sont utilisés pour permettre de rediriger la valeur produite non plus vers les utilisateurs ou les entreprises clientes, mais vers la plateforme elle-même et ses actionnaires.

    Un constat nuancé par Mathilde Abel, qui rappelle que si la « merdification » est indéniablement un mouvement inhérent aux plateformes, la dégradation des services n’est pas exercée de manière uniforme partout. « Ces différences ne sont pas seulement liées à des questions de rationalité économique : elles résultent de choix de gouvernance à l’échelle de l’entreprise, portant sur la façon dont la plateforme exerce son pouvoir de marché », explique l’économiste.

    Reste que, selon Cory Doctorow, la position dominante des grands acteurs du numérique a un coût économique et démocratique considérable. « Lorsque des entreprises détiennent de tels monopoles, argumente l’activiste, elles deviennent remarquablement insensibles à tout mécanisme de responsabilisation : les consommateurs ne peuvent pas protester contre leurs pratiques en achetant les produits des concurrents, et les gouvernements se retrouvent démunis pour protéger leurs citoyens contre cette extorsion. » Avec la « merdification », la critique du capitalisme de plateforme aurait-elle enfin trouvé un levier de mobilisation ?

    Marion Dupont

    #Cory_Doctorow #Emmerdification

  • Sanctions contre les bénéficiaires du RSA : « Alors qu’en 1988, le problème public était la grande pauvreté, aujourd’hui le problème public est l’assistance »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/23/sanctions-contre-les-beneficiaires-du-rsa-alors-qu-en-1988-le-probleme-publi


    Astrid Panosyan-Bouvet (ministre du travail et de l’emploi), Laurent Marcangeli (ministre de l’action publique, de la fonction publique et de la simplification), Clara Chappaz (ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique), Thibaut Guilluy (directeur général de France Travail) et Arthur Mensch (Arthur Mensch, son cofondateur et directeur général de Mistral AI), de gauche à droite, durant une visite dans une agence France Travail à Paris, France Travail le 4 février. LUDOVIC MARIN / AFP

    (...) l’existence même de bénéficiaires de l’assistance publique est perçue comme un problème public.

    Thibaut Guilluy [directeur général de France Travail] dévoile ce ressort lorsqu’il affirme en commission des affaires sociales du Sénat que la #paupérisation c’est d’abord et avant tout parce qu’on est passé de « zéro à 2 millions » de bénéficiaires du #RSA. Le problème apparaît donc avec l’allocation, puisqu’il n’y avait zéro bénéficiaire qu’avant la mise en place du revenu d’assistance, le revenu minimum d’insertion (RMI), en 1989. Autrement dit, alors qu’en 1988, le problème public était la grande pauvreté, aujourd’hui le problème public est l’#assistance. Il faut faire quelque chose ; faute de moyens ne restent plus que les sanctions.

    Guillaume Allègre est économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), auteur de « Comment verser de l’argent aux pauvres ? Dépasser les dilemmes de la justice sociale » (PUF, 2024).

    https://archive.ph/UfsSK

    #guerre_aux_pauvres

    • RSA : « La spirale de la pauvreté est alimentée par une technocratie qui ne cherche que la fraude et pas le non-recours », Guillaume Allègre, Economiste
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/03/05/rsa-la-spirale-de-la-pauvrete-est-alimentee-par-une-technocratie-qui-ne-cher

      L’économiste Guillaume Allègre propose, dans une tribune au « Monde », de modifier les règles de versement du revenu de solidarité active afin d’éviter les pièges qui aggravent la situation des plus vulnérables.Publié le 05 mars 2024

      Il a été démontré que l’#algorithme de la caisse d’allocations familiales pénalise les plus vulnérables parmi les allocataires d’aides sociales (« Dans la vie de Juliette, mère isolée, précaire et cible de l’algorithme des #CAF », Le Monde du 4 décembre 2023). Mais ce constat ne se limite pas à la question algorithmique.

      Le problème soulevé est plus profond, comme le montre le cas de Juliette, décrit par l’enquête du Monde. #Mère_isolée, allocataire du revenu de solidarité active (RSA), elle doit, après contrôle, rembourser les « revenus d’origine indéterminée », a priori les aides familiales reçues de ses frères et sœurs « pour qu’elle puisse rendre visite à leur père, tombé malade », un virement reçu pour son anniversaire, et les revenus de quelques heures de ménage non déclarées.

      Le RSA est en effet une prestation dite « différentielle » : l’intégralité des revenus doit être déclarée et est alors déduite de la prime versée aux allocataires. Les ressources prises en compte comprennent les revenus d’activité, de remplacement, mais aussi les pensions alimentaires, les prestations sociales et familiales, les héritages et les dons, les gains aux jeux, les loyers d’un logement loué, la valeur locative d’un logement non loué, les revenus des capitaux, et les revenus fictifs des biens non productifs comme les contrats d’assurance-vie, imputés à hauteur de 3 % de leur valeur marchande.

      Remarquons au passage que ces #revenus_fictifs ne rentrent en revanche pas en compte dans l’assiette des revenus au titre de l’impôt sur le revenu ou du plafonnement de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), alors même que ces ménages ont a priori moins de problèmes de liquidité que les allocataires du RSA…

      Première victime

      Le RSA est aussi une prestation dite « subsidiaire » : le demandeur doit faire valoir les droits aux autres prestations sociales et créances alimentaires avant de faire valoir ses droits au RSA. Cela crée des situations impossibles pour les allocataires, même sincères : s’ils reçoivent une aide familiale dans une situation d’urgence, une chaudière qui tombe en panne ou un parent malade, ils doivent déclarer cette aide… qui sera entièrement déduite de l’allocation versée !

      Pas besoin d’intelligence artificielle pour comprendre que, dans ce contexte, il y aura plus de fraudes détectées chez les personnes les plus vulnérables. La situation décrite est celle d’une spirale de la pauvreté alimentée par une technocratie rigoureusement asymétrique, qui ne cherche que la fraude et pas le non-recours.

      De plus, si les revenus d’activité de Juliette avaient été déclarés, elle aurait eu droit à la prime d’activité. Elle est ici pénalisée d’une situation dont elle est la première victime. La prime d’activité permet en effet de cumuler revenus d’activité professionnelle et prestations sociales afin d’inciter les travailleurs aux ressources modestes à reprendre une activité… et à la déclarer. Le cumul de la prime d’activité se limite aux revenus d’activité, hors allocations-chômage − les chômeurs ne sont donc pas considérés comme actifs au titre de cette prime.

      Tous les autres revenus sont déductibles à 100 % du RSA et de la prime d’activité. On vous fait un don 100 euros ? Il est déduit du RSA. Vous avez une chambre à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) que vous voulez louer pendant les Jeux olympiques ? Les revenus sont déduits à 100 % du RSA. Vous avez un logement non loué ? Les revenus fictifs sont (théoriquement) déduits. Vous avez un peu d’épargne dans un contrat d’assurance-vie ? Les revenus fictifs sont déduits. En tant qu’allocataire, vous n’avez que deux ressources disponibles : le RSA et le travail, augmenté de la prime d’activité.

      Peur de se tromper

      Cette situation poserait un moins gros problème si le travail était accessible à tous et si le RSA était d’un montant satisfaisant, permettant des conditions de vie dignes tout en répondant aux impondérables. La rigueur du calcul technocratique du moindre euro fictif pourrait se comprendre si elle était la contrepartie d’une prestation généreuse et que la même rigueur s’imposait aux plus aisés. Mais la prestation est manifestement insuffisante (607 euros par mois aujourd’hui, auxquels peuvent s’ajouter en partie des allocations logement) et son montant décroît régulièrement relativement aux salaires.

      Une solution au problème souligné ici serait d’augmenter la prestation d’assistance. Une autre solution serait de rendre le calcul de la prestation plus bienveillant en mettant en place un abattement sur l’ensemble des petits revenus : par exemple, les 600 premiers euros par trimestre (200 euros par mois) ne seraient pas pris en compte dans le calcul de la prestation, quelle que soit leur origine. Un autre avantage de cette solution est que le demandeur de l’allocation ayant des petits revenus n’aurait pas à détailler leur origine lors de la demande, il cocherait simplement la case « ressources inférieures à 600 euros ».

      Un tel système réduirait la peur de se tromper, la peur des indus à rembourser, et donc le non-recours au droit au RSA. Les premiers revenus d’activité seraient gardés à 100 % par les travailleurs, ce qui répond aussi à la problématique des coûts fixes à la reprise d’emploi. Au-delà de l’abattement, le taux de cumul des revenus d’activité et de la prime d’activité pourrait être abaissé pour garder les gains à la reprise d’emploi à plein temps constants par rapport à la situation actuelle.

      Si l’objectif est que les allocataires des minima sociaux en sortent par le haut, il faut évidemment éviter que les #contrôles ne ciblent les plus vulnérables, mais il faut aussi éviter d’annuler le moindre coup de pouce ou coup de chance.

    • Cher : le nombre d’allocataires du RSA en baisse significative
      https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/cher-le-nombre-d-allocataires-du-rsa-en-baisse-significative-5127832

      Le RSA doit être un dispositif transitoire pour les allocataires, rappelle Bénédicte de Choulot, vice-présidente du conseil départemental du Cher à l’insertion : _" Le mot inemployable, ce n’est pas vraiment un mot qu’on aime au conseil départemental. Certaines personnes, en cours d’accompagnement se révéleront peut-être inemployables parce qu’elles ont des problèmes de santé auxquels on ne peut pas apporter de réponse. Ce qu’on essaie au maximum, c’est d’apporter une solution. Quelqu’un qui doit par exemple être réorienté du RSA vers le handicap doit l’être rapidement pour ne pas rester au RSA. Le RSA est un revenu qui n’est pas pérenne. Il n’a jamais été conçu pour l’être. C’est un minimum qui doit être apporté à une personne dans une période transitoire et c’est à nous d’apporter les meilleures réponses possible et les plus pérennes."_ En cas de non respect des engagements, la personne au RSA pourra se voir suspendre ses indemnités versées par la Caisse d’allocations familiales.

      Les passages graissés par la rédac rappellent l’idéal proclamé de l’instauration du RMI : en sortir. Ça colle pas trop avec un réel fait de jobs précaires qui donnent pas droit au chômage, ou pas longtemps, et avec les pénibles problèmes de « cumul » lorsque les ayants droits relèvent de plusieurs caisses, dont celles de leurs patrons momentanés, de plusieurs « statuts ». Tant pis, on saque.

    • « Il est temps d’arrêter l’assistanat » : Laurent Wauquiez veut limiter l’accès au RSA à deux ans
      https://www.lepoint.fr/politique/il-est-temps-d-arreter-l-assistanat-laurent-wauquiez-veut-limiter-l-acces-au

      « Le vrai social, c’est le travail. » (...) il est impératif que le Premier ministre s’attaque à la question du « gaspillage de l’argent public »[des gueuletons de notables plutôt que des universités !].
      (...) « Aujourd’hui, près de 40 % des bénéficiaires du RSA ont moins de 35 ans. Qui peut croire qu’ils sont tous dans l’impossibilité de travailler ? »
      (...) « on ne peut pas continuer à payer des gens à rester chez eux, alors que nous avons 500 000 emplois vacants dans les services à la personne, l’hôtellerie-restauration, l’aide à domicile… »

      Le député de droite propose aussi d’autres mesures pour accompagner la limite d’accès au RSA à deux ans : « La généralisation de vraies heures de travail en contrepartie » du revenu de solidarité active, et « la fusion de toutes les aides sociales en une seule aide plafonnée à 70 % du smic » [soit 1000 balles, et pas de Mars]. « Aujourd’hui, une personne qui travaille pour 3 000 euros brut, aura 2 200 euros pour faire vivre sa famille ; tandis qu’un couple au RSA avec 3 enfants touchera 2 300 euros », déplore Laurent Wauquiez, affirmant que cela est « injuste ».

      Résumé d’un entretien accordé au Parisien titré Laurent Wauquiez : « Je propose que l’on sorte du RSA à vie », avec manip du montant du RSA (tout en omettant les allocations familiales du foyer qui vit sur le salaire du bread winner). Le RSA pour 5 personnes c’est 1639€ avant retranchement du forfait logement de 12%, soit 1447e.

      Ces privilégiés du RSA sont de dangereux abuseurs qui mettent en cause la cohésion sociale que c’est le travail.

      Mais quand même, avec un poids électoral moins nul que celui du PCF, on s’autorise pas, sur ce thème, à être aussi droitier que Roussel. Surtout après le coup de Saint-Pierre-Et-Miquelon.

      #crevure #assistanat

    • Le décret sur les sanctions aux demandeurs d’emploi, et les sanctions plus spécifiques touchant les allocataires du RSA, est paru : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051672648

      Le CNLE avait prononcé un avis sur le projet de décret : https://solidarites.gouv.fr/avis-du-cnle-sur-le-projet-de-decret-du-regime-renove-des-droits-et

      Un résumé utile sur ce blog : https://dubasque.org/rsa-le-conseil-national-des-politiques-de-lutte-contre-la-pauvrete-et-lexc

      edit La suspension du RSA remet-elle en cause la présomption d’innocence ?
      https://blogs.alternatives-economiques.fr/abherve/2025/05/29/la-suspension-du-rsa-remet-elle-en-cause-la-presompti

      La loi renforçant la lutte contre les fraudes aux aides publiques, adoptée par le Parlement fait l’objet de la part des députés LFI d’un recours devant le Conseil Constitutionnel.

      #contrôle #société_punitive

    • Une traque « quasi industrielle » : comment le Nord est devenu le laboratoire de la chasse aux allocataires du RSA
      https://www.humanite.fr/social-et-economie/loi-plein-emploi/cest-une-machine-a-radier-en-masse-dans-le-nord-la-droite-surfe-sur-la-refo

      Sous la houlette de l’ultralibéral Christian Poiret (divers droite), l’exécutif local a fait du système de #sanctions la pierre angulaire de sa politique en matière d’#insertion. Bien avant de sauter à pieds joints dans le dispositif expérimental, il y a deux ans, l’élu avait un objectif revendiqué : « Plus aucun allocataire du RSA ne doit passer à travers les mailles du filet » car « le département n’est pas une planche à billets ». Et avec une méthode bien huilée : traquer au plus près les #allocataires, tenus de rendre des comptes sur leur emploi du temps quotidien, parfois à plusieurs référents.

      Les « Coachs emploi », agents du contrôle accru des allocataires précaires

      Car, parallèlement aux conseillers de France Travail, ont été institués des « coachs emploi », des agents contractuels de catégorie C déployés au sein de maisons départementales de l’insertion et de l’emploi (MDIE) – imaginées en 2015 par Jean-René Lecerf – et chargés de faire respecter un « contrat d’engagement réciproque ».

      « Nous avons envoyé à ce moment-là un chèque du montant d’un mois de RSA au président du département pour son anniversaire, en lui proposant de vivre avec cette somme pendant un mois », raconte Olivier Treneul, porte-parole de SUD, qui a vécu de l’intérieur ce basculement.

      À son arrivée aux commandes en 2021, Christian Poiret a donné, selon le syndicaliste, une dimension « quasi industrielle » au dispositif de contrôle des allocataires, sous couvert « d’accompagnement renforcé ». Renommant les MDIE en maisons Nord emploi (MNE), il crée plus de 400 postes supplémentaires de coachs emploi et autres chargés d’orientation et de parcours, essentiellement des contrats précaires, qu’il intègre au sein d’une direction générale instaurée de toutes pièces.

      « On finit par en perdre la tête avec tous ces interlocuteurs »

      Ces MNE sont désormais un passage obligé, dès lors qu’une personne fait une demande de RSA auprès de la Caisse d’allocations familiales. Le candidat allocataire doit alors s’attendre à recevoir dans la foulée un courrier généré automatiquement le convoquant à un rendez-vous avec un chargé d’orientation, qui déterminera dans quel type de parcours il s’inscrira, selon son degré d’éloignement de l’emploi.

      « On finit par en perdre la tête avec la multiplication des interlocuteurs. Il y a donc d’un côté le conseiller de France Travail qui m’organise des rendez-vous, de l’autre des coachs emploi des MDIE qui m’appellent pour me demander où j’en suis », raconte Pierre, membre du collectif Rato, qui raille la pseudo- « simplification » des démarches tant vantée par l’exécutif départemental.

      Pour Charles Beauchamp, président du Groupe communiste et républicain (GCR), la majorité de droite « a créé un Pôle emploi bis », en s’appropriant une mission qui n’est pas la sienne, celle d’insérer à tout prix les gens dans l’emploi, avec « ce raisonnement simpliste » : « Il y a énormément d’emplois disponibles et énormément d’allocataires du RSA. Donc : on prend un allocataire et on le met sur la case d’un emploi et tout va bien. Or, on voit bien que ça ne marche pas comme ça. »

      L’exécutif départemental ne manque pourtant pas de mettre en avant des chiffres supposés attester du succès de sa méthode : sur la période 2023-2024, le nombre d’allocataires du RSA aurait diminué de 1,5 %, contre + 0,2 % dans l’Hexagone. « Ce qu’on ne nous dit pas, c’est la part de ces personnes qui ont véritablement trouvé un emploi, et quel type d’emploi, et la part de celles qui ont été rayées du RSA parce qu’elles ne se sont pas rendues à un rendez-vous », pointe Charles Beauchamp.

      sans compter un non recours au droit accru.

      https://archive.ph/822ax

      #coachs_emploi #contrat_d’engagement_réciproque

    • « Ils trichent et, nous, on paie » : quand l’élue de l’Allier Annie Corne ose tout et engage une boîte privée pour fliquer les allocataires du RSA
      https://www.humanite.fr/social-et-economie/pole-emploi/ils-trichent-et-nous-on-paie-quand-lelue-de-lallier-annie-corne-ose-tout-et

      Le conseil départemental de l’Allier a mandaté la société Tessi, un prestataire chargé de traquer les prétendus fraudeurs pour le compte de la collectivité. Coût total de l’opération : 50 000 euros.

      (...)Jugeant inefficaces les dispositifs publics qui coûteraient « 470 euros pour chaque contrôle » tout en ne « rapportant que 50 euros par mois », elle a trouvé la parade : confier au privé la tâche de contrôler les allocataires.

      La société Tessi serait d’ores et déjà à pied d’œuvre pour contrôler les allocataires, « en croisant les fichiers, identifiant les incohérences, consultant les réseaux sociaux des allocataires ». Si le flou demeure sur la date à laquelle ce prestataire a commencé ses investigations, l’élue applaudit déjà : « Eux, au moins, ils bossent. Et, en quelques semaines, on a plus avancé qu’en trois ans », se félicite-t-elle.

      https://archive.ph/ANlM4

    • Barème des sanctions applicables aux demandeurs
      d’emploi - FSU emploi

      La situation actuelle est un détournement de l’esprit d’une loi scélérate dont la FSU Emploi réclame l’abrogation.

      Les privés d’emploi sont soumis à un nouveau décret de sanctions permettant à France Travail et aux départements de suspendre 30 à 100 % de leur revenu de remplacement (allocations chômage, Allocation Spécifique de Solidarité ou Revenu de Solidarité Active) en cas de manquement en lien avec le contrat d’engagement pour une durée allant de 1 à 2 mois.

      La Direction de France Travail rajoute de l’arbitraire à l’injustice. En effet déjà dans plusieurs établissements Normandie, BFC, Grand Est, les directions régionales de France travail appliquent des directives qui suspendent le revenu de remplacement à 100 % pendant 1 mois dès le 1er manquement pour toutes et tous sans distinction ! Au moment où notre Directeur Général parlait il y a encore quelques semaines de la nécessité que la sanction soit juste, mesurée, explicable et qu’elle ne prive pas les demandeurs et demandeuses d’emploi de tout moyen de subsistance, certaines DR dans les faits font le contraire et pire que la loi !

      La FSU Emploi position. dans une lettre ouverte en appelle ce jour au Directeur Général pour infléchir cette La délégation FSU Emploi au CSEC se fait écho de cette demande afin que des consignes claires d’individualisation effective des sanctions soient données partout sur le territoire. La FSU Emploi demande également qu’il soit mis fin à ces pratiques ou alors quitte à harmoniser, de le faire dans l’intérêt des usagers sur l’échelle des sanctions qui leur est la plus favorable. Par ailleurs, la FSU Emploi vous alerte de nouveau sur la surexposition des personnels à la détresse voire la colère des usagers et vous demande de prendre toutes les mesures de prévention afin de garantir la sécurité des salariés (Volontaires Service Civique compris)

  • Pour l’élection présidentielle de 2027, l’hypothèse d’un « PDG de la France »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/18/pour-l-election-presidentielle-de-2027-l-hypothese-d-un-pdg-de-la-france_659

    Le terreau semble fertile pour l’irruption d’un grand patron sur la scène politique hexagonale. L’expérience d’Emmanuel Macron, surgi comme un ovni sur la plus haute marche du pouvoir en 2017, fait rêver les plus audacieux.

    Immodeste, il se présente tel un Aristote des temps modernes. Prophète des « Lumières obscures » (le Dark Enlightenment, en vogue aux Etats-Unis), Curtis Yarvin, blogueur, ingénieur informaticien de 51 ans, interrogé le 18 janvier par le New York Times, et, le 5 avril, par la revue Le Grand Continent, est décrit comme le penseur qui murmure à l’oreille du milliardaire Elon Musk, du vice-président américain, J. D. Vance, et de conseillers de l’administration Trump. Contrairement au philosophe grec, l’Américain ne doute guère. Il crie à la faillite des démocraties, régimes qui, dit-il, pèchent par leur inefficacité, et appelle à l’installation d’une sorte de « monarchie » dirigée par un « PDG », assume-t-il, parlant d’un « César américain ».

    Curtis Yarvin est un penseur marginal. Mais son logiciel s’appuie sur une idée qui prospère un peu partout en Occident, celle d’un Etat devenu impuissant. Ce sentiment cohabite, en France, avec une confiance grandissante dans l’entreprise, dont le rôle, sur l’emploi, le pouvoir d’achat, l’écologie, la lutte contre les discriminations, apparaît de plus en plus politique. « Les Français ont le sentiment d’être sans défense. Moins de la moitié estime que le président de la République a les moyens de faire changer leur vie quand ils sont 52 % à croire aux moyens d’action des entreprises », constate Bernard Sananès, président de l’institut Elabe, citant une étude de novembre 2024, réalisée sur un échantillon de 10 000 personnes. « Ah, si la France était gouvernée comme une entreprise… », s’est épanché récemment le président d’un groupe du CAC 40 auprès d’un pilier macroniste, imaginant réduire, avec ses méthodes, l’ampleur du déficit.

    Le terreau semble fertile pour l’irruption d’un grand patron sur la scène politique française. Les électeurs sont lassés de leurs dirigeants. Et Marine Le Pen, favorite, du scrutin présidentiel à venir, au dire des sondeurs, pourrait être empêchée de concourir du fait de ses ennuis judiciaires. « Autrefois les partis verrouillaient le système, là ils se sont effondrés », constate l’essayiste Alain Minc. L’expérience d’Emmanuel Macron, surgi comme un ovni sur la plus haute marche du pouvoir en 2017, fait rêver les plus audacieux.
    […]

    #paywall

  • « En Russie, l’impact démographique de la guerre en Ukraine s’ajoute au déclin structurel de la population depuis la chute de l’URSS »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/12/en-russie-l-impact-demographique-de-la-guerre-en-ukraine-s-ajoute-au-declin-

    « En Russie, l’impact démographique de la guerre en Ukraine s’ajoute au déclin structurel de la population depuis la chute de l’URSS »
    Tatiana Kastouéva-Jean
    Directrice du Centre Russie/Eurasie de l’IFRI
    L’un des problèmes actuels de l’économie russe, reconnu par tous les hauts responsables, est le manque de main-d’œuvre. Fin 2024, plus de 80 % des entreprises russes déclarent éprouver des difficultés à recruter, dans un marché du travail où le taux de chômage est tombé à son plus bas niveau historique, 2,4 % en mars. Aucun secteur n’est épargné, y compris le complexe militaro-industriel dans lequel l’Etat russe investit massivement depuis 2022.
    Pour faire face, les employeurs proposent des salaires de plus en plus attractifs, alimentant l’inflation. Ils révisent à la baisse le niveau d’exigence pour les recrutements, alors qu’aucun indicateur ne permet de constater une amélioration de la productivité du travail en Russie, qui représente un peu plus de la moitié de celle des Etats-Unis, selon une récente étude russe.
    Le manque de cadres, notamment, s’est aggravé avec la guerre en Ukraine : des centaines de milliers de personnes combattent au front ou comptent déjà parmi les morts et les blessés. Jusqu’à 1 million de personnes auraient quitté le pays pour échapper au durcissement du régime ou à la mobilisation militaire.Cet impact démographique de la guerre s’ajoute au déclin structurel de la population depuis la chute de l’URSS. Le faible taux de natalité des années 1990 a abouti à des générations creuses qui font aussi peu d’enfants. Selon l’agence fédérale des statistiques, Rosstat, on comptait plus de 12 millions de Russes entre 15 et 19 ans en 2001, mais seulement 7,8 millions en 2024. Et l’annexion de la Crimée et des quatre régions ukrainiennes, intégrées dans les statistiques russes depuis 2023, ne corrige pas la tendance de fond.
    L’immigration pourrait être une réponse. Mais l’arrivée de travailleurs étrangers – venant majoritairement de pays d’Asie centrale, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan – est perçue avec méfiance par la population russe. Après l’attentat sanglant du Crocus Center en mars 2024, commis par des ressortissants tadjiks, plus de 80 000 migrants en situation irrégulière ont été expulsés, soit deux fois plus qu’en 2023.La plupart des migrants sont mal intégrés en Russie : sous-payés et ayant peu de droits, ils vivent souvent en communautés closes, qui sont aussi parfois des foyers de radicalisation. Selon une décision récente, les écoles russes n’accepteront désormais plus les enfants ne maîtrisant pas la langue russe : une mesure qui risque d’accentuer l’isolement des communautés immigrées et de décourager les nouvelles arrivées.
    La situation pousse les autorités et les employeurs dans une recherche frénétique de solutions. Ceux de l’Extrême-Orient se tournent vers des pays plus exotiques comme, par exemple, la Corée du Nord ou la Birmanie pour le secteur du bâtiment. Plusieurs entreprises du textile ont commencé un transfert de la production vers l’Asie centrale. Une idée surprenante concerne le « visa idéologique » que les autorités russes proposent depuis août 2024 aux personnes qui fuient les politiques néolibérales de leurs pays natals et partagent les valeurs traditionnelles russes. A la différence des exigences pour les migrants centrasiatiques, ces visas ne demandent pas la maîtrise du russe. Depuis janvier 2024, un institut a vu le jour pour faciliter le retour des compatriotes partis à l’étranger. Il ne s’agit pourtant que de gouttes dans l’océan des besoins du marché du travail russe.
    La tension actuelle sur le marché du travail se combine à la réflexion sur la démographie de demain. Le président russe prône la famille nombreuse comme nouvelle norme. Des mesures natalistes – financements, avantages sociaux, accès facilité au logement – sont en vigueur depuis plusieurs années en Russie, mais n’apportent pas le résultat escompté. Le taux de fécondité y est actuellement de 1,41, malgré quelques exceptions régionales, comme en
    La diffusion des idées childfree [faire le choix de ne pas avoir d’enfant] ou des thématiques LGBTQ+ a été interdite en Russie. Le débat est régulièrement relancé sur l’interdiction de l’avortement, sans aboutir pour l’instant, car l’idée est peu populaire dans la société russe, qui, dans ses comportements, est proche du mode de vie occidental et n’apprécie pas l’ingérence de l’Etat dans ce domaine privé. Mais une dizaine de régions proposent des aides financières aux mineures enceintes pour les inciter à garder l’enfant.
    Il est légitime de douter du succès en temps de guerre des mesures natalistes qui n’ont pas apporté les résultats escomptés en temps de paix. Selon les prévisions médianes de l’ONU, si l’actuelle tendance démographique se poursuit en Russie, sa population se réduira à moins de 136 millions de personnes d’ici à 2050 (contre 144 millions en 2023). De quoi se poser des questions sur son développement économique, mais aussi ses ambitions de grande puissance.

    #Covid-19#migrant#migration#russie#demographie#guerre#economie#travailleurmigrant#asie#ouzbekistan#tadjikistan#kirghizistan#coree#birmanie

  • « Le Rapt d’Internet » : la réappropriation des moyens de production numérique
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/16/le-rapt-d-internet-la-reappropriation-des-moyens-de-production-numerique_659

    « Le Rapt d’Internet » : la réappropriation des moyens de production numérique
    Pour prospérer, les géants du numérique enferment leurs utilisateurs dans des plateformes dont il est difficile de sortir. Dans un essai, le Canadien Cory Doctorow appelle à faire tomber les murs de ces forteresses juridiques. Le moyen pour y parvenir ? L’interopérabilité.
    Par Marion Dupont

    Livre. Pourquoi les géants du numérique – Microsoft, Apple, Google, Amazon, Meta, et autres – sont-ils si « gros » et comment le sont-ils devenus ? Loin de devoir leur gigantisme au génie de leurs fondateurs ou à la supériorité des technologies qu’ils proposent, les Big Tech se sont développées et maintenues grâce à une forme d’emprisonnement de leurs utilisateurs particulièrement pernicieuse. C’est en tout cas l’analyse présentée par le militant canadien Cory Doctorow dans un ouvrage au titre explicite : Le Rapt d’Internet. Manuel de déconstruction des Big Tech ou comment récupérer les moyens de production numérique (C&F Editions, 240 pages, 26 euros).

    Difficile de lui donner tort. Un exemple : si la qualité des services fournis par Facebook n’a cessé de se dégrader au cours des dernières années, le départ de la plateforme a un prix (appelé « coût de sortie ») que peu d’utilisateurs sont prêts à payer. Abandonner ce réseau social se traduit en effet par la perte des photos, de l’accès aux amis, à la famille, aux communautés fréquentées ou, pour les entrepreneurs, à la clientèle qu’ils s’y sont forgé. Résultat, même maltraités, les utilisateurs restent et contribuent par leur argent et leurs données à la puissance des Big Tech, dans un cercle vicieux qui, trop souvent encore, ne suscite que des réactions fatalistes.
    Les murs des « jardins clos » créés et entretenus par les entreprises de la Silicon Valley ne sont pourtant pas impénétrables, argumente Cory Doctorow. Ces forteresses sont en effet protégées par un enchevêtrement de dispositifs juridiques particulièrement avantageux, fruit d’une bataille législative menée à bas bruit depuis les années 1990 pour entraver l’émergence de technologies concurrentes ou la libre utilisation des produits par les utilisateurs (qui n’ont pas le droit, par exemple, de réparer ou d’améliorer les téléphones Apple qu’ils ont pourtant achetés… ailleurs que chez Apple).

    Connecter de nouvelles technologies

    Le nerf de la guerre pour forcer ces murailles ? L’interopérabilité, c’est-à-dire la possibilité pour les clients comme pour les concurrents de connecter de nouvelles technologies aux services, systèmes ou plateformes déjà existants – ce qui permettrait, notamment, d’en sortir à coûts réduits. La notion constitue sans surprise le cœur de l’ouvrage et de son argumentation, l’auteur s’employant à la rendre accessible à coups de bons mots et de cas concrets – au détriment parfois de la citation des sources sur lesquelles il s’appuie.
    Lire aussi l’entretien | Article réservé à nos abonnés « Le pouvoir des géants de la tech érode la démocratie »

    Si, admet-il, réformer le maquis législatif rendant actuellement l’interopérabilité quasiment hors la loi pourrait prendre plusieurs décennies, des mesures peuvent être prises dès maintenant pour « récupérer les moyens de production numérique » : encore faut-il que le grand public les connaisse. Avec Le Rapt d’Internet, c’est chose faite.

    Le Rapt d’Internet. Manuel de déconstruction des Big Tech ou comment récupérer les moyens de production numérique de Cory Doctorow, C&F Editions, 240 pages, 26 euros.

    Marion Dupont


    #Cory_Doctorow #Rapt_Internet

  • Harvard s’oppose à Donald Trump, le président américain gèle 2,2 milliards de dollars d’aide à la prestigieuse université
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/04/15/harvard-refuse-de-se-soumettre-aux-injonctions-de-l-administration-trump_659

    Harvard s’oppose à Donald Trump, le président américain gèle 2,2 milliards de dollars d’aide à la prestigieuse université

    La réponse de Donald Trump n’a pas tardé contre l’université accusée de ne pas avoir lutté contre l’antisémitisme, lors des manifestations propalestiniennes après les massacres du 7-Octobre et la guerre dans la bande de Gaza. La plus ancienne université des Etats-Unis est la première à oser un choc frontal contre le président américain, affaibli par ses reculs dans sa guerre commerciale.
    .../...
    « D’ici à août, l’université doit réformer son recrutement des étudiants internationaux afin d’empêcher l’admission d’étudiants hostiles aux valeurs et aux institutions américaines, y compris les étudiants soutenant le terrorisme ou l’antisémitisme », exige l’Etat fédéral. La prise en compte de la diversité et de l’inclusion dans le recrutement des élèves est proscrite et l’université est priée de communiquer tous les documents d’admission à l’Etat fédéral.

    https://justpaste.it/8en30

    • La diversité est proscrite pour les minorités mais exigée pour les prof nuls de droite.

      « L’université devra demander à un organisme externe de procéder à un audit de la diversité des points de vue auprès des étudiants, des professeurs, du personnel et de la direction, de sorte que chaque département soit individuellement diversifié »

      Après ce serait vraiment un « choc frontal » si Harvard revendiquait fièrement les protestations contre le génocide qui s’y sont tenues plutôt que de dire que beaucoup de changements nécessaires ont eu lieu depuis 1 an qui vont dans le sens de l’état fédéral et que ce n’est déjà plus la même université...

    • Réactions sur le gel des aides à Harvard par l’administration Trump (via @politipet sur le Fediverse ; https://piaille.fr/@politipet/114340866874780308) :

      The Harvard chapter of the American Association of University Professors sued the Trump administration Friday over what they call an “unlawful and unprecedented” attempt to use federal funding cuts to restrict free speech.

      The Department of Education announced in late March that it would review $8.7 billion in federal grants and contacts given to Harvard, alleging that the school failed to prevent antisemitic discrimination on campus.

      The Trump administration then unveiled a broad set of demands on April 4 the university must agree to in order to keep getting federal funding, including cutting all diversity, equity and inclusion programming, and modifying any programming and departments that “fuel antisemitic harassment.” The administration gave Columbia University a similar set of demands in March, which the school agreed to.

      The lawsuit by the professors’ group, filed in Massachusetts federal court, alleges that the administration’s federal funding review violates the Title VI of the Civil Rights Act, which prohibits discrimination in programs that receive federal funds. The court filing says the law requires specific procedures to cut federal funds and that the Trump administration has not taken any of those steps.

      The group said in a press release that the administration’s actions are in effort to create a chilling effect among universities and faculty to stop speech that the president does not like.

      “Eliminating discrimination and protecting all students is important,” said Nikolas Bowie, a Harvard law professor and the secretary-treasurer of the school’s AAUP chapter, in a statement. "But Trump is defying the Civil Rights Act, terrifying students, and illegally holding hostage grants for hospitals and scientific research so he can accomplish his real goal of punishing academics for our politics.”

      The lawsuit says that the actions by the administration have “already caused severe and irreparable harm by halting academic research and inquiry at Harvard.”

      This is the second suit that the Harvard AAUP* chapter has filed against the Trump administration this year. The first was a joint suit with other chapters, including one from Columbia, over federal efforts to deport Mahmoud Khalil and students that engaged in Pro-Palestinian activism.

      https://www.wbur.org/news/2025/04/14/harvard-aaup-trump-funding-cuts-lawsuit

      *AAUP : American Association of University Professors

    • Pr. Logos sur le Fediverse à propos de la mise au pas (de l’oie) des universités françaises par notre « cher » ministre chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste :

      Pourquoi Philippe Baptiste a-t-il soudainement mis l’accélérateur sur la LRU 2.0, par les COMP, c’est à dire la liquidation de toute autonomie des universitaires et des chercheurs et la soumission intégrale des sciences et de l’Université au pouvoir politique ?
      Hypothèse (sans preuve)

      Parce que la communauté académique a bougé contre les KeyLabs (victoire), pour Stand Up for Science (immense succès), pour obtenir la suppression du contrôle politique par le Hcéres (victoire à confirmer), et les étudiants bougeottent contre les 3 milliards € de coupes et annulation de crédits.

      Il tente la guerre éclair pour déborder les défenses immunitaires en pensant qu’il n’en a pas forcément pour longtemps au ministère, du fait de la condamnation de la Le Pen (le RN tenant le gouvernement dans sa main). Il veut soumettre l’Université et la recherche avant de donner les clés au RN.

      Il sait qu’il peut compter sur la veulerie des laquais invertébrés de France Universités qui ont décidé ce jour de soutenir cette soumission (chimique) de l’Université au pouvoir politique. Il espère que Stand Up + austérité + Hcéres + etc + cela fasse trop de fronts pour la Résistance.

      Nous avons une chance paradoxale : les attaques aux Etats-Unis ont immensément choqué la communauté universitaire et scientifique. Tout le monde voit (sauf les buraucrates de l’Udice et France Universités) que les COMP livrent l’Université à l’extrême-droite, à poil, et pieds et poings liés.

      Et le milieu académique a renoué avec l’idée qu’elle ait se mettre debout, et même qu’elle peut faire front commun avec les étudiantes et les étudiants.

      Nous sommes dos au mur. Et l’accélérationnisme musko-trumpien est bien là, reconnaissable à son odeur.

      Nous allons nous battre pied à pied.

      (https://piaille.fr/@Pr_Logos/114338206067666297)

      Et aussi :

      #ESR #VeilleESR
      4200 universitaires, chercheurs et praticiens défendent un nouvel horizon pour l’Université et les sciences, contre le ministre, seul, et ses COMP (contrat d’objectifs, de moyens et de performances) qui livrent l’ESR au RN.
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/15/le-haut-conseil-de-l-evaluation-de-la-recherche-et-de-l-enseignement-superie

      Vous pouvez signer cette tribune pour soutenir une recherche et une université autonome vis-à-vis du pouvoir politique (et de tous les pouvoirs) et de la reprise en main accélérationniste en cours ici, dans le temps même où les sciences sont sous attaque aux USA.
      https://rogueesr.fr/tribune-hceres

      (https://piaille.fr/@Pr_Logos/114340619342173033)

    • [Univetsity President] Garber condemned the demands, calling them a political ploy disguised as an effort to address antisemitism on campus.

      It makes clear that the intention is not to work with us to address antisemitism in a cooperative and constructive manner,” he wrote. “Although some of the demands outlined by the government are aimed at combating antisemitism, the majority represent direct governmental regulation of the ‘intellectual conditions’ at Harvard.

      Garber’s response on Monday follows an intense campaign from Harvard faculty and Cambridge residents to resist the Trump administration’s demands.

      On Saturday, nearly 500 Harvard affiliates and Cambridge residents gathered in Harvard Square to urge Garber to resist the demands — a call he appeared to answer on Monday.

      Garber’s Monday email marked the most forceful condemnation yet from any Harvard official against the Trump administration’s now months-long campaign against the University.

      In the lead-up to the funding review, Garber had tried to quietly walk a middle road between federal pressure and resistance on campus. In March, Harvard ousted personnel at its Center for Middle Eastern Studies, suspended programming focused on Israel and Palestine at the Harvard Divinity School, and terminated its partnership with the oldest university in the West Bank — seemingly a preemptive measure to fend off scrutiny from Washington.

      And while the Trump administration acknowledged the moves as an “expression of commitment” to addressing antisemitism on campus, it was not enough to halt the $9 billion funding review or curb the flow of new demands.

      https://www.thecrimson.com/article/2025/4/15/harvard-denies-trump-demands

    • on est dans le délire le plus total…

      Elie Honig Gobsmacked at White House Letter to Harvard
      https://www.mediaite.com/tv/elie-honig-stunned-when-white-house-admits-it-sent-menacing-letter-to-harv

      Elie Honig Stunned When White House Admits It Sent Menacing Letter to Harvard by Mistake – But Blamed Harvard Anyway : ‘I Mean…’

      The White House admitted on Friday that it mistakenly sent Harvard University a threatening letter that the school’s attorneys subsequently ripped apart in a public rebuke.

      The New York Times published a wild report on Friday evening, stating that the rejection prompted “a frantic phone call from a Trump official.”

      “The April 11 letter from the White House’s task force on antisemitism, this official told Harvard, should not have been sent and was ‘unauthorized,’” two sources told the Times. The letter included a list of demands, including the elimination of diversity, equity, and inclusion programs and the expulsion of pro-Palestine protestors. It also demanded that Harvard guarantee “viewpoint diversity.”

      President Donald Trump threatened to rescind the institution’s tax-exempt status after the university rejected his administration’s demands.

      The Times report included quite the comment from a Trump official, who said Harvard should have called the White House after receiving the letter instead of responding with a letter of its own that it made public.

      “It was malpractice on the side of Harvard’s lawyers not to pick up the phone and call the members of the antisemitism task force who they had been talking to for weeks,” said May Mailman, the White House senior policy strategist. “Instead, Harvard went on a victimhood campaign.”

      On Friday’s edition of The Source, CNN Senior Legal Analyst Elie Honig phoned in to discuss the Times report about the errant letter, which he called “outrageous” and “obviously unconstitutional.” He was also in awe of the administration placing the blame on Harvard:

      Ok, so the White House’s position is, it was malpractice by Harvard to not realize that this letter was so outrageous, it probably wasn’t true. I mean, [inaudible] I think that statement actually just sort of gives away the whole game. Essentially, the argument that we’re hearing there from May Mailman at the White House is, “They should’ve known. They should’ve known there was something wrong. They should’ve picked up the phone and said to us at the White House, ‘Hey guys, this looks like a mistake.’”

      I think it’s pretty obvious where the fault lies, though.

      Honig concluded by wondering what’s next.
      “Now, does the White House withdraw this?” he said. “Or do they sort of decide, ‘Whoops, we’re pot-committed now, and we’re gonna have to have this fight through to the end’?”

  • « Nous, #journalistes français, nous déclarons solidaires de nos collègues de #Gaza »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/13/nous-journalistes-francais-nous-declarons-solidaires-de-nos-collegues-de-gaz

    Les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont tué près de deux cents journalistes palestiniens en dix-huit mois. Un collectif d’organisations professionnelles françaises dénonce, dans une tribune au « Monde », cette hécatombe et le black-out médiatique qu’Israël organise, selon lui, sciemment.

  • Julian Fernandez et Olivier de Frouville, juristes : « Les déclarations du ministre israélien de la défense sont l’expression transparente d’une intention #génocidaire à #Gaza »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/11/julian-fernandez-et-olivier-de-frouville-juristes-les-declarations-du-minist

    Dans un tweet du 19 mars, le ministre de la défense de l’Etat hébreu, Israel Katz, offre une fausse « alternative » aux Gazaouis : partir ou mourir. Dans une tribune au « Monde », les professeurs de droit international pénal estiment qu’on a rarement entendu un responsable d’Etat exprimer aussi ouvertement un projet se conformant à la définition juridique du #génocide.

  • « Lorsqu’il s’agit d’arbitrer entre intérêts économiques et protection de la nature, l’Etat de droit se fait tout à coup très discret »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/06/lorsqu-il-s-agit-d-arbitrer-entre-interets-economiques-et-protection-de-la-n


    Le chantier de l’autoroute A69 près de Puylaurens (Tarn), le 14 mars 2025. ED JONES / AFP

    Un jugement exécutoire controversé, une magistrate dénigrée et jetée en pâture sur les réseaux sociaux, des critiques contre les juges qui fusent dans le monde politique et les médias, une loi en préparation pour circonvenir la décision de justice… La séquence des événements qui ont suivi la condamnation en première instance de Marine Le Pen à quatre ans de prison, dont deux ferme, et cinq ans d’inéligibilité, et le jugement du 27 février du tribunal administratif de Toulouse annulant le projet autoroutier A69 se ressemblent, trait pour trait.

    A ce détail près que, dans le premier cas, plusieurs voix se sont élevées pour condamner une remise en question caractérisée de l’#Etat_de_droit, alors que, dans le second, la conversation publique s’est plutôt focalisée sur l’absurdité supposée d’annuler un projet déjà si avancé. Bien sûr, les conséquences politiques de l’une et l’autre décisions sont sans commune mesure, mais les deux caractérisent un même genre d’atteinte à l’Etat de droit. L’une peut être jugée gravissime, au point de déclencher la mobilisation de partis de gauche ; l’autre passe complètement inaperçue.

    https://archive.ph/gXdmj

    #écologie #droit

  • Theo Boer, professeur d’éthique néerlandais : « J’ai cru qu’un cadre rigoureux pouvait prévenir les dérives de l’euthanasie : je n’en suis plus si sûr »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/07/theo-boer-professeur-d-ethique-neerlandais-j-ai-cru-qu-un-cadre-rigoureux-po


    Tribunal à La Haye où se tenait le procès d’une médecin accusée d’avoir donné la mort à une patiente atteinte de la maladie d’Alzheimer, sans s’être suffisamment assurée de son consentement. A La Haye, aux Pays-Bas, le 26 août 2019. ALEKS FURTULA / AP

    Depuis plus de vingt ans, les Pays-Bas expérimentent l’#euthanasie dans un cadre présenté comme strict, balisé, #éthique. Pourtant, les chiffres publiés dans le dernier rapport du comité d’examen, daté du 24 mars, racontent une autre histoire. Celle d’un élargissement constant, d’une banalisation progressive et d’un basculement culturel silencieux.

    En 2024, le nombre d’euthanasies a connu une nouvelle hausse de 10 %. On aurait pu penser que le phénomène atteindrait un plateau, surtout après une croissance modeste de 4 % en 2023. Il n’en est rien. La dynamique repart de plus belle, et le président du comité, Jeroen Recourt, prévoit que la courbe poursuivra sa montée dans les années à venir. Ce n’est plus une fluctuation : c’est une tendance structurelle.

    On objectera peut-être que cette augmentation suit le vieillissement de la population. Mais, même en proportion des décès globaux, le phénomène continue de s’amplifier : de 5,4 % des morts en 2023 à 5,8 % en 2024. En 2017, dans certaines régions, ce pourcentage atteignait déjà 15 %, et on s’attend à ce qu’il ait augmenté depuis lors. L’euthanasie n’est plus exceptionnelle : elle devient, dans bien des cas, une #fin_de_vie parmi d’autres.

    Pression accrue

    Mais, au-delà des statistiques brutes, d’autres évolutions suscitent une profonde inquiétude. L’émergence de l’« #euthanasie_à_deux », qui permet à des couples ou à des fratries de mourir ensemble, en est une. En un an, le nombre de ces morts planifiées en tandem a bondi de 64 %, pour atteindre 108 décès en 2024. Surtout, les euthanasies pour troubles psychiatriques ont progressé de 59 % , touchant des personnes parfois très jeunes. Des patients physiquement en bonne santé, mais plongés dans des souffrances mentales que la médecine peine à soulager, demandent désormais à mourir – et obtiennent gain de cause.

    Le nombre de cas liés à la démence augmente également rapidement. Ici, une demande d’euthanasie est souvent fondée sur la crainte d’une dépendance, d’une perte de dignité ou sur un testament de vie signé bien avant les premiers symptômes. Nous entrons là dans un champ où la volonté actuelle du patient est parfois floue, et l’acte médical repose sur des interprétations.

    Dans mes échanges avec de nombreux médecins néerlandais, une constante revient : la pression s’accroît. Ce n’est plus seulement une demande individuelle, mais une attente sociale. Du fait d’une « normalité » croissante, le personnel soignant se demande : « Jusqu’où irons-nous ? A quel moment cela cessera-t-il d’être un acte de compassion pour devenir une réponse automatique aux patients qui refusent d’accepter un refus ? » Pour de bonnes raisons, le gouvernement a maintenant lancé une enquête sur les raisons de cette augmentation.

    Et pourtant, face à ces doutes, le mouvement législatif continue. Le Parlement néerlandais étudie prochainement une proposition de loi visant à accorder le suicide assisté à toute personne de plus de 74 ans, même en l’absence de pathologie grave. Le seul critère serait l’âge . Un basculement symbolique majeur : on ne meurt plus parce qu’on souffre, mais parce qu’on estime avoir assez vécu. C’est une vision radicalement nouvelle de la #vieillesse, et de la valeur que nous accordons à notre société.

    En tant qu’ancien membre d’un comité d’examen de l’euthanasie, j’ai cru, à l’époque, qu’un cadre rigoureux pouvait prévenir les dérives : je n’en suis plus si sûr. Ce que je constate, c’est que chaque ouverture du champ de l’euthanasie crée de nouvelles attentes, de nouvelles demandes, une nouvelle #normalité. La logique interne du système pousse toujours à élargir. Une souffrance jugée « insupportable » aujourd’hui l’est parfois moins que celle d’hier, mais l’issue reste la même.

    Un pari risqué

    Dans l’Hexagone, certains assurent que « la France n’est pas la Hollande », et que ces évolutions ne s’y produiront pas. C’est un pari risqué. Car, dans tous les pays où l’euthanasie ou le #suicide_assisté ont été légalisés, on observe une croissance continue du nombre de cas. Ce n’est pas une exception néerlandaise. C’est une dynamique à l’œuvre partout où la mort médicalement provoquée devient une option.

    Je ne suis pas un adversaire acharné de l’euthanasie. Dans certains cas extrêmes, elle peut être un recours ultime. Mais je suis convaincu que sa légalisation n’apaise pas la société : elle l’inquiète, la transforme, la fragilise. Elle modifie notre rapport à la vulnérabilité, à la vieillesse, à la dépendance. Elle introduit l’idée que certaines vies, dans certaines conditions, ne valent plus la peine d’être vécues – ni même d’être soignées.

    Je m’adresse ici aux Français, non pour donner des leçons, mais pour partager l’expérience de mon pays. Regardez ce qui se passe chez nous. Ecoutez les voix, même discrètes, de ceux qui doutent. Avant d’ouvrir cette porte, posez-vous une question simple mais fondamentale : sommes-nous prêts à ce que tuer devienne une #option_médicale parmi d’autres, même en présence de soins palliatifs de pointe, et même en l’absence de maladie ? Sommes-nous prêts à faire peser sur les #soignants le poids d’un tel choix ?

    Apprenez de notre expérience. Il est encore temps.

    Theo Boer est professeur d’éthique de la santé à l’université théologique protestante de Groningue (Pays-Bas) et ancien membre d’un comité de contrôle de l’euthanasie du gouvernement néerlandais.

    La question est vite répondue à dire que la liberté individuelle se fout de la théologie. C’est louper les enjeux du soin, de ce que serait une solidarité consistante, louper l’emprise de normes sociales évolutives, comme le souligne l’article, d’un ensemble de dimensions qui viennent compliquer le fier présupposé du libre-arbitre.

    #vulnérables #malades #vieux #psychiatrie

  • Eva Illouz, sociologue : « Je ne me soumettrai pas au diktat d’un ministre qui veut forcer les citoyens profondément attachés à Israël à se soumettre et à obéir »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/04/eva-illouz-je-ne-me-soumettrai-pas-au-diktat-d-un-ministre-qui-veut-forcer-l

    La vérité est qu’après le 7-Octobre, je suis désillusionnée par les tribunaux internationaux ; je ne crois plus en leur intégrité. Tant de pays commettent des crimes terribles à grande échelle, pourquoi sont-ils dispensés de ces tribunaux, alors qu’Israël, un petit pays menacé sur tant de frontières, est pratiquement le seul à être mis en examen ?
    [...]
    Je ne renie et ne renierai pas l’intention derrière ma signature. Je continuerai à protester contre le traitement inhumain des civils palestiniens innocents, tout comme je continuerai à protester contre l’antisémitisme d’une certaine gauche depuis le 7-Octobre.

  • Quand l’IA générative est une exploitation
    https://lepavenumerique.substack.com/p/quand-lia-generative-est-une-exploitation

    Édito du Pavé Numérique du 2 avril 2025
    par Ivan Gaudé

    https://www.youtube.com/watch?v=ngZ0K3lWKRc

    Miyazaki : « La génération d’animation par IA est une insulte à la vie elle-même. »

    Le 25 mars, #OpenAI a intégré à #ChatGPT un nouveau générateur d’images [1] perfectionné (avant de devoir partiellement en limiter l’accès gratuit devant la demande). Aussitôt, sans que l’on sache vraiment pourquoi, les utilisateurs sont devenus obsédés par le style visuel de Ghibli (studio d’animation fondé par Hayao Miyazaki et Isao Takahata). Ils ont inondé les réseaux sociaux de photos modifiées par ChatGPT pour être « dans le style » de #Ghibli [2] (en fait principalement celui de #Miyazaki).

    Quel est le problème ? Qu’y a-t-il de plus innocent qu’une petite ghiblimation du quotidien ? Derrière la génération de ces images optimistes, il y a un hic, et même deux.

    D’abord, cette possibilité implique de toute évidence que l’IA générative d’OpenAI a été entraînée sur la production du studio, sans accord ni autorisation [3]. Et même si le cadre juridique d’une telle utilisation n’est pas encore clarifié, même si la loi ne protège pas un style (et encore moins un style collectif), il est indéniable qu’il s’agit d’une appropriation.

    Circonstance aggravante, cela semble aller directement à l’encontre de la volonté de Miyazaki lui-même, qui est réputé avoir qualifié la génération d’animation par IA « d’insulte à la vie elle-même » (la dureté de cette phrase semble viser plus particulièrement la génération de mouvements non humains, mais sa consternation devant le principe même de la technique est très visible [4]). Seulement, on ne lui a pas demandé son avis.

    Pas plus que ne demandent quoi que ce soit les partisans MAGA [5], qui sont nombreux à s’être emparés de cette machine à mèmes, notamment sur X, ou la Maison-Blanche elle-même qui n’a pas manqué d’enfourcher la tendance de la façon la plus déshumanisante possible. La ghiblimation en cours sert donc aussi à camoufler la violence politique sous un vernis visuel familier et rassurant. Et une œuvre dont les thèmes récurrents sont l’antifascisme, la solidarité et le respect de la nature est recyclée par une idéologie qui prône son exact opposé.

    En somme, la ghiblimation est une sublimation, au sens physique du terme : elle fait passer une œuvre solide directement à l’état gazeux. En extrayant un soi-disant « style » pour le séparer du reste de l’œuvre et donc de son sens, OpenAI a permis une forme d’expropriation du créateur, suivie d’une déclinaison infinie et gratuite, ouverte à tous les contresens puisque dénaturée ; une exploitation totale.

  • Condamnation de Marine Le Pen : « Le discours du RN imprègne le cadrage politico-médiatique du procès »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/01/condamnation-de-marine-le-pen-le-discours-du-rn-impregne-le-cadrage-politico

    C’est exactement ça !!!
    Pas un mot à retirer de cette tribune.
    Sacré journalistes qui oublient leur rôle de défense de la société (le "quatrième" pouvoir) en se mettant au service de l’image, de l’audience, du cliché et de la pipelisation de l’information.

    Malgré un jugement méticuleusement étayé, rendu le 31 mars, la large diffusion de la rhétorique des prévenus, outre qu’elle contribue à discréditer le travail des juges, laisse peu de place à l’analyse des pratiques de détournement de fonds publics, remarque la politiste Estelle Delaine, dans une tribune au « Monde ».

    Publié hier à 19h30, modifié hier à 22h40 Temps de Lecture 3 min.

    Article réservé aux abonnés

    Le jugement du tribunal de Paris, rendu lundi 31 mars dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national (FN), ancêtre du Rassemblement national (RN) et condamnant les dirigeants du principal parti d’extrême droite français, était attendu.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « Le Monde » publie les principaux extraits du jugement condamnant Marine Le Pen : « Un système mis en place pour alléger les charges du parti »

    Si le motif de ce procès n’est pas inédit en France, l’ampleur du détournement de fonds publics dont est accusée la direction du FN est sans commune mesure dans l’histoire de la Ve République et a nécessité, depuis 2017, de nombreuses audiences et vérifications des preuves. Mais, loin d’être perçue comme l’effet de la méticulosité du travail des juges, l’extension des procédures est interprétée par certains journalistes et membres de la classe politique comme la traduction d’un traitement différencié réservé aux dirigeants du RN.

    Des articles du code pénal établissent le détournement de fonds publics comme un délit (art. 432-17), exposant les auteurs à plusieurs peines dont l’« interdiction des droits civils, civiques », et notamment l’« inéligibilité » (art. 131-26-1). La loi Sapin 2 (8 décembre 2016) et celle « pour la confiance dans la vie politique » (15 septembre 2017) rendent obligatoire une peine complémentaire d’inéligibilité dans ce cas (sauf circonstances particulières de l’infraction, régies par le code).
    Lire aussi (2016) | Loi Sapin 2 : l’obligation de publication des données des multinationales censurée

    En effet, dans une démocratie, non seulement les ressources et les financements publics doivent servir au bien commun, et non être appropriés pour des entreprises individuelles et collectives, mais l’égalité devant la loi est une exigence de valeur constitutionnelle prévenant tous privilèges.
    Focalisation sur la présidentielle

    Dès 2017, les prévenus ont pu s’exprimer abondamment dans la presse sur l’affaire alors en cours. Les dirigeants du RN n’ont eu de cesse de répéter un argumentaire centré sur trois points : les juges s’apprêteraient à rendre une décision politique ; ils seraient des adversaires de leur parti ; et, plus généralement, il serait inopportun qu’un tribunal puisse décider du résultat d’élections en « empêchant » un ou une candidate de se présenter, une telle possibilité étant qualifiée d’« acharnement », de « violence », d’« atteinte à la démocratie ».
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Condamnation de Marine Le Pen : premier coup d’arrêt de sa vie politique à deux ans de la présidentielle

    Cette rhétorique n’est pas surprenante : elle est mobilisée par les cadres du parti depuis les années 1980, comme l’indiquent les spécialistes de l’analyse de leurs discours. Il est plus étonnant, en revanche, que ce discours imprègne le cadrage politico-médiatique de ce procès au point que les analystes peinent à le dépasser.
    Newsletter abonnés
    « La lettre des idées »
    Votre rendez-vous avec la vie intellectuelle
    S’inscrire

    La couverture dont il fait l’objet éclaire en effet les spécificités du champ politico-médiatique contemporain à plus d’un titre. Elle révèle, tout d’abord, la focalisation de certains de ses acteurs – et surtout de certains commentateurs – sur l’élection présidentielle : le jugement de la cour est ainsi souvent perçu non pas comme une sanction du détournement massif d’argent, mais comme une décision motivée par le scrutin de 2027.
    Marine Le Pen, cheffe de file des députés RN, à l’Assemblée nationale, au lendemain du jugement rendu dans l’affaire des assistants parlementaires du FN, et de sa condamnation, le 1ᵉʳ avril 2025.
    Marine Le Pen, cheffe de file des députés RN, à l’Assemblée nationale, au lendemain du jugement rendu dans l’affaire des assistants parlementaires du FN, et de sa condamnation, le 1ᵉʳ avril 2025. MICHEL EULER / AP

    Transparaît également l’hyperpersonnalisation de la vie politique, qui conduit à commenter surtout les effets de la condamnation, notamment, l’impossibilité, pour Marine Le Pen, de participer aux élections, celle-ci contrariant des pronostics sondagiers qui la voyaient au second tour de la présidentielle.

    Les observateurs qualifient alors cette condamnation de « séisme » dans la vie politique française et soulignent l’imprévisibilité de la future élection, reprenant plus ou moins explicitement la rhétorique frontiste qui érige le RN en « premier parti de France ». De la même manière, certains membres de la classe politique, comme Jean-Luc Mélenchon, regrettent que soit ainsi confisquée la possibilité de débats-duels perçus comme sains et loyaux.
    Lire aussi (2021) : Article réservé à nos abonnés Comment le Rassemblement national est devenu le premier parti de la génération des 25-34 ans

    Enfin, la sensationnalisation du débat politique, impliquant une conception particulière du « contradictoire » journalistique, conduit à la valorisation des opinions tranchées et à la présence en plateau de personnalités d’extrême droite pourtant controversées, qui s’en trouvent normalisées. Le politiste Erik Neveu, dans le no 118 de la revue Réseaux (2023), a noté l’application paroxysmique de cette logique dans les émissions d’« infotainment » depuis les années 2000, tout comme dans certaines émissions politiques : être condamné par la justice vaut invitation dans les médias les plus suivis, et permet à des politiques de se justifier et de contester les décisions de justice.
    Surprenant renversement de logique

    Ainsi, comme au soir même des réquisitions du tribunal, en novembre 2024, Marine Le Pen a-t-elle été invitée au journal télévisé de TF1 le soir même de sa condamnation. Sur un plateau de télévision ou de radio, le temps de parole offert, les questions posées, le vocabulaire mobilisé (reprenant parfois sans recul critique la rhétorique des mis en cause, comme l’expression paranoïaque « gouvernement des juges »), créent un surprenant renversement de logique, les condamnés devenant les victimes d’un « système ».
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Après sa condamnation, Marine Le Pen s’enferme dans le déni et veut toujours croire à son avenir politique

    Ces tendances sont bien connues des sociologues, et nous conduisent à nous interroger sur les manières dont la médiatisation du débat public accompagne les évolutions des démocraties contemporaines. En plus de contribuer à discréditer le travail des juges (qui s’appuient sur un arsenal de preuves, des heures d’audiences, des témoignages accablants et concomitants, pour rendre leur jugement) en diffusant largement la rhétorique des prévenus, le cadrage politique et médiatique accorde finalement peu de place à l’analyse des pratiques de détournement de fonds publics et à la question de l’exercice effectif du pouvoir.

    L’un des objectifs de la sanction des comportements répréhensibles des gouvernants est pourtant bien de préserver la démocratie de ce qui en menace les piliers. Si les responsables politiques souhaitent, comme l’indiquent les titres des récentes lois, restaurer la « confiance dans la vie politique », il est grand temps que les mandatés (comme les observateurs de la vie politique) ne considèrent pas leurs fonctions comme des postes de pouvoir, mais bien comme des délégations qui les obligent.

    Estelle Delaine est maîtresse de conférences en science politique à l’université Rennes-II. Elle a écrit « A l’extrême droite de l’Hémicycle. Le Rassemblement national au cœur de la démocratie européenne » (Raisons d’agir, 2023).

    #Journalisme #Marine_LePen #Justice #Médias

  • Trois idées reçues sur les rapports entre le droit et la politique (et sur le « gouvernement des juges ») - AOC media
    https://aoc.media/analyse/2025/04/02/trois-idees-recues-sur-les-rapports-entre-le-droit-et-la-politique-et-sur-le-

    Par Lauréline Fontaine, juriste

    Le verdict de culpabilité à peine prononcé à l’endroit des dirigeants du Rassemblement national et de leur organisation, la petite musique du « gouvernement des juges » se faisait bruyamment entendre. C’est l’occasion de montrer comment cet argumentaire dangereux et fallacieux a été progressivement inscrit au sein de notre espace démocratique pour saper, en opposant droit et politique, un des fondements de l’État de droit : la séparation des pouvoirs.

    De la décision rendue par le Tribunal correctionnel de Paris le 31 mars 2025, dans l’affaire des assistants parlementaires du groupe Rassemblent National au Parlement européen, entre 2014 et 2016, les médias et leurs acteurs font leurs gros titres des peines prononcées, et notamment de celles concernant l’inéligibilité des élus concernés, au premier rang desquels Marine Le Pen. Bien sûr, c’est oublier que le fait le plus important est que les élus aient été reconnus coupables de détournement de fonds publics (et les collaborateurs de recel de détournement de fonds publics).

    publicité
    Cette condamnation, prononcée par un collège de trois juges, fait suite à la décision prise par des élus d’instituer des mécanismes destinés à assurer la probité de ceux qui ont l’honneur d’exercer un mandat public, que leur ont confié la majorité des électeurs qui se sont exprimés. Mais cet oubli de la condamnation et de son fondement n’est ni un « glissement », ni une « dérive » de la vie politique contemporaine. C’est la suite presque mécanique de ce qui se joue dans notre espace politique depuis déjà quelques temps, transcendant même les clivages politiques.

    Certes, la conception française de la « démocratie » a toujours donné aux élus la priorité de légitimité sur tout autre acteur, y compris les juges, mais le système avait été néanmoins acquis à l’idée qu’il était préférable qu’il existe une justice, rendue par des juges, et non par les électeurs seulement, à propos des acteurs politiques et de leurs actions. Ce sont ces acteurs qui ont ainsi forgé, progressivement, tout un ensemble de règles destinées à leur être appliquées, répondant à l’idée de restaurer « la confiance dans la vie politique », ainsi que s’intitulait la loi du 15 septembre 2017.

    Mais cette progressivité de l’élaboration d’un droit applicable à la vie politique a donné lieu, dans le même temps, à des déclarations qui entrent en contradiction avec cette intention. Je ne prendrai ici que quelques exemples récents, en illustrant que le « gouvernement des juges » décriés par les partisans (mais pas seulement il est important de le noter) de Marine Le Pen, bénéficiait, dans la classe politique, avant le jugement du 31 mars 2025 d’une cote de popularité déjà exceptionnelle. Pour le comprendre, il faut revenir sur la manière dont sont pensés les rapports entre le droit et la politique, qui ne donnent pas seulement lieu à beaucoup d’idées reçues, mais qui sont aussi la source de discours à haute valeur démagogique, jusqu’à se laisser aller à de pures inventions. Petits extraits choisis.

    A l’occasion d’un débat filmé et organisé par le journal Le Figaro le 30 novembre 2024 entre Marcel Gauchet et Arnaud Montebourg – un débat intitulé « L’État de droit contre la démocratie. La souveraineté européenne contre le peuple », rien que ça ! – on peut entendre le premier affirmer que le Conseil constitutionnel, en 1971, a « choisi » de se référer à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et qu’il aurait pu tout aussi bien choisir celle de 1793 ou celle de 1795, deux autres déclarations de l’époque révolutionnaire. Il induisait ainsi l’arbitraire total du Conseil, qui lui permettrait de décider contre les politiques, puisque la décision prise en 1971 censurait une loi fraîchement adoptée.

    Cet énoncé, délivré sous l’œil approbateur et satisfait de ses interlocuteurs, est pourtant, sur ce point, parfaitement inexact. Le véritable « choix » du Conseil à l’époque avait été de se fonder sur le préambule de la Constitution de 1958 (ce qu’il avait déjà décidé depuis 1970), un préambule qui se réfère explicitement à la Déclaration de 1789 à laquelle le peuple français (que le texte de 1958 dit être son auteur) « proclame solennellement son attachement ». Pas de référence, même implicite, aux autres déclarations élaborées pendant l’époque révolutionnaire. Sur ce point au moins, il n’y a donc pas eu fantaisie du Conseil.

    Mais il apparaît que l’essentiel pour Marcel Gauchet n’était pas d’être « juste », mais de jouer la partition pour laquelle il avait été invité avec Arnaud Montebourg, dont le titre disait bien l’intention des uns et des autres. Dans leurs propos, on décèle bien l’intention qui est la leur : si le politique n’agit pas dans un sens jugé par le politique, lui-même considéré implicitement comme favorable aux « citoyens » et à l’action de l’État, c’est qu’il en est empêché. Arnaud Montebourg le confirme : il égrène les autorités et juridictions qui « bombardent de décisions sur ce qu’il faudrait faire » (Autorités administratives indépendantes, Europe, juges). Et, affirme-t-il, les juges comme les hauts-fonctionnaires, au prétexte de leurs connaissances et de leurs études, ne seraient pas là pour lui dire « ce qu’on peut faire et ne pas faire », mais pour se « débrouiller pour le faire ».

    En portant ce discours anti-juge et anti-droit, il se présente comme un bon éligible potentiel puisque lui prétend en finir avec cette raison du « tout juge », avec cette raison qui empêche le politique d’agir dans le bon sens. N’est-ce pas du bon sens d’ailleurs ? Le droit ne devrait pas entraver l’action politique. Pour qu’il en soit ainsi, tout frein de droit, même dûment constaté par le juge, doit être disqualifié, ou plutôt requalifié, puisque, dans le même temps, il ne faut pas avoir l’air de remettre en cause la fonction de juger : non, le juge doit bien juger, mais, s’il juge « contre » le politique, alors son travail est illégitime parce que, en décidant ainsi, il ferait de la politique.

    Cette petite musique est devenue une antienne : on la ressasse comme un mantra dont on n’interroge plus depuis longtemps le bienfondé. On la trouve évidemment au cœur des institutions. Citons, par exemple, ce rapport de mars 2022, intitulé à l’identique de la mission d’information du Sénat qui avait été constituée quelque temps auparavant, « La judiciarisation de la vie publique : une chance pour l’état de droit ? Une mise en question de la démocratie représentative ? Quelles conséquences sur la manière de produire des normes et leur hiérarchie ? » (Rapport d’information de P. Bonnecarrère, fait au nom de la MI Judiciarisation, n° 592 (2021-2022) – 29 mars 2022). Ce rapport donne rapidement le ton : « La volonté de toujours mieux protéger les droits fondamentaux peut parfois compromettre la capacité de mener des politiques publiques efficaces au service de l’intérêt général ». Est donc reproché au juge d’empêcher l’action entreprise ou décidée par les autorités politiques et administratives, la question du respect du droit et des droits ne devenant pas seulement secondaire, mais illégitime.

    Citant un professeur, le rapport sénatorial parle d’« invasion des juridictions dans la vie publique ». A l’appui de la thèse générale du rapport, quelques décisions de justice sont citées : sans surprise une décision émanant de la Cour de Justice de l’Union Européenne (arrêt du 6 octobre 2020, Quadrature du Net, affaire C-511/18), mais aussi une décision du Conseil d’État (Ordonnance n° 452210 du 22 juin 2021, suspendant l’application d’un décret du 30 mars 2021 portant diverses mesures relatives au régime d’assurance chômage) ou encore une décision du Conseil constitutionnel (décision du 6 juill. 2018, n° 2018-717/718 QPC).

    Nul doute que la décision du Tribunal correctionnel de Paris rendue le 31 mars fera donc date dans le discours sur le gouvernement des juges. En écoutant ou en lisant les hommes et femmes politiques et ceux qui entendent porter leur parole, je note que ce sont toujours les quelques mêmes décisions qui reviennent. Comme celle du Conseil constitutionnel sur la fraternité, sans surprise évoquée dans le débat Gauchet/Montebourg que je mentionnais plus haut, une décision devenue un « standard » pour la critique du gouvernement des juges. Elle est à cet égard encore citée dans une chronique récemment publiée par le maire de Cannes, David Lisnard, qui ne fait dissimule à peine que pour lui, c’est parce qu’elle est liée à la question migratoire que cette décision est problématique (« De l’État de droit au gouvernement des juges ? », L’opinion, 5 mars 2025). En effet, le législateur avait créé un dispositif pénalisant l’aide apportée aux migrants, que les observateurs avaient rapidement appelé « délit de solidarité ». Saisi à cette fin d’une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil l’avait déclaré contraire à la Constitution, sur le fondement du principe de fraternité figurant dans la devise républicaine (article 2).

    Même s’il faut minimiser la portée réelle de cette décision (elle est importante pour ceux qu’elle concerne mais les hypothèses d’application de cette loi étaient assez peu nombreuses dans les faits, car la tendance des autorités était plutôt de ne pas activer souvent le dispositif, même si c’était sans doute encore trop), le fait est qu’elle se caractérise par une abrogation d’un dispositif souhaité par le législateur. Il est vrai que, dans cette affaire, le Conseil constitutionnel a paru sortir le principe de fraternité de son chapeau, parce que non seulement il n’en n’avait jusque-là jamais fait usage, et qu’il ne s’agirait de toutes les façons pas d’une véritable « règle », les termes de la devise républicaine ayant un simple caractère déclaratoire.

    A cet endroit, le raisonnement devient néanmoins glissant, et toutes sortes d’impasses, d’erreurs et de torsions sont permises, à partir desquelles ce discours anti-juge et anti-droit prospère allègrement. Il n’a pourtant rien du « bon sens » ou, tout du moins, fait passer des vessies pour des lanternes. Et à ce jeu, nous nous laissons souvent prendre. Si on le leur demandait en effet, peu qui propagent ce discours, volontairement ou involontairement, pourraient adhérer à l’hypothèse qu’il vaut mieux une société sans droit qu’une société de droit. Et pourtant, c’est bien ce qui se joue.

    1ère idée reçue : les juges freinent l’exercice du pouvoir
    A envisager l’ensemble des décisions de justice rendues par les différentes instances juridictionnelles compétentes, le bilan global est que les juges ne s’opposent que très ponctuellement à l’action publique : dans la très grande majorité des cas, au contraire, ils la valident et en renforcent l’inéluctabilité. Les juges, et singulièrement le juge administratif et le juge constitutionnel, ménagent les autorités en charge d’exercer le pouvoir, en façonnant le droit à cette fin.

    Ainsi par exemple de la notion d’« intérêt général », dont use le Conseil constitutionnel depuis 1979 (Cons. const., 12 juill. 1979, n° 79-107 DC), est orientée vers la validation des restrictions apportées aux droits et libertés par le législateur. La notion d’intérêt général présente un avantage très net pour le législateur, puisque c’est à lui qu’il revient d’en définir le contenu, dispensant le juge d’en apprécier la pertinence. Si donc on s’intéresse à la jurisprudence du Conseil constitutionnel, on doit constater que, au regard du nombre de lois et de dispositions législatives adoptées, très rares sont les censures et encore plus concernant des dispositifs de grande importance (dès lors que l’exécutif est impliqué dans ces dispositions, car celles seulement voulues par le Parlement échappent un peu moins à la censure, qui reste de toutes les façons rare). Devant la juridiction administrative également, l’État gagne le plus souvent à la fin, sauf exceptions, comme à propos de « l’affaire du siècle », l’affaire de Grande-Synthe (CE, 1er juill. 2021, n° 427301), qui jouent le rôle d’un miroir grossissant d’une réalité fantasmée.

    Les auteurs du rapport d’information du Sénat cité plus haut l’admettent d’ailleurs : beaucoup plus loin dans le document et n’en faisant pas leurs « gros titres », ils concèdent que le phénomène de la judiciarisation de la vie publique ne doit pas être « surestimé ». Et de rappeler par exemple que, pendant la crise sanitaire, le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel n’ont pas posé d’obstacles réels aux décisions prises par le gouvernement et le législateur d’alors, ce qu’en effet nous avions tous pu constater. Le juge est alors loué pour ce qu’il « est donc capable de procéder à l’interprétation constructive des textes non pas pour empêcher mais au contraire pour faciliter l’action des pouvoirs publics au regard des circonstances » (je souligne). On ne saurait être plus clair.

    Dans une sorte d’aveu de lucidité, il est également dit dans le rapport que « les changements qui ont conduit au renforcement du rôle des juridictions ont été démocratiquement décidés », et qu’« il n’y a pas de « prise de pouvoir » par les juges : ils usent seulement des prérogatives qui leur ont été attribuées ». Autrement dit, on doit convenir que les juges sont accusés d’exercer des compétences que les politiques leur ont attribuées.
    Le juge n’empêche donc pas le pouvoir d’agir. D’ailleurs, comment expliquerait-on autrement la normalisation du droit d’exception sécuritaire par la loi « SILT » (Loi n° 2017-1510 du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme), les refontes successives du droit du travail depuis notamment les premières « ordonnances Macron » en 2017 (cinq ordonnances prises sur le fondement de la loi n°2017-1340 du 15 septembre 2017), qui ont fait du travail un coût pour les entreprises et de la spéculation un bienfait ? Comment expliquerait-on la réforme de l’instruction et de la peine, qui conduit aujourd’hui des procureurs à prononcer les peines alors qu’ils ne sont pas juges, et les prévenus à convenir eux-mêmes de leur peine sans possibilité de réformation (dispositif de la composition pénale) ? Comment expliquerait-on une production législative et réglementaire qui semble inarrêtable, si le juge constituait vraiment un frein à l’action publique ?

    Le juge n’empêche ainsi que rarement le pouvoir d’agir et, même, il est le bras armé du politique souvent. Par exemple, tout avocat spécialisé dans le contentieux des étrangers en fait l’expérience. Et on pense aussi à un phénomène inquiétant de ces dernières années, qui se développe de manière alarmante en même temps que la rhétorique du gouvernement des juges : le fait que la simple évocation d’une affaire terroriste autorise la police judiciaire à saisir, perquisitionner ou mettre en garde à vue des personnes sans respecter les garanties de droit commun, ou à interdire des manifestations. Le fait aussi que les procédures visant à réprimer le fameux délit d’apologie du terrorisme se soient multipliées (on est passé de 15 procédures environ par an avant 2014 à plus de 300), d’autant qu’elle concerne de plus en plus souvent des acteurs de la vie politique, militante ou syndicale, dont l’activité se trouve ainsi entravée et pour lesquels l’effet de menace paraît être particulièrement opérant.

    Pourquoi alors quand même dire que les juges en font trop ? Je me hasarderais à faire un parallèle avec la tonalité du discours libéral, néo-libéral ou ultra-libéral, qui fustige constamment l’action publique comme un frein à la libre concurrence et aux échanges, alors que celle-ci a posé un cadre juridique quasi-idéal et le fait constamment évoluer dans un sens favorable aux plus grands opérateurs économiques. Le ressort de cette rhétorique est éprouvé : en dénonçant le « trop », on s’assure de ce que l’action reste minimale, celle publique s’agissant du marché, celle judiciaire vis-à-vis des politiques publiques.

    Le communiqué délivré le 1er avril par la Cour d’appel de Paris ne doit pas être compris autrement : l’« affaire » sera bien jugée avant que ne commencent les opérations en vue des élections présidentielles de 2027. Si jamais la Cour devait alors, ou infirmer la condamnation, ou infirmer le prononcé de la peine complémentaire d’inéligibilité, concernant Marine Le Pen principalement, le jugement du Tribunal aurait été un « coup pour rien » et on repartirait comme avant, là où les politiques peuvent agir sans craindre l’application judiciaire du droit. Suivant cette logique, ce sont les juges qui doivent se freiner (le fameux « self restraint »), parce qu’ils ne doivent pas freiner l’exercice du pouvoir.

    2ème idée reçue : les juges ne doivent pas freiner l’exercice du pouvoir
    A maxima, freiner l’exercice du pouvoir veut dire l’empêcher complètement ; a minima, cela implique d’en ralentir la cadence, d’en exclure certains aspects. Dans les discours qui finissent par fustiger toute incidence des décisions de justice sur l’activité politique est souvent mise en avant la question des intérêts légitimes à protéger contre le droit : intérêts de la nation surtout, déclinés à l’envie par les politiques. C’est par exemple ce qui pousse Gérald Darmanin à dire en 2024 qu’il n’appliquera pas une décision de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (comme le Parlement de Russie l’avait d’ailleurs décidé il y a quelques années en adoptant une loi autorisant la cour constitutionnelle à ne pas appliquer les décisions de la juridiction européenne). Ces intérêts, non définis a priori, car définis variablement en fonction des majorités électorales ou des circonstances qui font « système » : crise économique, pandémie, risque terroriste principalement. Fréquemment, le politique, et le juge avec, invoquent des impératifs – qu’il s’agisse par exemple de l’efficacité ou de l’urgence – qui permettent de surmonter les procédures et les règles inscrites dans les règles de droit.

    Le principe selon lequel la validité/légitimité de la décision publique dépend d’autres valeurs que celle du respect du droit fait tranquillement son chemin, de sorte qu’on ne s’étonne finalement presque pas que des parlementaires puissent dire que « la volonté de toujours mieux protéger les droits fondamentaux peut parfois compromettre la capacité de mener des politiques publiques efficaces au service de l’intérêt général », comme dans le rapport sénatorial précité.

    Comment et où faut-il alors tracer le chemin de la justice lorsqu’elle est confrontée au politique ? S’il s’agit de prendre le mot d’ordre au sérieux, tout contrôle dont le résultat ne consisterait pas à valider l’action politique et administrative telle qu’elle est envisagée ou déjà en cours, serait illégitime. En suivant, le droit ne devrait jamais être un obstacle à la volonté d’une majorité politique donnée. Il suffit de faire parler un peu le personnel politique pour que cet aveu involontaire soit fait. Mécaniquement, le contrôle du juge n’en serait pas un, puisque devrait s’y substituer un simple enregistrement formel, dont le « vernis » juridique servirait, ironie de la chose, à renforcer sa légitimité ! Parce que, si on n’aime pas le droit quand il empêche ou freine le politique, on le convoque en soutien lorsqu’il ne le contrarie pas. On l’a vu récemment avec la nomination du Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel par le président de la République : les parlementaires s’étaient prononcé contre à 58 voix sur 97, c’est-à-dire à près de 60%, mais « en droit », il manquait une voix pour bloquer la nomination. Et si c’est légal – ici constitutionnel –, alors ce serait légitime, dans une confusion que l’on ne dénonce même plus.

    Le fondement réel de toutes ces affirmations est évidemment le sentiment du politique de bénéficier d’une légitimité supérieure à celle du juge, du fait de son élection, une légitimité dont se parent d’ailleurs les ministres par ricochet, même s’ils ne sont pas élus et, pour nombre d’entre eux, ne l’ont même jamais été. C’est à cause de l’élection que certains courants de pensée estiment que seul le peuple pourrait être vraiment un juge de l’action politique des représentants, car il n’y aurait rien d’autre au-dessus des représentants. On pourrait bien sûr discuter de ce surcroît de légitimité dont bénéficient les élus et ceux qui travaillent avec eux, tant l’organisation du système politique par l’élection n’a pas pour effet de créer un lien réel entre tous les individus composant le pays et les dits « élus ». On pourrait donc discuter aussi de ce qui fonde cette légitimité. Par exemple, qu’est-ce qui, dans les faits, justifie que l’élection, par un tout petit nombre de personnes rapporté à l’ensemble de la population, soit considérée comme fondant mieux la légitimité que la validation d’un ensemble de compétences s’agissant des juges (sauf pour le Conseil constitutionnel et le Conseil d’Etat, dont la composition ne rime pas avec qualifications spécifiques) ? Sans préjuger des éléments de réponse, et sans préjuger non plus de ce que d’autres sources de légitimité pourraient être pensées (certains par exemple militent pour le tirage au sort des politiques), cela mériterait au moins discussion, une discussion qui aurait des conséquences sur notre problématique.

    Il apparaît en tout cas que l’édification moderne de nos systèmes politiques repose sur une philosophie à laquelle n’adhèrent manifestement pas les titulaires de l’exercice du pouvoir politique, et qui a pour effet que l’un de ses piliers, le juge, soit constamment en position de fragilité vis-à-vis des autres. L’édifice menace ainsi à tout moment de s’effondrer s’il n’est pas acquis que les « juges » doivent juger, y compris l’action du personnel politique, à partir des compétences qui leur ont été données par le droit, c’est-à-dire le résultat de décisions politiques. En effet, ce sont des textes juridiques (et notamment la Constitution, les lois adoptées par le législateur et les règlements de l’exécutif), c’est-à-dire des textes adoptés par les autorités politiques elles-mêmes, qui organisent la compétence des juges.

    Par exemple, l’article R.311-1 du code de justice administrative français est issu d’un décret adopté le 30 septembre 1953 en Conseil des ministres (et de nombreuses fois modifié par la suite), qui portait « réforme du contentieux administratif », et qui indique aujourd’hui que « Le Conseil d’État est compétent pour connaître en premier et dernier ressort (…) Des recours dirigés contre les ordonnances du Président de la République et les décrets ». Quoi qu’il le veuille ou ne le veuille pas, le Conseil d’État doit donc juger de ces actes du Président de la République, s’il est saisi par un justiciable dont il est établi qu’il a un intérêt légitime à agir (ce peut par exemple être le cas d’une association qui s’est donné pour objet la défense de certains intérêts environnementaux, éducatifs, touristiques, etc.). Les juges ne volent donc pas leur compétence, « on » la leur donne. Et parfois, « on » la leur retire. Le « on » vise principalement le Parlement, et le pouvoir exécutif lorsque ce dernier est – juridiquement – compétent.

    Évidemment, on comprend que si ça ne tenait qu’aux titulaires effectifs du pouvoir à un moment donné, ils retireraient bien aux juges leur compétence. Ils le font parfois, en transférant les compétences d’un juge à un autre, et pour des raisons diverses ou inavouées : économies budgétaires, proximité avec les justiciables, mais aussi désir de minimiser le contrôle sur l’action administrative, comme lorsque le juge judiciaire – moins clément avec l’administration – est dessaisi au profit du juge administratif. Mais l’édifice politique, tel qu’il résulte notamment de la Constitution et de l’histoire, oblige à conserver le juge. Alors, puisqu’il ne peut s’agir de le faire disparaître, et puisque presque toutes les ficelles sont tirées pour en minimiser les effets, il faut plomber son image, le décrédibiliser comme juge, ce qui n’est pas la même chose que de pointer – comme je l’ai fait dans La Constitution maltraitée. Anatomie du Conseil constitutionnel (Amsterdam, 2023) – que l’instance censée être un juge ne dispose d’aucune qualité pour pouvoir être qualifiée ainsi.

    La critique du gouvernement des juges a clairement cette fonction de délégitimation de leur travail en tant qu’ils ont une compétence acquise pour juger les actes du politique, depuis l’acte de l’administration locale (compétence d’un tribunal administratif) jusqu’à la loi adoptée par le Parlement (compétence du Conseil constitutionnel), en passant par l’opération de police (compétence du juge judiciaire). Le mot d’ordre du politique à l’égard du juge repose donc sur une volonté de ne pas reconnaître sa soumission au droit : à la Constitution bien sûr (et il est à cet égard très bien servi par le Conseil constitutionnel qui n’est pas un « contre-pouvoir » mais qui est tout contre le pouvoir), mais aussi à toutes les autres normes, nationales ou européennes, chaque fois qu’elles contrarient ses ambitions. Pour juger tout à la fois la philosophie et les ressorts de ce mot d’ordre, il faut donc revenir sur la réalité des rapports entretenus entre les deux idées de « droit » et de « politique ».

    3ème idée reçue : le droit, ce n’est pas de la politique
    Parmi les distinctions malheureuses qui neutralisent l’espace de la critique à l’égard des pratiques et usages politiques au regard du droit, il y a donc celle qui marque l’existence d’une frontière entre le droit et la politique. Si cela concerne tout le droit, cela est particulièrement évoqué lorsqu’il s’agit de dire que les actes des plus hautes autorités politiques ou administratives sont contrôlés par des juges. La problématique à cet sujet est que, par la force des choses, la décision des juges ayant un impact sur la continuité de l’action politique et administrative, cela conduit les autorités en question à se plaindre de ce que le juge fait de la politique.

    Pour se sortir de ce cercle vicieux autrement qu’en admettant ce qui se passe, à savoir que, sauf dans d’assez rares cas finalement, les juges sont plutôt portés à renforcer la légitimité de l’action politique et administrative en lui donnant le sceau du droit (contrariant la première idée reçue), on comprend qu’il faudrait rendre le contrôle « acceptable », et donc, nécessairement, revoir la manière dont nous pensons la distinction. Car celle-ci n’est pas du tout ontologique, elle n’est pas une distinction « vraie », ou de nature, elle est le résultat de nos représentations.

    Dans l’imaginaire légal commun – car il en existe incontestablement un – on fait souvent appel au droit comme s’il avait une force et une signification propre, détachées de tout intérêt contingent. En ce sens, le droit ne serait donc pas de la politique. Sans creuser la chose, et parce qu’on admet comme une évidence la distinction, on est ainsi facilement conduit à s’indigner contre ces juges qui, par leurs décisions freinant et même parfois empêchant les politiques d’agir, feraient indûment de la politique. Mais la réalité du droit n’est pas cette chose neutre, objective, dont l’application aurait la même coloration, c’est-à-dire aucune. Le droit rencontre perpétuellement des questions « politiques », dont il n’est pas concevable qu’il en soit détachable : « il est pensé, fabriqué, modifié, effacé par le personnel « politique », selon des considérations morales, philosophiques, éthiques, économiques ou sociales, qui donnent leur sens à la règle ou à la procédure qui a été choisie » (La constitution au XXIè siècle. Histoire d’un fétiche social, Amsterdam, 2025).

    On pourrait multiplier les exemples pour le montrer. La règle de droit est le résultat d’une pensée (bonne ou mauvaise, approfondie ou non, cultivée ou non) autour du moyen adéquat pour parvenir à une fin déterminée. Le droit n’est donc pas et simplement la somme des actes expressément interdits ou implicitement permis, somme à laquelle on ajouterait toutes les règles destinées à assurer l’application du droit (règles relatives aux institutions et administrations). Il s’agit, comme l’indiquait l’anthropologue Clifford Geertz, d’un « code culturel de significations », d’un mode de lecture de la société.

    Il n’importe donc pas tant de savoir ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, mais de savoir pourquoi. Pour rester sur le terrain constitutionnel, il faut par exemple admettre que les premières règles de procédure relatives à l’adoption de la loi reposent sur des principes, qui ne sont peut-être plus interrogés aujourd’hui, mais qui, historiquement et philosophiquement, sont déterminés : pour adopter une « bonne » loi, c’est-à-dire, pour reprendre ce qui fut énoncé par Montesquieu, pour garantir la liberté, il faut deux éléments incompressibles, le temps et la confrontation entre des intérêts différents.

    C’est cette philosophie (ou au moins fut-ce affirmé à l’époque), qui a présidé à la révision du texte de la Constitution en 2008, pour obliger à ce qui ne paraissait plus être intégré par les politiques : un délai de six semaines minimum entre le dépôt d’un texte de loi et son examen en séance publique a donc été inscrit dans le texte de la Constitution, et la main a été redonnée au Parlement, au nom de ce qu’il représenterait des intérêts distincts du Gouvernement, pour modifier un texte déposé par le Gouvernement.

    Presque vingt années plus tard, le discours ambiant est tout différent, qui voudrait qu’une bonne loi soit adoptée rapidement et parce qu’elle est le vœu d’une majorité, donc homogène. Ce faisant, les pratiques politiques actuelles tendent donc à tordre le droit constitutionnel, sous couvert de ce même droit. Notamment, puisqu’il existe une procédure accélérée, dont l’organisation actuelle dépend d’ailleurs aussi de la révision constitutionnelle de 2008, alors autant l’utiliser, quitte à en banaliser l’usage, réduisant ainsi à néant tant le texte que la philosophie qui l’a initié, fondamentale pour penser l’exercice du pouvoir.

    Mais, on fait comme si, une fois adoptée, la règle n’était plus que « juridique ». Il y aurait ainsi une manière de comprendre ce qui relève du droit proprement dit et ce qui relève de la politique. La solution la plus simple, pour ne pas dire simpliste, et en réalité complètement infondée, est de séparer les règles formelles qui sont adoptées des considérations politiques, philosophiques, éthiques, historiques, économiques, culturelles, etc., qui ont nourri leur adoption. Il resterait la « technique » et les procédures, c’est-à-dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire, ce qu’on peut faire ou ne pas faire, mais jamais pourquoi il faut le faire ou ne pas le faire. Le droit est réduit à des procédures, désincarnées, soutenant au passage l’idée selon laquelle les juristes eux-mêmes ne seraient que des procéduriers.

    Et le fait est qu’ils ne demandent qu’à l’être, en se désengageant de leur objet proprement politique. Si les politiques présentent une très grande résistance à l’idée que le droit puisse être autre chose que cette chose désincarnée et procédurale – parce que cela les obligerait à réfléchir aux limites que l’on a voulues, par le droit, poser à leur action –, les juristes ne sont pas en reste, qui se défendent de faire de la politique, de la philosophie, de l’économie, etc. Ils ne sauraient donc que dire que telle procédure a effectivement été suivie ou non, respectée ou non. Le pourquoi ne les concerneraient pas. Cette attitude ne serait pas si problématique s’il n’en résultait pas que les acteurs politiques ne se sentent plus liés par les règles pour de « bonnes » raisons. Ils sont seulement liés à des procédures, dont ils peuvent allègrement ignorer ou nier la raison d’être. Et il n’y aurait, en droit, rien à leur opposer d’« objectif » puisque la politique, la philosophie, l’économie, la culture, etc., ne seraient pas tels. En bref, le droit, qui en est pétri, parviendrait, par un effet de magie, à s’en extraire. Si les acteurs de l’exercice du pouvoir n’ont pas endossé l’éthique qui doit être la leur en fonction du texte constitutionnel et de la raison qui l’a animé et initié, c’est-à-dire s’il leur manque l’éthique de la fonction gouvernante, c’est aussi parce que ni les juristes ni les juges n’ont endossé leur propre rôle. Il y a une dévaluation et de la norme et du travail autour de la norme qui, pour être interprétée et appliquée, se trouve privée de ce qui l’a fait venir à l’existence.

    Cette idée que, dans nos sociétés modernes, le droit est séparé de la politique, a donc prospéré sans avoir de fondement sérieux. Car la politique ce n’est pas toujours du droit, mais le droit c’est toujours de la politique. On comprend que cela ennuie le personnel politique, parce que, en suivant ce raisonnement, il apparait que, en cherchant à appliquer la norme, le juge ne ferait que valider une question politique. Faire du droit, c’est nécessairement faire de la politique, sans que l’on puisse dire le juge interfère dans la décision politique. Il ne fait que repérer comment la règle a été pensée pour imaginer remplir un objectif déterminé : cette intention mise en parole, parce qu’elle l’a été sous forme de droit, de règles, s’impose désormais donc à tous, y compris au politique lorsqu’il est soumis à la décision du juge. S’il veut ensuite la changer quand elle ne lui convient plus, il a ce pouvoir de le faire, puisque c’est lui qui fabrique le droit. Mais la séparation des pouvoirs étant ce qu’elle est, il ne l’applique pas, c’est le rôle du juge. Si on devait dire que le politique d’aujourd’hui ne peut pas être lié par le politique d’hier (en général au nom d’une qualité représentative qui le lierait au peuple), alors cela signifierait que le droit perdrait son statut de norme contraignante, pour devenir une manifestation parmi d’autres, contingente et changeante, des volontés et caprices des autorités politiques et administratives. Le rôle du juge est d’être ce petit grain de sable dans la tentation d’ignorer le droit.

    La société actuelle n’a semble-t-il pas bien défini ce qu’elle entend par une société gouvernée par le droit plutôt que par les hommes. La culture du droit, dans la connaissance de son rôle, de ses évolutions, des conditions de sa fabrication dans une organisation donnée, manque le plus souvent, et aux politiques singulièrement, qui manient des mots et des idées dans la plus grande contradiction. L’organisation de la justice par le pouvoir politique n’est pas comprise pour ce qu’elle devrait être, à savoir la mise en œuvre du contre-pouvoir qu’elle est censée représenter, même si ça ne convient pas toujours à l’action du politique, par définition contingente, souvent adossée aux modes du moment. Rappelons que ce sont bien les dérives autoritaires, totalitaires et mortifères des autorités politiques en Europe au XXe siècle qui sont à l’origine du développement extraordinaire du concept d’État de droit, destiné à faire du juge, non pas une puissance nulle, mais un véritable contre-pouvoir, dans le respect de l’esprit de Montesquieu.

    Lauréline Fontaine
    juriste, professeure de droit public et constitutionnel à la Sorbonne nouvelle

  • « Pourquoi cette colère adolescente d’une génération à l’autre, des émeutes de 2005 à celles de 2023 ? » : découvrez les extraits du « Miroir. Retour dans les banlieues françaises »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/01/pourquoi-cette-colere-adolescente-d-une-generation-a-l-autre-des-emeutes-de-

    Dans son livre à paraître vendredi 4 avril au Seuil, Luc Bronner, grand reporter au « Monde », constate que les émeutes sont d’abord une éruption de jeunesse, et se demande « comment s’effacent les liens qui tissent une société ».

    Disons-le : depuis plusieurs décennies, les banlieues pauvres sont un laboratoire de l’#idéologie_sécuritaire, cette grille de lecture qui domine le débat public, portée par une alliance hétéroclite d’entreprises de sondages, de médias militants, d’intellectuels et de partis politiques. Vingt ans de discours de fermeté, et un échec presque total. Ouvrons les yeux sur ce bilan. Car la France se prépare, lentement, sûrement, à intégrer le camp des nations illibérales, ces sociétés où les citoyens choisissent démocratiquement de réduire les #libertés et les droits en débutant par les plus fragiles, les derniers #immigrés, les plus #pauvres, les moins intégrés, puis en élargissant le profil des victimes et leur nombre. Au nom de la sécurité. (…). Les #quartiers sont un de ces miroirs dans lesquels la France peut se regarder pour se demander ce qu’elle devient lorsque le logiciel sécuritaire l’emporte. (…)

    « Rétablir l’ordre, rétablir l’ordre, rétablir l’ordre », a déclaré Bruno Retailleau, pour ses premiers mots de ministre de l’intérieur, en septembre 2024, au moment où se mettait en place le gouvernement Barnier après la dissolution de l’Assemblée nationale. « L’ordre, l’ordre, l’ordre », avait dit, avant lui, Emmanuel Macron en août 2023 pour donner sa grille de lecture et d’action après les #émeutes. Les mots et les promesses étaient les mêmes en 2005, en 2007, en 2010, en 2015. Comme si le logiciel des politiques s’était enrayé autour de la seule approche sécuritaire, comme si les faits divers l’avaient définitivement emporté sur les faits sociaux. (…)

    (c’est un pro des faits divers, du judiciaire et du journalisme para-policier qui le dit)

    trouvé là https://archive.ph/1I2C7

  • Hervé Mariton vole au secours de Marine Le Pen !
    https://ricochets.cc/Herve-Mariton-vole-au-secours-de-Marine-Le-Pen-8305.html

    Mr Hervé Mariton s’est empressé de proposer une "solution" à la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen. Dans le Daubé du 31 mars, l’ex-maire de #Crest invite la patronne du RN/FN à ne pas faire appel et à espérer une grâce présidentielle d’Emmanuel Macron. Il semble s’inquiéter fébrilement du sort de Le Pen fille en parlant de « Problème politique massif ». Pourtant les candidats pour la remplacer aux élections présidentielles ne manquent pas : Bardella, Retailleau, Valls, Ciotti, (...) #Les_Articles

    / #Politique,_divers, Crest, #Mouvements_et_courants_autoritaires

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Fillon
    https://le-crestois.fr/index.php/journal-le-crestois/tribunes/7274-plu-de-crest-la-victoire-revient-a-celui-qui-a-les-moyens-des-proce
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/01/condamnation-de-marine-le-pen-de-l-application-des-lois-votees_6589384_3232.
    https://contre-attaque.net/2025/03/31/quand-le-rn-exigeait-lineligibilite-a-vie-pour-les-elus-condamnes