8.1.2026 par Alicia Girardeau - Chirurgiens, gynécologues, obstétriciens et anesthésistes des cliniques privées rejoignent la grève nationale des médecins, ce samedi 10 janvier, déjà largement suivie par les médecins libéraux depuis le 5 janvier. En Occitanie, l’ampleur de la mobilisation a conduit le CHU de Toulouse à déclencher le plan blanc.
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À Toulouse, de nombreuses cliniques privées s’apprêtent à entrer le 10 janvier dans le mouvement, initié par le syndicat des chirurgiens "Le Bloc" et débuté le 5 janvier dernier par les médecins généralistes libéraux. À la clinique Croix du Sud, à Quint-Fonsegrives (Haute-Garonne), le Dr Florian Gonzalez, chirurgien vasculaire, sera en grève comme une grande partie de ses confrères.
« On nous demande de soigner toujours plus avec de moins en moins de moyens, dénonce-t-il. Aujourd’hui, les médecins passent environ 25 % de leur temps à remplir des formulaires plutôt qu’à ausculter. » Cette mobilisation fait suite à l’adoption, avant Noël, du budget de la Sécurité sociale, vivement contesté par la profession. « Tout le monde a compris que les patients en ont assez d’attendre des mois pour un rendez-vous médical et de payer de leur poche. Mais à qui la faute ? »
Avant la grève, les cliniques réduisent progressivement leur activité. « Nous avons décalé certaines opérations afin d’éviter d’avoir des patients lourds ou à risque durant cette période. L’objectif est de ne pas mettre en danger les patients graves », explique le Dr Gonzalez.
Les urgences vitales continueront toutefois d’être prises en charge cette semaine, mais à partir de lundi, toutes seront réorientées vers l’hôpital public. En parallèle, à Toulouse, le CHU a d’ores et déjà annoncé le lancement d’un plan blanc pour anticiper une arrivée massive de patients.
Pour le chirurgien, ce mouvement traduit un profond malaise au sein de la profession. « C’est le fruit de dix années de mépris. On nous impose des réformes successives qui fragilisent un système déjà à bout de souffle. Ce sont des lois à court terme, clientélistes, qui marquent le début de la fin. »
Les médecins dénoncent également le discours politique qui les désigne comme responsables des difficultés d’accès aux soins. « Le gouvernement et les mutuelles cherchent un bouc émissaire. On accuse les médecins de ne pas vouloir s’installer dans les campagnes, alors qu’il s’agit surtout de déserts administratifs. Quel médecin irait s’installer dans un territoire où les conditions de vie pour sa famille ne sont pas réunies ? »
Sur le plan économique, la situation devient, selon lui, intenable. « Avec l’inflation, le coût horaire des blocs opératoires augmente fortement. On ne peut pas continuer avec des tarifs fixés il y a 25 ans. »
« Une biopsie de l’artère temporale est rémunérée entre 50 et 60 euros. Une endartériectomie de l’artère fémorale, qui nécessite deux à trois heures de bloc, est payée 330 euros. Sans compléments d’honoraires, le système ne tient pas et on ne peut pas soigner correctement. »
Conscient des répercussions pour les patients, le Dr Gonzalez insiste sur la dimension éthique du mouvement. "La grève, pour les médecins, n’existe pas vraiment. On est toujours rattrapés par le serment d’Hippocrate. Si nous agissons aujourd’hui, c’est précisément pour les patients." Au-delà de l’urgence, c’est l’avenir même de la profession qui est en jeu. "Paupériser la médecine française pose une question essentielle : quel jeune voudra encore s’engager dans ce système ? La pénurie va s’aggraver, d’autant plus avec la concurrence européenne."
Malgré les perturbations, les praticiens assurent bénéficier d’un large soutien. "Les patients sont globalement très compréhensifs. Nous comprenons aussi leur souffrance. Ce mouvement est historique : il vise à sauver la médecine française. Nous ne sommes pas là pour bloquer le pays, mais pour éviter l’effondrement [du système de santé]."
La grève des gynécologues obstétriciens devrait également perturber les accouchements dans les cliniques privées de Toulouse à compter de ce samedi 10 janvier. Exemple à la clinique Rive Gauche où "l’activité sera ultra minimale", annonce le Dr Olivier Thiebaugeorges. "C’est un peu un crève-cœur" d’en arriver là et de ne pas s’occuper d’une de ses patientes le jour J, reconnaît le gynécologue obstétricien.
"On a prévenu nos patientes depuis un mois qu’il y aurait cette fermeture pendant cinq jours. Et que pendant cette période-là, on ne pourra pas les prendre en charge. Et qu’il faudra s’adresser aux maternités publiques, aux régulations, pour savoir où ça va être possible, précise-t-il. Ça ne nous fait vraiment pas plaisir. Mais laisser les choses se dégrader au rythme où ça va, ça nous semble quelque chose qui n’est pas souhaitable."
Modalité de fixation des tarifs libéraux, revalorisation des compléments d’honoraires, ces dossiers sont sur la table du ministère depuis plusieurs mois. "On veut relancer de nouvelles bases de discussion, en fait. Donc là, c’est une mise sous tension sur cinq jours, sur une période brève, pour sensibiliser et pour que l’on reparte sur de bonnes bases pour définir la médecine de demain", explique le Dr Olivier Thiebaugeorges.
Samedi 10 janvier, l’ensemble des professionnels en grève devraient se réunir à Paris.