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  • Dix ans après la crise migratoire, l’Allemagne fait le bilan du « Wir schaffen das »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/31/dix-ans-apres-la-crise-migratoire-l-allemagne-fait-le-bilan-du-wir-schaffen-

    Dix ans après la crise migratoire, l’Allemagne fait le bilan du « Wir schaffen das »
    Par Elsa Conesa (Berlin, correspondante)
    Comme souvent, la phrase n’avait pas été pensée pour devenir un slogan. Lorsque la chancelière Angela Merkel prononce le désormais fameux « Wir schaffen das » (« nous y arriverons »), le 31 août 2015, lors d’une conférence de presse, affirmant ainsi sa confiance dans la capacité de l’Allemagne à intégrer les centaines de milliers de réfugiés qui se pressent à ses frontières dans le sillage de la crise en Syrie, elle ne se doute pas que celui-ci va lui « exploser à la figure », comme elle l’écrit dans ses Mémoires. Encore moins qu’il ferait encore les gros titres, dix ans plus tard.
    « Nous n’y arriverons pas », décrétait ainsi, le 20 janvier, le candidat Friedrich Merz, aujourd’hui chancelier, pendant une campagne pour les élections législatives du 23 février marquée par une succession d’attaques meurtrières perpétrées par des personnes issues de l’immigration. « Nous n’y sommes manifestement pas parvenus », répétait-il encore lors de son interview d’été du 13 juillet, cherchant à nouveau à se démarquer de l’héritage de sa prédécesseure, que la droite allemande accuse d’être à l’origine de la montée de l’extrême droite depuis dix ans. Entre 2 millions et 3 millions de réfugiés sont arrivés en Allemagne au cours des dix dernières années, dont 1,1 million en 2015 et 2016, puis un peu plus de 1 million d’Ukrainiens après 2022.
    L’Allemagne a-t-elle vraiment échoué à intégrer les réfugiés arrivés il y a dix ans de Syrie, d’Irak et d’Aghanistan entre autres ? S’il est difficile de dresser un bilan scientifique, des travaux publiés à l’occasion du dixième anniversaire de la célèbre déclaration de la chancelière dessinent une image assez éloignée de celle qu’en donne le débat politique. « L’Allemagne est, en réalité, le pays européen où les réfugiés arrivés en 2015 se sont le mieux intégrés », affirme l’économiste et spécialiste des questions d’immigration Herbert Brücker, de l’Institut de recherche sur le marché du travail et la formation professionnelle (IAB). « Le taux d’emploi des réfugiés arrivés en 2015 est aujourd’hui quasi similaire à celui de la population allemande, conclut-il, se disant lui-même surpris par les chiffres. C’est l’un des plus élevés d’Europe, même si nous n’avons pas de données pour tous les pays. Nous savons, par exemple, qu’il est plus élevé qu’en Scandinavie ou en Autriche. »
    Fin 2024, 64 % des personnes réfugiées âgées de 18 à 64 ans et arrivées en 2015 occupaient ainsi un emploi, contre 70 % pour l’ensemble de la population allemande, chiffre auquel il faut ajouter environ 5 % de personnes réfugiées travaillant aujourd’hui à leur compte. Cette moyenne masque toutefois d’importantes différences entre les hommes et les femmes chez ces arrivants : 76 % des hommes occupent un emploi, contre seulement 35 % des femmes. Des différences régionales sont également notables, l’intégration étant moins réussie dans les Länder les moins dynamiques économiquement, par exemple dans l’est du pays, où les réfugiés ont parfois été envoyés de façon disproportionnée du fait de la clé de répartition utilisée à l’époque, et parce que la pénurie de logements y était moindre.
    Ce succès relatif s’explique avant tout par une politique d’accueil volontariste. L’Allemagne a déployé des moyens importants pour accueillir et intégrer les personnes arrivées de Syrie (50 % des arrivants), d’Irak et d’Afghanistan (15 %), ou d’Erythrée (8 %). « Les procédures administratives ont été accélérées et les cours de langue, qui n’étaient jusque-là pas accessibles aux demandeurs d’asile, leur ont été ouverts », poursuit Herbert Brücker. Des offres ciblant ces populations ont, en outre, été développées sur le marché du travail. Plus de la moitié des personnes arrivées en 2015 et âgées de 18 à 64 ans avaient terminé leur procédure d’asile un an après leur arrivée, souligne l’étude de l’IAB. Et, deux ans après leur arrivée, 50 % des réfugiés participaient à des cours de langue.
    « La nette augmentation du taux d’emploi parmi les réfugiés s’explique par des facteurs individuels, mais aussi par la suppression des obstacles institutionnels et la mise en œuvre de mesures d’intégration ciblées », indique l’étude de l’IAB. La différence est visible par rapport aux réfugiés arrivés en Allemagne avant 2015 qui, quoique moins nombreux, ont mis plus de temps à s’intégrer sur le marché du travail, comme ceux venus des Balkans dans les années 1990.
    L’intégration a aussi été facilitée par le profil particulier des réfugiés arrivés en 2015, jeunes et relativement qualifiés. « Une population essentiellement adulte et masculine, célibataire et jeune : l’âge moyen était de 22-23 ans », explique Herbert Brücker. Les femmes, qui formaient environ un tiers des arrivants, étaient, en revanche, mariées et avaient le plus souvent des enfants – trois en moyenne – compliquant leur insertion dans le marché du travail, en partie du fait de l’insuffisance d’infrastructures de garde. Plus de la moitié d’entre elles dépendent encore aujourd’hui des prestations sociales. Des difficultés semblables ont été rencontrées ensuite par les réfugiés ukrainiens arrivés en Allemagne après 2022, dont près de 70 % étaient des femmes, souvent accompagnées de jeunes enfants.
    Dix ans après leur arrivée, environ la moitié des réfugiés de 2015 occupent toutefois un emploi qualifié et leur salaire médian, même s’il demeure faible, a doublé, passant de 1 398 euros pour un emploi à temps plein en 2015, à 2 675 euros en 2023, un niveau un peu supérieur au seuil définissant les bas salaires en Allemagne (66 % du salaire médian). Parmi les réfugiés salariés, 84 % pouvaient subvenir à leurs besoins, si bien que le recours aux prestations sociales a diminué au fil du temps – environ un tiers des réfugiés percevaient encore des prestations sociales en 2023 (allocation-chômage ou revenu minimal).« Il est vrai que les réfugiés sont surreprésentés parmi les bénéficiaires de prestations sociales, commente Winfried Kluth, le président du Conseil d’experts sur l’intégration et la migration. Mais si on compare leur situation avec celle d’Allemands ayant le même niveau de qualification ou ayant traversé des difficultés, la différence n’est pas si importante. » En 2024, près de la moitié des bénéficiaires de l’allocation pour les demandeurs d’emploi, nommée Bürgergeld, étaient étrangers. « Il faut tenir compte de cette corrélation si l’on veut évaluer si cette politique a été couronnée de succès », estime l’ancien élu du Parti social-démocrate (SPD) Thilo Sarrazin, très critique sur la politique d’immigration allemande, qu’il juge trop généreuse, dans un entretien au quotidien Die Welt, le 29 août. L’actuel gouvernement veut réduire le Bürgergeld, qui coûte 45 milliards d’euros par an, estimant qu’elle décourage le travail.
    Dix ans après leur arrivée, les hommes sont principalement actifs dans les professions liées au transport et à la logistique (24 %), à la fabrication et à la production (24 %), les femmes dans les professions médicales et paramédicales (26 %), les services sociaux et culturels (13 %), le commerce (19 %) ou nettoyage (13 %). Leur niveau de qualification est souvent supérieur à celui requis dans les emplois qu’ils occupent. Mais les réfugiés ont contribué à réduire les problèmes de pénurie de main-d’œuvre dont souffre l’économie allemande, souligne régulièrement Andrea Nahles, la directrice de l’Agence fédérale pour l’emploi. Pour elle, l’emploi en Allemagne ne croît plus que grâce à l’immigration, européenne et non européenne.

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#asile#refugie#syrie#integration#economie#sante

  • Aux Etats-Unis, la justice bloque l’expulsion de 600 000 Vénézuéliens voulue par l’administration Trump
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    Aux Etats-Unis, la justice bloque l’expulsion de 600 000 Vénézuéliens voulue par l’administration Trump
    Le Monde avec AP et AFP
    Quelque 600 000 Vénézuéliens vivant aux Etats-Unis, mais menacés d’expulsion, se sont vu accorder un nouveau sursis, vendredi 29 août, par la justice américaine. En mars, un juge fédéral de Californie avait interdit au gouvernement de Donald Trump d’abolir le statut de protection temporaire (TPS) dont ils bénéficiaient.Ce jugement de première instance, qui avait évité leur expulsion, a été confirmé, vendredi, par une cour d’appel fédérale alors qu’au mois de mai la Cour suprême des Etats-Unis avait autorisé provisoirement l’administration Trump à révoquer leur statut, le temps que l’affaire soit examinée en appel.
    Le TPS protège d’une expulsion et octroie le droit au travail. Ce statut est accordé aux immigrés dont la sécurité n’est pas assurée s’ils rentrent dans leur pays en raison de conflits, de catastrophes naturelles ou d’autres conditions « extraordinaires ». Il a largement été accordé aux Vénézuéliens sous l’ancien président Joe Biden, Washington considérant le régime du président Nicolas Maduro comme autoritaire.
    La cour d’appel a estimé que la mesure d’abolition souhaitée par l’administration Trump « respirait le racisme à plein nez » et qu’elle présentait à tort les personnes concernées comme des criminels. « En adoptant la loi sur le statut de protection temporaire, le Congrès a mis en place un système de statut temporaire fiable, en dehors de toute politique politicienne », a déclaré la juge Kim Wardlaw.« Les plaignants ont démontré qu’ils faisaient face à un préjudice irréparable pour leur vie, leur famille et leurs moyens de subsistance », a ajouté la magistrate.
    Joe Biden avait prolongé de dix-huit mois le TPS octroyé aux Vénézuéliens, à quelques jours de céder la présidence à Donald Trump, le 20 janvier. D’après la secrétaire à la sécurité intérieure, Kristi Noem, la situation au Venezuela s’est améliorée et il n’est pas dans l’intérêt national des Etats-Unis d’autoriser les personnes originaires de ce pays à rester dans le cadre d’un programme temporaire.Mais selon la cour d’appel, Mme Noem n’avait pas le pouvoir d’annuler ou de suspendre une prolongation antérieure du TPS car la loi en vigueur rédigée par le Congrès ne le permet pas.
    « Pendant des décennies, le programme TPS a été détourné, exploité et politisé pour servir de programme d’amnistie de facto », a réagi, dans un communiqué, un porte-parole du département de la sécurité intérieure. « Bien que cette injonction retarde la justice et porte atteinte à l’intégrité de notre système d’immigration, la secrétaire Noem utilisera toutes les voies de droit à la disposition du département pour mettre fin à ce chaos et donner la priorité à la sécurité des Américains », ajoute-t-il.
    La décision de la cour, vendredi, ne donne pas de précision sur les quelque 350 000 Vénézuéliens, parmi les 600 000, dont la protection a expiré en avril. Leurs avocats affirment que certains ont déjà été licenciés, sont détenus dans des centres de détention pour immigrants, sont séparés de leurs enfants américains, voire expulsés. Les protections pour les 250 000 autres Vénézuéliens expireront le 10 septembre.
    Donald Trump a fait campagne en promettant d’expulser des millions de migrants sans papiers, mais plusieurs de ses décrets ont été retoqués par la justice. Selon le Pew Research Center, en mars 2024, il y avait 1,2 million de personnes éligibles ou récipiendaires du TPS aux Etats-Unis, les Vénézuéliens constituant le plus grand groupe. L’administration Trump a également cherché à révoquer le TPS pour des Afghans, des Camerounais, des Haïtiens, des Honduriens, des Népalais et des Nicaraguayens.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#visas#expulsion#venezuela#politiquemigratoire#droit#sante

  • Aux Etats-Unis, une juge bloque la procédure accélérée de Donald Trump concernant les expulsions de migrants en masse
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/30/aux-etats-unis-une-juge-bloque-la-procedure-acceleree-de-donald-trump-concer

    Aux Etats-Unis, une juge bloque la procédure accélérée de Donald Trump concernant les expulsions de migrants en masse
    Le Monde avec AFP
    Une juge fédérale a bloqué, vendredi 29 août, la procédure accélérée d’expulsions de migrants des Etats-Unis sans comparution devant un tribunal. Jia Cobb a invoqué un article de la Constitution qui garantit que « nul ne sera expulsé des Etats-Unis sans possibilité, à un moment donné, d’être entendu ». La procédure dite d’« expulsion accélérée » a été utilisée par l’administration républicaine pour renvoyer rapidement des migrants arrêtés près de la frontière mexicaine s’ils avaient pénétré aux Etats-Unis au cours des deux semaines précédentes. Cependant, depuis son entrée en fonctions en janvier, l’administration Trump a généralisé l’application de cette procédure à l’ensemble du pays, et l’a appliquée à des migrants qui se trouvaient aux Etats-Unis depuis des périodes pouvant aller jusqu’à deux ans.
    La juge fédérale Jia Cobb a bloqué, dans un texte publié tard vendredi, cette application élargie de la procédure, arguant qu’elle pourrait amener des personnes à être expulsées « de manière erronée » hors de toute procédure légale, et notamment sans avoir la possibilité de prouver qu’elles se trouvent aux Etats-Unis depuis plus de deux ans.« Contrairement au groupe de personnes visées par l’expulsion accélérée – celles qui sont arrêtées à la frontière peu après l’avoir traversée – la catégorie de personnes que le gouvernement cible désormais avec l’expulsion accélérée est entrée dans notre pays depuis bien longtemps », a expliqué Mme Cobb.
    « En défendant cette procédure expéditive, le gouvernement avance un argument réellement stupéfiant : ceux qui sont entrés illégalement dans le pays n’ont droit à aucune procédure au titre du 5e amendement [de la Constitution] et ne pourraient compter que sur une éventuelle mesure de grâce du Congrès, a-t-elle ajouté. Si cela était vrai, non seulement les étrangers, mais tout le monde, serait en danger. »Le 5e amendement de la Constitution vise à protéger les individus de tout abus d’autorité du gouvernement dans une procédure juridique.La décision de la juge Cobb, qui avait été nommée par l’ancien président Joe Biden (démocrate), survient dans le cadre d’une affaire prise en charge par Make The Road New York, un groupe de défense des droits des migrants.La juge a précisé que le tribunal ne mettait pas « en doute la constitutionnalité de la loi sur les expulsions accélérées ni son application à la frontière ».L’un des grands thèmes de campagne de M. Trump dans la course à la Maison Blanche avait été la promesse d’expulsion de millions de migrants sans papiers. Mais son programme de renvois massifs a été entravé par de nombreuses décisions judiciaires, notamment au motif que les personnes ciblées devraient pouvoir faire valoir leur droit à une procédure régulière.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#sante#droit#frontiere#expulsion

  • La pression de Giorgia Meloni sur les migrants en Méditerranée
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/30/la-pression-de-giorgia-meloni-sur-les-migrants-en-mediterranee_6637508_3210.

    La pression de Giorgia Meloni sur les migrants en Méditerranée
    Après avoir été visé par des tirs de gardes-côtes libyens, l’équipage de l’« Ocean-Viking », un navire d’une organisation de secours aux migrants, a été confiné à bord par les autorités italiennes, avant de pouvoir débarquer.
    Par Allan Kaval (Rome, correspondant)
    Après une attaque armée des gardes-côtes libyens et cinq jours de quarantaine à bord d’un bateau criblé d’impacts de balles, l’équipage de l’Ocean-Viking a reçu, vendredi 29 août, l’autorisation de toucher terre des autorités italiennes. Du fait d’un cas de tuberculose, 34 membres du personnel étaient confinés à bord, les 87 naufragés secourus ayant pu débarquer au port d’Augusta, en Sicile. SOS Méditerranée, qui opère le navire, avait qualifié la décision de « sans précédent » et d’« arbitraire » car non conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La levée du confinement a été prononcée malgré des tests positifs.
    La décision de Rome a été interprétée par les défenseurs des droits des migrants comme punitive et d’autant plus dure qu’elle faisait suite à une agression subie dimanche, à 70 kilomètres des côtes libyennes, quand deux gardes-côtes de Tripoli ont ouvert le feu sans sommation et à hauteur d’homme sur l’Ocean-Viking. L’incident, d’une gravité inédite, dix ans après le développement des activités civiles de secours en mer, fait peser une menace nouvelle sur les ONG qui font face à la politique restrictive du gouvernement italien, menée cet été avec une vigueur renouvelée.
    « Cet épisode va laisser des traces. Les personnels sont durement marqués par l’épreuve de la quarantaine après avoir essuyé des tirs pendant qu’ils menaient une opération de secours. C’est un miracle qu’il n’y ait eu ni blessés ni morts », déclare Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée. En 2025, l’association célèbre ses dix ans alors que se confirme le durcissement de la politique italienne à l’égard des ONG. Depuis février 2023, 33 séquestrations de bateaux de sauvetage ont été enregistrées. Plus récemment, un avion d’observation de l’ONG Sea-Watch a aussi été cloué au sol. Rome impose par ailleurs aux navires de débarquer dans des ports du nord de l’Italie, éloignés des zones de sauvetage, ce qui pèse sur leurs finances.
    Mardi, le ministre de l’intérieur italien, Matteo Piantedosi, a déclaré sur X : « C’est l’Etat qui lutte contre les trafiquants d’êtres humains et qui gère et coordonne les secours en mer. Pas les ONG. » Il justifiait le blocage du Mediterranea, qui avait refusé de faire route vers Gênes pour aborder en Sicile, évitant trois jours de navigation supplémentaires aux rescapés à bord. La majorité des secours dans la zone est menée par les autorités italiennes et Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.
    En plus de ces obstacles, les ONG font face à une violence accrue des gardes-côtes libyens. SOS Humanity, également active dans la région, a recensé au mois d’août des incidents impliquant des tirs en l’air et autres menaces. Les gardes-côtes libyens émanent de milices disparates aux allégeances diverses mais dont des représentants sont impliqués dans le trafic d’êtres humains et des actes de torture selon des rapports des Nations unies. Ils sont équipés et financés par l’Union européenne.
    « La zone où a eu lieu l’incident est la chasse gardée d’éléments directement loyaux au premier ministre de Tripoli, Abdel Hamid Dbeibah », explique Jalel Harchaoui, du Royal United Services Institute, expert des milices libyennes. M. Dbeibah est un partenaire privilégié de la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, qui a passé avec lui plusieurs accords migratoires et énergétiques.« Il faut que l’Europe revoie sa collaboration avec la Libye. De notre côté nous allons repenser toutes nos procédures opérationnelles, explique Sophie Beau. La quarantaine a été une nouvelle entrave, mais avec l’attaque on a changé de monde. » Le décompte des morts et des vivants n’en suit pas moins son cours. Le 13 août, 27 personnes sont mortes ou disparues dans des naufrages survenus au large de Lampedusa. Entre le 26 et 27 août, près de 800 personnes migrantes ont atteint les côtes siciliennes.

    #Covid-19#migrant#migrant#italie#libye#mediterranee#humanitaire#oms#sante#droit#politiquemigratoire

  • La lettre envoyée par Emmanuel Macron à Benyamin Nétanyahou
    Par Emmanuel Macron
    Publié le 26 août 2025 à 18h01, modifié à 19h31
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/26/emmanuel-macron-repond-a-benyamin-netanyahou-le-texte-de-la-lettre-envoyee-p

    Document« Le Monde » publie le texte écrit par le chef de l’Etat français au premier ministre israélien, une semaine après que ce dernier a exprimé sa préoccupation sur « la montée alarmante de l’antisémitisme en France ».

    [Mardi 26 août, Emmanuel Macron a répondu personnellement au courrier de Benyamin Nétanyahou, envoyé le 17 août, dans lequel ce dernier exprimait sa préoccupation sur « la montée alarmante de l’antisémitisme en France ». Le Monde publie le texte du président de la République dans son intégralité]

    Cher Monsieur le premier ministre,

    J’ai bien reçu votre lettre du 17 août que vous avez décidé de rendre publique avant même que je ne la reçoive. C’est pourquoi ma réponse, par parallélisme, sera elle aussi rendue publique pour la clarté de nos débats mais pour ma part je tenais à vous le faire savoir et j’attendrai que vous en ayez pris connaissance, c’est là l’élémentaire courtoisie.

    La lutte contre l’antisémitisme ne saurait être un sujet d’instrumentalisation et ne peut nourrir aucun désaccord entre Israël et la France.

    Au titre des premières actions menées après mon élection, j’ai tenu, dans l’enceinte tragique du Vel d’Hiv, le 16 juillet 2017, à solennellement endosser – et vous aviez souhaité ce jour-là être à mes côtés – la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) qui condamne l’antisionisme comme un antisémitisme. C’était la première fois qu’un président de la République français allait aussi loin et je l’assume parfaitement. La protection de nos compatriotes juifs contre la montée de l’antisémitisme est, depuis le premier jour, une priorité absolue de mon action. Cette responsabilité incombe à la France, et la totalité des services de l’Etat y est engagée. Elle ne saurait faire l’objet d’aucune manipulation dans un moment où nous faisons face à l’instrumentalisation d’un conflit qui n’appartient pas à la France mais pèse sur sa cohésion nationale et la sécurité de nos concitoyens.

    Alors que j’ai promulgué le 31 juillet dernier la loi proposée par le Sénat relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, que nous avons tenu de février à avril les assises de lutte contre l’antisémitisme, que la France a consacré 15 000 policiers à la protection des lieux de réunion de la communauté après le 7 octobre et que policiers et volontaires se sont mobilisés pour la sécurité des athlètes et touristes israéliens lors des Jeux olympiques et paralympiques de l’été dernier, ces accusations d’inaction face à un fléau que nous combattons de toutes nos forces sont inacceptables et offensent la France toute entière.

    L’Histoire nous enseigne que là où tente de s’ancrer l’antisémitisme, prospèrent avec lui toutes les formes de racisme et de haine. C’est au nom de cette leçon que la République française est l’inlassable ennemie de l’antisémitisme depuis la Révolution de 1789. En conséquence, nul ne peut douter, s’il est de bonne foi, que je demeure et demeurerai garant de l’impérieuse nécessité de combattre cette abomination, partout et toujours. Et ce serait une faute d’expliquer, voire de justifier, l’antisémitisme en France par les décisions que j’ai pu prendre. Les antisémitismes de notre pays viennent de loin, ont longtemps été nourris par l’extrême droite, sont aujourd’hui aussi alimentés par l’extrême gauche qui essentialise la communauté juive et soutient la haine contre cette dernière. Tout antisémitisme est une trahison de la République et de son universalisme.

    Mais la définition de l’IHRA ne saurait dédouaner Israël des politiques qu’elle mène aujourd’hui à Gaza et dans le reste des territoires palestiniens. Nous avons de graves désaccords, mais, fidèle en cela à l’amitié qui lie la France et le peuple d’Israël, j’ai tenu à maintenir le dialogue le plus étroit avec vous, un dialogue fondé sur notre attachement indéfectible au droit d’Israël à l’existence et à la sécurité.

    Notre détermination à ce que le peuple palestinien dispose d’un Etat est ancrée dans notre conviction qu’une paix durable est essentielle à la sécurité de l’Etat d’Israël, à sa pleine intégration régionale dans un Moyen-Orient enfin en paix, à une logique de normalisation que nous soutenons et qui doit pouvoir être menée à son terme au plus vite. Cette paix durable passera par la création d’un État palestinien souverain, reconnaissant Israël et son droit à la sécurité, démilitarisé, vivant dans la paix à vos côtés.

    En aucun cas, cette double conviction ne reflète une quelconque complaisance permettant au Hamas ou à d’autres groupes terroristes d’utiliser un tel Etat pour menacer votre pays à l’avenir. L’Etat palestinien doit constituer la fin du Hamas. Nous sommes convaincus, après près de deux ans d’opérations israéliennes à Gaza, que c’est aujourd’hui la seule manière d’éradiquer réellement le Hamas et d’éviter à la jeunesse israélienne de se consumer dans une guerre permanente, dévastatrice pour les Palestiniens de Gaza, mais également pour Israël et la région tout entière.

    Pour y parvenir, nous avons, avec l’Arabie saoudite, rassemblé à New York les 28 et 29 juillet dernier de très nombreux gouvernements arabes, occidentaux et autres, qui ont marqué leur disponibilité à s’impliquer dans une stratégie pour le Jour d’Après, y compris à assumer des responsabilités de sécurité transitoires dans la bande de Gaza dans le cadre d’une mission de stabilisation, à soutenir et contribuer au désarmement des groupes terroristes à commencer par le Hamas, à aider à renouveler une gouvernance palestinienne viable, libérée de l’emprise du Hamas, et à reconstruire un territoire aujourd’hui dévasté.

    Cet engagement est inédit. Il résulte de notre indignation face à un désastre humanitaire épouvantable à Gaza que rien ne saurait justifier. Il découle également de la conviction qu’un exode massif de Gazaouis poussés par la famine et la violence, outre l’indignité morale qu’elle constitue, aura des effets directs et durables sur la sécurité régionale et internationale, y compris sur celle d’Israël et de l’Europe. Il résulte surtout d’une volonté collective inédite de voir advenir une paix durable dans un Moyen-Orient où Israël a largement contribué ces deux dernières années à réduire une autre menace, celle de l’Iran.

    Cette disponibilité à contribuer à l’après-guerre à Gaza s’accompagne de la résolution d’avancer de la même manière vis-à-vis du reste des Territoires palestiniens occupés et de les transformer en un État séparé, démilitarisé et réformé qui vivra en paix à vos côtés. Un État palestinien où la haine de l’autre n’aura pas de place, qu’il s’agisse de l’enseignement et des autres politiques menées. Nous sommes prêts à être collectivement comptables des engagements pris à New York ainsi que par le Président Abbas dans sa lettre du 9 juin 2025.

    Ce chemin est difficile, mais il donne à Israël une main puissante et nouvelle sur son avenir : une normalisation étendue à l’échelle du monde musulman ; la fin du conflit permanent qui a affecté votre peuple avant et depuis la fondation de l’État d’Israël ; la fin d’une grave dégradation de l’image morale d’Israël, qui est devenue le prétexte et le moteur d’un nouvel antisémitisme que nous devons combattre mondialement.

    Cet engagement est inédit et je vous appelle à ne pas l’écarter d’un revers de la main, au nom de notre amitié avec le peuple d’Israël.

    Monsieur le premier ministre,

    Aujourd’hui, votre gouvernement a décidé d’une nouvelle phase de l’offensive menant à la réoccupation de Gaza. J’ai la conviction, et je la partage avec ces nombreux partenaires, qu’une telle mesure impacterait la vie du peuple israélien pour les décennies à venir, ferait porter un coût insupportable à vos voisins palestiniens et contribuerait à faire manquer l’opportunité historique qui s’offre à vous, en tant que Premier ministre ayant conduit aux destinées d’Israël pour la plus longue période de son histoire, ainsi qu’au peuple israélien, de sortir de la bataille qu’Israël mène aujourd’hui à perte, pour gagner la bataille de la paix. L’opportunité de transformer les gains militaires qu’Israël a obtenus sur les terrains régionaux en victoire politique durable au bénéfice de sa sécurité et de sa prospérité.

    Les Etats-Unis, le Qatar et l’Egypte n’ont eu de cesse de faire aboutir un cessez-le-feu pour la libération de tous les otages. C’est notre priorité. La France a perdu plus de 50 de ses enfants lors du pogrom du 7 octobre. Trois otages français n’ont pas survécu. En pensant à eux tous, à la famille Bibas et aux David aujourd’hui, à la douleur et à la souffrance de tant de familles qui attendent toujours le retour de leurs proches, et à toute la douleur endurée par les Gazaouis, ma conviction est qu’agir avec humanité et courage pour mettre fin à cette guerre constitue notre devoir collectif, et la seule voie réaliste. Nous vous proposons une voie pour la suite, crédible, engageante pour la communauté internationale et les partenaires régionaux, qui seront au rendez-vous de la paix. C’est votre responsabilité de la saisir.

    L’occupation de Gaza, le déplacement par la force des Palestiniens, leur réduction à la famine, la déshumanisation haineuse des discours, l’annexation de la Cisjordanie, n’offriront jamais une victoire à Israël. Ils viendront au contraire renforcer l’isolement de votre pays, nourrir ceux qui y trouvent prétexte à l’antisémitisme et mettre en danger les communautés juives à travers le monde. Les Palestiniens ne disparaîtront pas de la terre où ils ont aussi leur racine et nul ne voit quel chemin s’ouvrirait alors pour que la vocation d’Israël à rester une grande démocratie et le foyer national de la judéité, puisse se réaliser. En un mot ces mesures donneront la victoire à ceux qui refusent qu’Israël soit reconnu comme l’ami, l’allié fiable et le partenaire de confiance qu’il a vocation à être et que nous souhaitons qu’il soit.

    La France ne peut se résoudre à voir ainsi un pays ami plonger dans un déchaînement de violence contraire à son histoire, ses origines et son essence démocratique et tourner le dos à la possibilité que l’histoire lui offre aujourd’hui. Je ne peux m’y résoudre et vous propose encore une fois, en ami fidèle, de travailler ensemble, avec tous les partenaires internationaux, à une paix durable pour vous, votre peuple et toute la région. Un cadre crédible pour une sortie de crise à Gaza est à portée de main. Un cessez-le-feu permanent est à portée de main. Quelle autre voie offrez-vous aujourd’hui à vos alliés et à votre peuple ?

    Les images barbares de l’otage israélien Evyatar David ont rappelé au monde, si besoin était, que le Hamas ne devait plus jamais représenter une menace pour Israël ni jouer un rôle dans la gouvernance future à Gaza et des territoires palestiniens. Avec cette vidéo infâme, le groupe terroriste poursuit ce qu’il a constamment fait ces deux dernières années : blesser l’âme juive au plus profond, ce faisant nous offensant tous à vos côtés, prolonger le calvaire des otages et des familles et maintenir le peuple de Gaza dans une souffrance inouïe. En agissant ainsi, il cherche également à vous pousser à prendre des décisions irréversibles, qui ne serviront que sa survie et son emprise idéologique et jetteront Israël dans un avenir de guerre que vous avez aujourd’hui la possibilité et l’opportunité historique d’éviter.

    La France sera toujours l’amie d’Israël et des Palestiniens et c’est à ce titre, Monsieur le Premier ministre, que nous poursuivrons notre action pour la paix et la sécurité de tous.

    C’est à ce titre, M. le premier ministre, que je vous appelle solennellement à sortir de la fuite en avant meurtrière et illégale d’une guerre permanente à Gaza qui expose votre pays à l’indignité et votre peuple à une impasse, à cesser l’illégale et injustifiable recolonisation de la Cisjordanie et à saisir la main tendue des partenaires internationaux disposés à travailler à un avenir de paix, de sécurité et de prospérité pour Israël et la région.

    Emmanuel Macron

    #FranceDiplo #macron

  • En Indonésie, deux hommes fouettés en public pour des relations homosexuelles
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/26/en-indonesie-deux-hommes-fouettes-en-public-pour-des-relations-homosexuelles

    Jugés coupables, par un tribunal, d’avoir eu des relations homosexuelles, deux hommes ont été fouettés en public à 76 reprises chacun mardi 26 août dans la province conservatrice d’Aceh, en Indonésie. Les relations homosexuelles sont interdites à Aceh, qui applique la loi islamique strictement, mais elles ne sont pas illégales ailleurs dans le pays à la plus grande majorité musulmane au monde.

    Les deux hommes faisaient partie d’un groupe de dix personnes qui ont été fouettées mardi dans un parc de la capitale provinciale Banda Aceh pour divers crimes présumés. Les deux hommes ont été flagellés séparément avec un bâton en rotin en présence d’une petite foule, selon un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) présent sur place.

    Leur peine initiale de 80 coups de fouet chacun a été réduite de quatre coups pour les quatre mois qu’ils ont passés en détention. En avril, la police locale chargée de l’application de la charia les avait surpris ensemble dans des toilettes publiques situées dans le même parc où s’est déroulée la flagellation, a déclaré Roslina A. Djalil, responsable au sein de la police chargée de l’application de la charia à Banda Aceh. Un passant « a vu des personnes suspectes et l’a signalé », selon Roslina A. Djalil.
    La sanction condamnée par les organisations de défense des droits humains

    Amnesty International a condamné cette sanction. « La criminalisation des relations entre personnes de même sexe et les châtiments corporels n’ont pas leur place dans une société juste et humaine », a déclaré mardi Montse Ferrer, directrice régionale de recherche d’Amnesty International, dans un communiqué. Les organisations de défense des droits humains condamnent les coups de fouet en public, mais la pratique bénéficie d’un fort soutien au sein de la population.

    Trois femmes et cinq hommes ont également été fouettés mardi après avoir été reconnus coupables d’avoir eu des relations sexuelles hors mariage, d’avoir été en contact étroit avec des membres du sexe opposé et d’avoir participé à des jeux d’argent en ligne.

    La province d’Aceh a commencé à appliquer la charia après avoir obtenu une autonomie spéciale en 2001, dans le cadre d’une tentative du gouvernement central de réprimer une insurrection séparatiste de longue date.

  • Au Royaume-Uni, l’extrême droite mobilise grâce à la crise de l’asile : « Je ne veux plus payer pour eux »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/25/au-royaume-uni-l-extreme-droite-mobilise-grace-a-la-crise-de-l-asile-je-ne-v

    Au Royaume-Uni, l’extrême droite mobilise grâce à la crise de l’asile : « Je ne veux plus payer pour eux »
    Par Cécile Ducourtieux (Horley (Royaume-Uni) , envoyée spéciale)
    La politique de l’asile britannique est en crise, sur fond d’une inquiétante percée de l’extrême droite. Le 19 août, un juge a donné raison à la ville d’Epping (au nord de Londres), qui réclamait la fermeture d’un hôtel sur son territoire accueillant des demandeurs d’asile. Cette décision a validé la mobilisation des manifestants qui, depuis un mois, faisaient le siège de l’établissement aux cris de « Send them home » (« renvoyez-les chez eux »). Elle a aussi incité des dizaines d’autres collectivités à saisir les tribunaux afin d’obtenir la fermeture d’hôtels similaires. Elle donne enfin des ailes à l’extrême droite, alors que les manifestations antimigrants se sont multipliées le week-end des samedi 23 et dimanche 24 août.
    Plusieurs dizaines de rassemblements ont eu lieu devant des hôtels – ils sont environ 200 dans le pays, hébergeant 32 000 demandeurs d’asile – à Bristol, Leicester, Newcastle ou Liverpool. Ils n’étaient pas violents, contrairement aux émeutes racistes d’août 2024 ayant éclaté après la tuerie de Southport – trois fillettes avaient été assassinées par un jeune Britannique. Mais les propos xénophobes s’y sont banalisés et les contre-manifestants antiracistes étaient souvent en minorité.
    Le rassemblement de Horley, dans le Surrey (sud de l’Angleterre), samedi, relayé par la branche locale du parti d’extrême droite Reform UK – désormais en tête dans les sondages, avec dix points d’avance sur les travaillistes au pouvoir –, illustrait bien ces tensions. A la mi-journée, une trentaine de membres de l’association Stand Up to Racism se sont retrouvés à la sortie de la gare de cette bourgade tranquille, proche de l’aéroport de Gatwick. La police était déjà là pour les encadrer – ou plutôt pour les protéger d’environ 200 manifestants antimigrants postés à quelques kilomètres, devant l’hôtel Four Points by Sheraton hébergeant des demandeurs d’asile.
    Emma Taylor-Beal, de l’association Stand Up to Racism, porte une pancarte « Migrants make our NHS » (« C’est grâce aux migrants que notre hôpital public fonctionne »). Elle est venue de Worthing, une ville du Sussex, pour montrer aux personnes « fuyant la violence ou venues chercher un avenir meilleur [qu’elle] les aim[e] ». Lunettes de soleil et keffieh en soutien à la Palestine autour du cou, la quadragénaire est désolée que le pays soit « divisé en deux » sur la question des demandeurs d’asile, mais elle refuse de croire que les résidents manifestant contre les migrants sont tous des sympathisants d’extrême droite. « Ils ont été nourris aux faux arguments selon lesquels nos communautés souffrent à cause des gens de couleur qui arrivent, affirme-t-elle. S’il y avait davantage de logements sociaux, si les gens pouvaient se payer des loyers dans le privé, il n’y aurait pas une telle animosité contre eux. »
    Face à l’hôtel, une grosse bâtisse un peu défraîchie ceinturée de barrières de sécurité et gardée par des agents fébriles, les manifestants antimigrants font bloc. La plupart sont des habitants du quartier venus en famille, des grands-parents aux petits-enfants arborant des drapeaux croix de Saint-Georges (anglais) ou Union Jack (britannique).
    Sur les tee-shirts ou sur les pancartes, les slogans sont sans nuance : « All I want for Christmas is mass deportation » (« tout ce que je veux pour Noël, ce sont des expulsions de masse »), « Go where you are from » (« retournez d’où vous venez »). Les manifestants entonnent le chant patriotique Rule Britannia !, devenu un des airs de ralliement de l’extrême droite. Des jeunes hommes scandent le nom de Tommy Robinson, militant d’ultradroite au 1,4 million d’abonnés sur X, condamné par la justice à plusieurs reprises.« On ne se sent plus en sécurité ici, ces gens doivent partir. C’est trop injuste, ils sont logés avec trois repas par jour alors qu’on attend des heures pour être pris en charge aux urgences et qu’on ne peut même plus voir un dentiste », peste une femme qui refuse de donner son nom.
    Une autre, la cinquantaine, accompagnée de sa mère, brandit un panneau dénonçant les « illégaux » dont les hébergements sont payés par le contribuable alors que « les membres du gouvernement sont surpayés comme une bande de crétins ». Elle aussi préfère l’anonymat. Elle dénonce « ces hommes qui ne respectent pas nos lois ni les femmes. Je ne veux plus payer pour eux. Je me moque qu’on dise que je suis raciste : je le suis avec ceux qui ne respectent pas la loi ». Elle assure vouloir partir pour Dubaï, aux Emirats arabes unis : « Là-bas au moins, ils savent faire respecter la loi. »
    Le ton monte, les policiers sont obligés de resserrer leur cordon autour des militants antiracistes, copieusement insultés, puis de les escorter tout le long du chemin du retour à la gare, pour éviter la confrontation. Pourquoi sont-ils si peu par rapport aux manifestants antimigrants ? Emma Taylor-Beal se l’explique mal. « L’été dernier, nous étions des milliers aux manifestations antiracistes de Brighton et de Crawley. Ce n’est plus la même ambiance, les gens ont peur de manifester, peut-être parce qu’ils ont vu la police arrêter [cet été] des centaines de soutiens de Palestine Action [un groupuscule propalestinien qualifié de terroriste par le gouvernement de Keir Starmer] », suggère la militante, responsable du développement durable dans une société de construction.
    Enver Solomon, le président du Refugee Council (une des principales associations d’aide aux réfugiés), parle dans les colonnes du Guardian, vendredi 22 août, des intimidations et des menaces pesant sur les demandeurs d’asile mais aussi sur des organisations comme la sienne. « Ceux qui travaillent avec les réfugiés depuis des décennies me disent qu’ils n’ont jamais connu une époque où l’hostilité était si forte et l’environnement si toxique », assure le professionnel.
    Il faut dire que, pour l’heure, le premier ministre travailliste, Keir Starmer, n’a pas condamné la banalisation des propos haineux ni contesté la légitimité des manifestations contre les hôtels. Nigel Farage, le chef de file du parti d’extrême droite Reform UK, n’a rencontré presque aucune résistance quand il a promis, le 22 août, des « expulsions de masse » avec « cinq charters par jour » s’il parvient à Downing Street.
    Le gouvernement travailliste semble surtout se préoccuper d’éviter que la crise de sa politique d’asile ne s’envenime, alors qu’une trentaine de collectivités locales veulent saisir à leur tour la justice pour faire fermer des hôtels logeant des demandeurs. Ce mode d’hébergement a été inauguré par les gouvernements conservateurs débordés par les traversées de la Manche après le Brexit. Au Royaume-Uni, les autorités ont l’obligation d’héberger les demandeurs d’asile, mais les logements sociaux et les lieux adaptés manquent. L’usage des hôtels est coûteux pour l’Etat (4,7 milliards de livres sterling, soit 5,4 milliards d’euros, entre 2023 et 2024), peu adapté aux besoins, et entretient le ressentiment des habitants.
    La ministre de l’intérieur, Yvette Cooper, avait promis d’en finir avec ces pis-aller d’ici à 2029, mais depuis le jugement d’Epping Forest, le Home Office est obligé d’accélérer la cadence : selon le Daily Telegraph, il cherche en urgence 5 000 maisons vides pour y loger environ 20 000 demandeurs d’asile. « Le ministère doit laisser les collectivités locales identifier les logements vacants les plus adéquats, des habitats plus dispersés qui ne deviennent pas des abcès de fixation comme les hôtels », pour Amreen Qureshi, chercheuse à l’IPPR, un organisme de recherche spécialisé dans les questions d’égalité.Dimanche, le Home Office a aussi annoncé qu’il voulait accélérer la procédure d’appel des décisions d’asile, actuellement de cinquante-trois semaines, pour limiter les temps de séjour dans les hôtels. Mais avec un nombre de demandeurs à un niveau record (106 075 en juin, selon le Home Office), les résultats tangibles de cette réforme prendront du temps. Or, beaucoup de Britanniques n’ont plus confiance dans leurs gouvernements successifs pour contenir l’immigration après des années de promesses non tenues. La voie est libre pour la surenchère et la récupération par l’extrême droit
    Certes, une partie des manifestations semblent spontanées : à Epping Forest, Norwich ou Canary Wharf (dans l’est de Londres), ce sont des femmes, les « Pink Ladies » qui furent les premières à se mobiliser cet été contre les hôtels. Mais les manifestations sont souvent infiltrées par des groupuscules d’extrême droite, comme le Homeland Party, à Nuneaton (selon The Guardian). Eddy Butler, une ex-figure du British National Party, a été aperçu à Epping. Le mouvement Raise the Colours, consistant à accrocher des drapeaux anglais et britanniques sur les lampadaires (ou à les peindre sur les ronds-points), qui se répand un peu partout dans le pays, est encouragé par des sympathisants de l’extrême droite comme le parti Britain First. Le fait que la droite conservatrice attise ces feux n’arrange rien. Robert Jenrick, l’ex-ministre de l’immigration de Rishi Sunak, qui rêve de prendre la tête des tories, s’est déplacé à Epping pour soutenir les manifestants et postait sur les réseaux sociaux, le 21 août, un cliché de lui accrochant l’Union Jack en haut d’un lampadaire.

    #Covid-19#migrant#migration#royaumeuni#asile#politiquemigratoire#extremedroite#crise#sante#droit#NHS

    • « Au Royaume-Uni, l’extrême droite se focalise sur l’immigration pour éviter de parler des inégalités »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/20/au-royaume-uni-l-extreme-droite-se-focalise-sur-l-immigration-pour-eviter-de

      Le géographe britannique Danny Dorling, explique, dans un entretien au « Monde », que la manifestation massive de l’extrême droite à Londres, le 13 septembre, pourrait contribuer à la chute du premier ministre, Keir Starmer.

      Professeur à l’université d’Oxford, Danny Dorling est un géographe britannique, spécialiste des inégalités sociales. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont The Next Crisis. What We Think About The Future (« la prochaine crise. Ce que nous pensons de l’avenir », Verso, 2025, non traduit).

      Le 13 septembre, entre 110 000 et 150 000 personnes ont manifesté à Londres, défilant contre l’immigration, à l’appel d’une figure de l’extrême droite connue sous le nom de Tommy Robinson. Est-ce un événement inédit au Royaume-Uni ?
      Oui, c’est la plus grande manifestation d’extrême droite de l’histoire du pays. Une telle ampleur n’était pas prévue et a surpris tout le monde. Difficile de ne pas penser aux années 1930 : à cette époque aussi, les rassemblements d’extrême droite s’étaient multipliés, mais sans atteindre de telles proportions. L’ennemi désigné par le British Union of Fascists était alors les juifs.

      Malheureusement, cette manifestation n’est pas un phénomène isolé. A l’été 2024, des émeutes d’extrême droite ont éclaté dans différents endroits du pays, imprégnées d’un fort sentiment anti-immigration. Cet été, le drapeau de l’Union [drapeau du Royaume-Uni] et la croix de saint Georges [drapeau de l’Angleterre] ont fleuri dans l’espace public : ce mouvement, baptisé Operation Raise the Colours [opération « Lever les couleurs »], était soutenu par l’extrême droite.
      Il ne s’agit pas de poussées spontanées : de nombreux observateurs soupçonnent l’existence de réseaux d’extrême droite bien organisés, qui seraient à l’origine de tous ces événements.

      Comment expliquez-vous pareil rejet de l’immigration au Royaume-Uni ?

      Depuis le début des années 2000, l’immigration figure parmi les principales préoccupations des Britanniques dans les sondages. C’était d’ailleurs l’une des grandes promesses du Brexit : rompre avec l’Union européenne devait permettre au Royaume-Uni de « reprendre le contrôle » de ses frontières pour limiter les arrivées. Près d’un tiers des électeurs du « Leave » ont déclaré que l’immigration était leur principale motivation. Ironiquement, les Britanniques qui s’inquiètent le plus vivent dans des zones où il y a peu d’immigrés…

      En fait, le sujet est instrumentalisé et mis à l’agenda par certaines forces politiques, qui agitent des peurs infondées. Pourquoi ? Pour détourner l’attention des citoyens d’autres enjeux majeurs, en particulier des inégalités sociales, qui ont augmenté ces dernières décennies.

      Aujourd’hui, les Britanniques font face à une crise du coût de la vie et à une précarité élevée : emplois instables, logements précaires, services publics en déclin. Nombre d’entre eux éprouvent un sentiment de déclassement. Certains responsables politiques, particulièrement à droite et à l’extrême droite, exploitent ce mal-être : si votre vie est difficile, c’est parce que le gouvernement privilégie les immigrés plutôt que vous, martèlent-ils, canalisant ainsi la colère populaire.

      Ce discours anti-immigration monte partout en Europe…

      Oui, pour les mêmes raisons. Et ce, alors même que la population européenne diminue drastiquement. Sans immigration, l’Europe s’effondrera. Le cas du Royaume-Uni l’illustre bien : contrairement à ce qu’avaient promis les conservateurs, après le Brexit, l’immigration n’a pas baissé. Et pour cause : elle est indispensable au fonctionnement de l’économie. Les immigrés sont majoritairement jeunes et prêts à occuper des postes que de nombreux Britanniques refusent.

      La manifestation a-t-elle fragilisé le gouvernement travailliste ?

      Oui, elle a ébranlé le leadership du premier ministre, Keir Starmer. Les députés travaillistes sont inquiets, d’autant qu’ils ne doivent leur victoire précédente qu’à la division du vote de droite. Ils observent également le virage toujours plus marqué du gouvernement travailliste vers la droite, en réaction à la percée dans les sondages du parti europhobe et ultraconservateur Reform UK.

      Keir Starmer adopte désormais une ligne très dure sur l’immigration et a largement édulcoré ses mesures sociales. Résultat : sa popularité est au plus bas. Seuls 22 % des sondés ont une opinion favorable de lui, selon l’institut YouGov. Parmi les dirigeants européens, seul Emmanuel Macron est encore moins populaire, mais après huit ans au pouvoir, alors que son homologue outre-Manche n’est en fonction que depuis un an.

      Or, c’est maintenant que la saison politique démarre, avec les congrès des partis. Le choc de la manifestation pourrait pousser certains députés travaillistes à envisager de renverser le premier ministre. Si Keir Starmer ne revoit pas sa position sur l’immigration, s’il ne nomme pas clairement le racisme pour ce qu’il est, le parti pourrait se retourner contre lui.

      L’ancien conseiller de Donald Trump Steve Bannon était présent à la manifestation, et le milliardaire américain Elon Musk est intervenu par vidéo. Que révèlent ces soutiens ?

      Le Royaume-Uni est dans le viseur de la droite américaine. C’est le pays qu’elle cherche le plus à influencer, davantage encore que le Canada ou le Mexique. Pourquoi ? Parce qu’il y a des liens historiques et culturels forts entre les deux pays. Parce que le Royaume-Uni est un allié de longue date. Parce que c’est un centre financier et un lieu pouvoir mondial. Parce que c’est un tremplin vers l’Europe.

      De fait, de riches donateurs et des groupes d’influence américains s’intéressent de près à la Grande-Bretagne. Elon Musk, qui veut diffuser ses idées à l’échelle mondiale, s’est rapproché du chef de Reform UK, Nigel Farage. Or, actuellement, nos lois n’empêchent pas ces acteurs étrangers d’injecter des millions de dollars dans des partis politiques. Plus précisément, en tant que citoyen américain, Elon Musk ne peut pas faire de dons personnels à un parti britannique, mais pourrait le faire à travers la filiale britannique d’une de ses entreprises, comme X. Il est urgent de changer nos lois.

      #extrême_droite

  • Confronté à des manifestations anti-immigration, Londres promet des mesures pour accélérer les recours des demandeurs d’asile
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/24/confronte-a-des-manifestations-anti-immigration-londres-promet-des-mesures-p

    Confronté à des manifestations anti-immigration, Londres promet des mesures pour accélérer les recours des demandeurs d’asile
    Face à un nombre record de demandes d’asile et à la montée des tensions, le Royaume-Uni s’apprête à bouleverser son système d’examen des recours pour désengorger les tribunaux.
    Le Monde avec AFP
    En plein week-end de manifestations anti-immigration devant des hôtels utilisés pour héberger les demandeurs d’asile dans plusieurs villes du Royaume-Uni, le gouvernement britannique a promis dimanche 24 août d’accélérer le traitement des procédures d’appel de demandes d’asile. La ministre de l’intérieur britannique, Yvette Cooper, a déclaré dans un communiqué que les délais de traitement des appels étaient « totalement inacceptables », et a annoncé la création d’un organisme indépendant pour seconder les tribunaux. Actuellement, quelque 51 000 appels de demandes d’asile sont en attente d’examen, avec plus d’un an en moyenne avant le rendu d’une décision, dit le gouvernement.
    Des mesures ont déjà été prises pour accélérer les décisions initiales, et les retards dans les procédures d’appel sont désormais, selon lui, la cause principale d’engorgement du système migratoire, limitant le nombre d’expulsions. Le nouvel organisme sera composé d’« arbitres » indépendants, et l’un des objectifs est d’accélérer le traitement des demandes de personnes issues de « pays sûrs ».
    Le gouvernement va également imposer aux tribunaux un délai légal de 24 semaines pour statuer sur les appels des demandeurs d’asile hébergés par le gouvernement, et sur ceux des « délinquants étrangers ». Yvette Cooper a réaffirmé sa détermination à « réduire considérablement le nombre de personnes dans le système d’asile (…) pour mettre fin à l’utilisation d’hôtels pour les accueillir », à l’horizon 2029.
    Dimanche après-midi, des manifestants anti-immigration étaient réunis devant l’un de ces établissements à Birmingham, dans le centre de l’Angleterre, tandis que la police était déployée devant un autre hôtel dans le quartier de Canary Wharf à Londres. Des rassemblements avaient déjà eu lieu vendredi et samedi devant plusieurs de ces lieux d’hébergement au Royaume-Uni. Des affrontements avec la police ou des contre-manifestants, venus défendre l’accueil des demandeurs d’asile, ont éclaté à Bristol, Liverpool, ou à Horley dans le Surrey, avec au total une quinzaine d’arrestations pour rixe ou agression.
    Fin juin, 32 059 demandeurs d’asile étaient logés dans des hôtels, le gouvernement étant obligé de leur fournir un hébergement le temps de l’examen de leur dossier. Depuis la mi-juillet, la ville d’Epping, au nord de Londres, est le théâtre de manifestations régulières et parfois violentes devant l’un de ces établissements. Mardi, la Haute Cour de justice lui a ordonné de cesser temporairement d’héberger des demandeurs d’asile. Mais le gouvernement de Keir Starmer a fait appel de cette décision, qui pourrait faire des émules dans le pays. 111 084 personnes ont demandé l’asile sur la période allant de juin 2024 à juin 2025, soit une hausse de 14 % sur un an. Il s’agit du chiffre le plus élevé sur douze mois depuis le début des relevés en 2001.

    #Covid-19#migrant#migration#royaumeuni#asile#droit#sante#politiquemigratoire#expulsion#payssurs

  • Guerre en Ukraine : les Russes visent les villes, les Ukrainiens touchent les infrastructures énergétiques
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/22/guerre-en-ukraine-les-russes-visent-les-villes-les-ukrainiens-touchent-les-i

    Pénurie de carburant en Russie
    Les efforts de l’industrie de défense ukrainienne lui permettent également de mener sa propre campagne de frappes contre la Russie. Au cours d’un lent crescendo démarré il y a trois ans, les drones ukrainiens à long rayon d’action ont endommagé des dizaines de raffineries. L’effet cumulatif de cette campagne commence à se faire sentir, alors qu’une pénurie de carburant automobile s’étend à travers le territoire du deuxième producteur mondial de pétrole.

    Dans la nuit de mercredi à jeudi, des frappes ont visé celle de Novochakhtinsk, qui traite annuellement 5,6 millions de tonnes, représentant 1,7 % de la capacité de production totale russe. C’est la cinquième fois qu’elle est ciblée, depuis une première attaque, en juin 2022. Depuis le début du mois d’août, au moins sept raffineries ont été visées : Novokouïbychevsk, Samara et Riazan (2 août), Saratov (9 août) et Volgograd (13 août) et Syzran (15 août). En un peu moins de trois semaines, les compagnies pétrolières ont ainsi perdu 50 millions de tonnes de capacité annuelle en termes de raffinage, soit quelque 15 % du total du pays.

    Lire aussi le décryptage | Article réservé à nos abonnés Les installations pétrolières de la Russie, l’autre front de la guerre en Ukraine

    Les groupes pétrochimiques russes s’échinent à réparer les dégâts, mais ne parviennent pas à compenser l’accélération des frappes. Résultat, à la Bourse russe, les prix en gros du pétrole raffiné approchaient des niveaux record, jeudi, en hausse de 40 % depuis le début de l’année. Dans certaines régions, les files d’attente aux stations-service s’allongent de manière critique, provoquant la colère des consommateurs. En Crimée, annexée par la Russie en 2014, la pénurie est telle que les autorités ont institué un système de tickets de rationnement. Le chef de cette république, installé par le Kremlin, Sergueï Aksionov, a appelé les habitants à « faire preuve de patience jusqu’à la fin de l’opération militaire spéciale ».

    Tentant de ramener de la stabilité sur un marché intérieur tendu par le pic de consommation estival (dû aux vacanciers et aux travaux agricoles), le gouvernement a totalement interdit les exportations d’essence jusqu’à fin août.

  • En Floride, la justice ordonne le démantèlement de l’« Alcatraz des alligators », l’un des symboles de la politique migratoire de Donald Trump
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/22/en-floride-la-justice-ordonne-le-demantelement-de-l-alcatraz-des-alligators-

    En Floride, la justice ordonne le démantèlement de l’« Alcatraz des alligators », l’un des symboles de la politique migratoire de Donald Trump
    Le Monde avec AFP
    Une juge de Floride a interdit, jeudi 21 août, à l’administration Trump et aux autorités de Floride de placer de nouveaux migrants dans le centre de rétention surnommé l’« Alcatraz des alligators » et leur a ordonné de retirer sous soixante jours de nombreux équipements, ce qui signifie sa fermeture à terme. Les autorités de Floride ont annoncé leur intention de faire appel.
    Le centre de rétention a été créé à la hâte, en juin, avec lits superposés, cages grillagées et pavillons de toile blanche, sur un aérodrome, abandonné au milieu des marécages des Everglades. La Maison Blanche et les autorités locales l’ont surnommé l’« Alcatraz des alligators », en référence à l’ancienne île prison de la baie de San Francisco que le président américain, Donald Trump, compte rouvrir.
    Quelque 3 000 places étaient prévues en Floride, selon la ministre de la sécurité intérieure, Kristi Noem, mais le centre a suscité la colère des associations environnementales, les Everglades étant une zone protégée, et des défenseurs des droits humains.La décision de la juge Kathleen Williams fait suite à une procédure intentée par deux associations qui estiment que le centre menace l’écosystème fragile des marécages alentour et qu’il a été construit sans études d’impact environnemental. Au début d’août, la juge avait déjà ordonné la suspension temporaire de toute nouvelle construction.
    Cette fois-ci, elle enjoint à l’administration Trump et à l’Etat de Floride, gouvernée par le républicain Ron DeSantis, de retirer sous soixante jours toutes les clôtures temporaires, mais aussi tous les éclairages, les générateurs et les systèmes de traitement des déchets et des eaux usées. Elle interdit en outre « d’amener toute nouvelle personne sur le site qui n’était pas déjà détenue sur place au moment où cette ordonnance a pris effet ».
    L’« Alcatraz des alligators » est devenu l’un des symboles de la politique migratoire répressive de Donald Trump. Plusieurs immigrés détenus dans le centre ont fait état auprès de l’Agence France-Presse de conditions de détention épouvantables. « Même un animal ne serait pas traité ainsi. C’est de la torture », avait raconté Luis Gonzales, joint par téléphone, disant partager une cellule rarement nettoyée avec une trentaine de personnes, dans des conditions caniculaires le jour et glaciales la nuit, parmi des moustiques omniprésents.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#expulsion#alligatoralcatraz#sante#droit#

  • Le Mexique s’efforce d’aider les migrants détenus à « Alligator Alcatraz »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/21/le-mexique-s-efforce-d-aider-les-migrants-detenus-a-alligator-alcatraz_66331

    Le Mexique s’efforce d’aider les migrants détenus à « Alligator Alcatraz »
    Par Anne Vigna (Mexico, correspondante)
    Pour rassurer les Mexicains au sujet des négociations menées entre son gouvernement et les Etats-Unis, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a souvent répété : « Nous n’avons pas d’autre choix que de nous entendre, car nous resterons voisins et partenaires. » Face à l’émotion provoquée par les raids du service de l’immigration et des douanes (ICE) à Los Angeles, en juin, elle a affirmé vouloir placer la question migratoire au cœur des discussions bilatérales et obtenu que le thème figure bien à l’agenda.
    « Ce n’est pas avec des rafles ni avec la violence que l’on progressera, mais grâce à une réforme migratoire qui reconnaît enfin le rôle des migrants dans l’économie et la société américaine », déclarait-elle, le 10 juin. C’est elle qui a proposé à son principal partenaire commercial un accord articulé autour de trois volets : sécurité, commerce et migration.
    Mme Sheinbaum comptait présenter personnellement ce projet à Donald Trump lors du sommet du G7 qui s’est tenu au Canada, du 15 au 17 juin, mais le président américain avait déjà quitté précipitamment celui-ci, pour se consacrer à la guerre entre Israël et l’Iran quand elle a atterri. Donald Trump, qui n’a toujours pas convié son homologue dans le bureau Ovale ni envoyé sur place son secrétaire d’Etat, Marco Rubio, alors même qu’il évoque presque chaque jour publiquement le Mexique, aurait cependant accepté que l’immigration soit désormais traitée comme un sujet distinct, séparé de la sécurité.
    Le 11 août, Mme Sheinbaum a de nouveau pris la défense des 81 migrants retenus dans le centre de détention surnommé « Alligator Alcatraz » (l’« Alcatraz des alligators »), en Floride, exigeant leur rapatriement immédiat. « Nous ne sommes pas d’accord avec ce type de lieux ; s’il n’y a pas de procès en cours, nous voulons qu’ils soient expulsés sans délai vers le Mexique », a-t-elle dit. Selon le quotidien The Miami Herald, plus de 700 personnes y sont détenues, dont environ 250 sans casier judiciaire ni charges.
    Le témoignage des frères Carlos Martin, 26 ans, et Oscar Alejandro Gonzalez-Meza, 30 ans, arrêtés le 7 juillet à Orlando (Floride) pour une infraction routière, a bouleversé le Mexique. Bien qu’en situation légale – l’un touriste, l’autre résident –, ils ont été détenus quinze jours à « Alligator Alcatraz » avant leur transfert au Mexique. Ils ont raconté avoir été enchaînés aux pieds et aux mains, attachés au sol, y compris pour les repas.
    Depuis janvier, le Mexique a accepté toutes les contraintes imposées par Washington. Dès son investiture, le 20 janvier, Donald Trump a réactivé le programme « Quedate en Mexico » (« reste au Mexique »), instauré en 2019 sous son premier mandat puis suspendu par Joe Biden en 2021. Comme son prédécesseur Andres Manuel Lopez Obrador (2018-2024) en pleine pandémie de Covid-19, Mme Sheinbaum n’a eu d’autre choix que d’accueillir les migrants et de financer tant bien que mal leur insertion.
    En février, elle a aussi déployé 10 000 membres de la garde nationale le long de la frontière nord, obtenant en échange un premier sursis sur l’imposition de nouveaux droits de douane par Washington. « Ce sont 10 000 agents en moins pour la sécurité intérieure, et il est probable que [le programme] Quedate en Mexico devienne permanent », estime Guadalupe Correa, professeure à l’université George-Mason de Washington.
    Selon les chiffres de juin, près de 56 300 Mexicains ont été expulsés depuis janvier, soit 30 % de moins que sous la présidence de Joe Biden à la même période en 2024 (82 000 expulsions). « La différence, c’est qu’aujourd’hui l’administration Trump expulse surtout des immigrés installés depuis longtemps, alors que celle de Biden visait davantage les nouveaux arrivants », précise Manuel Orozco, directeur du programme migration au Dialogue interaméricain.
    Les personnes expulsées au Mexique sont accueillies dans les aéroports ou dans l’un des dix centres installés le long de la frontière, conçus pour 25 000 arrivées quotidiennes mais qui n’en reçoivent qu’environ 300. Le programme « Mexico te abraza » (« le Mexique t’accueille ») fournit hébergement, repas, assistance médicale et administrative, une carte de 100 dollars (86 euros) et une puce Internet. Les 50 consulats mexicains aux Etats-Unis ont été renforcés en personnel et une application dotée d’un bouton d’alerte permet désormais d’avertir immédiatement le consulat le plus proche en cas d’arrestation.
    Le Mexique assume le coût de ce programme pour ses « paisanos » (« compatriotes »), qui envoient toutefois moins d’argent au pays. En juin 2025, ces transferts ont chuté de 16,2 % par rapport à juin 2024. La Banque du Mexique prévoit une baisse annuelle d’environ 3 %. Une tendance inverse de celle du reste du continent : la Colombie, Haïti et le Honduras devraient enregistrer des hausses respectives de 13 %, 25 % et 27 %. « Les envois ont progressé de près de 20 % vers l’Amérique latine hors Mexique, car les migrants menacés d’expulsion envoient le plus possible d’argent avant de partir », explique Manuel Orozco.
    Donald Trump lui-même a reconnu, le 12 juin, sur son réseau Truth Social, que les rafles posaient problème en Californie : « Nos grands agriculteurs et les acteurs du tourisme affirment que notre politique migratoire très agressive les prive de travailleurs expérimentés, dont les postes sont presque impossibles à remplacer. » Pour tenter d’y répondre, la représentante républicaine Maria Elvira Salazar a présenté, le 15 juillet, un projet de loi baptisé « Dignity Act ». Il propose notamment que les immigrés présents depuis plus de dix ans puissent accélérer leur obtention de la carte verte pour 20 000 dollars et protège les « Documented Dreamers », ces enfants d’immigrés ayant grandi aux Etats-Unis.
    Reste à savoir si Mme Sheinbaum pourra convaincre son partenaire de revoir sa politique alors que Donald Trump a porté à 3 000 le nombre d’arrestations quotidiennes de l’ICE, contre 600 auparavant. « C’est une bataille difficile, conclut Manuel Orozco, mais ses chances peuvent croître à mesure que l’opinion publique et l’économie se retournent contre les rafles. »

    #Covid-19#migrant#migrant#mexique#etatsunis#politiquemigratoire#expulsion#sante#droit#alligatoralcatraz

  • L’administration Trump dit examiner les dossiers de 55 millions de personnes titulaires d’un visa américain
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/22/l-administration-trump-dit-examiner-les-dossiers-de-55-millions-de-personnes

    L’administration Trump dit examiner les dossiers de 55 millions de personnes titulaires d’un visa américain
    Le Monde avec AP
    Le département d’Etat a déclaré, jeudi 21 août, qu’il examinait les dossiers de plus de 55 millions d’étrangers titulaires d’un visa américain valide afin de déterminer s’ils étaient susceptibles d’être expulsés pour violation des règles d’immigration.
    Dans une réponse écrite à une question de l’agence américaine Associated Press, le département d’Etat déclare que tous les titulaires de visas américains, y compris les touristes de nombreux pays, font l’objet d’un « contrôle continu » afin de détecter tout signe montrant qu’ils pourraient ne pas être éligibles à l’autorisation d’entrer ou de séjourner aux Etats-Unis. Dans un tel cas, le visa sera révoqué et, si le titulaire du visa se trouve sur le territoire américain, il sera passible d’expulsion.
    Parmi les indicateurs d’inéligibilité recherchés figurent les dépassements de la date de validité du visa, les infractions à la loi, les activités criminelles, les menaces pour la sécurité publique, la participation à toute forme d’activité terroriste ou le soutien à une organisation terroriste.« Nous examinons toutes les informations disponibles dans le cadre de notre processus de vérification, y compris les dossiers des forces de l’ordre ou de l’immigration ou toute autre information qui apparaît après la délivrance du visa et qui indique une éventuelle inéligibilité », a déclaré le département d’Etat.
    Seront scrutés les comptes de réseaux sociaux des titulaires de visa, leurs antécédents judiciaires et migratoires dans leur pays d’origine, ainsi que toute violation passible de poursuites de la loi américaine commise pendant leur séjour aux Etats-Unis.Depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump en janvier, son administration s’est jusqu’à présent concentrée sur l’expulsion des migrants en situation irrégulière dans le pays, ainsi que sur les titulaires de visas d’étudiants. Elle a progressivement imposé de plus en plus de restrictions et d’exigences aux demandeurs de visa, notamment en requérant des entretiens en personne.
    Mais l’annonce de l’examen de tous les titulaires de visa – une opération que les responsables reconnaissent comme étant longue – semble constituer une extension significative de ce qui était, à l’origine, un processus de réexamen axé principalement sur les étudiants ayant participé à des activités propalestiniennes ou anti-israéliennes.
    « Dans le cadre de l’engagement de l’administration Trump à protéger la sécurité nationale et la sécurité publique des Etats-Unis, depuis le jour de l’investiture », les Etats-Unis ont révoqué « plus de deux fois plus de visas, dont près de quatre fois plus de visas d’étudiants, qu’au cours de la même période l’année dernière », sous l’administration du président démocrate Joe Biden, a fait savoir le département d’Etat.
    Au début de la semaine, il avait déclaré que, depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, plus de 6 000 visas d’étudiants avaient été révoqués pour dépassement de la durée de séjour autorisée et pour violations des lois locales, étatiques et fédérales, la grande majorité d’entre elles étant des agressions, des conduites sous l’influence de l’alcool ou de drogues, et un soutien au terrorisme.
    Le département d’Etat a précisé qu’environ 4 000 de ces 6 000 visas avaient été révoqués pour des infractions établies et qu’environ 200 à 300 visas l’avaient été pour des questions liées au terrorisme, notamment pour avoir apporté un soutien à des organisations terroristes désignées ou à des Etats soutenant le terrorisme.Par ailleurs, le gouvernement américain a annoncé, jeudi, suspendre, avec effet immédiat, la délivrance de visas aux chauffeurs routiers étrangers, accusés de « mettre en danger la vie des Américains » sur les routes aux Etats-Unis. « Le nombre croissant de chauffeurs étrangers conduisant de gros camions semi-remorques sur les routes américaines met en danger la vie des Américains et compromet les moyens de subsistance des camionneurs américains », a déclaré le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, sur X.
    Il n’a donné aucun chiffre permettant d’étayer cette accusation, mais l’annonce intervient après un accident de la route impliquant un camionneur étranger, survenu le 12 août en Floride, ayant causé la mort de trois personnes. Le chauffeur, d’origine indienne, est accusé d’être entré de manière illégale aux Etats-Unis depuis le Mexique. Lors d’un entretien après l’accident, il aurait échoué à un examen de compétences en langue anglaise, selon les autorités fédérales.
    L’administration Trump a fait grand bruit de cet accident, accusant les autorités des Etats démocrates de laxisme en matière de délivrance de licences de poids lourds. L’accident a pris une tournure politique puisque le chauffeur avait obtenu la sienne en Californie, gouvernée par le démocrate Gavin Newsom, qui s’oppose à la politique migratoire de Donald Trump. Le gouverneur a répondu aux accusations de laxisme venant des républicains en rappelant que l’Etat fédéral, sous Donald Trump, avait délivré un titre de séjour à ce chauffeur d’origine indienne, et que la Californie avait coopéré pour son extradition vers la Floride.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#visas#politiquemigratoire#expulsion#droit#sante

  • Donald Trump dépêche trois navires de guerre au large du Venezuela dans le cadre de sa lutte contre le trafic de drogue
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/21/donald-trump-depeche-trois-navires-de-guerre-au-large-du-venezuela_6632978_3

    Étonnamment (non) la version du journal « Le Monde » est celle de Trump (lutte contre le trafic de drogue) ; l’autre version étant :

    « Le déploiement militaire américain dans les eaux des Caraïbes, sous couvert d’opérations antidrogue, représente une menace pour la paix et la stabilité de la région », affirment dans une déclaration commune les membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique.

  • En Turquie, les actes de rejet se multiplient contre les Syriens d’Istanbul, peu enclins à rentrer au pays
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/19/en-turquie-les-actes-de-rejet-se-multiplient-contre-les-syriens-d-istanbul-p

    En Turquie, les actes de rejet se multiplient contre les Syriens d’Istanbul, peu enclins à rentrer au pays
    Par Nicolas Bourcier (Istanbul, correspondant)
    Il ne reste plus rien, ou presque : pas une affiche, pas un tag, pas même une petite enseigne à l’ombre d’une rue. En ce dimanche de la mi-juillet, le quartier de Sulukule, pointe extrême de la péninsule historique d’Istanbul, écrasé par les murailles byzantines de Théodose et un soleil de feu, somnole en silence. Les inscriptions en arabe ont disparu, les publicités et les écriteaux des entrepreneurs syriens se sont effacés. La « petite Syrie », comme l’ont surnommée les médias à sensation turcs dès les premières arrivées des familles syriennes fuyant les horreurs de la guerre civile déclenchée en 2011, s’est comme évanouie.
    Il faut passer le hall d’entrée d’un immeuble pour lire une affichette rédigée en turc et en arabe : « N’ouvrez pas la porte de votre bloc à des étrangers – Evitez les comportements qui peuvent déranger vos voisins. » Un peu plus bas, au détour d’une artère commerçante, écrit en forme de sous-titre d’un écriteau publicitaire, le nom en arabe d’un artisan syrien « spécialiste en décoration et tous travaux » sur la devanture de sa boutique. « Nous, Syriens, sommes toujours là, glisse d’un sourire contenu un client qui ne souhaite pas donner son nom. Nous sommes seulement plus discrets. » La cinquantaine, deux enfants, l’homme originaire de Damas ajoute avant de tourner les talons : « Beaucoup d’entre nous veulent rentrer au pays, mais pas tant que la situation y restera aussi instable. » Allusion directe aux récentes violences confessionnelles survenues dans le sud et à l’ouest du pays, mais aussi à la pauvreté, au manque d’infrastructures et aux défis colossaux auxquels la Syrie est confrontée.
    D’après les chiffres officiels, 273 000 réfugiés syriens installés en Turquie ont pris le chemin du retour depuis la chute du régime Al-Assad, en décembre 2024. La majorité d’entre eux étaient installés près de la frontière, entre Gaziantep, Hatay et Adana, souvent dans des conditions de vie ou de travail précaires. Seuls quelque 20 000 venaient d’Istanbul. C’est peu en regard du nombre de Syriens enregistrés dans la métropole et compte tenu de la volonté affichée des autorités turques d’accélérer leur retour.
    La Turquie accueille plus de la moitié des 7 millions de réfugiés dénombrés hors Syrie, faisant d’Istanbul la capitale des Syriens forcés à l’exil. Près de 530 000 y bénéficient d’une « protection temporaire », un statut mis en place par les autorités turques en 2014. Aucune province n’en abrite autant.
    Ce nombre a peu varié depuis 2017. En juillet 2019, le gouvernement AKP (Parti de la justice et du développement) du président Recep Tayyip Erdogan, qui vient de subir une sévère défaite aux élections locales à Istanbul, décide soudainement de ne plus accepter de nouveaux Syriens dans la métropole. Certains arrondissements sont présentés par les autorités comme étant « saturés ». Aux quartiers dits « sensibles », plus aucun permis de résidence ne sera délivré à partir de 2021. Lorsque le ministre de l’intérieur d’alors, Süleyman Soylu, avance quelques mois plus tard que, selon ses calculs, le nombre total de Syriens sur les rives du Bosphore était en réalité de 1,3 million, la polémique sur leur présence prend des allures de scandale national. L’homme fort du gouvernement de l’époque avait additionné les réfugiés dûment enregistrés aux résidents et travailleurs autorisés.
    « Cette inflexion du mode de gestion des réfugiés syriens et, simultanément, du discours public, entraînant la fragilisation sinon l’obsolescence du discours de l’accueil inconditionnel qui avait prévalu jusqu’alors et singularisé l’AKP dans le champ politique turc, semble avoir eu pour effet de libérer et d’accompagner à la fois le discours de la haine et la parole raciste ordinaire à Istanbul », écrit le géographe Jean-François Pérouse dans son dense et récent ouvrage Istanbul à l’heure syrienne (2025, Inaclo Presses, 214 pages, 18 euros).
    Avec la pandémie de Covid-19, la dégradation de la situation économique, l’inflation, la perte de pouvoir d’achat et la dépréciation de la monnaie nationale que la Turquie connaît depuis 2020, les tensions s’amplifient. Les actes de rejet se multiplient, de même que les incidents racistes. Certaines mairies organisent des opérations de « retour volontaire ». Sur les plateaux de télévision, la « question des Syriens » est instrumentalisée par les personnalités politiques, de l’extrême droite aux sociaux-démocrates nationalistes. L’opinion publique, elle, bascule : selon l’institut Metropoll, 81 % des personnes interrogées estiment que les Syriens doivent regagner leur pays. Ils sont même 85 % parmi l’électorat de l’AKP.
    « Le malaise social s’est converti en sentiment de “trop-plein migratoire”, poursuit Jean-François Pérouse. Cette montée d’intolérance à Istanbul coïncide avec l’accentuation de l’invisibilisation syrienne (…), son repli dans la sphère familiale, une recherche de la discrétion et des pratiques décalées dans les espaces publiques. » Dans les parcs et les espaces verts, il devient fréquent de voir les familles syriennes venir un peu plus tôt ou plus tard dans la journée. A Sulukule comme ailleurs dans le pays, les drapeaux syriens sont décrochés des boutiques.
    Ces dernières années, la mégapole aux 16 millions d’habitants a compté plus d’une dizaine de « petites Syrie », des « petits Damas » et des « quartiers syriens » plus ou moins visibles, répartis au gré des fluctuations de la ville et de l’aggravation de la situation sur le théâtre syrien. Abil (les personnes citées par leur prénom n’ont pas souhaité donner leur nom de famille) réside à Fatih, arrondissement populaire et conservateur situé au cœur d’Istanbul, depuis son arrivée, en 2014. A l’époque, il avait 14 ans. Il était seul, ses parents ayant été tués par les hommes du régime de Damas. Comme tant d’autres, il s’est débrouillé avec l’aide des réseaux de sa famille, un oncle gérant d’une petite boutique, un cousin disposant d’une chambre. Il a travaillé un temps, comme beaucoup, dans un atelier textile. Depuis, il s’est reconverti à la mécanique dans un garage automobile d’Aksaray. Lui aussi affirme ne pas vouloir rentrer, « en tout cas pas dans l’immédiat ».
    Assis dans un coin d’ombre sur la grande esplanade de la mosquée de Fatih, entouré d’une poignée d’amis syriens, il explique que la situation est devenue difficile. « On sent la pression pour qu’on reparte. Du coup, on sort moins, on ne se fait pas remarquer. » Même son de cloche chez Sabah, médecin dans une des deux cliniques pour Syriens de Fatih : « Les gens sont coincés, dit-elle. D’un côté, la Syrie et ses dangers, de l’autre Istanbul où les prix augmentent sans cesse, les loyers deviennent fous et le niveau de l’enseignement dégringole, avec nous au centre, pris pour cible et accusés d’être responsables de tous les maux. »
    Ibrahim, lui, se souvient parfaitement du moment où les agents de la mairie de Fatih sont venus pour remplacer une à une les enseignes écrites en arabe de la grande rue commerçante d’Aksemsettin, interminable succession de magasins syriens. « C’était en 2024, explique-t-il, peu après les élections municipales », où l’arrondissement, fief traditionnel de l’AKP, a failli passer dans les mains de l’opposition. Originaire d’Alep, arrivé à l’âge de 4 ans, devenu vendeur occasionnel de bonbons et de barres chocolatées dans la rue, il hausse les épaules quand on lui parle de la Syrie. Il n’en a aucun souvenir. « Moi, je veux rester. »

    #Covid-19#migrant#migration#turquie#syrie#asile#refugie#retour#sante#droit#politiquemigratoire

  • Au Royaume-Uni, les manifestations contre les demandeurs d’asile se multiplient
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/19/au-royaume-uni-les-manifestations-contre-les-demandeurs-d-asile-se-multiplie

    Au Royaume-Uni, les manifestations contre les demandeurs d’asile se multiplient
    Par Cécile Ducourtieux (Londres, correspondante)
    Une grosse centaine de manifestants – des familles avec enfants, des couples de retraités – s’est pourtant rassemblée en face du Bell Hotel, un établissement en briques situé un peu à l’écart de l’agglomération, au bord d’une route très passante, hébergeant quelques dizaines de demandeurs d’asile. Pas de grands discours, mais une sono diffusant à plein volume, des drapeaux britanniques et des croix de Saint-Georges partout et un message sans nuances sur les tee-shirts des manifestants : « Send them home, protect our kids » (« Renvoyez-les chez eux, protégez nos enfants »).
    Les manifestations ont lieu tous les vendredis et dimanches soir depuis que, à la mi-juillet, un homme d’origine éthiopienne résidant dans l’hôtel a fait l’objet d’une enquête de la police pour agression – il s’en serait pris à une jeune fille selon les médias britanniques. Un autre résident du Bell Hotel, d’origine syrienne, a été inculpé pour agressions sexuelles, précisait la BBC le 13 août.
    La mobilisation d’Epping n’est pas isolée. Des dizaines d’autres rassemblements de ce type se sont succédé depuis le début de l’été dans le pays : à Falkirk en Ecosse, à Norwich dans le Norfolk, à Nuneaton dans les Midlands, à Hull au nord-est de l’Angleterre, et même dans le quartier financier de Canary Wharf à Londres, mettant la pression sur le gouvernement travailliste. Malgré ses promesses, le premier ministre, Keir Starmer, n’est pas parvenu à endiguer les arrivées par la mer : 50 000 personnes ont réussi la traversée de la Manche sur de fragiles embarcations depuis son arrivée à Downing Street, en juillet 2024.
    « Les femmes et les enfants ne sont plus en sécurité, d’autant qu’il y a deux écoles à proximité de l’hôtel, assure Julie Demetriou, croisée en face du Bell Hotel, dont l’entrée est barrée par un cordon de policiers et des barrières métalliques. Je ne promène plus mon chien seule dans le quartier. Les migrants hébergés sont des hommes jeunes, ils sont d’une culture trop différente de la nôtre, ils pensent qu’il leur est possible d’aborder des jeunes filles sans problème. Ils considèrent les femmes comme des citoyens de seconde classe. » « Le ministère de l’intérieur ne nous a pas demandé notre avis [avant de loger les demandeurs d’asile], l’hôtel doit fermer », ajoute la dame vêtue de rose comme la plupart des autres manifestantes. Le mouvement des « Pink Ladies » contre les hébergements d’urgence a essaimé ailleurs, comme à Aldershot, dans le Hampshire, ou à Manchester.
    Le Home Office britannique a l’obligation légale d’héberger les demandeurs d’asile, qui ne sont pas autorisés à travailler durant l’examen de leur dossier et reçoivent une allocation de 9 livres sterling par semaine (soit environ 10,40 euros).Ces dernières années, la pratique consistant à les loger dans des hôtels délaissés par les touristes, à l’écart des agglomérations ou dans des quartiers populaires, s’est généralisée. Et la facture pour le contribuable n’a cessé de grimper : elle était de 739 millions de livres sterling pour l’année fiscale 2019-2020 et de 4,7 milliards en 2023-2024. L’animosité que ces personnes et leur mode d’accueil suscitent localement est souvent à la mesure du sentiment de déclassement des populations.
    « L’hôtel doit fermer, la situation est trop injuste. Ces hommes reçoivent quatre repas par jour, des téléphones, de l’argent, alors que nos propres citoyens sont sans abri et ne reçoivent rien, prétend Paul Collop, un grand costaud tenant un drapeau britannique à bout de bras. Nous ne sommes pas racistes, nous voulons juste protéger notre communauté. » « Nous ne voulons pas de fauteurs de troubles. Ces hommes ne sont pas des demandeurs d’asile mais des illégaux. Ce pays est dans une spirale négative, quelque chose doit changer, Keir Starmer ne sert à rien », peste Chris Baxter, une arrière-grand-mère très alerte, entourée de sa fille, de sa petite-fille et de deux de ses arrière-petits-enfants.
    Les propos sont décomplexés, mais les manifestants calmes – sauf quand ils huent un résident de l’hôtel qui s’est risqué à l’extérieur et rentre prestement dans l’établissement, derrière le cordon de sécurité. Les slogans politiques sont absents, même si les affiliations sont évidentes, à droite et à l’extrême droite. La récupération partisane est assumée : ce dimanche, c’est le très ambitieux député tory Robert Jenrick, ex-ministre de la migration du gouvernement conservateur de Rishi Sunak, qui a fait une apparition à Epping.
    Ces derniers mois, Robert Jenrick n’a cessé de durcir son discours, assurant début août, sur la BBC, sans preuves factuelles, que « 40 % des agressions sexuelles à Londres » en 2024 ont été commises par des non-Britanniques. « Les gens ont raison d’en avoir assez de la migration illégale, des crimes [qu’elle engendre] et des milliards dépensés. [Keir] Starmer devrait sortir de Westminster, écouter les préoccupations des gens et agir pour leur sécurité », a réagi l’ancien ministre sur X, après sa visite à Epping.
    Kemi Badenoch, la cheffe de file des conservateurs, l’a précédé sur place à la mi-août. Nigel Farage, le chef du parti d’extrême droite Reform UK (en tête dans les sondages d’opinion), a aussi pris la défense des manifestants dans les médias. L’une de ses députées, Sarah Pochin, a surenchéri, affirmant que nombre de demandeurs d’asile de confession musulmane constituaient une menace pour les femmes en raison de « leurs opinions médiévales ». Le repris de justice et militant d’extrême droite Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon) a aussi appelé ses soutiens à manifester contre le Bell Hotel à la fin juillet.
    Ces derniers jours, le conseil municipal d’Epping, à majorité conservatrice, a saisi la justice, réclamant que le propriétaire de l’établissement, un groupe privé sous contrat avec le Home Office, le ferme immédiatement. Un juge devait se prononcer mardi 19 août. « Je ne suis pas très optimiste : s’il ordonne la fermeture, cela créerait un précédent pour les autres établissements hébergeant des migrants dans le pays », réagit Julie Demetriou.Un an après les émeutes racistes ayant succédé au drame de Southport – le meurtre de trois petites filles par un jeune Britannique –, deux mois après de violentes manifestations anti-immigrés au nord de Belfast, les organisations de protection des droits des réfugiés s’alarment de cette atmosphère délétère et de la banalisation des discours stigmatisants. Plus de deux cents d’entre elles, coordonnées par le collectif Together with Refugees, ont signé une lettre ouverte dans le quotidien The Guardian, le 11 août, appelant le personnel politique britannique à la responsabilité face aux « courants pernicieux et insidieux » du racisme et de la haine qui, selon elles, sous-tendent les manifestations contre les hôtels.
    Cette hostilité grandissante face aux demandeurs d’asile constitue une difficulté supplémentaire pour Keir Starmer, dont le discours sur la migration manque de cohérence. Il a prétendu vouloir adopter une attitude plus humaine que ses prédécesseurs conservateurs en supprimant, dès son arrivée au pouvoir, l’accord d’envoi des demandeurs d’asile au Rwanda. Depuis, il a promis de « détruire » les gangs de passeurs, sans réel succès, et a renforcé la collaboration avec la France – un accord de retour des migrants est entré en vigueur début août. Il est même allé jusqu’à emprunter la rhétorique d’extrême droite, pointant le risque que le Royaume-Uni devienne une « île d’étrangers », avant de regretter ces propos il y a quelques semaines.

    #Covid-19#migrant#migration#royaumeuni#asile#etranger#politiquemigratoire#droit#sante

  • Le Royaume-Uni étend à quinze nouveaux pays son programme d’expulsion d’étrangers condamnés
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/11/le-royaume-uni-etend-a-15-nouveaux-pays-son-programme-d-expulsion-d-etranger

    Le Royaume-Uni étend à quinze nouveaux pays son programme d’expulsion d’étrangers condamnés
    Le Monde avec AFP
    Le Royaume-Uni va accélérer l’expulsion d’étrangers condamnés en étendant son programme « expulser maintenant, faire appel plus tard » à 15 nouveaux pays, soit désormais 23 au total, a annoncé, dimanche 10 août, le ministère de l’intérieur britannique.
    Ce programme, qui permet au Royaume-Uni d’expulser des ressortissants étrangers sans attendre qu’ils purgent leur peine de prison, tout en leur permettant de faire appel dans leur pays d’origine, était en place avec huit partenaires, dont la Tanzanie, l’Estonie ou Belize.
    Désormais, il sera étendu à 15 nouveaux pays : l’Angola, l’Australie, le Botswana, Brunei, la Bulgarie, le Canada, le Guyana, l’Inde, l’Indonésie, le Kenya, la Lettonie, le Liban, la Malaisie, l’Ouganda, la Zambie. Des discussions avec plusieurs autres capitales sont en cours, a précisé le communiqué du Home Office.
    Le premier ministre travailliste, Keir Starmer, a fait de la réduction de l’immigration, légale comme illégale, une priorité, au moment où l’extrême droite gagne du terrain dans le pays.« Pendant bien trop longtemps, des criminels étrangers ont exploité notre système d’immigration en restant au Royaume-Uni pendant des mois, voire des années, pendant que leurs appels s’éternisaient. Cela doit cesser », a déclaré la ministre de l’intérieur britannique, Yvette Cooper, citée dans le communiqué.
    Selon le gouvernement britannique, une place en prison coûte en moyenne 54 000 livres par an (soit plus de 62 000 euros).Depuis juillet 2024, date de l’arrivée au pouvoir des travaillistes, près de 5 200 étrangers condamnés ont été expulsés, soit une hausse de 14 % sur un an, selon le Home Office. En pratique, la décision de savoir si ces personnes purgeront leur peine à l’étranger dépendra du pays vers lequel elles sont envoyées, a précisé le ministère de la justice britannique à la BBC. Concrètement, cela signifie que certains d’entre eux pourraient être libres dès leur arrivée dans leur pays de destination.

    #Covid-19#migrant#migration#royaumeuni#expulsion#politiquemigratoire#sante#droit#immigration#etranger

  • L’exode des travailleurs cambodgiens employés en Thaïlande après les affrontements entre les deux pays
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/09/l-exode-des-travailleurs-cambodgiens-employes-en-thailande-apres-les-affront

    L’exode des travailleurs cambodgiens employés en Thaïlande après les affrontements entre les deux pays
    Par Swann Deseine
    Cinq jours d’affrontements militaires, au moins 43 morts et des centaines de milliers de retours au Cambodge motivés par l’insécurité et la crainte de rester en Thaïlande… Malgré le cessez-le-feu signé entre Bangkok et Phnom Penh, le 7 août, le conflit frontalier continue d’affecter la région.
    Les tensions latentes, qui ont explosé à la frontière à la fin juillet, ont entraîné des retours massifs de Cambodgiens employés en Thaïlande dans leur pays d’origine. Des vidéos d’agressions, verbales et physiques, de Cambodgiens par des groupes de Thaïlandais ont été largement partagées sur les réseaux sociaux, y compris par Hun Sen, l’homme fort du Cambodge. Des cas de discrimination ont été recensés – un hôpital d’une province frontalière a ainsi annoncé suspendre le service aux nouveaux patients cambodgiens, avant de faire marche arrière.
    Beaucoup de Cambodgiens ont choisi l’exode, même si les chiffres varient du simple au quadruple : le porte-parole du ministère du travail cambodgien parle de 750 000 retours, contre 200 000 pour l’Association du commerce et du tourisme frontalier Thaïlande-Cambodge de Chanthaburi.
    L’économie thaïlandaise, qui a connu une croissance dynamique ces trente dernières années, dépend de plus en plus de la main-d’œuvre étrangère, en renfort de sa population vieillissante. Elle assure jusqu’à 6,6 % du PIB du pays, selon le groupe de travail thématique des Nations unies sur la migration en Thaïlande, réuni en 2019. Ces travailleurs, en provenance des pays frontaliers comme le Cambodge, la Birmanie, le Laos et, dans une moindre mesure, le Vietnam, représentent environ 12 % de la population active du pays, selon un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations sur la Thaïlande de 2024.
    Avant le début du conflit, 520 000 Cambodgiens travaillaient officiellement en Thaïlande, soit presque 12 % du nombre de travailleurs étrangers. Des chiffres qui ne prennent en compte que les travailleurs régularisés et qui seraient largement doublés par les effectifs de travailleurs irréguliers : selon Sun Mesa, porte-parole du ministère du travail cambodgien, 1,2 million de migrants cambodgiens étaient installés en Thaïlande avant le conflit.
    Selon Anusorn Tamajai, doyen de la faculté d’économie de l’université de la chambre de commerce thaïlandaise, « cet exode massif cause une pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs les plus occupés par les travailleurs étrangers, comme l’agriculture, le bâtiment et les usines, et encore plus particulièrement dans les régions frontalières où sont concentrés beaucoup de travailleurs cambodgiens ». Selon lui, la Thaïlande a la capacité de rebondir « en substituant à ces travailleurs d’autres travailleurs de Birmanie ou du Laos ». Mais d’autres secteurs seront plus touchés : « La menace principale de ce conflit, c’est celle qui pèse sur le commerce transfrontalier et sur le tourisme », estime-t-il.
    Au mois de juin déjà, dans un contexte de nationalisme exacerbé, le premier ministre cambodgien, Hun Manet, appelait déjà les travailleurs cambodgiens au retour, donnant aux gouverneurs des provinces frontalières des directives pour faciliter ces arrivées. Le 17 juin, son père, Hun Sen, président du Sénat, invitait les travailleurs à revenir, assurant que « tant qu’ils sont cambodgiens ils sont les bienvenus, qu’ils possèdent ou non des documents officiels. (…) Nous ne pouvons pas rester éternellement en Thailande, c’est le moment opportun ».
    Le ministère du travail cambodgien essaie de convaincre les nouveaux venus de rester avec une nouvelle campagne pour l’emploi. Le pays propose la gratuité de la couverture médicale en cas de maladie et d’accident, le versement d’une pension de retraite et des allocations de grossesse pour les femmes.Mais le mouvement pourrait être limité par le manque d’opportunités dans le pays. « Le marché du travail cambodgien n’est pas encore suffisamment résilient pour absorber le retour des travailleurs », explique Khun Tharo, du Centre pour l’alliance du travail et des droits de l’homme du Cambodge, cité par le média cambodgien KiriPost. Il craint une pénurie d’emplois bien rémunérés, qui pourrait dissuader ces travailleurs de se réinstaller durablement au Cambodge. Le journal cite d’ailleurs des Cambodgiens ayant décidé de rester en Thaïlande malgré les risques, pour conserver un emploi rémunérateur.
    Le gouvernement thaïlandais a, de son côté, pris des mesures « visant à soutenir les travailleurs cambodgiens et à réduire l’impact sur les entreprises et les employeurs frontaliers », selon le site du gouvernement. Parmi les mesures proposées par le comité de politique de gestion des travailleurs étrangers figurent la prolongation des titres de séjours, la suppression des amendes pour dépassement de la durée du séjour et l’augmentation jusqu’à trois du nombre maximal d’employeurs par travailleur.

    #Covid-19#migrant#migration#thailande#cambodge#frontiere#conflit#retour#sante

  • Le Monde dans ses (basses) œuvres : Gaza : onde de choc dans le monde arabe après une frappe d’Israël qui a tué six journalistes
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/12/gaza-une-frappe-israelienne-deliberee-tue-six-journalistes-palestiniens-dont
    Heureusement donc, cette « onde de choc dans le monde arabe » n’a pas atteint la personne qui rédige les titres du quotidien de référence français. Faudrait pas qu’on soit choqués par l’assassinat ciblé de journalistes palestiniens.

  • Donald Trump somme les sans-abri de partir « loin » de Washington
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/10/donald-trump-somme-les-sans-abri-de-partir-loin-de-washington_6627961_3210.h


    Une personne sans-abri sur un banc à Washington, le 18 janvier 2025. MARKO DJURICA / REUTERS

    « Les sans-abri doivent partir, IMMEDIATEMENT. Nous vous donnerons des endroits où dormir, mais LOIN de la capitale », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social. Il doit donner une conférence de presse lundi sur son projet pour rendre la capitale « plus sûre et plus belle qu’elle ne l’a jamais été ».

    [...]

    La maire [démocrate] de Washington, Muriel Bowser, a adopté une stratégie de conciliation avec le président républicain. L’édile démocrate a notamment décidé en mars d’effacer une fresque peinte en 2020 aux couleurs du mouvement antiraciste « Black Lives Matter », et qui se trouvait dans le viseur des républicains depuis.
    Interviewée sur la chaîne MSNBC, avant les déclarations de Donald Trump, la maire a affirmé dimanche que la conférence de presse du président le lendemain porterait probablement sur « un afflux des forces de l’ordre fédérales » dans la ville. Muriel Bowser a également démenti une hausse de la criminalité à Washington, soulignant que les statistiques montraient « des tendances dans la bonne direction pour chaque catégorie. »

    Le ministère de la justice avait annoncé début janvier que les faits de criminalité violente à Washington avaient atteint en 2024 leur niveau le plus bas en plus de 30 ans. « Toute comparaison avec un pays ravagé par la guerre est exagérée et erronée », a-t-elle ajouté, répondant à Stephen Miller, proche conseiller de Donald Trump à la Maison Blanche, qui avait affirmé jeudi que Washington était « plus violente que Bagdad ».

    • Voici comment nous pouvons commencer : Nous avons besoin d’un million de Juifs. Moins de dix pour cent de la population juive mondiale pour déposer un appel conjoint auprès de la Cour internationale de justice de La Haye.

      Une plainte juridique collective contre l’État d’Israël pour des crimes contre l’humanité commis en notre nom et sous la fausse bannière de notre identité juive.

      Il est temps de dire : assez !

    • Jews – Rebel. Now!!!
      A Jewish Plea to The International Court of Justice, AVRUM BURG, AUG 08, 2025

      Magnified, sanctified
      Be the holy name
      Vilified, crucified
      In the human frame
      A million candles burning
      For the help that never came
      You want it darker

      Hineni, hineni
      I’m ready, my Lord

      (Leonard Cohen)

      There is no single definition that defines all who identify themselevs as Jewish. Is Jewishness a religion? A gene? A culture? A nationality? A legal status? In the confusion of these overlapping and contradicting identities, modern Israel has forged its own unprecedented synthesis; a fusion of five elements never fully welded in Jewish history: religion, land, power, language, and sovereignty. The product of this Israeli crucible is a cultural mutation that dares to call itself Judaism.

      At this moment in Israeli history, three of those elements; religion, power, and land, have metastasized into malignant growths. Power has become too great and is now wielded in service of the most pathological interpretations of Judaism, bent on conquest and domination. The immediate cost of this cancer is the unraveling of Israeli sovereignty. Power has been handed over to violent messianic militias; their gang leaders now serve as government ministers. Together, from the top and the bottom simultanously, they have dismantled the Israeli state. That country no longer exists.

      These destructive elements were always present in the Jewish whole, but they were usually contained, marginalized, restrained. Today, after two thousand years, they have seized control and are implementing their darkest impulses. Every Jew must now confront two fundamental questions: What is my Jewish identity? And am I with them, or against them?

      There is no middle ground. There mustn’t be.

      To stand with them is to align oneself with the ruinous forces of our past. With those who launched a reckless and delusional revolt against the Roman Empire, bringing the destruction of the Second Temple and untold suffering upon our people. To stand with them is to embrace the biblical commandments of annihilation of the native nations and the myth of mass suicide at Masada. It is to follow a separatist, supremacist culture: a world where non-Jews are reviled, and Jews are chosen and exalted.

      There are thick, unbroken lines stretching from Bar Kokhba’s hubris to Ben-Gvir’s thuggery; from Rabbi Akiva’s messianic madness to Smotrich’s crudity and zealotry. The lords of ruin in Jewish history never truly died and now they even kill.

      But Judaism has always held within it another civilization. One rooted in introspection, critique, compassion, and moral action. The prophet Nathan stood before King David, Israel’s most powerful ruler, and indicted him for corruption and bloodshed. Centuries later, the prophet Jeremiah warned the decadent elites of Jerusalem of the looming First Temple’s destruction. In the year 70 CE, Rabbi Yochanan ben Zakkai fled the city of zealots and blood-lust and inaugurated the new alternative Judaism: a faith of worship without temple, of identity without territory, of strength without force, and of spiritual authority without political sovereignty.

      This was the Judaism that later embraced Yiddish, the language Isaac Bashevis Singer once described as “the language of exile… a language without land and without borders, unsupported by any government, a language with no words for weapons, for ammunition, for military maneuvers or warfare tactics. In the ghettos, Yiddish speakers lived out what the great religions merely preached: a daily practice of studying humanity and human relations. What they called Torah, Talmud, ethics, and mysticism. The ghetto, far from just a refuge for the persecuted, was a grand experiment in peaceful living, self-meaning, and care for others. And it still survives, refusing to surrender, despite the cruelty that surrounds it”.

      This inner tension in the Jewish soul is still alive. Between the forces of domination, bloodlust, and silencing of others, and that Judaism of tolerance, openness, and dialogue.

      Now, a great moral exaltation is required of all who refuse to accept the dictatorship of power and corruption led by Caesar Netanyahu and his coalition of apocalyptic zealots.

      Now is the time to walk out of the city, as Yohanan ben Zakkai did, and rekindle a Judaism of morality and humanity. We have no institutions, no vast resources. We are scattered, often alone. We possess no military or governmental power. But we do have the spiritual and ethical strength of our past. We have Jewish history on our side.

      That is why we can and must stop the flow of blood.

      Here is how we can begin: We need one million Jews. Less than ten percent of the global Jewish population to file a joint appeal to the International Court of Justice in The Hague. A collective legal complaint against the State of Israel for crimes against humanity committed in our name and under the false banner of our Jewish identity.

      It is time to say: enough!

      Two suns will rise on that day. One will shine within the Jewish firmament, casting light on our inner darkness and replacing fanaticism with moral clarity. The other will shine across the world, declaring that among Jews there are those who resemble the worst criminals of the nations and there are those who, without fear or favor, stand against them.

      Yes, Hamas committed heinous crimes against humanity. But none of that justifies Israel’s actions in Gaza since.

      This is a moment of reckoning. We must not run from it.

      So this is my plea:

      If you are an individual, a community, or a Jewish organization anywhere in the world, and you are shaken by what Israel is doing; if you align yourself with the values of humanistic Judaism, with basic moral decency and collective responsibility, join this historic initiative. Not by turning to weapons or power structures, but to the conscience of humanity. Turn to The Hague.

      In our appeal, we shall declare: We will not allow the State of Israel, which systematically inflicts violence upon a civilian population, to speak in our name. We will not allow Judaism to be a cover for crimes. This is not a rejection of our people it is a defense of its soul. Not destruction but repair.

      We are thousands, tens of thousands, hundreds of thousands. A million Jews who simply say: We are here, and we are against.

      Conscientious individuals whose souls are stirred, thinkers, scholars, clergy, artists, jurists, the time is now. Connect. Sign. Organize. Raise the Jewish voice of moral resistance. The light exists. It only needs many candles.

      I really hope activist readers will raise to this call and initiate it

      Will hear the most ancient call -, “Where art thou?” and will respond like Leonard Cohen responded:

      Hineni, hineni
      Hineni, hineni
      I’m ready, my Lord

      #juifs #Israël #Gaza

    • Israël : les familles des otages appellent à la grève générale dimanche 17 août
      https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/10/a-tel-aviv-les-familles-des-otages-s-opposent-a-l-occupation-de-gaza-et-evoq

      (...) « Il n’y a qu’une seule façon d’arrêter tout cela : tout bloquer. »

      [...]

      L’opposition cherche des relais. Aucune leader ne porte et n’incarne le mouvement jusqu’à présent. Depuis des mois, les proches des familles se succèdent dans les défilés et les médias. Sans impact sur les choix du gouvernement. Sur la scène, devant la foule, un des animateurs du défilé a plaidé pour la rupture : « N’attendez pas la prochaine élection ! C’est maintenant qu’il faut arrêter la guerre. Allumer des bougies ne suffit pas, il faut sortir en masse dans la rue. » Des familles se tournent à nouveau vers le président américain, Donald Trump – comme plus de 500 anciens officiers du renseignement quelques jours auparavant –, le priant d’intervenir afin d’empêcher l’occupation de la bande de Gaza.

      https://archive.ph/Rdtx5

    • Des juristes israéliens ont écrit à Benyamin Nétanyahou pour dénoncer une guerre d’agression
      https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/08/des-juristes-israeliens-ont-ecrit-a-benyamin-netanyahou-pour-denoncer-une-gu

      Pour seule réponse, les juristes ont reçu un avis automatique de réception de leur courrier. D’autres lettres adressées à plusieurs dirigeants israéliens alertent déjà depuis plusieurs mois. Le 10 juillet, 16 professeurs interpellaient le ministre de la défense, Israel Katz, le chef d’état-major, le général Eyal Zamir, la procureure générale d’Israël, Gali Baharav-Miara, et son adjoint, Gil-Ad Noam, ainsi que d’autres responsables au sujet du « plan de concentration de la population de Gaza », dans le sud de l’enclave. Présenté par Israel Katz, le 7 juillet, le plan de création d’« une soi-disant ville humanitaire » sur les ruines de Rafah pourrait, selon eux, constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, dont celui d’extermination.

      [...]

      Les professeurs de droit et de philosophie juridique interviennent alors que les procédures judiciaires lancées en Europe et en Amérique latine contre des soldats israéliens – parce qu’ils possèdent une double nationalité, sont en vacances ou en déplacement – se multiplient. « Les dirigeants et commandants qui ordonnent aux forces de Tsahal [l’armée israélienne] d’exécuter ce plan leur ordonnent de facto de commettre des actes manifestement illégaux, les exposant ainsi à des poursuites pénales dans le monde entier », précisent les juristes.


      https://archive.ph/2kTiO