« Je vivais un Bataclan tous les soirs » : le témoignage choc de la Pr Céline Greco sur les violences contre les enfants | Le Télégramme
▻https://www.letelegramme.fr/sante/je-vivais-un-bataclan-tous-les-soirs-le-temoignage-choc-de-la-pr-celine
Vingt ans d’espérance de vie en moins, des risques de maladies décuplés. Les conséquences des violences subies par les enfants et les dysfonctionnements de la protection de l’enfance ont aussi un coût financier pour la société : plus de 32 milliards d’euros par an.
« Avez-vous déjà croisé un ours dans une forêt ? » La question posée par la cheffe du service de médecine de la douleur et palliative de l’hôpital Necker-enfants malades, la professeure Céline Greco, a probablement surpris la commission d’enquête parlementaire sur les dysfonctionnements de l’ASE, le 21 mai 2025. Également présidente d’une association de protection de l’enfance (Im’Pactes), la médecin illustre devant les parlementaires les conséquences des violences infligées aux enfants.
Deux fois plus de cancers, onze fois plus de démences
Retour à l’exemple de l’ours, avec le mécanisme de survie que le cerveau déclenche en pareil cas : libération d’adrénaline et de cortisone, pour acheminer plus de sang vers les muscles. Pour vous permettre de combattre, ou de fuir. « Mais que se passe-t-il lorsque l’ours rentre chaque soir à la maison ? », interroge la scientifique. Les deux substances sont alors « sécrétées en permanence », engendrant de multiples dysfonctionnements. À la clé, pour ces enfants qui rencontrent « un ours », chaque soir : « Deux fois plus de maladies cardiovasculaires, deux à trois fois plus de maladies respiratoires, deux fois plus de cancers et onze fois plus de démences, égrène Céline Greco. Qui liste une cascade d’autres déconvenues : « Asthme, troubles intestinaux, pathologies auto-immunes (diabète de type 1, sclérose en plaques, polyarthrite…), modification de l’architecture du cerveau entraînant une mauvaise gestion des émotions, des troubles de la concentration et de l’apprentissage… »
Le prix de 80 hôpitaux neufs
Elle-même ancien enfant placée, à l’âge de 14 ans, en raison de violences intrafamiliales, elle évoque cette époque où elle rentrait chez elle, le soir, en se demandant si elle serait « encore vivante, le lendemain matin ». « Les enfants victimes de violences psychologiques, physiques et sexuelles vivent un Bataclan tous les soirs », assène-t-elle.
Citant une étude américaine « que l’on pourrait transposer à la France », Céline Greco rapporte que « les violences faites aux enfants coûtent 32 milliards d’euros par an à notre société, soit 1,4 % de notre produit intérieur brut (PIB) ». L’équivalent du prix de construction de 80 hôpitaux neufs et bien équipés, ou de 640 lycées ou encore plus de 213 000 maisons. « Si l’on prenait ces violences en charge très précocement, on pourrait économiser 90 % de ces coûts », estime-t-elle. Alors que c’est obligatoire, seul un enfant sur dix au sein de la protection de l’enfance bénéficie d’un suivi de santé.
