« Quand on est lesbienne, on n’est pas femme » : Anna Mouglalis va porter la voix du féminisme radical à Toulouse - ladepeche.fr
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Avec le collectif Draga, l’actrice Anna Mouglalis participera vendredi au Women Metronum Academy Festival organisé par l’équipe du Metronum à Toulouse. Elle revient sur les partis pris féministes qui guident sa démarche.
De quelle manière allez-vous intervenir vendredi dans le cadre du Women Metronum Academy Festival ?
Au cinéma Utopia avec le film “Born in Flames” de Lizzie Borden qui a été le point de départ de l’album “Ô Guérillères” de notre collectif, Draga, qui jouera ensuite au Metronum. C’est un film incroyable, comme beaucoup d’œuvres de femmes de ces années-là. Ce sont des œuvres qui tombent souvent dans l’oubli pour plein de raisons, mais des raisons bien orchestrées. Pour conserver une historicité des luttes et ne pas se sentir orphelines à chaque fois que l’on part en lutte, c’est important de montrer ce film comme de faire entendre sur scène ce texte de Monique Wittig qui date de 1969.
C’est une autrice d’importance pour le mouvement de lutte féministe, comment l’avez-vous découverte ?
Elle a fait partie des femmes qui ont créé le MLF (Mouvement de libération des femmes) et elle a fait partie de ces femmes qui sont allées déposer une gerbe de fleurs pour la femme du Soldat inconnu. Ensuite, j’ai eu le désir de lire ses livres. J’avais commencé par son premier roman “L’Opoponax”. Puis j’ai été prise par cette langue et j’ai lu les autres.
La connexion entre ses textes et l’univers sonore de votre collectif Draga est surprenante…
Ce sont de véritables rencontres artistiques vécues autour de ce texte que j’ai proposé. Il est tellement musical et tellement fort au niveau du sens ! Il m’a semblé très clair que mon instrument c’était le sens, la langue, puis, chacune est venue avec son univers, son instrument. On pouvait se retrouver dans le lyrisme des claviers de Narumi Hérisson, avec le son de basse de Théodora Delilez qui est à la fois très rond et très puissant, les riffs de guitare de Pauline Rambeau et cette batterie assez virtuose de Lucie Antunes. Il y avait à la fois cette douceur et cette puissance pour entrer dans cet univers et vraiment se questionner entre nous sur le féminin et celui de Wittig puisqu’elle a écrit dans "La Pensée straight"(1964) : "Les lesbiennes ne sont pas des femmes." Elle poursuit la pensée de Simone de Beauvoir qui disait “On ne naît pas femme, on le devient.” Et Wittig va encore plus loin en disant qu’à partir du moment où on n’est pas dans le système politique hétérosexuel, quand on est lesbienne, on n’est pas femme.
Le mouvement #Metoo a-t-il fait évoluer les choses ou faut-il être en guerre comme le clame votre album ?
Alors ce n’est pas la guerre mais la guérilla et Wittig invente le néologisme “guérillères” parce que la guérilla c’est une guerre contre l’oppression, contre les dominants. Alors que les guerres telles qu’on les voit aujourd’hui ce sont les dominants qui font la guerre à des dominés.
Donc la radicalité est nécessaire ?
Oui c’est mon chemin. Mais il y a une chose très différente entre la colère féministe qui met en mouvement et qui est une réponse à la haine de cette misogynie institutionnalisée. Les femmes sont moins payées, leur vie compte moins, leur santé aussi. Par exemple, les médicaments sont testés sur les hommes parce qu’on considère que sur les femmes c’est trop compliqué parce qu’elles ont des changements hormonaux. Donc la plupart du temps les traitements ne sont pas adaptés, les antidouleurs par exemple n’ont pas été testés sur les femmes donc ce ne sont pas les bonnes doses.
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Vous jouez actuellement au théâtre de l’Atelier à Paris la pièce d’Ovidie "La chair est triste hélas", une journaliste pointait le sentiment d’une "humanité irréconciliable" après avoir assisté à une représentation, la radicalité du mouvement féministe ne va-t-elle pas provoquer cela ?
Non, pour moi, ce n’est pas du tout irréconciliable. Ça fait des siècles que justement, alors qu’on parle d’entente, qu’il faut se comprendre, que les femmes non seulement comprennent les hommes, mais se conforment à ce qu’elles comprennent. À partir du moment où elles s’ouvrent l’espace pour s’exprimer, maintenant, la balle est dans le camp des hommes, pour entendre et comprendre. Et à partir du moment où on demande aux hommes de comprendre, là une porte qui se ferme. La porte de la compréhension que les femmes ont des hommes existe depuis toujours.
Votre formule favorite est "Vous qui êtes invincibles, soyez invincibles" tout est dit ?
Oui c’est exactement ça parce que nos silences ne nous ont jamais sauvées. On a quand même brûlé des femmes parce qu’elles étaient femmes, enfermées dans des hôpitaux psychiatriques celles dont on voulait se débarrasser. L’équivalent pour les hommes n’existe pas. La domination masculine tue, la misogynie tue. Mais les femmes se conscientisent mais comme dirait Angela Davis "L’espoir est une discipline."
Vendredi 26 septembre à 17h30, Carte blanche à Anna Mouglalis au cinéma Utopia Borderouge (59, avenue Maurice Bourgès-Maunoury, tél. 05 61 50 50 43, tarif : 5 €) et à 20h concert de Draga – Ô Guérillères au Metronum (2, rond-point Madame de Mondonville, tél. 05 32 26 38 43, tarifs : de 15 à 26 €). Disque “Ô Guérillères” de Draga (CryBaby).
