« Techno-fascisme », un mot hacké par les techno-gauchistes

/1135372

  • Dans les algorithmes | QuitGPT (3/4) : le socialisme après l’IA ?
    https://danslesalgorithmes.net/2026/03/19/quitgpt-3-4-le-socialisme-apres-lia

    Si les débats à gauche sont très critiques de l’IA, plus rares sont les débats qui imaginent ce que pourrait être une IA de gauche. Ces débats existent pourtant. L’un des plus visibles, ces derniers mois, s’est tenu ces derniers mois entre Aaron Benanav, Evgeny Morozov et Leif Weatherby. On peut comprendre que Kagan-Kans en fasse l’impasse, certainement parce que ce débat là est bien plus abscon que la critique de l’IA portée par les chercheurs et chercheuses du secteur. Tentons néanmoins d’en saisir les contours.

    Ce débat, lancé par Aaron Benanav, l’auteur de L’automatisation et le futur du travail (Divergences, 2022), dans la vénérable New Left Review commence par un très long article (partie I et partie II, disponibles sur le site personnel de Benanav). Dans ce très long et complexe essai, Aaron Benanav développe un cadre pour une planification économique démocratique multicritère comme alternative aux marchés capitalistes. Benanav soutient que la solution réside dans la socialisation de la fonction d’investissement. En transférant le contrôle de l’allocation du capital des entreprises privées vers des instances démocratiques, la société peut privilégier des biens sociaux concurrents – tels que la réduction du travail, la durabilité environnementale et l’équité sociale – afin de rompre avec la « dépendance au marché » de la vie sociale. Dans la seconde partie de son article, Benanav propose de construire un « Conseil d’investissement socialiste » comme alternative démocratique et décentralisée à l’allocation aveugle des ressources par le marché, permettant aux communautés de déterminer collectivement comment concilier les limites écologiques, les besoins sociaux et la réduction du temps de travail nécessaire. Il propose que l’investissement soit socialisé sans centralisation du pouvoir. Benanav pourtant n’évoque pas vraiment l’IA dans son article originel, autrement que pour expliquer que cette planification économique et démocratique multicritères pourrait résulter d’une production statistique accompagnée par l’IA permettant de piloter la société.

  • “Le mot technofascisme agit comme une loupe mal orientée”
    https://www.nouvelobs.com/opinions/20251209.OBS110497/le-mot-technofascisme-agit-comme-une-loupe-mal-orientee.html

    Lennie Stern

    Publié le 9 décembre 2025 à 14h30
    Lecture : 3 min.

    En parlant de technofascisme pour désigner les nouveaux pouvoirs des géants du numérique, nous imaginons un schéma centralisé et incarné. Or, ce n’est plus ainsi que se déploie l’essentiel du pouvoir, estime l’experte associée à la Fondation Jean-Jaurès Lennie Stern.

    Le mot technofascisme s’est installé dans le débat public avec une facilité déconcertante. A la moindre dérive d’une plateforme, à la moindre extension d’un dispositif de surveillance, à la première déclaration outrancière d’un milliardaire se rêvant en sauveur de la civilisation, le terme surgit. Il rassure presque. Il donne une forme familière à l’inquiétude : des chefs, un projet politique autoritaire, une idéologie identifiable, un affrontement clair. Bref, un scénario que nous savons déjà lire.

    Mais ce confort est trompeur. En parlant de technofascisme, nous continuons souvent à projeter sur le XXIᵉ siècle des schémas hérités du XXᵉ siècle. Nous imaginons un pouvoir centralisé, incarné, animé par une volonté politique explicite. Or, ce n’est plus ainsi que se déploie l’essentiel du pouvoir aujourd’hui.

    Publicité

    Car le pouvoir numérique ne s’impose pas par des discours martiaux ni par des symboles spectaculaires. Il avance à bas bruit, dans des situations banales. Un rendez-vous à l’hôpital annulé parce qu’un logiciel de planification est en panne. Un dossier de prestations sociales refusé automatiquement parce qu’un algorithme juge une pièce « non conforme ». Un service public paralysé pendant des heures à cause d’une défaillance du cloud du fournisseur français OVH. Rien de tout cela n’évoque spontanément une dictature. Et pourtant, ces dispositifs fixent concrètement nos marges de liberté, parfois plus efficacement que n’importe quelle loi.
    Une architecture technique qui agit sans intention politique

    Et puis, il y a des cas où cette logique dépasse même l’imaginaire administratif pour toucher au cœur du politique. L’affaire du juge français Nicolas Guillou en est l’illustration la plus frappante. Ce magistrat de la Cour pénale internationale a été placé sous sanctions américaines pour avoir autorisé des mandats d’arrêt visant le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et son ex-ministre de la Défense Yoav Gallant. Rien d’inédit : les Etats-Unis utilisent régulièrement ces sanctions. Ce qui l’est, en revanche, c’est la manière dont ces mesures se déploient. Elles ne consistent pas à interdire un territoire ou à restreindre une action diplomatique. Elles passent par l’écosystème technique qui fait tourner nos vies.

    Du jour au lendemain, toutes les entreprises américaines et leurs filiales cessent de lui fournir des services. Airbnb ferme son compte, Amazon aussi. PayPal le bloque. Une réservation d’hôtel en France effectuée par l’intermédiaire d’Expedia est annulée automatiquement. Certaines banques européennes ferment ses comptes par crainte d’enfreindre les règles américaines, dès lors que la moindre transaction passe par un circuit utilisant le dollar. Les moyens de paiement du quotidien disparaissent : Visa, Mastercard, American Express. Les colis sont refusés si un service postal américain intervient dans la chaîne.

    Lire aussi
    La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain Donald Trump lors d’une réunion bilatérale en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 23 septembre 2025.

    Chronique Un juge français de la CPI sous sanctions américaines, symbole de la souveraineté menacée de l’Europe

    Abonné

    Résultat : un magistrat européen, exerçant dans une institution internationale indépendante, devient en pratique interdit bancaire sur une large partie de la planète. Non pas à cause d’une décision judiciaire américaine, mais du fonctionnement ordinaire d’infrastructures privées qui appliquent, en cascade, des règles décidées ailleurs.

    Ce cas n’a rien d’un scénario dystopique. Il montre simplement qu’un individu placé sous sanctions se retrouve absorbé par une architecture technique qui agit sans intention politique exprimée, mais avec une efficacité redoutable. Les Etats européens peuvent bien protester ; le réseau de dépendances techniques réplique mécaniquement, sans débat, sans justification, sans instance vers laquelle se retourner. La contrainte naît du fonctionnement, pas de l’affrontement. Elle tient parce qu’elle est déjà là.
    Les mots ne sont jamais neutres

    Le mot technofascisme agit alors comme une loupe mal orientée. Il nous pousse à chercher le pouvoir là où il est le plus visible, dans les discours, les figures, les intentions affichées, alors que l’essentiel se joue ailleurs : dans les procédures, les architectures techniques, les conditions d’accès. On scrute des tyrans potentiels, alors que la contrainte prend la forme d’une accumulation de choix techniques devenus, avec le temps, des évidences indiscutées.

    C’est ici que la réflexion de l’historien italien Enzo Traverso est précieuse. Il rappelle que les mots ne sont jamais neutres : ils orientent notre regard, ils dessinent le décor mental dans lequel nous pensons les problèmes. Mal nommer, ce n’est pas seulement se tromper de vocabulaire, c’est parfois se tromper de cible. Le terme technofascisme enferme une réalité nouvelle dans une métaphore ancienne, rassurante parce que déjà connue, mais précisément inadaptée.

    Lire aussi
    La Machine, par Multiplié.

    La Machine, un cube déconnecté pour dire stop au technofascisme et à la toute-puissance de l’IA

    Abonné

    Ce qui se joue aujourd’hui ne relève pas d’une violence politique frontale. Il s’agit d’un glissement progressif, où les infrastructures techniques deviennent la matrice silencieuse de nos décisions collectives. Les systèmes numériques ne remplacent pas formellement l’Etat ; ils organisent peu à peu la manière dont ses institutions fonctionnent. Et ce déplacement, discret, presque invisible, transforme en profondeur notre rapport au pouvoir.

    L’enjeu n’est donc pas de trouver un mot choc de plus, mais d’accepter que notre vocabulaire politique soit en retard sur la réalité. Nommer juste, c’est créer les conditions d’une lucidité nouvelle. C’est déplacer le projecteur. Et peut-être, enfin, regarder le réel tel qu’il agit, plutôt que de continuer à projeter sur lui nos peurs héritées du passé.

    BIO EXPRESS

    Lennie Stern est conseillère en communication, experte associée à la Fondation Jean-Jaurès. Elle vient de publier pour ce think-tank l’article « “Technofascisme” : quand la peur du totalitarisme empêche de voir le pouvoir des infrastructures ».

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

    Par Lennie Stern

    #Architecture_technique #Internet #Politique #Contrôle_par_architecture

  • « Au sens le plus strict, le cyberlibertarianisme est la conviction que les technologies numériques sont, ou devraient être, soustraites au contrôle des gouvernements démocratiques »
    David Golumbia

    Cyber et libertaire : l’alliance des contraires ?
    https://www.terrestres.org/2025/09/16/cyber-libertaire-alliance-contraires

    L’alliance entre Donald Trump et la Silicon Valley a suscité depuis le début de l’année 2025 une abondante production intellectuelle, qui cherche à expliquer ce qui est d’abord apparu à de nombreux commentateurs comme un retournement improbable. Comment une industrie longtemps réputée libérale et progressiste a-t-elle pu se ranger aussi rapidement et massivement derrière un dirigeant autoritaire et xénophobe ? Passé l’étonnement initial, plusieurs auteurs ont montré que, par-delà ses apparences libertaires, le monde de la Tech était traversé de longue date par des tendances explicitement réactionnaires. Plus rares sont ceux qui se sont demandé si, dans son rapport aux technologies numériques, une partie de la gauche américaine n’avait pas, elle aussi, légitimé l’approche de la Tech aujourd’hui privilégiée par le pouvoir trumpiste, autour de la déréglementation du secteur et du développement à tout crin de l’intelligence artificielle. C’est une hypothèse de ce genre, quelque peu provocatrice, que le dernier livre de David Golumbia, Cyberlibertarianism. The Right-Wing Politics of Digital Technology, nous invite à examiner1.

    #silicon_valley #cyberlibertarianisme #technolâtrie #fascisme_techno
    #technofascisme #technogauchisme

    Mais #controverse puisque :

    Convergences et (manque de) nuances

    La thèse la plus forte du livre de D. Golumbia est donc celle d’une convergence idéologique et politique, autour des préceptes cyberlibertariens, d’une constellation d’acteurs que l’on tendrait spontanément à situer en différents endroits du champ politique. Les cyberlibertariens de toute obédience partageraient une même hostilité à la réglementation démocratique des technologies numériques dans le cadre de l’État-nation. La thèse est stimulante, à la fois scientifiquement et politiquement, mais l’argumentation qui la soutient n’est pas dénuée de faiblesses.

    Dénier le droit à la liberté d’expression même si ce sont des "affreux fachos", c’est mal. Oui mais les "affreux fachos", y font rien qu’à vouloir limiter notre liberté d’expression à nous les "gauchistes" ... Je dois dire que ce genre de tergiversations en forme d’impasse argumentative, ça m’fume grave ...

    Voir aussi :
    https://seenthis.net/messages/1135372
    https://seenthis.net/messages/1135297 (à propos de l’#idéologie_californienne)

    Et aussi :
    https://seenthis.net/messages/1134634 (à propos des #citoyens_souverains)