La crise financière qui vient, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 16 mars 2026)

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  • La crise financière qui vient, par Frédéric Lordon (16 mars 2026)

    Il avait fallu qu’une pleine année s’écoule pour passer des premières secousses de Bear Stearns en 2007 à l’effondrement de Lehman en septembre 2008. Michael Burry, immortalisé par The Big Short, avait dû attendre pour que ses positions short finissent par payer. Le dialoguiste lui met dans la bouche cette réplique fameuse : « I may be early but I’m not wrong ». Accessoirement, le Michael Burry d’aujourd’hui a massivement désinvesti pour retourner au cash, comme Warren Buffet... On ne prendra pas les oracles pour argent comptant, mais il y a quand même comme qui dirait un « tableau ».
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    Accessoirement, Michael Burry a shorté massivement Nvidia et autres géants de l’IA : https://www.lesechos.fr/tech-medias/intelligence-artificielle/apres-avoir-parie-a-la-baisse-contre-nvidia-et-palantir-le-celebre-investis

  • La crise financière qui vient | Frédéric Lordon
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    Elle revient, et elle n’est pas contente — la crise financière. L’animal est de forte taille, il va faire du dégât sur son passage. Nous nous dirigeons vers des événements de format « subprime ».

    Certains la guettaient depuis un moment, croyaient la voir venir, mais regardaient dans la mauvaise direction : la bulle IA. Comme en 2000 au moment de la bulle « Internet » : de folles valorisations boursières, enivrées par d’affolantes démonstrations de cash burning — le monde à l’envers : plus on jette de l’argent par les fenêtres plus on est considéré — sans perspectives de profit a minima consistantes. Ça n’était pas raisonnable, ça ne pouvait pas durer ; ça ne dura pas. La bulle finit par éclater. Mais sans grand dommage — disons : rien qui puisse se comparer à ce qui suivit la chute de Lehman Brothers. En réalité les krachs dans les marchés d’actions ont rarement de spectaculaires conséquences. Celui d’octobre 1987, qui vit pourtant les indices perdre 20 % en une journée, fut absorbé avec une aisance déconcertante.

    Non, les crises qui tapent viennent toujours du même secteur : le crédit. Les crises financières dévastatrices sont des crises de la dette — et, il n’est pas superflu de le souligner : de la dette privée (quand on nous rebat les oreilles H24 des terrifiants périls de la dette publique). Telle fut la crise des subprimes. Telle est la crise qui vient. Comme toujours issue d’une certaine manière de la précédente : la manière de l’évasion. Évasion de quoi ? De la régulation, bien sûr. La bulle des subprimes elle-même s’était formée par explosion d’une « innovation » financière destinée à contourner les « insupportables » restrictions qui pesaient sur les crédits bancaires. Et l’on connut la titrisation, avec ses crédits bancaires poolés, tranchés, structurés, et rendus négociables sur les marchés, pour pouvoir être sortis des bilans des banques… et qu’elles puissent recommencer. Toute une petite industrie, merveilleusement profitable, qui permettait, disait le prospectus, de transformer le junk en or, c’est-à-dire les crédits immobiliers les plus foireux — sub-prime — en actifs hautement rémunérateurs, supposément liquides, supposément sans risque. Las, tout ça finit mal — mal finir signifiant pour la finance : avec de la re-régulation. Tellement peu de chose en fait, mais comme toujours « insupportable », donc préparant le mouvement d’après pour s’y soustraire à nouveau. Nous y voilà.

    • Comment tout ceci peut-il tourner ? Voyons, concentrons-nous, réfléchissons bien : plutôt mal. Des événements comme les limitations de retrait font des dommages considérables dans les esprits. Le fund run va comparativement donner à un lever de rideau de grand magasin un jour de soldes des airs de rêveries du promeneur solitaire. La dernière chose qui pouvait (éventuellement) convaincre de garder son calme, à savoir la conjoncture économique générale, est désormais enfouie sous les ruines au Proche-Orient. Il faut admettre que le commander in chief est un sacré farceur. Aurait-il eu le projet de tout faire aller au pire qu’il ne s’y serait pas pris autrement. C’est que les interactions entre la crise financière gouvernée par le private credit et la situation géopolitique guerrière sont violentissimes. On pouvait difficilement trouver meilleur moment pour bombarder, et faire bombarder, tout le Proche-Orient. Le Financial Times parle de « désorganisation historique » du marché du pétrole, sans compter la dislocation des chaînes d’approvisionnement — car il n’y a pas que du pétrole qui passe par le détroit d’Ormuz, et des secteurs entiers seront bientôt à l’arrêt faute de leurs matières premières usuelles.
      La géopolitique étant ipso facto de la géoéconomie, évidence élémentaire qui n’est plus à la portée des braindead de Washington, la guerre contre l’Iran est assurée d’une crise économique mondiale de première grandeur. Quelle bonne idée au moment où, précisément, le doute qui pèse sur tout le private credit (PC) a pour unique objet le taux de défaut des actifs sous-jacents, c’est-à-dire des entreprises moyennes-grandes (le PC concerne des entreprises qui font entre quelques dizaines et quelques centaines de millions de dollars d’EBITDA (2)), non-cotées — de qualité… inégale, dira-t-on. Mettre l’économie mondiale à l’arrêt, en un moment où la menace des défauts est partout, voilà qui va bien arranger les private bidons.

      Ceci dit, le camarade Lordon caresse toujours l’espoir de l’avènement d’un « Grand-Soir » suite à une #crise_de_liquidités. On peut toujours rêver avec lui (ou pas).

      #bank_run #fund_run #shadow_banking_system #private_credit #braindead

  • La crise financière qui vient
    par Frédéric Lordon, 16 mars 2026

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    Camions citernes, donc ? Il est bien certain qu’en cas de crise de liquidité géante, ils sont la première partie de la réponse à la question de savoir « qu’y faire ? ». Si vraiment on veut se projeter, il faut cependant poser, et dès maintenant, une autre question, plus fondamentale : non pas « qu’y faire ? », mais bien plutôt : qu’en faire ? Politiquement. Parce que cette fois, il s’agira de ne pas laisser passer, et, contrairement à la suite donnée aux événements de 2008, d’« en » faire quelque chose, pour de bon.

    À suivre

    • Comment tout ceci peut-il tourner ? Voyons, concentrons-nous, réfléchissons bien : plutôt mal. Des événements comme les limitations de retrait font des dommages considérables dans les esprits. Le fund run va comparativement donner à un lever de rideau de grand magasin un jour de soldes des airs de rêveries du promeneur solitaire. La dernière chose qui pouvait (éventuellement) convaincre de garder son calme, à savoir la conjoncture économique générale, est désormais enfouie sous les ruines au Proche-Orient. Il faut admettre que le commander in chief est un sacré farceur. Aurait-il eu le projet de tout faire aller au pire qu’il ne s’y serait pas pris autrement. C’est que les interactions entre la crise financière gouvernée par le private credit et la situation géopolitique guerrière sont violentissimes. On pouvait difficilement trouver meilleur moment pour bombarder, et faire bombarder, tout le Proche-Orient. Le Financial Times parle de « désorganisation historique » du marché du pétrole, sans compter la dislocation des chaînes d’approvisionnement — car il n’y a pas que du pétrole qui passe par le détroit d’Ormuz, et des secteurs entiers seront bientôt à l’arrêt faute de leurs matières premières usuelles.