(...) La France insoumise pourrait être dissoute. Et ceux qui contemplent éberlués ces hypothèses comme fantasmagories délirantes n’indiquent rien d’autre que leur incompréhension profonde des processus en cours. Dans les situations « propices », les incendies de Reichstag n’ont jamais cessé d’être disponibles. Pour prendre la mesure de pareils événements, l’analyse des processus doit être complète, or elle ne peut l’être que dans la compréhension de toutes les forces à l’œuvre : c’est-à-dire celles de toutes les structures. Les structures sociales, en premier lieu, mais relayées par les structures psychiques qui leur sont adéquates. C’est quand l’analyse est complète que la mesure des possibilités institutionnelles restantes redevient exacte. Nous savons déjà qu’elles passeront nécessairement par la constitution d’une force oppositionnelle aussi massive que radicale. Et, autrement, qu’il faudra se préparer à envisager des réponses extra-institutionnelles.
On ne propose donc pas de rétablir la psychanalyse sous sa forme montagne magique, où la bourgeoisie internationale, réunie dans un sanatorium aux « excellentes chaises longues », se dissèque l’âme pendant que s’organise la marche à la guerre. Bien au contraire : la psychanalyse, pour autant qu’elle soit préoccupée d’une saisie matérialiste des forces politiques, est indispensable pour éclairer les voies des catastrophes en train d’advenir — et pour s’en prémunir.
In. « Psychés débridées pour capitalisme déchaîné », par Frédéric Lordon & Sandra Lucbert, Le Monde diplomatique, janvier 2026 ▻https://www.monde-diplomatique.fr/69186