Les coûts de rénovation du site François-Mitterrand de la BnF estimés à 527,6 millions €
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Rapporteur spécial des crédits de la mission « Médias, livres et audiovisuel », le sénateur Jean-Raymond Hugonet (Essonne, Les Républicains) s’est penché sur la politique immobilière de la Bibliothèque nationale de France. Il relève, une nouvelle fois, le « mur d’investissement » que constitue la rénovation du site François Mitterrand, mais s’interroge également sur l’avenir du site de l’Arsenal, dans le 4e arrondissement parisien.
Publié le :
01/07/2026 à 12:28
Antoine Oury
D’une valeur brute de 1,49 milliard € au 31 décembre 2024, le patrimoine immobilier de la Bibliothèque nationale de France se classe au 7e rang, parmi les établissements publics nationaux et les opérateurs de l’État. Il compte 7 implantations principales, dont le site François-Mitterrand — Tolbiac (13e arrondissement de Paris, 200.455 m2), le Quadrilatère Richelieu (2e arrondissement, 26.155 m2), la Bibliothèque de l’Arsenal (4e arrondissement, 7706 m2) ou encore le Centre technique de conservation de Bussy-Saint-Georges (11.177 m2).
Un problème de place
Aussi imposant soit-il, ce parc immobilier se heurte au gigantisme d’une mission centrale de la BnF, le dépôt légal, qui fait croitre ses collections d’environ 6 kilomètres linéaires par an. Outre la production des éditeurs, l’établissement fait face au développement de l’autoédition, « qui représente désormais environ un quart des livres imprimés entrant par dépôt légal », souligne le sénateur Jean-Raymond Hugonet.
Pour limiter ces conséquences physiques et matérielles, il recommande « de substituer, lorsque cela est possible, le dépôt d’un fichier numérique au dépôt physique des publications imprimées, en particulier pour l’autoédition et la presse régionale ». A priori, ce dépôt légal numérique est en bonne voie : Florence Philbert, directrice générale des médias et des industries culturelles, indiquait en avril dernier au Sénat que sa mise en œuvre était espérée dès le 1er janvier 2027.
La construction du centre de conservation d’Amiens doit aussi répondre à cet impératif d’espace. L’ouverture de cet équipement est prévue pour 2026, tandis que son coût est estimé à 116,4 millions €. Le sénateur estime cependant que son financement doit être sécurisé : 3,1 millions € supplémentaires s’ajoutent à la facture, tandis que l’obtention des financements européens n’est pas finalisée et que les recettes liées à des cessions immobilières sont potentiellement surévaluées.
Éviter d’aller dans le mur (d’investissement)
Déjà pointé à plusieurs reprises par les parlementaires, notamment par Jean-Raymond Hugonet lui-même, le « mur d’investissement » que représente la rénovation du site François-Mitterrand — Tolbiac reste toujours aussi imposant. D’après le rapport du sénateur, « le site arrive au bout d’un cycle technique » et l’état des installations atteint même « un niveau critique ».
Tableau extrait du rapport de Jean-Raymond Hugonet
Tableau extrait du rapport de Jean-Raymond Hugonet
Citant les outils d’analyse de la BnF pour l’année 2025, il avance que « 25 % des équipements du site sont en état “très critique” et 30 % en état “critique”, soit un taux de criticité de 55 %, incompatible avec la garantie d’un bon fonctionnement ». Dès 2029, 70 % des équipements pourraient présenter des niveaux critiques ou très critiques, « avec possibilité de fermeture partielle ou totale du site ».
D’après les témoignages recueillis par le sénateur, des pièces sont même « récupérées sur des équipements en panne pour réparer des installations plus stratégiques ». L’état des infrastructures de la BnF et ses besoins budgétaires sont pointés depuis plusieurs années déjà par les syndicats, et l’intersyndicale BnF CGT – SUD annonce d’ailleurs un mouvement de grève, ce vendredi 3 juillet, pour dénoncer des « destructions d’emplois », des « pertes importantes en termes de rémunérations » et des « conditions de travail dégradées ».
Jean-Raymond Hugonet chiffre les besoins financiers, pour la rénovation du site François-Mitterrand – Tolbiac, à 527,6 millions €. Les urgences restent une dette de maintenance accumulée de 88 millions € dès 2025, « à laquelle s’ajouteraient 112 millions d’euros supplémentaires entre 2027 et 2029, soit un besoin cumulé de l’ordre de 200 millions d’euros sur cinq ans ». En 2029 seulement, 77,6 millions € couvriraient les besoins de renouvellement et de gros entretien correctif.
Or, les moyens alloués sont dérisoires face aux enjeux : la loi de finances 2026 prévoit 23,7 millions € en autorisations d’engagement et 12,8 millions € en crédits de paiement pour le site François-Mitterrand au titre du patrimoine immobilier... Le fonds de roulement de la BnF, pour sa part, n’est plus suffisant et se trouve même « proche de son niveau prudentiel ». Pour le sénateur, il est donc urgent d’élaborer la trajectoire budgétaire pluriannuelle de la rénovation du site François-Mitterrand et de regarder en face les défis à l’horizon...
Toujours sur le site François-Mitterrand — Tolbiac, il recommande par ailleurs d’adapter les objectifs de réduction de la consommation d’énergie aux spécificités de l’activité de la BnF, en prenant en compte les contraintes liées à la conservation des documents (température et hygrométrie).
