« Non au dĂ©lit de Palestine » : plus de 200 personnalitĂ©s apportent leur soutien Ă Rima Hassan, jugĂ©e pour apologie du terrorisme
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Le 7 juillet, lâune des voix les plus emblĂ©matiques du mouvement de solidaritĂ© avec la Palestine, dĂ©putĂ©e europĂ©enne dâopposition, comparaĂźtra devant la justice pour « apologie du terrorisme ». Son crime ? Avoir publiĂ© sur le rĂ©seau social X une citation rappelant un principe pourtant inscrit au cĆur du droit international : le droit des peuples Ă rĂ©sister Ă la colonisation et Ă lâoccupation de leur territoire par une armĂ©e Ă©trangĂšre.
Au moment mĂȘme oĂč Gaza est dĂ©vastĂ©e sous les yeux du monde, oĂč des familles entiĂšres sont ensevelies sous les dĂ©combres, oĂč la famine est utilisĂ©e comme arme de guerre, oĂč les organisations internationales alertent sans relĂąche sur lâampleur des crimes commis contre la population civile, un renversement des responsabilitĂ©s sâest installĂ© dans le dĂ©bat public.
Ce ne sont ni les auteurs de ces violences ni ceux qui les justifient qui se retrouvent aujourdâhui mis en cause, mais celles et ceux qui Ă©lĂšvent la voix pour demander que cessent les massacres et que soient enfin appliquĂ©s les principes les plus Ă©lĂ©mentaires du droit international.
Depuis le dĂ©but du gĂ©nocide toujours en cours Ă Gaza, les expressions de solidaritĂ© avec le peuple palestinien font lâobjet dâune rĂ©pression croissante : les procĂ©dures judiciaires se sont multipliĂ©es, les campagnes de dĂ©nigrement ont gagnĂ© en intensitĂ©, des confĂ©rences ont Ă©tĂ© interdites par voie administrative, tandis que des pressions croissantes sâexercent sur les institutions culturelles, universitaires et associatives. Ce qui pouvait dâabord apparaĂźtre comme une sĂ©rie dâĂ©vĂ©nements isolĂ©s dessine dĂ©sormais une tendance plus gĂ©nĂ©rale.
Dâun bout Ă lâautre du pays, des milliers de citoyens, dâuniversitaires, dâartistes, de syndicalistes, de militants ou de simples tĂ©moins se heurtent Ă des formes diverses dâintimidation, de disqualification ou de rĂ©pression. Lâun des signes les plus alarmants de cette dĂ©rive apparaĂźt dans le dĂ©placement progressif de lĂ©gislations dâexception, Ă©laborĂ©es pour rĂ©pondre Ă la menace terroriste, vers le contrĂŽle de paroles et dâengagements qui relĂšvent pourtant du dĂ©bat politique, de lâengagement militant ou de la simple conscience civique.
La finalitĂ© de telles procĂ©dures ne rĂ©side pas seulement dans la sanction dâindividus dĂ©terminĂ©s. Il sâagit Ă©galement de produire un effet plus durable sur lâensemble du corps social. En faisant peser sur certaines prises de parole la menace de poursuites judiciaires, ces mĂ©thodes contribuent Ă installer un rĂ©gime de dissuasion oĂč chacun est invitĂ© Ă mesurer le coĂ»t dâun engagement, Ă anticiper les consĂ©quences dâune solidaritĂ© affichĂ©e, et parfois Ă prĂ©fĂ©rer le silence Ă lâexercice de sa libertĂ© de conscience.
Le traitement judiciaire, politique et mĂ©diatique rĂ©servĂ© aujourdâhui Ă lâeurodĂ©putĂ©e franco-palestinienne Rima Hassan constitue lâune des manifestations les plus significatives de cette dĂ©rive. Quâune Ă©lue de la RĂ©publique puisse faire lâobjet dâune telle mise en cause pour avoir exprimĂ© des positions politiques relatives Ă une question internationale majeure rĂ©vĂšle lâĂ©tat de nos libertĂ©s publiques. Ă travers son cas, câest notre capacitĂ© collective Ă dĂ©battre librement, Ă contester lâordre Ă©tabli, Ă exprimer notre solidaritĂ© avec les peuples opprimĂ©s et Ă dĂ©fendre les principes universels du droit qui se trouve aujourdâhui piĂ©tinĂ©e.
La question qui nous est posĂ©e dĂ©passe donc largement le cadre de cette procĂ©dure et touche Ă la conception mĂȘme que nous nous faisons de la dĂ©mocratie. Voulons-nous dâune sociĂ©tĂ© oĂč les dĂ©saccords se confrontent dans le cadre du dĂ©bat contradictoire et de la dĂ©libĂ©ration dĂ©mocratique ? Ou dâune sociĂ©tĂ© oĂč lâarĂšne judiciaire se substitue Ă lâespace politique pour dĂ©terminer quelles opinions peuvent encore ĂȘtre exprimĂ©es ?
Rappelons-le : les libertĂ©s publiques nâont pas Ă©tĂ© conçues pour protĂ©ger les opinions dominantes mais pour garantir le droit dâexprimer des positions contestĂ©es, minoritaires ou dĂ©rangeantes. Cela constitue la sĂšve mĂȘme de la dĂ©mocratie : aucune opinion ne doit ĂȘtre disqualifiĂ©e par la contrainte lorsquâelle peut ĂȘtre combattue par lâargument. Chaque fois quâune sociĂ©tĂ© renonce Ă cette exigence, elle altĂšre silencieusement les conditions mĂȘmes de sa libertĂ©.
Cette Ă©volution est dâautant plus alarmante quâelle intervient dans un moment de bascule historique. Partout en Europe, les forces dâextrĂȘme droite poursuivent leur ascension ; en France, leur accession au pouvoir nâapparaĂźt plus comme une hypothĂšse lointaine mais comme une menace dĂ©sormais tangible.
Lâhistoire nous enseigne que les libertĂ©s ne disparaissent jamais dâun seul coup mais sâeffacent progressivement, au fil des renoncements accumulĂ©s. Les voix qui sâĂ©lĂšvent pour la Palestine en font actuellement lâexpĂ©rience. Mais qui peut sĂ©rieusement croire que cette dynamique sâarrĂȘtera lĂ ?
Rien ne garantit que, demain, dâautres engagements, dâautres solidaritĂ©s et dâautres contestations ne soient pas Ă leur tour frappĂ©s du mĂȘme soupçon. Les projets de durcissement lĂ©gislatif dĂ©jĂ annoncĂ©s, Ă commencer par la loi Yadan, ne font que confirmer cette trajectoire.
Face Ă cela, notre responsabilitĂ© est Ă la fois politique et historique. De Paris Ă Londres, de GĂȘnes aux campus amĂ©ricains, partout se lĂšvent de nouvelles gĂ©nĂ©rations qui, en exprimant leur solidaritĂ© avec la Palestine, ravivent le flambeau dâune longue histoire de combats pour la justice, la libertĂ© et le droit des peuples Ă disposer dâeux-mĂȘmes. Lâhistoire nâest pas façonnĂ©e seulement par la force des puissants mais aussi par la persĂ©vĂ©rance de celles et ceux qui, contre les vents contraires de leur Ă©poque, ont su maintenir vivante lâexigence de justice et de dignitĂ©.
Câest de cette fidĂ©litĂ© que nous nous rĂ©clamons aujourdâhui. La fidĂ©litĂ© aux libertĂ©s et aux principes dĂ©mocratiques que dâautres ont conquis avant nous et dont nous disposons aujourdâhui. Notre responsabilitĂ© est dĂ©sormais de nous montrer dignes de cet hĂ©ritage et de le transmettre intact Ă celles et ceux qui viendront aprĂšs nous.

