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  • A Mayotte, le résultat du recensement pas encore dévoilé, mais déjà vivement remis en question
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    L’Insee présentera mardi 7 juillet le résultat du recensement exhaustif mené de fin novembre 2025 à janvier 2026. Très attendus, ces chiffres s’annoncent bien moindres que les estimations des élus locaux, globalement convaincus d’une explosion démographique, selon eux sous-évaluée.

    Par Jérôme Talpin (Saint-Denis (La Réunion), correspondant)
    Publié le 05 juillet 2026 à 04h30, modifié le 05 juillet 2026 à 17h50

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    Un homme répond au recensement, dans le camp de Tsoundzou 2, à Mamoudzou (Mayotte), le 28 novembre 2025.
    Un homme répond au recensement, dans le camp de Tsoundzou 2, à Mamoudzou (Mayotte), le 28 novembre 2025. MARINE GACHET POUR « LE MONDE »

    « Cela va ferrailler dur », pronostique-t-on à l’Insee. Dans un climat de défiance, l’institut de la statistique va dévoiler, mardi 7 juillet, lors d’une conférence de presse à Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte, le nombre d’habitants de l’île. En donnant les résultats du recensement exhaustif, qui s’est déroulé pendant huit semaines, du 27 novembre 2025 au 24 janvier 2026, avec des agents effectuant du porte-à-porte, la hiérarchie nationale et régionale de cette administration sait qu’elle va essuyer de nouveau une vive polémique. La quasi-totalité des élus et une partie de la population affirment que la démographie de l’île a explosé depuis 2017 – date du dernier recensement exhaustif (256 518 habitants) –, et que le département abriterait, selon eux, autour de 450 000 personnes, voire 500 000, en raison du taux de fécondité le plus élevé de France (3,6 enfants par femme) et de l’arrivée quasi quotidienne de personnes en situation irrégulière, en grande majorité des Comores voisines.

    Or le verdict du recensement sera loin de ce contre-chiffre. Le résultat est proche des 321 000 habitants. Ce chiffre comprend les 299 600 bulletins individuels papier récoltés lors d’entretiens menés par plus de 700 agents recenseurs recrutés par les communes. Il faut ajouter les 11 000 réponses par Internet. L’Insee agrège ensuite un taux de 3,1 % correspondant aux occupants de logements qui n’ont pas répondu – un taux inférieur à ceux de l’Hexagone. Selon les informations du Monde, ce chiffre de 321 000 habitants est « le bon ordre de grandeur ». L’Insee en défend la rigueur méthodologique.

    En attendant, les dix-sept communes de Mayotte ont toutes reçu les données détaillées pour leur territoire, après les opérations de contrôle de l’Insee. Seuls cinq maires ont répondu, sans les contester en bloc, mais en demandant des précisions sur des différences entre la collecte des agents recenseurs et les redressements de l’institut.
    Dotations insuffisantes selon les élus

    La réelle surprise est que le résultat annoncé se situe en deçà des précédentes estimations de l’Insee. Celles-ci avaient été calculées avant le recensement en prenant en compte le haut niveau de naissances et le faible nombre de décès, ainsi que le solde migratoire, pour aboutir à une évaluation à 338 208 habitants au 1er janvier 2026, contre 329 282 un an plus tôt.

    Ce décalage constitue un angle d’attaque pour les élus affirmant que la population de Mayotte est sous-estimée depuis 2017. Ces derniers mettent en avant « la réalité du terrain ». La conséquence, déplorent-ils : des dotations financières de l’Etat qui ne correspondent pas aux besoins en équipements publics, plus particulièrement pour les écoles et les services de santé. Après le passage dévastateur du cyclone Chido, les leaders politiques du département avaient été confortés par le premier ministre de l’époque, François Bayrou, qui avait désavoué l’Insee en parlant de « sentiment de submersion migratoire » et d’absence de « recensement fiable à Mayotte ». Avant d’ordonner un nouveau comptage de la population dans la perspective de la reconstruction du territoire.
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    « Nos chiffres sont solides », répond inlassablement l’Insee en rappelant que les « agents communaux ont toqué à toutes les portes », y compris dans les bidonvilles. Fin février, l’administration a commencé à déminer la polémique dans son blog : « Au vu des comptages remontés par les communes et de ceux effectués par l’Insee, il se confirme d’ores et déjà que le chiffre de 500 000 habitants pour Mayotte, parfois évoqué, n’est pas réaliste. » « Il est impossible que 150 000 personnes soient cachées dans la forêt », affirmait au Monde, fin janvier, Bertrand Kauffmann, ancien chef de projet pour le recensement de Mayotte.
    Lire aussi le reportage | Article réservé à nos abonnés Recensement à Mayotte : frapper à toutes les portes pour « n’oublier personne » et « avoir des chiffres fiables »

    Les élus mahorais persistent. « Nous sommes au moins entre 400 000 et 450 000 », oppose la députée Estelle Youssouffa, qui siège avec le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires, en mettant en avant les services publics saturés, la crise de l’eau ou encore « les manquements de l’Insee ». « Nous hébergeons beaucoup d’habitants des Comores et, maintenant, de l’Afrique des Grands Lacs. Comment serait-il possible que la population n’ait pas augmenté ? », s’étonne, de son côté, le sénateur Saïd Omar Oili (apparenté socialiste).

    A Mayotte, les élus ont abondamment critiqué le calendrier choisi pour le recensement, fixé pendant la saison des pluies, au début de la campagne des municipales et en partie pendant les vacances scolaires. Ils rappellent en outre la crainte des personnes sans-papiers de se faire recenser.
    « Une institution qui refuse d’avoir tort »

    Estelle Youssouffa considère aussi que l’Insee part sur une base erronée de quatre personnes pour un logement non enquêté quand, selon elle, « une maison mahoraise compte cinq à six personnes et un foyer des bidonvilles entre huit et douze personnes ». « Il s’agit d’une institution qui refuse d’avoir tort et qui ne veut pas admettre ses erreurs », accuse la députée en reconnaissant des « échanges houleux » avec les responsables de cette administration. « Les chiffres publiés ne doivent pas permettre de valider des statistiques contestées depuis des années, ajoute l’élue. Attention au divorce, aux fictions administratives et aux mauvais calculs pour les dotations. »

    Autre chiffre qui risque d’être vivement critiqué : celui de la ville de Mamoudzou, avec près de 93 000 habitants, contre 71 437 en 2017. Son maire, Ambdilwahedou Soumaila, (Les Républicains) considère que la barre des 100 000 est franchie depuis un moment. Ce qui, selon lui, devrait justifier des moyens supplémentaires dans sa gestion municipale.

    Dans son argumentaire, l’Insee rappelle aux communes que ce sont elles qui ont réalisé le recensement. Avec « des moyens de temps et d’argent » : deux semaines supplémentaires et une dotation exceptionnelle de 1,5 million d’euros.

    La dernière étape de ce recensement est attendue en décembre avec l’annonce de la population dite « totale ». Ce chiffre, qui ne sera pas très différent, mais légèrement plus précis, intègre la « population comptée à part », comprenant certaines personnes qui peuvent résider sur deux communes, à l’instar des étudiants, des militaires, des gendarmes, ou des personnes âgées. Un décret sera publié. Décision qui pourra, alors, être attaquée devant la justice administrative par les collectivités.

    Jérôme Talpin (Saint-Denis (La Réunion), correspondant)

    #Recensement #Mayotte