Numérique : l’ère du soin • Lab
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Pour comprendre la situation, il est nécessaire d’envisager l’IAg davantage comme un discours dans un champ politique que comme un artefact dans un champ technique. C’est une stratégie délibérée d’acteurs économiques américains pour maintenir et augmenter leur domination, dans une logique d’activité répondant à une fin : toujours plus. Le monde social, pris dans cette nouvelle forme de technocratie63, se soumet aux impératifs techniques des Bigs Techs et est contraint d’abandonner tout projet d’émancipation. En ce sens, il s’agit d’un prolongement de l’extractivisme, du productivisme, du colonialisme, de l’impérialisme et du néolibéralisme64. Le récit téléologique65 d’une IA générale « péril existentiel », incarnée par Terminator ou Matrix, contribue à sortir la question du débat démocratique : on ne discute pas l’apocalypse, on la craint. Cela fait le jeu d’une course à la domination technologique en réalité absurde, qui précipite le dépassement des limites planétaires et le délitement social. Il faudrait ralentir, on accélère.
Cette gigantesque opération d’automatisation risque fort d’aboutir à l’implosion du secteur dit quaternaire66, qui regroupe l’informatique, l’innovation, le numérique, la communication, et d’une partie du tertiaire comprenant notamment l’administration, le droit, l’ingénierie… En prenant un peu de recul, on peut schématiser comme cela : le primat de l’activité économique a justifié la dévalorisation et la dégradation des activités agricoles au profit de l’industrie, avec la révolution industrielle (primaire vers secondaire), puis celle de l’industrie aux services avec l’automatisation (secondaire vers tertiaire), puis des services vers le numérique avec l’informatisation (tertiaire vers quaternaire). La particularité de l’IAg est qu’elle fait disparaître le quaternaire sans ouvrir de quinternaire. La fin des cols blancs, et après, rien.
