• Minerais de sang : l’Europe en fait le moins possible
    http://multinationales.org/Minerais-de-sang-l-Europe-adopte-des-regles-minimales

    Les minerais de sang - étain, tantale, tungstène et or - sont utilisés dans de nombreux objets prisés des consommateurs occidentaux, à commencer par les smartphones et autres gadgets électroniques. À l’autre bout de la chaîne, en République démocratique du Congo et ailleurs, leur exploitation attise les violences et les atteintes aux droits humains. Si les États-Unis ont commencé à s’attaquer au problème en 2010 à travers la loi Dodd-Frank, l’Union européenne est restée longtemps perdue dans ses (...)

    Actualités

    / #RD_Congo, #Lobbying, #Responsabilité_sociale_des_entreprises_et_investissement_éthique, #Industries_extractives, #Industries_extractives, #Industries_électroniques, #Industries_électroniques, #industries_extractives, #chaîne_d'approvisionnement, #responsabilité_sociale_des_entreprises, (...)

    #transparence #normes_et_régulations #union_européenne
    « http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/10/minerais-du-sang-le-gouvernement-doit-resister-aux-lobbies-industriels_48068 »
    « http://www.enoughproject.org/reports/impact-dodd-frank-and-conflict-minerals-reforms-eastern-congo%E2%80%9 »
    « https://medium.com/@EnoughProject/boom-town-afe0075ce163 »

  • Olivier Roy : « Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste »
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/24/le-djihadisme-une-revolte-generationnelle-et-nihiliste_4815992_3232.html

    Daech puise dans un réservoir de jeunes Français radicalisés qui, quoi qu’il arrive au Moyen-Orient, sont déjà entrés en dissidence et cherchent une cause, un label, un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle. L’écrasement de Daech ne changera rien à cette révolte.

    Le problème essentiel pour la France n’est donc pas le califat du désert syrien, qui s’évaporera tôt ou tard comme un vieux mirage devenu cauchemar, le problème, c’est la révolte de ces jeunes. Et la vraie question est de savoir ce que représentent ces jeunes, s’ils sont l’avant-garde d’une guerre à venir ou au contraire les ratés d’un borborygme de l’Histoire.

    Bref, ce n’est pas la « révolte de l’islam » ou celle des « musulmans », mais un problème précis concernant deux catégories de jeunes, originaires de l’immigration en majorité, mais aussi Français « de souche ». Il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité.

    Et puis un beau matin, ils se sont (re)convertis, en choisissant l’islam salafiste, c’est-à-dire un islam qui rejette le concept de culture, un islam de la norme qui leur permet de se reconstruire tout seuls. Car ils ne veulent ni de la culture de leurs parents ni d’une culture « occidentale », devenues symboles de leur haine de soi.

    La clé de la révolte, c’est d’abord l’absence de transmission d’une religion insérée culturellement. C’est un problème qui ne concerne ni les « première génération », porteurs de l’islam culturel du pays d’origine, mais qui n’ont pas su le transmettre, ni les « troisième génération », qui parlent français avec leurs parents et ont grâce à eux une familiarité avec les modes d’expression de l’islam dans la société française : même si cela peut être conflictuel, c’est « dicible ».

    Je trouve cette lecture de Roy très intéressante et surtout critique : elle se distancie d’une vision du terrorisme islamique axée sur le spectre du némi extérieur, qui nie les racines européennes de la radicalisation et son lien avec la question sociale.

    #terrorisme #islamisme #radicalisation

  • La France informe le Secrétaire Général de sa décision de déroger à la Convention européenne des droits de l’homme en application de son article 15
    http://www.coe.int/fr/web/secretary-general/news/-/asset_publisher/EYlBJNjXtA5U/content/france-informs-secretary-general-of-article-15-derogation-of-the-european-conve

    Les autorités françaises ont informé le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe d’un certain nombre de mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence instauré à la suite des attentats terroristes de grande ampleur perpétrés à Paris, mesures qui sont susceptibles de nécessiter une dérogation à certains droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme.

    (Du coup, il paraît que Bachar Assad s’est demandé si lui aussi, il n’allait pas un peu s’autoriser à déroger aux droits de l’homme.)

    • Convention européenne des droits de l’homme.
      http://www.echr.coe.int/Documents/Convention_FRA.pdf

      ARTICLE 1
      Obligation de respecter les droits de l’homme

      ARTICLE 4
      Interdiction du travail forcé

      ARTICLE 5
      Droit à la liberté et à la sûreté

      ARTICLE 6
      Droit à un procès équitable

      ARTICLE 8
      Droit au respect de la vie privée et familiale

      ARTICLE 9
      Liberté de pensée, de conscience et de religion

      ARTICLE 10
      Liberté d’expression

      ARTICLE 11
      Liberté de réunion et d’association

      ARTICLE 12
      Droit au mariage

      ARTICLE 13
      Droit à un recours effectif

      ARTICLE 14
      Interdiction de discrimination

      ARTICLE 16
      Restrictions à l’activité politique des étrangers

      ARTICLE 17
      Interdiction de l’abus de droit

      ARTICLE 18
      Limitation de l’usage des restrictions aux droits

    • État d’urgence : la France demande officiellement à déroger aux Droits de l’homme - Politique - Numerama
      http://www.numerama.com/magazine/31916-deroger-aux-droits-de-l-homme-voici-comment-ca-peut-etre-legal.html

      Dans le cadre de l’État d’urgence, la France a notifié le mercredi 24 novembre à la Cour européenne des droits de l’homme son intention de déroger à certains des droits garantis par la Convention européenne (CEDH) et par le droit de l’ONU. Juridiquement, de telles dérogations sont possibles. Mais pas sans conditions ni limites.

      La phrase avait fait bondir sur les réseaux sociaux en janvier 2015 dans le contexte des attentats contre Charlie Hebdo et l’épicerie casher de la Porte de Vincennes, mais elle est juridiquement exacte. Interrogée sur RTL, l’ancienne ministre Valérie Pécresse, qui avait été la première à parler de la nécessité d’un « Patriot Act à la française » (une expression depuis reprise par Laurent Wauquiez à la suite des attentats de Paris), avait prévenu qu’il était possible de déroger à des droits prévus par la Convention Européenne des droits de l’homme (CEDH).

      C’est tout à fait vrai, et la proclamation de l’État d’urgence qui a été prorogé pour 3 mois et étendu à de nouvelles mesures montre que la France ne voit pas d’obstacle. Mais le gouvernement ne peut pas faire tout et n’importe quoi sans violer ses engagements internationaux.

    • Etat d’urgence : « de graves violations des droits humains sont allégrement envisagées », Gilbert Achcar, prof. à l’Ecole des études orientales et africaines, SOAS, université de Londres.
      http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/25/la-france-a-tort-de-renouer-avec-l-etat-d-exception_4816796_3232.html

      ... le président français a choisi d’ignorer les nombreuses critiques du choix fait par l’administration Bush, bien qu’elles constituassent en leur temps l’opinion dominante à cet égard en France même (une opinion partagée par Hubert Védrine et Dominique de Villepin). Et ce en dépit du fait que le bilan désastreux de la «  #guerre_contre_le_terrorisme  » menée par l’administration Bush a donné pleinement raison à ses critiques. Sigmar Gabriel, vice-chancelier de l’Allemagne voisine et président du SPD allemand, parti frère du PS français, a lui-même déclaré que parler de guerre, c’est faire le jeu de Daech.

      De prime abord, le discours de guerre peut cependant sembler relever du défoulement verbal  : une façon de répondre à l’émotion légitime suscitée par un attentat horrible qui a fait 130 morts jusqu’à présent.

      Hypocrisie

      Le corollaire du discours de guerre est déjà là  : François Hollande a fait adopter une loi prorogeant de trois mois l’état d’urgence. Il souhaite faire réviser la Constitution française pour accroître le registre des exceptions aux règles démocratiques, alors qu’il s’agit d’une #Constitution née en 1958, en situation d’exception, et qui codifie déjà copieusement l’exceptionnalité à coups de #pouvoirs_exceptionnels (art. 16) et d’#état_de_siège (art. 36). Dès maintenant, de graves violations des droits humains sont allégrement envisagées  : déchéance de la nationalité, enfermement sans inculpation, et autres cartes blanches données à l’appareil répressif.

      Mais il y a plus grave encore  : contrairement aux attentats de New York, ceux de janvier et de novembre à Paris sont, en grande majorité, le fait de citoyens français (d’où la menace relative à la nationalité). Tandis que l’état de guerre est dans son essence même un #état_d’exception, c’est-à-dire un état de suspension des droits de la personne humaine, il y a une différence qualitative entre les conséquences qu’il entraîne selon que la guerre est portée en dehors du territoire national ou que l’ennemi potentiel se trouve sur ce même territoire.

      Les Etats-Unis ont pu rétablir fondamentalement l’exercice des #droits_civiques, quoique rognés, une fois leur territoire sécurisé dans son insularité, tandis qu’ils pratiquaient et continuent à pratiquer l’état d’exception à l’étranger. C’est toute l’hypocrisie du maintien de ce lieu de non-droit qu’est le camp de Guantanamo comme de la pratique des exécutions extrajudiciaires à coups de drones qui font du Pentagone le plus meurtrier des tueurs en série.
      Mais la France  ? La question du djihadisme n’est pas extérieure à son histoire. Elle l’est si peu que sa première rencontre avec le djihad remonte à la sanglante conquête de l’#Algérie par son armée, il y a bientôt deux siècles, même si le djihad d’aujourd’hui est qualitativement différent de celui d’antan par son caractère totalitaire. Le djihad, l’appareil militaro-sécuritaire français y a été confronté ensuite avec le Front de libération nationale de l’Algérie, dont le journal même s’appelait El Moudjahid («  le pratiquant du djihad  »).

    • Après les attentats : la Réaction qui vient, Olivier Lecourt Grandmaison
      https://blogs.mediapart.fr/olivier-le-cour-grandmaison/blog/261115/apres-les-attentats-la-reaction-qui-vient

      Gouvernement, parlementaires : tous prétendent commander aux événements ; ils ne font que s’y soumettre (...)
      Analysant l’inflation des législations antiterroristes adoptées avant les attentats du 13 novembre 2015, la juriste du Collège de France Mireille Delmas-Marty constatait qu’elles multipliaient dangereusement les « pratiques dérogatoires (…) au profit de pouvoirs de plus en plus larges confiés à l’administration ou à la police, constituant un véritable régime de police qui ne dit pas son nom. » La loi qui vient d’entrer en vigueur et l’état d’urgence établi pour trois mois précipitent le mouvement : triomphe de l’exception légalisée et soustraite à la Constitution. Et triomphe de l’extrême-droite et de la droite dont plusieurs éléments programmatiques – la déchéance de la nationalité notamment – ont été défendus par le chef de l’Etat en personne. « Un bon coup » aux dires de certains conseillers de l’Elysée qui se réjouissent de mettre ainsi leurs adversaires en difficulté. Mais quel est le coût politique de ce « coup » ? Exorbitant. En agissant de la sorte l’exécutif et la majorité socialiste qui le soutient aveuglément légitiment les propositions sécuritaires du Front national et des Républicains, et accréditent l’idée que leurs dirigeants respectifs apportent de justes réponses aux menaces présentes.

  • Après les attentats, échapper au climat d’#urgence, édito Le Monde
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/24/sortir-de-l-urgence_4816580_3232.html

    Mais le plus inquiétant réside dans la volonté présidentielle de réviser la #Constitution pour y inscrire le principe de l’#état_d’urgence. Cela reviendrait à institutionnaliser l’urgence au lieu de mettre en place les moyens d’y échapper, au lieu de limiter au maximum ces périodes de réaction au plus grand danger.

    ...les services (...) Manquent-ils encore de moyens ? Sont-ils mal organisés ? Ont-ils, à tort, délaissé le renseignement humain pour se noyer dans les données de la #surveillance_généralisée ? (...)

    Refuser l’urgence comme seule réponse, c’est aussi examiner en profondeur les racines du « djihadisme français », ou comment des centaines de jeunes hommes et femmes ont choisi, délibérément, de rejoindre les rangs de l’Etat islamique. Dans ces colonnes, Olivier Roy parle de « révolte générationnelle et nihiliste » pour décrire l’engagement de ces jeunes radicalisés et considère qu’il s’agit, non pas de « la radicalisation de l’islam mais de l’islamisation de la radicalité ». La France fournit plus du tiers des djihadistes européens en Syrie. Quel que soit leur impact, les bombardements sur l’EI ne constituent donc qu’une partie de la réponse.
    Sur le théâtre extérieur, la stratégie de Hollande chef de guerre a, elle aussi, été contaminée par l’urgence. Les attentats du 13 novembre ont fait sauter tous les principes établis depuis trois ans : le « ni Assad ni EI » comme la défiance à l’égard de la Russie. Comme s’il avait fallu attendre les tueries de Paris pour réévaluer une tactique invalidée par les faits depuis longtemps. La France participe, à raison, à la coalition contre l’Etat islamique. Mais les frappes ne suffiront pas pour briser l’EI. Une intervention occidentale au sol n’est pas non plus souhaitable. Il faudra bien que des forces locales se déploient et pour cela clarifier nos relations avec les acteurs régionaux.
    Au Proche-Orient, pour construire une vraie stratégie de long terme, la France devra reconsidérer l’ensemble de ses alliances, devenues, ces derniers temps, passablement illisibles. Et se poser notamment la question de sa relation privilégiée avec l’Arabie saoudite, si riche et si proche, par son fondamentalisme religieux, des mouvements les plus radicaux de l’islam sunnite. La sortie de l’urgence est au prix de quelques révisions douloureuses.

    #temporalité

    constitution :
    http://seenthis.net/messages/430312

  • 24 novembre #Attentats #Paris #VosGuerresNosMorts :

    Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste
    Olivier Roy, Le Monde, le 24 novembre 2015
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/24/le-djihadisme-une-revolte-generationnelle-et-nihiliste_4815992_3232.html

    Dont le texte en entier est ici :
    http://justpaste.it/p7cv

    Et qui est bien complété par cette interview ici qui date pourtant d’il y a un an :
    http://www.franceinter.fr/emission-le-79-olivier-roy-les-jeunes-djihadistes-sont-fascines-par-la-v
    http://seenthis.net/messages/432241

    A qui sert leur guerre ?
    Ludivine Bantigny historienne, Emmanuel Barot philosophe, Jacques Bidet philosophe, Déborah Cohen historienne, François Cusset historien des idées, Laurence De Cock historienne, Christine Delphy sociologue, Cédric Durand économiste, Fanny Gallot historienne, Eric Hazan, Sabina Issehnane économiste, Razmig Keucheyan sociologue, Marius Loris historien, poète, Marwan Mohammed sociologue, Olivier Neveux historien de l’art, Willy Pelletier sociologue, Irène Pereira sociologue, Julien Théry-Astruc historien, Rémy Toulouse éditeur, Enzo Traverso historien, Libération, le 24 novembre 2015
    http://www.liberation.fr/planete/2015/11/24/a-qui-sert-leur-guerre_1415808

    Le 13 : http://seenthis.net/messages/428069
    Le 14 : http://seenthis.net/messages/428292
    Le 15 : http://seenthis.net/messages/428675
    Le 16 : http://seenthis.net/messages/428991
    Le 17 : http://seenthis.net/messages/429430
    divers : http://seenthis.net/messages/429826
    Le 18 : http://seenthis.net/messages/429828
    Le 19 : http://seenthis.net/messages/430393
    Le 20 : http://seenthis.net/messages/431269
    Les 22 et 23 : http://seenthis.net/messages/432070

    #recension

  • Thomas Piketty : « Le tout-sécuritaire ne suffira pas »
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/21/le-tout-securitaire-ne-suffira-pas_4814707_3232.html

    Face au #terrorisme, la réponse doit être en partie sécuritaire. Il faut frapper Daech, arrêter ceux qui en sont issus. Mais il faut aussi s’interroger sur les conditions #politiques de ces #violences, sur les #humiliations et les #injustices qui font que ce mouvement bénéficie de soutiens importants au #Moyen-Orient, et suscite aujourd’hui des vocations sanguinaires en #Europe. A terme, le véritable enjeu est la mise en place d’un modèle de développement social et équitable, là-bas et ici.

    C’est une évidence   : le terrorisme se nourrit de la poudrière inégalitaire moyen-orientale, que nous avons largement contribuée à créer. Daech, «  Etat islamique en Irak et au Levant  », est directement issu de la décomposition du régime irakien, et plus généralement de l’effondrement du système de frontières établi dans la région en 1920.

    • Le tout-sécuritaire ne suffira pas | Le blog de Thomas Piketty
      http://piketty.blog.lemonde.fr/2015/11/24/le-tout-securitaire-ne-suffira-pas-2

      Si l’on examine la zone allant de l’Egypte à l’Iran, en passant par la Syrie, l’Irak et la péninsule Arabique, soit environ 300 millions d’habitants, on constate que les monarchies pétrolières regroupent entre 60  % et 70  % du PIB régional, pour à peine 10  % de la population, ce qui en fait la région la plus inégalitaire de la planète.

      Encore faut-il préciser qu’une minorité des habitants des pétromonarchies s’approprient une part disproportionnée de cette manne, alors que de larges groupes (femmes et travailleurs immigrés notamment) sont maintenus dans un semi-esclavage. Et ce sont ces régimes qui sont soutenus militairement et politiquement par les puissances occidentales, trop heureuses de récupérer quelques miettes pour financer leurs clubs de football, ou bien pour leur vendre des armes. Pas étonnant que nos leçons de démocratie et de justice sociale portent peu au sein de la jeunesse moyen-orientale.

      Pour gagner en crédibilité, il faudrait démontrer aux populations qu’on se soucie davantage du développement social et de l’intégration politique de la région que de nos intérêts financiers et de nos relations avec les familles régnantes.

      Déni de démocratie

      Concrètement, l’argent du pétrole doit aller en priorité au développement régional. En 2015, le budget total dont disposent les autorités égyptiennes pour financer l’ensemble du système éducatif de ce pays de près de 90 millions d’habitants est inférieur à 10 milliards de dollars (9,4 milliards d’euros). Quelques centaines de kilomètres plus loin, les revenus pétroliers atteignent les 300 milliards de dollars pour l’Arabie saoudite et ses 30  millions d’habitants, et dépassent les 100 milliards de dollars pour le Qatar et ses 300  000 Qataris. Un modèle de développement aussi inégal ne peut conduire qu’à la catastrophe. Le cautionner est criminel.

      Quant aux grands discours sur la démocratie et les élections, il faudrait cesser de les tenir uniquement quand les résultats nous arrangent. En 2012, en Egypte, Mohamed Morsi avait été élu président dans une élection à la régulière, ce qui n’est pas banal dans l’histoire électorale arabe. Dès 2013, il était expulsé du pouvoir par les militaires, qui ont aussitôt exécuté des milliers de Frères musulmans, dont l’action sociale a pourtant souvent permis de pallier les ­carences de l’Etat égyptien. Quelques mois plus tard, la France passe l’éponge afin de vendre ses frégates et de s’accaparer une partie des maigres ressources publiques du pays. Espérons que ce déni de démocratie n’aura pas les mêmes conséquences morbides que l’interruption du processus électoral en Algérie en 1992.

      Reste la question  : comment des jeunes qui ont grandi en France peuvent-ils confondre Bagdad et la banlieue parisienne, et chercher à importer ici des conflits qui ont lieu là-bas  ? Rien ne peut excuser cette dérive sanguinaire, machiste et pathétique. Tout juste peut-on noter que le #chômage et la #discrimination professionnelle à l’embauche (particulièrement massive pour les personnes qui ont coché toutes les bonnes cases en termes de diplôme, expérience, etc., comme l’ont montré des travaux récents) ne doivent pas aider. L’Europe, qui avant la crise financière parvenait à accueillir un flux migratoire net de 1 million de personnes par an, avec un chômage en baisse, doit relancer son modèle d’intégration et de création d’emplois. C’est l’#austérité qui a conduit à la montée des égoïsmes nationaux et des tensions identitaires. C’est par le développement social et équitable que la haine sera vaincue.

  • Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste

    La France en guerre ! Peut-être. Mais contre qui ou contre quoi ? Daech n’envoie pas des Syriens commettre des attentats en France pour dissuader le gouvernement français de le bombarder. Daech puise dans un réservoir de jeunes Français radicalisés qui, quoi qu’il arrive au Moyen-Orient, sont déjà entrés en dissidence et cherchent une cause, un label, un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle. L’écrasement de Daech ne changera rien à cette révolte.

    Le ralliement de ces jeunes à Daech est opportuniste : hier, ils étaient avec Al-Qaida, avant-hier (1995), ils se faisaient sous-traitants du GIA algérien ou pratiquaient, de la Bosnie à l’Afghanistan en passant par la Tchétchénie, leur petit nomadisme du djihad individuel (comme le « gang de Roubaix »). Et demain, ils se battront sous une autre bannière, à moins que la mort en action, l’âge ou la désillusion ne vident leurs rangs comme ce fut le cas de l’ultragauche des années 1970.

    Il n’y a pas de troisième, quatrième ou énième génération de djihadistes. Depuis 1996, nous sommes confrontés à un phénomène très stable : la radicalisation de deux catégories de jeunes Français, à savoir des « deuxième génération » musulmans et des convertis « de souche ».

    Le problème essentiel pour la France n’est donc pas le califat du désert syrien, qui s’évaporera tôt ou tard comme un vieux mirage devenu cauchemar, le problème, c’est la révolte de ces jeunes. Et la vraie question est de savoir ce que représentent ces jeunes, s’ils sont l’avant-garde d’une guerre à venir ou au contraire les ratés d’un borborygme de l’Histoire.

    Quelques milliers sur plusieurs millions

    Deux lectures aujourd’hui dominent la scène et structurent les débats télévisés ou les pages opinions des journaux : en gros, l’explication culturaliste et l’explication tiers-mondiste. La première met en avant la récurrente et lancinante guerre des civilisations : la révolte de jeunes musulmans montre à quel point l’islam ne peut s’intégrer, du moins tant qu’une réforme théologique n’aura pas radié du Coran l’appel au djihad. La seconde évoque avec constance la souffrance postcoloniale, l’identification des jeunes à la cause palestinienne, leur rejet des interventions occidentales au Moyen-Orient et leur exclusion d’une société française raciste et islamophobe ; bref, la vieille antienne : tant qu’on n’aura pas résolu le conflit israélo-palestinien, nous connaîtrons la révolte.

    Mais les deux explications butent sur le même problème : si les causes de la radicalisation étaient structurelles, alors pourquoi ne touche-t-elle qu’une frange minime et très circonscrite de ceux qui peuvent se dire musulmans en France ? Quelques milliers sur plusieurs millions.

    [...]

    Islamisation de la radicalité

    Presque tous les djihadistes français appartiennent à deux catégories très précises : ils sont soit des « deuxième génération », nés ou venus enfants en France, soit des convertis (dont le nombre augmente avec le temps, mais qui constituaient déjà 25 % des radicaux à la fin des années 1990). Ce qui veut dire que, parmi les radicaux, il n’y a guère de « première génération » (même immigré récent), mais surtout pas de « troisième génération ». Or cette dernière catégorie existe et s’accroît : les immigrés marocains des années 1970 sont grands-pères et on ne trouve pas leurs petits-enfants parmi les terroristes. Et pourquoi des convertis qui n’ont jamais souffert du racisme veulent-ils brusquement venger l’humiliation subie par les musulmans ? Surtout que beaucoup de convertis viennent des campagnes françaises, comme Maxime Hauchard, et ont peu de raisons de s’identifier à une communauté musulmane qui n’a pour eux qu’une existence virtuelle. Bref, ce n’est pas la « révolte de l’islam » ou celle des « musulmans », mais un problème précis concernant deux catégories de jeunes, originaires de l’immigration en majorité, mais aussi Français « de souche ». Il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité.

    Qu’y a-t-il de commun entre les « deuxième génération » et les convertis ? Il s’agit d’abord d’une révolte générationnelle : les deux rompent avec leurs parents, ou plus exactement avec ce que leurs parents représentent en termes de culture et de religion. Les « deuxième génération » n’adhèrent jamais à l’islam de leurs parents, ils ne représentent jamais une tradition qui se révolterait contre l’occidentalisation. Ils sont occidentalisés, ils parlent mieux le français que leurs parents. Tous ont partagé la culture « jeune » de leur génération, ils ont bu de l’alcool, fumé du shit, dragué les filles en boîte de nuit. Une grande partie d’entre eux a fait un passage en prison. Et puis un beau matin, ils se sont (re)convertis, en choisissant l’islam salafiste, c’est-à-dire un islam qui rejette le concept de culture, un islam de la norme qui leur permet de se reconstruire tout seuls. Car ils ne veulent ni de la culture de leurs parents ni d’une culture « occidentale », devenues symboles de leur haine de soi.

    La clé de la révolte, c’est d’abord l’absence de transmission d’une religion insérée culturellement. C’est un problème qui ne concerne ni les « première génération », porteurs de l’islam culturel du pays d’origine, mais qui n’ont pas su le transmettre, ni les « troisième génération », qui parlent français avec leurs parents et ont grâce à eux une familiarité avec les modes d’expression de l’islam dans la société française : même si cela peut être conflictuel, c’est « dicible ».

    [...]

    Des jeunes en rupture de ban

    Les jeunes convertis par définition adhèrent, quant à eux, à la « pure » religion, le compromis culturel ne les intéresse pas (rien à voir avec les générations antérieures qui se convertissaient au soufisme) ; ils retrouvent ici la deuxième génération dans l’adhésion à un « islam de rupture », rupture générationnelle, rupture culturelle, et enfin rupture politique. Bref, rien ne sert de leur offrir un « islam modéré », c’est la radicalité qui les attire par définition. Le salafisme n’est pas seulement une question de prédication financée par l’Arabie saoudite, c’est bien le produit qui convient à des jeunes en rupture de ban.

    [...]

    En rupture avec leur famille, les djihadistes sont aussi en marge des communautés musulmanes : ils n’ont presque jamais un passé de piété et de pratique religieuse, au contraire. Les articles des journalistes se ressemblent étonnamment : après chaque attentat, on va enquêter dans l’entourage du meurtrier, et partout c’est « l’effet surprise : « On ne comprend pas, c’était un gentil garçon (variante : “Un simple petit délinquant”), il ne pratiquait pas, il buvait, il fumait des joints, il fréquentait les filles… Ah oui, c’est vrai, il y a quelques mois il a bizarrement changé, il s’est laissé pousser la barbe et a commencé à nous saouler avec la religion. » Pour la version féminine, voir la pléthore d’articles concernant Hasna Aït Boulahcen, « Miss Djihad Frivole ».

    [...]

    La violence à laquelle ils adhèrent est une violence moderne, ils tuent comme les tueurs de masse le font en Amérique ou Breivik en Norvège, froidement et tranquillement. Nihilisme et orgueil sont ici profondément liés.

    Cet individualisme forcené se retrouve dans leur isolement par rapport aux communautés musulmanes. Peu d’entre eux fréquentaient une mosquée. Leurs éventuels imams sont souvent autoproclamés. Leur radicalisation se fait autour d’un imaginaire du héros, de la violence et de la mort, pas de la charia ou de l’utopie. En Syrie, ils ne font que la guerre : aucun ne s’intègre ou ne s’intéresse à la société civile. Et s’ils s’attribuent des esclaves sexuelles ou recrutent de jeunes femmes sur Internet pour en faire des épouses de futurs martyrs, c’est bien qu’ils n’ont aucune intégration sociale dans les sociétés musulmanes qu’ils prétendent défendre. Ils sont plus nihilistes qu’utopistes.

    Aucun ne s’intéresse à la théologie

    Si certains sont passés par le Tabligh (société de prédication fondamentaliste musulmane), aucun n’a fréquenté les Frères musulmans (Union des organistions islamiques de France), aucun n’a milité dans un mouvement politique, à commencer par les mouvements propalestiniens. Aucun n’a eu de pratiques « communautaires » : assurer des repas de fin de ramadan, prêcher dans les mosquées, dans la rue en faisant du porte-à-porte. Aucun n’a fait de sérieuses études religieuses. Aucun ne s’intéresse à la théologie, ni même à la nature du djihad ou à celle de l’Etat islamique.

    Ils se radicalisent autour d’un petit groupe de « copains » qui se sont rencontrés dans un lieu particulier (quartier, prison, club de sport) ; ils recréent une « famille », une fraternité. Il y a un schéma important que personne n’a étudié : la fraternité est souvent biologique. On trouve très régulièrement une paire de « frangins », qui passent à l’action ensemble (les frères Kouachi et Abdeslam, Abdelhamid Abaaoud qui « kidnappe » son petit frère, les frères Clain qui se sont convertis ensemble, sans parler des frères Tsarnaev, auteurs de l’attentat de Boston en avril 2013). Comme si radicaliser la fratrie (sœurs incluses) était un moyen de souligner la dimension générationnelle et la rupture avec les parents. La cellule s’efforce de créer des liens affectifs entre ses membres : on épouse souvent la sœur de son frère d’armes. [...]

    Les terroristes ne sont donc pas l’expression d’une radicalisation de la population musulmane, mais reflètent une révolte générationnelle qui touche une catégorie précise de jeunes.

    Pourquoi l’islam ? Pour la deuxième génération, c’est évident : ils reprennent à leur compte une identité que leurs parents ont, à leurs yeux, galvaudée : ils sont « plus musulmans que les musulmans » et en particulier que leurs parents. L’énergie qu’ils mettent à reconvertir leurs parents (en vain) est significative, mais montre à quel point ils sont sur une autre planète (tous les parents ont un récit à faire de ces échanges). Quant aux convertis, ils choisissent l’islam parce qu’il n’y a que ça sur le marché de la révolte radicale. Rejoindre Daech, c’est la certitude de terroriser.

    Olivier Roy

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/24/le-djihadisme-une-revolte-generationnelle-et-nihiliste_4815992_3232.html

    • Deux petites questions :

      1) « Daech n’envoie pas des Syriens commettre des attentats en France pour dissuader le gouvernement français de le bombarder ». Même si j’apprécie beaucoup le reste de l’article, je ne vois pas en quoi le fait que Daech envoie des Français plutôt que des Syriens rend cette hypothèse ("pour dissuader le gouvernement français de le bombarder") fausse ?

      2) Quelles sont les différences fondamentales (autres que politiques ou religieuses bien sûr, plutôt du côté psychologique ou social entre autres) entre un jeune qui aujourd’hui s’engage dans Daech et un jeune qui dans les années 1970 s’engageait dans la bande à Baader ?

    • Quelles sont les différences fondamentales (autres que politiques ou religieuses bien sûr, plutôt du côté psychologique ou social entre autres) entre un jeune qui aujourd’hui s’engage dans Daech et un jeune qui dans les années 1970 s’engageait dans la bande à Baader ?

      Le niveau de décomposition de la synthèse sociale capitaliste.

      Au-delà et en-deçà des phénomènes « économiques » (chômage de masse, crise environnementale, démantèlement de l’état-providence...) la synthèse sociale capitaliste produit aussi une certaine forme de sujet qui lui est propre et dont les évolutions sont liées à sa décomposition.

      Historiquement, le capitalisme a d’abord forgé le sujet autoritaire, dans lequel des dimensions pré-capitalistes ont été reprises et re-déterminées par les nécessites de la valorisation du capital (c’est le capitalisme de caserne vécu, subi, mais aussi souvent promu aussi bien par l’État, les patrons que par les organisations ouvrières)

      Et puis, au tournant des années 1970, le capitalisme ne peut plus reproduire sa forme de vie sur ses propres base. Le travail productif, pfuitt, disparait à un rythme qui ne peut plus être contré par des tendances compensatrices. Sous les coups de butoir du capitalisme lui-même, sa course à la productivité le mine, contradiction interne qui l’anime et le condamne tout à la fois.

      Du coup, le noyau profond du sujet capitaliste émerge, raboté par l’éviction des dernières scories pré-capitalistes. C’est le règne explicite, au grand jour, du sujet narcissique, du sujet évidé, sans contenu propre (et par là bien conforme aux besoins du capitalisme qui a besoin de personnalités fluides, mais par là-même fragile, prête à s’effondrer à tout moment)

    • Peut-être aussi des parallèles à faire avec la politisation des skinheads dans les années 80... Lumpenproletariat flirtant avec la délinquance et embrigadé comme milice... Et plus loin on peut penser à une partie du vivier de recrutement des Sturmabteilungen.

    • Effectivement, il répond en partie... alors que cette interview date d’il y a un an !!! Merci ! (bon, sauf qu’à l’époque, Olivier Roy différencie Al Qaida de Daech, par le fait que Daech n’intervient pas en occident, tout en reconnaissant que ça peut encore dégénérer, ce en quoi il n’avait pas tort, et en donnant des pistes pour l’éviter, mais il n’a pas été écouté...)

      http://www.franceinter.fr/emission-le-79-olivier-roy-les-jeunes-djihadistes-sont-fascines-par-la-v

    • Effectivement, on ne peut pas mettre la R.A.F. et Daesh dans le même sac d’une « radicalité en soi », se fourvoyant ad nauseam dans une violence nihiliste et non interrogée. C’est la limite de l’analyse de Roy, de faire de la radicalité une catégorie stable à promener d’une époque à l’autre en la rhabillant avec les frusques du moment. Le sujet « radical » est ajusté à chacune des phases et, loin d’être un sujet inchangé dans le fond, qui ferait juste le choix opportuniste de telle ou telle « cause », il exprime l’état courant de la synthèse sociale. A ce titre, le terroriste du 13 novembre est plus proche d’un Andreas Lubitz que d’une Ulrike Meinhof

    • je plussoies sur l’intervention de @ktche
      et ajoute, oui, il y a islamisation, mais il n’y a aucune radicalité dans cette affaire, le soit disant retour aux soit disant racines de l’islam n’est pas une #radicalité, sauf pour les journalistes et autres pense mou, selon eux, ce qui est violent serait radical, voilà ce qui tient pour eux lieu de définition, comme si un #attentat_massacre se devait d’être radical, comme si une bastonnade de babas par la FNSEA était radicale, et les coups de matraques de gazeuses, de flash ball de la police sont-ils radicaux ? ah ben non, c’est les forces de l’odre. Au prie c’est un mauvais emploi de la force.
      ces tueurs ne prennent rien à la racine, ils retournent à la racine pour se chosifier et chosifier, le soit retour aux origines est pas radical, il est conservateur.

    • Des meurtres de masse, Alain Badiou
      http://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/alain-badiou-penser-les-meurtres-de-masse-du-13-novembre-version-texte#III-L

      Ces jeunes se voient donc à la marge à la fois du salariat, de la consommation et de l’avenir. Ce qu’alors leur propose la #fascisation (qu’on appelle stupidement, dans la propagande, une « radicalisation », alors que c’est une pure et simple régression) est un mélange d’héroïsme sacrificiel et criminel et de satisfaction « occidentale ». D’un côté, le jeune va devenir quelqu’un comme un mafieux fier de l’être, capable d’un héroïsme sacrificiel et criminel : tuer des occidentaux, vaincre les tueurs des autres bandes, pratiquer une cruauté spectaculaire, conquérir des territoires, etc Cela d’un côté, et de l’autre, des touches de « belle vie », des satisfactions diverses. Daech paye assez bien l’ensemble de ses hommes de main, beaucoup mieux que ce qu’ils pourraient gagner « normalement » dans les zones où ils vivent. Il y a un peu d’argent, il y a des femmes, il y a des voitures, etc. C’est donc un mélange de propositions héroïques mortifères et, en même temps, de corruption occidentale par les produits. (...) Disons que c’est la fascisation qui islamise, et non l’Islam qui fascine.

    • Réponse à Olivier Roy : les non-dits de « l’islamisation de la radicalité », François Burgat
      http://rue89.nouvelobs.com/2015/12/01/reponse-a-olivier-roy-les-non-dits-lislamisation-radicalite-262320

      Dans les rangs de Daech, après avoir annoncé par deux fois leur disparition, Roy ne pouvait donc logiquement plus accepter de voir des islamistes, ni même des acteurs politiques. Il botta donc en touche en déclarant n’y voir que des « fous » à qui il ne donna... « pas un an ».

      Aujourd’hui, j’ai pour ma part beaucoup de difficulté à ranger les frères Kouachi, fort construits dans l’expression de leurs motivations, dans la catégorie de simples paumés dépolitisés – et de reconnaître chez Coulibally (auteur de l’attaque contre l’Hyper Cacher) quelqu’un qui, entre autres, « ne s’intéresse[nt] pas aux luttes concrètes du monde musulman (Palestine) ».

      Disculper nos politiques étrangères

      Si une telle hypothèse permet à Roy de demeurer cohérent avec la ligne de ses fragiles prédictions passées, elle n’apporte en fait qu’une nouvelle pierre (celle de la pathologie sociale, voire mentale) à une construction qui reproduit le même biais que l’approche culturaliste qu’elle prétend dépasser : elle déconnecte d’une façon dangereusement volontariste les théâtres politiques européen et proche-oriental.

      La thèse qui disculpe nos politiques étrangères a donc tout pour séduire tant elle est agréable à entendre.

    • du même texte de Burgat :

      cette thèse de « l’islamisation de la radicalité » ne s’en prend pas principalement à la lecture culturaliste. Elle condamne surtout, avec dédain, en la qualifiant de « vieille antienne » « tiers-mondiste », une approche dont – sans en reprendre la désignation péjorative – nous sommes nombreux à considérer que, bien au contraire, elle constitue l’alpha et l’oméga de toute approche scientifique du phénomène djihadiste.

      Le discrédit du « tiers-mondisme » consiste ici ni plus ni moins qu’à refuser de corréler – si peu que ce soit – les conduites radicales émergentes en France ou ailleurs avec... selon les termes mêmes de Roy, « la souffrance post-coloniale, l’identification des jeunes à la cause palestinienne, leur rejet des interventions occidentales au Moyen-Orient et leur exclusion d’une France raciste et islamophobe ».

    • S’il faut mettre en lumière les corrélations, comme le propose Burgat, il faut aussi être en mesure d’expliquer les différences d’une façon qui soit ni contingente, ni déterministe.

      Si Burgat esquisse parfois un lien avec l’économie (L’islamisme à l’heure d’Al-Qaida , p.29), il n’y voit qu’un effet « adjuvant » (op. cit. p.83). Mais l’économie n’est pas une sphère juxtaposée à celles de la politique ou de la culture, c’est une forme sociale totale. La « troisième temporalité de l’islamisme » proposée par Burgat peut alors être aussi bien interprétée comme une réaction à la modernisation (une tentative de freiner ou de retourner en arrière) qu’une sorte d’accompagnement de la décomposition de la synthèse sociale capitaliste (sans perspective d’émancipation), avec des variations résultant des stades différenciés dans lesquels cette synthèse sociale s’est trouvée au moment où cette décomposition devient manifeste.

      http://seenthis.net/messages/328965

  • Molenbeek-Saint-Jean n’est pas un ghetto
    Un article d’Alexandre de Zones sensibles dont les livres sont forts appréciés sur @seenthis.
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/23/molenbeek-saint-jean-n-est-pas-un-ghetto_4815791_3232.html
    Vivant et travaillant à Molenbeek-Saint-Jean, au cœur de l’un de ces quartiers considéré comme une « plaque tournante belge du terrorisme islamiste », à quelques dizaines de mètres de l’appartement de l’un des présumés responsables des atrocités parisiennes, il m’est difficile de ne pas écrire ces quelques mots.
    #molenbeek #attentats #etat_d_urgence #belgique #paywall

    • Thx. J’y pense jamais. —

      Au-delà de Molenbeek, et parce que malheureusement les journalistes en parlent peu, rappelons que dans la capitale de l’Europe, Bruxelles en tant que région, un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté, un chiffre édifiant lorsque l’on sait par ailleurs que Bruxelles produit plus de richesse que les deux autres régions de Belgique (il serait intéressant de savoir si ce chiffre a un lien avec ceux, récemment dévoilés par l’Organisation internationale pour les migrations, révélant que 62% des habitants de la région bruxelloise sont nés à l’étranger ou issus de familles qui ont migrés ici, « ce qui en fait la seconde ville au monde à afficher un taux aussi haut »). Bruxelles est donc une région fort contrastée : à Molenbeek, le revenu moyen par habitant est de 776 euros par mois, soit 4 fois moins que la seule allocation de résidence allouée à un commissaire européen et 26 fois moins que le salaire de celui-ci. (Ajoutons en passant que les agents de l’Union européenne sont exemptés de l’impôt sur les personnes physiques, cet impôt sur le revenu dont n’importe quel Belge imposable doit s’acquitter. Dit autrement, un habitant de Molenbeek à faible revenu mais payant cet impôt finance davantage les infrastructures publiques bruxelloises dont bénéficient les fonctionnaires européens qui, eux en profitent sans payer cet impôt-là, tout en percevant des salaires bien plus élevés.)

      Une commune au bord de la faillite

      Molenbeek est donc rongée par la pauvreté. Il y a peu de journalistes pour rappeler que, il y a quelques mois, la commune était au bord de la faillite (ce qui a une fois fois permis à certains politiques de stigmatiser encore et encore la commune) : en raison de la croissance de la population ne payant pas l’impôt mais demandant mécaniquement davantage de moyens publics (revenus sociaux, etc.), combinée à son appauvrissement (le revenu moyen d’un Molenbeekois a diminué de 5% en dix ans), les revenus issus de l’impôt ont logiquement baissé ; parallèlement, d’après un conseiller communal qui s’est publiquement exprimé sur cette quasi-faillite qui a encore permis à certains de stigmatiser la commune, la classe moyenne (celle qui paie l’impôt) se fait de plus en plus rare : « le manque de propreté, d’enseignement (de qualité), de logements de qualité abordables et d’espaces publics agréables, combiné à un sentiment d’insécurité sont les principaux arguments de leur départ, surtout chez les jeunes familles ». Il faut être honnête : Molenbeek continue à s’enfoncer. Tout concoure donc à ce que, dans certains quartiers, la misère sociale et intellectuelle soit un terrain fertile pour des recruteurs à l’idéologie répugnante. Quelles perspectives d’avenir cette commune, compte tenu de son état de délabrement financier et social, peut proposer à une population en voie de paupérisation ? Comment redresser une situation sociale où presque 55 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté ?

    • Commentaire :

      J’expliquais justement hier qu’en interne les #syndicats trépignent. Le #confinement de Bruxelles s’explique aussi par les coupes budgétaires qui ont été faites dans tout le secteur public - dont la police - et associatif. Je ne compte plus les travailleurs sociaux en préavis conservatoire. Quand à la police que tout le monde semble appeler de ses voeux, ce n’est pas faute pour ses membres d’appeler depuis longtemps au retour de la police de proximité pour un travail au plus près du terrain et des habitants au quotidien. Quand aux agents de prévention dont Alexandre parle, on a le même problème au final : les moyens. Pour que la scène qu’il décrit n’arrive plus, il faut former ces mecs, les encadrer, et c’est un travail de longue haleine puisque les gardiens de la paix sont aussi un dispositif d’#insertion professionnel. La formation de ces gardiens est aussi grevée par les coupes budgétaires des politiques d’#austérité. Certains parlent de stratégie du choc, je crois que ce n’est pas loin de la vérité.

    • Le président François Hollande veut définir un « état de guerre » adapté à la situation. Que pensez-vous de cette discussion ? Croyez-vous plus généralement qu’une modification de la Constitution soit une réponse adaptée aux attentats du 13 novembre ?

      Jürgen Habermas .- Il me semble sensé d’adapter à la situation actuelle les deux dispositions de la Constitution française relatives à l’état d’urgence. Si cette question est désormais à l’ordre du jour, c’est parce que le président a proclamé l’état d’urgence à la suite des événements choquants de la nuit du 13 au 14 novembre, et entend le prolonger trois mois durant. Je peux difficilement juger de la nécessité de cette politique et de ses raisons. Je ne suis en rien un expert des questions de sécurité.

      Mais, envisagée à distance, cette décision ressemble à un acte symbolique permettant au gouvernement de réagir – vraisemblablement de la manière qui convient – au climat régnant dans le pays. En Allemagne, la rhétorique guerrière du président français, guidée semble-t-il par des considérations de politique intérieure, suscite plutôt des réserves.

      Le président Hollande a aussi décidé d’accroître son niveau d’intervention en Syrie, notamment en bombardant Rakka, la « capitale » de l’Etat islamique, et en se rapprochant de la Russie. Que pensez-vous de l’interventionnisme en général ?

      Il ne s’agit pas d’une décision politique inédite mais seulement de l’intensification de l’engagement de l’aviation française, qui est en action depuis déjà un certain temps. Certes, les experts se montrent d’accord pour dire qu’un phénomène aussi déconcertant que l’Etat islamique – ce mélange de « califat » n’ayant pas encore trouvé son territoire définitif et de commandos de tueurs essaimant à l’échelle du globe – ne peut être vaincu uniquement par les armes aériennes.

      Mais l’intervention au sol de troupes américaines et européennes n’est pas seulement irréaliste, elle serait avant tout d’une grande imprudence. Il ne sert à rien d’agir en court-circuitant les pouvoirs locaux. Obama a appris des interventions de ses prédécesseurs et de leurs échecs, et a insisté sur un point important lors du dernier sommet du G20 qui s’est déroulé il y a peu en Turquie. Il a souligné que des troupes étrangères ne peuvent garantir très longtemps, après leur retrait, le résultat de leurs succès militaires.

      Du reste, on ne peut prendre à la gorge l’Etat islamique en recourant aux seuls moyens militaires. Les experts se montrent également d’accord sur ce point. Nous pouvons considérer ces barbares comme des ennemis, et nous devons lutter contre eux, inconditionnellement ; mais, si nous voulons vaincre cette barbarie sur le long terme, nous ne devons pas nous leurrer quant à ses raisons, qui sont complexes.

      Ce n’est sans doute pas le moment pour une nation française profondément blessée, pour une Europe bouleversée et une civilisation occidentale ébranlée, de se souvenir de l’origine de ce potentiel de conflit explosif et momentanément non maîtrisé du Proche-Orient – de l’Afghanistan et de l’Iran jusqu’à l’Arabie saoudite, l’Egypte et le Soudan.

      Que l’on se remémore seulement ce qui s’est passé dans cette région depuis la crise de Suez de 1956. Une politique des Etats-Unis, de l’Europe et de la Russie déterminée presque exclusivement par des intérêts géopolitiques et économiques s’est, dans cette fragile région du monde, heurtée à un héritage de l’époque coloniale à la fois artificiel et fait de déchirements ; et cette politique a tiré profit des conflits locaux sans stabiliser quoi que ce soit.

      Comme chacun sait, les conflits opposant les sunnites et les chiites, dont le fondamentalisme de l’Etat islamique tire aujourd’hui en premier lieu ses énergies, se sont à l’évidence déchaînés à la suite de l’intervention américaine en Irak décidée par George W. Bush, qui a bafoué les règles du droit international.

      Le coup d’arrêt au processus de modernisation de ces sociétés s’explique également par certains aspects spécifiques de la très fière culture arabe. Mais l’absence de perspective et d’espoir en l’avenir qui afflige les jeunes générations de ces pays, avides de mener une vie meilleure, avides aussi de reconnaissance, est en partie le fait de la politique occidentale.
      Ces jeunes générations, lorsque échouent toutes les tentatives politiques, se radicalisent afin de regagner leur amour-propre. Tel est le mécanisme de cette pathologie sociale. Une dynamique psychologique semblablement désespérée, qui trouve là encore son origine dans ce défaut de
      reconnaissance, semble aussi faire de petits criminels isolés, issus des populations immigrées européennes, les héros pervers de commandos de tueurs téléguidés. Les premières enquêtes journalistiques consacrées au milieu et aux itinéraires respectifs des terroristes du 13 novembre le laissent en tout cas supposer. A côté de la chaîne de causalité qui conduit en Syrie, il en existe une autre, qui attire l’attention sur les destins ratés de l’intégration dans les foyers sociaux de nos grandes villes.

      Lors des attentats du 11 septembre 2001, des intellectuels, dont le philosophe Jacques Derrida et vous-même, s’étaient inquiétés du recul des libertés démocratiques que risquaient de provoquer la pression de la lutte contre le terrorisme et le recours à des notions comme la « guerre des civilisations » ou « les Etats voyous ». Le diagnostic a été largement vérifié par l’usage de la torture, les contrôles de la NSA, les détentions arbitraires de Guantanamo, etc. Une lutte contre le terrorisme qui maintiendrait l’espace public démocratique intact est-elle, selon vous, possible ou pensable ? Et à quelles conditions ?

      Un regard rétrospectif sur le 11-Septembre ne peut que nous conduire à constater, comme nombre de nos amis américains, que la « guerre à la terreur » de Bush, Cheney et Rumsfeld a abîmé la constitution politique et mentale de la société américaine. Le Patriot Act adopté à l’époque par le Congrès, encore en vigueur aujourd’hui, porte atteinte aux droits fondamentaux des citoyens, et touche à la substance même de la Constitution américaine.

      Et il est permis d’en dire de même de l’extension fatale de la notion de combattant ennemi, qui a légitimé Guantanamo et d’autres crimes, et qui n’a été écartée que par l’administration Obama. Cette réaction irréfléchie aux attentats du 11-Septembre, qui avaient été jusqu’alors inconcevables, explique en bonne part la propagation d’une mentalité incarnée aujourd’hui par une personnalité aussi innommable que Donald Trump, candidat aux primaires républicaines. Ce n’est en rien une réponse à votre question. Mais ne pouvons-nous pas, comme les Norvégiens en 2011, après l’effroyable attentat commis sur l’île d’Utoya, résister au premier réflexe du repli sur soi face à l’inconnu incompréhensible et de l’agression contre l’« ennemi intérieur » ?

      J’ai bon espoir que la nation française donne au monde un exemple à suivre, comme elle l’a fait après l’attentat ayant visé Charlie Hebdo. Il n’est pas besoin pour cela de riposter à un péril fictif tel que l’« asservissement » à une culture étrangère qui, soi-disant, menacerait. Le danger est bien plus tangible. La société civile doit se garder de sacrifier sur l’autel de la sécurité toutes ces vertus démocratiques d’une société ouverte que sont la liberté de l’individu, la tolérance vis-à-vis de la diversité des formes de vie et la bonne disposition à adopter la perspective d’autrui. En face d’un Front national qui se renforce, cela est plus facile à dire qu’à faire.

      Mais il existe de bonnes raisons de réagir ainsi, qui ont peu à voir avec des incantations. La plus importante est évidente : le préjugé, la méfiance et le rejet de l’islam, la peur de l’islam, et la lutte préventive contre lui, doivent beaucoup à une pure et simple projection.

      En effet, le fondamentalisme djihadiste a certes recours dans ses manières de s’exprimer à tout un code religieux ; mais il n’est en rien une religion. Il pourrait recourir, à la place du langage religieux qu’il utilise, à n’importe quel autre langage religieux, et même à n’importe quelle idéologie promettant une justice rédemptrice.

      Les grands monothéismes ont des origines qui remontent très loin dans le temps. Le djihadisme, en revanche, est une forme absolument moderne de réaction à des conditions de vie caractérisées par le déracinement. Attirer l’attention, dans un but préventif, sur une intégration sociale en panne ou sur une modernisation sociale défaillante, ce n’est naturellement pas exempter les auteurs de ces méfaits de leur responsabilité personnelle.

      L’attitude de l’Allemagne face à l’afflux des réfugiés a surpris
      positivement, malgré les reculs récents. Pensez-vous que la vague terroriste puisse modifier cet état d’esprit - puisque certains islamistes ont cherché à s’infiltrer dans le flot des réfugiés ?

      J’espère que non. Nous sommes tous dans le même bateau. Le terrorisme comme la crise des réfugiés constituent des défis dramatiques, peut-être ultimes, et exigent une coopération étroitement solidaire à laquelle les nations européennes ne se sont jusqu’à présent pas encore résolues, y compris dans le cadre de l’union monétaire.

      (Traduit de l’allemand par Frédéric Joly).

      Jürgen Habermas est né en 1929. Son nom est associé à l’école de Francfort. Il développe dans son œuvre une philosophie de l’espace public démocratique

      paywall = lecture zen + imprimer la page et afficher PDF ...

    • En fait de communicant :
      http://www.lcp.fr/actualites/politique/177066--terreau-du-jihadisme-la-societe-francaise-a-une-part-de-responsabilite-m

      Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a affirmé samedi que la société française devait assumer une « part de responsabilité » dans le « terreau » sur lequel le jihadisme a pu prospérer, en évoquant une disparition de l’idéal républicain de mobilité sociale.

  • « Nous devons admettre que Daech fonctionne comme un Etat »
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/20/il-est-urgent-de-changer-de-strategie-contre-daech_4813909_3232.html

    Sur le plan militaire, ce qui distingue Daech des autres groupes djihadistes, c’est la stratégie qu’il emploie. Il est tout autant capable de mener des opérations de #guerre_conventionnelle ou de #guérilla que de pratiquer du #terrorisme_urbain. C’est du jamais-vu ! Pour le moment, nous n’arrivons pas à enrayer cette menace, parce que nous refusons d’en accepter la nature. Notre regard doit donc changer sur Daech. Nous devons admettre que #Daech fonctionne comme un #Etat.

    L’efficacité de ses institutions devrait nous en convaincre. Par exemple, en mai, après la prise de Ramadi (Irak), j’ai rencontré un homme de cette ville qui m’a dit : « Oui, ce sont des hommes terrifiants, mais avant la chute de la ville, nous demandions depuis des mois au gouvernement à Bagdad la réouverture de l’hôpital. Rien n’a été fait. Or, après l’arrivée de Daech, ses membres se sont assurés d’acheminer des médecins syriens pour que l’hôpital rouvre ses portes. Les coupures d’électricité étaient fréquentes, Daech y a remédié. Des génératrices ont été amenées pour rétablir l’électricité. »

    Daech parvient également à prélever des impôts. Son armée est puissante et organise la conscription. Si certaines familles laissent partir leurs fils par crainte qu’ils ne soient tués s’ils ne rejoignent pas les rangs de Daech, d’autres vous disent qu’il n’y a pas de travail et que Daech verse un salaire mensuel de 300 ou 400 dollars à chaque combattant. Ils admettent également y gagner un certain statut.

    #paywall...

  • « changer de pied » ? Mais c’était le rêve de Poutine qui se réalise. Depuis longtemps il fait du pied à la France. Il a non seulement son alliance anti-Daesh qu’il a toujours réclamée, mais en plus il fait ça en démarchant directement la France sans passer par les USA, lui qui a toujours voulu placer l’Europe à mi-chemin entre USA et « Eurasie ».
    Le Monde se laisse t-il aller au storytelling farfelu pour donner le grand rôle à Hollande ?
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/18/le-tournant-russe-de-francois-hollande_4812568_3232.html#

  • Le tournant russe de François Hollande
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/18/le-tournant-russe-de-francois-hollande_4812568_3232.html

    Quelle rapidité ! A peine le président François Hollande avait-il annoncé, lundi 16 novembre devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, son intention de former une coalition internationale contre l’Etat islamique (EI) – impliquant par là un rapprochement avec Moscou –, que la Russie, à son tour, changeait de pied pour s’inscrire dans cette nouvelle configuration.

    Moscou a commencé par reconnaître officiellement ce que tout le monde savait, mais que le président Poutine refusait de dire à ses propres concitoyens : l’avion de ligne russe qui avait explosé en vol au-dessus de l’Egypte le 31 octobre, provoquant la mort des 224 personnes à bord, a bien été la cible d’un attentat. Cet attentat avait été revendiqué par l’EI. Désormais, Moscou, comme Paris, peut arguer de la légitime défense pour agir militairement contre l’EI en Syrie.

    Puis, le chef du Kremlin a donné l’instruction aux forces armées russes de se coordonner « en tant qu’alliées » avec les forces françaises sur le théâtre de guerre syrien. Enfin, loin du Moyen-Orient mais sur un sujet crucial pour les relations russo-occidentales, la Russie a offert de restructurer, sous conditions, la dette de 3 milliards de dollars de l’Ukraine, dont elle exigeait jusqu’ici le remboursement le 6 décembre.

    • J’aime bien comment l’article essaie de faire passer #poutine pour un retourneur de veste et un dissimulateur alors qu’il proposait ce partenariat avant, et que bon, je pense pas que le peuple russe soit tenu dans l’ignorance de l’hypothèse d’une bombe, c’est juste qu’officiellement c’était pas acté, sûrement pour des raisons politiques (et sûrement pas parce que le peuple russe aurait exigé que la russie se retire de Syrie).
      M’enfin ...

  • « Nous payons les inconséquences de la politique française au Moyen-Orient », Sophie Bessis, #Mohamed_Harbi
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/17/nous-payons-les-inconsequences-de-la-politique-francaise-au-moyen-orient_481

    Sur l’islamisme d’abord. Depuis le début de sa montée en puissance, dans les années 1970, les dirigeants occidentaux se sont convaincus qu’il devenait la force politique dominante du monde arabo-musulman. Addiction au pétrole aidant, ils ont renforcé le pacte faustien les liant aux Etats qui en sont la matrice idéologique, qui l’ont propagé, financé, armé. Ils ont, pour ce faire, inventé l’oxymore d’un « #islamisme_modéré » avec lequel ils pouvaient faire alliance.

    Le soutien apporté ces derniers mois au régime turc de M. Erdogan dont on connaît les accointances avec le djihadisme, et qui n’a pas peu contribué à sa réélection, en est une des preuves les plus récentes. La France, ces dernières années, a resserré à l’extrême ses liens avec le Qatar et l’#Arabie_saoudite, fermant les yeux sur leur responsabilité dans la mondialisation de l’extrémisme islamiste.

    Le #djihadisme est avant tout l’enfant des Saoud et autres émirs auxquels elle se félicite de vendre à tour de bras ses armements sophistiqués, faisant fi des « valeurs » qu’elle convoque un peu vite en d’autres occasions. Jamais les dirigeants français ne se sont posé la question de savoir ce qui différencie la barbarie de Daesh de celle du royaume saoudien. On ne veut pas voir que la même #idéologie les anime.

    • Je ne suis pas convaincu que « les dirigeants occidentaux se sont convaincus que l’islamisme devenait la force politique dominante du monde arabo-musulman », je crois plutôt qu’ils ont tout fait, et avant même 1970, pour qu’il le devienne afin de contrer le nationalisme laïque.

    • Colluding with Extremists
      Interview with New Left Project about Secret Affairs, 8 March 2010
      No longer online
      https://markcurtis.wordpress.com/interviews

      Le livre raconte l’histoire de la longue histoire de la collaboration britannique avec l’Islam radical, y compris des groupes terroristes. Le 7/7 et l’actuelle menace terroriste diffuse en Grande-Bretagne est en quelque sorte un produit de la politique étrangère britannique - les bombardements ont dérivé d’une infrastructure terroriste établie par un État pakistanais longtemps soutenu par Whitehall et impliquant des groupes terroristes pakistanais qui avaient bénéficié d’actions secrètes britanniques dans le passé.

      Tout au long de la période d’après-guerre la Grande-Bretagne a secrètement appuyé des groupes radicaux islamiques en Afghanistan, Iran, Irak, Libye, dans les Balkans, en Syrie, en Indonésie et en Égypte, et le livre a pour but de documenter ces faits à partir des dossiers britanniques déclassifiés.

      Le livre tente de montrer comment la collusion britannique avec l’islamisme radical est intimement liée à son déclin impérial d’après-guerre - les responsables politiques ont été opportunistes et pragmatiques, dépourvus de toute boussole morale, et ont eu pour but de contrer les forces nationalistes [des pays musulmans] dans une tentative désespérée de maintenir leur pouvoir dans un monde en mutation.

      La collusion avec l’islamisme radical a été dictée par l’utilité. Au-delà des relations privilégiées avec l’Arabie saoudite et le Pakistan - qui sont de profondes alliances stratégiques - la politique de la Grande-Bretagne a été marquée par l’opportunisme de circonstance, en sachant que cela s’est exprimé assez régulièrement.

      Maintes et maintes fois, les documents de planification déclassifiés révèlent que les autorités britanniques étaient parfaitement conscients du fait que leurs collaborateurs étaient des anti-occidentaux [...] dépourvus de valeurs sociales libérales, ou tout simplement des terroristes.

      Whitehall n’a pas travaillé avec ces forces parce qu’elle était en accord avec elles, mais simplement parce qu’elles ont été utiles à des moments précis. Les groupes islamistes semblent avoir collaboré avec la Grande-Bretagne pour les mêmes raisons de commodité et parce qu’ils partagent la même haine du nationalisme populaire [en pays musulman] que les Britanniques.

      Quand il s’agit de politique étrangère en général, les dossiers déclassifiés sont très clairs - les deux objectifs de base sont de maintenir le statut de puissance de la Grande-Bretagne dans le monde et de s’assurer que le fonctionnement de l’économie mondiale se fasse dans les intérêts des sociétés britanniques et occidentales. Ce dernier objectif a une variété d’effets graves, surtout un ordre commercial et financier internationaux grossièrement abusifs qui maintiennent des centaines de millions de personnes dans la pauvreté.

      Ces deux objectifs sont parfois appelés « intérêts nationaux », mais ceci est bien entendu trompeur - ce sont les intérêts d’une élite affairiste et politique. Le système politique, en Grande-Bretagne est tellement antidémocratique que les décideurs sont capables de s’en tirer avec ces seules politiques.

    • Mohamed Harbi
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammed_Harbi

      Il est l’un des premiers historiens à décrire le fonctionnement du FLN de lintérieur dans son livre Aux origines du FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie (1975). Il y dévoile notamment le fossé entre les idéaux de certains de ses membres et les méthodes adoptées par le parti nationaliste : « nos idéaux étaient en contradiction avec les moyens qu’imposaient nos dirigeants pour les faire triompher. Libertaire de conviction, [...] je me retrouvais dans une organisation où l’autoritarisme plébéien inculquait à chacun que le mal se convertit en bien sitôt qu’il se fait au nom de la révolution. Je souffrais du recours à des pratiques telles que l’égorgement, les mutilations (nez ou oreilles coupées) et du discrédit que les tueries faisaient peser sur nous... »

  • La lutte antiraciste n’est pas un « privilège blanc » - Par @AlainGresh - Le Monde

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/13/la-lutte-antiraciste-n-est-pas-un-privilege-blanc_4809274_3232.html#wiFQRitE

    Dans notre société, on ne devient pas blanc, on naît de cette « couleur », avec tous les privilèges qui y sont attachés. (...) Bien qu’« immigré », parce que né à l’étranger de parents non français, je n’ai, au cours de mes cinquante et quelques années de vie en France, jamais subi un contrôle au faciès, jamais été fouillé au corps, jamais été insulté par un policier. Les deux seules fois où je me suis fait arrêter, ce fut pour des raisons politiques (...).
    J’ai été élevé dans une culture internationaliste, mais aussi dans l’idée que, parfois, l’universalisme pouvait servir de camouflage à une domination qui ne veut pas dire son nom. Refuser de voir l’oppression de certains groupes, c’est l’avaliser.

  • http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/08/le-fils-de-saul-ou-la-fin-du-debat-sur-la-representation-de-la-shoah_4805379

    La question n’est pas de savoir comment Le Fils de Saul représente l’irreprésentable de la Shoah mais pourquoi celui-là reçoit soudainement l’autorisation de représenter ce qui jusqu’alors était considéré comme un tabou. Soixante-dix ans après la libération d’Auschwitz, au moment où disparaissent les derniers survivants qui nous obligeaient à une tenue et une retenue, la Shoah, privée de ses témoins-martyrs, est en train de tomber dans le domaine public. A la manière du droit de la propriété intellectuelle qui ne protège plus une œuvre soixante-dix ans après la mort de son auteur. De sorte que les règles qui régulaient les « comment dire », « comment montrer », « comment en parler », ne sont plus opérantes comme elles l’ont été. Il n’est plus question de s’interroger sur le bien-fondé d’une nouvelle édition critique de Mein Kampf, ou sur l’interdit d’écrire le mot « roman » en couverture des ouvrages traitant des camps, ou sur la légitimité des images recréées au cinéma. La bascule s’opère sous nos yeux. Les gardiens officiels, investis, peuvent bien se fâcher et faire les gros yeux : « Je ne vous permets pas, vous n’avez pas le droit ! », ça ne marche plus. Au mieux les visages se détournent en haussant les épaules, au pire, ils ne savent même plus de quoi il retourne. Un peu comme le souvenir des pogroms, aussi tragiques qu’ils aient été, s’est détaché de sa charge émotionnelle pour devenir un événement historique.

    Je n’ai pas encore vu ce film, donc pour le moment je n’en dis rien, en revanche ce qui est écrit dans cet article du Monde est problématique à bien des endroits, ne serait-ce que cet extrait qui sous-entend que puisque les derniers survivants des camps de concentration et d’extermination des Nazis sont tellement croulants pour ne plus pouvoir se défendre, et ben c’est bon on peut y aller à faire et dire n’importe quoi sur le sujet.

    Et si en plus on peut bénéficier le caution morale de Lanzmann alors... Lanzmann, qui en dehors de la réalisation de son brillant et luminueux Shoah (au titre par ailleurs assez contestable) aura collectionné un nombre très impressionnant de conneries sur le sujet (qu’on y pense, il a également défendu les indéfendables Bienveillantes de Littel et au contraire s’est toujours montré stupidement méprisant envers Georges Didi-Hubermann pour son remarquable Images malgré tout

    Encore un petit effort dans le sens de cet article et la destruction des Juifs d’Europe va vraiment devenir un détail de l’histoire.

    • http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2015/laszlo-nemes-et-clara-royer-le-fils-de-saul-shoah,126690.php

      Cet entretien est terrifiant. J’imagine que je pourrais en citer chaque phrase pour en pointer le caractère obsène et l’extraordinaire prétention de ces deux personnes dont on ne peut pas dire qu’elles s’étouffent beaucoup de recul sur eux-mêmes.

      La dernière question/réponse est édifiante :

      Au fond, que voulez-vous transmettre au spectateur ?

      LN : Une expérience sensorielle. Redonner du sens en faisant notamment appel aux sens du spectateur.

      En odoroma si c’était possible ?

      Quand je pense que je m’étais dit qu’il faudrait que j’essaye d’aller le voir sans a priori , cela ne va pas être facile.

    • László Nemes le réalisateur de Le Fils de Saul était sur France-Inter en début d’après-midi,
      http://www.franceinter.fr/emission-cosmopolitaine-kerry-hudson-et-laszlo-nemes
      à propos des Sonderkommandos, Paula Jacques rappela les propos d’Hannah Arendt, qui firent grandes polémiques, sur les complicités nazies dans les pays occupés et même parmi les communautés juives
      « Oh elle, répliqua-t-il, elle couchait avec des nazis. »
      C’est au début de l’entretien.

    • @loutre Bon, je crois que je vais m’éviter d’écouter cela alors. Il est des tortures que je ne m’inflige plus. Le film lui passe dans mon cinéma de quartier la semaine prochaine, je ferai mon devoir, après tout je me suis fader les Bienveillantes et leurs 900 pages de conneries, un film à côté ce n’est rien, de telle sorte, comme pour les Bienveillantes qu’on ne puisse pas me dire, mais as-tu seulement vu le film ?

    • http://next.liberation.fr/culture-next/2015/11/03/le-fils-de-saul-choc-sans-replique_1410983

      De même, à deux semaines de sa sortie en salles, une partie de la presse aura reçu, adjoint à ce même fascicule promotionnel, un court ouvrage de Georges Didi-Huberman, publié aux Editions de Minuit, Sortir du noir. A la fois éloge enflammé du travail de Nemes (qui commence par ces mots : « Votre film, le Fils de Saul, est un monstre. Un monstre nécessaire, cohérent, bénéfique, innocent »), étrange prototype de produit dérivé intello et coup de massue assené à la critique, entre intimidation et verrouillage théorique.

      Et là je dois dire qu’avec moi cela a failli fonctionner. Je me suis jeté sur ce petit livre, je l’ai lu, il m’a fait vaciller, je me suis dit que je me trompais sans doute, et je suis allé voir le film, et pendant toute la durée du film je n’ai cessé de me demander qu’est-ce que Didi-Hubermann avait vu que je ne voyais pas et au contraire qu’est-ce qu’il n’vait pas vu que je voyais ?

      Je voudrais tenter de faire une chronique de ce film (je vais peut-ête mêm relire le oivre et retourner voir le film) mais cela va me demander du temps. Parce que tout s’est mélangé depuis, puisque je suis allé voir ce film avant d’aller dîner, heureusement pas au Petit Cambodge où c’était pourtant prévu que j’aille. Donc cela ne va pas être facile.

      Par ailleurs cet article de Libération est assez admirable de courage intellectuel.

    • @philippe_de_jonckheere Une autre note discordante dans le concert de louanges autour de ce film :

      http://www.causeur.fr/laszlo-nemes-shoah-fils-saul-35296.html

      Être sobre et humble, c’est précisément ce qu’a oublié Nemes, faisant passer son égo d’artiste en premier lieu. Il privilégie la forme, le suspense, la mise en situation du spectateur avant de penser au fond, l’horreur impensable et irreprésentable de la Shoah.

      Effrayant, monstrueux, insoutenable, si le film nous dit beaucoup de la défaite de la pensée et de l’effondrement des valeurs de notre société occidentale, c’est plutôt par ses défauts. Le spectacle doit dominer. Le Fils de Saul est insupportable non pas à cause de l’horreur de la Shoah mais en raison du dispositif artistique formel implacable qu’il impose aux spectateurs. Le danger est qu’il s’impose comme une œuvre importante, un tournant crucial de la représentation de la Shoah dans une époque où les derniers témoins vivants disparaissent les uns après les autres. La sanctification du Fils de Saul pourrait faire autant pour l’oubli que pour la mémoire.

    • @julien1 C’est exactement cela, ce film est un exercice formel épouvantable et obsène. Et de fait il est à craindre que ce film crée une manière de précédent, un inutile précédent.

      De même pendant le film de nombreux plans m’ont effectivement fait penser à la technique des jeux vidéo, il y a quelque chose de l’ordre de l’Auschwitz interactif qui est absolument insupportable. Je viens de relire Sortir du noir de Didi-Hubermann, apparement, en voyant le film et en écrivant à son propos, on peut se demander si son sens critique était branché.