Les invités de Mediapart | Le Club de Mediapart

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  • En soutien à Divya Dwivedi et Shaj Mohan

    Les philosophes indiens Divya Dwivedi et Shaj Mohan sont actuellement ciblés par les nationalistes hindous. Ils payent « leur engagement extraordinaire en faveur de la justice, de l’égalité et des libertés politiques des peuples du monde entier ». Un ensemble d’intellectuel·les, dont Étienne Balibar, Slavoj Žižek, Georges Didi-Huberman ou Barbara Cassin, leur apportent du soutien. Ils et elles alertent sur les « harcèlements », et « l’atmosphère suffocante d’intimidation et les menaces physiques auxquelles ils sont confrontés ».
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/041122/en-soutien-divya-dwivedi-et-shaj-mohan

    https://chng.it/NZ2BFGc5Hv

  • Leur sobriété et la nôtre | Tribune | 04.07.22

    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/040722/leur-sobriete-et-la-notre

    faites ce que je dis, pas ce que je fais

    Les 400 puits de pétrole et le gigantesque oléoduc entre l’Ouganda et la Tanzanie qui composent le projet EACOP menacent d’émettre 34 millions de tonnes équivalent CO2 par an. Petit ordre de grandeur : la réduction d’émissions annuelle permise par une division par 2 de l’éclairage public extérieur en France ne représenterait que 0,5% de ce qu’émettra EACOP. Alors peut-être est-il temps de fermer le robinet des pipelines avant celui du lavabo quand on se brosse les dents ?

    #Engie #Total #foutage_de_gueule

  • #Melilla, le lieu d’un #massacre#Lettre_ouverte aux députés européens

    « Nous avons passé un cap. Le massacre est sous nos yeux. Les #morts s’amoncèlent. Et il semble que ça ne compte pas. » Après les exactions de Melilla, le collectif « J’accueille l’étranger » interpelle les député·es européen·nes avec force : « Prononcez-vous fermement pour une toute autre politique d’immigration » !

    Le vendredi 24 juin 2022, à peu près deux mille personnes, depuis des jours et des jours harcelées dans les forêts autour de Gourougou par la police et la gendarmerie marocaines, ont décidé de s’organiser pour « frapper » la barrière.

    Ce n’est pas une chose nouvelle.

    Depuis qu’il y a des #barrières, il y a des gens pour les « frapper », c’est à dire pour les franchir.
    Avec ce qu’il faut pour s’accrocher et passer de l’autre côté.
    Sans l’aide de « mafias », comme on l’a suggéré ici et là, comme si cela dédouanait de toute culpabilité les Etats.
    Cherchant sa vie et ses droits, celui notamment de fuir un territoire non protecteur ou en guerre et de demander l’asile.
    Et surtout, sans menacer l’intégrité territoriale de l’Espagne, ou de l’Europe.
    L’#intégrité_territoriale de l’Espagne : le premier ministre espagnol l’évoquait déjà au moment où le Maroc laissait entrer dans les enclaves espagnoles les jeunes Marocains dont il se servait pour effrayer l’Espagne et avec elle, l’Europe. L’intégrité territoriale, c’est aussi une des questions posée lors du congrès de l’OTAN à Madrid, ce mercredi 29 juin.

    C’est une nouvelle manière de communiquer.

    La convention de Genève, qu’en France la campagne électorale a attaquée aussi, semble bien loin.
    Personne n’est en guerre contre l’Europe à la frontière sud. Le Sahel souffre de crises diverses, provoquées par la sécheresse et les changements climatiques dévastateurs. Mais le Sahel n’est pas en guerre contre l’Espagne, ni contre l’Europe.
    L’Union Européenne, avec l’aide des pays tiers, protège ses frontières.
    Que ce désir de protection-là soit une fuite en avant sans imagination et sans avenir, cela a été parfaitement argumenté.

    Que l’Union Européenne soumette les pays européens à la volonté ou au caprice des pays tiers dont elle fait ses gendarmes, cela connaît des précédents.

    Que le prix de ce désir de protection, sans imagination, sans avenir, dangereux et contreproductif, soit l’acceptation de milliers de morts, oubliés chaque année dans les déserts, au fond des mers et de l’océan, cela a été largement documenté.

    Hélas, pas assez, et pour cause : il s’agit justement de #disparitions.
    Nous, citoyens européens, qui accueillons quand l’Etat et/ou les départements ne le font pas, nous qui connaissons les jeunes qui viennent ici chercher leur vie, poussés par un élan qui ne s’analyse pas mais qui est celui de la survie, nous qui avons vu l’Europe changer, criminaliser de plus en plus l’immigration et empêcher l’asile, contrôler ses frontières extérieures puis ses frontières intérieures, créer des hot-spot, externaliser le contrôle, agir en #complicité avec les garde côtes libyens, refuser des ports aux bateaux chargés de rescapés, durcir les conditions de régularisation sur les territoires européens, nous gardions un espoir.

    Nous pensions : si les gens voyaient ce qu’on ne voit jamais, ces milliers de personnes, chaque année, disparues dans la mer et l’océan, ils se soulèveraient.
    Comment accepter, les yeux ouverts, la mort brutale et organisée de jeunes gens qui sont des frères, des pères, des fils, de jeunes gens qui sont aimés et attendus par des pères et des mères, des frères et des soeurs, des fils et des filles ?
    Nous avons passé un cap.
    Le massacre est sous nos yeux.
    Les morts s’amoncèlent.
    Et il semble que ça ne compte pas.
    Le gouvernement espagnol se déshonore en félicitant le Maroc.
    Puis en accusant les #mafias.
    Les autres gouvernements restent muets.
    En France, l’événement majeur est un entrefilet dans la revue de presse internationale, cinq jours après.
    En France, qui est partie prenante du massacre, puisque plus haut, à sa frontière, les policiers et gendarmes empêchent tout accès à son territoire, ce qui a provoqué, en un an, la mort de neuf jeunes gens, tous pour toujours pleurés par leurs pères, mères, frères et soeurs.
    Les collectifs que nous sommes s’étranglent de colère et de chagrin impuissant.
    Selon les témoins communautaires sur place, les corps sont dans trois hôpitaux. L’hôpital Hassan II de Nador, l’hôpital de Berkane, et un autre encore.
    Des chiffres circulent.
    136 morts ici, 64 là.

    Ces chiffres sont à confirmer : les responsables communautaires n’ont pas pu entrer dans les hôpitaux.
    Les journalistes ne le peuvent pas non plus.

    Mais les images et les récits en rendent le nombre avancé probable. Même si l’Europe y répond par des chiffres inférieurs, tout aussi variables. 5, 27, 45, 70 selon les médias et des témoins. Ce peu de certitude, ce peu de diligence pour enquêter immédiatement sur le nombre de morts, sur leur identité, comme le demande fermement le GISTI, ce flou entretenu, prouve à quel point le mal est fait. À quel point 5 ou 27 ou 136 ou 200, c’est du pareil au même, et à quel point, comme le dit l’archevêque émérite de Tanger, Santiago Agrelo Martínez, ce ne sont que des pauvres qui meurent : ne cherche pas à savoir combien, ne cherche pas à savoir comment.
    On voit les corps, on voit même qu’on creuse des trous dans la terre pour vite y enfouir les corps, ce qui ne veut pas dire enterrer. Frères, pères, fils de personne. Personne ne saura où leur vie s’est arrêtée. C’est l’idée d’une civilisation qui s’échoue. Elle le fait dans les eaux de la Méditerranée et de l’Atlantique, qui sont aveugles, presque jour après jour. Elle s’échoue ici, bien en vue.
    On voit, donc.
    On voit.
    Et il semble que ça ne compte pas.

    D’ailleurs, qui montre ?
    L’association pour les droits humains au Maroc, section Nador a filmé les violences, malgré les risques : on apprend, le 27 juin qu’un journaliste de El Pais est en garde à vue pour avoir voulu se rendre au cimetière.

    Quoi qu’il en soit, les policiers ont filmé, eux aussi.
    Dans leur montage, il y a un sens du suspens, on la voit de haut, de loin, cette petite foule, courant, bâtons en main, vers la barrière.

    Pour quelle raison les militaires et les policiers marocains ont-ils filmé les violences déshumanisantes, jusqu’au meurtre, dont ils se sont rendus coupables ?
    Cette question sans réponse jusque là, à peine posée, mériterait une enquête, elle aussi.
    Une image est destinée.

    À qui ? Et à quoi ?

    Une sorte d’avertissement ? Voici de quoi nous sommes capables ? Le sentiment du travail accompli ? Après tout, Pedro Sanchez l’a eu, ce sentiment, quand il a pris la parole tout de suite après le massacre. Et les policiers espagnols ont collaboré, se racontant, sans doute, dura lex sed lex, qu’il faut bien se salir les mains, que ce sont les ordres, qu’après tout les Européens votent, et qu’ici, on ne fait pas de politique. Dans une ignorance totale des traités internationaux, des droits fondamentaux, devenant violents sans le voir venir. La #banalité_du_mal hélas n’est pas réservée à un temps et un lieu.
    Mais de fait, sur la route migratoire, qu’on meure invisibles ou très visibles, on meurt toujours en silence - on disparaît.
    Et on meurt instrumentalisés.

    Nous savons très bien que les gens qui ont tenté de franchir la barrière de Melilla, cherchant à sauver leur vie comme nos enfants le feront dans quelques années, quand ils ne pourront pas supporter les 45 degrés de leur été qui durera six mois et fuiront la destruction de leur environnement, ne menacent l’intégrité de personne et au contraire, trouveront du travail dans les chantier et les champs d’une Europe en manque de main d’oeuvre. Nous savons très bien que les responsables de ces assassinats ne sont pas les réseaux de passeurs. #Nous_savons très bien que l’Europe a fait jusqu’à présent aux ressortissants des pays dont elle exploite les ressources, une #guerre_invisible. Le 24 juin, la guerre s’est exposée. Nous devons réagir à la hauteur de l’événement.

    Que l’#image serve au moins à prendre acte que la #violence_radicale est inévitable quand il s’agit de fermer radicalement une frontière, et que cela risque, à force, de ne plus secouer personne d’#indignation.

    C’est une course contre la montre que vous devez gagner. Pensant à l’Histoire telle qu’elle s’écrira au futur. Vous savez que devant elle, l’Histoire, et devant ce futur, nous avons raison. Vous aussi vous auriez préféré qu’en octobre 1961, la police française n’obéisse pas aux ordres et qu’elle ne jette pas en Seine des manifestants algériens pacifiques, ou qu’elle ne reçoive pas ses ordres-là. Qu’au mois de juillet 1942, elle n’obéisse pas aux #ordres, ou ne reçoive pas ses ordres-là qui ont permis l’envoi à la mort des juifs vivant en France.

    Il en est peut-être encore temps : lisez les nombreuses analyses que les spécialistes des circulations ont proposées, prononcez-vous fermement pour une toute autre politique d’immigration, grâce à laquelle des continents pourront à l’avenir se respecter, engagez-vous à faire preuve d’inventivité et d’imagination, loin de toutes les idéologies de la peur qui ont, hélas, en Europe, le vent en poupe.

    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/050722/melilla-le-lieu-d-un-massacre-lettre-ouverte-aux-deputes-europeens

    #tribune #responsabilité #migrations #asile #réfugiés #frontières #barrières_frontalières #murs #décès #Espagne #Maroc #responsabilité

    via @isskein

  • #Tribune. Avec ou sans papiers, les #livreurs veulent faire respecter leurs #droits

    Alors que s’ouvre ce 8 mars, le #procès de #Deliveroo pour #travail_dissimulé, des travailleurs #sans-papiers prennent la parole pour « s’associer à ces attaques en #justice ». Ils demandent « le #salariat et le #contrôle_des_données par ceux qui les produisent en pédalant, et non par ceux qui les minent depuis les ordinateurs. »

    Nous avons appris que des procès étaient en cours ou avaient eu lieu, en France et en Europe, contre #Uber, Deliveroo, #Frichti, #Stuart et d’autres. Un grand procès contre Deliveroo pour travail dissimulé s’ouvrira au printemps 2022 à Paris. Nous avons appris qu’un des enjeux de ces procès était de demander la #requalification d’#auto-entrepreneur en #salarié.

    Le travail à la tâche, le contrôle permanent des GPS et des plateformes, les temps d’attente et de déplacement non-payés, les équipements pour travailler (vélo, tenue, téléphone, électricité…) à la charge des livreurs, les baisses des revenus de livraisons, les accidents non-couverts : nous ne les acceptons pas. Des livreurs sont blessés dans des #accidents de vélo, certains sont morts, sans contrat de travail, sans protection sociale, sans indemnisation, ni couverture des frais médicaux.

    Nous avons également appris que, plus que notre force de pédalage, c’était nos données numériques qui avaient de la valeur. Nous savons que l’utilisation de ces données par les plateformes peut être jugée illégale. Nous avons lu l’article 22 du Règlement Général de Protection des Données : « La personne concernée a le droit de ne pas faire l’objet d’une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé, y compris le #profilage, produisant des effets juridiques la concernant ou l’affectant de manière significative de façon similaire ». L’#automatisation des #suppressions_de_comptes peut être et a déjà été jugée illégale en France et en Europe.

    Nous voulons nous associer à ces attaques en justice qui demandent le salariat et le contrôle des données par ceux qui les produisent en pédalant, et non par ceux qui les minent depuis les ordinateurs.

    Mais il nous faut, avant, préciser que notre situation, est à la fois liée et différente. L’#exploitation qui a cours avec les sans-papiers n’est pas qu’une intensification de l’exploitation en général. C’est aussi un autre métier que nous faisons en n’ayant aucun droit.

    Les #plateformes nous mettent en concurrence, entre ceux qui ont des papiers et ceux qui n’en ont pas. Nous sommes accusés de faire baisser les prix. Diviser pour mieux régner. Nous plaidons pour les luttes et rapports de force avec les plateformes se pensent et s’organisent entre travailleurs, avec et sans papiers.

    La situation est connue mais on préfère la rappeler :

    Une fois que tu as attendu trente minutes pour recevoir une commande, que tu sais que ton propriétaire de compte attend son argent (environ un prélèvement de 30% des revenus bruts), tu es obligé d’accepter tous les genres de commandes, la première qui arrive, même si c’est pour deux euros, même si tu ne comprends pas pourquoi ce prix dérisoire, qu’il pleut et que le client habite loin.

    Nous savons que les plateformes rétorquent que ce n’est pas de leur faute si des personnes sous-louent leurs comptes à des sans-papiers. Des voix s’élèvent pour demander des contrôles plus importants dans l’accès aux #comptes. Mais nous savons aussi que cet ordre arrange les plateformes et l’État : une main d’œuvre aussi corvéable, ça ne se trouve pas si facilement.

    Le problème est d’abord celui de la création légale de sans-papiers. Personne ne peut vivre sans droits dans ce monde, à part pour être gravement exploité.

    Dans les procès, les livreurs disent qu’ils ne sont pas leurs propres patrons, qu’il existe un #rapport_de_subordination entre eux et les plateformes.

    Dans notre cas, nous pourrions dire que nous avons cinq patrons : les sociétés des plateformes ; les clients ; les restaurants ; le propriétaire du compte ; et la Préfecture.

    Il faut vraiment savoir que tout le monde fait semblant : l’Obligation à Quitter le Territoire Français, délivré par les Préfectures, n’est pas qu’une décision qui vise à nous expulser, c’est un permis de travailler sur le vélo clandestinement. Régulièrement, nous livrons des repas aux policiers à l’hôtel de police. Pendant le confinement, nous faisons partie des seules personnes qui avaient le droit de circuler dans la ville pour livrer, nous, ceux qui avons le moins le droit de circuler par ailleurs, ou seulement pour être expulsés.

    Le 24 novembre 2021, nous, livreurs avec et sans papiers, avons fait grève tout le jour à Grenoble. Nous allons recommencer.

    Nous voulons créer des contentieux en droit du travail et aussi pour avoir accès à nos données. Les soutiens syndicaux, juridiques, sociaux, informatiques s’organisent. Nous les appelons aussi par cette tribune. Nous collectons nos propres données informatiques et les étudions : nous appelons à nous réapproprier les chiffres que les plateformes génèrent.

    Si des restaurants et des clients faisaient grève avec nous, simplement arrêter les smartphones un temps, se déplacer pour aller chercher un repas, en solidarité des revendications de transformations des conditions de travail et de régularisations, que se passerait-il ?

    Signataires :

    Laye Diakité, Pathé Diallo, Saâ Raphaël Moundekeno, Mohamed Traoré, co-auteurs.

    avec Sarah Mekdjian et Marie Moreau.

    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/080322/avec-ou-sans-papiers-les-livreurs-veulent-faire-respecter-leurs-droi

    • Nous voulons créer des contentieux en droit du travail et aussi pour avoir accès à nos données. Les soutiens syndicaux, juridiques, sociaux, informatiques s’organisent. Nous les appelons aussi par cette tribune. Nous collectons nos propres données informatiques et les étudions : nous appelons à nous réapproprier les chiffres que les plateformes génèrent.

      #data

  • Contre les comportements discriminatoires, notamment le sexisme du monde médical
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/141221/contre-les-comportements-discriminatoires-notamment-le-sexisme-du-mo
    Bizutage, pratiques humiliantes, violences obstétricales... un large ensemble d’organisations alerte sur le sexisme en milieu hospitalo-universitaire. Face à une tendance à mettre les problèmes « sous le tapis », elles demandent que soit combattu le « système oppressif, discriminatoire, et patriarcal » par des mesures concrètes dans la formation et dans la prise en charge des plaintes liées à des violences médicales.

    L’actualité récente a mis en lumière plusieurs scandales liés au milieu hospitalo-universitaire qui sont révélateurs des discriminations sexistes omniprésentes dans le milieu médical.

    Courant septembre, les agressions sexuelles d’un gynécologue de l’hôpital Tenon (Paris), ponte de l’endométriose, ont été médiatisées après la mobilisation de longue haleine de Marie-Rose Galès, patiente-experte, et du collectif "Stop VOG" (Violences Gynécologiques et Obstétricales @StopVOGfr). Malgré une avalanche de témoignages et l’ouverture d’une enquête interne (après plusieurs semaines de mobilisation), ce médecin exerce encore, notamment grâce à sa haute position hiérarchique. Durant cette affaire, il a également été révélé que les témoins de ces agressions (principalement des étudiant·e·s en médecine), ont été fortement invité·e·s à se taire.

    Quelques semaines plus tard, la presse s’est emparée du "cas" de la fresque du CHU de Toulouse de Purpan, représentant « une femme [...] à moitié nue et à quatre pattes, une autre gisant morte les jambes écartées au milieu des ordures ».

    Sexisme et « culture carabine »

    Ces dernières années, les fresques des salles de gardes des CHU ont fait scandale à plusieurs reprises dans les médias nationaux. Ces fresques sont souvent justifiées par la "culture carabine" : un ensemble de rites et pratiques propres aux étudiant-es en médecine. Son but premier serait d’aider les futurs médecins à prendre de la distance face aux situations, parfois terribles, auxquelles iels sont confronté·e·s durant leur cursus.

    Si l’initiative peut sembler justifiée aux premiers abords (on notera néanmoins que nombre de professions sont soumises à des situations difficiles sans sentir le besoin d’être oppressif), force est de constater que de nombreuses pratiques discriminatoires gravitent autour du milieu carabin. Celui-ci s’inscrit en effet dans les logiques les plus abjectes du patriarcat : domination masculine, harcèlements et agressions sexistes et sexuelles sont banalisées, sous prétexte d’un nécessaire recours à l’"humour". Malgré la loi de 1998 contre le bizutage, les soirées Médecine sont des lieux où règnent sexisme, racisme et oppressions diverses, et pendant lesquelles agressions sexuelles et viols sont fréquents. Il existe également des propos LGBTQIphobes banalisés durant les études ou dans le milieu hospitalier ; au point que les étudiant-es LGBTQ+ vivent souvent caché·e·s pour ne pas subir les moqueries ambiantes.

    Sans surprise, les patient·e·s sont évidemment victimes de ce climat de violences. Les maltraitances médicales sont courantes, et affectent tout particulièrement les femmes, premières usagères du système de soin. Parmi elles, les personnes et femmes notamment handicapées, racisées, trans, migrantes, usagères de drogues, sont d’autant plus surexposées aux violences sexistes du corps médical qu’elles sont vulnérabilisées et essentialisées par des discriminations et des systèmes d’oppressions hétéro-patriarcaux croisés renforcés en milieu médical comme le validisme, le racisme, les LGBTQI+phobie, la sérophobie, la psychophobie, la grossophobie… Il n’y a qu’à parcourir les comptes sur les réseaux sociaux de « @StopVOGfr », qui recensent les témoignages de victimes de violences gynécologiques et obstétricales, pour prendre conscience de l’ampleur et de la banalisation de ces phénomènes. Psychiatrisation des symptômes, non-respect du consentement, actes violents...

    Corporatisme et confraternité

    Les possibilités de contestations sont limitées, d’autant plus que le rapport de domination patient·e/médecin agit comme un bâillon supplémentaire à la libération de la parole des victimes. Et c’est sans compter la place du corporatisme, omniprésent dans ce milieu qui constitue un levier de silenciation des éventuel·le·s témoins. Sous couvert du principe de « confraternité », les responsables sont soutenus et couverts par leurs collègues, ce qui leur permet de continuer d’exercer en toute impunité.

    Ajoutons à cela que 25% des étudiant·e·s en médecine sont victimes de harcèlement, 4% des étudiant-e-s en médecine sont victimes d’agressions sexuelles, 60% des agresseurs étant des médecins thésés, et l’on comprend bien que l’ensemble de la formation hospitalière médicale est complice de ces pratiques. A quand un mouvement #metoo en médecine et dans les autres professions de santé ?

    Revendications

    Nous nous opposons à ce système oppressif, discriminatoire, et patriarcal qui nuit à la fois à la formation des futur·e·s médecins, aux étudiant·e·s en santé, aux soignant·e·s et aux patient·e·s.

    Ainsi, nous demandons le retrait de toutes les fresques sexistes présentes dans les hôpitaux de France.

    Nous demandons que des réformes concrètes soient instaurées dans la formation des médecins afin que celle ci ne soit plus sexiste et discriminatoire envers les étudiant·e·s et les patient·e·s.

    Nous demandons que l’interdiction du bizutage soit appliquée et la fin des pratiques "traditionnelles" humiliantes et violentes.

    Nous demandons que le processus de plaintes liées à des violences médicales soit facilité et des engagements pris. Nous demandons que de véritables sanctions soient prises contre les agresseurs, et les médecins responsables, sans mise de ces événements sous le tapis.

    Signataires :

    Organisations :

    Le CoMPAS (Collectif de Militant-es, Professionnel-les, et Acteur-rices en Santé)
    Le SNJMG (Syndicat national des jeunes médecins généralistes)
    Les Dévalideuses
    Héroï-nes 95
    Compagnie Les Attentives
    Collectif d’usager.es pour une gynécologie féministe.
    ANCRés (A nos corps résistants)
    CGT salarié.es - étudiant.es du Doubs
    CLE Autistes (Collectif pour la liberté d’expression des personnes autistes)
    Objectif autonomie
    Toutes Des Femmes
    Groupe d’Action Féministe Rouen
    Stop VOG France (stop violences obstétricales et gynécologiques)*
    Act up Paris
    Collectif AAERS - Autour de l’Adénomyose et l’Endométriose pour la Recherche Scientifique

    Personnalités

    Martin Winckler, Médecin et écrivain
    Marie-Hélène Lahaye, autrice du blog Marie accouche là

  • Tribune contre l’archarnement anti-syndical à People and baby- CNT 43
    http://www.cnt-f.org/tribune-contre-l-archarnement-anti-syndical-a-people-and-baby.html

    Tribune : Acharnement anti-syndical à People & Baby, ça suffit ! https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/061121/acharnement-antisyndical-people-baby-ca-suffit En 2010, la ville de Paris livrait à la sous-traitance plusieurs crèches à la société People & Baby dans le cadre de la (...) @Mediarezo Actualité / #Mediarezo

  • À Lyon, une politique pénale du « deux poids, deux mesures » | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/301021/lyon-une-politique-penale-du-deux-poids-deux-mesures

    Depuis le 23 septembre 2021, sept militants antifascistes lyonnais sont poursuivis par le parquet de Lyon pour une altercation avec des membres du groupe Civitas. Cette organisation catholique intégriste combat notamment le droit à l’avortement et s’inscrit dans la galaxie de l’extrême-droite française qui prend part aux marches contre le pass sanitaire pour y diffuser des discours antisémites et de haine. C’est lors d’une de ces manifestations, le 28 août dernier, que l’altercation a eu lieu.

    Le parquet, requérant le placement en détention provisoire de l’ensemble des sept militants antifascistes, a obtenu du juge des libertés et de la détention l’incarcération de quatre d’entre eux immédiatement après leur garde-à-vue, les trois autres étant soumis à un strict contrôle judiciaire.

    Dans le cadre de cette affaire, il nous paraît important de souligner plusieurs points :

    – Le parquet s’est auto-saisi de ces faits et a mené une procédure entièrement à charge contre les militants antifascistes, alors même qu’aucune plainte des supposées « victimes » (pour lesquelles aucune ITT n’aura été constatée) n’a été enregistrée. Les militants de CIVITAS n’ont quant à eux été ni convoqués, ni auditionnés pour s’expliquer sur les faits de violence. Par contre, la police les a bien contactés, sans que l’on puisse comprendre les liens entre les enquêteurs et Civitas, ni même qui a été contacté. Le parquet de Lyon, pourtant soumis au principe d’impartialité et devant veiller à ce que les investigations soient menées à charge et à décharge, apparaît n’orienter les services d’enquête que dans un sens.

    #justice #antifascisme #civitas #prison

  • Assurance chômage : le gouvernement ne peut pas se prévaloir de la science économique pour justifier sa réforme
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/081021/assurance-chomage-le-gouvernement-ne-peut-pas-se-prevaloir-de-la-sci

    Le second duo d’articles[3]cités en appui de l’argumentaire gouvernemental concerne deux documents de travail non encore publiés. Le premier prouverait selon le gouvernement que les salariés et les employeurs peuvent s’entendre sur les durées de contrats. Toutefois, le cadre d’analyse est difficilement transposable au cas de la réforme présente puisqu’il s’agit d’un mécanisme pouvant augmenter l’indemnisation chômage des salariés de plus d’un an d’ancienneté dans le cadre d’un licenciement économique. Or, le licenciement économique est une procédure très encadrée (bien plus que la signature de CDDs) dans laquelle entrent en jeu les représentants syndicaux et pour laquelle on comprend bien comment la négociation peut amener à retarder certains licenciements de salariés proches d’atteindre cette ancienneté ouvrant droit à une meilleure indemnisation. On voit mal comment une telle étude permettrait de conclure quoi que ce soit sur la faculté des salariés #précaires enchaînant les contrats courts à négocier des allongements de leurs contrats du fait de la réforme de l’assurance chômage.

    La seconde étude quant à elle analyse bien le passage initial de 6 mois à 4 mois de la durée de travail nécessaire pour avoir droit à l’assurance chômage (qui est une des mesures de la réforme actuelle). Toutefois, la réforme en question a eu lieu en 2009, en réponse à la crise économique, dans un contexte où celle-ci a accéléré une chute de la durée des contrats, et notamment ceux de moins d’un mois. La réforme s’inscrit donc dans cette évolution, et ne peut être considérée comme la cause de la diminution de la durée des contrats à durée déterminée (#CDD). De plus, les personnes principalement concernées par les modifications du calcul du salaire journalier sont des personnes enchaînant des contrats bien plus courts que 4 mois, parfois des contrats à la journée, le plus souvent de manière contrainte. On voit mal comment la baisse des CDD de 6 mois relativement aux CDD de 4 mois pendant la crise des subprimes prouve que diminuer substantiellement leur allocation de retour à l’emploi permettrait aux travailleurs enchaînant en 2021 des contrats très courts d’augmenter leur chance de trouver un emploi stable.

    #doitauchômage

  • À propos de Redon - Liberté Party
    https://archive.org/details/liberte-party

    Alors qu’a été franchi un nouveau cap dans la répression des fêtes libres lors de la free party de Redon du 18-19 juin, où un jeune a été mutilé à vie, un large collectif de musicien-ne-s et d’oeuvrier-e-s de la culture (dont moi-même) revient sur la criminalisation de la musique et de la culture populaire et lance un appel « à la multiplication des fêtes libres ».
    Publié chez les invités de Mediapart le 26 juillet 2021

    Lors de la free party du 18-19 juin à Redon, un nouveau cap a été franchi dans la répression des fêtes libres. Toutes nos pensées vont aux victimes de cette répression féroce, et particulièrement au jeune homme mutilé à vie. Mais pour saisir la pleine mesure de l’événement, il faut encore rapporter la violence physique qui s’y est déchaînée à son contexte et sa signification. Et ne pas négliger la portée des symboles.

    Cette free party était organisée en hommage à Steve Maia Caniço, tué deux ans auparavant par une charge de police lors d’une précédente free party, le 21 juin 2019 à Nantes. C’est précisément cette fête commémorative qui a été choisie pour frapper les corps et les esprits. En ces temps de radicalisation assumée du pouvoir policier, il est permis de supposer que la violence inouïe déployée contre les teufeurs à Redon constitue volontairement, du côté policier, une sorte plus sinistre de commémoration anniversaire des événements de 2019.
    /.../
    Plus que jamais, nous défendrons la musique, les voies de traverse, les portes de sortie – et en particulier les free parties passées, présentes et à venir.
    Moins que jamais nous ne voulons revendiquer l’utilité de nos pratiques artistiques pour le maintien d’une « cohésion sociale » qui prend de plus en plus ouvertement la forme d’une terreur généralisée.

    Nous appelons à la multiplication des fêtes libres, et y prendrons part.
    Comme le disait un fameux morceau des Spiral Tribe :
    YOU MIGHT STOP THE PARTY, BUT YOU CAN’T STOP THE FUTURE !
    (Vous pouvez peut-être arrêter la fête, mais vous ne pouvez pas arrêter le futur)

    Lire le texte complet, enrichi de liens et la liste des signataires : http://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/260721/propos-de-redon-liberte-party

    FREE PARTY – La Nuit des Meutes : « Appel à l’union résistante et festive contre la répression »
    Puisque la « free party est une grande famille », celle-ci revendique de « rester soudée coûte que coûte pour ne pas laisser le gouvernement l’éradiquer » dans un communiqué. C’est rassemblé sous cette bannière morale et intègre que le mouvement underground de la musique électronique, actif depuis plus de 30 ans, se rallie à un week-end de festivité globale le 31 juillet 2021 sur tout le territoire français.
    Lire la suite : https://mouvanceslibres.org/2021/06/29/free-party-la-nuit-des-meutes-appel-a-lunion-resistance-festive-con

    Faire un don à Fonds de Soutien Juridique des Sons / Association pour la defense des Sound System : https://www.helloasso.com/associations/fonds-de-soutien-juridique-des-sons

    Photo d’illustration : @val_k ~ ValK.
    "FREE ! Sticker niché dans un poteau de béton citadin."
    Nantes, 25 juillet 2021.

    ¤ autres photos : vu.fr/valkphotos
    (i) infos : twitter.com/valkphotos
    ¿ audios : frama.link/karacole
    ☆ oripeaux : frama.link/kolavalk
    ◇ rdv locaux : 44.demosphere.net
    ♤ me soutenir : liberapay.com/ValK

    #audio/opensource_audio #repression

  • Violence et harcèlement dans le monde du travail : la jeunesse dit stop !
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/210721/violence-et-harcelement-dans-le-monde-du-travail-la-jeunesse-dit-sto
    « Ratification minimaliste pour un Président qui se dit féministe. » Si le 22 juillet, les parlementaires discuteront du projet de loi de ratification de la Convention 190 de l’Organisation Internationale du Travail sur la violence et le harcèlement, le système juridique français « est complaisant au harcèlement et à l’invisibilisation du vécu d’1 femme sur 3 », fustigent étudiant·e·s, stagiaires, alternant·e·s, futur·e·s salarié·es et entrepreneur·ses. Ils et elles se rassemblent le 21 juillet devant l’Assemblée. « Les travailleur·euses et la jeunesse du pays vous regardent » !

    En France, 1 femme sur 3 a déjà été harcelée ou agressée sexuellement sur son lieu de travail. Les femmes lesbiennes ou bisexuelles sont deux fois plus harcelées ou agressées sexuellement sur leur lieu de travail que les personnes hétérosexuelles. Les personnes en situation de handicap, migrantes, ou vulnérables sont plus souvent victimes de harcèlement et de violences : pourtant, aucune mesure spécifique ne les protège. En 2019, au moins 146 femmes (152 selon #NousToutes) ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire : pourtant, le droit du travail n’accompagne pas les personnes victimes de violences conjugales.

    Quand il se félicite de la création d’emplois en France, Emmanuel Macron a-t-il conscience des conditions qui les accompagnent ? Elisabeth Borne se rend-elle compte qu’en acceptant une offre d’emploi, les françaises s’exposent au risque de faire partie de ces statistiques ?

    Ce 22 juillet, les parlementaires discutent du projet de loi de ratification de la Convention 190 de l’Organisation Internationale du Travail sur la violence et le harcèlement. Si nous saluons la décision du gouvernement de ratifier une Convention que l’on sait ambitieuse et nécessaire pour faire évoluer le monde du travail, nous lui demandons de ne pas s’en tenir à des mots ni à des effets d’annonce. ONGs, syndicats, militant·es, tous·tes s’accordent à dire qu’il n’y aura pas d’évolution majeure sans changement du droit français. Car aujourd’hui, c’est bel et bien le système juridique français qui est complaisant au harcèlement, aux agressions et à l’invisibilisation du vécu d’1 femme sur 3. Pourtant, à l’agenda de ce gouvernement, rien de tel de prévu. Rien.

  • #Redon : la préfecture a empêché les pompiers de secourir les blessés
    30 juin 2021 - Par Pascale Pascariello | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300621/redon-la-prefecture-empeche-les-pompiers-de-secourir-les-blesses

    Lors de la free party organisée à Redon les 18 et 19 juin, les gendarmes ont gravement blessé des teufeurs, dont un a eu la main arrachée par une grenade. Les pompiers, qui auraient pu intervenir pour secourir des jeunes dans un état sanitaire dramatique, en ont été empêchés par la préfecture.

    « J’ai honte d’être pompier. Un jeune risquait de mourir. Nous le savions. Mais nous ne pouvions pas intervenir. » Lors de la free party qui s’est déroulée les 18 et 19 juin à Redon (Ille-et-Vilaine), un jeune homme de 22 ans a perdu sa main. D’autres ont été gravement blessés. Mais, selon les documents et témoignages recueillis par Mediapart, la préfecture a bloqué les pompiers à l’entrée du site. Mettant ainsi des vies en danger.

    Cette nuit-là, responsable de la mise en œuvre des secours, la préfecture motive son refus par le fait qu’aucun plan d’évacuation des blessés n’a été anticipé, et que l’accès au site n’est donc pas sécurisé pour les pompiers. L’argument révèle un très haut niveau d’amateurisme dans la préparation de l’événement, un manque de discernement évident dans l’appréciation de la gravité de la situation. Mais aussi une bonne part de mauvaise foi selon le même pompier, bouleversé : « Quand il s’agissait d’aller chercher des gendarmes blessés à l’intérieur, il n’y avait pas de problème, d’autres gendarmes nous escortaient. »

    Ce n’est que le lendemain, le 19 juin, aux alentours de 18 heures, que les pompiers auront accès directement au site afin de secourir des jeunes dont deux, signalés comme « urgence absolue », et « plusieurs tombés à l’eau ». /.../

    #violences_policieres #maintien_de_l'ordre #mutilation #crime_d'etat

    • /.../

      Dans la nuit du 18 au 19, 400 gendarmes mobilisés pour empêcher une fête qui n’a pas été autorisée font face à des jeunes venus rendre hommage à Steve, décédé deux ans plus tôt lors de la fête de la musique après une intervention policière. « À partir de minuit, nous avons commencé à recevoir de nombreux appels de jeunes qui étaient sous les tirs de grenades lacrymogènes », nous confie un pompier. « Certains étaient pris de panique, d’autres suffoquaient », poursuit-il.

      « Nous suivions ce qu’il se passait sur les réseaux sociaux. Cela en dit long sur notre absence d’information », précise un autre secouriste.

      À 2 h 45, les pompiers reçoivent un appel pour « un blessé main arrachée par grenade ». Il s’agit d’une « urgence vitale ». Quatorze minutes plus tard, le camion des pompiers arrive à quelques centaines de mètres du site, mais privé d’accès sécurisé, il reste immobilisé sur un rond-point.

      À l’entrée du site sont aussi bloqués depuis minuit deux responsables de l’association Techno+, Ombline Pimond et Sébastien Petit. Près de l’ancien hippodrome, ils suivent à distance la situation de gendarmes qui tentent d’empêcher l’organisation de la fête.

      « Depuis 1995, nous intervenons notamment sur les free parties et les raves. Nous sommes une association reconnue par le ministère de la santé et notre mission consiste à réduire les risques liés aux pratiques festives, à la prise de drogue ou d’alcool. » Cette fois, l’accès leur est donc refusé par les gendarmes. « Nous avons appelé la préfecture du Morbihan, département voisin qui était initialement prévu pour l’organisation d’une free party. Nous avons alors demandé à être mis en contact avec une personne de la préfecture d’Ille-et-Vilaine et nous avons également appelé l’Agence régionale de santé [ARS]. »

      Quels ordres a donnés la préfecture ? En tout cas, elle a interdit l’accès aux pompiers pour secourir les jeunes

      Sébastien Petit, un des responsables de l’association Techno+

      Il est 2 h 33 lorsque la personne d’astreinte à l’ARS décroche et découvre alors la situation. « “Je vais appeler la préfecture”, nous a-t-elle dit. Elle n’avait été informée ni de la free party ni de l’intervention des gendarmes », explique Ombline Pimond.

      Alors que les forces de l’ordre intensifient les tirs de LBD, de grenades lacrymogènes, de grenades de désencerclement et de type GM2L (à composition pyrotechnique), les volontaires de Techno+ restent toujours bloqués.

      Quand la situation de la main arrachée se confirme, les gendarmes ne permettent toujours pas aux pompiers d’accéder au site pour secourir le jeune mutilé. Ils laissent passer l’association pour qu’elle aille chercher le blessé. « Quels ordres a donnés la préfecture ? En tout cas, elle a interdit l’accès aux pompiers pour secourir les jeunes, selon l’un des responsables de Techno+, Sébastien Petit. C’est une hérésie de nous avoir demandé d’aller le secourir compte tenu de l’extrême gravité de sa blessure », déplore-t-il.

      « Tout le monde à ce moment-là autour de nous parlait de cette mutilation. Je ne parvenais pas à imaginer que ce soit possible », rapporte la présidente de Techno+, Ombline Pimond, qui tient cependant à préciser : « Si certains volontaires se forment aux premiers secours, nous ne sommes pas des secouristes. Nous n’intervenons que dans des fêtes et nous ne sommes absolument pas formés à ce genre de blessures ni pour intervenir au milieu de tirs de grenades. »

      À tel point que seuls dix d’entre eux décident d’aller sur la zone des tirs. « Je suis la seule infirmière de l’association sur le site à ce moment-là, donc je n’ai pas hésité, bien sûr. Mais je devais également protéger les autres volontaires de l’association. C’est pourquoi nous avons formé un petit groupe plus aguerri pour aller secourir les jeunes. »

      J’ai regardé hélas vers le bas de son bras, en lambeaux. C’était hyper choquant. Une mutilation de guerre que je n’oublierai jamais

      Thomas, 30 ans, venu en aide au jeune mutilé

      Le problème est qu’au milieu des gaz lacrymogènes, sans être guidés et sans expérience, les bénévoles de Techno+ ne trouvent pas le jeune mutilé.

      Au même moment, Thomas∗, un ingénieur du son de 30 ans venu de Toulouse avec son amie pour faire la fête, se retrouve coincé à bord de son camion, en file indienne derrière d’autres véhicules, sur un petit chemin menant vers l’entrée de l’hippodrome, à quelques dizaines de mètres des tirs des gendarmes.

      « L’air était irrespirable. On y voyait presque rien. » Après avoir mis à l’abri son amie dans la cour d’une ferme, Thomas retourne près de son camion. « Il y a toute ma vie dedans. Depuis le Covid, nous y habitons avec mon amie pour des raisons financières. » Après des tirs incessants de grenades lacrymogènes, « d’autres à fortes détonations explosaient à intervalles réguliers. J’attendais que ça passe avec la boule au ventre. C’était effrayant. »

      Il retrouve Armel∗, un de ses amis, et ensemble ils patientent alors près du camion. Lorsqu’il entend soudain « quelqu’un hurler “Ne regardez pas” ». Il voit deux personnes en train de soutenir un « jeune qui semblait en état de choc, sonné ,et j’ai regardé hélas vers le bas de son bras, en lambeaux. C’était hyper choquant. Une mutilation de guerre que je n’oublierai jamais. »

      Près de l’ancien hippodrome, à Redon, dans la nuit du 18 au 19 juin 2021. © DR Près de l’ancien hippodrome, à Redon, dans la nuit du 18 au 19 juin 2021. © DR

      « Au cours de la soirée, certains disaient que les pompiers ne pouvaient pas venir », précise-t-il. Thomas et Armel décident donc de dégager un chemin pour que le véhicule à bord duquel le jeune homme a été installé puisse rejoindre au plus vite la route. « Certains avaient quitté leur voiture en laissant les clefs sur le contact. On en a profité. D’autres non, et nous les poussions à la main. Mais tout m’a semblé rapide, peut-être parce que nous étions dans un état d’une telle urgence que rien d’autre ne semblait exister. »

      Anéanti, Thomas est aujourd’hui encore traumatisé. « Comment peut-on arriver à perdre autant d’humanité ? Détruire une vie pour interdire une fête alors que nous n’étions pas une menace... »

      Heureusement, une jeune femme a réussi à conduire le jeune homme mutilé à l’hôpital. Les pompiers l’apprennent à 3 h 30. « C’était un soulagement mais qui n’efface pas la colère », nous raconte un pompier. À 3 h 48, Sébastien de Techno+ échange à nouveau avec l’Agence régionale de santé sur la situation dangereuse et sur le besoin de faire venir des secours.

      Aux alentours de 4 heures, les volontaires de l’association prennent en charge un premier blessé. Une jeune fille qui a reçu des éclats de grenade à la cheville. « Aidée par une de ses amies, elle a quitté les lieux en empruntant un chemin dans les ronces. Depuis, nous l’avons eue au téléphone. Elle nous a expliqué s’être rendue aux urgences par ses propres moyens. Elle a eu un traumatisme de la malléole et une infection de la jambe due à sa prise en charge tardive », déplore Ombline.

      À 4 h 8, les pompiers reçoivent un appel d’un « gendarme blessé » léger. Deux minutes plus tard, il est pris en charge, et conduit à l’hôpital où il est admis vers 4 h 30. Lorsque les gendarmes sont pris en charge, l’ambulance est parfois « encadrée par un groupe d’intervention de gendarmerie spécialisé dans la récupération des GD [gendarmes] blessés », précisent les pompiers.

      Jeune homme blessé, ancien hippodrome de Redon, 19 juin 2021. © Association Techno + Jeune homme blessé, ancien hippodrome de Redon, 19 juin 2021. © Association Techno +
      Vers 6 heures, « alors que le jour se levait, la situation a commencé à s’apaiser et nous avons pu arriver vers une autre partie du site, un autre champ où nous avons pu commencer à souffler », explique la présidente de Techno+.

      L’association monte alors une tente pour continuer de venir en aide aux jeunes, mais « il fallait une unité de soins avec des secours ». L’infirmière doit soigner une personne qui « semble avoir reçu un tir de LBD entre les deux yeux. Là encore, ce sont ses amis qui l’ont évacuée. »

      À 7 h 29, puis à 8 h 28 et encore à 9 h 36, l’association réclame à nouveau à l’ARS des équipes de secours. En vain. Pourtant, à 8 h 25, les pompiers sont intervenus. Mais c’était, de nouveau, pour venir soigner un gendarme dont l’état ne nécessitera pas son évacuation.

      Vers 9 h 40, les pompiers s’apprêtent à envoyer des équipes. Ils prévoient de mettre en place un poste médical avancé (PMA) mais aussi, « en prévision d’interventions des forces de l’ordre », ils préparent 3 bateaux ainsi que des plongeurs « pour la fin d’après-midi ».

      Mais à 12 h 12, toujours rien. La présidente de Techno+ demande des précisions au sous-préfet Jacques Ranchère. « “Il faut qu’on s’organise”, m’a-t-il dit. »

      À 16 heures, alors que la rumeur d’une nouvelle charge des gendarmes s’amplifie, la présidente de l’association interroge de nouveau le sous-préfet et l’alerte sur les dangers que représente une telle opération, certains jeunes étant alors épuisés, alcoolisés et « le site étant en bordure de rivière ». Mais il la rassure et « lui garantit qu’aucune charge n’est prévue », rapporte-t-elle. Les pompiers, eux, s’y préparent depuis le matin.
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      Et effectivement, vers 17 heures, des tirs de grenades lacrymogènes recommencent. Une jeune femme reçoit des éclats de grenade au visage. Cette fois sur place, les pompiers la prennent en charge vers 18 h 30 ainsi que « cinq raveurs dont deux en urgence absolue » et « plusieurs personnes tombées à l’eau ». Dix gendarmes seront également pris en charge, « classés urgence relative ».

      Mediapart a pu consulter des documents de secouristes d’Ille-et-Vilaine ainsi que les alertes lancées à la préfecture et à l’Agence régionale de santé (ARS) par l’association de prévention Techno+. Difficile de savoir combien de jeunes ont été blessés puisqu’ils sont nombreux à avoir dû se débrouiller par leurs propres moyens comme ça a été le cas pour le jeune homme dont la main a été arrachée.

      L’association Techno+ a cependant réalisé un premier bilan qui chiffre à 22 le nombre de jeunes auxquels elle a pu apporter les premiers soins. Deux étaient en état de détresse psychologique et vingt autres blessés. Parmi les blessures, l’association a notamment relevé une joue transpercée et une mâchoire touchée par des éclats de grenade, des traumatismes, certainement causés par des tirs de lanceurs de balle de défense (LBD), notamment au front. Sur ces 22 blessés, seuls quatre ont pu être pris en charge par les pompiers, entrés sur le site le 19 juin, vers 18 heures.

      L’un des pompiers que nous avons interrogé reste encore choqué par cette soirée. « Nous ne pouvions pas nous engager en tant que pompiers dans cette zone. C’était trop dangereux. Mais la préfecture comme la gendarmerie n’ont pas réfléchi à la mise en danger qu’ils faisaient courir à ces jeunes. C’est si inquiétant de voir cela. Ce sont nos enfants. »

      « J’ai eu l’impression d’être isolée et enfermée en criant à l’aide sans être vraiment entendue », explique Ombline, qui déplore que le ministère de la santé ne l’ait pas rappelée « alors qu’il nous soutient et nous finance ».
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      Contactée par Mediapart, la préfecture d’Ille-et-Vilaine déclare qu’« à 1 h 51, un chef de groupe, un infirmier et une ambulance ainsi qu’un engin-pompe étaient sur place. Des moyens supplémentaires ont été engagés à plusieurs reprises au cours de la nuit pour prendre en charge des victimes, dont certaines s’étaient entre-temps rendues à l’hôpital par leurs propres moyens ». Mais la préfecture n’apporte aucune réponse concernant l’absence de plan d’évacuation des blessés ou d’accès sécurisé pour les pompiers.

      Elle ne livre pas plus d’explications sur l’absence de prise en charge de nombreux blessés, parmi lesquels le jeune homme mutilé.

    • Mais la préfecture comme la gendarmerie n’ont pas réfléchi à la mise en danger qu’ils faisaient courir à ces jeunes. C’est si inquiétant de voir cela. Ce sont nos enfants.

      La gendarmerie a au contraitre tres bien reflechit et elle sais très bien ce qu’elle fait lorsqu’elle pousse dans l’eau les fêtards qui commémorent la noyade de Steve Caniço. Elle sais aussi tres bien ce qu’elle fait lorsqu’elle arrache la main d’une personne et la prive de soins. Elle sait aussi tres bien ce qu’elle fait lorsqu’elle tire des grenades entre les yeux des gamins...

      On est au stade de l’homicide prémédité et de sa tentative car les gendarmes savent parfaitement que leurs méthodes tuent puisqu’ils ont deja tué Steve Caniço comme cela et ils recommence dans le but de tuer des jeunes teufeurs le jour de la mémoire du dernier jeune qu’ils ont assassinés par noyade. Ce jour là donc ils s’efforce de noyer d’autres jeunes et c’est par une récidive de tentative de meurtre qu’ils fetent le dernier meurtre qu’ils ont commis avec exactement le meme mode opératoire. Le préfet aurais déjà du être incarcéré pour homicide et tentative d’homicide, il est en récidive et sera surement récompensé pour cette tentative de meurtre de masse des jeunes teufeurs par noyade.

      En Macronie les gendarmes sont payés par nos impôts pour amputé et noyé vos enfants, les préfets sont des assassins multirécidivistes et le gouvernement leur distribue les primes si ils mutilent des enfants.

    • Autre complément : l’Asso Techno+ met à disposition de toute personne, victimes, avocats, médias, curieux·ses, le témoignage collectif des 43 volontaires de l’association de santé communautaire et de réduction des risques lors du #teknival de #Redon du 19 juin 2021.
      >> 43 volontaires témoignent
      >> Déroulement heure par heure des évènements depuis l’intérieur de la nasse policière
      >> Liste des 22 victimes prises en charge par l’association

      https://technoplus.org/fete-libre/repression-teuf/6703-teknival-de-redon-du-19-juin-2021-techno-temoigne

    • « J’ai honte d’être pompier. Un jeune risquait de mourir. Nous le savions. Mais nous ne pouvions pas intervenir. »

      Je ne suis pas pompier mais je suis né à Redon et je connais bien ce pays. Le pays de r’don où y’a des marrons dans la gueule qui se perdent. J’ai honte d’être français et j’en peu plus de cette république en mocassins.

    • https://seenthis.net/messages/921023

      D’après ton expérience et avec le recul dont tu disposes, que penses-tu des évènements qui viennent de se dérouler à Redon, où les gendarmes et les CRS semblent avoir déployé un niveau de violence rare face à une « rave party » illégale ? Quelle est ta réaction ? Que peux-tu nous en dire par rapport à ce que tu as pu vivre, notamment dans les années 1990 ?

      Bonne question, ce regain de répression en cours est vraiment inédit. À la grande époque des interdictions dans les années 1990, nous n’avons pas vécu ce niveau de violence, ces charges policières, ce gazage massif, des destructions de matériel et de murs de sons. À l’époque, on se contentait d’une saisie. Et tout cela pour un évènement qui commémorait justement la mort d’un raver à Nantes, dans des circonstances peu flatteuses pour les autorités. Qu’est-ce que le jeune raver étudiant, qui cherche à occuper ses week-ends avec ses potes, peut représenter comme danger potentiel pour l’ordre public ? Est-ce que ça nécessite des interventions dignes des manifestations les plus réprimées, comme s’il s’agissait de terroristes ou de casseurs des blacks blocs ?

      Les priorités de ce ministère de l’intérieur m’échappent, cela va de pair avec leur déni flagrant à l’encontre des scènes musicales pendant la pandémie, clubs en tête. Les conditions qui sont accordées aux festivals, cet été, sont tellement draconiennes qu’elles remettent en cause leur seuil de rentabilité et la tenue de fêtes où l’on peut danser. On peut dire ce que l’on veut des gouvernements conservateurs de Grande-Bretagne ou d’Allemagne, mais ils sont moins féroces avec la fête, les jeunes et les concerts.

      Il y a quelques années, nous n’aurions pas imaginer qu’on puisse mourir noyé ou avoir sa main arrachée parce qu’on a voulu transgresser des lois qui sont systématiquement transgressées depuis des années au moment de la fête de la musique. En plus, toutes les études réalisées de Barcelone à Liverpool, ont démontré qu’aucun cluster ne s’est développé pendant ces évènements. Donc, la répression qui est en cours est parfaitement inique, tenant du délit de faciès, d’un racisme anti-jeune et dans le rejet de cette contre-culture qui, j’en suis convaincu , est une sous-culture rebelle a leurs yeux.

      Je n’ai aucun souvenirs de blessés lors des premiers #teknivals, tout au plus quelques gardes à vue et des saisies de matériel.

    • https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/redon-polemique-autour-de-la-rave-les-pompiers-empeches
      (dsl, @val_k, je te l’ai piqué sur ta TL chez Gazouillis-Land)

      Suite à la rave party de Redon, qui s’est tenue les 18 et 19 juin dernier, les polémiques ne cessent d’enfler sur la violence de l’intervention des forces de l’ordre. Médiapart publie un article avec les témoignages de pompiers, affirmant avoir été empêchés d’intervenir. La préfecture dément.

      Le préfet « dément » prétend qu’il fallait « neutraliser le son » :
      https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rave-party-de-redon-pour-le-prefet-il-fallait-neutralis

      Huit murs de son fracassés

      « A priori, le préfet préfère avoir des gens mutilés que des gens qui s’amusent » s’énerve un teufeur sur une vidéo de l’évacuation qu’il a postée sur Twitter.

      Les sonos ont été brisées à coup de masse. « Il fallait neutraliser le son », répète le préfet, « c’était la seule solution pour faire cesser la rave. »

      (Le rêve de tout préfet qui se respecte : faire cesser les « raves »)

    • rave party à Redon. Matériel détruit, violences… Les teufeurs annoncent des dépôts de plaintes.
      https://www.ouest-france.fr/bretagne/redon-35600/rave-party-a-redon-materiel-detruit-violences-les-teufeurs-annoncent-de

      Ce mardi 6 juillet, des participants à la rave de Redon et associations en soutien, ont indiqué que des plaintes allaient être déposées, notamment auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme, pour le matériel détruit et les violences, lors des affrontements avec les forces de l’ordre, le 18 juin. Un jeune homme avait eu la main arrachée. « L’association Freeform a saisi l’IGGN (Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale) concernant la destruction du matériel, avec pour objectif une saisine de l’IGA (Inspection générale de l’administration). »

      l’IGGN étant la cousine de l’IGPN, il ne faut pas en attendre grand chose. Vu la récente déclaration du procureur de Rennes sur l’heure de la mort de Steve Maia Caniço, deux ans plus tôt. Ce que tout le monde savait déjà.
      https://www.amnesty.fr/presse/blesse-grave-a-redon-amnesty-international-france

    • Une tribune par un large collectif de musicien-ne-s et d’oeuvrier-e-s de la culture (dont moi-même) revient sur la criminalisation de la musique et de la culture populaire et lance un appel « à la multiplication des fêtes libres ».
      Publié chez les invités de Mediapart le 26 juillet 2021 https://seenthis.net/messages/924156
      lien direct : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/260721/propos-de-redon-liberte-party

  • Ne « soutenons » pas les artistes, rémunérons les travailleuses et travailleurs de l’art !
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/110521/ne-soutenons-pas-les-artistes-remunerons-les-travailleuses-et-travai

    Afin de « faire sortir les travailleur·euses de l’art de la précarité et de la dépendance à des dispositifs de soutien », quatre collectifs et syndicats proposent un ensemble de mesures concrètes, dont l’obtention d’un statut qui reconnaisse le travail dans toutes ses dimensions. Pour « desserrer l’emprise des logiques marchandes sur les vies des travailleur·euses de l’art », ils appellent à un changement des structures économiques.

    Cette tribune propose des solutions concrètes visant à faire sortir les travailleur·euses de l’art de la précarité et de la dépendance à des dispositifs de soutien. Cela passe par l’obtention d’un statut qui reconnaisse le travail dans toutes ses dimensions.

    Pourquoi parler de travailleur·euses de l’art ?

    Ce terme de « travailleur·euses », inhabituel dans le champ de l’art, permet de reconnaître la dimension universelle de la production d’une valeur non réductible aux processus de marchandisation capitaliste. Toute activité produit une valeur d’usage et est de ce fait légitime à obtenir une reconnaissance sociale et des droits afférents. Pris dans ce sens élargi, ce terme de « travailleur·euses » permet d’échapper à la position de demandeur·euses d’aides ou de subventions, comme si le travail réalisé ne produisait rien par lui-même.

    Aides d’urgences, pour qui ?

    Le monde de l’art d’avant la crise sanitaire était déjà économiquement invivable pour une majorité de personnes qui y travaillent. L’absence de droits protecteurs et les inégalités de revenus sont particulièrement fortes dans le champ de l’art, au point qu’il peut être considéré comme figure de proue du néolibéralisme. La crise du Covid n’a fait qu’accroître ces inégalités et les rendre plus visibles.

    Cette absence de reconnaissance d’une partie des activités artistiques et la faiblesse des rémunérations condamnent beaucoup d’artistes à une polyactivité subie. Affirmer que nous sommes tous·tes producteur·ices de valeurs économiques permettrait de refuser ce bricolage institutionnel délétère entre différents statuts (artistes-auteur, auto-entrepreneurs, CDD, etc...) n’offrant pas les mêmes droits. Ne plus séparer arbitrairement les activités dites principales des activités dites accessoires permettrait également d’échapper à cette hiérarchisation qui n’est pas en accord avec la diversité du travail dans le champ de l’art. L’écriture d’un texte, l’accrochage d’une œuvre, la présentation du travail, l’organisation d’un atelier ou la médiation sont des activités tout aussi légitimes que la création.

    Les dispositifs de soutien actuel étant fondés sur une définition limitante du travail, ils ne font que perpétuer les inégalités préexistantes, aussi bien économiques, sociales, que symboliques. À titre d’exemple, les acquisitions publiques du CNAP et des différents Frac en 2019 concernent à peine 400 artistes alors que la MDA recense 62 645 artistes-auteur·ices. De la même façon, seulement 2% des artistes-auteur·ices potentiellement éligibles au fond de solidarité pour les TPE en bénéficient.

    Indépendant·es ultra dépendant·es :

    L’activité des travailleur·euses de l’art est soumise à des logiques marchandes (vente d’œuvres, vente de prestations, etc.) et à des mécanismes de compensation (bourses, appels à projets, prix, résidences, etc.), ce qui engendre une concurrence permanente entre les individus. La reconnaissance du travail dépend du bon vouloir de certaines institutions qui disposent ainsi d’un pouvoir de vie et de mort sociale exorbitant. Dans ce cadre, penser qu’il suffit de financer les institutions pour "soutenir" les artistes relève d’une théorie du ruissellement qui a tout d’une fiction économique. Enfin, la naturalisation de la notion de talent individuel permet de faire accepter cette logique du « tous contre tous » par ceu·lles-là mêmes qui la subissent.

    Augmenter le budget des institutions et rémunérer tous·tes les travailleur·ses de l’art :

    Il ne faut pas opposer de façon manichéenne les travailleur·euses et les institutions de la culture, lesquelles sont diverses et pour beaucoup dans un rapport de dépendance à des financements publics largement insuffisants. Repenser le niveau et les modalités d’attribution des financements publics (en particulier la tarification à l’activité) n’est pas contradictoire avec la mise en place d’un statut décent pour tous·tes les travailleur·euses de l’art. Il n’existe pas, en effet, d’activité de création sans dispositifs de monstration, et les travailleur·euses de l’art ont aussi intérêt à un secteur culturel démocratique et bien financé. Mais, les institutions ne peuvent jouer leur rôle d’accueillir et de diffuser des pratiques artistiques sur un territoire qu’à condition de s’engager à faire de l’art un milieu viable pour les personnes qui y travaillent. Autrement dit, oui, les institutions artistiques doivent être mieux financées, mais à condition de repenser un fonctionnement du champ de l’art qui permettrait d’obtenir une meilleure répartition des pouvoirs et des revenus.

    C’est ainsi qu’il est possible d’envisager :

    • Un statut permettant d’assurer la continuité des revenus pour les artistes-auteur·ices et les travailleur·euses indépendant·es du secteur artistique malgré la discontinuité des engagements, et ainsi de desserrer l’emprise des logiques marchandes sur les vies des travailleur·euses de l’art. Concrètement, pour les artistes-auteur·ices, ce nouveau droit pourrait être justifié par une cotisation symbolique des intéressé·es (2 % du bénéfice, par exemple) et par une augmentation de la contribution diffuseur à hauteur de la part employeur de la cotisation chômage (soit 1,1 % + 4,05 % = 5,15 %). Si les diffuseur·euses souhaitent “soutenir les artistes”, l’un des moyens les plus efficaces serait de verser du salaire socialisé à la caisse d’assurance-chômage.

    • Une entrée dans ce statut à partir d’un seuil d’affiliation bas : 3000 euros par an, avec la possibilité de cumuler tous les revenus artistiques (activités principales et accessoires), pour un minimum de rémunération de 1500 € / mois. En 2018, le Ministère de la Culture nous apprenait que 75 % des artistes-auteur·ices perçoivent des revenus inférieurs à 5000 euros par an. Ce qui montre la nécessité d’instaurer un seuil d’entrée bas pour que le plus grand nombre de travailleur·euses bénéficient également des droits attachés à ces revenus, à savoir l’assurance-maladie et un droit à la retraite.

    • Une augmentation des tarifs de rémunération pour les commandes, ateliers, articles, conférences, traductions, droits d’expositions, médiation, etc. : ce qui permettrait d’accéder plus facilement au seuil d’entrée dans ce statut. On ne peut pas vivre en cumulant 150 € par-ci par-là, ni même atteindre le seuil d’entrée des 3000 € par an. Il faut arrêter de « préconiser » l’augmentation des rémunérations (différents collectifs / syndicats témoignent que beaucoup de diffuseur·euses n’appliquent pas ces préconisations), et par exemple mettre en place une conditionnalité des subventions aux institutions qui appliqueraient les tarifs recommandés par les collectifs et syndicats d’artistes-auteur·ices. Pour les grilles tarifaires, le mieux est souvent de se référer aux associations professionnelles et organismes comme Réseau Astre, DCA, le CNAP pour l’art contemporain ; la charte des auteurs jeunesse ; l’ATLF pour l’édition ; L’Œuvrière pour le montage d’exposition. Une autre possibilité serait d’imaginer un affichage clair des budgets des structures et d’envisager une rémunération au prorata de ceux-ci. Il faut que ces conditions soient réévaluées et généralisées pour tous les domaines de la création, ce qui permettrait d’envisager un statut général de travailleur·euses de l’art, de la même façon qu’après-guerre le taux unique de cotisation a permis de créer une sécurité sociale universelle.

    Ces réflexions sur le statut de l’activité, qui permettraient d’autres modes de rémunération et de meilleurs droits, sont portées par une partie de plus en plus importante des acteur·ices du champ de l’art (les artistes, les syndicats d’artistes-auteur·ices, les curateur·ices, les personnes travaillant dans la médiation culturelle, les collectifs d’accrocheur·euses, graphistes...). Elles reposent sur le même principe d’une reconnaissance pleine et entière de la qualité de travailleur·euses, à même de fonder un champ de production culturelle plus ouvert, démocratique et diversifié. Un tel changement des structures économiques constituerait également une contribution décisive pour lutter contre les autres formes de discrimination qui y prennent appui, qu’elles soient raciales, de sexe, de genre, d’orientation sexuelle ou validiste.

    Signataires :

    La Buse
    Le STAA
    Le SNAP CGT
    L’Œuvrière

    Pour signer, c’est ici.
    https://framaforms.org/ne-soutenons-pas-les-artistes-remunerons-les-travailleurses-de-lart-1618

  • Une fois de plus le droit de légitime défense est refusé aux femmes !

    Anaëlle est une jeune femme de 26 ans, déscolarisée à 15 ans, en situation de prostitution depuis ses 17 ans.

    Rappelons que le droit applicable définit le fait de recourir à la prostitution d’autrui, comme une violence sexuelle (loi 2016) et comme une atteinte portée à la dignité Humaine de l’autre (Convention des Nations-Unies de 1949).

    Un de ses « clients réguliers » était un homme de 52 ans. Cet homme l’a violée le 16 août 2017 avec un sextoy. Pour s’arracher à ce viol qu’elle était en train de subir, Anaëlle a saisi un couteau et a porté plusieurs coups, dont son client décèdera. Se défendre était nécessaire et légitime. Ce droit lui sera pourtant refusé par la justice.

    Vulnérable, exploitée, elle est poursuivie pour meurtre. À l’issue d’un procès d’une rare violence, elle vient d’être condamnée dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 mai à dix ans de prison par la Cour d’assises de l’Ain.

    Il est indubitable que la situation de prostitution d’Anaëlle a influencé la cruauté de ce verdict. Y aurait-il un régime dérogatoire pour les femmes les plus vulnérables, contre qui tout est possible ? L’argent exonère-t-il du crime de viol ? La domination masculine est-elle fondée en droit ?

    La justice a commis une faute lourde car Anaëlle est victime.

    Rappelons les obligations qui s’imposent à l’institution judiciaire s’agissant des victimes de viols : Le droit international, la Cour Européenne des Droits de l’Homme notamment, est clair : le viol est un « acte grave, qui met en jeu des valeurs fondamentales et des aspects essentiels de la vie privée ». La CEDH oblige les institutions judiciaires des Etats à protéger les femmes et tout particulièrement les personnes vulnérables.

    Un viol est un crime, « un viol c’est un meurtre psychique » pour reprendre les termes de Gisèle Halimi.

    Le droit international impose également aux juges d’interpréter la loi à la lumière des connaissances actuelles dont la société dispose sur les réactions et les conséquences traumatiques des viols sur les victimes.

    Les juges doivent connaître et maîtriser la victimologie, les notions de trauma, de dissociation, de décorporalisation notamment. C’est leur travail. Un procès d’assises n’est pas un comptoir de bar tabac ! Ils ne peuvent se faire les porte-voix d’idéologies sexistes et de faux savoir arriérés sans commettre une faute lourde et engager la responsabilité de l’Etat.

    L’obligation positive de ne pas faire subir aux femmes victimes de violences de « victimisation secondaire » lors des procédures emporte des conséquences très claires.

    Or, dans cette affaire le droit a été bafoué !

    L’avocat général, qui représente le peuple, l’intérêt de la société, a commis une faute lourde en tenant ces propos inacceptables : « Dire qu’elle est violée sauvagement et faire l’amour trois jours après… » : pour l’avocat général, son comportement signerait un « cynisme incompatible avec son récit victimaire ».

    Une telle méconnaissance de la question est effrayante et honteuse en 2021, alors que toute la société depuis 5 ans ne parle que de ça et que de gros progrès ont été faits en victimologie et dans la compréhension de ces faits par les spécialistes depuis plus longtemps encore !

    Alors que la Convention d’Istanbul qui date de 2011 apporte des éclairages scientifiques sur les conséquences des viols, alors que la jurisprudence de la CEDH mais aussi de la Cour de Cassation le précisent clairement depuis plus de dix ans.

    Près de 50 % des crimes jugés aux assises sont des viols, et il existe encore des magistrats incompétents sur ces questions.

    Dans quel monde vivons-nous pour que de tels propos soient tenus dans l’enceinte d’un lieu où la justice est supposée s’exercer pour défendre les faibles et les victimes ?

    Le sens de cette décision est inacceptable et surtout contraire à tous les droits : Les femmes doivent-elles laisser les hommes les violer ?

    Nous demandons au Ministère Public, de présenter des excuses à Anaëlle pour ces propos innommables et qui couvrent de honte la Justice.

    Nous exigeons que le Parquet général se désolidarise et forme appel de cette décision afin de requérir l’acquittement d’Anaëlle qui est victime dans cette affaire. Il a 10 jours pour le faire à compter de la date de la décision, soit jusqu’au 16 mai : il y a urgence !

    La légitime défense est un droit naturel et imprescriptible. Ce droit ne saurait être interdit aux femmes contre les violences masculines.

    Nous demandons à Monsieur Éric Dupond-Moretti de condamner ces propos de l’Avocat général, et de respecter les obligations de formation initiale et continue des magistrats et des experts à la victimologie et à la traumatologie, pour que de tels propos ne soient plus jamais entendus dans une cour d’assises ou ailleurs !

    Anaëlle a été contrainte de se défendre contre l’homme qui la violait en le tuant. Elle est victime. Elle doit être protégée et respectée.

    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/080521/une-fois-de-plus-le-droit-de-legitime-defense-est-refuse-aux-femmes

    #prostitution #misogynie #putophobie #viol #culture_du_viol #injustice #légitime_défense

  • « Quand il n’y a plus d’égalité possible, il reste la protection factice de l’ordre. Quand il n’y a plus de république ni de démocratie, il reste la soumission devant le képi »
    http://www.regards.fr/politique/societe/article/lettre-des-generaux-un-texte-seditieux-qui-menace-la-republique

    La lettre des généraux publiée par Valeurs actuelles n’a, pour le moment, pas suscité de réaction de l’Élysée. Pourtant, à travers ce texte séditieux, c’est bien la République qui est visée. Et menacée.

    60 ans jour pour jour après le putsch raté d’Alger, une vingtaine de généraux à la retraite, et un millier de militaires, prennent la plume pour « un retour de l’honneur de nos gouvernants ». Le choix de la date vaut en lui-même message et alerte.

  • Deux historiens relaxés face à Philippe de Villiers | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/120421/deux-historiens-relaxes-face-philippe-de-villiers

    William Blanc et Christophe Naudin, deux historiens médiévistes attaqués pour diffamation par Philippe de Villiers et l’Association pour la mise en valeur du Château et du pays du Puy du Fou, en 2016, suite à une tribune où ils avaient émis des doutes sur l’authenticité de l’anneau de Jeanne d’Arc racheté par Philippe de Villiers et analysé l’instrumentalisation du mythe de la Pucelle d’Orléans, ont été relaxés. Ils appellent à la création d’un «  vaste service public de l’histoire  ».

    #histoire (réactionnaire) #historicité #recherche_historique #preuve_scientifique vs #propagande_patriotique

  • La tribune qui a conduit à la démission de Muriel Pénicaud | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/220321/la-tribune-qui-conduit-la-demission-de-muriel-penicaud


    Niki de Saint Phalle, I woke up last night , 1994
    https://awarewomenartists.com

    En quelques jours, 260 signataires d’une tribune se mobilisent pour exiger la démission de #Muriel_Pénicaud à la présidence d’AWARE, association dont l’objectif est la valorisation de la place des femmes dans l’histoire de l’art. « Nous souhaitons empêcher ces phénomènes d’instrumentalisation politique, de précarisation et de monopolisation de nos terrains de lutte, de recherche et de savoir » protestaient-ils. Informée de l’imminence de la publication, M. Pénicaud a démissionné.