Comment sortir de la haine : grand entretien avec Jacques Rancière | Camp

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  • Comment sortir de la haine : grand entretien avec Jacques Rancière | Camp - Volant

    https://campvolant.com/2016/02/09/comment-sortir-de-la-haine-grand-entretien-avec-jacques-ranciere

    signalé par Isabelle Avran (que je remercie)

    Le philosophe Jacques Rancière revient sur les causes des dérives identitaires de type religieux que connaît la France. Une catastrophe qui doit être combattue par la politique. Entretien.

    L’OBS. Un an après Charlie, deux mois après l’attaque du Bataclan, comment voyez-vous l’état de la société française ? Sommes-nous en guerre ?
    Jacques Rancière. Le discours officiel dit que nous sommes en guerre puisqu’une puissance hostile nous fait la guerre. Les attentats commis en France sont interprétés comme les opérations de détachements exécutant chez nous des actes de guerre pour le compte de l’ennemi. La question est de savoir quel est cet ennemi.
    Le gouvernement a opté pour la logique bushienne d’une guerre à la fois totale (on vise la destruction de l’ennemi) et circonscrite à une cible précise, l’État islamique. Mais, selon une autre réponse, relayée par certains intellectuels, c’est l’islam qui nous a déclaré la guerre et met en oeuvre un plan mondial pour imposer sa loi sur la planète.Ces deux logiques se rejoignent dans la mesure
    où, dans son combat contre Daech, le gouvernement doit mobiliser un sentiment national, qui est un sentiment antimusulman et antiimmigré. Le mot « guerre » dit cette conjonction.
    Qu’est-ce que Daech ? Un Etat ? Une organisation terroriste ? Dans les deux cas, n’est-il pas légitime de le combattre ?

    #rancière #haine #communautarisme

  • Comment sortir de la haine : grand entretien avec #Jacques_Rancière (07-02-2016)
    http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160202.OBS3834/comment-sortir-de-la-haine-grand-entretien-avec-jacques-ranciere

    Le pouvoir d’attraction du djihadisme sur certains jeunes, y compris n’ayant aucun lien avec l’islam, est interprété par certains analystes comme le symptôme d’un Occident qui aurait liquidé toute possibilité d’absolu. N’est-il pas temps de réinventer des idéaux ?

    La ruine des idéaux est un vieux thème déjà présent dans le « Manifeste du Parti communiste ». La bourgeoisie, disait Marx, « a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

    Dans La Haine de la démocratie, je montrais comment c’est devenu un thème réactionnaire et stigmatisant. On a dépeint les jeunes des banlieues comme étant à la fois victimes du nihilisme de la consommation marchande et manipulés par les islamistes au nom des valeurs spirituelles.

    Ces analyses, partant de la ruine capitaliste des idéaux pour arriver aux crimes fanatiques, ouvrent, entre leur cadre explicatif trop large et son point d’application précis, un vide qui est rempli par la haine et la stigmatisation.

    Et puis je ne crois pas que nous manquions d’idéaux. Nous sommes entourés de gens qui veulent sauver la planète, partent soigner des blessés aux quatre coins du monde, servent des repas aux réfugiés et se battent pour rendre vie aux quartiers déshérités.

    Il y a beaucoup plus de gens qui se dévouent aujourd’hui qu’à mon époque. Nous ne manquons pas d’idéaux, nous manquons de subjectivations collectives. Un idéal, c’est ce qui incite des gens à s’occuper des autres. Une subjectivation collective, c’est ce qui fait que tous ces gens, ensemble, constituent un peuple.

    https://campvolant.com/2016/02/09/comment-sortir-de-la-haine-grand-entretien-avec-jacques-ranciere