A l’encontre

http://alencontre.org

  • Une facette de la guerre menée par Israël à Gaza. Enquête
    Par Amira Hass. 22 Mai 2024. traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/une-facette-de-la-guerre-menee-par-israel-a-gaza-enquete.html
    source : https://www.haaretz.com/israel-news/2024-05-22/ty-article/.premium/contact-us-or-well-say-you-reported-your-neighbors-to-hamas/0000018f-9fc0-d8f6-a3ef-9feceaf20000

    L’armée israélienne a commencé à publier des photos et des détails d’identification sur des habitants de la bande de Gaza qui, selon elle, ont espionné d’autres habitants de Gaza pour le compte de l’appareil de sécurité du Hamas, menaçant de continuer à publier les détails de beaucoup d’autres personnes à moins qu’elles n’appellent d’abord les Forces de défense israéliennes (FDI).

    Une source militaire a déclaré à Haaretz que l’armée israélienne avait reçu l’autorisation légale de se livrer à cette campagne d’intimidation, qui vise essentiellement à « alerter la population de Gaza et à lui montrer que le Hamas la surveille, et à mettre en évidence ce qu’il lui inflige ».

    Le service de sécurité israélien Shin Bet, a-t-on dit à Haaretz, n’est pas impliqué dans cette initiative.

    Les informations d’identification déjà publiées font partie, selon l’armée, du matériel de renseignement sur lequel Tsahal a mis la main au cours de son opération terrestre dans la bande de Gaza.

    Vendredi dernier, les FDI ont largué des brochures au-dessus des mosquées de plusieurs localités de la bande de Gaza, apparemment pendant les prières de midi. Ces brochures contiennent les photos et les numéros d’identification de 130 hommes. Selon la source militaire avec laquelle Haaretz s’est entretenu, ces hommes ont été recrutés par l’appareil de sécurité du Hamas afin d’espionner les habitants de Gaza.

    Dans le cadre de cette mission, ils ont fourni au Hamas des informations personnelles sur des membres de la base, notamment sur leurs penchants sexuels ou leurs relations sexuelles hors mariage.

    « Appelez-nous si vous ne voulez pas que votre photo apparaisse ici », peut-on lire au bas de la dernière page de la brochure, intitulée (en arabe) « The Revealer » (le dénonciateur). La partie supérieure de la même page montre une rangée de silhouettes.

    La page indique que « des centaines de milliers de rapports sur vous, les habitants de Gaza, ont été recueillis ». S’adressant directement à eux, les FDI écrivent : « Voulez-vous savoir si vous avez été espionné et si vous avez fait l’objet d’un rapport ? Allez sur le site web, entrez votre numéro d’identification et découvrez qui vous a dénoncé. »

    Deux pages internes contiennent, ligne après ligne, des photos, des noms et des numéros d’identification. Les FDI donnent également un code-barres qui renvoie à un site web où l’on peut trouver des informations sur une personne spécifique. A côté du code-barres, on peut lire : « Collaborateur de la sécurité générale [du Hamas] ! Avez-vous découvert si votre numéro d’identification figure sur le site web ? Nous allons bientôt révéler vos coordonnées à tout le monde. Vous pouvez encore vous sauver – appelez-nous. » (...)

  • – A l’encontre
    « Attachés, les yeux bandés, en couche-culotte : des lanceurs d’alerte israéliens décrivent les mauvais traitements infligés aux Palestiniens dans un centre de détention dissimulé »

    Par les équipes d’enquêtes internationales de CNN

    [Nous publions ci-dessous des extraits d’une remarquable enquête de la chaîne états-unienne CNN diffusée le vendredi soir, heure européenne, le 10 mai 2024. La version anglaise (Etats-Unis) complète avec illustrations et vidéos, mise à jour le 11 mai à 7h52, est disponible en ligne : https://edition.cnn.com/2024/05/10/middleeast/israel-sde-teiman-detention-whistleblowers-intl-cmd/index.html ]

    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/haaretz-decrit-le-choix-des-fdi-et-la-tragedie-des-evacues.html

    Sde Teiman, Israël CNN – […] CNN s’est entretenue avec trois lanceurs d’alerte israéliens qui ont travaillé au camp du désert de Sde Teiman (Néguev), où sont détenus des Palestiniens suite à l’invasion israélienne de la bande de Gaza. Tous se sont exprimés au risque de subir des retombées juridiques et des représailles de la part de milieux soutenant la politique intransigeante d’Israël à Gaza.

    Ils dépeignent un établissement où les médecins amputent parfois les membres des prisonniers en raison des blessures causées par le port constant de menottes, où encore les interventions médicales sont parfois effectuées par des médecins sous-qualifiés, ce qui lui vaut la réputation d’être « un paradis pour les internes », et où l’air est empli de l’odeur des plaies négligées et laissées à l’abandon.

    D’après les récits, l’installation située à environ 18 miles de la frontière de Gaza est divisée en deux parties : des enclos où environ 70 détenus palestiniens de Gaza sont soumis à des contraintes physiques extrêmes, et un hôpital de campagne où les détenus blessés sont attachés à leur lit, portent des couches et sont nourris à l’aide de pailles.

    « Ils les ont dépouillés de tout ce qui pouvait ressembler à des êtres humains », a déclaré un lanceur d’alerte qui travaillait comme infirmier à l’hôpital de campagne de l’établissement.

    « (Les passages à tabac) n’étaient pas destinés à recueillir des renseignements. Ils l’ont été par vengeance », a déclaré un autre lanceur d’alerte. « C’était une punition pour ce qu’ils (les Palestiniens) ont fait le 7 octobre et une punition pour leur comportement dans le camp. » […] (...)

    #Torture

  • « L’enfer est le même, que ce soit ici, à Rafah ou à Gaza City »
    Par Amira Hass – Article publié par Haaretz le 8 mai 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre -
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/lenfer-est-le-meme-que-ce-soit-ici-a-rafah-ou-a-gaza-city.html
    https://www.haaretz.com/middle-east-news/palestinians/2024-05-08/ty-article-magazine/.premium/for-displaced-gazans-leaving-rafah-is-moving-from-one-hell-to-another/0000018f-5411-d348-a7bf-f6b95e5a0000

    Selon des rapports palestiniens, 22 Palestiniens, dont huit enfants, y compris des bébés, ont été tués par des bombes et des obus israéliens dans l’est de Rafah dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 mai. Sur son site Internet, l’agence de presse Wafa a publié une vidéo montrant des mères en pleurs faisant un dernier adieu à leurs enfants, qui étaient enveloppés dans un tissu blanc.

    En Israël, le bombardement a été présenté comme une réponse aux tirs de roquette en provenance de la bande de Gaza, qui ont tué quatre soldats israéliens et en ont blessé dix. Les habitants de Rafah n’ont pas considéré que le bombardement était une réponse à la mort des soldats ou qu’il visait la source des tirs de mortier. Il s’agissait d’une vengeance et de la préparation d’une invasion terrestre israélienne.

    Le bombardement a également été perçu comme un ordre donné aux habitants de quitter leurs maisons – le même message que les tracts largués par les avions israéliens au-dessus de la zone ou les messages vocaux et textuels envoyés sur les téléphones par des numéros inconnus. Le terme très neutre d’« évacuation » ne traduit pas une fraction de l’effroi, de la rage et de l’épuisement que ressentent les habitants de Rafah, à l’extrémité sud de la bande de Gaza. (...)

  • Palestine. « Les attaques planifiées de colons en Cisjordanie visent à détruire des maisons, à terroriser les habitants et à les expulser »
    Par Amira Hass – Article paru dans Haaretz, le 2 mai 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre https://www.haaretz.com/israel-news/2024-05-02/ty-article-magazine/.premium/this-wasnt-an-uncontrolled-mob-of-settlers-it-was-a-well-orchestrated-assault/0000018f-2e31-d8fb-a1df-af77d3770000
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/palestine-les-attaques-planifiees-de-colons-en-cisjordanie-visent-a-detr

    Les habitants du village d’Al-Mughayyir, [gouvernorat de Ramallah] en Cisjordanie, qui ont été attaqués par des colons il y a près de trois semaines, ont eu l’impression qu’il ne s’agissait pas d’une foule non contrôlée. Au contraire, les assaillants étaient bien organisés, avec une division du travail et une planification préalable.

    Les colons envahisseurs se sont divisés en plusieurs unités qui ont opéré simultanément dans plusieurs quartiers, selon les résidents. Chaque unité s’est ensuite divisée en plusieurs petites équipes. L’une était chargée de lancer des pierres sur les fenêtres des voitures et des maisons ; une autre se livrait à des incendies criminels ; une troisième, composée principalement de jeunes garçons, ramassait les pierres et les remettait aux lanceurs ; et une quatrième, relativement importante, était composée d’hommes armés qui se déployaient dans toute la zone.

    *

    Treize maisons ont été incendiées le week-end des 12 et 13 avril, ainsi que des dizaines de voitures. Les habitants ont remarqué que les envahisseurs n’utilisaient pas de briquets ou d’allumettes, qui prennent du temps pour allumer un feu et ne produisent pas de résultats garantis. Ils n’ont pas non plus utilisé de cocktails Molotov, qui ne s’enflamment pas toujours.

    Au lieu de cela, selon les témoins, ils ont utilisé un objet rond ressemblant à une petite grenade lacrymogène. Un membre de l’équipe d’incendiaires le jetait sur le siège d’une voiture, dont la vitre avait été brisée auparavant par une autre équipe, ou dans une maison ou sur un balcon. L’objet alors se consumait, ce qui le rend inidentifiable. Au bout de 30 secondes au maximum – le temps pour l’équipe incendiaire de s’enfuir – un gigantesque incendie se déclare.

    Les témoins supposent que l’objet rond était muni d’une sorte de clapet de sécurité que l’agresseur débloquait avant de le lancer, tout en prenant soin de viser des matériaux inflammables comme le tissu. Une colonne de fumée noire s’élevait de chaque maison et de chaque voiture incendiée. Les habitants d’Al-Mughayyir ont déclaré que les flammes ne faisaient que croître lorsqu’ils essayaient d’éteindre le feu avec de l’eau. Une source liée aux services de renseignement a déclaré que l’armée ne connaissait pas ce type d’engin.

    *

    Ce week-end-là, celui au cours duquel l’adolescent Binyamin Ahimeir [le jeune colon, berger, âgé de 14 ans] a été assassiné près de l’avant-poste de Malakhei Shalom (« anges de la paix »), à l’est d’Al-Mughayyir, plus de 60 attaques de colons ont été recensées dans toute la Cisjordanie, certaines plus graves que d’autres. Au cours des deux semaines qui ont suivi, 50 autres attaques ont été recensées. Quatre Palestiniens ont été tués au cours de ces attaques, dont au moins trois par des civils israéliens et non par des soldats.

    Par conséquent, la description d’une seule attaque de colons – donc des civils israéliens – contre des Palestiniens n’est qu’un minuscule échantillon de la réalité quotidienne vécue par des dizaines de villages et des milliers de Palestiniens.

    L’attaque décrite ci-dessous, qui a visé les familles de trois frères de la famille élargie Bishara, vivant dans trois maisons distinctes, n’a pas duré plus de 10 minutes, selon leurs estimations. Mais à l’époque, il leur a semblé qu’elle avait duré au moins deux heures. Deux semaines plus tard, 30 membres de la famille revivent encore cette attaque. (...)

    #Cisjordanie

  • Israël-Palestine. « Un Palestinien libéré d’une prison israélienne décrit les coups, les abus sexuels et la torture qu’il a subis »
    Par Gideon Levy | Haaretz le 28 avril 2024, illustration par Alex Levac ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/israel-palestine-un-palestinien-libere-dune-prison-israelienne-decrit-le
    source : https://www.haaretz.com/israel-news/twilight-zone/2024-04-28/ty-article-magazine/.premium/palestinian-released-from-israeli-prison-describes-beatings-sexual-abuse-and-torture/0000018f-15e9-d2e1-a7df-15efb6590000

    Amer Abu Halil – un habitant de la Cisjordanie qui était actif au sein du Hamas et a été emprisonné sans procès – se souvient de la vie de tous les instants du temps de guerre qu’il a endurée dans la prison israélienne de Ketziot.
    (...)
    Au cours de sa dernière peine, il a travaillé comme cuisinier dans l’aile du de la prison « réservée » au Hamas. Le jeudi précédant l’éclatement de la guerre, il a envisagé de préparer des falafels pour les 60 détenus de l’aile, mais il a décidé de les reporter au samedi. Le vendredi, il prononce le sermon de la prière de l’après-midi et parle d’espoir. Le samedi, il s’est réveillé à 6 heures du matin pour préparer les falafels. Mais les détenus n’étaient plus autorisés à préparer leur propre nourriture ou à prononcer des sermons. Peu après, le Canal 13 israélien a diffusé des images de camionnettes du Hamas traversant Sderot [ville du sud d’Israël voisine de Gaza], et un barrage de roquettes tirées depuis Gaza s’est abattu sur la zone de la prison, située au nord de Jérusalem, en Cisjordanie. Les prisonniers ont dit « Allahu akbar » – « Dieu est le plus grand » – en guise de bénédiction. Ils se sont cachés sous leur lit pour échapper aux roquettes ; pendant un moment, ils ont cru qu’Israël avait été conquis.

    Vers midi, les gardiens de la prison sont arrivés et ont saisi tous les téléviseurs, radios et téléphones portables qui avaient été introduits clandestinement. Le lendemain matin, ils n’ont pas ouvert les portes des cellules. Les entraves, les coups et les mauvais traitements ont commencé le 9 octobre. Le 15 octobre, des forces de sécurité importantes sont entrées dans la prison et ont confisqué tous les objets personnels qui se trouvaient dans les cellules, y compris les montres et même la bague qu’Abu Halil portait et qui avait appartenu à son défunt père. Cela a marqué le début de 192 jours pendant lesquels il n’a pas pu changer de vêtements. Sa cellule, qui devait accueillir cinq détenus, en comptait 20, puis 15 et, plus tard, 10. La plupart d’entre eux dormaient à même le sol.

    Le 26 octobre, d’importantes forces de l’unité Keter [Unité de réponse rapide] de l’administration pénitentiaire, une unité d’intervention tactique, accompagnées de chiens, dont l’un était déchaîné, ont fait irruption dans la prison. Les gardiens et les chiens se sont déchaînés, attaquant les détenus dont les cris ont plongé toute la prison dans la terreur, se souvient Abu Halil. Les murs ont rapidement été couverts du sang des détenus. « Vous êtes le Hamas, vous êtes ISIS (Daech), vous avez violé, assassiné, enlevé et maintenant votre heure est venue », a déclaré un gardien aux prisonniers. Les coups qui ont suivi ont été brutaux, les détenus étaient enchaînés.

    Les coups sont devenus quotidiens. De temps en temps, les gardiens demandaient aux prisonniers d’embrasser un drapeau israélien et de déclamer « Am Yisrael Chai », « Le peuple d’Israël vit ». – « Le peuple d’Israël vit ». Ils leur ordonnaient également de maudire le prophète Mahomet. L’appel habituel à la prière dans les cellules a été interdit. Les prisonniers avaient peur de prononcer un mot commençant par le son « h », de peur que les gardiens ne les soupçonnent d’avoir dit « Hamas ».
    (...)
    Mais le pire est encore à venir. Le 5 novembre. C’était un dimanche après-midi, se souvient-il. L’administration a décidé de déplacer les prisonniers du Hamas du bloc 5 au bloc 6. Les détenus des cellules 10, 11 et 12 ont reçu l’ordre de sortir, les mains liées dans le dos et la posture habituelle : courbés. Cinq gardiens, dont Abu Halil donne les noms, les ont emmenés à la cuisine. Ils ont de nouveau été déshabillés. Cette fois, ils ont reçu des coups de pied dans les testicules. Les gardiens s’élançaient vers eux et leur donnaient des coups de pied, s’élançaient et leur donnaient des coups de pied, encore et encore. Une brutalité ininterrompue pendant 25 minutes. Les gardes proclamaient : « Nous sommes Bruce Lee. » Ils les ont secoués et poussés comme des ballons d’un coin à l’autre de la pièce, puis les ont déplacés vers leurs nouvelles cellules dans le bloc 6.

    Les gardiens ont affirmé avoir entendu Abu Halil prononcer une prière au nom de Gaza. Dans la soirée, l’unité Keter est entrée dans sa cellule et a commencé à battre tout le monde, y compris Ibrahim al-Zir, 51 ans, de Bethléem, qui est toujours en prison. L’un de ses yeux a presque été arraché sous les coups. Les prisonniers ont ensuite été contraints de s’allonger sur le sol et les gardiens les ont piétinés. Abu Halil a perdu connaissance. Deux jours plus tard, une nouvelle série de coups lui a été assénée et il s’est à nouveau évanoui. Les gardiens lui ont dit : « C’est votre deuxième Nakba », en référence à la catastrophe vécue par les Palestiniens au moment de la création d’Israël. L’un des gardes a frappé Abu Halil à la tête avec un casque.

    Entre le 15 et le 18 novembre, ils ont été battus trois fois par jour. Le 18 novembre, les gardes ont demandé lequel d’entre eux était du Hamas, mais personne n’a répondu. Les coups n’ont pas tardé à pleuvoir. Ensuite, on leur a demandé : « Qui est Bassam ici ? » Là encore, personne n’a répondu, car aucun d’entre eux ne s’appelait Bassam – et l’unité Keter a de nouveau été appelée. Ils sont venus le soir même. Abu Halil raconte que cette fois-ci, il s’est évanoui de peur avant d’être battu.

    A la même époque, Tair Abu Asab, un prisonnier de 38 ans, est mort à la prison de Ketziot. On soupçonne qu’il a été battu à mort par des gardiens parce qu’il refusait de baisser la tête comme on le lui ordonnait. Dix-neuf gardiens, soupçonnés d’avoir attaqué Abu Asab, ont été placés en détention pour interrogatoire. Ils ont tous été relâchés sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux.(...)

  • Israël-Palestine. « De la rivière à la mer, Israël mène la même guerre »
    Par Orly Noy, Article publié sur le site +972 le 26 avril 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    https://www.972mag.com/israel-gaza-war-apartheid-river-to-sea
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/israel-palestine-de-la-riviere-a-la-mer-israel-mene-la-meme-guerre.html

    Lors d’un entretien à propos de l’économie israélienne avec le journal économique The Marker [membre du groupe Haaretz] en 2012, Benyamin Netanyahou s’est vanté, dans ce qui est devenu depuis une sorte d’expression idiomatique, que « si vous excluez les Arabes et les ultra-orthodoxes, [Israël est] en pleine forme ». Aujourd’hui, le Premier ministre semble affiner encore ce slogan : si l’on exclut tous les peuples, nous sommes en pleine forme.

    Netanyahou n’est pas le seul à le penser. Depuis l’attaque du 7 octobre et la guerre d’anéantissement qui s’en est suivie à Gaza, la droite israélienne est euphorique. L’attaque de missiles iraniens il y a deux semaines a encore réussi à détourner notre regard de Gaza, à limiter les critiques internationales sur les crimes d’Israël et même à susciter un regain de sympathie pour l’Etat.

    Pendant un moment, les Israéliens ont pu à nouveau se regarder dans le miroir et faire semblant de voir le reflet d’une victime chérie, au lieu d’une brute indisciplinée, vengeresse et meurtrière. Pourtant, la catastrophe qu’Israël inflige à Gaza n’a pas disparu, et une intervention dans la ville de Rafah, si elle était menée à bien, ramènerait probablement les scènes d’apocalypse de Gaza à la une des journaux.

    Et lorsque l’attention mondiale reviendra, il est essentiel de ne pas tomber dans la fausse croyance, comme celle épousée par le premier ministre il y a dix ans, selon laquelle Gaza existe dans un univers parallèle, sa destruction se produisant dans le vide. Au contraire, l’assaut contre la bande de Gaza fait partie intégrante de la logique organisationnelle du régime d’apartheid israélien entre le fleuve et la mer – un régime dont de nombreux Israéliens espèrent qu’il restera en « grande forme » après la fin de la guerre. (...)

  • Quand Netanyahou se souvient de l’« holocauste des Arméniens »
    Par Vicken Cheterian – Article publié sur le site Agos le 18 avril 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/israel/quand-netanyahou-se-souvient-de-lholocauste-des-armeniens.html
    https://www.agos.com.tr/en/article/30140/when-netanyahu-remembers-the-armenian-holocaust

    Le 9 mars, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a publié sur son compte de microblog le texte suivant, que l’on peut traduire ainsi : « Israël, qui adhère aux lois de la guerre, ne recevra pas de leçons de morale de la part d’Erdogan, qui soutient les meurtriers et les violeurs de l’organisation terroriste Hamas, nie l’holocauste arménien et massacre les Kurdes dans son propre pays. »
    (...)


    La chose curieuse est qu’Israël lui-même n’a pas reconnu le génocide arménien en tant que tel. L’establishment politique israélien a lutté pendant des décennies contre la reconnaissance du génocide arménien, pour deux raisons : pour préserver l’exceptionnalité de l’Holocauste des Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale par l’Allemagne nazie, mais aussi en raison de l’alliance stratégique de longue date avec la Turquie.

    L’historien Yair Auron, dans son livre The Banality of Denial, Israel and the Armenian Genocide (Routledge, 2003), comprend très bien le discours de cet officiel israélien lorsqu’il écrit : « Au fil des ans, j’ai été troublé par un sentiment de malaise oppressant et par la critique du comportement évasif, frôlant le déni, de divers gouvernements d’Israël à l’égard de la mémoire du génocide arménien. »

    Israël n’est pas seulement un gouvernement négationniste en ce qui concerne le génocide des Arméniens. Il est également un participant actif dans les récentes guerres que l’Azerbaïdjan a lancées, avec l’aide de la Turquie, contre l’Arménie et les Arméniens du Haut-Karabakh. Israël a activement armé l’Azerbaïdjan avec des armes de haute technologie, permettant à l’Azerbaïdjan en 2020 de percer les défenses du Haut-Karabakh. Juste avant la « solution finale » azerbaïdjanaise du Haut-Karabakh en septembre 2023, 92 vols cargo ont transporté des armes et des munitions des bases militaires israéliennes vers l’Azerbaïdjan. En juillet 2023, deux mois avant l’assaut, Yoav Gallant, ministre israélien de la Défense, s’est rendu en Azerbaïdjan pour faire l’éloge de la collaboration militaire entre les deux pays.

    Israël a non seulement participé à la négation du génocide arménien dans le passé, mais a également pris une part active au nettoyage ethnique des Arméniens du Haut-Karabakh.(...)

  • Le massacre de Gaza sape la culture de la démocratie
    Par Enzo Traverso – Jacobin le 6 avril 2024 - traduction rédaction A l’Encontre
    source : https://jacobin.com/2024/04/gaza-genocide-holocaust-memory-democracy
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/le-massacre-de-gaza-sape-la-culture-de-la-democratie.html

    (...) Israël viole le droit international depuis des décennies et perpètre aujourd’hui un génocide à Gaza avec des armes fournies par les Etats-Unis et plusieurs pays européens. Ces puissances occidentales pourraient arrêter la guerre en quelques jours, mais elles sont incapables de refuser leur soutien à un gouvernement corrompu, d’extrême droite, composé de criminels de guerre, car ce gouvernement fait partie d’elles-mêmes, alors elles se contentent de recommandations et d’appels à la modération.

    Tous les grands médias occidentaux ont endossé sans réserve un récit sioniste qui célèbre sans vergogne l’histoire des uns et ignore ou nie celle des autres. En Europe et aux Etats-Unis, comme l’a fait remarquer Saïd, Israël n’est jamais traité comme un Etat, mais plutôt comme « une idée ou un talisman quelconque », intériorisé pour légitimer les pires abus au nom de principes moraux élevés.

    Des décennies d’occupation militaire, de harcèlement et de violence apparaissent ainsi comme l’autodéfense d’un Etat menacé, et la résistance palestinienne comme une manifestation de haine antisémite. Réinterprétée dans une perspective orientaliste, l’histoire juive se déroule comme un long martyre dans l’attente d’une rédemption bien méritée, et les Palestiniens deviennent un peuple sans histoire.

    Raison d’Etat

    Les étudiants pro-palestiniens sont dépeints comme des antisémites enragés dans la plupart des médias grand public. Dans plusieurs universités états-uniennes, ils ont été mis sur liste noire ou menacés de sanctions en raison de leur participation à des manifestations contre le génocide de Gaza. En Allemagne [interview d’Emily Dische-Becker, dans Jacobin le 23 mars 2024] et en Italie, des rassemblements ont été brutalement réprimés, tandis que le premier ministre français Gabriel Attal a annoncé des mesures sévères contre des militants pro-palestiniens.

    La mémoire de l’Holocauste est rituellement célébrée comme une religion civile dans l’Union européenne, et la défense d’Israël est devenue, comme Angela Merkel et Olaf Scholz l’ont affirmé à plusieurs reprises, la « Staatsraison » de la République fédérale d’Allemagne (RFA). Aujourd’hui, l’Allemagne invoque cette mémoire pour justifier le massacre des Palestiniens à Gaza. Après le 7 octobre, le pays est traversé par une atmosphère de chasse aux sorcières contre toute forme de solidarité avec la Palestine.

    Mais l’Allemagne n’est que l’expression paroxystique d’une tendance plus large. Cela explique pourquoi, notamment aux Etats-Unis, de nombreux Juifs ont élevé la voix pour dire « pas en mon nom ».

    Les références à la « raison d’Etat » sont à la fois curieuses et révélatrices d’un aveu implicite d’ambiguïté morale et politique. Comme le savent tous les spécialistes de la théorie politique, ce concept rappelle les côtés sombres et cachés du pouvoir politique. Habituellement identifiée à la pensée de Niccolo Machiavel, même si le terme lui-même n’apparaît pas dans ses écrits, la raison d’Etat signifie la transgression de la loi au nom d’impératifs supérieurs de sécurité de l’Etat.
    (...)
    Derrière la raison d’Etat , ce n’est pas la démocratie qui se profile, mais Guantanamo.
    Ainsi, lorsque la RFA soutient Israël en invoquant la Staatsraison , elle admet implicitement l’immoralité de sa politique. Aujourd’hui, le soutien inconditionnel de l’Allemagne à Israël compromet la culture, la pédagogie et la mémoire démocratiques qui se sont construites au cours de plusieurs décennies, et notamment après le « Historikerstreit » au milieu des années 1980.

    Cette politique jette une ombre sur le Mémorial de l’Holocauste qui se dresse au cœur de Berlin et qui n’apparaît plus comme l’expression d’une conscience historique tourmentée et des vertus du souvenir, mais plutôt comme un imposant symbole d’hypocrisie.
    (...)

    • 5 Questions à... Enzo Traverso | De l’usage politique de la mémoire collective de l’Holocauste
      CAREP Paris - 6 janv. 2024
      https://www.youtube.com/watch?v=iLLY7OjQZZQ

      Commémorer l’Holocauste est l’occasion de rappeler à la mémoire collective les six millions de victimes majoritairement juives de l’oppression nazie. Si la commémoration de cette mémoire invite à réfléchir aux idéologies et aux actions qui conduisent aux génocides ou à des crimes contre l’humanité, elle nous invite aussi à réfléchir de manière critique à son détournement à des fins politiques. Parce qu’elle fait appel aux émotions plutôt qu’à la raison, la mobilisation de la mémoire par des politiques s’avère une stratégie intéressante à analyser.
      Dans cet entretien, l’historien italien Enzo Traverso, spécialiste du totalitarisme et des politiques de la mémoires, revient pour nous sur les effets dévastateurs de cette instrumentalisation politique de la mémoire de l’Holocauste à l’aune du conflit israélo-palestinien.

  • Il est impossible de quantifier la souffrance à Gaza
    Par Amira Hass – Haaretz le 10 avril 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/il-est-impossible-de-quantifier-la-souffrance-a-gaza.html

    En raison des limites de l’imagination humaine (par opposition à l’imagination des fauteurs de guerre et des fabricants d’armes), et en l’absence d’un tout autre dictionnaire, il n’y a pas de véritable moyen de décrire la destruction et les pertes subies à Gaza après six mois de guerre.

    En théorie, il suffirait de visionner les centaines, voire les milliers de clips vidéo qui montrent les enfants tremblants – incapables de contrôler leurs tremblements – après les bombardements israéliens : dans les hôpitaux, dans la rue, certains d’entre eux sanglotant, d’autres incapables de prononcer un mot. Ils sont couverts de poussière et de sang. C’est un détail qui suffit à représenter le désastre. Que ceux qui aiment se venger regardent les vidéos, une par une.

    En pratique, dans un journal, les mots doivent suffire. Cela signifie qu’en raison des limites des termes, nous nous réfugions dans les chiffres. Selon l’UNICEF, à la fin du mois de janvier, 17 000 enfants « errent » dans la bande de Gaza sans être accompagnés d’un adulte. Leurs parents ont été tués, ils n’ont pas pu être extirpés des ruines. Ou bien les enfants se sont perdus lors des déplacements massifs vers le sud.

    Et c’est sans compter les 14 000 enfants (sur environ 33 000 morts recensés) qui ont été tués jusqu’à présent par les bombardements israéliens. A cela s’ajoutent des milliers d’enfants qui ont perdu des membres, souffrent de brûlures, se promènent avec des blessures qui se sont infectées en l’absence de bandages et de médicaments, et souffriront de troubles post-traumatiques pour le reste de leur vie. Quel est leur avenir ? Il est impossible de quantifier la souffrance. Est-il possible de quantifier le coût de leur traitement et de leurs besoins spécifiques, ainsi que les répercussions sur l’économie ? (...)

    https://www.haaretz.com/israel-news/2024-04-10/ty-article-magazine/.premium/numbers-that-stagger-the-imagination-theres-no-way-to-quantify-the-suffering-in-gaza/0000018e-c1db-d480-a99e-cfdf01240000

  • Les sondages pratiques quotidiens montrent que les Israéliens continuent à choisir cette guerre, même s’ils ne veulent pas de Netanyahou
    Par Amira Hass | Haaretz le 1er avril 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/les-sondages-pratiques-quotidiens-montrent-que-les-israeliens-continuent

    La plupart des Israéliens savent que Benyamin Netanyahou leur ment. La plupart soupçonnent que ses choix politiques sont motivés par des intérêts personnels et familiaux. Autrement, le Likoud sous sa direction, selon les sondages, n’obtiendrait pas seulement 18 sièges à la Knesset. Et pourtant, la plupart des Israéliens le soutiennent. Certes, contrairement à ce que nous disent les sondages et les experts.

    En effet, le sondage le plus fiable est bien celui de la participation persistante de milliers d’Israéliens à l’offensive militaire impliquant des massacres et une destruction massive à Gaza, ainsi qu’aux opérations d’oppression et d’expulsion qui se déroulent en Cisjordanie.

    La volonté inébranlable des parents d’envoyer leurs enfants tuer et être tués, blesser et être blessés – et ensuite souffrir toute leur vie de post-traumatisme – est une réponse constante et invariable dans un sondage de facto réalisé quotidiennement. Le langage édulcoré et le consensus dans les médias, ainsi que l’attachement à la croyance que la guerre est la solution, est une sorte de réponse à une question posée en filigrane : qui soutiennent-ils ?

    Les photos TikTok postées par des soldats – indiquant le manque de volonté ou l’incapacité des Forces de défense israéliennes (FDI) à stopper le flux de selfies en provenance de Gaza – montrent une bestialité arrogante dépourvue de toute inhibition de la part des soldats. Elles constituent une sorte de sondage. Les parents qui n’expriment pas de choc ou d’inquiétude sur le fait que leurs enfants, avec leurs propres smartphones, fournissent à la Cour pénale internationale des preuves à charge contre eux-mêmes sont également des sondés qui approuvent Netanyahou et sa politique militaire, même s’ils ne sont pas sondés à ce sujet et même s’ils ne votent pas pour lui.

    Les réservistes qui se déplacent entre les manifestations de la rue Kaplan [centre de Tel-Aviv] et les ruines de Gaza ou son ciel parsemé de bombardiers ou de drones prédateurs sont également des personnes interrogées dans le cadre d’un sondage, dont la réponse est sans ambiguïté. Se plaindre continuellement que le monde est antisémite est la réponse souhaitée à un sondage qui fait saliver Netanyahou tous les matins.

    Il en va de même du refus de comprendre que, contrairement à nos écrans de télévision, qui restent focalisés sur les horreurs du 7 octobre et les rapports déchirants sur ses victimes, les téléspectateurs des chaînes de télévision étrangères ont vu les horreurs des bombardements et de la famine délibérée dans la bande de Gaza au cours des six derniers mois. Ils connaissent des centaines, voire des milliers, de reportages bouleversants sur les victimes palestiniennes (...)

    https://www.haaretz.com/opinion/2024-04-01/ty-article/.premium/polls-show-that-israelis-continue-to-choose-this-war-even-if-they-dont-want-netanyahu/0000018e-98d8-d591-a5cf-9fdddf100000

  • Alors que la guerre fait rage à Gaza, la Cisjordanie s’est métamorphosée
    Gideon Levy et Alex Levac | Mar 30, 2024 | Haaretz

    Israël a saisi l’occasion pour intensifier l’occupation, avec des arrestations massives de Palestiniens, des centaines de morts, une multitude de nouveaux avant-postes et routes illégales pour les colons. Des bergers ont été expulsés de leurs maisons, des colons violents se sont déchaînés en uniforme. Le tout sous l’égide de la guerre

    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/alors-que-la-guerre-fait-rage-a-gaza-la-cisjordanie-sest-metamorphosee.h
    Article publié par Haaretz le 30 mars 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre

    Au cours des six derniers mois, la Cisjordanie occupée a connu une métamorphose. La guerre a éclaté dans la bande de Gaza, mais la « punition » infligée à la Cisjordanie pour les événements du 7 octobre n’a pas tardé. Il n’est pas nécessaire d’avoir l’œil particulièrement aiguisé pour remarquer la révolution sur le terrain. Il n’est pas nécessaire d’être particulièrement perspicace pour comprendre qu’Israël et les communautés de colons ont exploité le sombre cauchemar de la guerre pour modifier la situation en Cisjordanie : pour intensifier l’occupation, étendre les périmètres des colonies, supprimer les dernières limites dans les interactions avec la population palestinienne et les laisser se déchaîner, le tout loin des yeux du monde.

    Il est impossible de surestimer la profondeur et l’ampleur des changements intervenus en Cisjordanie au cours de ces derniers mois. La plupart d’entre eux, sinon tous, sont probablement irréversibles. La combinaison d’une guerre menée contre les Palestiniens, bien qu’à distance de la Cisjordanie, d’un gouvernement extrémiste de droite radicale dans lequel les colons occupent des positions qui leur donnent un pouvoir décisif sur l’occupation, de la montée en puissance de milices de colons armées et en uniforme et de l’indifférence générale de l’opinion publique a conduit à une nouvelle situation. Dans ces circonstances, la vulnérabilité des Palestiniens ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Cet incendie considérable fait rage, mais le regard de tous est dirigé loin de là, vers les champs de la mort entre la ville de Gaza et Rafah. Pourtant, peut-être plus encore qu’à Gaza, les répercussions de la révolution qui se déroule en Cisjordanie ne se limiteront pas à ce territoire. Elles s’infiltreront profondément dans tous les coins d’Israël.

    https://www.haaretz.com/israel-news/twilight-zone/2024-03-30/ty-article-magazine/.highlight/while-war-rages-in-gaza-the-west-bank-has-undergone-a-metamorphosis/0000018e-8d23-d9a4-a7bf-cd7b2c270000

  • Gaza. « Une punition collective qui inflige un terrible traumatisme aux femmes enceintes et à l’avenir de leurs enfants »
    Par Iman Husain | The Nation, le 21 mars 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/laune/gaza-une-punition-collective-qui-inflige-un-terrible-traumatisme-sur-les

    Diana Siam, une jeune femme de 22 ans de la ville de Gaza, s’est souvenue pour la première fois qu’elle n’avait pas eu ses règles en novembre. Elle a d’abord mis cela sur le compte de la vie sous les bombardements israéliens et de la nécessité de trouver sans cesse un nouvel endroit où vivre. Mais elle a finalement dû se rendre à l’évidence : alors qu’elle s’efforçait de s’occuper de son fils de 16 mois, elle allait avoir un autre bébé.

    Diana Siam est actuellement réfugiée dans une petite maison surpeuplée avec 20 autres personnes à Rafah, une ville du sud de Gaza, région qui compte plus de 1,5 million de Palestiniens déplacés. Elle n’a pas d’intimité, dit-elle, ni le soutien de sa mère, qui vit dans une autre zone totalement inaccessible en raison des bombardements incessants. Alors que la famine commence à s’installer, Siam et son mari ne survivent qu’avec des boîtes de conserve. Même s’ils trouvent des produits frais, ils sont si chers que le couple ne peut pas se permettre de les acheter. Siam raconte que son bébé pleure désormais « la plupart du temps » à cause de la faim, alors que son lait maternel se tarit.

    « Je me suis sentie très en colère parce que ce n’est pas le bon moment pour être enceinte », dit Siam. « Et j’ai déjà un bébé. Il sera très difficile de s’occuper de deux enfants dans cette situation. » (...)

    #génocide

  • Témoignage d’un prisonnier palestinien : « Quand les prisons israéliennes ressemblent à celle de Guantanamo »
    Par Gideon Levy et Alex Levac – Haaretz le 23 mars 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/temoignage-dun-prisonnier-palestinien-quand-les-prisons-israeliennes-res

    Munther Amira. (Crédit : Alex Levac)

    Violences, humiliations, surpopulation effroyable, cellules froides et stériles, entraves pendant des jours. Un Palestinien qui a passé trois mois en détention administrative israélienne pendant la guerre de Gaza décrit son expérience à la prison d’Ofer [prison militaire israélienne située en Cisjordanie entre Ramallah/Beituniya et Giv’at Ze’ev].

    Munther Amira a été libéré de ce « Guantanamo ». Il avait déjà été arrêté plusieurs fois par le passé, mais ce qu’il a vécu lors de son incarcération dans une prison israélienne pendant la guerre de Gaza ne ressemble à rien de ce qu’il a pu traverser. Un ami qui a passé 10 ans dans une prison israélienne lui a dit que les conséquences de sa propre incarcération au cours des trois derniers mois équivalaient à 10 ans de prison en temps normal.

    Le témoignage détaillé que Munther Amira nous a livré cette semaine dans sa maison du camp de réfugiés d’Aida, à Bethléem, était bouleversant. Il a évoqué son calvaire avec son corps, s’agenouillant à plusieurs reprises sur le sol, décrivant les faits dans les moindres détails, sans montrer de ressentiment, jusqu’à ce que les mots deviennent insupportables. Il était impossible de continuer à écouter ces descriptions poignantes.

    Mais il semblait avoir attendu l’occasion de raconter ce qu’il avait enduré dans une prison israélienne au cours des derniers mois. Les descriptions se succédaient sans interruption – horreur sur horreur, humiliation sur humiliation – à mesure qu’il décrivait l’enfer qu’il avait vécu, dans un anglais courant entrecoupé de termes hébraïques relatifs à la prison. En trois mois, il a perdu 33 kg.

    Deux grandes photos trônent dans son salon. L’une représente son ami Nasser Abu Srour, emprisonné depuis 32 ans pour le meurtre d’un agent du service de sécurité du Shin Bet ; l’autre le représente le jour de sa libération, il y a exactement deux semaines. Cette semaine, Munther Amira est apparu physiquement et mentalement solide, et il ne ressemblait plus à la personne qu’il était le jour de sa sortie de prison.

    Amira a 53 ans, il est marié et père de cinq enfants ; il est né dans ce camp de réfugiés, dont la population comprend les descendants des habitants de 27 villages palestiniens détruits. Il a conçu la grande clé du retour qui est accrochée à la porte d’entrée du camp et qui porte l’inscription « Pas à vendre ». Amira est un militant politique qui croit en la lutte non violente, un principe qu’il défend toujours, même après le nombre considérable de morts à Gaza pendant la guerre, souligne-t-il. Membre du Fatah, il travaille au Palestinian Authority’s Office for Settlements and the Fence (Bureau des colonies et de la barrière de l’Autorité palestinienne). Il est diplômé de la faculté des sciences sociales de l’Université de Bethléem. (...)

    https://www.haaretz.com/israel-news/twilight-zone/2024-03-23/ty-article-magazine/.highlight/testimony-from-israels-answer-to-guantanamo/0000018e-6925-d612-a98f-6b7551a20000

  • Israël-Gaza-Palestine. « Le monde universitaire israélien s’exprimera-t-il contre les actions de l’armée à Gaza ? Pas question, alors que… »
    Par Amira Hass Haaretz le 18 mars 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/israel-gaza-palestine-le-monde-universitaire-israelien-sexprimera-t-il-c

    La position officielle de l’Université hébraïque de Jérusalem est qu’Israël ne commet pas de génocide contre le peuple palestinien dans la bande de Gaza. C’est ce que l’on peut déduire de l’annonce, la semaine dernière, de la suspension de la professeure Nadera Shalhoub-Kevorkian, formulation qui s’est retrouvée dans une lettre du président de l’université, le professeur Asher Cohen, et de son recteur, le professeur Tamir Sheafer, adressée à la députée Sharren Haskel du Parti de l’unité nationale de Benny Gantz.

    Mettons de côté la définition du génocide [lire ici la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide approuvée à l’unanimité en décembre 1948 par l’ONU]. Les anciens élèves, les étudiants et le personnel de l’Université hébraïque de Jérusalem participent activement à la guerre. La dynastie de juristes que l’université a produite a joué un rôle dans la mise en place du parapluie juridique protégeant l’armée.

    L’université a-t-elle une position sur l’assassinat par des frappes aériennes et des bombardements de plus de 12 000 enfants palestiniens à Gaza au cours des cinq derniers mois ? A-t-elle publié une position officielle sur la famine dans cette région [1] ? A-t-elle quelque chose à dire sur l’horrible projet de transférer, une fois de plus un million et demi de personnes, affamées, épuisées, traumatisées et endeuillées et de les entasser dans un espace encore plus étroit afin de poursuivre la « manœuvre » terrestre de l’armée à Rafah [2] ?

    J’ai effectué une recherche sur Google et je n’ai trouvé aucune position officielle de ce type. Les hauts responsables de l’Université hébraïque, comme le reste du pays, se contentent-ils de regarder et de lire les médias israéliens, sans connaître (c’est-à-dire sans vouloir connaître) les réalités ? Ou doutent-ils des rapports de quiconque n’est pas le porte-parole des Forces de défense israéliennes (FDI) ? Pensent-ils que ce n’est pas le rôle de l’université d’exprimer une position ?

    https://www.haaretz.com/opinion/2024-03-18/ty-article-opinion/.premium/will-israeli-academia-speak-out-against-the-armys-actions-in-gaza-no-way/0000018e-4d97-dc34-a18e-ff9f21fc0000

  • La famine a commencé. Le « corridor maritime » fait diversion. La voie terrestre et les structures traditionnelles de distribution peuvent seules limiter l’extension de la catastrophe
    Par Amira Hass | Haaretz le 20 mars 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/gaza-la-famine-a-commence-le-corridor-maritime-fait-diversion-la-voie-te

    Le corridor d’aide maritime a fait l’objet de beaucoup d’attention, mais les organisations de Gaza affirment que les approvisionnements par voie terrestre sont essentiels pour répondre aux besoins humanitaires urgents. Les Nations unies ont recensé 16 cas de tirs sur des convois d’aide, et les organisations pensent que les troupes israéliennes sont à l’origine de la plupart d’entre eux

    Le premier navire d’aide à destination de Gaza a quitté le port chypriote de Larnaca mardi 12 mars et a navigué pendant plus de trois jours avant d’accoster vendredi à environ un kilomètre de la côte de Gaza. Sa cargaison a été ramenée à terre et chargée dans des camions. Jose Andres, fondateur de l’organisation caritative World Central Kitchen, qui a organisé la cargaison, a déclaré qu’il ne s’agissait que d’un essai et que l’organisation caritative pourrait acheminer des milliers de tonnes d’aide chaque semaine.

    Les gros titres générés par la livraison de la semaine dernière ont éclipsé les rapports des Nations unies sur la propagation de la famine et de la malnutrition à Gaza, en particulier dans le nord et chez les enfants [et invisibilise le rôle nécessaire de l’UNRWA qui est visée par une campagne massive de dénigrement qui commence toutefois à prendre l’eau]. Vendredi, le jour même de l’arrivée du navire d’aide, le Fonds international d’urgence pour l’enfance des Nations unies a déclaré qu’environ un tiers des enfants de moins de deux ans dans le nord de la bande de Gaza souffraient de malnutrition grave en raison de la guerre, du siège israélien, de l’épuisement des réserves alimentaires et de la destruction généralisée des cultures et des usines.

    https://www.haaretz.com/middle-east-news/palestinians/2024-03-20/ty-article-magazine/.premium/with-aid-waiting-beyond-their-reach-malnutrition-among-gazas-children-keeps-spreading/0000018e-56c7-daff-a9ce-feef835a0000

  • Israël-Palestine. Le plan d’assujettissement des Palestiniens se poursuit
    Amira Hass | Haaretz le 12 mars 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/israel-palestine-le-plan-dassujettissement-des-palestiniens-se-poursuit.
    source : https://www.haaretz.com/israel-news/2024-03-12/ty-article/.premium/the-plan-to-subjugate-the-palestinians-goes-ahead/0000018e-32ae-d606-a5ff-7fbf31c80000

    (...) Il y a sept ans, au printemps 2017, Smotrich – alors encore député au sein du parti Habayit Hayehudi-Le Foyer juif – avait présenté dans des cercles sionistes religieux fermés son plan pour un Etat de la rivière à la mer, pour un seul peuple [voir Haaretz, 22 mai 2023]. Le peuple juif. Certains en ont conclu que le massacre d’enfants et de femmes palestiniens était inclus dans sa troisième option : une guerre totale contre les Palestiniens qui refusent d’émigrer ou de rester et d’accepter la non-réalisation de leurs droits nationaux dans ce pays.

    Dans une réponse aux critiques de son plan dans Haaretz, il a réfuté entièrement l’interprétation extrême donnée à ses propos, et semble-t-il au fait qu’il s’est appuyé sur des messages envoyés par Joshua bin Nun [Josué le prophète successeur de Moïse dans la conduite vers la Terre promise], selon un midrash [exégèse biblique], aux habitants de la terre qu’il s’apprêtait à conquérir, selon la Bible (Haaretz, « I didn’t call for the wholesale killing of all Palestinians » – « Je n’ai pas appelé au massacre de tous les Palestiniens », 4 juin 2017).

    Déjà dans un entretien franc qu’il a accordé à Ravit Hecht il y a plus de sept ans (Haaretz, 3 décembre 2016), Smotrich a mentionné Josué et ses lettres. « [N]ous décidons du conflit : je détruis leurs espoirs [des Palestiniens] d’établir un Etat », a-t-il affirmé à Ravit Hecht. Quand elle a posé la question « comment ? », il a répondu : « Lorsque Josué est entré dans le pays, il a envoyé trois lettres à ses habitants : ceux qui veulent accepter [notre domination] accepteront ; ceux qui veulent partir partiront ; ceux qui veulent se battre se battront… Ceux qui veulent partir, et il y en aura, je les aiderai. Quand ils n’auront plus d’espoir ni de perspectives, ils partiront, comme ils sont partis en 1948. »

    Ce n’est pas une coïncidence si, depuis le début de la guerre, Smotrich fait partie des membres du gouvernement et des hommes politiques qui ont présenté avec enthousiasme la solution « humaine » pour les non-combattants de Gaza : le transfert volontaire de population. Les frappes aériennes y contribuent. En effet, chaque jour, même des plus braves patriotes de Gaza quittent le territoire, fuyant les horreurs de la destruction et de la mort, s’ils ont l’argent ou les bonnes relations.

    Revenons à 2016. Smotrich a déclaré à Ravit Hecht : « Ceux qui ne partent pas accepteront la domination de l’Etat juif, auquel cas ils pourront rester, et quant à ceux qui ne le font pas, nous les combattrons et les détruirons. » A l’époque, le jeune membre de la Knesset s’était concentré sur la Cisjordanie et avait présenté son annexion, l’expansion de la colonisation et l’augmentation du nombre de colons comme l’arme principale du processus d’assujettissement. Aujourd’hui, la défaite et l’assujettissement sont le mot d’ordre s’imposant dans tous les territoires.

    La Cisjordanie, qui était déjà coupée en deux, est encore plus fragmentée par les barrages routiers, les points de contrôle et les grillages verrouillés à la sortie des villages et des villes, ainsi que par les nouvelles routes que les colons ont ouvertes. L’administration civile, l’armée et les colons ostensiblement organisés continuent d’expulser les Palestiniens de leurs terres. Les mesures économiques de vengeance, orchestrées par Smotrich, ont appauvri les habitants dans une mesure qu’ils n’avaient pas connue depuis de nombreuses années. Dans le même temps, le gouvernement approuve de plus en plus d’habitations pour les Juifs. La fin de cette guerre sanglante dans la bande de Gaza n’est pas en vue. (...)

  • Gaza : la construction d’une prison à ciel ouvert depuis des décennies… avant le 7 octobre
    Noa Galili | +972 le 10 mars 2024 – cet article a été publié en hébreu sur Local Call ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/gaza-la-construction-dune-prison-a-ciel-ouvert-depuis-des-decennies-avan
    source : https://www.972mag.com/gaza-movement-permits-separation


    Travailleurs palestiniens au « poste-frontière » d’Erez, mars 2022. (Attia Muhammed/Flash90)

    (...) Pourtant, la plupart de ces informations tendent à considérer les pratiques actuelles de restriction et de privation de manière isolée. C’est une grave erreur.

    En fait, l’étau israélien sur les Palestiniens de Gaza s’est progressivement resserré au cours des décennies, comme moyen de contrôle, de pression et de punition collective. Même en temps « ordinaire », entre ses offensives militaires périodiques dans la bande de Gaza, les restrictions radicales imposées par Israël à la circulation des personnes et des biens ont longtemps sapé les conditions de vie de base à Gaza et violé d’autres droits de l’homme qui en dépendent – tels que les droits à la vie familiale, à l’éducation, aux soins médicaux et à la recherche de moyens propres de subsistance.

    La situation catastrophique actuelle doit être réinsérée dans le contexte des politiques israéliennes antérieures au 7 octobre, notamment en ce qui concerne la liberté de circulation des Palestiniens entre Gaza, Israël et la Cisjordanie. Depuis plus d’un demi-siècle, la violence de l’occupation israélienne, les offensives militaires répétées et la « politique de séparation » entre Gaza et la Cisjordanie ont engendré une bande de terre brisée et exsangue. Ces procédures ont créé et entretenu une catastrophe humanitaire. Elles ont séparé les Palestiniens de Gaza de ceux d’Israël et de Cisjordanie, et favorisé les objectifs politiques et démographiques illégitimes d’Israël.
    La naissance d’un régime de permis

    La bande de Gaza n’a jamais été censée exister en tant qu’unité territoriale distincte. Sa minuscule superficie ne contient pas suffisamment de ressources pour soutenir une économie indépendante, et certainement pas celle pour 2,3 millions de personnes qui sont privées du droit fondamental de se déplacer librement. Mais depuis des décennies, les restrictions israéliennes à la circulation des personnes et des biens ont entraîné une détérioration des conditions de vie dans la bande de Gaza et l’ont coupée du monde extérieur. (...)

    Noa Galili s’occupe des relations gouvernementales, de la recherche et du plaidoyer au Gisha

  • Questions aux Israéliens : « Après 150 jours de mort et de destruction à Gaza, Israël est-il plus fort et plus sûr ? »
    Gideon levy | Haaretz le 7 mars 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/questions-aux-israeliens-apres-150-jours-de-mort-et-de-destruction-a-gaz
    source : https://www.haaretz.com/opinion/2024-03-07/ty-article-opinion/.premium/after-150-days-of-death-and-destruction-in-gaza-israel-is-neither-stronger-nor-safer/0000018e-14d7-d7d3-abce-74ff8b640000

    Hôpital Al-Najjar à Rafah.

    (...) Avec 100 morts palestiniens par jour, les Israéliens semblent convaincus que 30 000 morts supplémentaires feront de Gaza un paradis, ou du moins un endroit sûr. Il est difficile de se remémorer un tel aveuglement, même en Israël. Il est également difficile de se souvenir d’un tel état de stupidité morale. Les laisser affamés et sans eau, les laisser suffoquer, les laisser mourir – même la gauche et les médias israéliens ont adopté ce mode de pensée. Emmenés les yeux fermés, personne ne s’arrête pour demander où l’on va. L’essentiel est de poursuivre la guerre parce que le Hamas veut qu’elle s’arrête et que nous sommes là pour lui montrer de quoi il en retourne.

    Nous avons le devoir de dresser un bilan – « Qu’est-ce qu’Israël a retiré de la guerre » – et de nous interroger ensuite courageusement : fallait-il entrer en guerre ? Laissons de côté les slogans (justifiés) sur le fait qu’aucun pays n’aurait toléré une attaque aussi cruelle contre son peuple, sur le droit d’un pays à se protéger et sur ce que les gens auraient voulu qu’Israël accomplisse. Après 150 jours au cours desquels il n’y a rien à inscrire dans la colonne bénéfices de ce bilan, si ce n’est des coûts élevés, nous pouvons commencer à douter de sa sagesse du strict point de vue d’Israël.

    Nous n’avons encore rien dit du prix exorbitant, bouleversant par Gaza et ses habitants qui, dans les ténèbres de la guerre, subissent plus de violences que jamais.

    La plupart des Israéliens – ceux pour qui le sort des Palestiniens n’a que peu d’intérêt et ceux qui s’en réjouissent même, et ils sont nombreux dans ce cas – doivent s’interroger : hormis la satisfaction que procure la destruction de Gaza, qu’avons-nous obtenu d’autre de cette guerre ? Regardez les résultats. Les choses ne feront qu’empirer. Est-ce vraiment ce que vous voulez ?

  • « Le monde doit imposer la paix à Israël »
    Par Gideon Levy – Opinion publiée sur le site israélien Haaretz le 18 février 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/le-monde-doit-imposer-la-paix-a-israel.html
    https://www.haaretz.com/opinion/2024-02-18/ty-article-opinion/.premium/now-peace-by-force/0000018d-b862-dd5e-a59d-fdf2034d0000

    Le moment est venu pour les Etats-Unis, et dans leur sillage la communauté internationale, de prendre une décision : le cycle sans fin de la violence entre Israël et les Palestiniens va-t-il se poursuivre ou allons-nous tenter d’y mettre un terme ? Les Etats-Unis vont-ils continuer à armer Israël et à déplorer ensuite l’usage excessif de ces armements, ou sont-ils enfin prêts à prendre des mesures véritables, pour la première fois de leur histoire, afin de changer la réalité ? Et surtout, l’attaque israélienne la plus brutale contre Gaza deviendra-t-elle la plus insensée de toutes, ou, pour une fois, l’occasion qui s’offre à sa suite ne sera-t-elle pas manquée ?

    Il ne sert à rien de faire appel à Israël. Le gouvernement actuel, et celui qui le remplacera probablement, n’a pas et n’aura jamais la volonté, le courage ou la capacité de provoquer un changement. Lorsque le Premier ministre Netanyahou répond aux propos états-uniens portant sur la création d’un Etat palestinien par des formules indiquant qu’il « s’oppose aux initiatives imposées » ou qu’« un accord ne sera conclu que par le canal de négociations », on ne peut que rire et pleurer.

    Rire, parce qu’au fil des ans le Premier ministre Benyamin Netanyahou a fait tout ce qu’il pouvait pour faire avorter les négociations ; pleurer, parce que c’est Israël qui emploie la contrainte – la nature de sa politique à l’égard des Palestiniens est une coercition mise en œuvre dans le cadre d’une démarche unilatérale, violente, agressive et arrogante [1]. Tout à coup, Israël serait contre les actes de coercition ? L’ironie se couvre de honte.

    Il est donc inutile d’attendre du gouvernement israélien actuel qu’il change de comportement, de mentalité. Il est tout aussi vain d’attendre d’un gouvernement dirigé par Benny Gantz, Gadi Eisenkot ou Yair Lapid qu’il le fasse. Aucun d’entre eux ne croit en la création d’un Etat palestinien dont le statut souverain et les droits seraient égaux à ceux d’Israël. Tous les trois, ensemble et chacun séparément, accepteront tout au plus, dans un très bon jour, la création d’un bantoustan sur une partie du territoire. Une véritable solution ne sera pas apportée ici. Il vaut mieux laisser Israël patauger dans son refus.

    Mais le monde ne peut pas se permettre de laisser passer cette occasion. C’est le monde qui devra bientôt reconstruire, avec ses fonds, sur les ruines de la bande de Gaza, jusqu’à la prochaine destruction par Israël. C’est le monde dont la stabilité est compromise tant que l’occupation persiste, et qui l’est encore plus chaque fois qu’Israël se lance dans une nouvelle guerre. C’est le monde qui reconnaît que l’occupation est néfaste pour lui, mais qui n’a jamais levé le petit doigt pour y mettre fin. Aujourd’hui, l’occasion de le faire se présente. La faiblesse et la dépendance d’Israël à la suite de cette guerre doivent être exploitées, dans l’intérêt d’Israël également.

    Assez de mots. Assez des cycles de négociations futiles organisés par le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken et des mots durs prononcés par le président Joe Biden. Ils ne mènent nulle part. Le dernier président sioniste – peut-être le dernier à se soucier de ce qui se passe dans le monde – doit agir. En guise de préambule, on pourrait s’inspirer des paroles étonnamment simples et vraies du responsable de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, qui a déclaré : « Si vous pensez que trop de gens sont tués, peut-être devriez-vous fournir moins d’armes [à Israël]. » (...)

  • Agée de 82 ans, frappée par la maladie d’Alzheimer… mais arrêtée comme « combattante illégale » par Israël. En fait un révélateur de la guerre menée à Gaza
    Par Amira Hass – (Article publié dans le quotidien israélien Haaretz, le 1er février 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre)

    http://alencontre.org/moyenorient/palestine/agee-de-82-ans-frappee-par-la-maladie-dalzheimer-mais-arretee-comme-comb

    Les Forces de défense israéliennes (FDI) et l’Autorité pénitentiaire israélienne ont arrêté et emprisonné pendant près de deux mois une femme de Gaza âgée de 82 ans qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Elle a été emprisonnée en vertu de la loi sur l’incarcération des « combattants [ennemis] illégaux ». Parce qu’elle était considérée comme une combattante illégale, la prison de Damon, dans le nord d’Israël, a également refusé la demande d’un avocat de l’organisation israélienne Physicians for Human Rights Israel (PHRI) qui souhaitait la rencontrer. Elle a été libérée il y a deux semaines après avoir fait appel du refus de l’autoriser à rencontrer l’avocat.

    Fahamiya Khalidi, née en 1942, a été arrêtée dans la bande de Gaza au début du mois de décembre par des soldats israéliens. A l’époque, elle s’était réfugiée dans une école du quartier Zeitoun [le nom signifie quartier des oliviers] de la ville de Gaza, après avoir quitté son domicile en raison des bombardements israéliens.

    En raison de son état de santé et du fait que ses enfants vivent à l’étranger, elle était accompagnée d’une aide-soignante à temps plein. Cette dernière a également été arrêtée mais n’a pas été libérée en même temps que Fahamiya Khalidi et, pour autant que nous le sachions, elle est toujours en détention. De nombreux détails concernant l’incarcération de Fahamiya Khalidi restent inconnus car, depuis sa libération, elle n’a pas été en mesure de retracer ce qui lui est arrivé.

    La fille et les fils de Fahamiya Khalidi ont appris l’arrestation de leur mère par des voisins, mais ils n’ont pas pu savoir où elle se trouvait. Depuis le début de la guerre à Gaza, le 7 octobre, Israël a refusé de fournir aux familles et aux organisations de défense des droits de l’homme la moindre information sur l’endroit où se trouvent les détenu·e·s de Gaza. (...)

    https://www.haaretz.com/israel-news/2024-02-01/ty-article/.premium/israel-held-gaza-woman-82-with-alzheimers-for-two-months-as-an-unlawful-combatant/0000018d-613a-de6e-a79f-73bbc94d0000

    https://seenthis.net/messages/1039539