Les blogs du Diplo

https://blog.mondediplo.net

  • Vous pensiez que les États-Unis commandaient la finance mondiale ? Accrochez-vous.

    Le ministre des finances de Trump a averti les spéculateurs : « Maintenant, c’est moi la banque. » Il a dégainé 6 milliards. Les marchés en réclament davantage. Même l’empire a un propriétaire.
    Derrière cette humiliation, une montagne de dettes privées. IA, fonds spéculatifs, entreprises fragiles, crédits automobiles…
    Des années d’argent facile ont nourri la pyramide. Le crédit devient plus cher. Tout commence à trembler. Washington découvre le prix de sa dépendance.
    La finance tient son coupable : Ses propres paris menacent de faire sauter le système, mais la dette publique portera la faute. L’État sauvera les marchés, puis l’austérité viendra récupérer l’argent auprès des populations.
    Les incendiaires préparent le procès des pompiers.
    Cette panique touche au cœur de la puissance américaine. Le dollar permet aux États-Unis de financer leur domination et fournit son socle à la finance mondiale.
    La machine se retourne maintenant contre son centre.

    Frédéric Lordon raconte une fin de règne. Le Monde diplomatique

    https://blog.mondediplo.net/dollar-detonateur

  • https://blog.mondediplo.net/ia-le-mur

    Ils sont là, tous réunis autour de la table du studio de CNBC : les gros, les grands, les qui comptent – les boss. Du live, du bandeau, de la breaking news : tout l’orchestre. Bref de l’actualité exceptionnelle, quasiment l’histoire en train de se faire « sur notre plateau » ce 10 août 2026. On les appellera par leurs raisons sociales : Nvidia, Goldman Sachs, Blackstone, BlackRock, Apollo, KKR. Les autres – les souriceaux –, ont été priés de rester à la maison. Open AI, Anthropic : des Mickeys. Mais Google, Microsoft, Oracle, Amazon ? Mickeys aussi – maison. À quoi se ramène le club des gros ? Au grossium des puces, et à la crème de la finance – entre les deux : rien. Vérité de l’économie « IA ».

    • Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi mon article n’apparait pas dans le fil public de SeenThis, mais seulement dans mon fil perso quand je me connecte (ce qui n’a absolument aucun intérêt) ?

    • Bonjour, bienvenue sur Seenthis !
      Les articles que vous avez référencés l’avaient déja été quelques jours plus tôt par d’autres utilisateurs. Ils ont été partagés par certains de leurs abonné.es. Pour l’instant vous avez 2 abonnés qui ont accès à votre fil perso.
      Pour voir si votre billet a été référencé, un petit triangle noir s’affiche devant le lien déja cité (devant lundi.am et devant blog.mondediplo ) Il vous suffit de cliquer dessus.

  • « Les entreprises de l’intelligence artificielle (IA) multiplient les opérations de communication pour rassurer les capitalistes qui voient s’accumuler les pertes records et les montages financiers suspects. Crise financière à venir. 👍 Frédéric Lordon »
    https://blog.mondediplo.net/ia-le-mur

    Ils sont là, tous réunis autour de la table du studio de CNBC : les gros, les grands, les qui comptent – les boss. Du live, du bandeau, de la breaking news : tout l’orchestre. Bref de l’actualité exceptionnelle, quasiment l’histoire en train de se faire « sur notre plateau » ce 10 août 2026. On les appellera par leurs raisons sociales : Nvidia, Goldman Sachs, Blackstone, BlackRock, Apollo, KKR. Les autres – les souriceaux –, ont été priés de rester à la maison. Open AI, Anthropic : des Mickeys. Mais Google, Microsoft, Oracle, Amazon ? Mickeys aussi – maison. À quoi se ramène le club des gros ? Au grossium des puces, et à la crème de la finance – entre les deux : rien. Vérité de l’économie « IA ».

    On assiste en direct à une opération dont la nature véritable est à révélation différée. Motif officiel de l’antenne chamboulée : le méga-deal, 500 milliards de dollars, annoncé dans l’après-midi. Sans précédent. Ça n’est pas simple de ne pas perdre la boule avec les trillions qui volent en tous sens – en gros il faut être versé soit dans l’astrophysique soit, désormais, dans la finance IA pour ne pas se perdre dans les ordres de grandeur, astronomiques dans les deux cas. Le dernier coup de massue numérique était venu avec un tour de table d’OpenAI à 122 milliards de dollars. Dans les choux. Le board informel de l’IA réuni sur le plateau de CNBC monte une super plateforme de financement dimensionnée pour mobiliser 500 milliards, donc, à destination des acteurs de l’IA – les Mickeys. On a beau avoir l’habitude, on en reste un peu soufflé.

    Heureusement, il y a les contrarians, les malintentionnés, les schadenfreudistes, et leur méticulosité intéressée pour y aller voir de plus près et lire les petites lignes. La soirée est en cours et Ed Zitron s’égosille déjà sur le réseau X : « C’est un putain de MOU ». MOU : Memorandum Of Understanding. Et en effet : on lit le communiqué de presse officiel sur le site de Nvidia : « Memorandums of understanding signed with six of the world’s premier financial institutions … ». Qu’est-ce qu’un MOU ? Une déclaration d’intention. C’est-à-dire : du flan. Zitron rappelle le dernier roulement de tambour de Nvidia dans le genre : 100 milliards de dollars pour OpenAI. C’était déjà un MOU – de ce qu’il promettait, on n’a jamais vu la couleur.

    L’optique change d’un coup. Le cinéma du club des gros prend de tout autres airs : des airs de cinéma, précisément. On n’est pas dans le plan d’investissement : on est dans le plan de com. Et même : dans la psy op. Mais pourquoi faut-il « com » et « psy-oper », et surtout comme ça : en balançant 500 milliards en travers de la table du studio de CNBC ? Il faut se rendre à l’évidence : parce que le moral faiblit. La croyance IA, mieux que la dialectique, allait casser les briques, et la voilà qui flanche. Il y a des médisants et des malfaisants, qui trouvent à redire. Jusqu’ici ils étaient une anomalie sans conséquence, voilà qu’on les écoute, qu’on y ajoute foi même. Et le doute commence à s’insinuer : tout ceci – ces trillions en tous sens –, est-ce bien raisonnable ? C’est la question qui ne doit pas être posée. La trajectoire financière de l’IA est tellement folle, hors-norme, sans précédent, qu’elle demande une croyance au carbure de tungstène pour se soutenir. Un fléchissement et ce peut être l’effondrement. Or, ça fléchit. Et « psy-oper » pour resserrer tous les boulons devient une urgence. Alors on « psy-ope » sur CNBC, et on n’y va pas avec le dos de la pelle : que du super-lourd. Lourd par le poids financier, par conséquent, et c’est aussi important, par le poids symbolique. Dans une psy op, il faut jeter du grand capital symbolique, frapper les esprits, fouetter les ardeurs. Dans la finance, on fouette avec du nombre. Cinq cents milliards, c’est du nombre. À 500 milliards, prononcés par Nvidia en personne, qui ne serait pas fouetté ? Toute l’opération est montée pour certifier que tout-va-bien – la preuve : on augmente les mises.

    Comme on sait, les opérations montées pour certifier que tout-va-bien sont des opérations qui n’en finissent plus de trahir que tout va mal. À plus forte raison quand on s’aperçoit qu’en fait de bois, elles envoient du toc – du MOU. Et, en effet, tout ne va pas bien. Il faut prêter attention à la période, on en voit rarement d’intérêt documentaire aussi haut – accessoirement, elle est d’une dangerosité exceptionnelle. Ici nous voyons le grand retournement se produire en temps réel. Celui que toute l’opération Méga-deal/CNBC tente désespérément de conjurer. On le reconnait à ses signes caractéristiques : exaspération de la fuite en avant (500 milliards), inventivité frénétique pour dépasser les impasses évidentes, retour à l’identique des procédés de l’époque subprime. Ça n’est plus un tableau, c’est l’œuvre au noir.

    Le mur arrive (l’IA comme les subprimes)

  • Le frigo, l’euro et le plan B | Frédéric Lordon
    https://blog.mondediplo.net/le-frigo-l-euro-et-le-plan-b

    Ça commence avec une histoire de frigo. Ça se poursuit avec un fumet de plan B. Question : comment passe-t-on de l’un à l’autre ?

    D’abord l’électroménager — et résumé des épisodes précédents. Jean-Luc Mélenchon voit ce que tout le monde peut voir : le Système européen de banques centrales (SEBC) détient 20 % de la dette publique française ; rien n’est plus simple que de les annuler : il y suffit d’un trait de plume — plus précisément un acte de création monétaire (c’est pareil). Et c’est toujours ça de moins. Attention tout de même à bien lire les métaphores électroménagères : le « frigo » de la tribune des économistes ne parle que de « mettre de côté », c’est-à-dire de simplement retirer des titres publics de la circulation des marchés secondaires où ils contribuent ordinairement au pouvoir normatif et disciplinaire des investisseurs. Les nouvelles émissions n’en continueraient pas moins d’en enregistrer les verdicts — avec leurs conséquences sur les taux d’intérêt. Parler d’annulation, ce que ne fait d’ailleurs pas la tribune, est une autre affaire. La preuve, on change de rayon : non plus le frigo mais l’incinérateur...

    • À part les expériences de papier, il y a les processus réels. On ne sait jamais très bien comment ils vont s’orienter, mais on sait qu’il faut désormais y compter ceci : que l’histoire pourrait bien apporter sa remarquable contribution à la bifurcation. En général quand l’histoire « contribue », elle ne fait pas les choses à moitié. L’histoire ici, c’est l’énorme crise, financière et économique, qui s’annonce. Une énorme crise économique et financière, nécessairement prolongée en crise politique de mêmes proportions, produit un dégagement d’énergie politique qui aide à faire ce qu’on peut moins bien faire sans. Fin mars 2026, alors que la guerre contre l’Iran a déjà un mois derrière elle, Zanny Minton-Beddoes, rédactrice en chef de The Economist, interviewe Christine Lagarde, présidente de la BCE. Dès ce moment, celle-ci voit l’accumulation des périls : les fragilités du système financier, notamment dans le secteur du private credit, les effets de l’IA, évidemment les conséquences de la guerre, et mesure comme elle doit l’être la toxicité du cocktail. Bref : Christine Lagarde est inquiète — elle a raison. Zanny n’est pas loin de partager ses inquiétudes, qu’elle ne manque cependant pas de lui exprimer dans cette langue néolibérale consternante d’inanité politique : toutes ces difficultés ne risquent-elles pas d’alimenter les « populismes nationalistes », au risque d’instabilités politiques qui se termineraient dans l’euro rendu « ingouvernable » ? Dès le début Christine Lagarde a compris où la question l’entraînait. On attend maintenant sa réponse. Long silence. « Je ne sais pas ». De nouveau un silence. « Je passe ».

      Si ça n’est pas de la fenêtre historique, ça !

    • On pourrait aussi intituler cet exposé « les eaux glacées du calcul égoïste de l’#ordolibéralisme »

      #Euro #dette #panique_morale #outils_coercitifs (du capitalisme globalisé et financiarisé)

      Et comme je ne peux me libérer de cette perversité de l’exégèse marxienne, je vous livre ce petit article qui résume bien la situation très préoccupante dans laquelle le genre humain se trouve englué :
      https://esprit.presse.fr/article/vioulac-jean/les-eaux-glacees-du-calcul-egoiste-37781

    • PECCAMINEUX, PECCAMINEUSE \pe.ka.mi.nø\ adjectif
      https://www.cnrtl.fr/definition/peccamineux

      RELIGION

      A. —[En parlant d’un inanimé] Qui est de l’ordre du péché ; relatif au péché. Synon. coupable, répréhensible. Acte peccamineux ; pensée peccamineuse. Le mot hystérie ne résout rien (...). Quels sont les tenants et les aboutissants de cette maladie peccamineuse (Huysmans, À rebours , 1903, préf. p.XI). Souffrir pour un bien supérieur un détriment dans sa propre personne, ou dans ce que l’on aime, n’est pas peccamineux, mais méritoire. Si le supérieur prescrit un acte défendu par Dieu, alors, oui, obéir serait un péché (Maritain, Primauté spirit., 1927, p.64).

      B. —Rare.[En parlant d’une pers.] Qui est enclin à pécher, capable de faire le mal. Synon. peccable (théol.), faillible, fautif (vx) ; anton. impeccable (théol). Suspecte et peccamineuse, ma grand-mère, toujours au bord de faillir, était retenue par le bras des anges, par le pouvoir d’un mot (Sartre, Mots, 1964, p.25).
      -- [P. méton.] Nature peccamineuse de l’homme. Dans cette oeuvre (...) le moi de Renan (...) domine, un moi dont la rêverie prétend s’intégrer à l’âme du cosmos, transcender sa condition peccamineuse (Massis, Jugements, 1923, p.92).

    • « La dette sans tabou »
      https://blogs.mediapart.fr/jean-luc-melenchon/blog/040926/la-dette-sans-tabou

      Il n’est pas courant de voir le président de la banque centrale allemande répondre à un candidat à l’élection présidentielle en France. C’est pourtant ce qu’a fait Joachim Nagel le 2 septembre, en disant son opposition à la proposition insoumise de « congeler » la part de la dette publique française et européenne détenue par la BCE.

      Ce n’est pas neuf. Tout le monde le sait : sur la question de la dette et de la politique de la BCE, le débat a lieu essentiellement entre les pays latins de la zone euro et l’Allemagne. On a fait entrer le banquier central allemand dans la discussion ? Tant mieux. Car cet homme est par ailleurs, parait-il, candidat pour remplacer Christine Lagarde en 2027 à la tête de la BCE. Il est donc utile de savoir à l’avance sa doctrine.

      Je vais sur le fond. L’argument de M. Nagel contre le frigo (ou le feu) pour la dette publique auprès de la BCE est que cela serait contraire à la lettre de l’article 123 du traité de fonctionnement de l’Union européenne. J’affirme que c’est faux. Cet article interdit en effet à la banque centrale européenne de prêter directement aux Etats. Raison pour laquelle elle ne l’a jamais fait. Mais à partir de 2015, elle a en revanche racheté à des créanciers privés des titres de dettes qu’ils détenaient après avoir prêté à des États de la zone euro. Cette manière de faire a été reconnue comme conforme au droit européen par la cour de justice européenne en 2018 en réponse aux plaignants allemands.

      Heureusement ! Le rachat de 4000 milliards de titres de dettes de la BCE aux banques privées a permis de surmonter les crises de 2015 et 2020 en Europe sans dégénérer en récession généralisée. Donc la Cour européenne a déjà validé une interprétation de l’article 123 qui limite la définition du « financement monétaire » des États par le banquier central au seul prêt direct. De plus, je récuse encore l’argument en rappelant que ce fameux article ne précise pas ce que la BCE a le droit de faire ou de ne pas faire avec des titres de dettes déjà dans ses coffres. Ni la congélation ni la mise au feu ne sont donc interdites. L’argument juridique avancé par le président de la Bundesbank ne tient pas.

      En réalité, le fond de son argument est idéologique. C’est encore un croyant dans l’ordolibéralisme. Ainsi quand on lui fait remarquer que l’augmentation des taux qu’il appelle de ses vœux risque de ralentir une économie européenne déjà au bord de la récession, il répond un laconique : « Notre mandat est d’assurer la stabilité des prix. » Les réponses toutes faites typiques de ceux pour qui les doctrines politico-économiques se figent en foi religieuse inébranlable. Mais cette indifférence à la maltraitance financière lui vient de ses lunettes des années 1990 et 2000. La situation de l’Allemagne à présent est très différente.

      Les taux d’intérêt montent pour tout le monde. Le cas de la France n’est pas isolé. D’ailleurs, sur un an, le taux d’intérêt de la dette allemande a augmenté autant que celui de la dette française. Il y a donc un intérêt commun à trouver une méthode pour se protéger de la hausse des taux et les faire baisser. La congélation de la dette détenue par la banque centrale en est une évidente puisqu’elle allègerait l’État allemand du poids de devoir refinancer auprès des marchés un quart de sa dette et l’État français d’un cinquième de la sienne. Nous éviterions alors le déclenchement d’un effet « boule de neige » qui arrive lorsqu’un pays doit réemprunter pour faire rouler sa dette à un taux de plus en plus élevé. Les marges de manœuvre ainsi gagnées et le danger d’un emballement de la dette ainsi écarté, les taux d’intérêt devraient logiquement baisser.

      Le pays qui a le plus besoin de cette opération en Europe est l’Allemagne. Car en 2026, c’est elle qui va emprunter les plus gros montants sur les marchés financiers. La raison ? Berlin doit faire face à un mur d’investissements repoussé stupidement depuis un quart de siècle. Il y a en Allemagne 4000 ponts à réparer d’urgence. 48 % des aiguillages ferroviaires à changer, comme 42 % des passages à niveau et 23 % des voies ferrées Les communes allemandes estiment devoir investir 68,9 milliards d’euros dans les écoles et 53,7 milliards dans les routes. La couverture en fibre n’atteint que 36 % des foyers allemands contre 90 % en France. Bref, l’Allemagne n’a plus le choix : elle doit rouvrir le robinet des investissements publics. D’autant plus qu’elle a décidé en même temps et unilatéralement de se réarmer massivement pour devenir la première armée conventionnelle d’Europe. Un projet hautement contestable à mes yeux, moins pour ses implications budgétaires que pour ses conséquences géopolitiques plus que discutables.

      Une discussion constructive sera donc possible en Europe, y compris avec une Allemagne incitée au réalisme. La France peut rallier à sa cause l’Italie, l’Espagne, la Grèce et la Belgique qui ont aussi un ratio dette/PIB supérieur à 100 %. Ce groupe de pays représente avec nous 50 % de la richesse de la zone euro. Mais aussi 57 % de la population. Il y a un intérêt majoritaire en Europe pour nous sortir du chantage à la dette que font peser les marchés financiers. La congélation ou l’annulation de la dette publique détenue par la banque centrale est une solution rationnelle et pragmatique pour donner des marges de manœuvre aux budgets nationaux à l’heure où l’exigence d’investissements écologiques s’impose. Le dogmatisme borné du banquier central allemand pourrait craquer devant une autre réalité.

      Il existe en Europe depuis 2012 un mécanisme européen de stabilité qui rend les nations solidaires face au défaut de l’une d’entre elles. Si la Grèce avait craqué lors de sa crise, les Allemands auraient dû payer 65 milliards d’euros et les Français 45 ! Avec la montée actuelle des taux, qui craquera ? Et quand va déferler la crise financière issue de la folie des investissements sur l’IA ou de la crise de la dette des USA ? J’ai confiance. Le moment venu, après l’élection de 2027 si je suis élu, la proposition française aura davantage de partisans qu’il n’y parait aujourd’hui. L’économie n’est ni une religion dogmatique ni une simple comptabilité. C’est de la politique et des rapports sociaux. Les Allemands le savent bien, eux qui ont été sauvés en 1953 par une annulation totale de leur dette d’État.

      Pour l’instant, le seul résultat politique de la politique absurde des Joachim Nagel est d’avoir fait revenir l’extrême droite aux portes du pouvoir outre-Rhin. La soumission des peuples aux marchés financiers conduit au chaos.

      Jean-Luc Mélenchon

  • Mathieu Pigasse porte beau
    https://blog.mondediplo.net/mathieu-pigasse-porte-beau

    Ça, on ne pourra pas dire le contraire : costumes de bon faiseur, chaussures semi-pointues — et même hoodie, pour les jours canaille ! La street cred, wesh — la Wall Street cred. Mathieu Pigasse porte beau, et en plus il voit loin. Alain Minc, qui a à peu près tout raté dans sa vie, et n’a plus que les évocations pour s’occuper, se souvient avoir reçu le jeune Mathieu, peut-être venu lui baiser l’anneau, en tout cas lui dire son désir de devenir président de la république — comme l’autre fada. Au nombre des fléaux du macronisme il faut donc compter la licence donnée aux banquiers d’affaire de se rêver président de la république. Du capital financier au sommet de l’Etat : un raccourci de l’époque. On sait comment l’autre s’y prit — Mathieu a eu le temps de remâcher sa rancœur. Lui aussi bientôt. Mais par d’autres voies. Pas comme l’usurpateur par le soutien ouvert, unanime, dégoûtant de la presse bourgeoise mobilisée : dans un mouvement plus ample, parti de plus loin, plus « subtil » — qu’on n’aurait pas vu venir.

    De loin donc, avons-nous dit. Avec une radio. Qui verrait mèche à une radio ? Bien emballée pourtant, une radio, ce sont des fondations. Par exemple, la bande à Meurice : une dalle de béton. Surtout les enfants, lâchez-vous bien, autant que vous pouvez même, c’est la phase wesh du plan. Disons : la phase chauve-souris de La Fontaine : quand je mitonne une fusion-acquisition, je suis souris, vivent les rats ; maintenant je suis oiseau, voyez mes ailes. Laissez de côté les fees et les deals, écoutez Radio Nova, prenez la mesure de tout ce que je laisse faire et dire, concluez à l’évidence : je suis de gauche, et de gauche un peu mon neveu. Banquier d’affaire, sale étiquette, l’autre ne s’en est jamais défait, je ne ferai pas la même erreur et je ne pleurerai pas le détergent. Deux saisons de La Dernière, s’il me reste des traces de costume à rayures, c’est à désespérer de la chimie.

    Pour faire de gauche, Mathieu avait commencé au cabinet de DSK — ça n’était pas fameux. Du reste, ça n’empêche pas de rester bons amis : on part bras dessus bras dessous au Gabon pour y faire du conseil — et pourquoi pas un peu de business au passage. Le passé, le présent — peu importe. Maintenant, il est installé. On peut y croire. Où en sommes-nous ? Wesh, c’est fait, on peut aborder la phase 2 : « je suis présidentiable ». Phase peu coûteuse à ce stade. D’abord parce que se déclarer présidentiable est désormais à la portée du premier clampin à notoriété – il en a. Ensuite parce qu’il y met les formes : je suis le présidentiable barycentrique — dit-il. Barycentre de quelle aire, ça n’est pas précisé. Avec Mélenchon dedans ? Sans ? Inutile de s’encombrer de détails, on va faire un débat avec Glucksmann, lui au moins il est parti suffisamment loin à droite pour ne pas disputer le barycentre. Tout ça est parfaitement grotesque, ça n’a aucune importance — Mathieu lui-même ne mettrait pas un bouton de culotte sur cette candidature-là, et pour cause : elle n’est pas faite pour aboutir. Après l’installation « à gauche », elle est faite pour installer dans le paysage politique. Et ça aussi, maintenant, c’est fait. Phase 3.

    Présidentiable, c’était du flan bien sûr. Mais ministrable, c’est du sérieux. Mathieu est 1) à gauche, 2) dans le paysage, donc il est ministrable. On pourrait dire : ministrables, il n’y a jamais eu pénurie. Sans doute, mais lui a un prospectus — et un prospect. Si l’on est sérieux deux minutes, on ne va pas faire la danse du ministrable à François Hollande ou à Bernard Cazeneuve. On va la faire là où des emplois ont le plus de chances de s’ouvrir : à LFI. Voilà le prospect. Maintenant le prospectus : vous avez besoin de moi. J’ai bien montré mes ailes, mais c’était pour la galerie, souvenez-vous que je suis surtout souris. Or : les costumes à rayures parlent aux costumes à rayures. Sachant par ailleurs que : vous aurez à leur parler. Au reste : vous leur parlez déjà. Jean-Luc Mélenchon débat avec les petits et moyens patrons sur LCI, dîne avec les grands. Rien que de très logique — et de très cohérent avec votre ligne : votre anticapitalisme est d’une variante étrange qui ne veut pas dire abolir le capitalisme. Donc y rester — sans doute pas sans y rien faire, mais y rester quand même. C’est une ligne qui se tient parce que, sortir du capitalisme, beaucoup de monde sait le dire, mais peu savent le penser. On ne voit pas au surplus que la société en émette une impérieuse demande. Donc on y restera. Et par conséquent dans ses institutions politiques. Où l’on n’a d’autre possibilité que de passer des compromis — avec le capital. Et pour passer des compromis : parler. Se parler. Or, pour leur parler, vous avez besoin d’un truchement, comme disait Montaigne. Non pas que vous ne puissiez pas vous-même, mais que vous pourrez mieux. Le truchement, c’est moi. C’est moi tout naturellement puisque je suis des leurs. Je n’y fais peut-être pas l’unanimité — mais qui la fait ? —, on m’y tient pour un excentrique, on me passe difficilement mes moments wesh et mes démonstrations de gauche ; tout de même : je suis des leurs. Je sais comment on se parle chez ces gens-là, je sais parler comme eux (en réalité, je ne fais que ça), alors voilà : j’aurai leur oreille. J’aurai leur oreille pour y verser vos messages. Ministre du truchement, on ne le dira pas comme ça mais ce sera la réalité — et puis c’est la classe littéraire. Voilà ce que je vous propose, voilà mon offre de service, et je vous dis que vous en aurez besoin. Parce que, mine de rien, votre affaire s’annonce un peu agitée dans ces milieux, on ne vous y aime pas beaucoup (mettez-vous à leur place), certains auraient même la sourde intention de tout jeter contre vous, je n’en serais pas autrement surpris. Qui saura avoir leur oreille de votre part, les rassurer, les disposer, vous sera précieux. Je suis précieux.

    Ce que ne vous dit pas mon, prospectus, c’est ce que moi je leur dirai : « ne vous inquiétez pas, je suis dans la place — Bercy, c’est la salle des machines, le reste ne compte pas —, je veille à ce qu’« ils » ne fassent pas n’importe quoi, vous me connaissez, je pèserai, il n’y aura pas d’embardées.

    Mathieu (re)vient de loin, et il voit loin aussi. Ministre du truchement, c’est drôle mais ça durera moins longtemps que les contributions. Il sait déjà qu’il sortira, quand, et pour quoi faire. Ce sera la phase 4. Le timing est important : rester suffisamment longtemps à trucher mais pas trop non plus — deux bonnes années ? Et puis partir sur un bon gros prétexte : « Je ne peux plus cautionner ces excès ». Pour s’en retourner parmi les siens, plein d’usage et raison, là où on a toujours été : à gauche de droite, ou à droite de gauche, c’est pareil, bref à droite, c’est-à-dire à l’endroit où l’on ravaude par ici, on passe la loque par-là, mais où jamais l’on ne touche au capitalisme, la machine à dégueulasser. « Nous l’avions perdu un moment, nous le retrouvons tel qu’en lui-même : en hoodie mais raisonnable » : voilà comment je serai accueilli, se dit Mathieu. Oh le bel arc, oh l’élégante trajectoire : parti amuseur radiophonique, passé par présidentiable à moins d’un bouton de culotte, puis de là à ministrable pour de bon, suivi de ministré réel, pour enfin déboucher sur présidentiable mais cette fois sérieux. Affaire bouclée en moins de dix ans, c’est pépé Minc qui va être fier. En attendant Mathieu contemple par anticipation sa courbe irrésistible, sa subtilité. Ne lui disons pas tout de suite qu’elle a la furtivité d’un 38 tonnes repeint fluo, équipé d’une corne de brume. On espère bien qu’il ne se produit aux Amfis que pour y être promené. Plus, ce serait trop.

    Frédéric Lordon

  • IA krach ?, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 1er juillet 2026)
    https://blog.mondediplo.net/ia-krach

    C’est une équation à 5 trillions de dollars, et on commence à se demander si elle a une solution. En fait à redouter qu’elle n’en ait pas.

    Qu’est-ce qu’une bulle ? C’est une croyance collective. Qu’est-ce qu’un krach ? C’est l’effondrement de la croyance qui fit la bulle. Avec l’Intelligence artificielle (IA), nous sommes servis : nous avons deux bulles pour le prix d’une. Une bulle de valorisation boursière — on attend pour les deux joueurs les plus en vue, OpenAI et Anthropic, des introductions en Bourse annonciatrices de capitalisations faramineuses (autour de 1 trillion de dollars). Une bulle de valorisation boursière donc, mais suivie de près (en fait précédée) d’une bulle de crédit, elle plus préoccupante encore : les krachs proprement boursiers sont souvent plus spectaculaires que méchants — ils ne sèment que des pertes patrimoniales —, les bulles de crédit, quand elles crèvent, propagent des défauts en cascade au travers du système financier.


    • Deux bulles, l’une et l’autre conformes au concept où elles se ramènent : de la croyance collective. C’est peu dire qu’il en faut pour soutenir une mobilisation de capitaux dont il est déjà acquis qu’elle est sans précédent dans l’histoire du capitalisme. Admettons qu’en matière de production d’épopée — c’est-à-dire de croyance, précisément —, les capitalistes étasuniens savent y faire. En l’occurrence, ils ne pleurent pas la légende et nous régalent d’horizons grandioses, fut-ce sous une forme inhabituelle, légèrement paradoxale d’ailleurs, qui consiste à convaincre l’humanité du risque terrible, quasiment annihilateur, qu’elle encourt à plonger dans l’IA. Dario Amodei, le patron d’Anthropic, est passé maître en ce registre rhétorique, qui sous couleur de contrition, livre en fait un sous-texte aux intérêts bien compris : 1) L’IA est un très grand péril = c’est un outil d’une puissance inouïe, ce qui devrait vous intéresser (beaucoup) ; 2) J’ai enfanté un monstre mais je le dis, partant ma conscience éthique est sans tâche — achetez donc chez moi pour avoir de la vertu en plus de l’arme fatale ; 3) Le gouvernement du monde libre est désormais informé qu’un tel outil ne doit pas tomber dans toutes les mains — les imagine-t-on chinoises ? Horreur, malheur — or les miennes, disais-je, sont tout à fait pures, par ailleurs si jamais les choses économiques et financières tournaient mal, je recommande de ne pas nous laisser tomber comme un vulgaire Lehman Brothers. Soit la légende parfaite : des super-pouvoirs, des méchants qui ne doivent pas mettre la main dessus, des hérauts du bien — et un filet de sécurité parce qu’on ne sait jamais...

  • Défoncer la finance néolibérale : fermer la Bourse, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 22 juin 2026)
    https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-fermer-la-bourse

    Nous sommes le 17 septembre 2001, les attentats du World Trade Center ont eu lieu il y a un peu plus d’une semaine. La Bourse de New York rouvre. Sur le podium, Richard Grasso, le président du New York Stock Exchange (NYSE), est entouré, entre autres, de Charles Schumer, sénateur démocrate et Hillary Clinton — dont la finance n’est pas l’ennemie. Un policier bodybuildé, représentant de l’héroïsme des secouristes, sonne la cloche. Le muscle rouvrant le marché sous les regards émus du socialisme de gouvernement : c’est la manière étasunienne de dire que la vie est la plus forte — un document anthropologique en fait.

    En quatre décennies, c’est avec ce genre d’image, ou bien en France avec les chroniques plus ventripotentes mais bonhommes de Jean-Pierre Gaillard, précocement installées sur le service public (France Info), plus tard immortalisées par les Guignols (« Le marché a la gaule ! »), c’est avec ce genre d’image, donc, que la Bourse est devenue comme un élément de réalité naturelle, une chose à la présence aussi incontestable que le retour des saisons — alors qu’elle avait été une institution parfaitement insignifiante du capitalisme fordiste. À ce stade, s’en prendre à elle n’est même plus un attentat contre le capital mais quasiment contre la raison. Qu’il y ait des actions et une Bourse pour les négocier est « vieux comme le capitalisme ».

    #phynance (pompe à)

  • Tout en rêvant de l’avènement d’un « grand soir », Frédéric Lordon dans ces deux articles nous promet de « défoncer la finance néolibérale » et nous donne quelques recettes pour y parvenir. Et vous allez voir ce que vous allez voir, screugneugneu ! ...

    https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-banques-credit

    Il y a deux voies de la finance : la voie de la dette, la voie actionnariale. Telles qu’elles sont l’une et l’autre configurées en régime néolibéral, ce sont des nuisances. Elles vont être brutalement ramenées à leur fonction première : financer les agents de l’économie réelle, sans aucune autre fioriture. En envisageant les problèmes, à chaque fois qu’il y aura lieu, sous leur double versant : le versant des épargnants et celui des entreprises.

    https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-actions-et

    On en était au système bancaire et aux marchés obligataires. Qui viennent de prendre un vieux coup. Et les actions ? D’abord saisies du côté des épargnants — du côté des riches. Les fortunes, à l’enthousiasme un peu refroidi avec les obligations, ne pourraient-elles aller s’investir dans les actions ? En effet, ce ne sera pas impossible. Il faut toutefois leur faire connaître là encore les nouvelles conditions qui viennent avec cette possibilité. C’est que la voie des fonds propres, comme elle a été aménagée dans la finance néolibérale, n’est pas moins toxique que celle de la dette. Et d’une toxicité qui passe par deux effets aussi pernicieux l’un que l’autre.

  • Le fait qu’il y ait une multiplication d’annonces bâclées autour d’un accord entre le Liban et Israël, alors même qu’il y avait juste avant une multiplication d’annonces contradictoires autour d’un accord entre l’Iran et les États-Unis, ça rend l’intervention de Joseph Aoun sur CNN encore plus problématique. Je pense en effet que ces annonces visiblement prématurées entre Israël et le Liban, c’est pour Aoun et Salam une tentative d’éviter que ce soit un accord iranien qui impose un cessez-le-feu.

    Depuis la révolution syrienne puis la fin du régime syrien et les coups de butoir israéliens contre le Hezbollah en 2024, l’équilibre des forces au Liban semblait totalement déséquilibré, et le camp américano-saoudien se voyait dominant totalement la scène politique (y compris contre la volonté populaire d’un nettoyage de la mafiocratie bancaire et politique du pays). Et la période actuelle a semblé l’occasion rêvée d’en finir totalement avec le camp de la Résistance, anciennement qualifié de « pro-syrien ». De la même façon qu’on a vu les responsables 14 Mars se relayer à l’ambassade américaine pendant la guerre de 2006 pour dire leur espoir que la guerre israélienne contre le Liban ferait déjà le job…
    https://blog.mondediplo.net/2013-06-24-Au-Liban-ce-que-devoilent-les-cables-de-Wikileaks

    Bref, il semble que la pire chose qui puisse arriver aujourd’hui aux responsables libanais, ce n’est pas l’occupation permanente du Sud par Israël, mais qu’un accord avec l’Iran impose un véritable cessez-le-feu au Liban. Ce qui garantirait le maintien des armes du Hezbollah et, surtout, l’inversion des équilibres politiques libanais au détriment de l’axe américano-saoudien et au profit des partisans de la Résistance soutenue par l’Iran.

    D’où les annonces balancées précipitamment : annonces par le Département d’État des points d’un accord pourtant pas encore signé, dénégations de Netanyahu, et interview compromettante de Joseph Aoun sur CNN implorant la signature d’un accord avec Israël sans nier aucun des points fuités par les Américains. Et insistant explicitement pour refuser que l’Iran n’impose un cessez-le-feu au Sud Liban.

    Tout cela est très sale.

  • Les blogs du « Diplo » > La pompe à phynance > Une fenêtre historique

    https://blog.mondediplo.net/une-fenetre-historique

    Ce texte est le premier d’une série de trois (ou plus...). Pour parler d’une chose simple dans son principe, moins dans son exécution. La survenue d’une crise financière du format de celle qui s’annonce n’appelle pas des actes de gestion mais de faire de la politique. La finance néolibérale est une structure tellement puissante, tellement asservissante que lorsqu’elle nous fait la grâce de s’abattre toute seule, on ne la loupe pas. On fait de la politique – transformatrice. Cette crise, dont tous les éléments sont en place, n’est pas encore ouverte. Ça viendra. Vraisemblablement pour le dernier trimestre. Ce qui laisse encore un peu de temps pour se préparer. Car il faudra être prêt. Ce triptyque est destiné à y contribuer.

  • Une fenêtre historique, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 20 mai 2026)
    https://blog.mondediplo.net/une-fenetre-historique

    Ce texte est le premier d’une série de trois (ou plus...). Pour parler d’une chose simple dans son principe, moins dans son exécution. La survenue d’une crise financière du format de celle qui s’annonce n’appelle pas des actes de gestion mais de faire de la politique. La finance néolibérale est une structure tellement puissante, tellement asservissante que lorsqu’elle nous fait la grâce de s’abattre toute seule, on ne la loupe pas. On fait de la politique – transformatrice. Cette crise, dont tous les éléments sont en place, n’est pas encore ouverte. Ça viendra. Vraisemblablement pour le dernier trimestre. Ce qui laisse encore un peu de temps pour se préparer. Car il faudra être prêt. Ce triptyque est destiné à y contribuer.
    par Frédéric Lordon, 20 mai 2026

    Avec ce qui arrive, tu comprends qu’en quelque sorte ils se préparent l’air de rien des états d’urgence sous forme d’amendements dans les textes en discussion à l’Assemblée...

  • Adieu à Marc Laimé (Les blogs du Diplo, 5 mai 2026)
    https://blog.mondediplo.net/adieu-a-marc-laime#plus_d_infos

    Lundi 27 avril 2026, sa famille, ses amis et ses anciens collègues se sont réunis au Père-Lachaise à Paris pour un ultime adieu à Marc Laimé, décédé le vendredi 17 avril. Ancien rédacteur en chef du mensuel L’Autre Journal puis du magazine La Rue — parmi ses autres collaborations comptent Libération, Le Canard enchaîné, Sciences et vie et Le Monde diplomatique —, il avait figuré parmi les pionniers de l’Internet indépendant en France avant d’entamer une reconversion au mitan des années 1990 en se spécialisant dans les questions liées à la gestion de l’eau.

  • 𝕋o𝕄y 𝕃e 𝕄a𝕘n𝕚f𝕚q𝕦e on X : La semaine dernière, des avions américano-israéliens ont bombardé des entrepôts de pistaches en Iran. ...

    via https://diaspora.psyco.fr/p/12398664

    https://xcancel.com/MagnifiqueTomy/status/2042843829909205240

    ... Pas des bases militaires. Pas des sites nucléaires. Des pistaches.

    Derrière cette frappe, une affaire sordide : la famille Resnick, milliardaires de Beverly Hills, propriétaires de la plus grande réserve d’eau privée de la planète, est aussi le plus grand producteur mondial de pistaches. Éliminer la concurrence iranienne, faire monter les prix, asseoir leur domination. La guerre comme outil marketing. Les bombes comme levier économique.

    Des morts, des destructions, des milliers d’emplois détruits en Iran, pour que des milliardaires californiens s’enrichissent encore plus. Voilà l’ignominie. Voilà la guerre “humanitaire”. Des milliards de dollars en bombes, des milliers de morts, et au bout, des actionnaires qui dansent sur les décombres. En mangeant des pistaches. Forcément.

    Les réseaux financiers répugnants de la guerre. Ceux qu’on ne voit pas. Ceux qui tirent les ficelles. Ceux qui financent les lobbys, achètent les politiciens, et regardent les pistaches brûler en se frottant les mains.

    https://video.twimg.com/amplify_video/2042842970865676288/vid/avc1/1500x1080/c3nQrDIerNvG4zNP.mp4

    #géopolitique #ploutocratie #guerre

  • La crise financière qui vient, par Frédéric Lordon (16 mars 2026)

    Il avait fallu qu’une pleine année s’écoule pour passer des premières secousses de Bear Stearns en 2007 à l’effondrement de Lehman en septembre 2008. Michael Burry, immortalisé par The Big Short, avait dû attendre pour que ses positions short finissent par payer. Le dialoguiste lui met dans la bouche cette réplique fameuse : « I may be early but I’m not wrong ». Accessoirement, le Michael Burry d’aujourd’hui a massivement désinvesti pour retourner au cash, comme Warren Buffet... On ne prendra pas les oracles pour argent comptant, mais il y a quand même comme qui dirait un « tableau ».
    https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient

    Accessoirement, Michael Burry a shorté massivement Nvidia et autres géants de l’IA : https://www.lesechos.fr/tech-medias/intelligence-artificielle/apres-avoir-parie-a-la-baisse-contre-nvidia-et-palantir-le-celebre-investis

  • La crise financière qui vient | Frédéric Lordon
    https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient

    Elle revient, et elle n’est pas contente — la crise financière. L’animal est de forte taille, il va faire du dégât sur son passage. Nous nous dirigeons vers des événements de format « subprime ».

    Certains la guettaient depuis un moment, croyaient la voir venir, mais regardaient dans la mauvaise direction : la bulle IA. Comme en 2000 au moment de la bulle « Internet » : de folles valorisations boursières, enivrées par d’affolantes démonstrations de cash burning — le monde à l’envers : plus on jette de l’argent par les fenêtres plus on est considéré — sans perspectives de profit a minima consistantes. Ça n’était pas raisonnable, ça ne pouvait pas durer ; ça ne dura pas. La bulle finit par éclater. Mais sans grand dommage — disons : rien qui puisse se comparer à ce qui suivit la chute de Lehman Brothers. En réalité les krachs dans les marchés d’actions ont rarement de spectaculaires conséquences. Celui d’octobre 1987, qui vit pourtant les indices perdre 20 % en une journée, fut absorbé avec une aisance déconcertante.

    Non, les crises qui tapent viennent toujours du même secteur : le crédit. Les crises financières dévastatrices sont des crises de la dette — et, il n’est pas superflu de le souligner : de la dette privée (quand on nous rebat les oreilles H24 des terrifiants périls de la dette publique). Telle fut la crise des subprimes. Telle est la crise qui vient. Comme toujours issue d’une certaine manière de la précédente : la manière de l’évasion. Évasion de quoi ? De la régulation, bien sûr. La bulle des subprimes elle-même s’était formée par explosion d’une « innovation » financière destinée à contourner les « insupportables » restrictions qui pesaient sur les crédits bancaires. Et l’on connut la titrisation, avec ses crédits bancaires poolés, tranchés, structurés, et rendus négociables sur les marchés, pour pouvoir être sortis des bilans des banques… et qu’elles puissent recommencer. Toute une petite industrie, merveilleusement profitable, qui permettait, disait le prospectus, de transformer le junk en or, c’est-à-dire les crédits immobiliers les plus foireux — sub-prime — en actifs hautement rémunérateurs, supposément liquides, supposément sans risque. Las, tout ça finit mal — mal finir signifiant pour la finance : avec de la re-régulation. Tellement peu de chose en fait, mais comme toujours « insupportable », donc préparant le mouvement d’après pour s’y soustraire à nouveau. Nous y voilà.

    • Comment tout ceci peut-il tourner ? Voyons, concentrons-nous, réfléchissons bien : plutôt mal. Des événements comme les limitations de retrait font des dommages considérables dans les esprits. Le fund run va comparativement donner à un lever de rideau de grand magasin un jour de soldes des airs de rêveries du promeneur solitaire. La dernière chose qui pouvait (éventuellement) convaincre de garder son calme, à savoir la conjoncture économique générale, est désormais enfouie sous les ruines au Proche-Orient. Il faut admettre que le commander in chief est un sacré farceur. Aurait-il eu le projet de tout faire aller au pire qu’il ne s’y serait pas pris autrement. C’est que les interactions entre la crise financière gouvernée par le private credit et la situation géopolitique guerrière sont violentissimes. On pouvait difficilement trouver meilleur moment pour bombarder, et faire bombarder, tout le Proche-Orient. Le Financial Times parle de « désorganisation historique » du marché du pétrole, sans compter la dislocation des chaînes d’approvisionnement — car il n’y a pas que du pétrole qui passe par le détroit d’Ormuz, et des secteurs entiers seront bientôt à l’arrêt faute de leurs matières premières usuelles.
      La géopolitique étant ipso facto de la géoéconomie, évidence élémentaire qui n’est plus à la portée des braindead de Washington, la guerre contre l’Iran est assurée d’une crise économique mondiale de première grandeur. Quelle bonne idée au moment où, précisément, le doute qui pèse sur tout le private credit (PC) a pour unique objet le taux de défaut des actifs sous-jacents, c’est-à-dire des entreprises moyennes-grandes (le PC concerne des entreprises qui font entre quelques dizaines et quelques centaines de millions de dollars d’EBITDA (2)), non-cotées — de qualité… inégale, dira-t-on. Mettre l’économie mondiale à l’arrêt, en un moment où la menace des défauts est partout, voilà qui va bien arranger les private bidons.

      Ceci dit, le camarade Lordon caresse toujours l’espoir de l’avènement d’un « Grand-Soir » suite à une #crise_de_liquidités. On peut toujours rêver avec lui (ou pas).

      #bank_run #fund_run #shadow_banking_system #private_credit #braindead

  • La crise financière qui vient
    par Frédéric Lordon, 16 mars 2026

    https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient

    Camions citernes, donc ? Il est bien certain qu’en cas de crise de liquidité géante, ils sont la première partie de la réponse à la question de savoir « qu’y faire ? ». Si vraiment on veut se projeter, il faut cependant poser, et dès maintenant, une autre question, plus fondamentale : non pas « qu’y faire ? », mais bien plutôt : qu’en faire ? Politiquement. Parce que cette fois, il s’agira de ne pas laisser passer, et, contrairement à la suite donnée aux événements de 2008, d’« en » faire quelque chose, pour de bon.

    À suivre

    • Comment tout ceci peut-il tourner ? Voyons, concentrons-nous, réfléchissons bien : plutôt mal. Des événements comme les limitations de retrait font des dommages considérables dans les esprits. Le fund run va comparativement donner à un lever de rideau de grand magasin un jour de soldes des airs de rêveries du promeneur solitaire. La dernière chose qui pouvait (éventuellement) convaincre de garder son calme, à savoir la conjoncture économique générale, est désormais enfouie sous les ruines au Proche-Orient. Il faut admettre que le commander in chief est un sacré farceur. Aurait-il eu le projet de tout faire aller au pire qu’il ne s’y serait pas pris autrement. C’est que les interactions entre la crise financière gouvernée par le private credit et la situation géopolitique guerrière sont violentissimes. On pouvait difficilement trouver meilleur moment pour bombarder, et faire bombarder, tout le Proche-Orient. Le Financial Times parle de « désorganisation historique » du marché du pétrole, sans compter la dislocation des chaînes d’approvisionnement — car il n’y a pas que du pétrole qui passe par le détroit d’Ormuz, et des secteurs entiers seront bientôt à l’arrêt faute de leurs matières premières usuelles.