Le Comptoir – « Le comptoir d’un café est le parlement du peuple » Honoré de Balzac

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  • Les idées d’extrême droite s’épanouissent au gouvernement avec Darmanin et Macron
    https://ricochets.cc/Les-idees-d-extreme-droite-s-epanouissent-au-gouvernement-avec-Darmanin-et

    Les idées d’extrême droite ne sont pas seulement au pouvoir à la municipalité de Crest, elles se développent aussi dans le gouvernement Macron et au coeur du système policier. DARMANIN : L’EXTRÊME DROITE AU POUVOIR Le nouveau ministre de l’Intérieur n’est pas seulement un individu accusé de viol, ni un homme qui reconnaît avoir fait du chantage sexuel en profitant de sa position de pouvoir. Le nouveau ministre de l’intérieur est aussi un politicien arriviste, qui reprend les mots et les idées de (...) #Les_Articles

    https://comptoir.org/2019/04/23/ugo-palheta-la-poussee-autoritaire-de-la-france-rend-possible-une-dictatur
    https://www.bastamag.net/syndicalisme-policier-droitisation-de-la-police-Fasp-Alliance-etat-d-urgen
    https://lundi.am/Qui-est-fasciste-par-Jacques-Fradin
    https://www.franceculture.fr/histoire/johann-chapoutot-le-nazisme-une-multitude-de-centres-de-pouvoir-qui-so

  • L’#écologie miyazakienne, force révolutionnaire – Le Comptoir
    https://comptoir.org/2020/06/11/lecologie-miyazakienne-force-revolutionnaire

    Beaucoup d’étiquettes gravitent autour du cinéma d’animation de Hayao #Miyazaki. Parfois, à tort ou raison, elles se posent et se collent impulsivement à ses œuvres, occultant parfois des réflexions qui pourraient mener sur le chemin des actions révolutionnaires. Si la poésie du cinéma d’animation du réalisateur possède en elle une puissance capable d’unir l’intime à l’universel et d’émouvoir par la seule caresse du vent sur les herbes hautes de la plaine, alors il est possible d’aller chercher, dans cette expérience immersive singulière, l’écologie miyazakienne et sa force révolutionnaire.

    #ghibli

  • À Saint-Brieuc, la transition écologique à l’épreuve des aménageurs de pavillons et des élus incompétents – Le Comptoir
    https://comptoir.org/2020/01/09/saint-brieuc-transition-ecologique

    Pour montrer l’incompétence des élus et fonctionnaires à (essayer de) répondre à la catastrophe climatique en cours, il n’y a qu’à se pencher : à tous les échelons, ils abondent. Exemple en Bretagne, à Saint-Brieuc, ville qui se dépeuple mais où la municipalité fait construire des lotissements résidentiels riquiqui, contre le bon sens, contre les recommandations de la Région… et à rebours de ses annonces.


    Vue zénithale du quartier de la Ville-Jouha. Une partie de la zone verte est menacée par un projet pavillonnaire inutile, dans une ville qui perd des habitants et dispose d’un parc de logements anciens suffisant pour accueillir de nouveaux résidents.

  • Refuser un destin de #bétail_cognitif avec #Gilles_Châtelet – Le Comptoir
    https://comptoir.org/2019/06/13/refuser-un-destin-de-betail-cognitif-avec-gilles-chatelet

    un mathématicien opposé au calcul rationel

    Le #mathématicien et philosophe, ancien professeur de l’Université libre de Vincennes, ne sera pas parvenu à achever l’œuvre de désenfermement dont « Vivre et penser comme des porcs » était la promesse, et qui lui aurait à coup sûr donné une place de choix au sein de la résistance française contre le #pragmatisme_libéral. C’est une des raisons pour lesquelles il faut lire ce livre : pour tenter de contrer la fatalité, et offrir post-mortem à Gilles Châtelet un peu de l’écho que son entreprise contre « l’#Homme_moyen » mérite.

    [...]

    Les Animaux malades du consensus, publié en 2010 aux éditions Lignes, c’est là tout le maigre matériau que l’on pourra trouver du mathématicien et philosophe (qui a par ailleurs produit quelques ouvrages dans ces deux disciplines) : un somme toute bien maigre taillis qui fait penser que l’auteur devait être de ces essences qui ne font pas de rejets.

    [...]

    Gilles Châtelet montre brillamment de quelle façon les « partisans branchés de la #Contre-Réforme_libérale » s’emploient à élargir la « spiritualité de marché » du domaine économique au domaine politique ; à promouvoir l’envie politique en miroir du besoin économique et à ainsi dégrader la politique en « gestion d’une compétition d’agrégats ». Il tire à boulets rouges sur ces « politologues-mathématiciens » qui, par la promotion du calcul différentiel (promotion de micro-volontés individuelles sensées s’agréger en un tout cohérent), permettent de « donner de la fluidité au brutal », et surtout de faire émerger la masse, masse formidablement inertielle et indifférente, car « le chaos des opinions et des microdécisions finit toujours par accoucher de quelque chose de raisonnable. »
    [...]

    L’ouvrage de Gilles Châtelet commence par un avertissement où on lit cette #urgente_nécessité : « refuser un destin de bétail cognitif ».

  • « Le Talon de fer » de Jack London : socialiste, pessimiste et visionnaire

    "Révolution contre pessimisme

    Le Talon de fer est-il un roman révolutionnaire ? Sans nul doute. Il est empreint de colère et raconte une lutte sociale sans merci, mais ne s’en contente pas. Le romancier s’emploie également – avec brio – à décrypter les mécanismes historiques et politiques qui mènent à la confrontation entre le peuple et ce qu’il appelle « l’oligarchie ». Au même titre que la grande dystopie de George Orwell, cette analyse de la révolution dont nous connaissons les effets aujourd’hui place Le Talon de fer au rang des œuvres à redécouvrir.

    Toutefois, une autre lecture de l’ouvrage est possible. On y retrouve le légendaire pessimisme de Jack London, jamais totalement absent de ses récits, puisque le livre se termine par l’écrasement des forces d’opposition par les sbires du talon de fer. La révolution y est, d’une certaine manière, remisée au rang de révolte, là où le romantisme de l’action politique se conjugue avec le désespoir du statu quo. Comme en écho à une célèbre tirade qu’Edmond Rostand a, en son temps, immortalisée par l’intercession de son personnage culte Cyrano de Bergerac : « Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais ! Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non ! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » "

    #roman #dystopie #JackLondon #révolution #révolte #peuple

    https://comptoir.org/2016/11/21/le-talon-de-fer-de-jack-london-socialiste-pessimiste-et-visionnaire

  • Violence contre violence

    Dans Le Talon de fer (1908), du romancier américain Jack London, Ernest, un militant socialiste, affronte « les maîtres du jour dans leur propre repaire » : le club des Philomathes.

    -- Et maintenant, déclara Ernest, il nous faut tout ce que vous possédez. Nous ne nous contenterons de rien de moins. Nous voulons prendre entre nos mains les rênes du pouvoir et la destinée du genre humain. Voici nos mains, nos fortes mains ! Elles vous enlèveront votre gouvernement, vos palais et toute votre aisance dorée, et le jour viendra où vous devrez travailler de vos mains à vous pour gagner du pain, comme le fait le paysan dans les champs ou le commis étiolé dans vos métropoles. Voici nos mains : regardez-les ; ce sont des poignes solides ! (…)
    Ce fut à la fin de la discussion que M. Wickson prit la parole. (…) Il fit soudain face à Ernest. L’instant était dramatique.

    -- Voici donc notre réponse. Nous n’avons pas de mots à perdre avec vous. Quand vous allongerez ces mains dont vous vantez la force pour saisir nos palais et notre aisance dorée, nous vous montrerons ce que c’est que la force. Notre réponse sera formulée en sifflements d’obus, en éclatements de shrapnells et en crépitements de mitrailleuses. Nous broierons vos révolutionnaires sous notre talon et nous vous marcherons sur la face. Le monde est à nous, nous en sommes les maîtres, et il restera à nous.

    source : Le Monde diplomatique janvier 2019
    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/A/59407
    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/A/59449
    http://www.editionslibertalia.com/catalogue/la-petite-litteraire/jack-london-le-talon-de-fer-poche
    https://comptoir.org/2016/11/21/le-talon-de-fer-de-jack-london-socialiste-pessimiste-et-visionnaire
    #Jack_London

  • Franck Lepage : « Le gilet jaune est le symbole d’une conscience de classe qui est en train de renaître »
    https://comptoir.org/2018/12/26/franck-lepage-le-gilet-jaune-est-le-symbole-dune-conscience-de-classe-qui-

    Franck Lepage, cofondateur de la coopérative d’éducation populaire Le Pavé et de l’association L’Ardeur, ancien directeur du développement culturel à la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture, développe et propage depuis des années le modèle de la conférence gesticulée, dont il est à l’origine. Nous avons souhaité nous entretenir avec lui autour de l’éducation populaire et de la multiplication des conférences gesticulées, ainsi que de l’insurrection des Gilets jaunes, en passant par le pouvoir macronien.

  • La stratégie du « starve the beast » ou l’art de tuer la solidarité nationale – Le Comptoir
    https://comptoir.org/2018/12/18/la-strategie-du-starve-the-beast-ou-lart-de-tuer-la-solidarite-nationale

    Il s’agit dans un premier temps de baisser les recettes de l’État et des organismes sociaux afin d’assoiffer la bête publique qui voit ainsi ses déficits augmentés. Il en est ainsi en France depuis les années 1990 où, à force d’exonérations de cotisations sociales pour un faible effet économique, on baisse les recettes destinées aux retraites, à la santé ou au chômage. Pour les services publics, le mitage de l’assiette de l’impôt par le biais de niches fiscales à l’efficacité parfois douteuse réduit les marges de manœuvre budgétaires et imposent des choix drastiques comme la diminution des implantations locales des services du fisc ou des hôpitaux ou tout simplement la réduction du service fourni. À force de coupes budgétaires, la qualité du service devient de plus en plus déplorable. C’est ainsi le cas dans le système ferroviaire où très récemment lors d’une réunion du conseil régional de l’Occitanie, la région a affirmé ne pas être en mesure de rénover les petites lignes qui traversent la région car la puissance publique refuse de mettre la main à la patte. C’est ainsi que les retards augmentent et les accidents se multiplient fautes de dépenses d’entretiens suffisantes ou de suppressions de personnel qui entraîne un mécontentement généralisé des usagers. On note les mêmes problématiques au sein de l’hôpital, de la justice ou au sein des services locaux des impôts, les universités…

    • Merci @monolecte, du coup j’ai recherché, et c’était très intéressant !

      Reagan’s Farewell Address, 1989 : or, Common Sense | The Historic Present
      https://thehistoricpresent.com/2015/03/25/reagans-farewell-address-1989-or-common-sense

      Welcome to part 2 of our close reading of President Ronald Reagan’s Farewell Address of January 11, 1989. Here we pick up from where we left off in part 1 with Reagan explaining the “American miracle” that won him the respect, at last, of all those aristocrats at the G7 meeting in Ottawa.

      Well, back in 1980, when I was running for President, it was all so different. Some pundits said our programs would result in catastrophe. Our views on foreign affairs would cause war. Our plans for the economy would cause inflation to soar and bring about economic collapse. I even remember one highly respected economist saying, back in 1982, that “The engines of economic growth have shut down here, and they’re likely to stay that way for years to come.” Well, he and the other opinion leaders were wrong. The fact is, what they called “radical” was really “right.” What they called “dangerous” was just “desperately needed.”

      —That “highly respected economist” was Lester Thurow, and his complaint was with Reagan’s “trickle-down economics” theory which said that if you cut income taxes and suspend all federal regulation of business, you will get business owners with plenty of cash on hand to expand by any means necessary and voila, you will have more jobs and more output and a booming economy. This enticing idea won many people over to Reagan in 1980 and 81. He advertised it during a 1981 speech with this graph:

  • « Affirmer que l’Europe c’est la paix est une fadaise doublée d’une mystification » Olivier Delorme
    - 27 Novembre 2018 - Le Comptoir

    https://comptoir.org/2018/11/27/olivier-delorme-affirmer-que-leurope-cest-la-paix-est-une-fadaise-doublee-

    Le Comptoir : Vous vous moquez du lieu commun européiste disant que l’Europe c’est la paix… La formation de l’Union européenne n’a-t-elle pas aidé à pacifier une Europe qui a connu deux guerres mondiales et bien d’autres encore ?


    Olivier Delorme : Nullement. En réalité, la guerre est impossible en Europe dès lors que les États-Unis d’Amérique en 1945, puis l’Union soviétique en août 1949, ont acquis l’arme atomique. En effet, au mois d’avril de cette même année 1949, dix États européens de l’Ouest se sont liés au Canada et aux États-Unis par le pacte d’assistance mutuelle qu’on appelle l’Alliance atlantique, tandis que des troupes soviétiques stationnent dans la plupart des États d’Europe de l’Est qui formeront le Pacte de Varsovie en 1955. Dès lors, les deux Grands peuvent, en Europe, se jauger, se gêner, mais pas provoquer une remise en cause de l’équilibre qui dégénérerait en conflit nucléaire, puisque chacun considère son “glacis européen” comme faisant partie de ses intérêts vitaux. C’est l’équilibre de la terreur, et rien d’autre, qui assure la paix en Europe après 1945.

    Quant à la possibilité d’une guerre franco-allemande dans ce contexte géopolitique, elle relève simplement du burlesque. Les États-Unis exerçant sur l’Europe de l’Ouest une hégémonie sans partage jusqu’en 1958, il est en effet extravagant d’imaginer que des États qui dépendent entièrement d’eux pour leur sécurité et beaucoup pour leur approvisionnement et leur reconstruction (plan Marshall), qui abritent en outre sur leur territoire des bases américaines, puissent entrer en guerre les uns contre les autres. Enfin, lorsque la France quitte l’organisation militaire intégrée de l’Alliance atlantique (1966), c’est que sa force de dissuasion nucléaire est devenue opérationnelle : aucune agression directe contre elle de la part d’une puissance non nucléaire n’est donc plus envisageable. Dans ces conditions, affirmer que “l’Europe c’est la paix” est une fadaise doublée d’une mystification.

    La réalité, c’est que ce qu’on appelle la “construction européenne” et c’est une construction américaine de guerre froide : il ne s’est jamais agi que d’organiser économiquement la partie de l’Europe sous hégémonie américaine. On sait aujourd’hui que les services spéciaux américains ont abondamment financé les mouvements paneuropéens, et que la plupart des “Pères de l’Europe” ont été ce que les archives de la CIA désignent comme des hired hands ou mains louées, ce que je propose, dans ces 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe, de traduire par mercenaires ou domestiques appointés. D’ailleurs, nombre de ces Pères ont aussi eu une carrière à l’OTAN et/ou une retraite dorée dans des multinationales américaines.

    Quant à la pacification des relations entre les deux blocs de la guerre froide, elle n’a elle non plus strictement rien eu à voir avec la “construction européenne”. Elle s’est faite d’abord à l’initiative du général de Gaulle, qui parlait volontiers d’Europe de l’Atlantique à l’Oural, c’est-à-dire sans aucun rapport avec l’Europe américaine de Monnet et de ses compères, et pour partie en réaction à l’échec du seul plan européen qui n’a pas été inspiré ou patronné par les Américains (Plan Fouchet, 1961-1962) et que, pour cette raison, les partenaires d’alors de la Communauté économique européenne (CEE) ont fait capoter. De même, l’autre politique de détente européenne a été initiée par un autre État-nation du continent, et de nouveau hors du cadre de la CEE. C’est l’Ostpolitik de l’Allemand Willy Brandt, qui répond d’abord à des impératifs nationaux allemands. Les États-nations ont donc joué, dans la pacification de l’Europe, un rôle bien plus actif que la “construction européenne”.

    Ajoutons encore que, à Chypre, l’Union européenne (UE) n’a fait qu’entériner l’occupation et la colonisation illégale (depuis 1974) de 37 % d’un État qui en est devenu membre en 2004 (la République de Chypre) par un État candidat à l’Union (la Turquie) : situation parfaitement ubuesque ! Et l’UE n’a jamais sérieusement tenté quoi que ce soit, ni exercé la moindre pression significative sur la Turquie, afin de dégager une solution politique à ce conflit. Elle n’a pas davantage manifesté la moindre solidarité aux Chypriotes qui, depuis plusieurs mois, doivent faire face à des intimidations de la marine de guerre turque destinées à empêcher la mise en valeur de gisements gaziers situés dans la zone économique exclusive de la République de Chypre.


    De même l’UE n’a-t-elle jamais rien tenté de sérieux pour obtenir de la Turquie – qu’elle finance pourtant largement au titre de la pré-adhésion et, plus récemment, à celui du chantage aux migrants – qu’elle mette fin à ses innombrables violations des espaces maritime et aérien grecs, c’est-à-dire à la violation des frontières de l’Union ! Et lorsque, en 1996, la Turquie occupe les îlots grecs d’Imia (de nouveau menacés le printemps dernier), conduisant les deux pays au bord du conflit (trois morts dans le crash d’un hélicoptère grec), la Commission et le Conseil se taisent. Seul le Parlement vote une résolution, sans la moindre conséquence pratique, réaffirmant les droits souverains de la Grèce et invitant le Conseil à « prendre les mesures qui s’imposent pour améliorer les relations entre la Grèce et la Turquie ». Ce qu’il ne fera pas. C’est finalement une médiation américaine qui rétablira le statu quo.

    Or, la permanence de la menace turque, qui a connu un regain ces derniers temps sans plus de réaction de l’UE, contraint la Grèce à soutenir un effort militaire disproportionné : elle est le pays de l’OTAN qui consacre, après les États-Unis, la part la plus importante de son PIB aux dépenses militaires. Et cet effort a largement contribué à la “construction” de la fameuse dette grecque, tout en enrichissant les industries de défense allemande et française, dont la Grèce figure régulièrement parmi les clients les plus importants.

    Enfin, ce qu’on appelait alors les “Communautés européennes” a joué un rôle singulièrement toxique dans le déclenchement des guerres de sécession yougoslaves, et fait la démonstration que la prétendue solidarité européenne ne pèse rien dès que des intérêts nationaux puissants sont en jeu. En effet, si le 16 décembre 1991 le Conseil européen fixait à l’unanimité les critères de reconnaissance des indépendances slovène et croate et chargeait une commission d’arbitrage de les apprécier, l’Allemagne puis l’Autriche, soucieuses de se reconstituer un espace d’influence plus ou moins exclusive sur d’anciennes terres austro-hongroises devenues yougoslaves en 1918, violaient la décision du Conseil dès le 23 décembre, mettant ainsi le feu aux poudres. De même, les décisions européennes, comme je l’explique dans le troisième tome de La Grèce et les Balkans (Gallimard, 2013) contribuèrent-elles largement au déclenchement des hostilités intercommunautaires en Bosnie-Herzégovine. Donc non seulement la “construction européenne” n’a pas créé les conditions de la paix en Europe, mais elle s’est montrée incapable de contribuer à la maintenir.

    On parle beaucoup de “faire l’Europe”, et les euro-libéraux mettent en avant qu’il s’agit de la seule façon de s’opposer aux grandes nations comme les USA, la Chine ou la Russie. Mais n’est-ce pas contradictoire avec l’implication grandissante de l’OTAN au sein de l’UE ? Quels sont d’ailleurs ces liens avec cette organisation issue de la Guerre froide ?
    OTAN et UE ont une même origine – la Guerre froide – et un même but : l’intégration entre les deux rives de l’Atlantique. Comme l’ont de nouveau montré la rage de la Commission européenne à négocier le TAFTA dans la plus totale opacité, de manière à cacher la réalité à des opinions européennes largement hostiles à cet accord, et sa volonté de contourner les parlements nationaux dans la ratification du CETA.

    Si l’on examine la chronologie, la création en 1952 de la première Communauté européenne, celle du charbon et de l’acier (CECA), conçue par Monnet, agent d’influence américain – stipendié ou non peu importe – est suivie de peu par la substitution1, dans les importations des pays de cette CECA, du charbon américain en surproduction au charbon polonais, de bien meilleure qualité mais se trouvant dans une Europe avec laquelle les États-Unis veulent que les échanges commerciaux cessent. Puis les États-Unis accordent à la CECA, dès 1953, un prêt dont la contrepartie est l’augmentation des achats de leur charbon au coût minoré par des subventions au fret. Au final, la CECA a permis aux États-Unis d’exporter en Europe leur surproduction, ce qui conduit, à terme, à la fermeture des mines des États membres de la CECA eux-mêmes.

    Ajoutons que le premier ambassadeur américain près la CECA, nommé à la demande pressante de Monnet, est David Bruce, qui fut chef de la branche européenne de l’OSS (l’ancêtre de la CIA) puis un très interventionniste ambassadeur en France (1949–1952) ; il le sera ensuite en Allemagne (1957-1959) et au Royaume-Uni (1961-1969). Bruce sera également chargé de pousser à la constitution de la Communauté européenne de défense (CED), destinée à répondre aux exigences américaines d’un réarmement allemand après le début de la guerre de Corée (juin 1950). Car les États-Unis devant envoyer des troupes en Corée, ils demandent aux Européens de participer davantage à leur propre défense (ça ne date pas de Trump !). La CED est imaginée de nouveau par Monnet (ou par ceux qui lui soufflent ses idées) pour neutraliser les oppositions en Europe à la renaissance d’une armée allemande cinq ans après la fin du second conflit mondial, et le gouvernement français de René Pleven la fait sienne (octobre 1950). Le traité est signé en mai 1952, mais l’opposition des gaullistes et des communistes fera échouer sa ratification au Parlement français en août 1954.
    Parallèlement, en février 1952, la conférence de Lisbonne des États membres de l’Alliance atlantique adopte le rapport d’un comité de sages – dont Monnet, l’indispensable bonne à tout faire des Américains, est bien sûr l’un des membres – qui crée une organisation militaire intégrée, l’OTAN, destinée à placer sous commandement américain l’armée dite européenne (CED) qui n’a d’autre fonction que d’être une troupe de supplétifs. Enfin, on confie aussi à Bruce la tâche de promouvoir la création d’un organe politique européen unique. Moins d’un an après la mort de la CED, se réunit la conférence de Messine (juin 1955) qui lance la négociation sur les traités de Rome signés le 25 mars 1957. Et le 16 mai suivant, le Belge Paul-Henri Spaak, qui a été le principal artisan de ces traités, devient le 2e secrétaire général de l’OTAN, poste dans lequel un autre des “pères-signataires” de Rome en 1957, le Néerlandais Joseph Luns, sera le recordman de durée (1971-1984). OTAN et “construction européenne” sont intimement liées : elles ont toujours été les deux faces d’une même monnaie !
    Et la “défense européenne”, aujourd’hui comme au temps de la CED, n’a jamais été qu’un leurre. Lors de la négociation du traité de Maastricht, il s’est rapidement avéré que la plupart des États ne pouvaient concevoir que le “pilier” de défense et de sécurité commune fût autre chose que l’OTAN. On y a mis les formes parce que la France n’avait pas encore liquidé l’héritage gaullien, mais la réintégration de celle-ci dans cette organisation militaire sous commandement américain, ébauchée par Chirac, conclue par Sarkozy et ratifiée (malgré des engagements contraires) par Hollande, rend inutiles les circonlocutions d’autrefois. Ce n’est pas tant qu’il y ait une “implication grandissante” de l’OTAN dans l’UE, c’est juste qu’on dissimule moins une réalité consubstantielle à la “construction européenne”.
    Par ailleurs, pour les États de l’Europe anciennement sous hégémonie soviétique, l’intégration à l’UE a été l’antichambre de l’intégration à l’OTAN (raison pour laquelle Moscou a réagi si vigoureusement lors de l’association de l’Ukraine à l’UE). Et j’oserais dire que, pour eux, l’appartenance à l’OTAN est beaucoup plus importante que leur appartenance à l’UE.


    Mais ce qui est aujourd’hui le plus drôle, c’est que les orientations de la nouvelle administration américaine viennent troubler ce très vieux jeu. Parce que la monnaie européenne, largement sous-évaluée pour les fondamentaux de l’économie allemande (et largement surévaluée pour la plupart des économies de la zone que cette monnaie étouffe), est devenue un redoutable instrument de dumping au service des exportations allemandes, Trump range désormais l’UE parmi les ennemis des États-Unis et remet en cause le libre-échange avec cet espace. Alors qu’on sait que, par le passé, les États-Unis ont été à la fois les moteurs du libre-échange (qui est toujours la loi du plus fort… mais les États-Unis n’étant plus aujourd’hui les plus forts, ils n’y ont plus intérêt) comme de la monnaie unique. L’ouverture des archives américaines a ainsi révélé un mémorandum de la section Europe du département d’État américain, en date du 11 juin 1965, dans lequel Robert Marjolin, l’ombre de Monnet et vice-président de la Commission (1958-1967), se voyait prescrire « de poursuivre l’union monétaire à la dérobée (ou en rusant), jusqu’au moment où ‘l’adoption de ces propositions serait devenue pratiquement inéluctable »²… Ceci est à mettre en parallèle avec la décision du sommet européen de La Haye, en décembre 1969, de confier à une commission présidée par le Luxembourgeois Pierre Werner l’élaboration du premier projet (rapport remis en octobre 1970) d’union économique et monétaire.

    Par ailleurs, le même Trump n’a plus de mots assez durs pour l’OTAN qui, à ses yeux, coûte trop cher aux Américains. D’autant que ses relations avec Poutine semblent indiquer qu’il souhaite sortir de l’actuel remake de Guerre froide. On oublie souvent, en Europe, que le principe fondamental de la diplomatie américaine, depuis l’indépendance jusqu’en 1948, a été le refus des alliances permanentes. Ce n’est que le contexte de la Guerre froide qui a justifié le vote au Congrès de la résolution Vandenberg autorisant le président des États-Unis à conclure des alliances en temps de paix. Trump entend-il refermer ce qui pourrait n’avoir été qu’une parenthèse de soixante-dix ans ?

    Hostilité à l’UE et désintérêt pour l’OTAN – deux créations états-uniennes –, c’est en tout cas ce qui cause aujourd’hui une forme d’affolement chez beaucoup de dirigeants européens et dans la nomenklatura de l’UE : comment des marionnettes pourront-elles vivre sans leur marionnettiste ?

    Vous plaidez pour l’indépendance de la France, mais la France n’est-elle pas trop petite pour s’imposer sur la scène internationale ?
    Non. Hier comme aujourd’hui, la question de la taille est une fausse question. Je ne vais pas vous faire la liste de tous les Empires, colosses aux pieds d’argile – jusqu’à l’URSS –, qui ont péri non en dépit mais, en tout ou partie, à cause de leur taille et de leur hétérogénéité. Ni la liste des petits États qui ont profondément marqué l’histoire de l’humanité – les cités grecques plus que l’immense Empire perse – ou le monde contemporain, quoi qu’on pense par ailleurs de leur action – Israël, par exemple. Le petit Uruguay est aujourd’hui un laboratoire politique, économique et social qui a engrangé bien plus de réussites que ses deux voisins géants, l’Argentine et le Brésil.

    Un État n’est pas fort parce que son territoire est étendu ou sa population nombreuse. Il est fort parce que s’y exprime une volonté d’exister et de se projeter dans l’avenir en tant que peuple, une conscience d’avoir des intérêts communs, de former une communauté qui se traduit en volonté politique.

    L’UE n’est pas une volonté – parce les Européens ne forment pas et ne formeront pas un peuple, en tout cas pas avant très longtemps. Elle n’est pas davantage une addition de volontés. Parce que ses États membres, et les peuples dont ils sont l’expression, n’ont ni les mêmes intérêts, ni la même vision du monde, ni la même conception de leur rôle dans ce monde, ni le même mode de vie, etc. L’UE n’est jamais que la soustraction de vingt-huit ou vingt-sept objections à chaque décision qu’elle doit prendre, et chaque décision n’est, au final, que le plus petit commun dénominateur entre vingt-sept ou vingt-huit intérêts divergents. Un plus petit commun dénominateur qu’il faut à chaque fois négocier âprement pendant que passent les trains de l’histoire. On ne joue aucun rôle, on ne pèse rien quand on est un plus petit commun dénominateur : on ne fait que subir la volonté de ceux qui ont le courage de l’exprimer.


    En réalité, l’UE n’est que l’expression de vingt-sept lâchetés, de vingt-sept renoncements à exister par soi-même ; l’UE ne peut-être qu’un monstre mou, un géant aboulique et privé d’agilité. Aujourd’hui comme hier, et peut-être plus qu’hier, mieux vaut être une puissance moyenne, agile, qui sait ce qu’elle veut et coopère tous azimuts avec d’autres, sur la base de l’égalité et des avantages mutuels, plutôt qu’une partie impuissante d’un Empire impotent – plutôt le roseau que le chêne, pour paraphraser La Fontaine.

    Par ailleurs, que dire d’un pays comme la Belgique, morcelée de l’intérieur et de faible envergure tant du point de vue géographique et militaire que du point de vue démographique ? Pablo Iglesias pour les mêmes raisons refuse d’envisager une sortie de l’UE. La sortie n’est-elle pas l’apanage des nations privilégiées ?
    Comme je l’ai dit plus haut, la question n’est pas la taille mais la volonté de faire communauté politique. Il y a, je crois, 193 États membres de l’ONU, c’est-à-dire qu’il n’y a jamais eu autant d’États sur notre planète, et des États de toutes tailles. Prétendre donc que le temps des États nationaux serait révolu est une baliverne : nous vivons précisément le triomphe des États nationaux, indépendamment de leur taille, du niveau de leur PIB ou de l’importance de leur population.

    En revanche, plus vous éloignez le citoyen des centres réels de décision, plus vous soustrayez le pouvoir réel à tout contrôle démocratique réel, plus vous décrédibilisez à la fois la démocratie et l’État national. Mais, contrairement au plan des eurolâtres, cette décrédibilisation ne se traduit pas par une demande de “plus d’Europe”, elle produit un repli vers l’infranational. Puisqu’on sait que l’État national ne protège plus et que l’Europe ne protège pas, on se replie vers des identités – réelles ou fantasmées – culturelles, linguistiques, religieuses… dont on attend une autre forme de protection. Et ce phénomène est particulièrement sensible dans certains États de formation récente ou fragiles du fait de régionalismes forts comme la Belgique, l’Espagne ou l’Italie.

    Quant aux responsables politiques de gauche dite radicale ou populiste, leur pusillanimité à l’égard de la question européenne tient à mon avis à deux méprises qui risquent d’être mortelles pour eux. Ils pensent qu’on ne peut pas gagner une élection en expliquant pourquoi la sortie de l’UE est indispensable à la reconstruction de la démocratie et de l’État social. Mais lors du référendum grec de 2015, on a pilonné les Grecs, du soir au matin et du matin au soir, avec une propagande extravagante professant que s’ils votaient “non”, la Grèce serait expulsée de l’euro et de l’Union. Et les Grecs ont pourtant voté “non” à 61,31 %, avec une participation de 62,5 %. Ils n’étaient certes pas tous pour la sortie, mais ils en ont tous pris le risque. Puis il y a eu le Brexit. De même, les calamiteux taux de participation aux élections européennes (on a atteint 13 % en Slovaquie en 2014, et péniblement 43 % dans l’ensemble des pays, seulement parce que certains pratiquent le vote obligatoire) sont un excellent indicateur de l’absence totale d’adhésion populaire à ce projet. Et on va probablement voir, au printemps prochain, un affaissement supplémentaire de la participation conjugué à des gains substantiels pour les partis plus ou moins hostiles à l’UE – avec à la clé un parlement probablement très différent de l’actuel et une Commission où siégeront sans doute un nombre non négligeable d’eurosceptiques plus ou moins déterminés.

    La deuxième raison, c’est qu’à gauche on continue à s’aveugler sur la nature intrinsèque, c’est-à-dire non réformable, de l’UE. Autrement dit à prendre les vessies ordolibérales et libre-échangistes de l’UE pour les lanternes de l’internationalisme.


    La France forme-t-elle vraiment un couple avec l’Allemagne ? De l’extérieur, on a plutôt l’impression d’un maître et son valet suivant à la lettre ses demandes…
    Cette histoire de “couple franco-allemand” relève de la mystification. Comme toute relation bilatérale, celle de la France et de l’Allemagne est fondée sur un rapport de force et connaît des hauts et des bas – plus de bas que de hauts si on fait le compte avec un minimum de bonne foi.
    La fable du couple commencerait avec le tant célébré traité franco-allemand de 1963. Initiative française prise en réponse à l’échec du Plan Fouchet dont j’ai parlé plus haut, ce traité est signé par le chancelier Adenauer. Mais il déchaîne, au sein de son gouvernement comme au Bundestag, une telle opposition haineuse qu’Adenauer fut obligé de s’engager à démissionner pour obtenir sa ratification et que le Bundestag lui ajouta – cas unique dans l’histoire diplomatique –, un préambule interprétatif unilatéral – en partie rédigé par l’inévitable Monnet ! – qui… vidait le texte de son contenu politique en précisant que les liens de la RFA avec les États-Unis primeraient toujours ses engagements envers la France. Là-dessus, Ludwig Erhard remplaça Adenauer à la chancellerie : il était l’homme des Anglo-Américains depuis 1947, et sans doute le politique allemand le plus francophobe de son temps. Sacré mariage !

    Le seul véritable couple fut celui d’Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981). On sait combien Mitterrand vécut mal la réunification à marche forcée imposée par Kohl et sa politique yougoslave à l’opposé de ce que voulait la France. Puis vint le temps – bientôt un quart de siècle – où la France, prisonnière du piège mortel de l’euro, se trouve confrontée aux perpétuelles injonctions allemandes à faire les “réformes nécessaires” pour satisfaire à des règles toujours plus imbéciles et contraignantes d’une monnaie unique absurde. Vingt-cinq ans durant lesquels les gouvernements français – pour préserver le “couple” et par délire eurolâtre – ont renoncé à défendre les intérêts de la France face au gouvernement d’un pays, l’Allemagne, qui mène une politique économique et monétaire dictée par ses seuls intérêts : si couple il y a, il n’est plus que celui du patron et de son larbin.

    Vous parlez de l’influence ordolibérale sur la volonté de soustraire des décisions politiques (liées à des élections) les enjeux économiques. Antonin Cohen qui retrace les liens entre Vichy et la communauté européenne rappelle que la déclaration de Schuman de 1950 visait précisément à promouvoir l’avènement d’une technocratie économique – une déclaration qui rappelle les théories d’inspiration technocratique des années 1930. D’où vient cette méfiance profonde pour la politique et la démocratie sous toutes ses formes ?


    Si on lit Monnet, que de Gaulle définit comme l’inspirateur de toute cette “construction”, ce qui frappe c’est la méfiance qu’il a pour les peuples. En la résumant avec à peine d’exagération pédagogique, la doctrine Monnet c’est : les peuples sont bêtes et donc inclinés à faire des bêtises ; notre rôle, à nous gens raisonnables et sachants, est de les empêcher d’en faire. En conséquence et dès l’origine, le principe central de la “construction européenne” consiste à dessaisir les instances démocratiques des leviers essentiels pour remettre ceux-ci entre les mains de sages qui savent mieux que les peuples ce qui est bon pour eux.

    C’est aussi vieux que la politique ! Lorsque Hérodote, au Ve siècle avant notre ère, fait dialoguer trois hiérarques perses sur le meilleur régime politique, il met les mots suivants dans la bouche de celui qui défend l’oligarchie : « choisissons un groupe d’hommes parmi les meilleurs, et investissons-les du pouvoir ; car, certes, nous serons nous-mêmes de leur nombre, et il est dans l’ordre de la vraisemblance que les hommes les meilleurs prennent les meilleures décisions ». Monnet ET la “construction européenne” sont tout entiers là-dedans.

    Car en dépit de ce que serinent certains, l’Europe n’est pas une “belle idée” détournée de ses fins initiales. Le projet européen vise, dès l’origine et intrinsèquement, à placer en surplomb des démocraties nationales une oligarchie qui vide ces dernières de tout contenu, qui les réduit à des formes creuses, à un rite électoral sans signification puisque ce qui est en jeu n’est plus que de désigner celui qui conduira, dans son pays, la politique unique déterminée dans le sein de l’oligarchie européenne à partir des principes qu’elle a fait graver dans le marbre des traités.

    En outre, l’échec de la CED convainc Monnet que, pour parvenir au but, il faut que les peuples l’ignorent. Il convient donc, plutôt que de présenter un projet fédéral condamné à l’échec, d’empiler les faits accomplis d’apparence technique qui, à terme, rendront inéluctable la réalisation de l’objectif politique. La “méthode européenne” n’a jamais consisté qu’à accumuler les micro coups d’État technocratiques, invisibles sur le moment, qui dessèchent les démocraties nationales de l’intérieur, les privant d’efficacité et de crédibilité. Si l’on refuse de voir ces réalités, on se réduit à l’impuissance face au Moloch européen.


    Alors oui, l’illusion technocratique est au cœur de l’histoire du XXe siècle : les tyrannies totalitaires comme les démocraties nationales d’après-guerre qui ont cherché à concilier démocratie, efficacité et justice partagent ce goût des “experts”. Mais, dans le cas européen, la technocratie est un instrument au service d’un projet oligarchique.

    Ainsi voit-on en Grèce et en Italie, en novembre 2011, à moins d’une semaine d’intervalle, l’UE combiner, et en réalité imposer, le remplacement de deux chefs de gouvernement issus d’élections, un social-démocrate et un conservateur (Papandréou et Berlusconi), par deux technocrates sans la moindre légitimité démocratique : Papadimos, ex-banquier central grec et ex-vice-président de la Banque centrale européenne, et Monti, ex-professeur en économie et management et ex-commissaire européen, tous deux membres de haut niveau de la nomenklatura technocratique européenne. Et l’on voit aujourd’hui en France un gouvernement qui est à la fois le plus technocratique, le plus autoritaire et le plus méprisant pour les droits du Parlement qu’il entend réduire, en même temps qu’il est le plus européen. Exemple qui, pas plus que les deux autres, ne doit rien au hasard mais doit tout à la réalité du projet européen.

    Notes :
    1 Voir Régine Perron, Le Marché du charbon, en enjeu entre l’Europe et les États-Unis de 1945 à 1958 (Publications de la Sorbonne, 2014).
    2 « The State Department also played a role. A memo from the European section, dated June 11, 1965, advises the vice-president of the European Economic Community, Robert Marjolin, to pursue monetary union by stealth. It recommends suppressing debate until the point at which “adoption of such proposals would become virtually inescapable“. » Ambrose Evans-Pritchard, « Euro-federalists financed by US spy chiefs », The Telegraph (19 septembre 2000).

    #UE #Union_européenne #Communautés_européennes #nomenklatura #guerre #Paix #Allemagne #Belgique #Chypre #France #Italie #Turquie #Yougoslavie #construction_européenne #OTAN #TAFTA #CETA #CECA #BREXIT

  • STÉPHANE FRANÇOIS « LA NÉOSORCELLERIE, ENTRE BRICOLAGE ET ÉCOFÉMINISME »
    https://laspirale.org/texte-588-stephane-francois- la-neosorcellerie-entre-bricolage-et-ecofeminisme.html

    STÉPHANE FRANÇOIS « LA NÉOSORCELLERIE, ENTRE BRICOLAGE ET ÉCOFÉMINISME »Qu’elles prétendent se dresser contre Trump ou le machisme ambiant, c’est un fait, les sorcières sont à la mode. De l’ouvrage que vient de leur consacrer la journaliste Mona Chollet à Sabrina, la dernière série pour adolescent.e.s, les adeptes du balai et des chaudrons occupent les têtes de gondoles et font la une de la presse culturelle.

    Une enquête de Stéphane François au cours de laquelle on croise de modernes occultistes (ou prétendus tels), des militantes écoféministes, un rosicrucien, membre de la Société Théosophique, le « Dieu Cornu » et la « Grande Déesse », un démonologue, quelques historiens, et enfin Heinrich Himmler et son Ahnenerbe, le centre de recherche de la SS.

    Un article de Stéphane (...)

    https://laspirale.org/texte-588-stephane-francois-%C2%A0la-neosorcellerie-entre-bricolage-et-ec
    #laspirale

    • Intéressant, merci ! Un exemple de plus de la résistance à reconnaître le rôle déterminant de la misogynie (avec des arguments bien faiblards). cc @mad_meg

    • Je trouve assez drole qu’il demande des noms d’universitaires et se plaigne que Michelet ne soit pas cité. Or Michelet est souvent cité dans les écrits féministes sur les sorcières, en particulier dans Caliban, il y a une partie pour salué son apport sur le sujet et sa compréhension de l’aspect misogyne de cette persécution. Le fait de demander des noms d’universitaires masculins, seuls reconnus par ce journaliste, alors que les féministes vont bien sur privilégié des recherches plus récentes et d’historiennes. D’autre part les féministes ne sont pas historiennes et n’en ont rien à faire de ses barbons d’universitaires.
      La partie sur le féminicide est idiote, le mot féminicide est construit sur la racine de -icide, pas génocide en particulier, mais aussi, homicide, matricide, parricide, infanticide, écocide...

      Par contre je suis d’accord sur la partie à propos de l’essentialisme dans le neo-paganisme, le wicca et certains ecoféminismes. Je suis très opposé à l’idée d’un matriarcat primordiale et les trucs de deesses mère nature me fatiguent beaucoup. J’aime pas les religions, même féministes.

      Après j’ai souris sur le fait qu’il dit qu’il y a des féministes radicales qui s’intéressent aux sorcières.
      En tout cas c’est une promo quand même des sorcières avec pas mal de noms pour se documenté mais avec une grosse couche de mansplanning.

    • Sans trop vouloir me dédouaner de cet article de Stéphane François publié sur le site de laspirale.org j’efface rarement ce qui arrive de ce site puisque j’ai inscrit son flux-RSS dans mes préférences.
      2 liens externes de laspirale :
      https://www.witchboston.org
      http://witchpdx.com
      Après ça, j’ai toujours pas lu ton livre @mona

      Stéphane François est docteur en sciences politiques et historien des idées. Aussi maître de conférence à l’IPAG (Institut de Préparation à l’Administration Générale) de l’Université de Valenciennes. Il fréquente les universitaires d’un peu trop près pour moi, même en dehors du féminisme, comme le remarque @mad_meg J’ai souvent trop de mal à suivre leurs thèses.
      https://seenthis.net/messages/710843
      https://comptoir.org/2017/04/03/stephane-francois-les-nationalistes-revolutionnaires-ont-toujours-ete-a-la
      https://tempspresents.com/author/stephanefrancois
      #Stéphane_François

    • Ok je comprend mieux la partie sur les SS et Himmler maintenant que j’ai quelques infos sur Stéphane François. Merci @vanderling
      J’avais pas relevé cette partie du texte qui est à mes yeux un grossier point godwin. Pour continuer dans son registre il aurais du ajouter que certains nazis étaient végétariens et que certaines féministes le sont aussi ! Il y a des nazis qui se sont intéressés à l’ésotérisme, au paganisme, à l’indouisme, à l’antiquité romaine. Est ce que les personnes qui s’intéressent à ces sujets sont affiliées aux nazis pour autant ? Et c’est un peu paradoxale de se servir d’un rapprochement pareil quant tu m’apprend à quel sujet il consacre son étude.

    • Je t’avoue mon ignorance @mad_meg je ne connais pas Jules Michelet, à part son nom et qu’il était historien. Suite au lien que tu as posté ci-dessus conférence sur les sorcières par des féministes. Voici un lien (qui en contient bcp d’autres) que j’ai trouvé sur le site de france culture avec les voix de Jacques Munier et Céline du Chéné qui me sont plus familières que celle de Michelet.

      Si la figure de la #sorcière paraît plus positive, c’est grâce à « La Sorcière » de #Jules_Michelet mais aussi aux mouvements féministes des années 1970 qui s’en sont emparés pour en faire un objet d’étude, il existe même une branche en gender studies intitulée witch studies.

      https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/sorcieres-44-sorcieres-nature-et-feminismes

  • Les supporters peuvent enfin acheter le maillot deux étoiles des Bleus, fabriqué en Thaïlande pour trois euros
    https://www.novethic.fr/actualite/social/consommation/isr-rse/football-seulement-1-du-prix-du-maillot-deux-etoiles-revient-aux-ouvriers-1


    ©Nike

    Il aura fallu un mois. Depuis la Coupe du monde de football, les supporters s’impatientent de ne trouver en rayon les nouveaux maillots des Bleus arborant deux étoiles, symbole des deux victoires françaises de 1998 et 2018. Selon plusieurs médias, les magasins devraient être approvisionnés ce jeudi 16 août.

    Trois catégories de maillots seront disponibles, les prix allant de 85 à 140 euros, rapporte France Info. 85 euros pour le maillot classique, 110 quand il est floqué du nom d’un joueur et 140 euros lorsqu’il utilise la technologie VaporKnit, un tissu ultraléger et respirant, comme celui porté par les Bleus en Coupe du monde.

    Si les joueurs, à l’instar de Mbappé, ont brillé par leur éthique en reversant en partie ou en totalité leur prime de matchs à des associations, ce n’est pas le cas du maillot deux étoiles. Selon le collectif Éthique sur l’étiquette, le fabricant gagne 65 % du prix de vente. Seulement 1 % reviendrait aux travailleurs. Ainsi, un ouvrier ne touche que 85 centimes sur un maillot vendu à 85 euros.

  • Histoire populaire de la France
    En 1980, l’universitaire Howard Zinn publiait une « Histoire populaire des États-Unis » afin de redonner la parole à ceux qui en avaient été privés — les femmes, les Amérindiens, les esclaves… Trois décennies plus tard, #Gérard_Noiriel s’est lancé dans un projet comparable au sujet de la #France. De la guerre de Cent Ans à nos jours, son ouvrage décortique les relations de pouvoir au sein de la société.
    https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/NOIRIEL/58948
    https://agone.org/memoiressociales/unehistoirepopulairedelafrance
    #histoire


    À paraître le 19/09/2018

  • Entretien avec Le Comptoir (2018)
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1037

    Toujours en librairie : Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme. Voir ici

    Nous avons publié à l’automne 2017 un Manifeste des Chimpanzés du futur, contre le transhumanisme (Editions Service compris), suivi de multiples réunions-débats à travers la France, et d’échanges comme celui-ci avec le site du Comptoir (http://comptoir.org) Le transhumanisme n’est pas une idéologie parmi d’autres, mais l’idéologie dominante de la mécanocratie, la classe dirigeante qui détient les mékhané, les moyens/machines – c’est le même mot en grec - de la puissance. Avoir, savoir, pouvoir. Le transhumanisme a une histoire. Il ne s’est pas toujours nommé ainsi et il changera encore de nom, dès que celui-ci sera devenu infâme, comme il s’est déjà débarrassé du nom d’« eugénisme », trop compromis par les (...)

    « http://comptoir.org » #Documents
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/entretien_avec_le_comptoir_2018.pdf

  • Aude Lancelin : « La déliquescence morale et intellectuelle du journalisme est très préoccupante »
    https://comptoir.org/2018/04/06/aude-lancelin-la-deliquescence-morale-et-intellectuelle-du-journalisme-est

    Agrégée de philosophie, Aude Lancelin est journaliste spécialisée dans le domaine des idées et de la culture depuis presque vingt ans. Elle a été directrice adjointe de la rédaction de « Marianne », puis de « L’Obs ». En 2016, elle est brutalement licenciée de ce dernier magazine. Une mésaventure qu’elle raconte dans « Le Monde libre » (Les Liens qui libèrent), pamphlet contre la dérive capitaliste d’un média social-démocrate, qui obtient le prix Renaudot de l’essai 2016. Début 2018, elle publie, à nouveau aux Liens qui libèrent, « La Pensée en otage ». Elle y analyse la crise de la presse en déconstruisant sept grandes idées reçues. Depuis le 15 janvier, elle travaille pour Le Média, web TV indépendante fondée par Sophia Chikirou, Gérard Miller et Henri Poulain, tous trois proches de La France insoumise*. Nous l’avons rencontrée afin de discuter de la presse et du Média, sous le feu de la critique depuis son lancement

    Le Comptoir : Dans La pensée en otage , vous fustigez l’idée que le web est « l’Eldorado de la diversité et de la liberté intellectuelle retrouvée ». Vous écrivez : « Comme si la création de petits sites reposant le plus souvent sur un semi-bénévolat, mêmes s’ils ont le mérite de valoriser utilement les travaux intellectuels méconnus ou pourchassés des grandes ondes, pouvait être une alternative suffisante ». Le Média peut-il suffire ? Comment avec une audience encore modeste peut-il incarner ce contre-pouvoir politique que vous appelez de vos vœux ?

    Aude Lancelin : Cette remarque s’adresse, dans La pensée en otage , à tous les naïfs, notamment à gauche, qui pensent que leur liberté d’expression n’est pas menacée du moment qu’on les autorise encore à poster toute sortes d’idioties antigouvernementales sans conséquence sur Facebook, ou qu’ils voient des sites d’obédience anticapitaliste se lancer, même si les contributeurs de ceux-ci sont payés au lance-pierre, voire ne sont tout simplement pas rémunérés. Je me suis donc attardée dans ce livre à montrer qu’il ne fallait pas se rassurer à bon compte dans ce domaine, et que l’univers du Net aussi, que d’aucuns voient comme un refuge pour leurs libertés, était de plus en plus dangereusement cadenassé, patrouillé par les puissances commerciales et étatiques, les mêmes que celles qui tiennent les médias mainstream au demeurant.

    L’existence de médias de niche à gauche, aussi précieux et louable que soit le travail de résistance de ceux-ci, ne règlera pas le problème global de la colonisation de l’espace public par les intérêts privés. Et la tendance s’aggrave, la neutralité des Gafa n’étant plus qu’une aimable farce, ainsi que de nombreuses affaires récentes le montrent, à commencer par les ambiguïtés de la prétendue chasse aux fake news déclenchée suite à l’élection de Trump, qui a terrorisé les “élites” occidentales. Par ailleurs, les deux quotidiens historiques de ce qu’on appelait hier encore la gauche française, Le Monde et Libération , sont passés en quelques années sous l’ombrelle des géants des télécoms, soit l’une des formes de capitalisme les plus violentes qui existent, et les plus dangereusement interdépendantes de l’État aussi. Il est inouï que cela n’ait longtemps suscité aucune inquiétude dans le milieu des journalistes – c’est du reste encore largement le cas. La prise de conscience est lente et très difficile...

  • Romain Goupil aurait-il mieux fait de mourir à trente ans ?
    https://comptoir.org/2018/03/28/romain-goupil-aurait-il-mieux-fait-de-mourir-a-trente-ans
    https://www.dailymotion.com/video/x6ge5tf

    « Il n’y a pas eu de drames sanglants, on n’a pas de sang sur les mains, […] on s’est amusé au-delà de toute imagination . » Romain Goupil évoque de nouveau sa jeunesse. Nous sommes en 2018, les années ont passé, il n’est plus “voix off”, mais face à la caméra de la chaine Public Sénat. Cette fois-ci le ton est léger et détendu. On pourrait s’interroger sur la véracité de la première partie de la citation. En tant que responsable du service d’ordre d’un des mouvements politiques les plus violents d’une époque violente, Romain Goupil n’a t-il vraiment pas de sang sur les mains ? Les preuves abondent dans le sens contraire. Les actions commandos étaient non seulement organisées, mais filmées par ses propres soins. Cette question en amène une autre : Romain Goupil pense-t-il qu’il n’y a pas de sang dans un CRS – ou plutôt, que faire couler le sang d’un CRS, ce n’est pas très grave ? Est-ce parce que les CRS étaient des “ennemis de classe” ? Peut-être, mais certainement pas dans un sens révolutionnaire.

    Le Romain Goupil auteur de ces paroles a amorcé son tournant conservateur il y a déjà longtemps, soutenu l’invasion américaine en Irak, puis Emmanuel Macron. Était-ce parce que ces flics étaient, à l’inverse, et pour reprendre le mot de Pasolini, de simples fils de prolétaires, dont la vie n’avait aucune valeur au regard de l’étudiant ? Pour répondre à ces questions, il faut interroger la seconde partie de la phrase (« on s’est amusé au-delà de toute imagination »), et la mettre en correspondance avec les revendications martiales pré-citées. Pourquoi cette différence de ton ? En 1968, Romain Goupil appelait à la révolution. La Ligue communiste revendiquait la création « d’une armée plus forte que l’armée bourgeoise, d’une police plus forte que la police bourgeoise » – des propos, là encore, rapportés par l’objectif de Goupil. Tout cela, simplement pour s’amuser ?

  • Thierry Pardo : « L’organisation de l’école est conforme à la logique industrielle » - Le Comptoir
    https://comptoir.org/2018/03/19/thierry-pardo-lorganisation-de-lecole-est-en-tous-points-conforme-a-la-log

    Titulaire d’un doctorat en éducation, Thierry Pardo est chercheur indépendant associé au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté de l’Université du Québec à Montréal. Il parcourt le monde en famille afin de présenter au cours de conférences les apports d’une posture libertaire, et pour accompagner les parents désireux de ne pas inscrire leurs enfants dans une démarche scolaire classique. Il est également l’auteur de plusieurs essais, dont « Une éducation sans école », un ouvrage magistral de synthèse sur les pistes à explorer pour ceux qui désirent ne pas en passer par les voies classiques de l’enseignement. À l’occasion de la réédition revue et augmentée de celui-ci chez Écosociété, nous avons souhaité nous entretenir avec lui.

    « L’organisation scolaire répond aux besoins de l’État-nation et à son mode de production, pas aux besoins de l’enfant. »

  • Quand la finance fait du social – Le Comptoir
    https://comptoir.org/2018/03/26/un-ovni-financier-au-pays-du-social

    Pierre Bitoun et Lou Hubert, tous deux sociologues, livrent ici une présentation critique d’une nouvelle offensive de la finance en direction du “social”. Ils décortiquent et critiquent les “Social impact bond”, des titres de dette (obligations) censés financer les politiques sociales et dont le rendement dépend de l’efficacité de celles-ci. Il est important de les comprendre et de les dénoncer pour ce qu’ils sont : des titres financiers faussement sociaux qui dévoilent la volonté de la finance de remplacer l’État.