• Discrédit scientifique (Roland Goigoux, Club de Mediapart)
    https://blogs.mediapart.fr/roland-goigoux/blog/191120/discredit-scientifique

    Depuis son arrivée, Jean-Michel Blanquer impose méthodes et supports aux enseignant·es au prix d’une caporalisation de la hiérarchie intermédiaire.
    Le grand argument du Ministre pour camoufler ses décisions idéologiques est que ses méthodes sont efficaces, « fondé[es] sur l’état de la recherche », scientifique.
    Et patatras... voilà que le Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN), créé par J.-M. Blanquer, à sa main, à son arrivée, conteste le bien-fondé scientifique de ses prescriptions pédagogiques.

    Le rapport de Michel Fayol et Maryse Bianco (CSEN) montre que les prescriptions du ministère de l’Education nationale dans le domaine de l’enseignement de la lecture ne reposent pas sur les fondements scientifiques annoncés.

    #éducation #école #lecture

  • #Coronavirus : Scientists call for action after 50-fold rise in infections in schools | The Independent
    https://www.independent.co.uk/news/uk/politics/independent-sage-coronavirus-infection-schools-b1762906.html

    En #Angleterre multiplication par 50 des infections dans les #écoles ; les #enfants/adolescents de 11 à 16 ans sont désormais le groupe d’âge avec les niveaux d’infection les plus élevés.

    Professor Stephen Reicher of the University of St Andrews, of Independent Sage, said: “In the summer, the government effectively abandoned schools, requiring them to be safe but without providing the support or the resources to make this possible.

    “As a result, far too many of our children are left in crowded, badly ventilated classrooms; infections have increased 50-fold since September; one in five students are off school; and all this is now putting the whole community at risk.

    “The government must acknowledge its error and change direction. We must act urgently to make schools safe.”

    #sars-cov2 #covid-19

  • Children may transmit coronavirus at the same rate as adults: what we now know about schools and #COVID-19
    https://theconversation.com/children-may-transmit-coronavirus-at-the-same-rate-as-adults-what-w

    The latest research shows infections in children frequently go undetected, and that children are just as susceptible as adults to infection. Children likely transmit the virus at a similar rate to adults as well.

    While children are thankfully much less likely than adults to get seriously ill, the same isn’t true for the adults that care for them. Evidence suggests schools have been a driver of the second wave in Europe and elsewhere. This means the safety of schools needs an urgent rethink.

    #enfants #écoles

  • L’École de la dernière chance

    La mise à l’arrêt du haut-fourneau Arcelor Mittal en 2016 a porté un coup à Seraing, commune de la banlieue de Liège. La plupart des adolescents inscrits au collège Saint-Martin, voisin de l’usine, viennent de familles confrontées au chômage et à la précarité. Délaissé par ses parents, Jérémy a du mal à se concentrer. Vanessa, elle, a perdu son père, emporté par une overdose. Zeliha exorcise dans la boxe une rage issue d’une blessure secrète. Thierry Michel a suivi la vie mouvementée de l’établissement, en captant les hauts et les bas, du ras-le-bol du directeur aux réussites et embrassades de fin d’année en passant par l’émoi causé par la mort d’un ancien élève, tué lors du cambriolage d’une station-service. Contrepoint à ces moments pris sur le vif, les adolescents se confient sur l’école, leur famille ou leur avenir.

    http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/60769_1

    #film #film_documentaire

    #désindustrialisation #collège_Saint-Martin #école #Belgique #Liège #religion #violence #Seraign #éducation

  • Des masques et moi. Démasquez-moi. | À l’école du partage
    https://ecole-partage.fr/blogposts/des-masques-et-moi-demasquez-moi

    31 août 2020. Pré –rentrée. Depuis le 16 mars c’était la première fois que nous étions tous et toutes, enseignants et enseignantes, éducateurs et éducatrices, personnels, AESH, réunis au collège. Cette pré-rentrée habituellement joyeuse où les sourires des collègues colorent la journée, a été spéciale. Des visages joyeux mais masqués.

    Ce fut encore plus déroutant le jour de la rentrée des élèves parce que tout à coup, j’avais là devant moi une cohorte de visages d’élèves que je ne connaissais pas et à cet instant là j’ai eu l’impression de ne jamais pouvoir les connaître. Deuxième jour compliqué donc, et déjà deux jours de migraines.

    Il fallait donc me poser, mieux respirer, boire davantage. Et tout un tas d’autres astuces partagées dans la salle du personnel.

    Cette mesure sanitaire du port du masque m’est apparue alors injuste et discriminante. Plutôt que de me complaire dans le marmonnage et le ressentiment qui s’entraînaient dans un état émotionnel négatif, j’ai tenté de répondre à la question : comment apprendre à vivre - tout au moins travailler - avec ? Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup à dire sur l’objet masque. Cet objet m’a fascinée.

    #Hélène_Mulot #Ecole_partage #Masques #Crise_sanitaire

  • La Loi de programmation de la recherche s’attaque aux libertés et aux statuts du personnel

    Étendons la mobilisation pour qu’elle reste lettre morte

    Le gouvernement a annoncé le 1er février 2019 sa volonté de faire voter une loi pluriannuelle ambitieuse pour développer la recherche. Nous assistons au mois de novembre 2020 au dénouement de près de deux ans de « maturation » d’une loi destructrice pour l’ESR.

    Le contenu de la loi de programmation de la recherche (LPR) et ses orientations néfastes avaient déclenché parmi les personnels un puissant mouvement de protestation, marqué par une journée d’action très suivie le 5 mars 2020, des assemblées générales très nombreuses et encore hier (17 novembre), en plein confinement, plus de 1200 personnes place de la Sorbonne à Paris.

    Le 16 mars 2020, le gouvernement annonçait le confinement de la population. Le même jour le président de la République déclarait que les réformes en cours, notamment la réforme des retraites, étaient suspendues. Tout le monde pensait que cela concernait aussi la LPPR. Il n’en était rien. En pleine crise sanitaire, le gouvernement persiste et signe : le projet de loi doit aboutir en 2020

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/11/19/la-loi-de-programmation-de-la-recherche-sattaque-aux-li

    #ecole #recherche

  • Une fondation d’utilité ultra privée - Basta !
    https://www.bastamag.net/Fondation-pour-l-ecole-d-utilite-ultra-privee-Esperance-Banlieue-reseau-d-

    La Fondation pour l’école (FPE) est depuis le début des années 2010 au cœur du phénomène de résurgence des écoles hors contrat… et depuis 2019 au centre d’une enquête de la brigade financière pour des suspicions de faux, fraude fiscale, abus de confiance, escroquerie et blanchiment. Reconnue d’utilité publique en 2008 par le Premier ministre François Fillon, proche des milieux catholiques conservateurs, la FPE avait été créée un an plus tôt sous l’impulsion d’Anne Coffinier, énarque, diplomate et militante de l’« enseignement libre », avec la collaboration de Lionel Devic, avocat, président de la Fondation, et Éric Mestrallet, entrepreneur et fondateur du célèbre réseau Espérance banlieues.

  • Le Parlement privatise la #formation des #vétérinaires sur fond de #conflit_d’intérêts

    L’Assemblée nationale devrait entériner mardi la possibilité pour des #écoles_privées de former les futurs vétérinaires. Une mesure décidée à la hâte, impulsée entre autres par #Sophie_Primas, une sénatrice LR dont les liens avec un groupe privé posent de sérieuses questions éthiques.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/161120/le-parlement-privatise-la-formation-des-veterinaires-sur-fond-de-conflit-d
    #macronisme #privatisation

  • Les vrais chiffres d’élèves contaminés par le coronavirus en Occitanie
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/vrais-chiffres-eleves-contamines-coronavirus-occitanie-

    Le ministère de l’Education aurait massivement sous-estimé le nombre d’élèves contaminés par le coronavirus, selon une enquête de CheckNews, le site de fact-checking fondé par Libération. En Occitanie, le nombre de cas positifs chez le 0-19 ans serait plus de 11 fois supérieur au chiffres communiqués par le rectorat.

    En Occitanie, les deux académies ont annoncé, le 6 novembre, les chiffres suivants :
    – Académie de #Toulouse : 185 élèves positifs sur les sept derniers jours
    – Académie de #Montpellier : 104 élèves positifs sur les sept derniers jours

    Soit un total de 289 élèves positifs sur la semaine précédant le 6 novembre.

    Pourtant, selon Santé publique France, 526 enfants de 0 à 9 ans et 2 681 jeunes de 10 à 19 ans, prélevés la semaine du 26 octobre au 1 novembre, ont eu dans les jours suivants un résultat positif dans la région. Soit un total de 3 207, 11 fois plus que les chiffres du rectorat.

  • Herd immunity policy in German schools leads to explosion of coronavirus infections - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/en/articles/2020/11/14/coro-n14.html
    https://www.wsws.org/asset/a40fb223-abf1-42be-9461-b83776dba716?rendition=image1280

    The number of people infected with coronavirus in Germany continues to rise steadily, with more people being taken into hospital, intensive care units and needing ventilators every day. On Friday, the Robert Koch Institute (RKI) registered 23,542 COVID-19 infections in 24 hours, an all-time high. Over 600 new patients were admitted to intensive care units and another 218 patients died from the virus.

    This week, pharmaceutical companies Pfizer and BioNTech announced news of a possible breakthrough in the search for a COVID-19 vaccine. Other clinical studies also confirm that it may soon be technically possible to provide the world’s population with a vaccine against Sars-CoV-2. A possible end to the pandemic is thus within reach. And yet capitalist politicians refuse to do everything possible to protect the population.

    #allemagne #imunité_collective

  • La menace de l’autoritarisme académique

    Jeudi 22 octobre 2020, à deux reprises, sur Europe 1 et devant le Sénat, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a mis en cause l’Université : celle-ci serait « ravagée » par des « islamo-gauchistes » et « des théories indigénistes ». Il a confirmé ses propos dans le Journal du dimanche le 25 octobre. La Conférence des président d’Université a protesté dans un communiqué. En réaction, un groupe d’universitaires est intervenu en soutien au ministre dans un Manifeste sur « la persistance du déni », publié dans Le Monde le 2 novembre. Et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, défend si peu les universitaires que, « fait rarissime, la commission permanente du Conseil National des Universités appelle à la démission de Frédérique Vidal, « qui ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour parler au nom de la communauté universitaire et pour agir en faveur de l’Université ».

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/11/13/la-menace-de-lautoritarisme-academique

    #école

  • Le gouvernement français intensifie sa dissimulation des infections de #COVID-19 dans les écoles - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2020/11/12/cvec-n12.html
    https://www.wsws.org/asset/7ae77acf-df41-4603-beaa-d1b1b0a9824b?rendition=image1280

    Cette tentative de dissimuler l’ampleur de la propagation de la maladie dans les #écoles fait suite à des tactiques similaires utilisées par le gouvernement dans les écoles et les universités françaises le mois dernier. Le fait que deux organes officiels du gouvernement produisent des chiffres de COVID-19 contradictoires témoigne de la nature profonde de la crise de l’État français face à l’augmentation des #décès et aux grèves d’enseignants.

    Suite à ce communiqué de presse, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a persisté dans le récit de son ministère. Il a affirmé que le nombre de cas était « sous contrôle » et que la transmission au sein du système éducatif était « inférieure aux proportions constatées dans le reste de la population ». Il a ajouté qu’il voulait que les écoles restent ouvertes « à tout prix » — un prix qui se compte en vies d’élèves et d’enseignants.

    La #manipulation de ces #chiffres s’accompagne d’un protocole visant à limiter la connaissance des cas par les élèves et les enseignants dans les écoles. Lorsqu’un élève est confirmé COVID-19 positif, seul le chef d’établissement est informé. Malgré que les masques ne fassent que réduire le risque d’infection, si les personnes exposées portent un masque, elles ne sont même pas considérées comme cas contact et ne sont pas informées de leur exposition au virus. Lundi, Joe, un élève de collège, a tweeté : « À l’école aujourd’hui, six élèves ont testé positifs en sixième. La classe a continué comme si de rien n’était ».

    Eric Menonville, un professeur de sciences, a fait remarquer sur Twitter que les mêmes #mensonges avaient été utilisés dans le but d’imposer un retour au travail : « Tout cela n’est qu’une blague. Le ministère du Travail nous a dit que moins de 1 pour cent des transmissions se font au travail et le ministre de l’Éducation nationale nous a dit qu’il y en a moins de 1 pour cent dans les institutions. Alors où se produisent les infections ? »

    La #censure des nombres de cas au niveau local et national est un #crime meurtrier contre la classe ouvrière. Combien de parents ont envoyé leurs #enfants à l’école en croyant que l’école n’avait pas de cas ? Combien d’enseignants sont allés travailler en croyant qu’ils étaient en sécurité ? Combien d’élèves ont ensuite infecté leurs parents, grands-parents et amis parce qu’on ne les a pas informés de ce qu’ils avaient été exposés au virus ? Combien de personnes vont mourir à cause de ces transmissions ?

  • Cas de force majeure - L’histoire d’Emira | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/158568/blog/111120/cas-de-force-majeure-lhistoire-demira?userid=953a3918-1c89-4794-8cec

    À 10 ans, Emira s’est trouvée au centre d’un emballement délirant et traumatisant qui la marquera à vie. Certains cautionnent et applaudissent, comme si elle pouvait être pleinement responsable de propos maladroits. Son histoire symbolise les dérives sécuritaires qui nous conduisent lentement, à force d’acceptations successives de situations inacceptables, vers une société liberticide.

    • Le pays des « droits de l’homme » est devenu un état « de droite » ou plutôt d’extrême droite. Consternant. Quelle honte !

      Ce directeur d’école est quand même une belle pourriture : corréler le billet de menace anonyme avec les propos tenus par les quelques enfants de cette classe de CM2 et faire remonter l’incident à sa hiérarchie ...
      Quant à l’instit de cette classe, un vrai poucave : balancer à son dirlo les paroles bien innocentes de ces enfants ... Encore un enseignant qui croît à l’universalité des « valeurs républicaines » ? Le pauvre gars ! Mais bon. Ceci dit, voilà un bel exemple de ce que peut produire « l’école de la confiaaaance » et sa gestion « à la Blanquer » : un bon gros tas de merde !

    • Un dernier truc : l’assassinat d’un de leur collègue a produit un tel état de sidération chez les enseignants qu’ils sont prêts à se croire protégés par leur institution qui au demeurant n’a eu de cesse de les précariser moralement et financièrement depuis que l’ultra-libéralisme est aux manettes. On pourra dire que ce quinquennat a méthodiquement torpillé la société française. Déjà que le navire prenait l’eau et donnait méchamment de la gite. Franchement, j’en suis à me demander comment je pourrais bien faire pour renoncer à ma nationalité.

  • Conjurer la peur par le collectif + Déclaration du FUIQP

    Serions-nous tétanisés au point de trouver normal d’envoyer des enfants de 10 ans passer une journée au commissariat ?
    D’un autre côté, mesurons-nous suffisamment le niveau de peur installé dans le corps enseignant par l’abominable assassinat de Samuel Paty ?
    Il semblerait que le satisfecit des plateaux-télé et le silence poli en face donnent de premiers éléments de réponses à la première question. Quant à la seconde, il est sans doute encore trop tôt pour en prendre vraiment la mesure, mais on ne peut que supposer le venin bien là. Et comment ne pas comprendre, comment rassurer un collègue qui envisage désormais comme possible son égorgement aux abords de son établissement scolaire ? La situation est d’une brutalité inédite et n’autorise aucun déni, aucun rictus moqueur, aucun mépris. La peur est la pire conseillère certes mais on ne la contrôle que rarement.

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/11/11/conjurer-la-peur-par-le-collectif-declaration-du-fuiqp

    #ecole #politique

  • Covid-19 : les chiffres de Jean-Michel Blanquer sur les contaminations des élèves sont-ils mensongers ? - Libération
    https://www.liberation.fr/checknews/2020/11/09/covid-19-les-chiffres-de-jean-michel-blanquer-sur-les-contaminations-des-

    Je le mets dans un message consacré au cas où il y aurait des abonné·es Libération par ici
    #Blanquer, #covid, #Blanquer_ment, #Jean-Mimi_Magic_Blanquer_again, #Jean-Mimi_Magic_Blanquer_a_encore_frappé, #école, #éducation

    #paywall :(

  • Quiet Riot - Contre l’obligation de scolariser les enfants - IAATA
    https://iaata.info/Quiet-Riot-Contre-l-obligation-de-scolariser-les-enfants-4487.html

    Sur le plan individuel, l’#école est aussi le moyen de se séparer de son enfant afin de vivre sa vie d’adulte telle que la #société nous l’a prescrite, à coups d’injonctions, dans une opposition totale à une saine écologie des relations humaines : pour pouvoir travailler, être entre adultes, avoir des activités, on ne doit pas être esclave de son enfant qui serait une entrave à notre épanouissement. N’est-ce pas là une forme évidente de séparatisme ? Un #séparatisme qui a rendu notre société malade, avec des parents qui ne connaissent plus leurs enfants, des enfants qui défient leurs parents, des grands-parents dont on doit se séparer au profit d’une Ehpad, des générations qui ne se comprennent pas et qui avancent à deux vitesses.
    Nous pourrions nous amuser à évoquer tout un tas d’autres séparatismes soutenus par le pouvoir, comme celui qui a cours dans les beaux quartiers parisiens, s’il n’y avait pas, derrière, de profondes injustices allant jusqu’à tuer les enfants de la nation par son bras armé et impuni qu’est la police.

    De toutes les formes de domination, celle que les adultes exercent sur les enfants est sans aucun doute la plus répandue, et paradoxalement, la moins questionnée. On a déclaré les droits de l’homme, le droit des peuples l’autodétermination. Puis les femmes se sont battues pour leurs droits également. Il est temps de nous pencher désormais sur le droit des enfants, de faire en sorte que la Déclaration des droits de l’enfant atteigne ses objectifs par une réelle évolution des consciences permettant avant tout d’identifier clairement toutes formes de domination.

    Si nous parvenons à nous représenter aisément les violences physiques et les sévices sexuels sur les enfants, contre lesquels l’État ne se mobilise pourtant pas, nous sommes en revanche aveugles à la violence produite par l’école. La souffrance d’un grand nombre d’enfants est inaudible pour nous, leurs paroles sont niées, leurs réels besoins enterrés sous des concepts républicains qui ont du mal à se renouveler, qui ne suivent pas le cours de l’histoire et des innovations d’ordre pédagogique, social ou politique. Prétendre que l’école arrache les enfants au travail et à leur exploitation par des crapules, en leur inculquant des bases afin d’en faire des citoyens est une affirmation qui s’adresse à un autre temps ! Et si nous ne pouvons que souhaiter la fin de leur esclavagisme partout dans le monde, nous ne leur souhaitons ni notre société de consommation, ni notre école.

    Il est communément admis de contraindre les enfants et de décider à leur place : après tout, « c’est pour leur bien ». Le modèle scolaire n’aide en rien à faire progresser ce concept si cher à l’occident qu’est l’émancipation, c’est même tout le contraire ! L’école en 2020 est un anachronisme. Les outils pédagogiques à disposition, les technologies de communication, les initiatives de la société civile se multiplient pour faciliter l’accès, pour tout un chacun, à une formation adaptée à ses propres contraintes. Au même titre que le travail obligatoire, l’idée d’école obligatoire fait office de vestige d’un vieux monde autoritariste. Quelle est donc cette idée qu’il relèverait de l’État de contraindre les enfants à acquérir des savoirs identiques pour tous afin de devenir des citoyens responsables, à la fois libres et intégrés dans la société au sein de laquelle ils naissent ?

    Les enfants non-scolarisés sont en réalité ceux qui intègrent le plus tôt la société dans son fonctionnement. Ils ne vivent pas enfermés entre les quatre murs d’une école qui sont, du reste, l’horizon quotidien et unique des élèves, isolés d’absolument tout ce qui fait le monde, ne goûtant à celui-ci qu’au travers d’un tableau noir ou blanc, au travers d’abstractions, de schémas inutilement simplifiés, ou à travers la parole d’une ridicule poignée d’enseignants qui ne sont, somme toute, que des points de vue subjectifs, des visions influencées par le ministère dédié à l’éducation. Même bourrés de bonnes intentions et avec un amour réel pour la transmission, ils sont limités et contrôlés par l’administration d’État. Quand les enfants grandissent hors école, ils ont bien plus conscience de la réalité de leur environnement, ils sont entourés d’autres enfants et adultes de tous âges, à n’importe quel moment de la journée, côtoyant leurs réflexions et témoin de leurs activités. Ils ont le choix de participer ou de s’isoler, d’être en lien de bien des façons, de partager des découvertes et expérimentations de manière organisée ou spontanément. Ils sont au plus proche de la réalité. Dire le contraire n’est qu’un mensonge digne des propagandes les plus manipulatoires et obscurantistes. Il suffit pour s’en convaincre de simplement écouter les témoignages des premiers intéressés et de leurs parents. Si des familles musulmanes font le choix de l’instruction en famille, c’est avec tout autant de soin que les familles non musulmanes. Ce choix marginal est jusqu’ici légal et de toute évidence issu d’une profonde réflexion, fait en conscience par chacune des familles, dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Les dérives y sont certainement moins nombreuses que celles qui existent partout ailleurs dans notre système complètement dénaturé.

  • Masque dès 6 ans : la rébellion de nombreux parents soulève des questions légitimes
    https://reporterre.net/Masque-des-6-ans-la-rebellion-de-nombreux-parents-souleve-des-questions-

    Vendredi 6 novembre, des collectifs de parents ont appelé dans toute la France à une « grève de l’école » et des rassemblements devant les établissements ont exigé le retrait de cette mesure, notamment dans plusieurs communes de la Drôme. « Nous ne nions pas le problème sanitaire, expliquent des parents d’élèves de Saillans dans un texte commun. Mais les risques de contagion ne doivent pas nous mener à tout accepter. Les jeunes générations ont déjà trop pâti de cette crise-là. Comment mener des apprentissages quand on ne voit ni la bouche ni les expressions du visage de ses camarades, de son enseignant ? »

    « C’est une mesure aberrante et tous mes collègues sont choqués », confirme Adrien, instituteur près d’Albi (Tarn), tout comme Sophie, qui enseigne elle aussi dans une petite commune du Tarn. « Les enfants supportent mal le masque toute la journée. Certains, qui ont des toux chroniques, s’étouffent à moitié. D’autres enlèvent leurs lunettes à cause de la buée, et donc ne voient plus le tableau. Je leur dis : “Ah non ! ce n’est pas les lunettes qu’il faut enlever, c’est le masque.” » Cinq jours après la journée nationale consacrée à la liberté d’expression à l’école, en hommage à Samuel Paty, cette institutrice a été menacée d’un blâme par sa hiérarchie pour avoir critiqué cette nouvelle mesure sanitaire dans la Dépêche du Midi.

    #Masque #covid #école #enfance

  • Le #covid-19 et les écoles, Alexander Samuel – Thread Reader App
    https://threadreaderapp.com/thread/1325431516508413953.html

    Un Thread sur les écoles à dérouler :

    Olivier Véran se croit tout puissant, et rapporte tout à ses mesures. Même s’il avoue qu’il est trop tôt pour voir un effet du confinement, il annonce un frémissement...

    Covid-19 en France : il y a un « frémissement » dans les chiffres
    Le ministre de la Santé Olivier Véran indique toutefois qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions sur l’efficacité du reconfinement.
    https://www.lefigaro.fr/sciences/covid-19-en-france-il-y-a-un-fremissement-dans-les-chiffres-20201108
    Cet excès de confiance est sans doute dû à la mauvaise gestion au niveau scolaire. En effet, nous savons grâce à notre expérience sur d’autres maladies, que la fermeture des établissements scolaires réduit d’environ 30% l’importance d’une épidémie.
    Ceci est dû au fait que l’école est un lieu où il y a beaucoup plus de contacts sociaux et de brassage qu’ailleurs

    #école

  • École et dispositif de signalement pour risque de « radicalisation » - !S @sociodeter on Thread Reader App
    https://threadreaderapp.com/thread/1325355200484438019.html

    Là où je suis d’accord avec LdC c’est qu’un point de tension majeur se situe dans la question "qui va traiter du « problème » ?". Gestion en interne par l’établissement ou externalisation d’abord au rectorat, puis à la #police et enfin à la #justice.
    Pour répondre à cette question, il faut bien sûr prendre en compte le contexte actuel (#islamophobie, injonction au signalement, délire sécuritaire) mais aussi les évolutions qui touchent directement l’#école depuis des années, notamment cette tendance à l’externalisat° justement.

    Ayant déjà pas mal parlé de l’effet du contexte hier, je vais surtout m’attarder sur ces fameuses évolutions dans le traitement des problèmes de vie scolaire (car c’est bien de ça dont on parle et de rien d’autre : de simples problèmes de #vie_scolaire).

    Unroll available on Thread Reader

    On commence par un extrait d’entretien avec un principal adjoint qui reconnaît que le traitement de certaines situations spécifiques a fortement évolué ces dernières années : opposition entre signalement et gestion en interne.

    #profs #enseignants #école_sécuritaire #école_démissionnaire

  • Le rôle des #enfants dans la pandémie se précise - Le Temps
    https://www.letemps.ch/sciences/role-enfants-pandemie-se-precise

    Un point de vue partagé par Silvia Stringhini, responsable de l’unité d’épidémiologie populationnelle aux HUG : « Concernant les écoles, il faut faire très attention de pondérer les risques afin de ne pas créer d’inégalités. Le port du masque dans les écoles secondaires est une mesure très importante, mais elle n’est probablement pas suffisante avec l’incidence actuelle du virus. La seule option, selon moi, serait de réintroduire l’enseignement à distance. Quant aux plus petits, pour qui de telles mesures sont plus compliquées à mettre en place, il faudrait, outre l’hygiène des mains, essayer de réduire le nombre d’enfants occupant la même classe, augmenter la ventilation naturelle dans les #écoles, et bien entendu isoler les enfants malades. »

    #covid

  • Les grandes #écoles à la botte des #multinationales
    https://www.socialter.fr/article/les-grandes-ecoles-a-la-botte-des-multinationales

    « Pouvons-nous imaginer un centre de R&D du groupe Huawei au sein de Télécom Paris, de Monsanto sur le campus d’AgroParisTech, de British Tobacco dans une faculté de médecine ou de Nexter à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr ? » Ces mots de révolte sont ceux des étudiants et anciens élèves de Polytechnique. Parmi leurs griefs, qu’ils expriment en partie sur un site dédié à leur revendication, l’opposition au projet de Total d’installer un centre d’innovation et de recherche où travailleront pas moins de 250 salariés en plein cœur du campus – entre le restaurant, les logements et les salles de cours. En plus d’y prendre ses quartiers, Total prévoit de construire des espaces communs (salles de travail et de conférence, cafétéria, etc.) à destination des salariés et des étudiants. Une proximité inacceptable pour 61 % de ces derniers, interrogés par les représentants d’élèves de l’École polytechnique, qui fustigent tant l’initiative que l’absence de transparence de la part de l’administration. Finalement construit 200 mètres plus à l’est, eu égard au dernier conseil d’administration (CA) de Polytechnique, le centre de recherche conservera toutefois les espaces communs aux étudiants et aux salariés.

  • Pour un savoir critique et émancipateur dans la recherche et l’enseignement supérieur

    Nous avons lu le texte désolant intitulé « Manifeste des cent ». Nous savons bien que nous ne convaincrons pas ses signataires : nous pourrions donc les laisser dire et les laisser faire. Cependant, leur appel à la police de la pensée dans les universités ne saurait rester sans réaction. Pas davantage que leur vocabulaire emprunté à l’extrême droite, après Jean-Michel Blanquer et son recours au registre de la « gangrène ». « Islamo-gauchisme », puisque telle est l’insulte agitée pour tout argument, nous rappelle d’autres injures, à l’instar de « judéo-bolchevisme » : des temps sombres et des anathèmes auxquels nous refusons de céder.

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/11/05/pour-un-savoir-critique-et-emancipateur-dans-la-recherc

    #ecole #enseignement #recherche

  • #Grève des enseignants dans toute la France contre la première journée de réouverture meurtrière des #écoles - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2020/11/04/efgr-n04.html
    https://www.wsws.org/asset/53c051e8-04c1-4cca-b97c-fa00459ded9a?rendition=image1280

    Les protocoles de sécurité à l’intérieur des écoles sont pratiquement inexistants. Un enseignant a déclaré dans Le Monde : « Je me sens humilié ! Alors que dans les médias ils multiplient les discours grandiloquents et les soutiens aux enseignants, dans la réalité il n’en est rien… Le protocole sanitaire est le même qu’avant les vacances ! Les élèves continuent à changer de classe et à être 30 entassés dans une classe. Nous n’avons pas de masques jetables de fournis depuis le début de la pandémie ! On n’a eu droit qu’à deux masques DIM ! »

    Les protocoles existants stipulent que la distanciation sociale doit être respectée « dans la mesure du possible ». Compte tenu de la surpopulation des écoles, cela signifie simplement qu’ils ne s’appliquent nulle part. On conseille aux parents de « prendre la température de leur enfant avant le départ pour l’école » et ils doivent « s’engager à ne pas mettre leurs enfants à l’école » s’ils ont une température supérieure à 38 degrés. Comme il est bien connu que de nombreux cas sont asymptomatiques ou présentent des symptômes alors qu’ils sont déjà contagieux depuis des jours, cela ne fera rien pour empêcher la propagation du virus dans les écoles.

    Les protocoles stipulent que « la distanciation sociale n’est pas nécessaire pour les élèves d’un même groupe (classe ou niveau d’études), que ce soit dans des espaces fermés ou à l’extérieur ».

    Les élèves de plus de six ans sont obligés de porter des masques, ce qui contredit les mensonges du gouvernement selon lesquels les jeunes élèves n’étaient ni contagieux ni en danger du au virus.

    #covid

  • Je suis prof. Seize brèves réflexions contre la terreur et l’obscurantisme, en #hommage à #Samuel_Paty

    Les lignes qui suivent ont été inspirées par la nouvelle atroce de la mise à mort de mon collègue, Samuel Paty, et par la difficile semaine qui s’en est suivie. En hommage à un #enseignant qui croyait en l’#éducation, en la #raison_humaine et en la #liberté_d’expression, elles proposent une quinzaine de réflexions appelant, malgré l’émotion, à penser le présent, et en débattre, avec raison. Ces réflexions ne prétendent évidemment pas incarner la pensée de Samuel Paty, mais elles sont écrites pour lui, au sens où l’effort de pensée, de discernement, de nuances, de raison, a été fait en pensant à lui, et pour lui rendre hommage. Continuer de penser librement, d’exprimer, d’échanger les arguments, me parait le meilleur des hommages.

    1. Il y a d’abord eu, en apprenant la nouvelle, l’#horreur, la #tristesse, la #peur, devant le #crime commis, et des pensées pour les proches de Samuel Paty, ses collègues, ses élèves, toutes les communautés scolaires de France et, au-delà, toute la communauté des humains bouleversés par ce crime. Puis s’y est mêlée une #rage causée par tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, et avant même d’en savoir plus sur les tenants et aboutissants qui avaient mené au pire, se sont empressés de dégainer des kits théoriques tendant à minimiser l’#atrocité du crime ou à dissoudre toute la #responsabilité de l’assassin (ou possiblement des assassins) dans des entités excessivement extensibles (que ce soit « l’#islamisation » ou « l’#islamophobie ») – sans compter ceux qui instrumentalisent l’horreur pour des agendas qu’on connait trop bien : rétablissement de la peine de mort, chasse aux immigré.e.s, chasse aux musulman.e.s.

    2. Il y a ensuite eu une peur, ou des peurs, en voyant repartir tellement vite, et à la puissance dix, une forme de réaction gouvernementale qui a de longue date fait les preuves de son #inefficacité (contre la #violence_terroriste) et de sa #nocivité (pour l’état du vivre-ensemble et des droits humains) : au lieu d’augmenter comme il faut les moyens policiers pour enquêter plus et mieux qu’on ne le fait déjà, pour surveiller, remonter des filières bien ciblées et les démanteler, mais aussi assurer en temps réel la protection des personnes qui la demandent, au moment où elles la demandent, on fait du spectacle avec des boucs émissaires.

    Une sourde appréhension s’est donc mêlée à la peine, face au déferlement d’injures, de menaces et d’attaques islamophobes, anti-immigrés et anti-tchétchènes qui a tout de suite commencé, mais aussi face à l’éventualité d’autres attentats qui pourraient advenir dans le futur, sur la prévention desquels, c’est le moins que je puisse dire, toutes les énergies gouvernementales ne me semblent pas concentrées.

    3. Puis, au fil des lectures, une #gêne s’est installée, concernant ce que, sur les #réseaux_sociaux, je pouvais lire, « dans mon camp » cette fois-ci – c’est-à-dire principalement chez des gens dont je partage plus ou moins une certaine conception du combat antiraciste. Ce qui tout d’abord m’a gêné fut le fait d’énoncer tout de suite des analyses explicatives alors qu’au fond on ne savait à peu près rien sur le détail des faits : quel comportement avait eu précisément Samuel Paty, en montrant quels dessins, quelles interactions avaient eu lieu après-coup avec les élèves, avec les parents, qui avait protesté et en quels termes, sous quelles forme, qui avait envenimé le contentieux et comment s’était produit l’embrasement des réseaux sociaux, et enfin quel était le profil de l’assassin, quel était son vécu russe, tchétchène, français – son vécu dans toutes ses dimensions (familiale, socio-économique, scolaire, médicale), sa sociabilité et ses accointances (ou absences d’accointances) religieuses, politiques, délinquantes, terroristes ?

    J’étais gêné par exemple par le fait que soit souvent validée a priori, dès les premières heures qui suivirent le crime, l’hypothèse que Samuel Paty avait « déconné », alors qu’on n’était même pas certain par exemple que c’était le dessin dégoutant du prophète cul nu (j’y reviendrai) qui avait été montré en classe (puisqu’on lisait aussi que le professeur avait déposé plainte « pour diffamation » suite aux accusations proférées contre lui), et qu’on ne savait rien des conditions et de la manière dont il avait agencé son cours.

    4. Par ailleurs, dans l’hypothèse (qui a fini par se confirmer) que c’était bien ce dessin, effectivement problématique (j’y reviendrai), qui avait servi de déclencheur ou de prétexte pour la campagne contre Samuel Paty, autre chose me gênait. D’abord cet oubli : montrer un #dessin, aussi problématique soit-il, obscène, grossier, de mauvais goût, ou même raciste, peut très bien s’intégrer dans une #démarche_pédagogique, particulièrement en cours d’histoire – après tout, nous montrons bien des #caricatures anti-juives ignobles quand nous étudions la montée de l’antisémitisme, me confiait un collègue historien, et cela ne constitue évidemment pas en soi une pure et simple perpétuation de l’#offense_raciste. Les deux cas sont différents par bien des aspects, mais dans tous les cas tout se joue dans la manière dont les documents sont présentés et ensuite collectivement commentés, analysés, critiqués. Or, sur ladite manière, en l’occurrence, nous sommes restés longtemps sans savoir ce qui exactement s’était passé, et ce que nous avons fini par appendre est que Samuel Paty n’avait pas eu d’intention maligne : il s’agissait vraiment de discuter de la liberté d’expression, autour d’un cas particulièrement litigieux.

    5. En outre, s’il s’est avéré ensuite, dans les récits qui ont pu être reconstitués (notamment dans Libération), que Samuel Paty n’avait fait aucun usage malveillant de ces caricatures, et que les parents d’élèves qui s’étaient au départ inquiétés l’avaient assez rapidement et facilement compris après discussion, s’il s’est avéré aussi qu’au-delà de cet épisode particulier, Samuel Paty était un professeur très impliqué et apprécié, chaleureux, blagueur, il est dommageable que d’emblée, il n’ait pas été martelé ceci, aussi bien par les inconditionnels de l’ « esprit Charlie » que par les personnes légitimement choquées par certaines des caricatures : que même dans le cas contraire, même si le professeur avait « déconné », que ce soit un peu ou beaucoup, que même s’il avait manqué de précautions pédagogiques, que même s’il avait intentionnellement cherché à blesser, bref : que même s’il avait été un « mauvais prof », hautain, fumiste, ou même raciste, rien, absolument rien ne justifiait ce qui a été commis.

    Je me doute bien que, dans la plupart des réactions à chaud, cela allait sans dire, mais je pense que, dans le monde où l’on vit, et où se passent ces horreurs, tout désormais en la matière (je veux dire : en matière de mise à distance de l’hyper-violence) doit être dit, partout, même ce qui va sans dire.

    En d’autres termes, même si l’on juge nécessaire de rappeler, à l’occasion de ce crime et des discussions qu’il relance, qu’il est bon que tout ne soit pas permis en matière de liberté d’expression, cela n’est selon moi tenable que si l’on y adjoint un autre rappel : qu’il est bon aussi que tout ne soit pas permis dans la manière de limiter la liberté d’expression, dans la manière de réagir aux discours offensants, et plus précisément que doit être absolument proscrit le recours à la #violence_physique, a fortiori au #meurtre. Nous sommes malheureusement en un temps, je le répète, où cela ne va plus sans dire.

    6. La remarque qui précède est, me semble-t-il, le grand non-dit qui manque le plus dans tout le débat public tel qu’il se polarise depuis des années entre les « Charlie », inconditionnels de « la liberté d’expression », et les « pas Charlie », soucieux de poser des « #limites » à la « #liberté_d’offenser » : ni la liberté d’expression ni sa nécessaire #limitation ne doivent en fait être posées comme l’impératif catégorique et fondamental. Les deux sont plaidables, mais dans un #espace_de_parole soumis à une autre loi fondamentale, sur laquelle tout le monde pourrait et devrait se mettre d’accord au préalable, et qui est le refus absolu de la violence physique.

    Moyennant quoi, dès lors que cette loi fondamentale est respectée, et expressément rappelée, la liberté d’expression, à laquelle Samuel Paty était si attaché, peut et doit impliquer aussi le droit de dire qu’on juge certaines caricatures de Charlie Hebdo odieuses :

    – celles par exemple qui amalgament le prophète des musulmans (et donc – par une inévitable association d’idées – l’ensemble des fidèles qui le vénèrent) à un terroriste, en le figurant par exemple surarmé, le nez crochu, le regard exorbité, la mine patibulaire, ou coiffé d’un turban en forme de bombe ;

    – celle également qui blesse gratuitement les croyants (et les croyants lambda, tolérants, non-violents, tout autant voire davantage que des « djihadistes » avides de prétextes à faire couler le sang), en représentant leur prophète cul nul, testicules à l’air, une étoile musulmane à la place de l’anus ;

    – celle qui animalise une syndicaliste musulmane voilée en l’affublant d’un faciès de singe ;

    – celle qui annonce « une roumaine » (la joueuse Simona Halep), gagnante de Roland-Garros, et la représente en rom au physique disgracieux, brandissant la coupe et criant « ferraille ! ferraille ! » ;

    – celle qui nous demande d’imaginer « le petit Aylan », enfant de migrants kurdes retrouvé mort en méditerranée, « s’il avait survécu », et nous le montre devenu « tripoteur de fesses en Allemagne » (suite à une série de viols commis à Francfort) ;

    – celle qui représente les esclaves sexuelles de Boko Haram, voilées et enceintes, en train de gueuler après leurs « allocs » ;

    – celle qui fantasme une invasion ou une « islamisation » en forme de « grand remplacement », par exemple en nous montrant un musulman barbu dont la barbe démesurée envahit toute la page de Une, malgré un minuscule Macron luttant « contre le séparatisme », armé de ciseaux, mais ne parvenant qu’à en couper que quelques poils ;

    – celle qui alimente le même fantasme d’invasion en figurant un Macron, déclarant que le port du foulard par des femmes musulmanes « ne le regarde pas » en tant que président, tandis que le reste de la page n’est occupé que par des femmes voilées, avec une légende digne d’un tract d’extrême droite : « La République islamique en marche ».

    Sur chacun de ces dessins, publiés en Une pour la plupart, je pourrais argumenter en détail, pour expliquer en quoi je les juge odieux, et souvent racistes. Bien d’autres exemples pourraient d’ailleurs être évoqués, comme une couverture publiée à l’occasion d’un attentat meurtrier commis à Bruxelles en mars 2016 et revendiqué par Daesh (ayant entraîné la mort de 32 personnes et fait 340 blessés), et figurant de manière pour le moins choquante le chanteur Stromae, orphelin du génocide rwandais, en train de chanter « Papaoutai » tandis que voltigent autour de lui des morceaux de jambes et de bras déchiquetés ou d’oeil exorbité. La liste n’est pas exhaustive, d’autres unes pourraient être évoquées – celles notamment qui nous invitent à rigoler (on est tenté de dire ricaner) sur le sort des femmes violées, des enfants abusés, ou des peuples qui meurent de faim.

    On a le droit de détester cet #humour, on a le droit de considérer que certaines de ces caricatures incitent au #mépris ou à la #haine_raciste ou sexiste, entre autres griefs possibles, et on a le droit de le dire. On a le droit de l’écrire, on a le droit d’aller le dire en justice, et même en manifestation. Mais – cela allait sans dire, l’attentat de janvier 2015 oblige désormais à l’énoncer expressément – quel que soit tout le mal qu’on peut penser de ces dessins, de leur #brutalité, de leur #indélicatesse, de leur méchanceté gratuite envers des gens souvent démunis, de leur #racisme parfois, la #violence_symbolique qu’il exercent est sans commune mesure avec la violence physique extrême que constitue l’#homicide, et elle ne saurait donc lui apporter le moindre commencement de #justification.

    On a en somme le droit de dénoncer avec la plus grande vigueur la violence symbolique des caricatures quand on la juge illégitime et nocive, car elle peut l’être, à condition toutefois de dire désormais ce qui, je le répète, aurait dû continuer d’aller sans dire mais va beaucoup mieux, désormais, en le disant : qu’aucune violence symbolique ne justifie l’hyper-violence physique. Cela vaut pour les pires dessins de Charlie comme pour les pires répliques d’un Zemmour ou d’un Dieudonné, comme pour tout ce qui nous offense – du plutôt #douteux au parfaitement #abject.

    Que reste-t-il en effet de la liberté d’expression si l’on défend le #droit_à_la_caricature mais pas le droit à la #critique des caricatures ? Que devient le #débat_démocratique si toute critique radicale de #Charlie aujourd’hui, et qui sait de de Zemmour demain, de Macron après-demain, est d’office assimilée à une #incitation_à_la_violence, donc à de la complicité de terrorisme, donc proscrite ?

    Mais inversement, que devient cet espace démocratique si la dénonciation de l’intolérable et l’appel à le faire cesser ne sont pas précédés et tempérés par le rappel clair et explicite de l’interdit fondamental du meurtre ?

    7. Autre chose m’a gêné dans certaines analyses : l’interrogation sur les « #vrais_responsables », formulation qui laisse entendre que « derrière » un responsable « apparent » (l’assassin) il y aurait « les vrais responsables », qui seraient d’autres que lui. Or s’il me parait bien sûr nécessaire d’envisager dans toute sa force et toute sa complexité l’impact des #déterminismes_sociaux, il est problématique de dissoudre dans ces déterminismes toute la #responsabilité_individuelle de ce jeune de 18 ans – ce que la sociologie ne fait pas, contrairement à ce que prétendent certains polémistes, mais que certains discours peuvent parfois faire.

    Que chacun s’interroge toujours sur sa possible responsabilité est plutôt une bonne chose à mes yeux, si toutefois on ne pousse pas le zèle jusqu’à un « on est tous coupables » qui dissout toute #culpabilité réelle et arrange les affaires des principaux coupables. Ce qui m’a gêné est l’enchaînement de questions qui, en réponse à la question « qui a tué ? », met comme en concurrence, à égalité, d’une part celui qui a effectivement commis le crime, et d’autre part d’autres personnes ou groupes sociaux (la direction de l’école, la police, le père d’élève ayant lancé la campagne publique contre Samuel Paty sur Youtube, sa fille qui semble l’avoir induit en erreur sur le déroulement de ses cours) qui, quel que soit leur niveau de responsabilité, n’ont en aucun cas « tué » – la distinction peut paraitre simple, voire simpliste, mais me parait, pour ma part, cruciale à maintenir.

    8. Ce qui m’a gêné, aussi, et même écoeuré lorsque l’oubli était assumé, et que « le système » néolibéral et islamophobe devenait « le principal responsable », voire « l’ennemi qu’il nous faut combattre », au singulier, ce fut une absence, dans la liste des personnes ou des groupes sociaux pouvant, au-delà de l’individu #Abdoullakh_Abouyezidovitch, se partager une part de responsabilité. Ce qui me gêna fut l’oubli ou la minoration du rôle de l’entourage plus ou moins immédiat du tueur – qu’il s’agisse d’un groupe terroriste organisé ou d’un groupe plus informel de proches ou de moins proches (via les réseaux sociaux), sans oublier, bien entendu, l’acolyte de l’irresponsable « père en colère » : un certain #Abdelhakim_Sefrioui, entrepreneur de haine pourtant bien connu, démasqué et ostracisé de longue date dans les milieux militants, à commencer par les milieux pro-palestiniens et la militance anti-islamophobie.

    Je connais les travaux sociologiques qui critiquent à juste titre l’approche mainstream, focalisée exclusivement les techniques de propagande des organisations terroristes, et qui déplacent la focale sur l’étude des conditions sociales rendant audible et « efficace » lesdites techniques de #propagande. Mais justement, on ne peut prendre en compte ces conditions sociales sans observer aussi comment elles pèsent d’une façon singulière sur les individus, dont la responsabilité n’est pas évacuée. Et l’on ne peut pas écarter, notamment, la responsabilité des individus ou des groupes d’ « engraineurs », surtout si l’on pose la question en ces termes : « qui a tué ? ».

    9. Le temps du #choc, du #deuil et de l’#amertume « contre mon propre camp » fut cela dit parasité assez vite par un vacarme médiatique assourdissant, charriant son lot d’#infamie dans des proportions autrement plus terrifiantes. #Samuel_Gontier, fidèle « au poste », en a donné un aperçu glaçant :

    – des panels politiques dans lesquels « l’équilibre » invoqué par le présentateur (Pascal Praud) consiste en un trio droite, droite extrême et extrême droite (LREM, Les Républicains, Rassemblement national), et où les différentes familles de la gauche (Verts, PS, PCF, France insoumise, sans même parler de l’extrême gauche) sont tout simplement exclues ;

    – des « débats » où sont mis sérieusement à l’agenda l’interdiction du #voile dans tout l’espace public, l’expulsion de toutes les femmes portant le #foulard, la #déchéance_de_nationalité pour celles qui seraient françaises, la réouverture des « #bagnes » « dans îles Kerguelen », le rétablissement de la #peine_de_mort, et enfin la « #criminalisation » de toutes les idéologies musulmanes conservatrices, « pas seulement le #djihadisme mais aussi l’#islamisme » (un peu comme si, à la suite des attentats des Brigades Rouges, de la Fraction Armée Rouge ou d’Action Directe, on avait voulu criminaliser, donc interdire et dissoudre toute la gauche socialiste, communiste, écologiste ou radicale, sous prétexte qu’elle partageait avec les groupes terroristes « l’opposition au capitalisme ») ;

    – des « plateaux » sur lesquels un #Manuel_Valls peut appeler en toute conscience et en toute tranquillité, sans causer de scandale, à piétiner la Convention Européenne des Droits Humains : « S’il nous faut, dans un moment exceptionnel, s’éloigner du #droit_européen, faire évoluer notre #Constitution, il faut le faire. », « Je l’ai dit en 2015, nous sommes en #guerre. Si nous sommes en guerre, donc il faut agir, frapper. ».

    10. Puis, très vite, il y a eu cette offensive du ministre de l’Intérieur #Gérald_Darmanin contre le #CCIF (#Collectif_Contre_l’Islamophobie_en_France), dénuée de tout fondement du point de vue de la #lutte_anti-terroriste – puisque l’association n’a évidemment pris aucune part dans le crime du 17 octobre 2020, ni même dans la campagne publique (sur Youtube et Twitter) qui y a conduit.

    Cette dénonciation – proprement calomnieuse, donc – s’est autorisée en fait d’une montée en généralité, en abstraction et même en « nébulosité », et d’un grossier sophisme : le meurtre de Samuel Paty est une atteinte aux « #valeurs » et aux « institutions » de « la #République », que justement le CCIF « combat » aussi – moyennant quoi le CCIF a « quelque chose à voir » avec ce crime et il doit donc être dissous, CQFD. L’accusation n’en demeure pas moins fantaisiste autant qu’infamante, puisque le « combat » de l’association, loin de viser les principes et les institutions républicaines en tant que telles, vise tout au contraire leur manque d’effectivité : toute l’activité du CCIF (c’est vérifiable, sur le site de l’association aussi bien que dans les rapports des journalistes, au fil de l’actualité, depuis des années) consiste à combattre la #discrimination en raison de l’appartenance ou de la pratique réelle ou supposée d’une religion, donc à faire appliquer une loi de la république. Le CCIF réalise ce travail par les moyens les plus républicains qui soient, en rappelant l’état du Droit, en proposant des médiations ou en portant devant la #Justice, institution républicaine s’il en est, des cas d’atteinte au principe d’#égalité, principe républicain s’il en est.

    Ce travail fait donc du CCIF une institution précieuse (en tout cas dans une république démocratique) qu’on appelle un « #contre-pouvoir » : en d’autres termes, un ennemi de l’arbitraire d’État et non de la « République ». Son travail d’#alerte contribue même à sauver ladite République, d’elle-même pourrait-on dire, ou plutôt de ses serviteurs défaillants et de ses démons que sont le racisme et la discrimination.

    Il s’est rapidement avéré, du coup, que cette offensive sans rapport réel avec la lutte anti-terroriste s’inscrivait en fait dans un tout autre agenda, dont on avait connu les prémisses dès le début de mandat d’Emmanuel Macron, dans les injures violentes et les tentatives d’interdiction de Jean-Michel #Blanquer contre le syndicat #Sud_éducation_93, ou plus récemment dans l’acharnement haineux du député #Robin_Réda, censé diriger une audition parlementaire antiraciste, contre les associations de soutien aux immigrés, et notamment le #GISTI (Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés). Cet agenda est ni plus ni moins que la mise hors-jeu des « corps intermédiaires » de la société civile, et en premier lieu des #contre-pouvoirs que sont les associations antiracistes et de défense des droits humains, ainsi que les #syndicats, en attendant le tour des partis politiques – confère, déjà, la brutalisation du débat politique, et notamment les attaques tout à fait inouïes, contraires pour le coup à la tradition républicaine, de #Gérald_Darmanin contre les écologistes (#Julien_Bayou, #Sandra_Regol et #Esther_Benbassa) puis contre la #France_insoumise et son supposé « #islamo-gauchisme qui a détruit la république », ces dernières semaines, avant donc le meurtre de Samuel Paty.

    Un agenda dans lequel figure aussi, on vient de l’apprendre, un combat judiciaire contre le site d’information #Mediapart.

    11. Il y a eu ensuite l’annonce de ces « actions coup de poing » contre des associations et des lieux de culte musulmans, dont le ministre de l’Intérieur lui-même a admis qu’elles n’avaient aucun lien avec l’enquête sur le meurtre de Samuel Paty, mais qu’elles servaient avant tout à « #adresser_un_message », afin que « la #sidération change de camp ». L’aveu est terrible : l’heure n’est pas à la défense d’un modèle (démocratique, libéral, fondé sur l’État de Droit et ouvert à la pluralité des opinions) contre un autre (obscurantiste, fascisant, fondé sur la terreur), mais à une #rivalité_mimétique. À la #terreur on répond par la terreur, sans même prétendre, comme le fit naguère un Charles Pasqua, qu’on va « terroriser les terroristes » : ceux que l’on va terroriser ne sont pas les terroristes, on le sait, on le dit, on s’en contrefout et on répond au meurtre par la #bêtise et la #brutalité, à l’#obscurantisme « religieux » par l’obscurantisme « civil », au #chaos de l’#hyper-violence par le chaos de l’#arbitraire d’État.

    12. On cible donc des #mosquées alors même qu’on apprend (notamment dans la remarquable enquête de Jean-Baptiste Naudet, dans L’Obs) que le tueur ne fréquentait aucune mosquée – ce qui était le cas, déjà, de bien d’autres tueurs lors des précédents attentats.

    On s’attaque au « #séparatisme » et au « #repli_communautaire » alors même qu’on apprend (dans la même enquête) que le tueur n’avait aucune attache ou sociabilité dans sa communauté – ce qui là encore a souvent été le cas dans le passé.

    On préconise des cours intensifs de #catéchisme_laïque dans les #écoles, des formations intensives sur la liberté d’expression, avec distribution de « caricatures » dans tous les lycées, alors que le tueur était déscolarisé depuis un moment et n’avait commencé à se « radicaliser » qu’en dehors de l’#école (et là encore se rejoue un schéma déjà connu : il se trouve qu’un des tueurs du Bataclan fut élève dans l’établissement où j’exerce, un élève dont tous les professeurs se souviennent comme d’un élève sans histoires, et dont la famille n’a pu observer des manifestations de « #radicalisation » qu’après son bac et son passage à l’université, une fois qu’il était entré dans la vie professionnelle).

    Et enfin, ultime protection : Gérald Darmanin songe à réorganiser les rayons des #supermarchés ! Il y aurait matière à rire s’il n’y avait pas péril en la demeure. On pourrait s’amuser d’une telle #absurdité, d’une telle incompétence, d’une telle disjonction entre la fin et les moyens, si l’enjeu n’était pas si grave. On pourrait sourire devant les gesticulations martiales d’un ministre qui avoue lui-même tirer « à côté » des véritables coupables et complices, lorsque par exemple il ordonne des opérations contre des #institutions_musulmanes « sans lien avec l’enquête ». On pourrait sourire s’il ne venait pas de se produire une attaque meurtrière atroce, qui advient après plusieurs autres, et s’il n’y avait pas lieu d’être sérieux, raisonnable, concentré sur quelques objectifs bien définis : mieux surveiller, repérer, voir venir, mieux prévenir, mieux intervenir dans l’urgence, mieux protéger. On pourrait se payer le luxe de se disperser et de discuter des #tenues_vestimentaires ou des #rayons_de_supermarché s’il n’y avait pas des vies humaines en jeu – certes pas la vie de nos dirigeants, surprotégés par une garde rapprochée, mais celles, notamment, des professeurs et des élèves.

    13. Cette #futilité, cette #frivolité, cette bêtise serait moins coupable s’il n’y avait pas aussi un gros soubassement de #violence_islamophobe. Cette bêtise serait innocente, elle ne porterait pas à conséquence si les mises en débat du #vêtement ou de l’#alimentation des diverses « communautés religieuses » n’étaient pas surdéterminées, depuis de longues années, par de très lourds et violents #stéréotypes racistes. On pourrait causer lingerie et régime alimentaire si les us et coutumes religieux n’étaient pas des #stigmates sur-exploités par les racistes de tout poil, si le refus du #porc ou de l’#alcool par exemple, ou bien le port d’un foulard, n’étaient pas depuis des années des motifs récurrents d’#injure, d’#agression, de discrimination dans les études ou dans l’emploi.

    Il y a donc une bêtise insondable dans cette mise en cause absolument hors-sujet des commerces ou des rayons d’ « #alimentation_communautaire » qui, dixit Darmanin, « flatteraient » les « plus bas instincts », alors que (confère toujours l’excellente enquête de Jean-Baptiste Naudet dans L’Obs) l’homme qui a tué Samuel Paty (comme l’ensemble des précédents auteurs d’attentats meurtriers) n’avait précisément pas d’ancrage dans une « communauté » – ni dans l’immigration tchétchène, ni dans une communauté religieuse localisée, puisqu’il ne fréquentait aucune mosquée.

    Et il y a dans cette bêtise une #méchanceté tout aussi insondable : un racisme sordide, à l’encontre des #musulmans bien sûr, mais pas seulement. Il y a aussi un mépris, une injure, un piétinement de la mémoire des morts #juifs – puisque parmi les victimes récentes des tueries terroristes, il y a précisément des clients d’un commerce communautaire, l’#Hyper_Cacher, choisis pour cible et tués précisément en tant que tels.

    Telle est la vérité, cruelle, qui vient d’emblée s’opposer aux élucubrations de Gérald Darmanin : en incriminant les modes de vie « communautaires », et plus précisément la fréquentation de lieux de culte ou de commerces « communautaires », le ministre stigmatise non pas les coupables de la violence terroriste (qui se caractérisent au contraire par la #solitude, l’#isolement, le surf sur #internet, l’absence d’#attaches_communautaires et de pratique religieuse assidue, l’absence en tout cas de fréquentation de #lieux_de_cultes) mais bien certaines de ses victimes (des fidèles attaqués sur leur lieu de culte, ou de courses).

    14. Puis, quelques jours à peine après l’effroyable attentat, sans aucune concertation sur le terrain, auprès de la profession concernée, est tombée par voie de presse (comme d’habitude) une stupéfiante nouvelle : l’ensemble des Conseils régionaux de France a décidé de faire distribuer un « #recueil_de_caricatures » (on ne sait pas lesquelles) dans tous les lycées. S’il faut donner son sang, allez donner le vôtre, disait la chanson. Qu’ils aillent donc, ces élus, distribuer eux-mêmes leurs petites bibles républicaines, sur les marchés. Mais non : c’est notre sang à nous, petits profs de merde, méprisés, sous-payés, insultés depuis des années, qui doit couler, a-t-il été décidé en haut lieu. Et possiblement aussi celui de nos élèves.

    Car il faut se rendre à l’évidence : si cette information est confirmée, et si nous acceptons ce rôle de héros et martyrs d’un pouvoir qui joue aux petits soldats de plomb avec des profs et des élèves de chair et d’os, nous devenons officiellement la cible privilégiée des groupes terroristes. À un ennemi qui ne fonctionne, dans ses choix de cibles et dans sa communication politique, qu’au défi, au symbole et à l’invocation de l’honneur du Prophète, nos dirigeants répondent en toute #irresponsabilité par le #défi, le #symbole, et la remise en jeu de l’image du Prophète. À quoi doit-on s’attendre ? Y sommes-nous prêts ? Moi non.

    15. Comme si tout cela ne suffisait pas, voici enfin que le leader de l’opposition de gauche, celui dont on pouvait espérer, au vu de ses engagements récents, quelques mises en garde élémentaires mais salutaires contre les #amalgames et la #stigmatisation haineuse des musulmans, n’en finit pas de nous surprendre ou plutôt de nous consterner, de nous horrifier, puisqu’il s’oppose effectivement à la chasse aux musulmans, mais pour nous inviter aussitôt à une autre chasse : la #chasse_aux_Tchétchènes :

    « Moi, je pense qu’il y a un problème avec la #communauté_tchétchène en France ».

    Il suffit donc de deux crimes, commis tous les deux par une personne d’origine tchétchène, ces dernières années (l’attentat de l’Opéra en 2018, et celui de Conflans en 2020), plus une méga-rixe à Dijon cet été impliquant quelques dizaines de #Tchétchènes, pour que notre homme de gauche infère tranquillement un « #problème_tchétchène », impliquant toute une « communauté » de plusieurs dizaines de milliers de personnes vivant en France.

    « Ils sont arrivés en France car le gouvernement français, qui était très hostile à Vladimir Poutine, les accueillait à bras ouverts », nous explique Jean-Luc #Mélenchon. « À bras ouverts », donc, comme dans un discours de Le Pen – le père ou la fille. Et l’on a bien entendu : le motif de l’#asile est une inexplicable « hostilité » de la France contre le pauvre Poutine – et certainement pas une persécution sanglante commise par ledit Poutine, se déclarant prêt à aller « buter » lesdits Tchétchènes « jusque dans les chiottes ».

    « Il y a sans doute de très bonnes personnes dans cette communauté » finit-il par concéder à son intervieweur interloqué. On a bien lu, là encore : « sans doute ». Ce n’est donc même pas sûr. Et « de très bonnes personnes », ce qui veut dire en bon français : quelques-unes, pas des masses.

    « Mais c’est notre #devoir_national de s’en assurer », s’empresse-t-il d’ajouter – donc même le « sans doute » n’aura pas fait long feu. Et pour finir en apothéose :

    « Il faut reprendre un par un tous les dossiers des Tchétchènes présents en France et tous ceux qui ont une activité sur les réseaux sociaux, comme c’était le cas de l’assassin ou d’autres qui ont des activités dans l’#islamisme_politique (...), doivent être capturés et expulsés ».

    Là encore, on a bien lu : « tous les dossiers des Tchétchènes présents en France », « un par un » ! Quant aux suspects, ils ne seront pas « interpellés », ni « arrêtés », mais « capturés » : le vocabulaire est celui de la #chasse, du #safari. Voici donc où nous emmène le chef du principal parti d’opposition de gauche.

    16. Enfin, quand on écrira l’histoire de ces temps obscurs, il faudra aussi raconter cela : comment, à l’heure où la nation était invitée à s’unir dans le deuil, dans la défense d’un modèle démocratique, dans le refus de la violence, une violente campagne de presse et de tweet fut menée pour que soient purement et simplement virés et remplacés les responsables de l’#Observatoire_de_la_laïcité, #Nicolas_Cadène et #Jean-Louis_Bianco, pourtant restés toujours fidèles à l’esprit et à la lettre des lois laïques, et que les deux hommes furent à cette fin accusés d’avoir « désarmé » la République et de s’être « mis au service » des « ennemis » de ladite #laïcité et de ladite république – en somme d’être les complices d’un tueur de prof, puisque c’est de cet ennemi-là qu’il était question.

    Il faudra raconter que des universitaires absolument irréprochables sur ces questions, comme #Mame_Fatou_Niang et #Éric_Fassin, furent mis en cause violemment par des tweeters, l’une en recevant d’abjectes vidéos de décapitation, l’autre en recevant des #menaces de subir la même chose, avec dans les deux cas l’accusation d’être responsables de la mort de Samuel Paty.

    Il faudra se souvenir qu’un intellectuel renommé, invité sur tous les plateaux, proféra tranquillement, là encore sans être recadré par les animateurs, le même type d’accusations à l’encontre de la journaliste et chroniqueuse #Rokhaya_Diallo : en critiquant #Charlie_Hebdo, elle aurait « poussé à armer les bras des tueurs », et « entrainé » la mort des douze de Charlie hebdo.

    Il faudra se souvenir qu’au sommet de l’État, enfin, en ces temps de deuil, de concorde nationale et de combat contre l’obscurantisme, le ministre de l’Éducation nationale lui-même attisa ce genre de mauvaise querelle et de #mauvais_procès – c’est un euphémisme – en déclarant notamment ceci :

    « Ce qu’on appelle l’#islamo-gauchisme fait des ravages, il fait des ravages à l’#université. Il fait des ravages quand l’#UNEF cède à ce type de chose, il fait des ravages quand dans les rangs de la France Insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui ensuite, de loin en loin, mène au pire. »

    Il faudra raconter ce que ces sophismes et ces purs et simples mensonges ont construit ou tenté de construire : un « #consensus_national » fondé sur une rage aveugle plutôt que sur un deuil partagé et un « plus jamais ça » sincère et réfléchi. Un « consensus » singulièrement diviseur en vérité, excluant de manière radicale et brutale tous les contre-pouvoirs humanistes et progressistes qui pourraient tempérer la violence de l’arbitraire d’État, et apporter leur contribution à l’élaboration d’une riposte anti-terroriste pertinente et efficace : le mouvement antiraciste, l’opposition de gauche, la #sociologie_critique... Et incluant en revanche, sans le moindre état d’âme, une droite républicaine radicalisée comme jamais, ainsi que l’#extrême_droite lepéniste.

    Je ne sais comment conclure, sinon en redisant mon accablement, ma tristesse, mon désarroi, ma peur – pourquoi le cacher ? – et mon sentiment d’#impuissance face à une #brutalisation en marche. La brutalisation de la #vie_politique s’était certes enclenchée bien avant ce crime atroce – l’évolution du #maintien_de l’ordre pendant tous les derniers mouvements sociaux en témoigne, et les noms de Lallement et de Benalla en sont deux bons emblèmes. Mais cet attentat, comme les précédents, nous fait évidemment franchir un cap dans l’#horreur. Quant à la réponse à cette horreur, elle s’annonce désastreuse et, loin d’opposer efficacement la force à la force (ce qui peut se faire mais suppose le discernement), elle rajoute de la violence aveugle à de la violence aveugle – tout en nous exposant et en nous fragilisant comme jamais. Naïvement, avec sans doute un peu de cet idéalisme qui animait Samuel Paty, j’en appelle au #sursaut_collectif, et à la #raison.

    Pour reprendre un mot d’ordre apparu suite à ce crime atroce, #je_suis_prof. Je suis prof au sens où je me sens solidaire de Samuel Paty, où sa mort me bouleverse et me terrifie, mais je suis prof aussi parce que c’est tout simplement le métier que j’exerce. Je suis prof et je crois donc en la raison, en l’#éducation, en la #discussion. Depuis vingt-cinq ans, j’enseigne avec passion la philosophie et je m’efforce de transmettre le goût de la pensée, de la liberté de penser, de l’échange d’arguments, du débat contradictoire. Je suis prof et je m’efforce de transmettre ces belles valeurs complémentaires que sont la #tolérance, la #capacité_d’indignation face à l’intolérable, et la #non-violence dans l’#indignation et le combat pour ses idées.

    Je suis prof et depuis vingt-cinq ans je m’efforce de promouvoir le #respect et l’#égalité_de_traitement, contre tous les racismes, tous les sexismes, toutes les homophobies, tous les systèmes inégalitaires. Et je refuse d’aller mourir au front pour une croisade faussement « républicaine », menée par un ministre de l’Intérieur qui a commencé sa carrière politique, entre 2004 et 2008, dans le girons de l’extrême droite monarchiste (auprès de #Christian_Vanneste et de #Politique_magazine, l’organe de l’#Action_française). Je suis prof et je refuse de sacrifier tout ce en quoi je crois pour la carrière d’un ministre qui en 2012, encore, militait avec acharnement, aux côtés de « La manif pour tous », pour que les homosexuels n’aient pas les mêmes droits que les autres – sans parler de son rapport aux femmes, pour le moins problématique, et de ce que notre grand républicain appelle, en un délicat euphémisme, sa « vie de jeune homme ».

    Je suis prof et j’enseigne la laïcité, la vraie, celle qui s’est incarnée dans de belles lois en 1881, 1882, 1886 et 1905, et qui n’est rien d’autre qu’une machine à produire plus de #liberté, d’#égalité et de #fraternité. Mais ce n’est pas cette laïcité, loin s’en faut, qui se donne à voir ces jours-ci, moins que jamais, quand bien même le mot est répété à l’infini. C’est au contraire une politique liberticide, discriminatoire donc inégalitaire, suspicieuse ou haineuse plutôt que fraternelle, que je vois se mettre en place, sans même l’excuse de l’efficacité face au terrorisme.

    Je suis prof, et cette #vraie_laïcité, ce goût de la pensée et de la #parole_libre, je souhaite continuer de les promouvoir. Et je souhaite pour cela rester en vie. Et je souhaite pour cela rester libre, maître de mes #choix_pédagogiques, dans des conditions matérielles qui permettent de travailler. Et je refuse donc de devenir l’otage d’un costume de héros ou de martyr taillé pour moi par des aventuriers sans jugeote, sans cœur et sans principes – ces faux amis qui ne savent qu’encenser des profs morts et mépriser les profs vivants.

    https://lmsi.net/Je-suis-prof

    #Pierre_Tevanian

    –—

    –-> déjà signalé sur seenthis :
    https://seenthis.net/messages/882390
    https://seenthis.net/messages/882583
    ... mais je voulais mettre le texte complet.