• La #pandémie du #Covid-19 : un risque inhérent à la #mondialisation (2) ?

    Dans un contexte (national, européen et mondial) fortement marqué par la pandémie du Covid-19, ce deuxième billet revient sur les enseignements de trois notices développées dans le Dictionnaire critique de la mondialisation (Armand Colin, 2012), « crises », « risques » et « résilience ». Comment faut-il les interpréter à partir du vécu de la catastrophe du Covid-19 et dans la perspective d’un débat critique sur la « démondialisation » face à la métropolisation (troisième billet) ?

    1-De la « crise » et des crises

    Dans les deux éditions du Dictionnaire critique de la mondialisation, on retrouve la notice « crise » qui évoque la pluralité de crises sous trois angles différents (Martine Azuelos). Il est ainsi question de crise environnementale (en raison de l’épuisement des ressources naturelles et de la perte de la biodiversité) ; crise sociale (montée du chômage et de la précarité dans les pays développés, exploitation des travailleurs dans les pays émergents, y compris des enfants) ; et crise culturelle (déclin de la diversité culturelle et linguistique sous l’effet de l’homogénéisation des modes de vie et de consommation).

    L’analyse insiste principalement sur les risques financiers. Ce choix se justifie aisément dans la mesure où il s’agissait d’apporter un éclairage neuf sur les effets associés aux politiques de déréglementation financière et à la globalisation, soit la métamorphose du capitalisme vers une financiarisation accrue. La seconde édition du Dictionnaire paraît quatre ans après la crise financière de 2008 – – suite à la crise des subprimes (2007) et à la chute de la banque Lehman Brothers aux Etats-Unis.

    La notice fait référence à la crise comme une phase du cycle économique se traduisant par un ralentissement de la croissance et la montée du chômage. Ceci ne représente pas un phénomène propre à la mondialisation dans la mesure où elle a jalonné l’histoire de l’humanité. Mais avec l’intégration des économies productives et des marchés financiers, elle prend une nouvelle ampleur. Sa diffusion est désormais planétaire, expérience vécue lors de la crise financière de 2008.

    Dans les sociétés préindustrielles, les crises étaient liées à la sous-production agricole alors que dans les sociétés industrielles, elles sont la résultante d’un déséquilibre entre la production (industrielle) et la demande solvable suivies de perturbations d’ordre financier. Au XXème siècle, des faillites bancaires ou krachs boursiers ont précédé la baisse de l’activité, comme en 1929, en 2000, ou en 2007-2009.

    Pour de nombreux chercheurs (Michel Aglietta), les crises financières à venir seraient consubstantielles au capitalisme globalisé et financiarisé car soucieux du court terme et de liquidité. Ils insistent notamment sur les nouvelles normes comptables valorisant les actifs d’une entreprise à leur valeur de marché, comme si la vocation première d’une firme était d’être liquidée le lendemain matin. La tradition marxiste voit dans la globalisation le stade suprême du capitalisme mais les libéraux estiment au contraire qu’elle permet une accélération de la croissance et une augmentation de la prospérité à l’échelle planétaire.

    Cette seconde approche de la globalisation fut dominante au moment où les États menaient des politiques de déréglementation financière, c’est-à-dire dans les années 1980-2000. Elle l’est nettement moins depuis la récession mondiale de 2008 au sein des gouvernements européens et des organisations internationales (G20, OMC, FMI). Certes la globalisation stimule la croissance mondiale mais force de reconnaître qu’elle est aussi génératrice d’une forte instabilité.

    Après avoir présenté la notice « crise » et souligné l’ampleur qu’elle peut prendre dans un cycle de mondialisation en raison d’une certaine forme d’instabilité que partagent les sociétés contemporaines, l’analyse se poursuit avec le concept « risque ».
    2-Du « risque » et des risques

    Le « risque » fait l’objet de trois notices et d’un essai rédigé par Magali Reghezza-Zitt. La première notice définit le terme en optant pour un point de vue général. La deuxième est centrée sur le risque environnemental (MRZ) et la troisième sur le risque systémique tel qu’il est évoqué dans les cercles financiers et ceux de la révolution numérique (Catherine Distler). Quant à l’essai, il étudie les « interactions réciproques et complexes entre risques et mondialisation ».

    2.1-Nous commencerons par évoquer le risque systémique en lien avec la crise financière (précédemment explicitée) et les systèmes d’information autour d’Internet.
    Le risque systémique financier résulte de l’imbrication de plusieurs composantes : système bancaire, marchés de capitaux (shadow banking) et Internet dont l’intégrité et le bon fonctionnement sont menacés par des perturbations internes ou externes. Il s’est matérialisé en 2008 lorsque plusieurs établissements financiers américains entrent en cessation de paiement, un an après la crise des subprimes (prêts hypothécaires risqués) de 2007 que certains expliquent en raison de l’abrogation de la loi américaine Glass-Steagall (1999) qui mit fin à la séparation entre la banque d’investissement et la banque de dépôt.

    Le risque systémique est également évoqué pour les systèmes d’information et notamment pour Internet dans la mesure où la diffusion de certains virus est susceptible de corrompre les informations disponibles ou le fonctionnement du système dans son ensemble. D’où l’impératif pour les États du recours à une politique visant la cyber sécurité pour éviter la circulation des virus, à l’initiative des hackers indépendants ou en lien avec des terroristes.

    2.2-La science formalise le risque
    Pour Magali Reghezza-Zitt, le risque est devenu un concept avec l’invention du calcul des probabilités à partir du XVIIème siècle, suite à un changement de paradigme ayant permis une laïcisation du danger. Si jusque-là, la catastrophe était vue comme un acte de Dieu, des philosophes (dont Rousseau), à la suite du tremblement de terre de Lisbonne mettent en exergue la responsabilité humaine. Puis le risque est définitivement formalisé au début du XXème siècle par l’économiste américain F. Knight. Il est alors défini comme l’incertitude en tant qu’elle est objectivable car mesurable.

    2.3-Le risque environnemental désigne tout danger lié à l’environnement en dépit de la difficulté à l’appréhender parce que le concept d’environnement est ambigu du fait de sa polysémie. Ce n’est que depuis les années 1980 que l’environnement est synonyme de nature. Le risque environnemental désigne alors l’ensemble des pollutions, nuisances, atteintes aux écosystèmes, etc.

    Le recours au concept de risque environnemental est devenu au fil du temps un moyen pour contester le capitalisme globalisé jugé responsable des atteintes portées à la planète. La révolution des transports, l’augmentation des mobilités, etc. sont mis en cause. Les revendications sont portées par des idéologies différentes, venues parfois d’horizons radicalement opposés : altermondialistes, antilibéraux, écologie radicale (deep ecology), mouvements réactionnaires, etc.

    2.4-L’essai est centré sur les interactions entre « risques » et « mondialisation » (globalisation). Pour Magali Reghezza-Zitt, la mondialisation transforme les risques existants en même temps que les risques sont susceptibles de devenir une menace pour la mondialisation.
    La globalisation financière qui a permis l’intégration économique et financière des sociétés nationales et qui a renforcé les interdépendances serait à l’origine d’une mutation des risques financiers susceptibles d’entraîner à leur tour de sérieux risques sociaux (exacerbation des inégalités sociales).

    La mondialisation renouvelle des risques anciens et leur donne une nouvelle ampleur. La mondialisation des agricultures qui aurait pu se traduire par une meilleure répartition des denrées alimentaires dans le monde, a en fait participé à la résurgence de crises alimentaires mondiales qui ont plongé certains États dans l’instabilité économique, sociale et politique. Elle a conduit à penser la « sécurité alimentaire » (Nicolas Bricas) certes nationale mais également transnationale. Des ONGs viennent en aide aux personnes déplacées en raison des menaces guerrières ou victimes de catastrophes naturelles.

    L’augmentation des mobilités est source de multiples risques environnementaux : rejet massif de gaz à effet de serre qui s’ajoute à celui des industries, ce qui a des répercussions sur le climat planétaire. La délocalisation d’activités polluantes et de déchets toxiques en direction de pays moins rigoureux sur les législations ou à moindre coûts salariaux, a entraîné une diffusion de polluants dans des espaces jusque-là épargnés.

    L’auteur indique par ailleurs que l’augmentation des mobilités ne se limite pas aux risques environnementaux, elle touche aussi les risques sanitaires, comme le SRAS, les grippes aviaires, la grippe A(H1N1). En 2020 le Coronavirus ou Covid-19 a affecté 500.000 personnes dans le monde et a été à l’origine d’une politique de confinement pour les populations dans de nombreux pays.

    Si la mondialisation influe sur les risques et sur les catastrophes qu’ils entraînent, ces derniers peuvent mettre en péril la mondialisation. L’intensification des échanges pèse sur les ressources énergétiques fossiles qui à moyen terme font planer un risque important sur les échanges qui constituent le fondement de la mondialisation. Risques et catastrophes fragilisent la mondialisation. C’est ce que recherchent les terroristes lorsqu’ils s’attaquent aux tours de Manhattan, haut lieu de la mondialisation. Les attentats du 11 septembre 2001 peuvent être analysés comme une atteinte matérielle, mais aussi symbolique, portée à l’hypercentre de la mondialisation.

    A la suite de E. Michel-Kerjan, les chercheurs soulignent combien la planétarisation de ‘nouveaux’ risques entraînent des risques ‘à grande échelle’. Avec la mondialisation, la grande nouveauté résiderait dans le risque à grande échelle – – comme en témoigne le Covid-19- – qui donnerait de l’ampleur aux catastrophes engendrées tant en termes de coût que d’échelle spatiale. Les risques à « grande échelle » ont trois caractéristiques : (1) une probabilité d’occurrence difficile à calculer et plus largement, une forte incertitude ; (2) la diffusion rapide de la perturbation au-delà du point d’impact initial ; (3) enfin l’ubiquité qui fait que le sinistre se produit au même moment en plusieurs lieux sans que ces lieux ne soient forcément proches dans l’espace.

    Les sociétés mondialisées seraient caractérisées par des niveaux de risques globaux très élevés et inédits alors même que la nature de l’aléa n’a pas changé. Ces risques globaux affectent les territoires en fonction de leur insertion à la mondialisation et la globalisation : plus le territoire affecté initialement est intégrée à l’économie globalisée, plus les risques de diffusion seront importants.

    L’idée de changement d’échelle, consubstantielle à la mondialisation, entraîne l’idée qu’il est indispensable de penser certains risques à l’échelle planétaire et plus uniquement au niveau local ou national. Il y a désormais des interactions entre les échelles. Les thématiques du changement climatique et de la biodiversité rappellent régulièrement le caractère systémique de l’environnement naturel. Les notions de risques globaux ou de risques planétaires caractériseraient nos sociétés modernes.

    2.5-Qu’en est-il pour les villes ?

    Mondialisation et « métropolisation » – -concept utilisé depuis plusieurs décennies pour rendre compte des changements identifiés dans les processus d’urbanisation (Cynthia Ghorra-Gobin)- – qui résultent de la globalisation financière sont à l’origine d’une transformation de la matérialité des espaces urbains. La concentration des biens et des personnes entraîne une augmentation des richesses exposées aux catastrophes pendant que l’urbanisme vertical modifie sérieusement la nature des impacts physiques. Les tours et gratte-ciel (skyscraper) ont une fragilité intrinsèque qui demande des mesures de sécurité spécifiques.

    D’après Magali Reghezza-Zitt la métropolisation encouragerait l’intensification des réseaux, qui facilitent des échanges rapides, parfois instantanés, d’informations, de biens, de personnes. Or les réseaux sont de plus en plus interdépendants et ils sont devenus de puissants éléments de diffusion des sinistres à l’ensemble de la ville, mais également à des échelles supra-urbaines, qu’il s’agisse des régions métropolitaines, du pays tout entier voire du monde ou du continent. C’est la structure réticulaire des villes globalisées qui est concernée.

    Au final, la question des risques peut se comprendre comme une clé de lecture pertinente des mécanismes et conséquences de la mondialisation et de la globalisation. Mais paradoxalement les questions autour des couples risque/mondialisation/ et risque/globalisation apparaissent peu dans la littérature française alors que les corpus anglo-américains incluent de nombreuses réflexions sur le thème de « disasters and globalization » tout en se limitant, il est vrai, à la globalisation financière. L’approche française de la mondialisation qui différencie « mondialisation » et « globalisation » et « planétarisation » permettrait de mettre en évidence la question des changements d’échelle qui exprime la dialectique local/global.
    3-De la « résilience »

    L’auteur (MRZ) de la notice sur la résilience constate que depuis la fin des années 1990, le concept de résilience est présent dans une très grande variété de travaux interdisciplinaires. Il viendrait de l’écologie et aurait été théorisé par C.S. Holling (1973), pour signifier la capacité d’un écosystème à maintenir son état d’équilibre en cas de perturbation avant d’être utilisé en sciences sociales à la suite de P. Timmerman (1981). La résilience est alors perçue comme un antonyme positif de la « vulnérabilité ». Elle signifie la capacité des communautés humaines à supporter les chocs ou les perturbations externes et à se relever de tels bouleversements.

    La résilience apparaît donc comme une propriété souhaitable des sociétés et des systèmes territoriaux, dans un contexte de mondialisation des menaces (risques environnementaux, risques sanitaires, changement climatique, risques financiers et économiques, terrorisme de masse, cyber-risques etc.) en raison de l’incertitude concernant l’ampleur et la nature des changements. Elle a été mobilisée aux Etats-Unis suite aux attentats du 11 septembre 2001, pour penser la capacité des habitants de la ville à se relever et à reconstruire leur ville.

    Les chercheurs proposent également de différencier la résilience ‘réactive’ de la résilience ‘proactive’ (J.W. Handmer et S.R. Dovers, 1996). La première renvoie à la capacité à intégrer la perturbation dans son fonctionnement alors que la seconde accepte le changement et tente de créer un système capable de s’adapter à de nouvelles conditions. Mais cette distinction aisée à comprendre pose en fait de sérieuses questions méthodologiques. Sur la base de quels critères peut-on parler de ‘résilience’ ou au contraire de ‘bifurcation’ du système considéré ?

    L’auteur insiste au final sur les enjeux politiques du discours sur la résilience : ce dernier peut en effet servir une stratégie d’appropriation et de maintien d’un pouvoir sur un espace. En d’autres termes il peut servir à reproduire à l’identique des systèmes inégalitaires ou injustes. Le récit de la résilience peut certainement être salué : il évite de mettre l’accent sur l’idée de vulnérabilité qui peut conduire au fatalisme pour insister sur les capacités de rebond des sociétés.
    Que nous apprend le Dictionnaire ?

    La démarche réflexive sur les trois concepts « crise », « risque » et « résilience » qui ont fait l’objet de notices dans le Dictionnaire critique de la mondialisation permet d’en déduire que les chercheurs.res qui ont participé à la fabrique du dictionnaire ont pris en compte sur le mode explicite les enjeux sociaux et politiques liés aux processus inhérents à la mondialisation, globalisation et planétarisation. Ils/elles ont ainsi mis le doigt sur les fragilités de ces processus ainsi que sur les risques conduisant à l’exacerbation des inégalités sociales.

    Mais si le Dictionnaire inclut des notices et des analyses soulignant avec précision l’incertitude qu’entraîne la mondialisation, le risque sanitaire a été moins bien mis en lumière que les risques financiers, environnementaux et ceux liés au terrorisme de masse. En d’autres termes, le changement climatique tout comme l’affirmation de réseaux transnationaux dans le trafic de la drogue ou le terrorisme ont pris le dessus sur les questions liées à la santé, en dehors des notices « pandémie » et « médicament ».

    Avec le Covid-19, les sociétés contemporaines prennent la mesure de la fragilité sanitaire des sociétés dans un monde globalisé faisant face au changement climatique. Avec cette prise de conscience quelles seront les réactions des décideurs et de la société en général ? L’idéologie en faveur d’une « démondialisation » (Cynthia Ghorra-Gobin) préconisée par certains dominera-t-elle le débat ? Le principe de la « décroissance » (Martine Azuelos) réussira-t-il à l’emporter pour mettre fin au sentiment de « vulnérabilité » (Magali Rehezza-Zitt) ?

    Ce questionnement sera explicité dans un troisième billet à partir de trois notices du Dictionnaire critique de la mondialisation (Armand Colin, 2012) : décroissance, démondialisation et vulnérabilité.

    https://skyscraper.hypotheses.org/890
    #globalisation #risque #risques #résilience #pandémie #épidémie #économie #risque_systémique

  • Götz-Aly-Kolumne : Corona, die Krise und Hitler – eine Geschichtsstunde
    https://www.berliner-zeitung.de/politik-gesellschaft/corona-die-krise-und-hitler-eine-geschichtsstunde-li.79954


    L’historien maison du journal Berliner Zeitung nous prépare à ce qui arrivera une fois la crise du virus COVID-19 passée : on sera saignés pour rembourser les subventions distribuées actuellement aux entreprises . Ce penseur de la bourgeoisie libérale ne mentionne pas que les responsables pour le désastre sanitaire et économique ne sont pas ceux qu’il appelle « nous », c’est à dire les retraités, les employés et les plus ou moins fortunés - cad les moins fortunés.

    A mon avis il serait temps de faire payer ceux qui depuis 40 ans profitent de la politique libérale , parce que ce sont les mêmes personnes qui ont corrompu et poussé les politiciens « au pouvoir » à dévaliser le patrimoine et les caisses publiques au profit des « investisseurs » et autres vautours de l’après 1989 .

    Pour Götz Aly l’époque nazie est un joli prétexte pour faire appel à notre mauvaise conscience nationale en criant gare à ne pas répéter les erreurs des nazies. Là il faudra rembourser au lieu de mener une guerre.

    Qu’il le dise à Romano Prodi et aux partenaires allemands de Goldmann-Sachs qui ont incité les chefs d’état et les banques centrales à suivre de nos jours les principes développés par Hjalmar Schacht pour relancer l’économie allemande en 1933.

    Götz Aly ne partage évidemment pas cette perspective. Il fait partie de l’élite qui a amplement profité de la redistibution continue des richesses européennes après la victoire de ses commanditaires sur le socialisme étatique à l’Est.

    31.3.2020 - Götz Aly - Warum wir alle die aufgenommenen Schulden bald nach der Corona-Krise zurückbezahlen müssen.
    ...
    Vor allem bediente sich die NS-Regierung hemmungsloser Staatsverschuldung. Diese ermöglichte die äußerlich perfekte Überwindung der Krise – Wirtschaftsboom und Vollbeschäftigung. Die Leute fragten nicht, und fragen auch heute nur selten, woher das Geld für ihre so sehr erwünschten Hilfen in schweren Zeiten kommt. Deshalb verschaffte die Politik der ungedeckten Schecks Hitler bis 1939 ständig wachsende Zustimmungswerte. Und in diesem Zusammenspiel von Volk und Führung steuerte Deutschland geradewegs in die Alternative Staatsbankrott oder Krieg. Das prognostizierten Staatswissenschaftler wie der konservative Carl Friedrich Goerdeler und der ordoliberale Wilhelm Röpke schon früh.

    So gesehen war der von Deutschland verursachte Zweite Weltkrieg die blutigste Konkursverschleppung der Geschichte.Nach der Coronakrise sollten die dafür aufgenommenen Schulden bald zurückbezahlt werden, und zwar von uns allen, die wir jetzt davon profitieren – von Rentnern wie von Lohn- und Gehaltsempfängern, von mehr und von weniger Bemittelten.

    Hjalmar Schacht
    https://de.wikipedia.org/wiki/Hjalmar_Schacht#Nationalsozialismus

    Grundsätze deutscher Wirtschaftspolitik. von Schacht, Hjalmar : (1932) | Antiquariat Im Seefeld / Ernst Jetzer
    https://www.zvab.com/erstausgabe/Grunds%C3%A4tze-deutscher-Wirtschaftspolitik-Schacht-Hjalmar-Oldenburg/22841828481/bd

    Quand Götz Aly cite Carl Friedrich Goerdeler il est intéressant de savoir qu’il parle du père du fondateur de KPMG Reinhard Goerdeler. Schacht et Goerdeler furent membres de la même classe de dirigeants bourgeois qui mènent les affaires sans égard de la couleur du parti au pouvoir. Leur goût pour un régime plus ou moins brutal fait qu’en fonction des besoins du capitalisme c’est tantôt l’un tantôt l’autre qui tient les rênes de la politique économique. Initialement Schacht était aussi opposé aux nazis que Goerdeler et il a été mis à l’écart du pouvoir par ses grands chefs une fois son rôle accompli. Sans doute Schacht était un personnage moins courageux que Goerdeler mais il partageait avec lui l’intention de stabiliser le régime bourgeois.

    Reinhard Goerdeler - Wikipedia
    https://en.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Goerdeler

    Reinhard Goerdeler (26 May 1922 – 3 January 1996) was a German accountant who was instrumental in founding KPMG, the leading international firm of accountants. Goerdeler was born in Königsberg, East Prussia (today Kaliningrad) as the son of Carl Friedrich Goerdeler, a leading anti-Nazi activist and mayor of the city of Leipzig.

    #Allemagne #économie #crise #lutte_des_classes #journalisme

  • Coronavirus : « Une classification systématique d’une population en fonction d’un critère de santé est dangereuse »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/26/coronavirus-une-classification-systematique-d-une-population-en-fonction-d-u

    Le comité CARE, mis en place par le président de la République, doit inclure des spécialistes des libertés fondamentales, observe l’avocate Zoé Vilain, dans une tribune au « Monde », pour éviter une surveillance généralisée des citoyens et de leur vie privée. Depuis le 17 mars 2020, toute personne sur le territoire français doit être en mesure de justifier le motif de sa sortie, et depuis le 24 mars, l’heure à laquelle elle a quitté son domicile. Le gouvernement envisagerait désormais un contrôle massif (...)

    #Google #algorithme #smartphone #géolocalisation #[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données_(RGPD)[en]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR)[nl]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR) #BigData #santé #surveillance #métadonnées (...)

    ##[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données__RGPD_[en]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_[nl]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_ ##santé ##ICO-UK

    • Décret n° 2020-356 du 27 mars 2020 portant création d’un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « DataJust »
      https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=8B2997ECAD85AEB6E9AB37994EEDF6E1.tplgfr38s

      ce décret autorise le ministre de la justice à mettre en œuvre, pour une durée de deux ans, un traitement automatisé de données à caractère personnel, dénommé « DataJust », ayant pour finalité le développement d’un algorithme destiné à permettre l’évaluation rétrospective et prospective des politiques publiques en matière de responsabilité civile et administrative, l’élaboration d’un référentiel indicatif d’indemnisation des préjudices corporels, l’information des parties et l’aide à l’évaluation du montant de l’indemnisation à laquelle les victimes peuvent prétendre afin de favoriser un règlement amiable des litiges, ainsi que l’information ou la documentation des juges appelés à statuer sur des demandes d’indemnisation des préjudices corporels. Le décret définit les finalités du traitement, la nature et la durée de conservation des données enregistrées ainsi que les catégories de personnes y ayant accès. Il précise enfin les modalités d’exercice des droits des personnes concernées.

    • Suite et fin de la tribune de Zoé Vilain (Avocate associée du cabinet 1862 Avocats et présidente Europe et responsable de la protection des données personnelles de Jumbo Privacy, une application mobile qui permet aux utilisateurs de regagner le contrôle de leur données)

      Le gouvernement envisagerait désormais un contrôle massif des données de santé des Français notamment grâce aux pratiques de « #backtracking » permettant d’identifier non seulement les personnes atteintes du #Covid-19, mais également les personnes en contact avec celles-ci.

      Ce contrôle massif reviendrait à une véritable stratégie numérique d’identification des personnes en raison de leurs données de santé. Les #données_de_santé font l’objet d’une protection particulièrement renforcée depuis la création de textes juridiques portant sur la protection de la vie privée et des données personnelles en étant classée comme données dites « sensibles », depuis l’origine.

      Cette protection dans les textes, nécessaire notamment pour que tout individu atteint d’une pathologie, puisse vivre une vie normale, s’illustre par l’interdiction de tout traitement des données de santé relatives à personne identifiée ou identifiable, et leur commercialisation, selon l’article 9 du Règlement général sur la protection des données (RGPD).

      La tentation d’exploiter les données de santé des citoyens
      Le RGPD prévoit cependant quelques exceptions à cette interdiction, qui pourrait servir de base à cette stratégie numérique d’identification des personnes. En effet, il prévoit que les traitements de données personnelles de santé peuvent être autorisés si le traitement est nécessaire pour des motifs d’intérêt public à condition que la règle de droit prévoyant ce traitement soit proportionnée à l’objectif poursuivi, respecte l’essence du droit à la protection des données et prévoit des mesures appropriées et spécifiques pour la sauvegarde des droits fondamentaux et des intérêts de la personne concernée (article 9.2).

      Cette obligation est notamment rappelée dans un communiqué du Comité européen de la protection des données du 19 mars 2020 portant « Déclaration sur le traitement des données personnelles dans le contexte de l’épidémie de Covid-19 ». La tentation d’exploiter les données de santé des citoyens est grande en période de crise sanitaire comme la nôtre, surtout au vu des outils technologiques à disposition en 2020.
      Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : « 

      La Chine aurait endigué une grande partie du virus en contrôlant de manière systématique les données mobiles de ses citoyens, notamment en obligeant les personnes à préciser leur température et leur état de santé, en utilisant les caméras de vidéosurveillance pour traquer avec qui les personnes auraient pu être en contact. Des applications auraient même pu être utilisées pour vérifier la proximité de ces personnes, avec des personnes infectées. Les citoyens chinois seraient maintenant classifiés selon trois couleurs indiquant leur risque de contamination : rouge, jaune et vert.

      Pas au détriment du respect des libertés fondamentales

      La Chine n’est pas la seule à avoir mis ce genre de contrôle en place. L’Italie, Israël, la Corée du Sud mettraient en place des contrôles massifs afin de surveiller l’expansion du virus dans leur territoire grâce à l’exploitation des images de #vidéosurveillance, des données de #géolocalisation et les #données_bancaires, pour contrôler les mouvements de leur population.

      Le Royaume-Uni serait en négociation avec Google, qui fait l’objet de plusieurs plaintes pour violation du RGPD devant l’Information Commissioner’s Office (ICO), l’équivalent britannique de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), pour avoir accès aux données de localisation des Anglais, afin de contrôler le respect du confinement.

      Emmanuel Macron a annoncé le 24 mars avoir créé un comité d’analyse, de recherche et d’expertise (CARE) composé exclusivement de scientifiques, afin de se prononcer sur l’utilisation des données de santé des personnes sur le territoire français pour faire face à la pandémie actuelle. A l’ère du numérique et du big data, l’utilisation de la technologie et des données semble inévitable et fondamentale pour lutter contre un virus comme le Covid-19 et faire en sorte que la crise soit la plus courte possible. Mais cela ne doit pas se faire au détriment du respect des libertés fondamentales. Quelles seront les décisions prises par le gouvernement et fondées sur cette classification de la population ?

      Des décisions générales ou personnalisées ?

      Cette classification aura-t-elle pour objet de donner lieu à des décisions générales de santé publique ? Ou, au contraire, visera-t-elle à prendre des décisions personnalisées en fin de crise, pour décider quelles sont les personnes qui auront le droit de sortie de confinement en fonction de leur exposition à des personnes contaminées ? Allons-nous privilégier les personnes exposées, et donc potentiellement immunisées, pour les embauches à des postes à plus haut risque (livreur, caissiers, etc.) au cas où le Covid-19 reviendrait ?

      Cette stratégie numérique d’identification fait naître beaucoup trop d’interrogations pour qu’elle ne fasse pas l’objet d’une réflexion approfondie du cadre légal sans lequel elle ne devrait pas exister. Nous ne savons pas combien de temps cette crise sanitaire va durer. Une classification systématique d’une population en fonction d’un critère de santé est dangereuse, et cela ne peut se faire sans l’appui et l’avis d’experts juridiques, dont le travail est de vérifier que les mesures prises sont proportionnées et prises dans le respect des libertés fondamentales des personnes concernées. N’attendons pas la fin de la crise où nos données de santé seront potentiellement exploitées, pour demander le respect de nos droits au respect de la vie privée.

      Oui, pour sauver l’#économie, la tentation est grande de trier la main d’oeuvre selon son statut sérologique afin que soient assurées des tâches indispensables mais aussi la performance de nos fleurons industriels et productifs (airbus, bagnole, logisitique, ...).
      Assignation à résidence et contrôle de la mobilité, en même temps.

      #Travail #contrôle

    • Face au Covid-19, le choix entre santé ou libertés est un faux dilemme, Le Monde, Editorial
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/30/face-au-covid-19-le-choix-entre-sante-ou-libertes-est-un-faux-dilemme_603488

      Lutter contre une pandémie qui détruit des vies humaines et menace la planète de déstabilisation est une priorité absolue. Mais les dispositifs d’exception ne sont acceptables que s’ils sont provisoires.

      Editorial du « Monde ». Confinement généralisé au domicile, rassemblements prohibés, couvre-feux, parcs surveillés par des drones. Jamais en temps de paix les démocraties n’ont enduré pareilles entorses aux principes qui les fondent : les libertés publiques. Qui aurait imaginé, voici quelques semaines encore, que l’Europe serait plongée dans un climat digne de George Orwell, qui plus est très largement accepté ?

      La liberté d’aller et venir, celle de se réunir ont été mises entre parenthèses, les prérogatives des Parlements rognées, les droits des salariés amputés. Des prévenus sont jugés et parfois privés de liberté sans avocat. L’exécutif s’est donné le droit de restreindre des libertés individuelles, prérogative réservée en temps normal aux juges en vertu du principe fondamental de la séparation des pouvoirs.

      Sous l’effet de la sidération et de la peur, des mesures aussi radicales que le confinement général, la fermeture des institutions non vitales et le placement en quarantaine sont largement acceptées et même approuvées. Personne ne peut contester la réalité d’un « état d’urgence sanitaire » et la nécessité de mesures exceptionnelles pour juguler la pandémie. Le débat de l’heure porte plutôt sur le fait de savoir si ces restrictions n’auraient pas dû être imposées plus tôt. Ce qui conduit à interroger les relations complexes entre information scientifique, conscience de l’opinion et décision politique.

      Lutter contre une pandémie qui détruit des vies humaines et menace la planète de déstabilisation est une priorité absolue. Il faut donc approuver sans réserve les mesures sanitaires, promouvoir leur mise en œuvre et accepter les sanctions infligées aux contrevenants. Ne serait-ce que par respect et par soutien aux personnels de santé exténués.

      L’« effet cliquet »

      Cela ne dispense pas de s’interroger sur le monde d’après et le risque d’une banalisation de dispositifs d’exception qui ne sont acceptables que s’ils sont provisoires. Or l’expérience du passé nourrit l’inquiétude. Une fois la contrainte mise en œuvre, il est rare que le législateur revienne à des textes plus libéraux. Adoptée au début de la guerre d’Algérie, la loi de 1955 sur l’état d’urgence a été actualisée et adaptée, jamais abrogée. Les dispositions prises en 2015 face au terrorisme ont été versées dans le droit commun.

      L’état d’urgence sanitaire est une première dans nos démocraties. Mais la menace d’une nouvelle pandémie restera gravée dans les esprits. La tentation sera donc grande pour les gouvernements de transformer le provisoire en définitif. Il faudra se garder d’un tel « effet cliquet », en particulier dans le domaine du #droit_du travail, de la #procédure_pénale et des #libertés_publiques.

      L’urgence sanitaire doit devenir le laboratoire des bonnes méthodes de prévention et de traitement des pandémies, pas celui de mesures liberticides. Le risque s’annonce particulièrement fort en matière de surveillance individuelle. L’utilisation à grande échelle par la Chine des smartphones pour obliger les individus à communiquer leur température, repérer les déplacements des malades et identifier leurs contacts, donne un avant-goût de l’inquiétante évolution que la pandémie peut accélérer.

      Or la banalisation du recueil des données de santé, si elle peut renforcer un régime autoritaire, peut aussi être mise au service de la santé publique, de la connaissance des risques et de la prévention individuelle et collective des maladies. Entre santé et libertés, nous ne sommes pas contraints de choisir. Menace vitale, le Covid-19 défie aussi la démocratie.

  • Du SRAS-cov2 au SRAS-polX
    Du syndrome respiratoire aigu sévère humain
    au syndrome respiratoire aigu sévère politique

    par Louis

    https://lavoiedujaguar.net/Du-SRAS-cov2-au-SRAS-polX-Du-syndrome-respiratoire-aigu-severe-humai

    Le 14 mars 2020, Édouard Philippe (Premier ministre) annonçait « la fermeture à compter de ce soir minuit de tous les lieux recevant du public et non indispensables à la vie du pays ». Par « non indispensables » je voudrais souligner que Philippe, en accord bien entendu avec toutes les strates du pouvoir, pointait justement tous les lieux qui — malgré leurs évidentes limites commerciales — donnent justement un sens à notre existence, tous les lieux qui permettent, malgré leurs limites évidentes, de donner une épaisseur collective à notre vie en société. C’est l’autre qui est le premier besoin de l’humain, l’autre en tant que personne, non en tant que moyen.

    Ont donc été qualifiés de « non indispensables » tous les lieux qui concourent directement à préserver une qualité de vie minimale, tous les lieux de socialisation, ainsi que tous les lieux sans dimension économique directe (parcs, promenades, forêts, plages, etc.). Tout cela permet donc de conclure directement, clairement et sans ambiguïté, que l’indispensable relève de l’économie — mais qui peut bien l’ignorer sur le fond ? — et que le vivant — le « non-indispensable » — n’est qu’à son service. Le cadre général du confinement a donc été on ne peut plus clairement énoncé et révèle avec une indécence crue l’inversion de la réalité dont il procède. (...)

    #coronavirus #politique #État #économie #fragilité #confinement #solidarité

  • https://mailchi.mp/44b4edacd97d/jackie-wang-technologie-3658005?e=8d2c8c27b6
    Melchior Simioni est doctorant en sociologie économique à la Sorbonne ; il revient pour le Panier à salade sur les différentes dynamiques économiques en détention :

    « De manière générale, en prison, il y a un fantasme réglementaire – l’idée foucaldienne se vérifie en partie – et tout est règlementé. On se plonge dans un univers extrêmement rigide de règles dont l’économie est aussi extrêmement rigide et règlementée. (...) Assez rapidement, on se rend compte qu’on a une structure règlementaire forte, mais que la vie quotidienne est faite de tolérances par rapport à cette structure. Tout ce qui se passe en prison peut être lu comme une tolérance plus ou moins grande par rapport aux règles. »

    #prison #économie #sociologie #détention

  • À bas l’éducation
    http://www.laviedesidees.fr/A-bas-l-education.html

    À propos de : Bryan Caplan (2018), The Case Against Education. Why the Education System is a Waste of Time and Money, Princeton. L’éducation – telle qu’elle est conçue et pratiquée – ne sert à rien, est vite oubliée, coûte cher, n’est pas rentable, et devrait être supprimée. Telle est la thèse provocante du professeur d’économie américain Bryan Caplan.

    #Économie #libéralisme #éducation #argent
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/202003_education.docx
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200330_education.pdf

  • Pour renflouer les #banques et grandes entreprises : utilisons leurs #dividendes

    Ce qu’il faut à la #santé_publique, ce ne sont pas des #philanthropes qui un jour se réveillent en se disant qu’il y a le feu et qu’il serait peut-être bon de prêter main forte pour aider à éteindre l’incendie (mettre quelques usines textiles au service de la fabrication de masques et de blouses, par exemple), mais ce sont des individus et des entreprises qui arrêtent d’attiser le feu, en permanence, tout le temps.

    Bonne nouvelle : les dividendes 2019 promis par les entreprises européennes à leurs actionnaires, 340 milliards dont 60 milliards par les entreprises du CAC 40, n’ont – à quelques exceptions près – pas encore été payées. La saison des Assemblées Générales, qui statuent sur le paiement de ces dividendes, va commencer. Il y a donc beaucoup d’argent dans les caisses des banques et autres multinationales qu’il serait fort utile de ne pas transférer aux actionnaires à un moment où ces entreprises affrontent la crise et sollicitent le soutien généreux de la puissance publique.
    Annuler les dividendes pour limiter les inégalités

    En Allemagne et en Suède, l’idée fait son chemin. La France a aussi prudemment ouvert la porte. Même la BCE suggère que les banques ne paient pas de dividendes cette année ou les reportent au mois d’octobre. Alors forcément, ce n’est qu’un début, et il va falloir appuyer encore un peu : même si plusieurs entreprises ont déjà annoncé qu’elles ne paieraient pas les actionnaires cette année, d’autres (et parmi elles des géants bancaires) n’ont pas du tout l’intention d’abandonner « leurs traditions ».
    Pourtant, annuler les dividendes qu’attendent les actionnaires, c’est imposer à ces multinationales de payer elles-mêmes les coûts de leur réduction d’activité, et ouvrir la possibilité de reprendre le dessus sur ce pouvoir financier qui nous échappe.

    Tout au long de l’année 2019, et bien avant déjà, les personnels des hôpitaux publics et les soignant.e.s en général, en Belgique, en France et ailleurs, ont crié leur détresse et leur manque de moyens sur tous les tons. C’était bien avant le début de la pandémie. Depuis, c’est pire, sauf que les moyens financiers n’arrivent pas. En Belgique, les hôpitaux publics en étaient rendus à la mi-mars à faire des appels aux dons de la population faute de moyens fournis par l’État. Et en France, en ce 27 mars, le CNRS lançait lui aussi un appel aux dons pour financer la recherche sur le COVID-19.

    2019 aura aussi été une année exceptionnelle pour les marchés financiers. Les cours de bourse ont atteint des sommets jamais égalés, et les entreprises cotées ont répondu aux rêves de leurs actionnaires : les dividendes promis ont eux aussi battu des records. Mais avec l’arrivée de la pandémie, l’euphorie a tourné à la crise d’angoisse et les valeurs boursières ont connu quelques chutes. Heureusement pour elles, les États et les banques centrales de par le monde se sont précipités pour rattraper le coup et ont injecté des centaines de milliards dans les marchés. On dirait que ça va beaucoup mieux depuis – ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.

    Cette différence de traitement n’a pas fini d’indigner et de sidérer – encore plus quand on pense à celles et ceux qui sont en première ligne et qui ne voient pas les moyens arriver, cette différence dans les réponses apportées et dans les priorités, cette façon de gérer une « crise financière » alors que nous sommes en pleine crise sanitaire.

    Une générosité subventionnée

    Est-ce pour s’éviter un courroux populaire trop violent, pour se racheter une conscience, ou juste par bêtise que certaines banques et multinationales prennent les centaines de milliards des sauvetages d’une main et font grande publicité de leurs soi-disant largesses d’une autre ?

    En France, en pleine crise sanitaire, une multinationale du luxe a ainsi produit des flacons de gel hydroalcoolique et les distribue gratuitement aux hôpitaux, pendant qu’une autre produit des masques et des blouses dans ses usines de confection et en fait don aux hôpitaux français et italiens. A Genève, des banques privées financent un mois de repas au personnel soignant des hôpitaux genevois. En Belgique, une plateforme de vente en ligne livre des masques.

    Si toutes ces initiatives semblent louables, ces entreprises s’achètent en fait un crédit d’image immense à peu de frais. Car que valent ces ‘gestes’ au regard des profits qu’elles génèrent et qui se comptent annuellement en milliards ?

    Des profits allégrement distribués à leurs dirigeants et à leurs actionnaires (en moyenne les entreprises du CAC 40 distribuent près de 2/3 de leurs profits à leurs actionnaires), des profits gonflés par des pratiques d’évasion fiscale de haute voltige dont elles se sont faites les championnes, gonflés par des délocalisations et des conditions de travail désastreuses à l’autre bout du monde, par une publicité qu’on nous assène jusqu’à l’abrutissement, un mépris de l’impact environnemental désastreux de leurs activités – et j’en passe. Alors espérons que personne n’est dupe de leurs soi-disant largesses.
    Mais comment s’y prendre ? Comment imposer à ces multinationales et leur propriétaires multi-millionnaires et multi-milliardaires une contribution qui soit à la hauteur de la situation dans laquelle nous nous trouvons ?

    Un groupe d’intellectuel.le.s a récemment proposé une réponse : la mise en place en France d’un fonds de solidarité auquel pourraient notamment contribuer les plus riches. Ils et elles soulignent l’évidence des urgences :

    « un besoin d’argent immense et immédiat pour parer au plus pressé, limiter la casse, porter secours aux plus démunis, et bien sûr protéger ceux qui sont en première ligne. » Et d’ajouter : « Pensons aux dizaines de millions de migrants parqués dans des camps partout dans le monde, menacés d’une mort silencieuse (…) »

    Ils et elles rappellent aussi l’incroyable niveau des inégalités et combien elles se sont creusées ces dernières années : records de richesses, records de misère. Mais l’intérêt de cette carte blanche s’arrête là. Car pourquoi en appeler à la générosité des plus riches qui pourraient « pour commencer », nourrir un fond de solidarité d’un milliard d’euros ?

    Pourquoi seulement un milliard ? Ce n’est presque rien au regard de l’enjeu et des montagnes d’argent que ces gens dissimulent dans les paradis fiscaux.

    Pourquoi ajouter que donner serait dans leur intérêt, car « contribuer au redressement de notre pays, réduire les situations dramatiques, est un gage pour eux à long terme de conserver, sinon de retrouver leurs richesses. » Pourquoi faire des ronds de jambe à ces gens et vouloir les convaincre qu’ils ont tout à gagner à se montrer généreux et que cela ne changera rien à leur fortune, au contraire ?

    Ce sont justement ces richesses accumulées et concentrées qui créent la misère dans laquelle nous nous enfonçons, et les auteur.e.s de cette tribune sont bien au courant de tout cela. Ces fortunes accumulées grâce à un patrimoine que loyers et autres dividendes ne finissent pas de faire grossir, grâce à un système financier particulièrement efficace pour les servir, grâce aussi à une pratique systématique de l’évasion fiscale (ou de « l’optimisation fiscale » pour les âmes sensibles, mais cela revient au même), ces fortunes cherchent en permanence des débouchés, cherchent de la rentabilité partout où ils le peuvent pour leurs capitaux, quitte à détruire.

    Alors cette philanthropie est peut-être alimentée par des motivations sincères, mais elle n’est ni juste, ni à la hauteur de la situation. Elle est d’ailleurs généralement soutenue par des déductions fiscales qui diminuent les entrées fiscales et donc les budgets publics. Par ailleurs, les choix des philanthropes restent guidés par des désirs individuels qui ne coïncident pas nécessairement avec l’intérêt collectif : comment ces millionnaires et milliardaires, du fait de leurs conditions matérielles d’existence hyper privilégiées, pourraient-ils comprendre et donc résoudre des problèmes sociétaux qui ne les affectent pas ?

    Ce qu’il faut à la santé publique, ce ne sont pas des philanthropes qui un jour se réveillent en se disant qu’il y a le feu et qu’il serait peut-être bon de prêter main forte pour aider à éteindre l’incendie (mettre quelques usines textiles au service de la fabrication de masques et de blouses, par exemple), mais ce sont des individus et des entreprises qui arrêtent d’attiser le feu, en permanence, tout le temps : évasion fiscale alors que les impôts servent à financer les services publics, pression politique pour payer toujours moins de cotisations sociales et ainsi vider les caisses de la sécurité sociale qui servent pourtant à financer la santé publique et les revenus de remplacement, pression pour que les services publics soient privatisés et deviennent des opportunités d’investissement pour eux – et ce ne sont que trois illustrations des pratiques de ces pompiers pyromanes.

    Mais alors quelles seraient les autres voies si l’on ne se suffit pas des miettes de générosité que pourraient nous octroyer ceux qui en ont les moyens ? Leur imposer de payer, c’est bien, mais « ils ne seront pas d’accord » ! Certes, on ne peut attendre d’eux qu’ils « rendent les clés gentiment ». Cela dit, on peut probablement compter sur l’absurdité et l’injustice évidente de la situation actuelle, et sur l’impossibilité de maintenir les choses telles qu’elles sont, pour organiser une pression populaire et politique.

    Annuler les dividendes pour ne pas subventionner les grandes entreprises et banques

    Les dividendes qui seraient payés cette année sont en fait une ponction (significative) sur les profits générés en 2019. Ces dividendes sont normalement transférés aux propriétaires du capital de l’entreprise, les actionnaires. L’idée serait d’annuler purement et simplement cette ponction, et de maintenir ces montants importants dans les entreprises, puisqu’on en a bien besoin : pour payer les salaires pendant les arrêts d’activité, pour payer les cotisations sociales nécessaires au financement de la sécurité sociale et donc de l’appareil de santé, pour annuler les créances qui pèsent sur des individus et des petites entreprises en grandes difficultés du fait de l’arrêt d’activité, et accessoirement pour payer leur impôts.

    Cette idée a été portée par de nombreuses personnes ces derniers jours. En France, des syndicats et associations ont fait avancer la possibilité de refuser l’accès aux plans de sauvetage de l’État (45 milliards d’aides de trésorerie et prise en charge du chômage partiel + 300 milliards de garanties sur les crédits bancaires) aux entreprises qui paieraient des dividendes (60 milliards annoncés par les entreprises du CAC 40).

    Pour l’instant, le gouvernement français reste encore frileux et la prise en charge du chômage partiel n’est pas (encore) conditionnée au non-versement. Le gouvernement en appelle à « la modération des entreprises ».

    A l’échelle européenne, la Banque Centrale Européenne a, dans un communiqué daté du 27 mars, demandé aux banques de ne pas payer de dividendes avant le mois d’octobre. Un simple report donc, et qui plus est pas obligatoire – même le lobby des banques, la Fédération bancaire européenne, a soutenu l’idée.

    Si l’on continue sur l’exemple des banques, on peut dire que l’idée a aussi été portée par une nécessité : les (grandes) banques sont dans une situation d’extrême fragilité, puisqu’elles sont très mal capitalisées et qu’elles se sont très bien défendues contre tout effort de réglementation conséquent après la crise de 2008. Elles « subissent » le double impact des baisses des cours de bourse, et des risques de non-remboursement des crédits en cours pour cause d’arrêts d’activités.

    Les banques sont par ailleurs si centrales dans le fonctionnement de l’économie d’aujourd’hui (basée sur le crédit bancaire) qu’elles se positionnent comme les acteurs centraux d’une possible relance d’après confinement. Les banques centrales et les gouvernements n’ont donc eu de cesse d’additionner les mesures de sauvetage à leur égard : « assouplissement » dans l’urgence d’une série de réglementations, garanties publiques sur les nouveaux crédits bancaires pour s’assurer qu’elles ne laissent pas tomber les entreprises en arrêt ou réduction d’activité, liquidité sans limite offerte par la BCE…
    Une suite de cadeaux publics qui évitent la faillite à ce maillon faible (et néanmoins prédateur) du système.

    Alors ne pas payer de dividendes, c’est juste une mesure de prévention de plus, ce pourquoi elle est soutenue par les institutions de contrôle et les associations du secteur lui-même.

    Malgré tout cela, des géants bancaires européens comme BNP Paribas ou la Société Générale n’envisagent absolument pas d’annuler ni même de reporter le paiement des dividendes à leurs actionnaires (pourquoi espérer mieux quand on fait appel à la « bonne volonté » de ces gens-là, cela dit…). Sachant que le secteur bancaire est au bord de la faillite et qu’il ne survit que grâce aux perfusions permanentes des institutions publiques et des banques centrales, on peut clairement parler d’ingratitude à ce stade.

    Il n’y a pas que les banques. Le confinement fait risquer la faillite à tous les petits commerces (restos, cafés, librairies, papeteries, pépinières, merceries, habillement…) à qui on promet des échelonnements de paiement, des revenus de remplacement et garanties public.

    Par contre, les grandes chaînes de supermarchés comme Carrefour ou Delhaize, ou les Amazon, débarrassés de la concurrence des petits, les géants pharmaceutiques comme Bayer, Sanofi, Roche et les autres, toutes ces multinationales profitent massivement de la crise. Et on va les laisser tranquillement se nourrir sur le travail de leurs employé.e.s souvent trop mal payé.e.s, sur les sauvetages publics, sur la faillite des indépendant.e.s et des PME, sur notre confinement, sur l’appauvrissement de ceux et celles qui étaient déjà en grandes difficultés ?

    Et si on arrêtait de s’excuser de leur demander pardon ? Récupérons ce qui est nécessaire à faire face à la situation et osons enfin un ton offensif. Pour commencer, imposons cette interdiction de paiement des dividendes. La fatigue à laquelle ce modèle économique nous mène est extrême. Fatigue des corps, fatigue des écosystèmes, fatigue du vivant. Ça craque de partout. Ça craquait déjà depuis longtemps, et le virus est arrivé, sur nos épuisements, sur tout ce qui a été abîmé, cassé, détruit. Il serait confortable de se dire que ça y est, ce système destructeur
    touche à sa fin, qu’il va s’écrouler de lui-même tant les injustices
    qu’il dévoile, et qui sont plus criantes encore par temps de pandémie,
    sont insupportables. On ne supportera pas de continuer comme avant.
    Pourtant il nous faudra être déterminé.e.s si nous voulons voir un
    changement advenir, parce que ceux qui œuvrent au maintien du système font tout pour éviter qu’il ne s’écroule. Leur plan de bataille se
    déploie déjà, qui prépare une nouvelle étape dans la crispation des
    pouvoirs : au nom de la lutte contre le virus et au nom de la relance
    économique, des droits sociaux de base sont attaqués, tous azimuts, des droits politiques et des libertés fondamentales aussi. Alors cette
    histoire de dividendes est importante, mais ce n’est qu’un début.

    https://lareleveetlapeste.fr/pour-renflouer-les-banques-et-grandes-entreprises-utilisons-leurs-
    #économie #coronavirus #philanthrocapitalisme

  • [RussEurope-en-Exil] L’hypothèse « Blanche-Neige » : les prévisions de l’INSEE et leur discussion, par Jacques Sapir
    https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-lhypothese-blanche-neige-les-previsions-de-linsee-et-l

    L’hypothèse « Blanche-Neige » pour l’économie française, autrement dit celle d’un long endormissement, est en train de gagner en crédibilité à la suite de la publication le 26 mars de données relativement détaillées par l’INSEE. Ces données sont des estimations, il convient de le rappeler. On peut les confronter avec les estimations qui ont été […]

    #Économie

  • On parle beaucoup d’ #exponentielle ces derniers temps, sidérée qu’est la société devant la croissance du nombre des infecté-es par le #COVID-19.

    Non seulement ce chiffre augmente à une vitesse croissante, mais la sidération est amplifiée par le délai d’incubation, qui fait que même en agissant aujourd’hui même, l’augmentation ne peut être arrêtée avant une quinzaine...

    Alors on connaît la légende de l’échiquier https://mamot.fr/@OPiMedia/103823313798445717 mais on connaît moins peut-être la capacité de charge d’un écosystème. Voici ce qu’en dit Pablo Servigne :

    En mathématiques, une fonction exponentielle monte jusqu’au ciel. Dans le monde réel, sur Terre, il y a un plafond bien avant. En écologie, ce plafond est appelé la capacité de charge d’un écosystème (notée K). Il y a en général trois manières pour un système de réagir à une exponentielle (voir figure 1). Prenons l’exemple classique d’une population de lapins qui croît sur une prairie. Soit la population se stabilise doucement avant le plafond (elle ne croît donc plus, mais trouve un équilibre avec le milieu) (figure 1A), soit la population dépasse le seuil maximal que peut supporter la prairie puis se stabilise dans une oscillation qui dégrade légèrement la prairie (figure 1B), soit elle transperce le plafond et continue d’accélérer (overshooting), ce qui mène à un effondrement de la prairie, suivi de la population de lapins (figure 1C).

    On va voir de plus en plus souvent cette problématique, des dynamiques qui sont lancées, avec des amplitudes et des timings qui nous déstabilisent et rendent caduques les réponses habituelles. Les problématiques nouvelles ne pourront pas être réglées avec les anciennes réponses.

    Edgar Morin explique très bien l’impasse actuelle :

    Nos sociétés, singulièrement depuis la fin de la guerre, en se fondant sur la croissance économique, en réalité avaient conçu celle-ci comme un moyen de #régulation de problèmes et de #crises qui auraient éclaté sans la croissance. Ainsi par exemple, le problème de l’inflation, de la monnaie, du niveau de vie, étaient régulés par la croissance. […] Or on a fondé la régulation […] sur l’élément le plus déséquilibrant qui soit c’est-à-dire le dynamisme qui est le contraire de la régulation : une croissance exponentielle, la chose qui évidemment tend vers l’infini et vers l’explosion. 

    Demain la terre : la croissance_Sciences humaines aujourd’hui, 13/04/1974
    https://www.franceculture.fr/environnement/edgar-morin-la-croissance-exponentielle-ce-qui-
    evidemment-tend-vers-linfini-et-vers

    « Comment tout peut s’effondrer », bouquin de Pablo Servigne

    #économie #exponentielle #effondrement #croissance #PabloServigne #EdgarMorin

  • Pandemics Depress the Economy, Public Health Interventions Do Not: Evidence from the 1918 Flu by Sergio Correia, Stephan Luck, Emil Verner :: SSRN
    https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3561560

    What are the economic consequences of an influenza pandemic? And given the pandemic, what are the economic costs and benefits of non-pharmaceutical interventions (NPI)? Using geographic variation in mortality during the 1918 Flu Pandemic in the U.S., we find that more exposed areas experience a sharp and persistent decline in economic activity. The estimates imply that the pandemic reduced manufacturing output by 18%. The downturn is driven by both supply and demand-side channels. Further, building on findings from the epidemiology literature establishing that NPIs decrease influenza mortality, we use variation in the timing and intensity of NPIs across U.S. cities to study their economic effects. We find that cities that intervened earlier and more aggressively do not perform worse and, if anything, grow faster after the pandemic is over. Our findings thus indicate that NPIs not only lower mortality; they also mitigate the adverse economic consequences of a pandemic.

    #pandémie #confinement #économie

  • Outils de partage, plateformes d’entraide, espaces de décompression : comment ne pas s’enfermer dans le confinement
    https://www.bastamag.net/Confinement-solitude-entraide-solidarites-comment-aider-covid19

    « Le confinement ne doit pas être seulement un truc individuel où chacun reste enfermé chez soi. » Pour éviter le repli sur soi, de nombreuses initiatives en ligne se développent pour continuer à agir et aider autrui. Des pays où le confinement social a commencé avant la France nous parviennent les images et les récits d’une multitude de gestes de solidarité face à la pandémie de Covid-19 et à l’isolement qu’elle impose. Entre voisins, habitants d’un même quartier ou d’un même territoire, on s’apporte aide (...) #Résister

    / Economie partagée et gratuité

    #Economie_partagée_et_gratuité

  • COVID-19/ Dépistage : nos demandes suite aux annonces d’Olivier Véran | l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament
    https://blogs.mediapart.fr/edition/transparence-dans-les-politiques-du-medicament/article/240320/covid-19-depistage-nos-demandes-suite-aux-annonces-d

    L’arrivée de la sérologie annoncée par Olivier Véran est une bonne nouvelle pour savoir si on a été infectés et asymptômatiques. Mais tests de sérologie et par PCR ne s’opposent pas, ils se complètent. L’OMS n’a pas dit "attendez la sérologie pour dépister", l’OMS a dit « dépistez, dépistez, dépistez ! ». Source : Relevé sur le Net...

    • Attention, ce post à propos des tests annoncés par Véran cumule les défauts du procès d’intention et de la prospective. Allergiques, passez votre chemin !

      C’est qu’à y repenser, ces déclarations craignent velu. Si les tests ne s’opposent pas et pourraient se compléter, comme le dit ce communiqué, il est permis de penser que dans le discours du gouvernement les test sérologiques sont là pour remplacer les tests par PCR (détecter la présence du virus) qui ne ne sont pas faits (seulement les cas graves, et quelques sondages, par exemple en Ehpad, et aussi des exceptions pour les importants, y compris asymptomatiques), et ne seront pas réalisés à une échelle de masse.
      On l’a vu la production de tests PCR est bloquée
      https://seenthis.net/messages/834349

      Cette annonce par Véran de test massifs en fin de confinement ou en bout de pic de 15 jours (?) ressemble à une nouvelle entourloupe. Il ne s’agit pas comme d’autres pays le font (au plus près et aujourd’hui, l’Allemagne) de dépister les contaminés pour les isoler, prévenir et éviter la propagation de l’épidémie, soigner, mais, avec des tests sérologiques (moins couteux) de disposer d’un moyen de savoir qui est devenu immune.

      On sait que la durée d’une telle immunité au corona virus est encore inconnue et que les hypothèses là dessus sont incertaines :
      https://seenthis.net/messages/834847

      La vitesse est (était) un facteur décisif
      voir Savoir et prévoir, une chronologie
      https://seenthis.net/messages/834457

      Mais c’est encore toujours plus tard, à peu de frais, et en vue d’une action politique rentable sur le plan économique que le gouvernement joue une fois de plus au bonneteau (comme dans le sketch de ces criminels de bureau et de plateaux TV : « il y a des masques pour qui en a besoin, ils servent à rien pour le quidam » ). Il répondent aux critique quant à l’absence de tests PCR et à l’exigence de leur usage plus général par une annonce qui évoque d’autres tests... qui ne remplissent pas du tout la même fonction.

      J’y vois la persistance du choix initial (non formulé contrairement à la GB, et dissimulé par les mesures prises depuis le 17 mars) de l’#immunité_de_masse en lieu et place d’une politique de santé active. Il fonctionnent selon une pluralité de logiques internes, et celle-ci (la purge humaine qui relance la machine, la bonne guerre dont l’économie a besoin) demeure.

      Nos militants de l’économie ne changeront pas sans un déboulonnage en règle. Je ne serais donc pas étonné qu’après que les critiques, la menace d’un effondrement radical de la légitimité des gouvernants et l’ampleur de la mortalité auront imposé que l’hexagone limite elle-aussi la production aux « activités essentielles » - comme l’Italie a fini par le faire pour des raison d’acceptation sociale, comme disent les doctes - ces tests sérologiques servent avant tout à sélectionner les personnes aptes à occuper des postes de #travail délaissés et dont la liste pourrait alors s’allonger sur la base d’une donnée rationnelle.

      Je parie pas qu’un certificat d’immunité virale remplace les autorisations de sortie pour des personnes qui auraient un droit de circulation moins restreint. Mais c’est peut-être en raison de cette forme sympathique d’imbécilité qu’on appelle optimisme, dont il m’arrive parfois de faire preuve (cf mes premiers posts ici sur la « solution Raoult »).

      Nous vivons un changement d’époque, un bouleversement durable. Depuis le temps qu’on nous bassine avec un CNR aussi décisif en son temps qu’il est aujourd’hui suranné (où a-t-on vu des patrons disqualifiés trembler face à une opposition organisée, massive et pour partie armée, et en butte dans les rangs de la bourgeoisie elle même à d’étranges pulsions humanistes à laquelle l’expérience de cette guerre là et de cette collaboration là en avait conduit un bon nombre ?), ce moment de bascule, atroce à blendes égards, pourrait bien constituer une nouvelle expérience commune depuis laquelle d’authentiques commencements - nourris des conflits politiques de ce dernières années - pourraient surgir.

      #Test_PCR #Test_sérologique #immunité_de_groupe (c’est comme ça qu’ils disent je crois, c’est plus frais) #économie

    • DEUX TYPES DE TESTS
      https://paigrain.debatpublic.net/?p=9924

      Il est plus que probable que d’autres laboratoires, en Chine et ailleurs, notamment ceux qui travaillent à la mise au point de vaccins, ont travaillé directement aux tests de détection d’anticorps. Public Health England a annoncé la disponibilité d’ici quelques jours de 3,5 millions de tests à la maison en 15 minutes (disponibilité effective à vérifier bien sûr). Il s’agit de tests d’anticorps. Cela suffit pour les études de prévalence (même si Public Health ne mentionne pas explicitement cet usage). Mais un test d’immunisation individuelle doit à la fois détecter la présence des anticorps (la réponse du système immunitaire) et le fait que la personne testée n’est plus porteuse du virus. Il ne suffit pas de savoir qu’il y a eu réponse immunitaire, il faut être sûr que le virus n’est plus présent ou en tout cas pas à un niveau qui permettrait la contagion. Deux tests négatifs du virus à 72 h d’intervalle devraient suffire à en attester si l’on en croit l’expérience des autres virus similaires. Mais la prudence s’impose pour définir un protocole qui amènerait les personnes à s’exposer2.

  • Covid-19 et les paradoxes des TIC
    https://joellepalmieri.org/2020/03/23/covid-19-et-les-paradoxes-des-tic

    Cours en visioconférence pour les écoliers/lycéens/étudiants, consultation médicale à distance, télétravail, géolocalisation des malades, activités sportives ou de bien-être en ligne (danse, yoga, méditation, qi qonq…), culture/information numérique (journaux, livres, émissions radio ou TV…), achat en ligne de produits « essentiels » ou non (alimentation, livres, vêtements…)… En ces temps de pandémie la liste des usages des … Lire la suite →

    #Humeurs #Colonialité #Dépolitisation #Domination #Economie #Luttes #Mondialisation #Pensée #Résistance #Société_numérique #Subalternité #Transgression #Violences


    https://0.gravatar.com/avatar/9756ba41fe8333157071419a20733f4a?s=96&d=https%3A%2F%2F0.gravatar.com%2Fa

  • La #démocratie à l’épreuve du #coronavirus

    « Au printemps de 1832, quoique depuis trois mois le choléra eût glacé les esprits et jeté sur leur agitation je ne sais quel morne apaisement, Paris était dès longtemps prêt pour une commotion. Ainsi que nous l’avons dit, la grande ville ressemble à une pièce de canon ; quand elle est chargée, il suffit d’une étincelle qui tombe, le coup part. En juin 1832, l’étincelle fut la mort du général Lamarque. »

    Victor Hugo, Les Misérables

    Les épidémies n’emportent pas seulement les corps, elles mettent les sociétés en tension et les Etats en danger. Les effets de choix politiques de longue durée s’y révèlent, comme la déconstruction obstinée du service public de la santé, mais aussi de l’appareil de production industrielle (notamment de matériel de santé), qui laisse de nombreux pays, dont la France, singulièrement démunis face au virus[1]. Les institutions s’y trouvent mises à l’épreuve, et souvent le fossé entre les principes qu’elles professent et la réalité de leur pratique s’y donne à voir dans toute sa froide réalité. C’est le cas de la démocratie, mot fétiche s’il en est[2]. La démocratie telle que nous la connaissons, fondée sur l’élection de gouvernants supposés agir en faveur du peuple, est censée être le meilleur système politique, le mieux à même de protéger ses citoyens, de les consulter sur les décisions fondamentales, et de leur accorder une importance égale. Le coronavirus vient brutalement mettre cette supériorité démocratique en doute. Face à la pandémie, les Etats dits démocratiques, notamment la France, ne gèrent ni mieux, ni de manière plus démocratique, que les Etats dits autoritaires, en premier lieu la Chine. Alors que depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et plus encore depuis la chute de l’URSS, les régimes démocratiques dominent la scène internationale, leurs difficultés à faire face à la pandémie affaiblit leurs prétentions hégémoniques. C’est d’autant plus vrai que l’inefficacité des démocraties n’a pas eu comme contrepartie un plus grand investissement démocratique : si les Etats démocratiques n’ont pas mieux affronté la crise, ce n’est pas parce qu’elles auraient passé plus de temps à consulter les citoyens, ou à construire des politiques plus égalitaires. Au contraire, non seulement les réponses des démocraties n’ont pas été plus efficaces, mais elles n’ont pas non plus été significativement plus démocratiques que celles de régimes autoritaires. De même qu’en 1832 l’épidémie de choléra avait révélé l’incurie de la monarchie de Juillet – et l’existence au cœur des villes d’une classe, le prolétariat, que la bourgeoisie laissait mourir dans sa misère – et failli emporter le régime par une insurrection, la pandémie actuelle révèle alors le vide des promesses démocratiques de nos régimes, mettant en danger l’idée démocratique elle-même.

    Une reconfiguration des espaces politiques

    La pandémie de Covid-19 distord notre horizon politique. Son caractère mondial nous rend inhabituellement attentifs à sa progression dans différents pays, aux réponses des différents gouvernements – et, par un jeu d’écho, à la manière dont notre propre pays est vu à l’extérieur. Mais le confinement restreint aussi drastiquement, dans la pratique, le champ de la réalité sociale vécue, nous poussant à nous investir exclusivement dans le foyer, l’immeuble, notre cercle familial et amical. A cette hyper-attention au très proche et au très lointain correspond une désagrégation soudaine de toute une série de niveaux intermédiaires. Alors que la France connaît depuis le 5 décembre un mouvement historique de contestation, les engagements se sont brutalement effrités. Le 5 mars, des dizaines de milliers de travailleur.es et d’usager.es des universités et de la recherche ont manifesté dans toute la France ; le 6 et 7 mars une coordination nationale des facs et labos en lutte a rassemblée 500 délégué.es venu.es de toute la France ; les 7 et 8 mars des manifestations féministes déterminées et massives ont battu le pavé… Tout ceci semble avoir entièrement disparu des préoccupations, notamment médiatiques, alors que les causes de ces mobilisations sont toujours présentes – comme en témoigne l’enfumage de Macron, promettant 5 milliards à la recherche sur 10 ans, une augmentation en-dessous des augmentations des années précédentes, et distribuée sous forme de primes, de contrats précaires et de financements de projets, prenant le contrepied de ce que les chercheur.es demandent[3]. La mascarade des élections municipales n’a pas intéressé grand monde, et les résultats n’ont fait l’objet d’aucun commentaire, ou si peu – contrairement au scandale sanitaire de leur maintien obstiné[4]. Les partis politiques eux-mêmes semblent s’être murés dans le silence, et il faut tendre l’oreille pour entendre les syndicats, alors même que la continuité du travail est au cœur de la stratégie économique de crise du gouvernement.

    Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existerait désormais pour nous que le plus local et l’échelle internationale. Mais l’espace entre les deux est occupé par un seul acteur, massif autant que martial : l’Etat, et en particulier le pouvoir exécutif. Privés de nos collectifs et de nos solidarités, nous, individus, sommes laissés seuls face à l’Etat, qui nous protège et nous soigne dans les hôpitaux[5], qui contrôle nos activités par la police, et surtout qui parle, par la bouche de ses chefs, nous disant comment nous comporter, et nous grondant si l’on ne réagit pas assez vite ou assez bien à ses consignes, dont le contenu change quotidiennement. Mais jusque dans son omniprésence et dans la mise en scène frénétique de son activité, cet Etat révèle aussi ses faiblesses. Il ne peut même pas assurer des conditions minimales de sécurité à ses soignants, en fournissant masques et gel désinfectant. Mettre en œuvre le confinement de la population pose des problèmes logistiques massifs qui n’ont pas été anticipés. L’Etat se trouve d’autant plus en tension que toutes ses actions, tous ses discours, sont attendus, examinés, scrutés. Puisque lui seul occupe l’espace national, tous les regards sont sur lui, dans les médias professionnels comme sur les réseaux sociaux. Les représentants oscillent alors en permanence entre recherche de publicité, au risque de montrer leur incompétence et l’impuissance de l’Etat, et culte du secret, au nom de la raison d’Etat, mais surtout pour masquer le fait qu’ils naviguent à vue. Pour prendre un seul exemple, de multiples réunions ont lieu, avec l’armée, avec des scientifiques, il faut montrer qu’elles ont lieu, mais il ne faut pas dire aux citoyens ce qui s’y dit, ou bien plus tard, trop tard, quand les décisions ont déjà été prises. Cette centralité de l’Etat rend les dirigeants nerveux, et donc dangereux pour leurs citoyens. Ils prennent des mesures incohérentes, suspendent les libertés publiques, le code du travail, tout ce qui dans le droit pourrait encadrer leur action. Ils délaissent entièrement les cadres internationaux de discussion : l’ONU, l’Union européenne, toutes ces institutions supposément centrales dans la gouvernance contemporaine, et qui auraient toutes raisons de l’être face à une pandémie internationale, semblent simplement muettes, ou inaudibles. Chaque Etat européen décide de ses mesures dans son coin, comme si chacun avait, comme la Grande-Bretagne, fait son exit. La seule institution européenne que l’on entend, c’est la Banque centrale, qui active la planche à billets : lorsqu’il s’agit de la santé des entreprises, la coordination est possible ; mais qu’il s’agisse de la vie des habitants, et alors l’Etat reprend, seul, sa souveraineté la plus absolue.

    L’absence de réponse démocratique au virus

    Dans la gestion de cette crise, on peinerait à distinguer entre les réponses des Etats démocratiques et des régimes autoritaires, venant affaiblir encore un peu plus cette distinction si cruciale pour les dirigeants des démocraties occidentales. Dans les pays qui ont choisi des solutions dures de confinement généralisé, on trouve autant la plus grande puissance autoritaire mondiale, la Chine, que des démocraties européennes, qui plus est dirigées par des gouvernements socio-démocrates ou socio-libéraux : l’Italie, la France, l’Espagne. D’autres pays ont plutôt été, au moins dans un premier temps, dans un laisser-faire complet, comme les grandes démocraties libérales que sont les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, mais aussi des régimes plus autoritaires, comme l’Iran. D’autres pays ont pris des mesures de tests massifs et de quarantaine stricte des malades, des démocraties comme Taiwan et la Corée du Sud, mais aussi la bien moins démocratique Singapour. Les réponses ont été variées, mais enjambent largement les typologies classiques entre régimes. Et une chose est certaine : les démocraties ne se sont pas montrées particulièrement plus efficaces, plus attentives à la santé de leur population, plus honnêtes dans leur communication ou plus soucieuses de la vérité que les régimes autoritaires. Pire : au moment même où Donald Trump ou Boris Johnson semblaient prêts à sacrifier des centaines de milliers de leurs citoyens et mettre en péril la sécurité sanitaire internationale, la Chine prétendait avoir vaincu l’épidémie et envoyait dans le monde entier des experts, des respirateurs et des stocks de masques. C’est un pan central des discours de légitimation des démocraties qui s’effondre. Alors que les démocraties étaient censées se caractériser par un plus grand attachement aux principes à la fois politiques et moraux d’ouverture, de transparence, de solidarité, tout autant que par leur efficacité à prendre soin de leurs citoyens, la pandémie vient révéler qu’il n’en est rien. Dans la crise, les Etats dits démocratiques agissent avant tout comme des Etats, ni pires ni meilleurs que des dictatures, et non comme des démocraties.

    Que voudrait dire, pour des Etats, agir en démocratie face à une pandémie ? Cela nécessiterait, a minima, que les citoyens soient réellement informés des choix possibles, qu’un débat public contradictoire puisse avoir lieu, que le pouvoir puisse être contesté dans ses décisions, voire que les citoyens soient associés au processus[6]. Là est le sens d’une démocratie comme pouvoir du peuple, pouvoir de l’ensemble des citoyens : aucune loi, aucun acte du gouvernement, ne doit être étranger au contrôle des citoyens, et quand c’est possible à leur participation directe. Il ne s’agit bien sûr pas d’éliminer, face à une crise sanitaire, la nécessité de prendre des décisions rapides et scientifiquement fondées : mais le moins que l’on puisse dire est que les dirigeants élus ont été d’une rare incompétence. Il n’est pas dit que le premier venu (ho boulomenos, n’importe qui, cette expression qui venait désigner, à Athènes, un citoyen pris au hasard), correctement informé par des scientifiques, aurait vraiment fait pire. En ce premier sens du mot démocratie, qu’on peut qualifier de politique, la démocratie comme pouvoir de l’ensemble des citoyens, les Etats dits démocratiques n’ont pas affronté la crise en utilisant des moyens démocratiques, mais les moyens, banals, qu’ils ont en commun avec tous les Etats, y compris les plus autoritaires. Par le secret, parfois le mensonge, sans contrôle ni des corps intermédiaires ni des citoyens, en prenant les décisions à quelques-uns, et en utilisant l’urgence bien réelle pour se faire attribuer des pouvoirs démesurés.

    L’Etat contre les pauvres

    Mais l’idée de démocratie comme pouvoir de l’ensemble des citoyens n’épuise pas les sens du mot. Il est un autre ensemble de significations qui donnent au mot un sens social : le demos, le peuple, vient aussi désigner la classe la plus nombreuse, c’est-à-dire les travailleurs, les pauvres, par opposition aux privilégiés, aux riches. Une démocratie est un régime qui agit en faveur des dominés, car il donne le pouvoir à la majorité, mais aussi parce qu’il vise la création d’une société plus égalitaire. Or, de ce point de vue, la gestion du gouvernement français apparaît comme encore plus radicalement anti-démocratique. Alors que les entreprises sont massivement soutenues, que les personnes exerçant un métier d’encadrement sont invitées à faire du télétravail, que les bourgeois des villes ont pu tranquillement s’installer dans leurs résidences secondaires et leurs maisons de famille, le message adressé par le gouvernement aux travailleurs, et en particulier aux ouvriers, a été clair : l’économie doit continuer, et pour cela nous sommes prêts à vous faire prendre tous les risques. La ministre du Travail a osé accuser de « défaitisme » les entreprises du BTP qui voulaient mettre en pause les chantiers non prioritaires. Les transports publics continuent de charrier quotidiennement, sans véritable mesure de protection pour ces mêmes conducteurs qui étaient l’objet du plus bas mépris par le gouvernement il y a quelques semaines, des millions de caissier.es, de travailleur.ses du nettoyage, d’ouvrier.es, de livreur.es, de postier.es, d’éboueur.es, et bien sûr de soignant.es. Les effets des dominations de classe, mais aussi de race (beaucoup de ces métiers voient une surreprésentation de racisé.es) et de genre (les métiers plus féminins du soin sont sursollicités, sans parler du poids de la garde des enfants en l’absence d’école, qui retombe massivement sur les femmes), se trouvent alors démultipliés.

    Le virus n’a que faire de notre classe, de notre race ou de notre genre, mais les modalités de sa gestion par le pouvoir restaure et amplifie l’ensemble des inégalités sociales. Les plus grandes capacités des riches, des hommes, des Blancs, à mobiliser des ressources leur permettant de s’extraire du travail, des transports publics, du soin des enfants ou des aîné.es, des courses dans des supermarchés bondés, tout en continuant à bénéficier du travail des pauvres, des femmes, des racisé.e.s va se transformer, face au virus, en plus grande chance d’échapper à la pandémie. Le seul filet de sécurité égalisateur est alors le service public de la santé, où les cas graves sont traités indépendamment de ces considérations – ce même service public que les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de casser. Mais en dehors de ce maillon essentiel, tout dans la gestion de la crise renforce le poids des structures de domination. C’est visible dans le choix de continuer à mettre les pauvres au travail, mais aussi dans la gestion policière du confinement[7]. Dans les quartiers bourgeois désertés, non seulement les supermarchés restent ouverts, et relativement peu fréquentés, mais la présence policière est quasiment nulle. On croise des joggers, des employé.es de commerces faisant une pause, des SDF, des livreurs attendant une course… Au contraire, les quartiers populaires des grandes agglomérations sont l’objet d’un contrôle policier tatillon, d’autant plus insupportable que c’est là qu’il y a des problèmes d’approvisionnement, de promiscuité dans les marchés et supermarchés et de concentration de la population dans les rues – puisque c’est là que la densité d’habitations est la plus forte, les appartements les plus exigus et la proportion la plus faible de privilégiés pouvant télétravailler ou partir à la campagne. C’est là qu’ont lieu les contrôles, là que vont tomber les amendes, là que vont être prises les images montrant comment l’Etat fait bien régner l’ordre. Car au contrôle policier s’ajoute le mépris de médias relayant avec complaisance des images de bousculades dans ces quartiers, des commentateurs fustigeant l’irresponsabilité des pauvres et bien sûr des gouvernants faisant porter la responsabilité morale du confinement aux gens soi-disant indisciplinés, pour mieux camoufler leur culpabilité directe dans l’étendue de la catastrophe.

    Que restera-t-il des démocraties ?

    Les personnes, certainement majoritaires parmi les dirigeants, qui n’en ont cure de la démocratie et de ses valeurs égalitaires, ne voient peut-être pas le problème. Mais il faut prendre la mesure de ce basculement : le fait que les démocraties auto-proclamées ne se soient pas montrées plus efficaces qu’un régime autoritaire face à l’épidémie fait peser un danger véritable sur l’idée démocratique. Que le président élu des Etats-Unis envoie des centaines de milliers d’Américains au casse-pipe quand le secrétaire général du Parti communiste chinois envoie dans le monde entier experts et matériel, après avoir vaincu l’épidémie dans son pays, cela n’a rien d’anodin. On pourra sourire au retournement bienvenu de l’histoire, voire le saluer, par anti-impérialisme ; ce serait sous-estimer le danger réel que ce retournement fait peser sur la démocratie, non pas comme régime fondé sur l’élection des dirigeants, mais comme idée d’un pouvoir exercé par le peuple et pour le peuple. Le fait que les démocraties aient fait si peu de cas de l’avis des citoyens, comme le fait qu’elles aient si souvent, comme en France, pris des décisions qui mettent en danger les pauvres, les dominés, et protègent les entreprises et les riches, affaiblit encore le sens du mot démocratie. La démocratie, comme idée et comme pratique, a besoin que les gens y participent, y adhèrent, y croient. Et pour cela, il faut que la démocratie ait une substance, bien au-delà de l’élection ponctuelle des gouvernants, surtout quand le niveau de désagrégation des partis politiques permet à des Trump ou des Macron d’arriver au pouvoir. Si un virus suffit à éliminer toute spécificité des régimes démocratiques, toute valeur des principes démocratiques, il n’y a aucune raison que les gens y accordent de l’importance, surtout quand des régimes autoritaires se montrent plus efficaces dans la protection de la santé de leurs sujets. Le coronavirus ne met pas en danger la démocratie ; mais nos dirigeants, face au coronavirus, sont en train de sacrifier la démocratie pour dissimuler leur incompétence et se maintenir au pouvoir. Organiser entre nous la solidarité, se battre pour les services publics est plus que jamais nécessaire[8]. Mais face au danger que représentent nos dirigeants pour nos santés autant que pour l’idée démocratique, ce n’est pas suffisant. Nous ne pouvons remettre ces questions à l’après, à la fin de l’épidémie. Il faut, dès maintenant, rappeler les gouvernants à l’ordre, le seul ordre qui vaille en démocratie : celui du peuple[9].

    [1] Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent, La casse du siècle : A propos des réformes de l’hôpital public, Raisons d’agir, 2019. Frédéric Lordon, « Coronakrach », 11 mars 2020. Auriane Guilbaud, « Il n’est pas possible d’embaucher des milliers de soignants en un claquement de doigts », Le Monde, 13 mars 2020.

    [2] Je me permets de renvoyer ici au livre Démocratie, paru en février 2020 chez Anamosa.

    [3] https://universiteouverte.org/2020/03/19/5-milliards-des-effets-dannonce-mais-toujours-pas-de-moyens-pour-

    [4] Rémi Lefebvre, Nicolas Bué et Fabien Desage, « Le premier tour des municipales n’a pas eu lieu », Libération, 18 mars 2020. Laurent Le Gall, « Le coronavirus révélateur d’une démocratie grippée », Libération, 19 mars 2020.

    [5] Même si les services publics ne sont en fait pas une émanation de l’Etat, mais bien du public qu’ils servent, comme le rappellent Pierre Dardot et Christian Laval, « L’épreuve politique de la pandémie », Médiapart, 19 mars 2020

    [6] Yves Sintomer, « Face au coronavirus, les politiques n’ont pas eu le cran de poser le débat », Le Monde, 18 mars 2020

    [7] Sur les liens entre gestion policière de l’épidémie et contrôle social, voir « Contagion sociale Guerre de classe microbiologique en Chine », Chuang, février 2020, traduit par Des nouvelles du front

    [8] Michèle Riot-Sarcey et Jean-Louis Laville, « Le monde d’après-demain », Libération, 17 mars 2020. « Face à la pandémie, retournons la « stratégie du choc » en déferlante de solidarité ! »

    [9] Merci à Aurélien Angel, Elisabeth Callot et Célia Keren pour leurs commentaires sur une première version de ce texte.

    https://samuelhayat.wordpress.com/2020/03/23/la-democratie-a-lepreuve-du-coronavirus

    #épidémie #service_public #production_industrielle #santé #autoritarisme #promesses_démocratiques #pandémie #Etat #banque_centrale #légitimité #échelles_géographiques #géographie_politique #incompétence #secret #mensonge #urgence #inégalités #travail #économie #classes_sociales #ouvriers #télétravail #BTP #transports_publics #domination #effets_de_domination #genre #inégalités_sociales #structures_de_domination #police #présence_policière #quartiers_populaires #amendes #contrôle_policier #responsabilité #irresponsabilité #culpabilité #mise_en_danger #incompétence #dictature #totalitarisme

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    Petite citation choisie pour @davduf :

    Mais en dehors de ce maillon essentiel, tout dans la gestion de la crise renforce le poids des structures de domination. C’est visible dans le choix de continuer à mettre les pauvres au travail, mais aussi dans la gestion policière du confinement[7]. Dans les quartiers bourgeois désertés, non seulement les supermarchés restent ouverts, et relativement peu fréquentés, mais la présence policière est quasiment nulle. On croise des joggers, des employé.es de commerces faisant une pause, des SDF, des livreurs attendant une course… Au contraire, les quartiers populaires des grandes agglomérations sont l’objet d’un contrôle policier tatillon, d’autant plus insupportable que c’est là qu’il y a des problèmes d’approvisionnement, de promiscuité dans les marchés et supermarchés et de concentration de la population dans les rues – puisque c’est là que la densité d’habitations est la plus forte, les appartements les plus exigus et la proportion la plus faible de privilégiés pouvant télétravailler ou partir à la campagne. C’est là qu’ont lieu les contrôles, là que vont tomber les amendes, là que vont être prises les images montrant comment l’Etat fait bien régner l’ordre. Car au contrôle policier s’ajoute le mépris de médias relayant avec complaisance des images de bousculades dans ces quartiers, des commentateurs fustigeant l’irresponsabilité des pauvres et bien sûr des gouvernants faisant porter la responsabilité morale du confinement aux gens soi-disant indisciplinés, pour mieux camoufler leur culpabilité directe dans l’étendue de la catastrophe.

  • Coronavirus : dans les quartiers populaires, l’incompréhension face aux mesures de confinement
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/23/coronavirus-dans-les-quartiers-populaires-l-incomprehension-face-aux-mesures

    Si la Seine-Saint-Denis concentrait dans les premiers jours du confinement près de 10 % des infractions nationales, dans nombre de quartiers populaires de France, et principalement dans les grands ensembles, les consignes peinent à se faire respecter.

    Grappes de jeunes dans les stades de foot municipaux, adolescents qui fument la chicha aux pieds des immeubles, mères avec de jeunes enfants aux agrès… Les habitudes ont la peau dure et les conditions de vie – familles nombreuses, logements exigus et mal insonorisés, illettrisme, illectronisme… – rendent le quotidien entre quatre murs particulièrement pénible. Les relations très dégradées avec la police n’arrangent rien. Depuis le début du confinement, les échanges musclés et les tensions se multiplient.
    [...]
    Jeudi à Saint-Denis, la tension était montée dans le quartier Franc-Moisin, autour de la place Rouge, au centre du grand ensemble, entre des agents déployés sur le terrain et des habitants du quartier. « Trop difficile » d’être enfermés avec leurs frères et sœurs, avaient expliqué ces derniers. Les policiers se sont contentés de rappeler les consignes de confinement. « On fait tout pour éviter de déclencher des émeutes », assure un policier de Seine-Saint-Denis.

    « Les adolescents et les jeunes adultes sont le public le plus difficile à confiner », observe Christelle Leroy, directrice de deux centres sociaux, Belencontre et Phalempins, à Tourcoing (Nord). Les images de personnes en train de se faire bronzer à la plage, de se balader le long du bord de mer, de déambuler côte à côte sur les quais de Seine à Paris ou parmi les étals des marchés, brouillent encore un peu les cartes. « Tout ça crée beaucoup de confusion, remarque un médiateur de la ville du Nord. Ils se disent “et pourquoi pas nous ?” Ils n’ont pas la notion du danger qu’ils représentent. Ils s’amusent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, ça les occupe. »
    [...]
    Au-delà du message « difficile à faire passer », des conditions de vie difficiles, des réticences à suivre les règles et des relations dégradées avec la police, d’autres freins au respect des consignes existent, notamment en ce qui concerne les attestations. « Avec cette épidémie, la fracture numérique nous explose au visage », remarque Christelle Leroy, à Tourcoing, qui enchaîne les réunions virtuelles avec tous les autres directeurs de centres sociaux de la ville : « On appelle les plus fragiles, on crée des tutos, on liste le matériel dont on dispose et que l’on pourra prêter, comme les tablettes, on imprime attestations et devoirs que l’on dépose ensuite dans les boîtes aux lettres. »

    « Ils sont très nombreux, illettrés ou éloignés du numérique, à ne pas savoir ou ne pas pouvoir remplir les attestations », confirme Florian Soudain, coordinateur des Centres sociaux connectés de la métropole lilloise. Jeudi, en urgence, ils ont lancé le projet Mon centre social à la maison pour « garder le lien avec les habitants et les aider à rester chez eux », détaille M. Soudain, qui pilote le projet. Le site propose notamment des tutos vidéo pour les aider à acquérir des compétences numériques et offre une permanence téléphonique pour assister à distance les plus dépassés par la dématérialisation des démarches.

    Les habitants des quartiers populaires disposent rarement d’une imprimante et pas toujours d’un ordinateur (surtout les personnes âgées). A Poitiers, 2 000 photocopies d’attestations ont ainsi été distribuées en vingt-quatre heures dans les commerces et les boîtes à livres.

    Plusieurs villes à travers le pays ont pris des arrêtés au cours du week-end pour imposer un couvre-feu à la population la nuit. Mais la plupart des quartiers populaires de France ne sont pas concernés par ces mesures difficiles à appliquer sur le terrain. « Le problème avec le fait d’imposer un couvre-feu c’est qu’ensuite, si vous ne faites pas respecter la mesure, vous passez pour un idiot. » Certains maires, notamment en Ile-de-France, ne sont pas pressés d’en arriver là.

    #coronavirus #jeunesse #quartiers_populaires #police
    Tiens, curieusement, l’article n’évoque pas la question des #trafics et plus largement, celle de l’#économie_informelle.

  • « La limitation de la casse économique ne doit pas prévaloir sur la limitation de la #casse_sanitaire »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/20/la-limitation-de-la-casse-economique-ne-doit-pas-prevaloir-sur-la-limitation

    La limitation de la casse économique ne doit pas prévaloir sur la limitation de la casse sanitaire »
    TRIBUNE
    Collectif

    Pour que le confinement soit efficace, des fonctionnaires de la santé, des affaires sociales et de l’économie appellent le gouvernement à imposer aux entreprises non essentielles l’arrêt de leur activité.

    Tribune. Depuis désormais quelques semaines, nous savons que la progression de la pandémie du Covid-19 (coronavirus) est inéluctable et qu’elle aura des conséquences gravissimes. Pourtant, malgré un discours martial, notre gouvernement temporise. L’urgence est cependant bien là : tant qu’il est encore temps, arrêtons l’économie ordinaire.

    Emmanuel Macron et Edouard Philippe affichent une prise de conscience de la gravité de la crise mais, « en même temps », ils ne se donnent pas les moyens de tout faire pour l’arrêter

    Dans une économie de « guerre » contre le virus, comme le répètent les pouvoirs publics, ne devraient plus exister que trois objectifs : équiper les personnes qui sont devant, approvisionner celles qui sont derrières, et protéger tout le monde. C’est tout le paradoxe de l’utilisation de cette image par Emmanuel Macron et Edouard Philippe : ils affichent une prise de conscience de la gravité de la crise mais, « en même temps », ils ne se donnent pas les moyens de tout faire pour l’arrêter.

    On le sait, les mesures de confinement sont le seul outil efficace dont nous disposons pour lutter contre la propagation de l’épidémie. Certes, le confinement a été partiellement mis en place, mais celui-ci repose sur une ligne directrice annoncée très clairement : la « responsabilité individuelle ». Les salariés non indispensables à l’économie ne sont pas tenus de s’arrêter, et l’impossibilité de télétravail est même un des motifs de laissez-passer officiel. Des travailleurs du bâtiment, de l’industrie, des banques, de l’artisanat sont encouragés à venir sur leur lieu de travail alors que leur activité n’a rien d’essentiel dans la crise que nous vivons. Chaque activité professionnelle présentielle maintenue fragilise pourtant le dispositif de « distanciation sociale » mis en place.

    Tension à son paroxysme
    Dans le même temps, on laisse les travailleurs des secteurs essentiels – agroalimentaire, traitement des déchets, chaînes logistiques alimentaires – continuer à travailler sans sécuriser leurs modalités de travail. Le maintien de ces activités renforce les inégalités déjà présentes habituellement : là où la majorité des cadres peut télétravailler, les autres salariés sont sommés de se rendre sur leur lieu de travail. Cette décision accroît en outre la tension, aujourd’hui à son comble, sur les biens sanitaires de première nécessité : masques, gel hydroalcoolique, gants, etc.

    Lire aussi Coronavirus : suivez la propagation de la pandémie en France et dans le monde
    Cette tension arrive à son paroxysme chez les soignants. Dans les hôpitaux, les cabinets médicaux du pays, tous n’ont qu’une seule demande : pouvoir exercer leur métier sans se mettre en danger, et donc sans mettre en danger leurs patients. Ils et elles demandent des masques. Ceux-ci n’arrivent – au mieux – qu’au compte-gouttes et avec retard, accroissant encore la tension et le risque. On ne sait jamais quand, on ne sait jamais combien. Et tant que n’existera pas un discours clair au plus haut niveau de l’Etat, cela sera toujours trop tard et pas assez. Le dire devient urgent et indispensable : nous allons devoir gérer une pénurie grave. Et tous les moyens disponibles vont devoir être orientés vers la santé.

    Trois mesures pourraient être prises immédiatement
    Il est urgent d’inverser les priorités : la limitation de la casse économique ne doit pas continuer à prévaloir sur la limitation de la casse sanitaire. Trois mesures pourraient pourtant être prises immédiatement :

    Réquisitionner les moyens de production des entreprises capables de produire masques, gels hydroalcooliques, respirateurs et autres matériels sanitaires.
    Définir les secteurs d’activité qui ne sont pas essentiels à la vie de la nation et imposer aux entreprises concernées l’arrêt de leur activité le temps d’enrayer l’épidémie.
    Contrôler strictement le respect des règles sanitaires et des mesures de protection des salariés dans les entreprises et les services essentiels à la vie de la nation.
    Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que le gouvernement est vraisemblablement conscient qu’il faudra finalement s’y résoudre. Mais il retarde ses décisions et les prend au compte-gouttes, comme si gagner un jour ou deux d’ouverture des magasins ou un tour d’élections municipales avait la moindre importance et ne mettait pas gravement la population en danger.

    Nous avons déjà changé de monde et le gouvernement fait mine de ne pas le voir

    Nous avons déjà changé de monde et le gouvernement fait mine de ne pas le voir. Que les Bourses dévissent n’a aucune espèce d’importance : pendant cette crise, le marché est à l’arrêt et c’est la logistique qui a déjà pris le dessus afin d’organiser la distribution à la population des biens de première nécessité. Que la production et la consommation décrochent est une évidence, cela devrait devenir un quasi-objectif : plus nous resterons chez nous, plus nous ferons plonger l’activité économique, mais surtout plus vite nous contrôlerons l’épidémie.

    Lire aussi Coronavirus : comment l’Europe est devenue l’« épicentre » de la pandémie
    Bien sûr, il faut soutenir les entreprises : elles sont la condition d’une reprise, demain. Le maintien des collectifs de travail est une nécessité. Le maintien de leur activité est également souhaitable, mais si et seulement si il n’aggrave pas la crise et ne met pas inutilement en danger la santé des travailleurs et des travailleuses. Dans tous les cas où l’activité doit se faire en présentiel et n’est pas strictement indispensable à la lutte contre la propagation du virus ou aux besoins essentiels de la population, il faut arrêter l’économie. Garantir totalement le maintien dans l’emploi, garantir les salaires, garantir tous les minima sociaux et revenus de remplacement, mais arrêter l’activité. Mettre l’économie sous perfusion, creuser la dette publique, mais endiguer la progression du virus.

    Inverser drastiquement nos priorités
    C’est un appel grave et solennel que nous faisons : prenons la mesure de la gravité de la crise qui est devant nous. Mettons de côté les croyances et les dogmes liés au « bon fonctionnement du marché », et mettons tout au service de la sortie de crise. Entrer réellement en guerre contre le virus nécessite d’inverser drastiquement nos priorités et de n’en conserver que trois : la santé, avant tout autre chose, l’approvisionnement, qui permet l’effort sanitaire et garantit une vie décente pour la population confinée, et la protection des personnes qui soignent et qui approvisionnent. Toute notre énergie doit être dirigée vers ces seuls objectifs, par exigence de justice et par souci d’efficacité. Toutes les autres activités ne sont pas seulement inutiles, elles sont dangereuses. Il est urgent de les arrêter.

    Léa Guessier est le pseudonyme d’un collectif de #fonctionnaires et de #hauts_fonctionnaires – tenus au devoir de réserve – en poste dans des ministères, collectivités et établissements publics des secteurs de l’#économie et des #finances, de la #santé et des affaires sociales, de la sécurité sociale, du #travail et de l’#emploi.

  • Une petite entreprise textile de Lozère décide de fabriquer gratuitement des masques contre le Covid-19
    https://www.bastamag.net/Masques-covid19-penurie-PME-Lozere-filiere-courte-jeans-fabriques-en-Franc

    Loin des annonces de certains gros industriels, l’Atelier Tuffery s’est lancé bénévolement dans la confection de masques pour pallier aux défaillances d’approvisionnement. Une décision conforme aux valeurs défendues par la PME : production éthique et locale, respectueuse de l’environnement. Tout a commencé par une réunion d’équipe le matin du 16 mars, premier jour de fermeture des écoles, quelques heures avant que le président de la République n’annonce le confinement généralisé. À l’Atelier Tuffery, à (...) #Inventer

    / Economie partagée et gratuité, #Reportages, Santé

    #Economie_partagée_et_gratuité #Santé_

  • Certains jeux vidéo créent un mode de divertissement centré sur l’argent et la consommation sans fin #jeux_vidéo #jeux #argent #économie

    https://sms.hypotheses.org/24370

    Le consumérisme et l’argent dans les jeux vidéo, ce n’est pas nouveau. Depuis Pac-Man qui mange des gommes à volonté, et Mario qui récupère un tas de pièces en allant sauver la princesse Peach, on arrive aujourd’hui à créer des jeux comportant des systèmes économiques élaborés au centre du gameplay. C’est même devenu une norme. Mais est-ce pour autant anodin ? Peut-on en mesurer les conséquences sur la communauté des joueurs et sur la société en général ?

    C’est justement ce qu’étudie David M. Higgins. Éditeur pour le Los Angeles Review of Books, il enseigne au Inver Hills Community College dans le Minnesota. Dans son article “Rêves d’accumulation : l’économie dans les jeux vidéo de science-fiction”, l’auteur démontre comment certain jeux vidéo fantastiques, en particulier les MMO, c’est-à-dire les jeux en ligne massivement multijoueur, aboutissent à une forme ultime et sans contrainte de capitalisme (...)

  • Liens d’information et de réflexion sur la #crise_sanitaire actuelle et ses enjeux
    À compléter et à partager !

    Informations pratiques sur le coronavirus COVID-19 et sur les consignes sanitaires : https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus
    https://www.franceinter.fr/coronavirus-voici-des-sources-fiables-pour-vous-informer-en-evitant-les-

    Un directeur de recherche et spécialiste des coronavirus dénonce le #désengagement dans la #recherche_publique :
    https://universiteouverte.org/2020/03/04/coronavirus-la-science-ne-marche-pas-dans-lurgence
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/specialiste-coronavirus-chercheur-marseille-regrette-ma
    https://www.humanite.fr/bruno-canard-le-chercheur-qui-avait-alerte-en-2015-sur-le-risque-de-coronav

    Les #personnels_soignants face au coronavirus :
    https://www.youtube.com/watch?v=C5B6DqQ5Ye8


    https://www.youtube.com/watch?v=7ObyOFpsHBw

    https://www.youtube.com/watch?v=APjQoMta8Ic

    Les hôpitaux en détresse bien avant la crise sanitaire : https://www.franceinter.fr/politique/le-medecin-qui-a-interpelle-macron-il-fallait-qu-il-recoive-le-message-d

    #Collectif_Inter-Hôpitaux : https://www.collectif-inter-hopitaux.org/revue-de-presse
    https://www.facebook.com/lecollectifinterhopitaux

    Livre (téléchargeable) sur la destruction de l’#hôpital_public : http://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/Casse_siecle_pages.pdf

    Ce que cette crise sanitaire révèle de notre #système_économique : https://www.liberation.fr/debats/2020/03/13/coronavirus-briser-le-tabou-budgetaire_1781447
    https://france.attac.org/se-mobiliser/que-faire-face-au-coronavirus/article/un-monde-instable-et-imprevisible-a-l-heure-du-coronavirus
    https://www.lesinrocks.com/2020/03/18/actualite/societe/coronavirus-comment-les-reformes-liberales-ont-casse-le-service-public-h

    https://www.franceculture.fr/emissions/coronavirus-radiographies-podcast

    Reçu par mail (22.03.2020) de la part de Vanessa Pinto, via la mailing-list Facs et labos en lutte, avec ce message :

    Je me permets de partager un document collaboratif destiné à mes étudiant.e.s (notamment en licence Sciences sanitaires et sociales). Il contient quelques liens d’information et de réflexion sur la crise sanitaire et sur les #services_publics (#hôpitaux, enseignement supérieur et recherche, etc.). Les étudiant.e.s pourront y ajouter leurs propres liens, puisque je vais le leur transmettre sous forme de wiki. L’idée est de les inciter à s’informer sur la situation actuelle et sur les enjeux qu’elle révèle et à exercer leur #esprit_critique vis-à-vis des #réformes en cours. Dans la continuité de cours alternatifs qui concernaient la réforme des retraites et la LPPR, il s’agit ainsi de sensibiliser aux différents enjeux actuels les étudiant.e.s peu informé.e.s et de fournir aux autres davantage de ressources, en espérant que cette période de confinement deviendra un moment d’ouverture (et que, bien sûr, leur état sanitaire, matériel et psychologique le leur permettra).

    #coronavirus #covid-19 #ressources_pédagogiques #économie

  • [RussEurope-en-Exil] Le coronavirus, la crise et « l’effet Blanche-Neige », par Jacques Sapir
    https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-coronavirus-la-crise-et-leffet-blanche-neige-par-ja

    L’épidémie du COVID-19 engendre une situation à la fois dramatique, de par le nombre de mort, et extraordinaire, de par ses conséquences économiques. La situation que nous connaissons est complètement inédite. Le passage au confinement dans divers pays met alors les économies en sommeil. Le risque, évidemment, est qu’elles ne se réveillent pas une fois […]

    #Économie

  • « Rester confiné chez soi, sur son canapé, n’a strictement rien à voir avec une période de #guerre »

    Les mots ont un sens. « La #pandémie à laquelle nous sommes confrontés exigent des mesures plutôt opposées à un temps de guerre » explique l’économiste et chroniqueur de Basta ! Maxime Combes dans cette tribune.

    Non, nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en pandémie

    « Nous sommes en guerre ». A six reprises, lors de son allocution, Emmanuel #Macron a utilisé la même expression, en essayant de prendre un #ton_martial. L’anaphore voulait marquer les esprits et provoquer un effet de #sidération. Avec deux objectifs sous-jacents. L’un sanitaire : s’assurer que les mesures de #confinement – mot non prononcé par le président de la République – soient désormais appliquées. L’autre politique : tenter d’instaurer une forme d’#union_nationale derrière le chef de l’Etat. Le tout également pour faire oublier les mesures contradictoires et les hésitations coupables de ces derniers jours.

    Pourtant les mots ont un sens. Et c’est non, mille fois non : nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en pandémie. C’est suffisant, et totalement différent. Aucun État, aucun groupe armé n’a déclaré la guerre à la France, ou à l’Union européenne. Pas plus que la France n’a déclaré la guerre (article 35 de la Constitution) à un autre État. Le #Covid-19 ne se propage pas en raison du feu de ses blindés, de la puissance de son aviation ou de l’habilité de ses généraux, mais en raison des mesures inappropriées, insuffisantes ou trop tardives prises par les pouvoirs publics.

    La pandémie à laquelle nous sommes confrontés exigent des #mesures plutôt opposées à un temps de guerre

    Non, le virus Covid-19 n’est pas un « #ennemi, invisible, insaisissable, et qui progresse » comme l’a affirmé Emmanuel Macron ce lundi 16 mars. C’est un #virus. Un virus qui se propage au sein d’une population non immunisée, porté par nombre d’entre nous et disséminé en fonction de l’intensité de nos relations sociales. Il est très contagieux, se propage vite et peut avoir des conséquences terribles si rien n’est fait. Mais c’est un virus. Pas une armée. On ne déclare pas la guerre à un virus : on apprend à le connaître, on tente de maîtriser sa vitesse de propagation, on établit sa sérologie, on essaie de trouver un ou des anti-viraux, voire un vaccin. Et, dans l’intervalle, on protège et on soigne celles et ceux qui vont être malades. En un mot, on apprend à vivre avec un virus.

    Oui, les mots ont un sens. Nous ne sommes pas en guerre car la pandémie à laquelle nous sommes confrontés exige des mesures plutôt opposées à celles prises en temps de guerre : ralentir l’activité économique plutôt que l’accélérer, mettre au #repos_forcé une part significative des travailleuses et travailleurs plutôt que les mobiliser pour alimenter un effort de guerre, réduire considérablement les #interactions_sociales plutôt qu’envoyer toutes les forces vives sur la ligne de front. Quitte à provoquer, disons-le ainsi : rester confiné chez soi, sur son canapé ou dans sa cuisine, n’a strictement rien à voir avec une période de guerre où il faut se protéger des bombes ou des snipers et tenter de survivre.

    Il n’est pas question de sacrifier le personnel médical, au contraire, il faut savoir les protéger

    Cette référence à la « guerre » convoque par ailleurs un #imaginaire_viril peuplé d’#héroïsme_masculin – bien que largement démenti par les faits – et du sacrifice qui n’a pas lieu d’être. Face au coronavirus – et à n’importe quelle pandémie – ce sont les #femmes qui sont en première ligne : 88 % des infirmières, 90 % des caissières, 82 % des enseignantes de primaire, 90 % du personnel dans les EHPAD sont des femmes. Sans même parler du personnel de crèche et de garderie mobilisés pour garder les enfants de toutes ces femmes mobilisées en première ligne. Le #personnel_médical le dit clairement : nous avons besoin de soutien, de #matériel_médical et d’être reconnus comme des #professionnels, pas comme des #héros. Il n’est pas question de les sacrifier. Au contraire, il faut savoir les protéger, en prendre soin pour que leurs compétences et leurs capacités puissent être mobilisés sur le long terme.

    Non, définitivement, nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes face à une pandémie. Et c’est déjà bien assez. Nous ne sommes pas des soldats, mais des citoyennes et citoyens. Nous ne voulons pas être gouvernés comme en temps de guerre. Mais comme en temps de pandémie. Nous n’avons pas d’ennemi. Ni à l’extérieur, ni à l’intérieur des frontières. Confrontés pendant des semaines à l’incurie d’un gouvernement incapable de prononcer un discours clair et des #mesures cohérentes entre elles, nous sommes juste des citoyennes et citoyens progressivement en train de comprendre que la meilleure chose à faire est de rester confinés. A devoir apprendre à vivre au ralenti. Ensemble mais sans se rencontrer. A rebours de toutes les exigences de #compétitivité et de #concurrence qui nous ont été assénées depuis des dizaines d’années.

    Instituer la #solidarité et le soin comme principes cardinaux, pas les valeurs martiales et belliqueuses

    Lutter contre la pandémie du coronavirus n’est pas une guerre car il n’est pas question de sacrifier les plus vulnérables au nom de la raison d’État. Comme celles qui sont en première ligne, il nous faut au contraire les protéger, prendre soin d’eux et d’elles, y compris en se retirant physiquement pour ne pas les contaminer. SDF, migrant.e.s, les plus pauvres et plus précaires sont des nôtres : nous leur devons pleine et entière assistance pour les mettre à l’abri, autant que faire se peut : la #réquisition de logements vides n’est plus une option. Lutter contre le coronavirus c’est instituer la solidarité et le #soin comme les principes cardinaux de nos vies. La solidarité et le soin. Pas les valeurs martiales et belliqueuses.

    Ce principe de solidarité ne devrait d’ailleurs pas avoir de frontière, car le virus n’en a pas : il circule en France parce que nous circulons (trop) dans le pays. Aux mesures nationales, voire nationalistes, brandies ici et là, nous devrions collectivement étendre ce principe de solidarité à l’international et nous assurer que tous les pays, toutes les populations puissent faire face à cette pandémie. Oui, la mobilisation doit être générale : parce qu’une #crise_sanitaire mondiale l’exige, cette #mobilisation doit être généralisée à la planète entière. Pour que pandémie ne rime pas avec inégalités et carnages chez les pauvres. Ou simplement chez les voisins.

    Point besoin d’#économie_de_guerre, juste d’arrêter de naviguer à vue

    Alors, oui, sans doute faut-il prendre des mesures d’exception pour réorganiser notre système économique autour de quelques fonctions vitales, à commencer par se se nourrir et produire le matériel médical nécessaire. Deux mois après les premières contaminations, il est d’ailleurs incroyable qu’il y ait encore des pénuries de #masques pour protéger celles qui sont en première ligne : réorienter, par la réquisition si nécessaire, des moyens de production en ce sens aurait déjà dû être fait. Histoire de ne pas avoir à refuser d’exporter des masques comme l’UE le fait désormais, y compris avec la Serbie qui a pourtant entamé son processus d’adhésion : où est donc la solidarité européenne ?

    Point besoin d’économie de guerre pour cela. Juste besoin d’arrêter de naviguer à vue et d’enfin prendre les mesures cohérentes entre elles, fondées sur ce principe de solidarité, qui permettront que chaque population, riche ou pauvre, puisse faire face à la pandémie. La participation consciente et volontaire de l’ensemble de la population aux mesures de confinement nécessaires n’en sera que facilitée. Et la dynamique de l’épidémie d’autant plus facilement brisée. Le monde de demain se joue dans les mesures d’exception d’aujourd’hui.

    Maxime Combes, économiste et membre d’Attac.

    https://www.bastamag.net/pandemie-covid19-coronavirus-Macron-guerre-virus-confinement
    #épidémie #vocabulaire #terminologie #mots #coronavirus

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    • Non Monsieur le Président de la République, nous ne sommes pas en guerre

      La déclaration du Chef de l’Etat qui amène un confinement général de la population et n’autorise les déplacements que par dérogation marque un véritable tournant dans la lutte contre l’épidémie généralisée en France. La guerre est déclarée ? Non Monsieur le Président, la Résistance collective est à l’ordre du jour pour sortir de cette épreuve.

      La déclaration du Chef de l’Etat ce 16 mars qui amène un confinement général de la population et n’autorise les déplacements que par dérogation marque un véritable tournant dans la lutte contre l’épidémie généralisée en France. Jusque-là des recommandations, des consignes, des prescriptions amenaient chacun à prendre sa part à la sûreté de contacts raréfiés. Point de contrôle, point de sanctions mais appel à prendre conscience des mesures d’hygiène à respecter puis du confinement.

      La crise sanitaire s’aggrave comme attendue. Les contaminations réalisées avant l’effectivité des mesures successives ne produisent leurs effets en terme de symptômes, qu’après le délai d’incubation de 5 à 14 jours comme nous pouvons le lire ici et là. Il y a donc mécaniquement une aggravation inévitable avant les possibles effets de ralentissement si ces mesures sont efficaces et suffisantes. Insuffisantes, à l’évidence les mesures prises jusqu’ici l’étaient, raison essentielle d’un strict confinement depuis ce 17 mars à midi.

      Crainte des autorités et politique de santé

      La crainte des autorités que partagent tous les observateurs attentifs - et ils sont nombreux - est la saturation des possibilités d’hospitalisation en réanimation pour les symptômes les plus graves qui menacent la vie même du patient avec une vulnérabilité particulière des personnes âgées ou des personnes souffrant de co-morbidités (affections chroniques ou déficiences organiques etc) sans exclure pour autant ces développements graves de la maladie respiratoire chez des sujets plus jeunes ou à l’occasion d’une « deuxième vague ».

      Cette crainte est d’autant plus vive que nos responsables gouvernementaux, le Chef de l’Etat lui-même, savent bien que les politiques de santé menées depuis des décennies, poursuivies et aggravées depuis la dernière présidentielle à coups d’économies budgétaires inconséquentes ont largement diminuées la capacité à faire face aux circonstances exceptionnelles que nous connaissons aujourd’hui. Les gouvernements successifs, et plus encore celui-ci, quand les économies en grattant toujours plus ont atteint l’os, sont restés sourds aux demandes, revendications, exhortations des professionnels de santé, de leurs organisations syndicales y compris même au début de cette épidémie. Quelle imprévoyance ! La préparation aux moyens de la protection elle-même est manifestement déficiente : les volumes des gels hydroalcooliques, masques, équipements divers sont largement insuffisants ou limites même pour les professionnels de santé, hôpitaux et médecine de ville, sont même menacés de pénurie dans des délais relativement brefs (déclaration Olivier Véran, ministre de la santé).

      Il faut l’abnégation de ceux et celles à qui on a refusé les moyens de soigner, pour faire face, héroïquement chaque jour, à cette montée des périls. La fermeture d’hôpitaux, de services et de lits, la fermeture de postes de soignants pèsent aujourd’hui dans cette lutte de résistance, jour après jour, pied à pied. Les encenser aujourd’hui ne disculpe pas de sa responsabilité, de ses choix politiques.

      Il faudra en rendre compte au peuple français après l’épreuve en changeant radicalement de politique de santé en associant les organisations syndicales et les forces vives du pays : la santé est un bien collectif pas seulement l’affaire du ministère et du gouvernement ! Il faut espérer que cet épisode douloureux amènera un changement complet de politique de santé pour faire face à d’autres épidémies qui ne manqueront pas d’arriver. Elles ne manquerons pas d’arriver dans un monde dominé par la recherche du profit à tout prix pesant en premier lieu sur la santé des populations qui ne pèse pas lourd face aux profits des firmes pharmaceutiques, phyto-sanitaires, tabagiques, agro-alimentaires et de toutes celles qui commercialisent ou utilisent des produits toxiques en semant le doute sur cette toxicité quand bien même ils ont les preuves – qu’ils cachent – d’effets graves sur la santé. Le profit d’abord et quand ce sont des milliards à la clef, on peut tout se permettre et tout maquiller.

      Malheureusement, pour le moment et dans les semaines qui viennent, nous voyons et verrons les résultats de cet abaissement des digues : l’affaiblissement des effectifs soignants et les nombreuses fermetures notamment des hôpitaux de proximité ont abaissé dramatiquement le seuil de saturation des services de réanimation qui prennent en charge les malades du CoVid-19. Nous, c’est-à-dire les citoyen.ne.s de ce pays, en feront les frais. Les petits hôpitaux aujourd’hui avec leurs soignants seraient une réserve de lits pour endiguer ce flot croissant comme autrefois les terrains ouverts sur le Rhône absorbaient les inondations périodiques.

      Nous ne sommes pas en guerre mais en Résistance

      Aujourd’hui si les soignants sont en première ligne y compris avec un risque pour leur propre santé, tous les professionnels de la logistique alimentaire, pharmaceutique, administrative sont à leur côté et assurent le service du public, au service de la Nation.

      La guerre est déclarée ? Non Monsieur le Président, nous ne sommes pas en guerre. Vous devez organiser la Résistance avec nous. Avec la guerre, le chef s’adjuge tous les pouvoirs pour vaincre, ne cherche aucunement à convaincre mais à imposer, à contraindre pour mener la bataille comme il l’entend et dans ce cas, les contestataires et les critiques sont traître et traîtrise à faire taire, vite et bien.

      La stigmatisation de groupes au contact vus à la télé sur les bords de Seine, dans des parcs amène un discours sur l’irresponsabilité de certain.e.s qui n’ont pas pris la mesure du danger pour eux et pour les autres, prétexte à introduire le contrôle et la sanction. C’est un peu facile ! Facile d’oublier son propre manque de responsabilité dans la politique de riches menée depuis son accession à la Présidence notamment la politique de santé qui a abaissé le niveau de protection, de l’assurance-chômage qui abaisse les droits et indemnisations des chômeurs, des chercheurs précarisés qui doivent plus chercher des financements que faire de la recherche. Etait-il bien responsable de matraquer et blesser ces Gilets Jaunes durant plus d’un an sans les entendre, de les poursuivre aujourd’hui pénalement pour se venger d’avoir eu peur et de s’être laissé déborder sur les Champs-Elysées ? Sans parler de bien des affaires qui ont amené certain.e.s à démissionner.

      Reconnaissons-le, la responsabilité n’est chose aisée pour personne surtout dans une société où l’enjeu est de passer la patate chaude de la responsabilité à un.e autre. La première intervention du chef de l’état du 12 mars a certainement manqué de punch pour responsabiliser. Les réactions dimanche sous le soleil sont aussi à inscrire, sans les excuser, à un déni d’ordre psychique d’entrée dans cette période de restriction, en gros, encore un dernier bol d’air avant le confinement. Après, il est possible de rappeler en direct le danger et le devoir. Pourquoi, in fine, et à peu près systématiquement - en acte contrairement aux paroles – devrait-on prendre la population pour non-responsable collectivement ? Individuellement, nous le sommes tour à tour pour, pour sujet plus ou moins important mais collectivement nous pouvons être sérieusement responsables (un peu comme la patience dans mille impatiences) surtout face à ce danger réel, palpable, identifié.

      Le confinement par la force ou la responsabilité ?

      Mais l’ennemi est là, l’invasion a eu lieu : le virus est partout. Oui, le cap doit être clair pour résoudre cette crise d’exception mais faire appel à 100.000 policiers et gendarmes c’est s’engager dans une voie où la coercition, la sanction dispensent de convaincre tout en faisant « comme si », double discours qui rappelle celui pour le premier tour des municipales. Dans ces conditions, la menace de sanction devient, de fait, la seule voie audible, choisie pour parvenir à maintenir le confinement, moyen pour stopper cette épidémie. Ce moyen n’est pas en cause. La contamination a lieu par contact : nécessité du confinement et des mesures-barrières.

      La question est la voie choisie pour parvenir à un confinement : le contrôle par les forces de Police et de Gendarmerie et la sanction financière (on imagine mal engorger les prisons déjà pleine – problème en soi - et propager le virus !). Cette voie prend le risque d’une escalade dans le contrôle de la population par des forces de l’ordre (largement utilisées depuis deux ans, sorte de réflexe) voire de déboucher sur des scènes de chaos plus ou moins localisées ou momentanées.

      Nous comprenons bien que légiférer par ordonnance n’est pas anodin et amorce une éventuelle escalade avec état de siège, intervention de l’Armée au maintien de l’ordre, pourquoi pas in fine l’article 16. Piège de l’escalade qui prend toujours le comportement marginal pour prétexte, piège aux conséquences lourdes et en quelque sorte mécaniques pour la démocratie.

      Sans protection ou avec des protections insuffisantes, les forces de l’ordre pourraient être affectées par l’épidémie. Elles pourraient l’être et affecter un volume plus ou moins important de policiers et gendarmes que leurs armes ne protègent pas comme dans une guerre, rendant impossible de remplir leur mission.

      La Résistance, au contraire, engage le peuple à entrer en Résistance conscient des enjeux pour la santé de tous. Vous n’avez pas vu que partout, à côté de contacts de moins en moins fréquents - aujourd’hui plus un seul – spontanément, les gens dans la rue, devant les magasins, tiennent leurs distances, ne s’affolent pas et s’ils parlent, c’est à distance et pas en face à face. La Résistance c’est avant tout engager chacun à devenir responsable pour devenir collectivement responsable. Et devenir collectivement responsable, c’est non seulement éviter les contacts qui transmettent le virus, mais encore organiser des réseaux de solidarités de proximité pour l’alimentation, la pharmacie etc... en respectant les consignes d’hygiène et de contacts. Tout le monde ne peut pas se déplacer. C’est bien au-delà de la peur du gendarme.

      A défaut, en durcissant encore le confinement, il faudrait organiser un réseau national de distribution à domicile ! Les forces de l’ordre pourraient-elles s’y employer ? Là encore, ce serait faire sans la population quand il s’agit de résister avec la population.

      Organiser la Résistance et mobiliser par des actes

      Il n’y a pas possibilité de résistance si la population n’est pas incitée à s’associer à cette résistance, chacun à sa mesure. La Résistance c’est le peuple et ses dirigeants, quand ceux-ci savent impulser et non seulement commander, contrôler, sanctionner. Les forces de l’ordre plutôt que sanctionner ce qui peut amener à la clandestinité des déplacements devenus illicites, pourraient se transformer en agent de persuasion en rappelant les consignes, en écoutant les nécessités explicitées sans chercher à sanctionner bref... discernement. La campagne c’est pas la ville et chacun ne va pas faire du jogging autour de sa maison ou de son pâté d’immeubles. En Auvergne, balader sur un des Puys en solitaire ou en couple de retraités est sans risque plutôt que rester aux abords de la maison et rencontrer des connaissances ! Les services de santé seront d’autant moins débordés (ou moins vite !) que chacun se sentira, se sent responsable des soignants, en actes et pas seulement en paroles.

      Sans association et conscience de la population, il n’y a en effet que la guerre et son cortège d’oeufs cassés toujours justifiés en toute bonne foi.

      Pour associer le peuple, la suspension des réformes en cours est enfin une mesure de sagesse et d’apaisement. De toutes façons, le calendrier de la réforme des retraites ne peut plus être tenu. Avant l’été c’est râpé ! Le report de la mise en place de la réforme de l’assurance-chômage est aussi la démonstration en creux de revenus dramatiquement insupportables pour quantités de chômeurs, à repousser hors cette période exceptionnelle. Seraient-ils véritablement plus supportables après un retour à la normale ? Revoir la copie.

      Il faut aller plus loin. Pour une adhésion et une responsabilité de la population, Il faut permettre un minimum de confiance quand celle-ci a été dilapidée par une attitude intransigeante toujours dans le sens des riches en pompant l’argent des autres. Il faut annoncer quelles réformes deviennent prioritaires, quel cap social et sociétal elles prendront, avec qui et comment elles seront travaillées (pas seulement une concertation sur un texte à trous béants comme celui des retraites).

      L’indemnisation du chômage partiel prise actuellement pour garder les moyens de subsistance n’illustre-t-elle pas la nécessité de la mise en place d’un revenu universel ? Ce pourrait être un dispositif qui l’initie à élargir et pérenniser.

      Une mesure forte immédiate qui ne coûte pas un euro mais vaudra crédit : arrêter toutes les poursuites pour fait social, grèves et manifestations. La paix sociale ne s’achète pas, elle s’obtient avec des actes.

      La guerre alors n’aura pas lieu

      Vaincre l’épidémie c’est engager la population dans la Résistance et non la délégation aux chefs de mener une guerre qui n’existe pas, même si l’économie s’en rapproche, si l’organisation du fonctionnement en société s’en rapproche. C’est apporter un tournant social à ce quinquennat de riches, non pas le passer au Ripolin vaguement rose mais s’engager à des réformes nécessaires et identifiées dès maintenant avec les moyens d’une co-construction postérieure chacun à sa place. Alors les forces vives de la nation seront mobilisées pour vaincre par la responsabilité et la solidarité. La guerre alors n’aura pas lieu !

      https://blogs.mediapart.fr/georges-andre/blog/170320/non-monsieur-le-president-de-la-republique-nous-ne-sommes-pas-en-gue

    • #Rony_Brauman répond à Macron : « La #métaphore de la guerre sert à disqualifier tout débat »

      Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, approuve les mesures de confinement, mais dénonce la #rhétorique_martiale du chef de l’Etat : « Qualifier les soignants de "#héros", c’est gommer les raisons de la crise sanitaire. »

      Médecin, diplômé de médecine tropicale et épidémiologie, Rony Brauman a été président de Médecins sans frontières (MSF) de 1982 à 1994. Il est aujourd’hui directeur d’études à la fondation de l’ONG. Son dernier livre, « Guerres humanitaire ? Mensonges et intox », conversation avec Régis Meyran, est paru aux éditions Textuel en 2018.
      Interview.

      Comment analysez-vous l’épidémie du #Covid-19 et sa gestion par les autorités françaises ?
      Cette épidémie n’avait pas été prévue, mais elle avait été prédite. De nombreux épidémiologistes avaient anticipé l’apparition d’un nouveau virus se répandant à la faveur de l’accroissement démographique, de l’accélération des voyages internationaux, de l’urbanisation, du changement climatique. Cette crainte, déjà ancienne, s’était renforcée avec les épidémies de sida, le Sras, le Mers, le Zika, le chikungunya, Ebola. Nous savions que le rêve d’un monde débarrassé d’un risque infectieux était une #illusion et les gouvernements successifs ne pouvaient méconnaître ces analyses. Cela ne les a pas empêchés, depuis des années, de réduire les capacités des hôpitaux, avec les effets que l’on voit aujourd’hui. Plus de 4 000 lits ont été supprimés ces trois dernières années, mais c’est depuis trente ans que gagne une #logique_comptable, entrepreneuriale (notamment la loi Hôpital, Patient, Santé, Territoire de 2009, qui concrétise la notion d’« #hopital-entreprise », introduite par #Claude_Evin dès 1989). Pourtant, aujourd’hui, Emmanuel Macron ne tarit pas d’éloge sur le personnel hospitalier... Ses propos qualifiant les soignants de « héros » me semblent particulièrement mal venus. Cette qualification a quelque chose de pervers, parce qu’elle gomme les raisons de la #crise_sanitaire. Outre qu’elle oubliait les autres professions qui continuent à travailler pour que notre vie soit encore vivable (éboueurs, policiers, livreurs, caissières, producteurs, distributeurs de produits essentiels), elle met les soignants dans une position délicate. Un héros, ça ne demande pas des journées de récupération pour s’occuper de ses enfants, de prime de risque, un salaire décent. On sait bien qu’une partie du vidage des hôpitaux vient de ce qu’on paye les gens de façon indécente. Brandir la figure du héros, c’est sous-entendre par contraste la médiocrité de revendiquer des #conditions_de_travail correctes.

      Pourtant, quand les gens applaudissent à leurs fenêtres à #20_heures, n’est-ce pas aussi une façon de saluer dans les soignants des figures héroïques ?
      Si, bien sûr, et je m’y associe. Ces applaudissements constituent un rite de reconnaissance collective vis-à-vis d’une catégorie qui s’expose de façon constante, quotidienne. Mais ils ne doivent pas être séparés d’une interrogation politique sur les #restrictions_budgétaires imposées depuis des années à ceux qui sont considérés aujourd’hui comme les sauveurs de la nation.
      J’ajoute que, dans les propos d’Emmanuel Macron, cette #héroïsation n’est que le complètement logique du discours de la guerre, la métaphore du combat engagé contre l’#ennemi_invisible. Cette notion ne me semble pas la bonne. Nous sommes face à une #catastrophe. Au moment où nous parlons, des structures de soins sont débordées et l’on voit réapparaître les méthodes de la #médecine_de_catastrophe, mises au point, il est vrai, par la #médecine_militaire mais élargies aux situations de crises majeures, notamment de catastrophes naturelles : les techniques de #triage séparant les gens qu’on va pouvoir aider à sortir et ceux pour lequel le pronostic est trop mauvais, relèvent typiquement de la médecine de catastrophe. De façon plus générale, cette métaphore est trompeuse, en ce qu’elle laisse entendre que la #santé passe par la défaite de la maladie. Mais la maladie fait partie de la vie et l’on devrait parler de #droit_à_la_maladie, plutôt que de #droit_à_la santé. Je pense au philosophe #Georges_Canguilhem observant que pour la plupart des gens, la santé, ce n’est pas l’#absence_de_maladie mais la possibilité de tomber malade et de s’en relever.

      Mais n’est-il pas vrai que nous combattons un ennemi : le #virus ?
      Un point, encore : depuis #Pasteur, le germe infectieux place les sociétés dans une situation complexe. Dès lors que nous sommes tous potentiellement vecteurs de #contagion, chaque individu devient une #menace pour la collectivité, chaque voisin est un risque potentiel. Et inversement, l’individu se sent menacé par le groupe, qui peut cacher des malades, et il va donc chercher à s’en isoler. Le #confinement nous demande d’être à la fois solidaires et individualistes. C’est le #paradoxe de l’#épidémie, que dissimule la métaphore de la guerre. Dire qu’on mène une guerre contre un virus, c’est prendre le risque d’alimenter la #guerre_de_tous_contre_tous, chacun étant potentiellement le vecteur de l’ennemi invisible.
      Quand j’entends le président conclure son discours de Mulhouse, le 25 mars, par un martial « Nous ne céderons rien ! », je suis abasourdi. Céder quoi, à qui ? Craignez-vous la restriction des libertés liée au confinement ? J’approuve le confinement et des mesures actuellement en vigueur, à défaut d’autres moyens de protection pour l’instant. Ces mesures sont le résultat, forcément instable, de la recherche d’un équilibre entre trois exigences : la #sécurité_sanitaire, la #liberté des individus et la continuité de la machine économique. La liberté peut être restreinte, mais il est impossible de confiner tout le monde, car une partie l’#activité_économique doit se poursuivre, sous peine d’une morte lente générale. Je rappelle qu’une épidémie peut faire plus de #victimes_indirectes que directes, comme cela a été probablement le cas d’#Ebola : je pense aux malades qui n’ont pas pu se soigner, qui ont été conduits à une issue fatale à cause de la paralysie des régions frappées par la maladie.
      Pour ma part, je comprends le retard de confinement mis en oeuvre en France : l’exigence de #santé_publique était en balance avec l’exigence de liberté et l’exigence de #continuité_économique. Prenons garde à ne pas porter sur les mesures du gouvernement Philippe un regard anachroniquement sévère ! Reste que je m’inquiète de l’empilement des #mesures_autoritaires. N’oublions pas que des dispositions de l’#état_d'urgence antiterroriste ont été intégrées à la #loi_ordinaire et appliquées contre des militants écolos et syndicalistes. On doit craindre une reproduction de ce précédent.

      Portez-vous le même regard compréhensif sur la stratégie de la France en matière de #masques et de #tests ?
      Non ! Ce sont clairement deux loupés de la politique et de la communication gouvernementales. Autant j’apprécie les points quotidiens de #Jérôme_Salomon, le directeur général de la Santé, et son ministre #Olivier_Véran, qui sont très pédagogiques, didactiques, non arrogants, autant la question des masques et des tests a été traitée de façon extrêmement grossière, là encore infantilisante comme l’est la métaphore de la guerre. Ils auraient pu reconnaître qu’il y avait un retard à rattraper - retard imputable aux gouvernements successifs et non au seul gouvernement Philippe - et qu’il fallait plus de masques et plus de tests. Ils pouvaient expliquer que le #rationnement ne durerait pas, qu’ils y travaillaient, bref traiter leurs concitoyens en adultes. Au lieu de cela, ils ont choisi de tenir un discours de #déni. « Pourquoi ne pas faire plus de tests ? - Parce que c’est inutile ! » « Pourquoi ne pas distribuer pas plus de masques ? - Parce que c’est inutile ! » Et ce n’est pas vrai... Oui, c’est mensonger et ce point-là n’a rien à voir avec les choix difficiles, évolutifs, du confinement et de ses limites. Les masques sont indispensables pour les personnels soignants et pour les professions exposées au public. Quant au test, on nous explique qu’il n’est utile que pour les cas graves. Ce n’est pas vrai ! Dans les cas graves, il ne fait que confirmer le #diagnostic_clinique, alors que dans les cas moins graves ou bénins, il permet de connaître le #statut_sérologique des individus. On peut alors choisir pour chacun la solution adaptée : confinement à la maison, isolement dans des structures médicalisées (pour ne pas engorger l’hôpital) et hôpital (si nécessaire). Je suis consterné que les porte-parole du gouvernement se soient cramponnés à cette #pseudoscience. Un tel manquement est très contre-productif car il vient affaiblir la #confiance que l’opinion peut avoir dans d’autres mesures gouvernementales, qui, elles, sont tout à fait argumentables, tel que le confinement.

      Derrière ce loupé, y a-t-il des dissensions internes au champ médical ? Certains scientifiques ont-ils sous-estimé l’épidémie ?
      La #médecine n’est pas une science, c’est une #pratique_scientifiquement_informée. On le voit à l’échelle d’un organisme individuel : le corps n’est pas une matière inerte qui répondrait toujours de la même façon aux mêmes actions. Pour les questions de #santé_publique, c’est encore plus net, car la médecine est alors confrontée à toutes sortes d’événements inattendus et d’une variabilité extrême. La science aide à prendre les décisions, mais elle ne sait pas tout et, dans l’incertitude, ce sont les politiques qui doivent trancher.

      Sur cette épidémie, il n’y a pas de #consensus_médical ?
      Non, pour les raisons que je viens de dire. De plus, la familiarité des médecins avec les réalités épidémiologiques est très limitée. Le métier des médecins est de soigner les pathologies, mais pas forcément de connaître leur diffusion. Cela relève d’un autre type de savoir : l’épidémiologie. Il y a les épidémiologistes médecins, bien sûr, mais aussi des épidémiologistes non-médecins, notamment les statisticiens, les modélisateurs, qui n’ont pas la même approche que les médecins. Il peut y avoir des désaccords et c’est alors au politique de trancher, et de s’en expliquer. Néanmoins, sur la question de l’intérêt des masques et des tests pour gérer l’épidémie au mieux, il y a un consensus quasi-total.

      Mais alors, pourquoi les principaux responsables de la santé en France ont-ils dit le contraire ? Après tout, Jérôme Salomon et Olivier Véran, ainsi que sa prédécesseure #Agnès_Buzyn, sont tous des médecins...
      C’est un mystère. Mon hypothèse, toute personnelle, est qu’il s’agit d’un effet de la propension des responsables politiques à la rigidité comme preuve de leur détermination. En toutes circonstances, ils veulent afficher leur assurance et voient dans toute remise en question un affaiblissement de leur #autorité. Le fantasme de #toute-puissance est à l’oeuvre ! C’est ce que nous disait encore Macron, qualifiant de « polémiques », forcément stériles, et de tentatives de « fracture » de la société, forcément dangereuses, les critiques qui lui sont adressées. Il faut « #faire_bloc », c’est-à-dire marcher au pas, fleur au fusil. Où l’on voit que la métaphore de la guerre sert à disqualifier toute mise en #débat.

      Vous-même, avez-vous changé d’avis sur l’épidémie ?
      J’ai hésité en janvier, mais j’ai été assez rapidement convaincu que le #risque_pandémique était bien réel, tout en considérant la réaction des pouvoirs publics en France était correcte, et que par exemple on n’avait pas de raison de coller immédiatement à ce que faisait l’Italie. Il y a eu des discussions, y compris au sein de Médecins sans frontière, où certains étaient très sceptiques. Dès le début février, il a été clair que la cinétique de l’épidémie était inquiétante, en découvrant que des patients asymptomatiques pouvaient être transmetteurs du virus. Dans une épidémie, ce n’est pas le chiffre de mortalité à un instant T qui importe. On peut toujours comparer ces chiffres à bien d’autres, comme l’ont fait trop longtemps les « corona-sceptiques ». C’est le #temps_de_doublement des cas qu’il faut regarder attentivement : 2,5 jours pour le Covid-19. Là, on comprend assez rapidement que la progression est effrayante, surtout si on le rapporte aux mesures de confinement, qui mettent quinze jours à commencer à produire de l’effet : en quinze jours, on a six fois le doublement des cas, ce qui signifie qu’un porteur contamine 64 personnes en quinze jours, 244 en un mois.

      Que pensez-vous de la polémique sur la #chloroquine ? N’est-ce pas affligeant, dans une telle période ?
      La forme a été parfois affligeante, mais pas la controverse elle-même. Ce qui donne le caractère polémique à cette discussion, c’est le sentiment de vivre une #tragédie_collective dans laquelle tout #désaccord prend une dimension énorme. Mais, en temps normal, c’est le lot commun du travail médical. Pour des #pathologies_émergentes et même pour des pathologies déjà connues, il faut des années d’essais cliniques et de traitement pour obtenir un #consensus. Regardez les médicaments contre le cholestérol, qui font l’objet d’une controverse très vive depuis plusieurs années. Ce n’est pas parce qu’on est en période d’état d’urgence sanitaire qu’il faudrait fermer la porte aux discussions contradictoires, aux critiques. Surtout pas. Nous avons besoin de cette pluralité d’avis. Cela étant dit, la façon dont #Didier_Raoult a présenté la chloroquine comme un médicament miracle appartient plus à un prophète qu’à un spécialiste de santé.

      Il n’y aura pas de médicament miracle pour le Covid-19 ?
      Non, pas plus qu’il n’y en a eu pour les autres infections. Cela me rappelle l’annonce faite en 1985 par le professeur #Andrieux, accompagné de la ministre de la Santé d’alors, #Georgina_Dufoix, donnant la #cyclosporine comme le médicament qui allait tout changer à partir d’un essai sur quelques cas. Pour ce qui est de la chloroquine, ses effets antiviraux et antibactériens sont bien connus, mais l’essai de Marseille n’a rien de concluant, contrairement à ce qu’en disent certains, y compris des politiques qui se croient autorisés à avoir un avis sur cette question totalement technique. C’est une ressource possible, il faut la tester. Le bon côté de cette controverse, c’est que la chloroquine va être jointe aux nombreux essais cliniques en cours. Mais il ne faut pas créer de #faux_espoirs. Didier Raoult a un passé de chercheur sérieux, mais son personnage de génie autoproclamé n’incite pas à la confiance. Quant à la validité de son essai, elle a été très précisément analysée.

      Parmi les multiples réflexions suscitées par l’épidémie, il y a cette idée que la nature malmenée par la #mondialisation serait en train de se venger avec ces différents virus venus du monde animal. Qu’en pensez-vous ?
      Le point commun du Covid, du Sras, du Mers et d’Ebola est que ces maladies sont le fruit d’un passage de la #barrière_virale_d'espèces entre les #animaux et les hommes. L’extension des certaines mégapoles entraîne une interpénétration entre #ville et #forêts : c’est le cas d’Ebola, qui trouve son origine dans la présence des #chauves-souris en ville et qui mangeaient par des humains. Mais ce paramètre, s’il faut avoir à l’esprit, est à manier avec une certaine retenue. Car il s’agit d’une constance dans l’histoire des épidémies : la plupart, à commencer par la #peste, sont liées à ce franchissement. L’homme vit dans la compagnie des animaux depuis le néolithique, notre existence est rendue possible par cette coexistence. Mais la peste avait été importée par la puce du rat qui était disséminé sur les bateaux et les caravanes ; pour le corona, ce sont les #avions qui ont fait ce travail. La spécificité du Covid-19, c’est sa vitesse de #diffusion. Le professeur Sansonnetti, infectiologue et professeur au Collège de France, parle d’une « maladie de l’#anthropocène » : en superposant la carte de l’extension du virus et celle des déplacements aériens, il montre que les deux se recouvrent parfaitement.

      L’enjeu est donc moins la façon dont la #mondialisation malmène la nature, mais dont elle ouvre des avenues à des germes. Faut-il refermer ces avenues ?
      Le propre du vivant, c’est de chercher à répandre ses gènes et le virus obéit à une logique de vie, qui s’inscrit dans une dialectique entre #contagiosité et #mortalité. Il lui faut trouver des #vecteurs - des organismes vivants - qui lui permettent de se répandre. Mais s’il tue trop vite ces vecteurs ou s’il ne trouve pas de nouveaux organismes à contaminer, il arrive à une impasse et meurt. Ce que vise le confinement, c’est à mettre le virus dans une impasse : chacun doit être le cimetière du virus. C’est ici que l’on voit la limite de la méthode : cet isolement total serait notre cimetière à tous, pas seulement celui du virus.
      A quoi cela sert de "gagner du temps" face au coronavirus ?
      #Mutation. Le mot, lorsqu’il est associé au coronavirus, fait peur. Surtout depuis que des chercheurs chinois ont affirmé que le virus avait déjà muté en une variante plus agressive.

      Alors, faut-il redouter ses prochaines transformations ?
      #Luc_Perino, médecin diplômé d’épidémiologie et auteur du livre "Patients zéro" (La Découverte), explique qu’un virus mute en permanence... et pas nécessairement d’une manière défavorable à l’être humain. "Dans la majorité des épidémies, le virus évolue vers moins de #virulence, et vers plus de #diffusion." C’est-à-dire qu’il tend à se propager plus vite... mais en devenant moins mortel.

      https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200327.OBS26690/rony-brauman-repond-a-macron-la-metaphore-de-la-guerre-sert-a-disqualifie
      #solidarité #individualisme #autoritarisme #mensonge #mensonges #épidémiologie

  • Stratégie d’autoconfinement de l’État et de l’économie

    Louis

    https://lavoiedujaguar.net/Strategie-d-autoconfinement-de-l-Etat-et-de-l-economie

    La mise en place d’un confinement de la population (incroyablement illisible par ailleurs) me semble une réponse, ou plutôt une tentative de réponse, a-économique pour faire face à la faillite des marchés dans l’incapacité d’aborder la problématique soulevée par l’émergence de la crise « sanitaire » du coronavirus.

    Il me semble que toutes les solutions alternatives à opposer au confinement sont des solutions qui, au final, comptent sur les mécanismes du marché et ses capacités industrielles pour gérer la crise : toutes les solutions alternatives (masques, gels, tests, médicaments, vaccins, etc.) supposent la continuité fonctionnelle de la machine économique, alors qu’elle est justement prise en défaut !

    Le confinement est une tentative de réponse de l’État à l’impéritie de l’économie face à la crise « sanitaire ». Il ne fait pour moi absolument aucun doute que si l’État avait pu mettre en scène et en œuvre une solution technique de type généralisation des masques, des tests, distribution massive de médicaments type chloroquine, etc., il n’aurait pas hésité une seule seconde. (...)

    #pandémie #État #marché #économie #confinement #crise #désorganisation #pilotage

    • Mais ce n’est pas parce que la technique du confinement est mise en œuvre autoritairement par l’État que le confinement n’est pas une méthode rationnelle et raisonnable. C’est du moins mon humble avis. Pour moi, toute alternative au confinement revient de facto à attendre une solution, à dépendre d’une solution, parfaitement aléatoire des forces du marché. Or, je n’accorde aucune confiance aux marchés : ne pas confiner en donnant des masques à tout le monde pour que rien ne s’arrête, ne pas confiner en prenant les gens pour des cobayes de l’industrie pharmaceutique pour que rien ne s’arrête, ne pas confiner sous prétexte que sa mortalité/létalité serait limitée et qu’il y aurait donc un nombre de décès acceptables par principe (on meurt bien de tas d’autres choses…), revient finalement à dédouaner le monde de l’économie de toute responsabilité dans ce qui se passe… Mais, de toute façon, ces solutions ne sont pas, à l’heure actuelle, opérationnelles. À l’inverse cela ne revient en rien à relégitimer l’État.

  • CORONAVIRUS : UN SCIENTIFIQUE FUSTIGE LE GOUVERNEMENT

    Le coronavirus fait désormais partie de notre quotidien. Il bouleverse nos existences, menace des milliers de vies, contribue à nous entraîner dans une crise financière inédite. Mais qui est donc ce coronavirus ? Pourquoi s’est-il montré bien plus nocif qu’une grippe exceptionnelle ? Pourquoi s’est-il généralisé plus vite qu’Ebola ? Pourquoi les autorités sanitaires françaises semblent l’avoir à ce point sous-estimé ? Quelle est la meilleure méthode pour le combattre ? Qu’est-ce qu’il dit de notre pays, dans son rapport avec la santé publique et la recherche fondamentale ?

    Pour en parler, nous nous sommes mis en contact avec #Samuel_Alizon. Samuel Alizon est biologiste, directeur de recherche au CNRS, spécialiste en #modélisation des maladies infectieuses. Il a beaucoup travaillé sur la reproduction du coronavirus. C’est aussi un chercheur engagé, qui a des idées assez claires sur la recherche fondamentale en France. Une recherche maltraitée depuis trop longtemps par les pouvoirs politiques successifs.

    https://www.youtube.com/watch?v=QwFKTE7XfEw

    #coronavirus #science #recherche #covid-19 #conseil_scientifique #maladie_émergente #immunité_de_groupe #immunité #temporalité #pic_épidémique #vague_épidémique #économie #recherche_publique #fermeture_des_frontières #dépistage #pandémie #élevage_intensif #industrie_agro-alimentaire

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    –-> avec une explication intéressante sur la question de l’ immunité de groupe

    –-> vers la minute 14’50, Samuel Alizon parle des #prix_des_médicaments et les #brevets (ping @fil)

    –-> à partir de la minute 16’10 une réponse autour du (sous-)financement de la recherche publique —> lien avec la lettre ouverte de #Bruno_Canard : https://seenthis.net/messages/829489

    –-> problèmes liés au non-dépistage systématique (à partir de la minute 22’50) : estimation de la #prévalence, problème du calcul du #taux_de_létalité

    –-> 24’15 : maintien des #élections_municipales

    • Sur le maintien des élections il n’a aucun doute (24’36")

      Je comprends qu’il ne puisse pas annoncer du jour au lendemain la fermeture des écoles, mais du coup maintenir les élections juste avant, la veille, c’est déjà problématique… Annoncer la fermeture totale des lieux publics la veille des élections, là ça ne faisait plus de sens. Je ne comprends pas la logique qui a pu conduire à cela. Ca a forcément favorisé la propagation du virus, ne serait-ce que d’aller voter vous augmentez le nombre de personnes avec qui vous avez des contacts, même si c’est des contacts assez distants.

      #in_retrospect

      En conclusion : difficile d’être alarmiste (NDLR : !!!), mais il y a des facteurs anthropiques moteurs dans l’émergence des nouvelles épidémies : urbanisation, marchandisation de la santé, industrialisation de l’agriculture.