• Olivier Ertzscheid : « Les plateformes comme Meta ne modifient leurs comportements que sous la contrainte » | Alternatives économiques
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    Allons-nous parvenir à une forme de responsabilisation des réseaux sociaux ? Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur en sciences de l’information à l’Université de Nantes et notamment auteur de l’ouvrage Le monde selon Zuckerberg (Editions C & F, 2020), analyse la portée de cet accord.

    Ce qui se passe aux Etats-Unis devrait, je l’espère, inspirer une mise en action de l’Europe sur ce sujet pour effectivement l’élargir à d’autres pays et d’autres plateformes.

    En France, nous en sommes encore à nous poser la question de l’interdiction du téléphone portable à l’école. Outre le caractère difficilement opérant d’un tel bannissement, la réponse nous est donnée par le procès états-unien : ce sont les plateformes qui sont responsables des contenus qu’elles diffusent, de la toxicité de certains et du caractère addictif. Elles doivent adapter leurs services à l’âge des utilisateurs en les interrompant pendant certaines heures et en cassant les chaînes de viralité.

    La question de l’élargissement à l’ensemble des utilisateurs peut être également posée. Si les plateformes généralisaient ces engagements pour tous, l’impact sur le modèle économique serait cette fois-ci considérable.

    Vous expliquez que le modèle économique est l’une des principales causes des effets toxiques des grands réseaux sociaux, mais quelles sont les alternatives possibles ?

    L’un des points avancés est l’interopérabilité des plateformes, c’est-à-dire que chacun puisse choisir le réseau social qu’il préfère selon sa logique éditoriale et qu’il puisse être compatible avec d’autres réseaux sociaux. L’autre alternative serait que des réseaux soient opérés par la puissance publique ou des acteurs non marchands, qui adopteraient un autre modèle économique.

    #Meta #Procès #Olivier_Ertzscheid #Economie_numérique

  • Echanger sa maison plutôt que la louer : Home Exchange, une vraie alternative collaborative à Airbnb ? | Alternatives économiques
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    A l’opposé d’Airbnb, le site français HomeExchange continue de miser sur une vision non marchande du séjour touristique, via l’échange de maisons. Un modèle d’économie collaborative qui résiste… jusqu’à quand ?

    Thomas Lestavel, le 4 août 2026

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    Des boîtes à clés entourent des sonnettes, sur la porte d’un immeuble de Saignon, dans le Vaucluse. Face aux dérives d’Airbnb vers un modèle mercantile, la plateforme HomeExchange mise sur un modèle plus « authentique ». © REA/Pierre GLEIZES

    Père de famille qui habite dans l’agglomération lilloise, Géry s’est abonné il y a quelques années à HomeExchange, un site d’échange de maisons entre particuliers. Il utilise régulièrement la plateforme pour organiser ses vacances en famille. « Nous sommes allés en Bretagne, sur la côte landaise, dans la région des lacs en Italie, à Heidelberg en Allemagne… et même à New York hors saison », raconte-t-il.

    Outre les économies réalisées sur les réservations de logement pour les vacances, le quadragénaire apprécie l’esprit de la plateforme. « Ce n’est pas un business déshumanisé avec des réservations en un clic. On s’appelle avant pour faire connaissance, présenter la maison, et il n’y a pas d’argent », poursuit l’utilisateur. Les échanges ne donnent en effet lieu à aucune rémunération.

    Propriété de la startup parisienne éponyme, HomeExchange se présente comme le plus grand site d’échange de maisons au monde. Il revendique plus de 550 000 annonces dans 155 pays, contre 300 000 pour son rival américain Kindred. Ses 290 000 membres souscrivent un abonnement annuel de 175 euros donnant accès à des échanges illimités. La start-up annonce plus de 10 millions de nuitées en 2025 et un objectif de 15 millions cette année.

    Depuis sa création, elle a levé 54 millions de dollars et effectué huit rachats de concurrents dans cinq pays, notamment celui du Britannique Love Home Swap. Enfin, le nombre de nuitées aurait triplé en quatre ans. Bref, une entreprise à succès.

    « Notre clientèle est essentiellement européenne et nord-américaine. La majorité des échanges se font entre logements dans un même pays », résume le cofondateur Charles-Edouard Girard. Unique source de revenus de la PME, qui emploie 150 personnes, les abonnements lui permettent de dégager des profits depuis 2020.

    « Nous avons toujours refusé de faire payer au séjour. Le membre paie 175 euros par an, mais ensuite fait autant d’échanges qu’il le souhaite », poursuit le cofondateur.

    De l’échange réciproque au gain de points

    L’échange de maisons est né dans le monde universitaire occidental dans les années 1950. À l’époque, des enseignants proposent sur un catalogue papier d’échanger leur logement pendant les vacances. En 1992, la communauté HomeExchange apparaît aux Etats-Unis, puis passe au numérique et devient à cette occasion une entreprise à la fin de la décennie.

    Longtemps, les échanges de logement sont restés réciproques : une famille A prêtait son logement à une famille B et se rendait dans la maison de cette famille B. Mais le site Guest To Guest voit le jour en France en 2011, et lance une innovation majeure : un système de points permettant de dissocier les séjours.

    Les membres gagnent des points lorsqu’ils accueillent des voyageurs chez eux et les dépensent ensuite pour séjourner dans d’autres logements, sans avoir à faire coïncider les calendriers.

    En supprimant l’obligation d’un échange réciproque et simultané entre deux membres, le système de points a décuplé les séjours possibles

    Concrètement, si une nuit dans une maison A vaut 150 points, et que celle-ci accueille un voyageur pendant deux nuits, son propriétaire reçoit 300 points. Il peut ensuite utiliser ce crédit pour séjourner dans un autre logement, par exemple valorisé à 100 points par nuit, où il pourra passer trois nuits. En supprimant l’obligation d’un échange réciproque et simultané entre deux membres, le système de points a décuplé les séjours possibles.

    Principal bémol : cela a un peu affaibli le lien de confiance, car on est encore plus précautionneux quand on sait que l’autre loge chez soi au même moment. « Pour contrecarrer cela, nous avons mis en place un système de notation et d’avis », explique Charles-Edouard Girard.

    Fait rare dans l’écosystème européen des start-ups, le français Guest to Guest a racheté en 2018 HomeExchange, alors même que l’entreprise américaine était plus grosse que lui, et a repris sa marque.

    « Nous avons eu un peu de chance. Les deux fondateurs approchaient des 70 ans et souhaitaient transmettre leur société. Avec le soutien de notre actionnaire, la Maif, nous avons réussi à trouver un accord », raconte Charles-Edouard Girard.

    Pour le cofondateur, la « gratuité » des échanges garantit une expérience authentique. « Les rapports sont différents. Les membres se parlent avant et pendant le séjour. Il n’y a quasiment jamais de dégâts dans les logements », estime le cofondateur.

    L’économie collaborative fait de la résistance

    L’échange de maisons relève de l’économie collaborative. Ce mouvement, encore en vogue il y a une dizaine d‘années, visait à mieux utiliser les ressources existantes tout en créant du lien social. On y trouve des sites comme BlaBlaCar (covoiturage), Communauto (autopartage), AlloVoisins (services et prêt de matériel) ou encore l’iconique Wikipédia (échange de connaissances).

    « Deux start-ups de l’économie collaborative ont réussi à grandir à partir de la France : BlaBlaCar et HomeExchange. La première comble les manques du réseau ferroviaire, car il n’y a pas de lignes TGV partout. La seconde a bénéficié de l’attractivité de l’Hexagone, une des premières destinations touristiques au monde », décrypte Antonin Léonard, associé du fonds Asterion Ventures et cofondateur de l’association OuiShare, qui promouvait l’économie collaborative.

    Mais le concept est en perte de vitesse, comme en témoigne la fermeture en 2024 de OuiShare. Pour payer leurs salariés, les plateformes de partage ont rapidement facturé leur service en prenant une commission sur chaque transaction, tournant le dos à l’esprit initial et adoptant les recettes classiques de l’économie numérique.

    En 2020, pendant la pandémie de Covid-19, le site pionnier Couchsurfing, qui permettait de trouver quelqu’un chez qui dormir gratuitement, a instauré un abonnement payant obligatoire. Cette décision a suscité la contestation de la communauté, estimant qu’elle trahissait l’esprit originel du projet.

    Airbnb illustre la dérive vers un modèle mercantile. La location s’est professionnalisée au point que des membres achètent des logements et les louent toute l’année en embauchant du personnel

    Airbnb illustre à l’extrême cette dérive vers un modèle mercantile. La location s’est professionnalisée au point que des membres achètent des logements et les louent toute l’année en embauchant du personnel. Les pouvoirs publics ont d’ailleurs régulé cette activité qui concurrence les hôtels, et appliqué une taxe de séjour.

    HomeExchange semble pour l’heure protégé de telles dérives. Le système de points fonctionne comme une monnaie virtuelle, mais celle-ci ne peut être cédée, vendue ou convertie en euros.

    L’éventualité d’une imposition fiscale du site semble improbable, « car cela signifierait qu’une taxe de séjour s’appliquerait aussi quand vous recevez des amis chez vous », argumente Charles-Edouard Girard.

    Le principal risque est ailleurs : qu’Airbnb lance une activité similaire à HomeExchange… ou le rachète. « Si ça devient gros, ça pourrait les titiller », conclut Antonin Léonard.

    #HomeExchange #Economie_collaborative #Economie_numérique

  • L’incertaine #viabilité_économique de l’#IA générative

    Alors que les #investissements gigantesques dans le secteur se poursuivent, les conditions de la #rentabilité deviennent de plus en plus difficiles. Le #modèle_économique du secteur change, sans s’assurer une porte de sortie satisfaisante.

    L’économieL’économie de l’intelligence artificielle (IA) générative entre dans le dur. Ces dernières semaines, plusieurs informations sont venues confirmer que la question des modèles économiques liés à cette technologie se posait avec une acuité particulière. Le 24 mars, #OpenAI, l’inventeur de #ChatGPT et une des locomotives de l’IA, annonçait l’abandon de deux projets annoncés précédemment avec tambours et trompettes.

    Non seulement son idée de #chatbot (#robot_conversationnel) érotique a été « mis[e] en pause indéfiniment », mais, bien plus important, la plateforme de création de vidéos #Sora a également été fermée deux mois après son lancement en grande pompe.

    Pourtant, lors de son lancement en décembre 2025, Sora était présentée comme le produit phare d’OpenAI. Son argument marketing principal était qu’il bénéficiait du catalogue de personnages de Disney. La firme de divertissement avait, en outre, annoncé vouloir investir 1 milliard de dollars dans ChatGPT. Sora, alors, était vue comme une sorte de seconde ChatGPT, renforçant l’usage quotidien de l’IA et sa diffusion dans l’industrie culturelle.

    Seulement, l’affaire avait vite tourné au vinaigre pour #OpenAI. La création de #vidéos par IA est en effet extrêmement coûteuse, mais elle n’a quasiment rien rapporté à l’entreprise. Et le problème, c’est que plus les utilisateurs sont nombreux, plus le coût augmente. Sans relever les recettes en parallèle. Selon le Wall Street Journal, Sora coûtait en moyenne 1 million de dollars par jour et n’a rapporté, depuis son lancement, qu’un peu plus de 2 millions de dollars.

    Un #tonneau_des_Danaïdes qui pourrait, en soi, ne pas poser de problème. C’est en effet la stratégie classique des start-up technologiques : elles imposent un usage par la #quasi-gratuité, enregistrent alors de fortes #pertes, puis une fois cet usage devenu un besoin incontournable, elles ont capté leur clientèle, fixent leurs prix et réalisent des profits records. Un exemple récent de ce système a été celui de la plateforme musicale #Spotify.

    Le modèle économique de l’IA : plus les chemins de fer qu’Internet

    Mais, cette fois, OpenAI n’a pas voulu, dans le cas de Sora, développer cette stratégie. Au contraire, la start-up a proclamé qu’elle allait utiliser les fonds économisés par la fermeture de Sora sur des produits « agentiques », ces applications d’intelligence artificielle capables d’agir de façon autonome pour exécuter des tâches à la place des humains. Des applications visant une clientèle d’entreprises désireuses d’améliorer leur productivité. Autrement dit, des produits potentiellement rentables pour OpenAI, qui pourra récupérer une partie de ces gains de productivité supplémentaires réalisés.

    La décision d’OpenAI traduit un tournant pour l’ensemble de l’industrie naissante de l’IA. Le modèle « Internet » de start-up qui a prévalu jusqu’ici avec ChatGPT a déjà atteint ses limites. Pour une raison simple : l’IA s’appuie bien davantage sur des #infrastructures_physiques dont le coût est élevé. Dès lors, cette technologie est continuellement confrontée à une contradiction entre ce que Karl Marx appelle le « processus de production » et le « processus de valorisation ».

    Sur le papier, l’IA générative peut faire bien des choses, notamment produire à l’infini des vidéos plutôt tartes avec des personnages de Disney pour le plus grand enthousiasme des yeux contemporains. Son processus de production semble sans limites. Mais les conditions de cette production sont très coûteuses. L’IA mobilisée par OpenAI repose sur un grand modèle de langage (large language model, LLM), qui s’appuie sur des puissances de calculs de puces dernière génération extrêmement élevées mises en réseau dans de gigantesques #centres_de_données (#data_centers).

    Tout est cher dans ce schéma : les #puces, la construction des centres de données, leur maintenance dans des conditions optimales, le traitement des données… L’absence théorique de limites de l’IA vient se fracasser sur sa capacité à être rentable. Et la décision d’OpenAI concernant Sora nous dit que certaines applications ne peuvent pas être rentables, même à long terme.

    Le pari à la Spotify ne peut pas fonctionner ici : il nécessiterait la mobilisation beaucoup trop élevée de #moyens_financiers avec des perspectives de #retour_sur_investissement beaucoup trop faibles. Une étude de la banque HSBC indiquait, avant le lancement de Sora fin décembre, que si OpenAI réalisait en 2030 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires (il en a réalisé 13,1 milliards en 2025), il lui faudrait lever, en parallèle, 207 milliards de dollars pour rester financièrement viable. C’est plus que le PIB actuel du Maroc prévu par le Fonds monétaire international (FMI) pour 2026.

    Voilà la clé pour comprendre l’économie de l’IA : le #changement_d’échelle (#scaling) de la production d’IA sur lequel elle repose s’accompagne d’un changement d’échelle de ses coûts. Et la difficulté est, dès lors, non pas seulement le financement de l’amorçage et du décollage de la technologie, mais celui de son fonctionnement quotidien. C’est cela que nous dit l’affaire Sora : on ne peut pas espérer « sauter par-dessus » l’enfance de l’industrie pour se retrouver dans le monde enchanté d’une activité rentable. L’IA n’est ni le smartphone ni Internet.

    Ce nouveau secteur ressemblerait plutôt davantage au chemin de fer : une technologie fortement capitalistique aux #coûts_fixes si importants que sa rentabilité a toujours été problématique et que l’État a presque toujours dû être mobilisé pour assurer son existence.

    Au reste, le montant des investissements consentis pour le développement des infrastructures de l’IA, principalement les centres de données remplis de puces en réseau, sont si vertigineux qu’ils égalent sans doute ce qui avait été la fièvre de la construction des chemins de fer en Europe occidentale et en Amérique du Nord, dans les années 1840 et 1860.

    Car, alors qu’OpenAI stoppait Sora en catastrophe, les milliards de dollars continuaient à irriguer le secteur. L’entreprise de Sam Altman a levé le 31 mars 122 milliards de dollars, un record historique pour une levée de fonds privée. Et début février, les quatre géants de la technologie (#Amazon, #Meta, #Alphabet et #Microsoft) prévoyaient ensemble de dépenser 650 milliards de dollars dans l’IA en 2026, soit 60 % de plus qu’en 2025.

    Les chiffres sont vertigineux. Selon le Financial Times, l’ensemble de la valeur des installations liées à l’IA en 2030 pourrait atteindre le chiffre astronomique de 9 000 milliards de dollars. Et une puissance cumulée pour les centres de données de 125 gigawatts, soit plus de trois fois l’usage de l’#électricité d’un pays comme le Royaume-Uni aux heures de pointe.

    Fuite en avant

    Ces investissements massifs ne sont pas le fruit du hasard. L’enjeu pour les acteurs du système est d’atteindre le plus rapidement la taille critique pour imposer leurs produits sur le marché, mettre en place un système oligopolistique ou monopolistique et, finalement, pouvoir imposer ses prix et espérer un retour sur leurs investissements.

    Dans ce jeu de vitesse, les acteurs ne sont cependant pas tous égaux. OpenAI est en bout de chaîne. Il développe les produits d’IA, mais ne contrôle pas les centres de données. Sa position est, par ailleurs, plus soumise à la concurrence dans la mesure où les LLM sont moins coûteux à développer que la construction de centres de données. ChatGPT est donc soumis à une dangereuse concurrence, notamment celle de #Claude, le modèle de l’entreprise Anthropic.

    Comme souvent, les « opérateurs » de la technologie sont plus fragiles que les fournisseurs d’infrastructure, parce qu’ils accumulent les coûts en fin de chaîne mais qu’ils sont aussi soumis aux effets de revenus des consommateurs finaux. Les compagnies ferroviaires souffrent davantage que les fournisseurs d’acier prospèrent.

    Mais la particularité de l’IA complique l’équation. À l’importance des coûts s’ajoute la question très sensible de la #durée_de_vie des centres de données et des puces qui les peuplent. On ignore beaucoup de choses sur ce point. L’industrie fonde ses calculs sur une durée de vie de six ans. Microsoft évoque un temps compris entre deux et six ans.

    Certaines sources évoquent la possibilité que les puces soient entièrement épuisées au bout de trois ans. Et Bloomberg estime que les centres de données, des bâtiments très fragiles et sensibles, pourraient devenir obsolètes au bout de cinq ans.

    En estimant que les 9 000 milliards de dollars soient suffisants pour les besoins de l’IA d’ici à 2030, il faudrait donc renouveler cet investissement colossal au moins tous les cinq ans.

    La réponse des Big Tech est alors celle de la #fuite_en_avant. Il faut construire beaucoup et vite pour pouvoir atteindre une taille critique, devenir incontournable pour le marché et imposer une logique oligopolistique capable d’imposer des prix suffisants pour absorber de tels coûts gigantesques. De Spotify, le modèle devient Andrew Carnegie, bâtisseur d’un véritable monopole de l’acier aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.

    Une course de vitesse qui a donné aux grands acteurs de l’IA leur nouveau nom : les #hyperscalers, autrement dit ceux qui sont capables de démultiplier l’échelle de l’IA. Car l’#échelle devient un élément central pour la rentabilité.

    Ces acteurs défendent des stratégies proches, mais qui, néanmoins, se distinguent. Meta tente de développer un modèle « interne » concentrant ses investissements sur son propre usage ; Amazon se concentre sur les infrastructures d’amont qu’ils louent à d’autres ; Google et Microsoft rajoutent à cette dernière activité le développement de produits finaux en vue de contrôler tout l’écosystème.

    Circularité de la #dette

    Dans cette course, les Big Tech dispose d’un atout de poids : une trésorerie abondante reposant, dans l’#économie_numérique actuelle, sur des quasi-rentes. On pourrait, d’ailleurs, résumer leurs stratégies par le maintien de cette rente. Mais ces liquidités qui, voici encore quelques années, semblaient gigantesques, ne suffisent plus. L’impensable se produit : les #Big_Tech doivent désormais avoir recours à la dette.

    La banque états-unienne Morgan Stanley estime que les hyperscalers vont emprunter 400 milliards de dollars cette année, après 165 milliards en 2025. En tout, les besoins de financement externe sont estimés à 1 500 milliards de dollars. C’est un changement majeur de modèle économique pour ces entreprises. Et pour préserver leur capacité d’endettement, elles sont même obligées de contourner les obstacles et de prendre de nouveaux risques.

    D’abord, elles mettent en place une « économie circulaire » de la dette. Les acteurs de l’IA ayant tous un intérêt commun, celui d’imposer l’usage de cette technologie au point de la rendre rentable, ils coordonnent leurs efforts par des accords parfois étonnants où ils se prêtent des fonds ou se garantissent des prêts. Désormais, le monde de l’IA est devenu une gigantesque toile d’araignée d’engagements mutuels où chacun dépend financièrement des autres.

    #Risques_financiers

    Une autre façon d’assurer ces moyens, c’est de recourir à des sociétés ad hoc (#special_purpose_vehicle, ou #SPV) pour financer la construction des centres de données ou l’acquisition de puces. Ces entités, souvent montées avec le financement d’investisseurs externes ou de banques, deviennent propriétaires des actifs en question et peuvent émettre des obligations en s’appuyant sur la note de la Big Tech qui pilote l’opération.

    En retour, la Big Tech paie un loyer pour avoir le droit d’utiliser ces actifs. Sa situation financière est laissée intacte par l’opération et les centres de données ou les puces sont mis à sa disposition. Mais, évidemment, la construction n’est pas sans risques. Si le centre de données ou les puces deviennent obsolètes plus rapidement que prévu, il n’est pas dit que le remboursement de la dette soit possible.

    En octobre, la banque centrale britannique s’est inquiétée de l’ampleur de la dette mobilisée pour financer les centres de données. « Si le montant de la dette liée à l’IA et aux infrastructures énergétiques associées se matérialise, les risques sur la stabilité financière pourraient augmenter », souligne l’institution. Car, de plus en plus, les banques et les sociétés de finance privée ont une exposition massive à ce secteur.

    Résumons : la future rentabilité des activités liées à l’IA devra assurer le financement des coûts de fonctionnement gigantesques de cette technologie, mais aussi l’#obsolescence rapide de ces infrastructures et les coûts financiers liés à la dette contractée pour le déploiement de l’IA. Le tout en assurant un rendement « net » permettant la rentabilité des opérations en cours. En bref : le coût du capital de l’IA est astronomique.

    Comment cette technologie pourra-t-elle dégager de telles marges ? La réponse des Big Tech et d’OpenAI, c’est que les utilisateurs finaux paieront. Un pari risqué, que Mediapart explore dans le second volet de cette série.

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/040426/l-incertaine-viabilite-economique-de-l-ia-generative
    #économie #perte #gain #coût #profits #profit #AI #IA #intelligence_artificielle

    • Pluralistic: The AI bubble isn’t like the internet #bubble (26 May 2026)

      One of the surprise breakout software products of the early web was Lotus Notes, a kind of primitive precursor to all-in-one office productivity suites like GDocs, Office365, etc. It was so important that its creator, Ray Ozzie, was promoted to Microsoft’s Chief Software Architect, succeeding Bill Gates himself:

      ▻▻https://knowledge.wharton.upenn.edu/podcast/knowledge-at-wharton-podcast/the-man-who-would-change-microsoft-ray-ozzies-vision-for-co

      People who remember Notes tend to deride it for its clunky user interface and demi-functional administrative tools. But what made Notes so central to Microsoft wasn’t its polish – it was the fact that Notes represented a brokered peace between IT managers, who wanted mainframe-like control over everything their users could do with business equipment, and the users themselves – workers who kept smuggling internet-based tools into the enterprise network on the very sensible grounds that they had a job to do, and these were the best tools to do it.

      The arrival of internet-based tools – especially ones that ran in browsers – represented a major challenge to IT departments, who had been long accustomed to dictating terms to their users. If the IT manager and the compliance department decided that the best way to manage disclosure and leak risks was to block all email attachments for outside users, then that was that: no one could send those attachments.

      But after the internet arrived on the corporate desktop, employees who needed to get documents to supply chain partners and customers could treat these IT policies as damage and route around them. Just fire up your Hotmail or Yahoo mail window, or hop on MSN Messenger or ICQ or AIM, or drop the file on an anonymous FTP server and send the link to your counterparty. Job done!

      IT managers hated this, and to be fair to them, they weren’t (always) wrong. These outside tools came from a variety of untrustworthy sources, including malicious sites that pushed virus-infected versions to their users. Also, by evading firewall rules with these tools, users made it impossible to achieve the compliance goals that IT had been charged with enforcing, and it was IT’s asses on the line if the company got in trouble as a result.

      Foundationally, IT was being asked to do two irreconcilable things: they were supposed to be enabling workers to get their jobs done, and they were supposed to be stopping those workers from doing things that could harm the business. This can’t be done, because the only way to eliminate the possibility that a worker will take an action that harms the business is to gag that worker and lock them in a dungeon. Workers need flexibility and freedom to achieve business goals, and that flexibility and freedom means that those workers might (deliberately or accidentally) thwart the business’s goals.

      What’s more, workers will always run into situations that were not anticipated by policy, and if they are denied any agency or initiative, they will fail to get their jobs done. In work, the exception is the rule, hence the importance of “process knowledge” (all the implicit knowledge shared among workers across the firm and its suppliers and customers, which cannot be captured or recorded):

      ▻►https://pluralistic.net/2025/09/08/process-knowledge/#dance-monkey-dance

      Indeed, there’s a form of labor action called a “work to rule,” in which workers only do the things dictated by their rulebooks, without taking any of the routine additional measures dictated by process knowledge. Merely by following every rule to the letter, workers can grind a shop to a halt:

      ▻►https://en.wikipedia.org/wiki/Work-to-rule

      Since the dawn of personal computers, workers and IT departments have come into conflict, as workers literally smuggled technology into the business that could do things the IT department had (often arbitrarily and capriciously) prohibited. When Visicalc emerged as the killer app for the Apple ][+, workers snuck these computers into work and used them to sort spreadsheets in ways that IT had declined to permit. They didn’t do this to cheat or steal from the company – the whole point was to do a better job.

      So it was with the early web: workers discovered a myriad of new capabilities in the free-to-use world of web-based tools and realized how these tools would make them much more effective at their jobs. The fact that IT wouldn’t let them do these things was just more evidence that IT – and the managers who set IT’s agenda – didn’t understand the business as well as workers.

      It didn’t help that IT managers’ first line of defense was the high-tech version of abstinence-only education: “You only think you need your work computers to do this, but really, you don’t, so stop trying”:

      ▻►https://www.theguardian.com/technology/2009/jun/16/computer-security-abstinence

      Abstinence-only education never works, but where “you only think you need this” failed, Lotus Notes succeeded. Lotus Notes provided a whole suite of tools that largely (if imperfectly) replaced the universe of free tools that workers were using to evade their IT departments’ edicts, so they could get their jobs done. At the same time, Lotus Notes provided a set of management tools that let IT fine-tune how these tools worked, giving them (some) of the controls they needed to achieve their compliance goals.

      Like all brokered peace settlements, Lotus Notes left both sides feeling like they’d made a compromise they could live with, giving up some of their goals, but keeping the things that really mattered to them.

      It’s impossible to overstate how important Lotus Notes and similar products were, because workers demanded the right to use the web on their work computers, and they made those demands so forcefully that managers had to completely re-do their IT policies, lest those workers treat them as damage and route around them. Back then, the tech press was full of stories about these conflicts, as workers insisted that the new technology that was sweeping the nation was so foundational and transformative that they had to be allowed to use it.

      What we never saw back then were stories about how managers had to monitor workers to ensure that they were using the web as much as possible. No one had to force workers to find ways to integrate the web into their workflows.

      In other words, the story of the web at work was the opposite of the story of AI at work. Today, you can’t turn around without reading a story about bosses who are threatening to fire workers if they don’t increase their AI usage:

      ▻►https://www.businessinsider.com/boss-track-ai-use-career-2025-8

      Virtually every major company now has a program to force workers into using AI:

      ▻►https://www.cnbc.com/2026/05/05/ai-use-work-employee-monitoring-tech-surveillance.html

      It’s conceivable that over the past quarter-century, bosses have become technophiles while workers have fallen prey to superstitious technophobia, but it hardly seems likely. Historically, workers have always been enthusiastic about tools that let them do a better job – indeed, it’s a truism that labor-led automation produces improvements in quality, while capital-driven automation increases throughput (often at the expense of quality).

      Workers aren’t the only typical early adopters who find AI lacking. As a group, teenagers and young adults hate AI:

      ▻►https://www.nytimes.com/2026/04/09/style/gen-z-ai-gallup-study.html

      That’s not what it was like during the early web days. Back then, young people entering the workforce were passionate devotees of the web, to the point where the business press routinely ran articles asking how today’s workplaces were going to adapt to the demands of these webbed-up workers.

      ▻►https://www.nber.org/digest/apr03/internet-changes-labor-market

      AI boosters insist that the deficits we see in AI – its lack of profitability, its primitive and error-riddled outputs – are no different from the shakedown problems of the early web (and we know how the web turned out!). But this is a profoundly flawed comparison: the early web and AI are very different from one another.

      For one thing, the early web may have lost money, but it had great unit economics. Every new web user brought the web closer to profitability, as did every new use of the web, and every new generation of web technology. By contrast, AI has – in the memorable phrasing of Ed Zitron – “dogshit unit economics.” Every new AI user makes AI less profitable, as does every new use for AI, and each generation of AI loses more money than the last. AI is the money-losingest endeavor in human history:

      ▻►https://pluralistic.net/2025/09/27/econopocalypse/#subprime-intelligence

      In other words, the early web was a technology that grew more profitable every day, which workers and young people had to force on their bosses – and AI is a technology that grows less profitable every day, and bosses have to force it on workers and young people.

      Now, it’s true that some workers don’t have to be forced to use AI. Workers who enjoy a high degree of autonomy (that is to say, workers who are positioned to ignore workplace coercion) can adopt AI in ways that they feel suited to, just as those early web users and Visicalc smugglers did. They can fulfill the maxim that labor-driven automation improves quality, while resisting capital’s insistence that automation be used to increase throughput at quality’s expense.

      They can act as centaurs (workers assisted by technology), not as reverse-centaurs (workers who are recruited to serve as peripherals for machines). As with all technology questions, what the technology does is nowhere near as important as who the tech does it for and who the tech does it to:

      ▻►https://pluralistic.net/2025/09/11/vulgar-thatcherism/#there-is-an-alternative

      And there’s another group of workers who adopt AI voluntarily: workers who see that AI can do a lot of work that they view as dull and unimportant for them. These workers might be right – there are plenty of bullshit jobs out there:

      ▻▻https://memex.craphound.com/2018/06/20/david-graebers-bullshit-jobs-why-does-the-economy-sustain-jobs-that

      But it’s also possible that they’re wrong, and they’re substituting AI for something that really should be done by a person.

      But on the plus side, at least no one has to force them to adopt AI.

      ►https://pluralistic.net/2026/05/26/the-ai-will-continue
      #bulle
      via @freakonometrics et ici aussi:
      ▻https://seenthis.net/messages/1174219

  • The politics of owning a tech company - POLITICO
    ▻https://www.politico.com/newsletters/digital-future-daily/2026/05/19/the-politics-of-owning-a-tech-company-00927804
    ▻https://static.politico.com/4d/c4/6948651c4961baa7b3af4b2ac8a2/https-delivery-gettyimages.com/downloads/522495892

    Aligner le capital d’une entreprise avec les causes qu’elles défendent... c’est comme une réinvention usaméricaine de la notion de scoop.

    Hustle is a popular app among Democratic campaigns for sending personalized messages encouraging recipients to vote and organize. Hustle first rose to prominence by supporting grassroots outreach for Sen. Bernie Sanders’ (I-Vt.) 2016 presidential bid, and has since worked with campaigns for Sens. Jon Ossoff (D-Ga.) and Mark Kelly (D-Ariz.). Despite working with progressive candidates, Hustle has been owned by prominent tech entrepreneur Chamath Palihapitiya’s venture capital firm Social Capital since 2020. Palihapitiya, a co-host of the popular All-In podcast, became a well-known supporter of President Donald Trump during the 2024 election.

    Hustle announced today that Social Capital has sold the company to its employees, who hope that the new ownership structure will better fit their values. Palihapitiya told DFD in an email, “I sold Hustle to them to harvest capital losses to net against some other gains. I initiated the transaction on my own volition. That said, I wish them the best of luck.”

    DFD spoke to Hustle CEO Jesse Hassinger about what led up to the sale, and what it means for a tech company to be owned by its employees. This interview has been edited for length and clarity.

    What was the issue with Hustle’s previous ownership?

    Unfortunately, in 2024, what we encountered was Chamath’s decision to support Trump in the election. There was now a misalignment between the values of customers, and the values of leaders and ownership of the company. Though the day-to-day operations did not change ... that was very difficult on a human level for employees of the company. You can imagine dedicating yourself to a cause or a mission, and [then] you learn that your boss is dedicating his time and energy to causes that are in competition with the vision that you’re trying to see in the world.

    Coming out of 2024, it was a hard year for customers and employees who were sticking with it. Some trust was lost in that period of time, understandably.

    What makes this ownership structure unusual in the tech industry?

    It’s a very rare win for employees. Employees are not having a good year. [The structure] is unusual in a lot of dimensions. Going from VC ownership to employee ownership — that’s unusual.

    How we’ve organized governance as well as financial ownership of Hustle is also really different. For a typical VC-funded organization, as a new employee, the ratio of distribution of equity between you and a leader might be like 500 to one. We’ve essentially made sure that even for the most recent employee, that ratio is like four to one. When there’s a vote that requires participation from the owners of the company, employees will be able to cast a vote and make decisions that determine the direction of the company.

    Why is it that campaign tech companies tend to only work with one political party or the other, along partisan lines?

    It’s about trust — trust with data, trust with support and services. Partisanship is at all-time highs, so we see in this particular space [that] there is a bifurcation between tools that support one set of causes or the other, and they generally fall along partisan lines. This is not typical in other marketplaces, but [trust] is very important in civic tech. There are tools that work with all sides — they tend to be used less often because of that trust principle.

    I would’ve thought working with only one party would limit your business. But working with both parties limits it even more?

    If you’re working for all sides, it’s definitely a choice. In my experience and from conversations, picking a side is an important decision that a business will make when operating in this particular space. One of our first customers was Bernie Sanders, texting college kids that if they were feeling the Bern, they should head to the stadium. That’s where we got our start, so we made our choice a long time ago.

    There’s a growing divide between the political values of tech company executives and their employees. What do you think is driving that divide?

    The social contract between employers and employees has been somewhat frayed, which we’re seeing increasingly in software engineering and technology. These were jobs that were not just coveted, but were also highly rewarded and incentivized for commitment to those tech companies. There’s anxiety and precariousness around longevity in those careers, and there’s been an incredible number of layoffs. Just at a very human level, being dislocated from a job you might have had for 20 years at an organization that’s printing beaucoup bucks — it’s heartbreaking.

    The pendulum has swung very fast in one direction that favors some of these larger corporate entities. Employees will find it hard to have their voices heard by the leaders of those companies. That is where organized labor traditionally has come in. The role of labor in this new environment will become more relevant. I suspect that will become a new opportunity for employees to organize their workspaces.

    #Scoop #Economie_numérique #Economie_sociale_et_solidaire #ESS

  • Derrière l’IA, les sacrifiés du smartphone

    Celia Izoard est journaliste et philosophe, spécialiste des nouvelles technologies au travers de leurs impacts sociaux et écologiques. Autrice de La Ruée minière au XXIème siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition (Seuil, 2024), elle a participé à l’élaboration du programme de «  désescalade numérique  » en amont des municipales 2026. Pour Socialter elle a choisi d’analyser le #film Les Sacrifiés du smartphone projeté lors de Numérique en lumière, le festival de films documentaires consacré aux droits humains bafoués dans l’industrie du numérique.

    Le #capitalisme a inventé les #pollutions_invisibles. Des perturbations imperceptibles par nos sens et qui pourtant sont des menaces existentielles  : la #radioactivité, la #pollution_chimique, le #réchauffement_climatique. Cette #invisibilité est la clé de son #impunité  : pas vu pas pris, comme on dit. Capitalisant sur ces pollutions invisibles, l’#économie_numérique, elle, a fait un pas de plus en inventant les #pollutions_inimaginables.

    J’appelle pollutions inimaginables ces impacts qui sont non seulement imperceptibles aux sens, mais aussi à l’#imagination. Prenez par exemple ces petites étoiles féériques qui dansent devant mes yeux quand j’ouvre mon navigateur  : l’intelligence artificielle générative (IAG). Si je clique, mon courrier va s’écrire, mon texte va se traduire, mon image va s’animer. Qui peut se représenter le concentré de #ressources_naturelles, de #souffrances et d’#exploitation humaines, de #produits_chimiques, d’#énergie qu’il y a derrière ces petites étoiles  ?

    Pour le saisir, il faudrait pouvoir faire apparaître, dans une seule pensée, ce qui rend possible l’IA. Il faudrait faire surgir dans l’imagination les #mines gagnées sur la forêt tropicale birmane, indienne ou congolaise, les usines métallurgiques crachant le feu, les étendues grises de #résidus_toxiques, les galettes de #silicium issues du #travail_forcé du #Xinjiang, les entrepôts de #data_centers carburant au charbon, à l’#eau de nappes presque épuisées, etc. C’est long d’expliquer tout ça, de le rendre présent à l’esprit – à l’esprit qui justement est tenté d’économiser sa pensée, là, d’un clic, pour gagner du temps.

    D’où vient la #puissance_de_calcul instantanée d’une appli d’IA  ? D’entrepôts de données où s’empilent des millions de #serveurs où sont concentrés des milliards de #circuits_électroniques, contenant eux-mêmes des centaines de milliers de #cartes_graphiques qui concentrent à leur tour des dizaines de milliards de #transistors.

    Le principal fabricant de serveurs informatiques destinés aux data centers est l’entreprise taïwanaise #Foxconn, alias #Hon_Hai_Precision_Industry, qui emploie plus d’un million de personnes en #Chine. C’est le sous-traitant historique d’#Apple, de #Microsoft, de #HP, de #Sony – le fabricant d’à peu près tous les #objets_électroniques que nous avons tenus entre nos mains depuis les années 2000. Aujourd’hui, Foxconn fournit toute la galaxie de l’IA en serveurs, de #Nvidia à #OpenAI, en passant par les data centers d’#Amazon.

    En 2010, Foxconn s’est fait connaître au monde par une épidémie de #suicides  : 17 ouvriers de sa méga-usine d’iPhone de Shenzhen se sont jetés par les fenêtres, 14 sont morts. Depuis ce temps, les balcons des dortoirs ont été condamnés. Mais les jeunes continuent d’arriver de leurs campagnes pour se retrouver coincés dans ses chaînes de production. Le désespoir de ces vies gâchées est le sujet du film Les Sacrifiés du smartphone [titre original Complicit] (2017), qui a été projeté récemment à Paris à l’occasion du festival de cinéma «  Numérique en lumière  : une autre réalité  ».

    Les réalisatrices Heather White et Lynn Zang ont filmé pendant trois ans la vie d’#ouvrières de Foxconn. Arrivées à 18 ans, Xiao, Ya et Fan ont travaillé plusieurs années pendant douze à seize heures par jour. Puis tout s’est arrêté – littéralement. Elles ont contracté des troubles neurologiques, des paralysies, à force d’astiquer les cartes graphiques, les led, les écrans, avec des solvants et des détergents  : benzène, méthanol, xylènes, trichloroéthylène...

    Selon la Global Electronics Association, un objet électronique peut nécessiter 1 000 produits chimiques différents. Foxconn nie toute #responsabilité. Comme les milliers d’ouvrières et d’ouvriers malades des toxiques utilisés dans l’électronique, Xiao, Ya et Fan n’osent pas rentrer chez elles, pour ne pas faire de peine à leurs parents, qui avaient tout misé sur elles.

    Sur mon écran, les petites étoiles de fée se remettent à clignoter.

    ▻https://www.socialter.fr/article/les-sacrifies-du-smartphone-documentaire-intelligence-artificielle-ouvrier
    #IA #AI #intelligence_artificielle #travail #conditions_de_travail

  • Les plateformes deviennent-elles des chaînes de télé comme les autres ?
    ▻https://www.telerama.fr/plateformes/les-plateformes-deviennent-elles-des-chaines-de-tele-comme-les-autres-70178

    Du sport sur Prime Video, des pubs en plein film sur Netflix, des documentaires, de la télé-réalité… L’offre des plateformes de streaming ressemble de plus en plus à celle des chaînes classiques… et inversement.

    En diffusant du sport, de la télé-réalité, des documentaires, etc., les plateformes se rapprochent des chaînes traditionnelles. Gorodenkoff/Shutterstock/Gorodenkoff
    Par Michel Bezbakh

    Publié le 02 novembre 2023 à 06h30

    Concentrés sur une offre de films et de séries à leurs débuts, les géants du streaming se sont lancés dans une diversification très large de leurs contenus, au point de ressembler à des chaînes à l’ancienne. Leur puissance financière autorise « les expérimentations tous azimuts », une vieille habitude pour les firmes multiservices comme Amazon et Apple, dont l’offre audiovisuelle n’est qu’« une petite partie du magasin », analyse le spécialiste des médias Alain Le Diberder. Il s’agit aussi, pour Netflix et Disney principalement, de prouver aux marchés financiers que l’innovation est toujours au cœur de leur projet. Une stratégie payante : aux États-Unis, la consommation de streaming a dépassé pour la première fois celle des chaînes, en juillet dernier, selon Nielsen (le Médiamétrie américain). Tour d’horizon des domaines où les plateformes se mettent à occuper le terrain de la télé.

    Compliqué ? Les fictions produites par les plateformes échappent à la catégorisation classique, d’autant que désormais certaines atterrissent dans nos salles de cinéma. C’est le cas des derniers films de Martin Scorsese (Killers of the Flower Moon) et Ridley Scott (Napoléon), produits par Apple. La marque à la pomme devra attendre dix-sept mois avant de les proposer sur sa plateforme en France. C’est le même procédé, finalement, que pour une production Canal+, TF1 ou France Télévisions… à ceci près que le délai imposé par la chronologie des médias diverge (six mois pour Canal+, vingt-deux pour les chaînes gratuites), que les plateformes conservent une exclusivité sur leurs bébés, et qu’elles ont plus de moyens.

    L’info, chasse gardée des chaînes ?

    C’est, a priori, le domaine qui reste la spécificité de la télé. Les JT, la réactivité qu’ils nécessitent, la constitution d’équipes de journalistes, tout cela semble trop antinomique avec des plateformes de streaming… sauf quand elles proposent des chaînes info dans leur catalogue ! C’est le cas de Warner, dont la plateforme, Max, sera lancée en France courant 2024 (l’équivalent est déjà disponible sous la forme du Pass Warner, distribué par Prime Video). On y trouve, entre autres chaînes de télévision, CNN. Cela rappelle MyCanal, une plateforme en soi, où l’on peut regarder Franceinfo et LCI. Notons, aussi, que des journalistes mènent un travail d’information sur des chaînes YouTube, principalement à destination des jeunes. Hugo Travers, auteur de la dernière interview long format d’Emmanuel Macron sur sa chaîne HugoDécrypte (2,28 millions d’abonnés), vient d’être recruté par France 2, qui espère rajeunir son audience grâce à son arrivée.

    Si les géants du streaming ne produisent pas encore directement de l’actu chaude, on y trouve de l’information sous la forme de documentaires. Netflix a développé un savoir-faire dans les docs à plusieurs épisodes (Making a Murderer, Wild Wild Country), en particulier dans le sport (Drive to Survive, Au cœur du peloton). Suspense, rebondissements… le studio a sa « patte », qui certes peut conduire à une dramatisation excessive.

    Le direct demeure donc l’atout des chaînes. Jusqu’à maintenant, les plateformes restent timides dans ce domaine, refroidies par quelques gros ratés. Le 17 avril dernier, Netflix avait promis de retransmettre en direct un épisode de la saison 4 de Love Is Blind, sans y parvenir. Un mois plus tôt, les abonnés français avaient déjà eu droit à un message d’erreur en lieu et place du spectacle de l’humoriste américain Chris Rock. En revanche, Prime Video, habitué à montrer la Ligue 1 et Roland-Garros, n’a pas connu de couac pour le concert de Kendrick Lamar à l’Accor Arena le 22 octobre 2022. Netflix ne s’avoue pas vaincu, et prévoit de retenter sa chance le 14 novembre avec la Netflix Cup, un tournoi de golf entre des pilotes de Formule 1 et des golfeurs qui apparaissent dans ses documentaires… En cas d’écran noir, on s’en remettra.

    #Télévision #Streaming #Netflix #PLateformes #Economie_numérique

  • Dix ans après, ce qu’a changé l’arrivée de Netflix | Alternatives Economiques
    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/dix-ans-apres-qua-change-larrivee-de-netflix/00112613
    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/sites/default/files/public/styles/for_social_networks_no_webp/public/http%3A//xml.alternatives-economiques.fr/images/K4-10102152.jpg?itok=lphU8SIq

    LE 01 OCTOBRE 2024
    6 min
    Pour dominer le marché mondial de la vidéo à la demande et devenir profitable, Netflix a court-circuité les acteurs de l’audiovisuel et imposé l’américanisation des productions locales.

    Omar Sy dans la série française Lupin. La stratégie de Netflix de production locale et de diffusion mondiale lui permet d’attirer acteurs et réalisateurs de renom. PHOTO : Emmanuel Guimier - Gaumont Television/Netflix
    Par Justin Delépine
    La touche Netflix sur les télécommandes en témoigne : dix ans après son arrivée en France, en septembre 2014, le numéro un des services de vidéo à la demande (VàD) est devenu un pilier indéboulonnable du paysage audiovisuel. Avec 260 millions d’abonnés dans le monde, dont 88 sur le Vieux Continent, Netflix est en effet l’acteur dominant du secteur des plates-formes de vidéo, et ce malgré une vive concurrence.

    Rien qu’en France, selon les derniers chiffres disponibles datant de 2022, le service comptait 11 millions d’abonnés. Si bien qu’on estime aujourd’hui qu’environ 40 % des 30 millions de foyers du pays possèdent un accès à Netflix. 57 % des Français sont abonnés à un service de VàD et Netflix est de loin le premier service utilisé (77 %), bien devant Amazon Prime Video (42 %), Disney+ (37 %) ou MyCanal (27 %)1.

    Même constat dans la plupart des pays européens, où le service américain occupe quasiment partout la première place des services de VàD par abonnement les plus souscrits. A lui seul, Netflix représente 53 % du temps de visionnage de ces services sur le continent, encore une fois loin devant Amazon Prime Video (19 %) et Disney+ (12 %). Consommé principalement sur le téléviseur, Netflix voit certains soirs son audience dépasser celle de grandes chaînes TV, même si la comparaison reste délicate. Le service est de fait un média de masse.

    L’arrivée de Netflix a accompagné et accéléré les mutations d’un paysage audiovisuel où les frontières entre chaînes TV et plates-formes sont devenues poreuses. D’un côté, l’offre de Netflix se rapproche de plus en plus de celle des chaînes historiques payantes, telles que Canal+. Depuis 2020, le groupe s’est lancé dans la diffusion de programmes en direct (émissions, sport, spectacles, etc.). Et depuis 2022, il propose une offre d’abonnement moins onéreuse (5,99 € par mois) moyennant la présence de publicités.

    De l’autre côté, les chaînes se positionnent également en plates-formes. Elles ont toutes lancé la leur, misent et investissent dessus, avec parfois des contenus diffusés seulement en ligne, même si la plupart de ces services restent gratuits.

    Un modèle intégré et rentable

    Si les frontières des deux univers sont perméables, la croissance est bien du côté des plates-formes de streaming. Malgré une forte pénétration dans les pays européens, le marché des services de VàD par abonnement continue de progresser.

    Le marché français de VàD par abonnement a enregistré une croissance de près de 10 % en 2023
    Conjuguant hausse de prix et augmentation du nombre d’abonnés, le marché français a enregistré en 2023 une croissance de près de 10 % et pourrait connaître une progression similaire cette année. Pour Netflix et consorts, l’Europe et l’Amérique du Nord restent des marchés porteurs, et l’Asie et l’Amérique latine offrent des marges de progression encore plus fortes.

    Netflix a surtout fait la démonstration qu’il est possible de rentabiliser un service de streaming : il engrange depuis quelques années de juteux bénéfices, quand ses concurrents comme Disney+ ou Paramount+ peinent à être rentables.

    « En proposant une offre d’entrée de gamme avec publicités, Netflix peut aller chercher de nouveaux abonnés dans des pays dont on pouvait estimer que le marché était plus ou moins saturé. En parallèle, l’entreprise diversifie ses revenus via les recettes publicitaires ou la vente de produits dérivés qui exploitent la licence des séries Netflix comme Stranger Things », explique Louis Wiart, professeur en communication à l’Université libre de Bruxelles.
    Netflix propose un modèle intégré, où il est à la fois producteur, diffuseur, distributeur, etc., et bouscule donc l’équilibre de la filière
    L’empire Netflix marche ainsi sur les plates-bandes de l’ensemble des acteurs de l’audiovisuel. Des grandes majors d’Hollywood (comme Warner, Disney ou Universal) aux chaînes nationales, il est présent sur toute la chaîne de valeur de la vidéo. En effet, l’américain propose un modèle intégré, où il est à la fois producteur, diffuseur, distributeur, etc. Un acteur important qui bouscule donc l’équilibre de la filière. Pour le meilleur ou pour le pire ?

    Côté pile, il faut reconnaître à Netflix un investissement conséquent dans la production audiovisuelle française. Cela faisait certes partie de son modèle, mais la régulation européenne oblige les plates-formes à consacrer une partie de leur chiffre d’affaires dans chaque pays à la production de contenus locaux. Ratio que la France a choisi de porter à 20 %.

    Les investissements de l’américain dans des contenus français et européens vont ainsi croissant et deviennent importants. En 2022, la part des services de VàD dans le financement des contenus originaux français atteignait 20 %, contre 30 % pour les productions britanniques, voire 51 % pour les productions espagnoles. Et Netflix est de loin le premier contributeur en valeur de ces plates-formes.

    A la marge dans l’écosystème audiovisuel

    Mais côté face, la quasi-totalité des productions Netflix ne sortent pas au cinéma et ne s’insèrent donc qu’à la marge dans l’écosystème audio­visuel.

    « En réservant l’exclusivité de l’accès à ses contenus sur sa plate-forme, Netflix court-circuite et déstabilise un ensemble d’acteurs traditionnels associés à d’autres fenêtres de diffusion, en particulier les salles de cinéma et les chaînes de télévision, pourtant au cœur de l’économie du système audiovisuel », résume Louis Wiart.
    Par ailleurs, la production des œuvres Netflix s’inscrit dans sa stratégie de production locale et de diffusion mondiale, incarnée par des succès planétaires tels que la série espagnole La casa de papel, la coréenne Squid game ou la française Lupin.

    « Les productions locales ont vocation à pénétrer les marchés mondiaux, une promesse de toucher un très large public qui permet d’attirer des réalisateurs ou des acteurs. Mais cela nourrit aussi les critiques d’une tendance à la blockbusterisation et à l’américanisation des productions locales dans leurs modes de narration et processus de fabrication », pointe Louis Wiart.
    Et même si la régulation publique a réussi à pousser les plates-formes à produire localement, se pose la question de l’accessibilité effective de ces œuvres. L’exception culturelle française repose notamment sur des obligations de programmation et de diffusion imposées aux chaînes de télé.

    Comment adapter cette politique culturelle à l’heure des plates-formes, sur lesquelles le choix des programmes passe en partie par des décisions algorithmiques ? 60 % des films et séries consommés sur les services de VàD par abonnement en France sont ainsi américains. La régulation de Netflix et de ses congénères est loin d’être achevée.

    Justin Delépine

    #Netflix #Séries #Séries_TV #Vidéo #Economie_numérique

  • La Chine mise sur l’explosion de la bulle IA aux États-Unis — le plan Yifu Lin
    ▻https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/08/chine-explosion-bulle-ia-cinq-ans-yifu-lin

    Il est largement admis qu’en termes de croissance économique, ce qui importe n’est pas seulement le nombre de travailleurs, mais la quantité de main-d’œuvre effective — c’est-à-dire le nombre de travailleurs multiplié par leur nombre moyen d’années de scolarité.

    Quand tu te rends compte que la droite a tellement de dogmes, qu’elle est même capable de se tirer des balles dans le pied pour ses fondamentaux...

  • Règlement européen relatif à la transparence et au ciblage de la publicité à caractère politique | Arcom
    ▻https://www.arcom.fr/actualites/reglement-europeen-relatif-la-transparence-et-au-ciblage-de-la-publicite-carac

    Un nouveau règlement européen pose de nouvelles obligations portant sur la transparence et le ciblage de la publicité politique.
    Le règlement relatif à la transparence et au ciblage de la publicité à caractère politique, dont les dispositions s’appliquent à compter du 10 octobre 2025, a pour objectif de répondre aux préoccupations relatives aux menaces de manipulation de l’information et d’ingérences étrangères, ainsi qu’à l’utilisation de techniques de ciblage avancées.

    Il y aurait de bonnes idées si la définition pouvait être plus claire. Car en l’état, toute prise de position (féminisme, écologie, contre ceci ou cela...) peut être concernée. Est-ce que la publicité gouvernementale ne serait plus un « service public », mais une « publicité politique » ? (ce qu’elle est de plus en plus par ailleurs, mais on pourrait penser revenir à un statut d’information publique sur des questions générales, notamment en matière de santé publique).

    Les objectifs du règlement

    Le règlement vise à garantir que les citoyens de l’Union européenne soient mieux placés pour faire des choix éclairés lors des élections en leur permettant :

    de reconnaître plus facilement les publicités à caractère politique ;
    de comprendre qui est à l’origine de ces publicités ;
    de savoir s’ils ont reçu une publicité ciblée.
    Image

    Une définition renouvelée de la publicité politique

    La « publicité à caractère politique » est définie comme une publicité élaborée, placée, promue, publiée, distribuée ou diffusée directement ou indirectement par ou pour le compte d’un acteur politique ou susceptible et conçue dans le but d’influencer le résultat d’une élection ou d’un référendum, un comportement de vote ou un processus législatif ou réglementaire.

    #Publicité_politique #Médias_sociaux #Economie_numérique #Médias

  • Dominique dominiquekaradjian@eldritch.cafe

    La bulle de l’IA serait-elle enfin en train d’exploser ? Peter Thiel a vendu toutes ses parts de NVIDIA et une partie de ses parts de Tesla. Le deal pharaonique entre Oracle et OpenAI de 300 milliards de dollars [...] est estimé à MOINS 72 milliards.

    ▻https://eldritch.cafe/@dominiquekaradjian/115571402727552575

    L’article du Finacial Times : ▻https://archive.is/uLke9

    Peter Thiel liquide la totalité de ses actions Nvidia, la peur de la bulle IA s’intensifie
    ▻https://www.generation-nt.com/actualites/peter-thiel-nvidia-vente-actions-bulle-ia-softbank-2066169

    Michael Burry, qui avait vu venir la crise de 2008, attaque Nvidia et Palantir : la bulle IA va exploser !
    ▻https://www.generation-nt.com/actualites/michael-burry-nvidia-palantir-short-bulle-ia-2065750

    Allez, on regroupe tout ça sous #bulle_ia comme proposé par @b_b

    #ia #Intelligence_artificielle #Bulle_spéculative #Economie_numérique

    • Et en même temps

      Fort de ses résultats exceptionnels, le patron de Nvidia nie l’existence d’une bulle dans l’IA

      Dopée par les investissements colossaux des géants du secteur, l’entreprise de Jensen Huang, leader mondial des microprocesseurs destinés à l’intelligence artificielle, a dévoilé, mercredi, un chiffre d’affaires et des bénéfices trimestriels supérieurs aux attentes du marché.

      ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/11/20/fort-de-ses-resultats-exceptionnels-le-patron-de-nvidia-nie-l-existence-d-un

    • Le diable est dans les détails : oui, Nvidia a 72% de taux de marge… ce qui laisse pantois. Ils ont aussi fait des deals de vente circulaire avec leurs principaux clients, les géants de l’IA… dont je doute qu’ils puissent tous régler Nvidia à la hauteur de ce qu’ils lui achètent, vu qu’ils dégagent encore et toujours… aucune valeur.

      Donc Nvidia a financé certaines de ses ventes en achetant ou en promettant d’acheter les services de ses gros clients dont on se demande combien de temps encore ils vont jouer la cavalerie. Donc, les montants pharamineux dont on ne voit pas bien d’où vient l’argent concrètement et dont le gros (pratiquement tout en fait) sert à arroser les actionnaires.

      Ça ressemble méchamment à un gigantesque « tapis » de casino où tout le monde tente de récupérer ses billes avant la fin de partie qui s’annonce chaotique.

      Ce qui est cohérent avec le général qui nous annonce que le plan, c’est de faire crever nos gosses à la guerre.

  • Les signes se multiplient et les conséquences seraient terribles : la bulle de l’IA est-elle prête à éclater ?

    Entre valorisations délirantes, coûts d’infrastructure colossaux et promesses encore loin d’être tenues, l’intelligence artificielle fait planer le spectre d’une bulle prête à exploser.

    Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque d’Angleterre ont tous deux mis en garde, début octobre, contre les risques d’un krach boursier lié à la frénésie autour de l’intelligence artificielle.

    ▻https://www.presse-citron.net/ia-bulle-speculative-openai-nvidia-valorisations

    #ia #Intelligence_artificielle #Bulle_spéculative #Economie_numérique

  • #IA et #travail : on ne sait pas qui sera remplacé, mais on sait que tous seront dégradés

    Nous voici plongés dans un « #Taylorisme_augmenté », estime le sociologue #Juan_Sebastian_Carbonell, dont le but premier est de permettre au #management de prendre le contrôle du travail. Lecture.

    Derrière le déploiement de l’IA dans les entreprises, une bataille des places est en cours. Dans le New York Times, le journaliste Noam Scheiber avait posé la question : « quels salariés vont être pénalisés par l’IA, les plus inexpérimentés ou les plus expérimentés ? » (▻https://www.nytimes.com/2025/07/07/business/ai-job-cuts.html) Sa conclusion montrait que c’était peut-être les travailleurs intermédiaires qui seraient les plus menacés (▻https://hubtr.bonjour.cafeia.org/mirror201/2349/1990). En réalité, pour l’instant, « l’alarme sur la destruction de l’#emploi liée à l’IA n’a pas lieu d’être », expliquait Ekkehard Ernst, qui dirige l’observatoire sur l’IA et le travail dans l’économie numérique de l’OIT (►https://www.ilo.org/fr/artificial-intelligence-and-work-digital-economy), qui rappelait combien le chômage technologique a toujours été rare. Cela n’empêche pas les inquiétudes d’être au plus haut, d’abord et avant tout, disions-nous, parce que la discussion sur le partage des fruits du déploiement de l’IA n’a pas lieu.

    Dans son précédent livre, Le Futur du travail (éditions Amsterdam, 2022, ►https://www.editionsamsterdam.fr/le-futur-du-travail), le sociologue Juan Sebastian Carbonell nous expliquait déjà que le futur du travail n’était pas notre « #grand_remplacement » par les machines, mais notre #prolétarisation (▻https://hubertguillaud.wordpress.com/2022/07/05/le-futur-de-travail-intensification-extension-proletarisat). Il y décrivait déjà une « taylorisation assistée par ordinateurs » qui vise bien plus à « intensifier le travail, déqualifier les salariés, les discipliner et les surveiller ». Les robots ne travaillent pas à notre place mais nous imposent une intensification nouvelle, à l’image des employés de la logistique soumis aux rythmes de la commande vocale.
    Un taylorisme sous stéroïdes…

    Son nouveau livre, Un taylorisme augmenté : critique de l’intelligence artificielle (éditions Amsterdam, 2025) nous explique que l’IA n’est « ni une solution miracle aux problèmes de la société, ni Prométhée déchaîné », elle n’est qu’un taylorisme augmenté qui élude les questions de fonds que sont les conditions de travail, son organisation et la distribution du pouvoir. Le chercheur rappelle qu’il n’y a pas de consensus quant aux effets de l’IA sur le travail. Pour les uns, elle augmente les besoins de qualifications de ceux qui vont les utiliser, pour les autres, l’IA produit surtout une polarisation des emplois. Pour Carbonell, l’IA n’est ni l’un ni l’autre. Elle est d’abord un outil de dégradation du travail.

    Pour le chercheur, il n’y a pas de polarisation homogène des emplois, c’est-à-dire le fait que les métiers intermédiaires et routiniers auraient tendance à disparaître au profit de métiers très qualifiés d’un côté et des métiers peu qualifiés et non routiniers de l’autre. Si ce phénomène s’observe parfois, les profils des emplois changent surtout au sein de mêmes métiers. Cela signifie qu’il faut non seulement prendre en compte les tâches, mais également l’organisation du travail. La distinction entre tâches routinières et non routinières est souvent caricaturée dans un discours qui dit que l’IA ferait disparaître les tâches répétitives pour nous en libérer. Ce n’est pas ce que constatent les employés de la logistique ou de la traduction, au contraire. Ce n’est plus ce que constatent également les codeurs, victimes désormais de la « Prompt fatigue », épuisés par l’usage de l’IA générative, rapporte Le Monde informatique… Certains qualifiant déjà le recours à ces outils « d’illusion de rapidité ».

    « Le degré de routine ne fait pas tout », rappelle le sociologue. Il est nécessaire de prendre en compte, les « stratégies de profit » des entreprises et leur volonté à automatiser le travail. Enfin, la variété des produits, des composants et processus déterminent également la possibilité d’automatiser ou pas une production. « Une même technologie peut donc avoir des effets très différents sur le travail ». Des métiers hautement qualifiés, peu routiniers et hautement cognitifs peuvent ainsi être déstabilisés par l’IA, comme s’en inquiétait l’artiste Aurélie Crop sur son compte Instagram, en observant les possibilités du nouveau service d’IA de Google, Nano Banana, ou encore les scénaristes de cinéma associés face aux annonces d’OpenAI de produire un film d’animation entièrement génératif. Ces métiers ne vont pas disparaître, mais vont être taylorisés, c’est-à-dire « simplifiés, standardisés ou parcellisés ». C’est-à-dire précarisés pour en réduire le coût et augmenter les profits. Car ce qui demeure déterminant dans le choix technologique au travail, c’est le contrôle, « c’est-à-dire le pouvoir de décider comment on travaille et avec quels outils ».
    … non pas guidé par l’efficacité technique mais par la prise de contrôle du management

    Carbonell revient bien sûr sur l’émergence du taylorisme à la fin du XIXe siècle, rappelant combien il est lié à la vague d’immigration américaine, à l’entrée à l’usine d’ouvriers sans qualification, venant remplacer le long apprentissage des ouvriers spécialisés. L’objectif premier de Taylor était de « briser l’ouvrier de métier » pour y imposer la norme patronale c’est-à-dire contrôler le rythme et la façon de travailler. Le taylorisme a souvent été réduit à la chaîne de montage que Taylor n’a pourtant pas connu. Pour l’économiste Harry Braverman, le taylorisme consiste à dissocier le processus de travail en le décomposant, à séparer la conception de l’exécution et enfin à utiliser le monopole de l’organisation du travail pour contrôler chaque étape du processus et de son exécution. Parcelliser chaque métier abaisse le coût de chaque tâche, expliquait l’économiste américain. Ce taylorisme-là n’est pas mort avec Taylor, explique Carbonell, il se confond désormais avec l’organisation du travail elle-même. L’informatique, le numérique, puis l’IA aujourd’hui, sont surtout venus le renforcer.

    Les machines rythment et contrôlent les décisions venues de la direction afin d’améliorer la productivité du travail. L’introduction des machines-outils à commande numérique après la Seconde Guerre mondiale va permettre de transférer les compétences des ouvriers à la direction en pilotant toujours plus finement et en standardisant l’usinage. Mais leur adoption ne repose pas sur le seul critère de l’efficacité technique, rappelle le sociologue, elle est d’abord le résultat de choix politiques, « notamment la volonté de retirer le contrôle du processus de travail aux tourneurs-fraiseurs ». « Une technologie s’impose surtout en raison de la supériorité des acteurs qui la promeuvent ». Pour Juan Sebastian Carbonell, le progrès technique ne s’impose pas de lui-même, sous couvert d’une efficacité immanente, mais répond d’abord d’enjeux politiques au profit de ceux qui le déploient. Le taylorisme augmenté n’a cessé de s’imposer depuis, par exemple avec les centres d’appels, avec l’invention de systèmes capables de distribuer les appels, complétés de scripts et de procédures extrêmement standardisées et des modalités capables de surveiller les échanges. Et l’IA ne fait rien pour arranger cela, au contraire. Ils sont désormais confrontés à « la tornade de l’intelligence artificielle », rappelait Alternatives Economiques, plongeant les services clients à un stade d’embolie terminal (voir notre article sur le sujet : ►https://danslesalgorithmes.net/2025/09/11/sludge-de-la-degradation-volontaire-du-service-client).

    Le #service_client a ainsi pu être externalisé et les statuts des personnels dégradés. La #standardisation et l’#intensification vont toujours de pair, rappelle le sociologue. « Les tâches non automatisées par les outils ne sont pas celles qui ont un contenu peu routinier, mais plutôt celles qui, tout en étant routinières, sont trop coûteuses pour être automatisées ». A l’image de la logistique : on n’a pas remplacé les employés par des #robots, mais on a transformé les employés en robots devant suivre les ordres des machine, comme l’expliquait très bien le sociologue David Gaborieau : « On n’est pas du tout en train d’automatiser les entrepôts, au contraire. Il y a de plus en plus d’ouvriers dans le secteur de la logistique. En fait, ce discours sur l’#automatisation produit seulement des effets politiques et des effets d’#invisibilisation_du_travail. On ne cesse de répéter que ces emplois vont disparaître ce qui permet surtout de les dévaluer. »

    Si le #taylorisme_numérique est particulièrement frappant sur les #plateformes, il s’applique également aux métiers très qualifiés, comme les musiciens, les artistes, les journalistes ou les traducteurs, à mesure qu’ils sont intégrés à des chaînes de valeur mondiales. Carbonell donne d’autres exemples de capture des connaissances et de confiscation des savoir-faire. Notamment avec les premiers systèmes experts d’IA symbolique, comme les systèmes pour diagnostiquer les maladies infectieuses ou gérer les protocoles de chimiothérapie ou encore les outil-test de maintenance de la RATP, mais qui, pour beaucoup, a surtout consisté à valider les protocoles organisés par ces logiciels qui proposaient surtout beaucoup d’#alertes, nécessitant de passer du temps pour distinguer les alertes graves de celles qui ne le sont pas. Tous ces développements contribuent à « une #déqualification des métiers, même les plus qualifiés ». L’#IA_connexionniste d’aujourd’hui, elle, est capable de faire fi des règles explicites pour formuler ses propres règles. La capture de connaissance devient un processus implicite, lié aux données disponibles. L’#IA_générative qui en est le prolongement, dépend très fortement du travail humain : d’abord du #travail_gratuit de ceux qui ont produit les données d’entraînement des modèles, celui des salariés et d’une multitude de #micro-travailleurs qui viennent nettoyer, vérifier, annoter et corriger. Pour Carbonell, l’IA générative s’inscrit donc dans cette longue histoire de la « #dépossession_machinique ». « Elle n’est pas au service des travailleurs et ne les libère pas des tâches monotones et peu intéressantes ; ce sont les travailleurs qui sont mis à son service ». Dans le journalisme, comme le montrait un rapport d’Associated Press, l’usage de l’IA accroît la charge de travail et les dépossède du geste créatif : la rédaction d’articles. Ils doivent de plus en plus éditer les contenus générés par IA, comme de corriger les systèmes transformant les articles en posts de réseaux sociaux. Même constat dans le domaine de la #traduction, où les traducteurs doivent de plus en plus corriger des contenus générés. Dans un cas comme dans l’autre, cependant, le développement de l’IA relève d’abord des choix économiques, sociaux, politiques et éditoriaux des entreprises.

    Carbonell rappelle qu’il faut aussi saisir les #limites technologiques et nuancer leurs performances. La qualité de la traduction automatique par exemple reste assez pauvre comme le constatent et le dénoncent les syndicats et collectifs de traducteurs, la Société française des traducteurs ou le collectif en Chair et en Os. En musclant leurs revendications (rémunération, transparence, signalement des traductions automatisées, fin des aides publiques à ceux qui ont recours à l’automatisation…), ils montrent que le changement technologique n’est pas une fatalité. C’est l’absence de critique radicale qui le rend inéluctable, défend Juan Sebastian Carbonell. Et le sociologue de battre en brèche l’inéluctabilité de l’IA ou le discours qui répète qu’il faut s’adapter pour survivre et se former. La formation ne remet pas en cause le pouvoir et l’organisation du travail. Elle ne reconnaît pas le droit des salariés à décider comment travailler. La formation ne propose rien d’autre que l’acceptation. Elle tient bien plus du catéchisme, comme le pointait pertinemment Ambroise Garel dans la newsletter du Pavé numérique.

    La #division_du_travail est un moyen pour rendre le management indispensable

    Dans l’entreprise, le contrôle relève de plus en plus du seul monopole de l’employeur sur l’organisation du travail et sert à obtenir des salariés certains comportements, gestes et attitudes. Le contrôle a longtemps été l’apanage du contremaître, qui devint l’agent de la direction. A ce contrôle direct s’est ajouté un contrôle technique propre aux milieux industriels où les employés doivent répondre de la formulation des tâches avec des machines qui dirigent le processus de travail et imposent leur rythme. Après la Seconde Guerre mondiale s’ajoute encore un contrôle bureaucratique où la norme et les dispositifs de gestion remplacent le pouvoir personnel du contremaître. Le management algorithmique s’inscrit dans la continuité du commandement à distance et des dispositifs de gestion qui renforcent le taylorisme numérique. L’IA n’est qu’un outil de contrôle de plus, comme l’expliquaient Aiha Nguyen et Alexandra Mateescu de Data & Society.

    Face à ces constats, le sociologue rappelle une question de fond : pourquoi le travail est-il divisé entre ceux qui commandent et ceux qui exécutent ? Pour l’économiste Stephen Marglin, la division du travail entre commandement et exécution n’est pas liée à l’efficacité économique ou technologique, mais serait purement politique, expliquait-il en 1974. « La division du travail et l’entreprise hiérarchisée ne résultent pas de la recherche d’une organisation du travail plus efficace, ni d’un progrès technologique, mais de la volonté des employeurs de se rendre indispensables en s’interposant entre le travailleur et le marché ». Le système de la fabrique comme le taylorisme visent à faire disparaître le contrôle ouvrier sur le travail au profit d’un contrôle managérial qui renforce la subordination. « C’est en approfondissant la division du travail que le capitaliste peut s’assurer de demeurer indispensable dans le processus de production, comme unificateur d’opérations séparées et comme accès au marché ». Contrairement à la vulgate, « les algorithmes ne sont pas des outils numériques permettant une coordination plus efficace », explique Carbonell, mais « des dispositifs de mise au travail traversés par des rapports de pouvoir ». La plateforme agit sur le marché, à l’image des algorithmes d’Uber. « En se plaçant entre le travailleur et le marché, il agit comme un employeur cherchant à exercer un contrôle numérique sur sa main d’œuvre ». Le management algorithmique produit et renforce le commandement. Il dirige, évalue et discipline et ces trois fonctions se renforcent l’une l’autre. Dans le cas des applications de livraisons de repas, ils interviennent à chaque étape, de la commande à la livraison en exploitant à chaque étape l’asymétrie de l’information qu’ils permettent et mettent en œuvre. Même chose avec les applications qui équipent les employés de la logistique ou ceux de la réparation, contrôlés en continue, les laissant avec de moins en moins de marge de manœuvre. Dans la restauration ou le commerce, le management algorithmique est d’abord utilisé pour pallier au très fort turnover des employés, comme le disait Madison Van Oort. L’évaluation y est permanente, que ce soit depuis les clients qui notent les travailleurs ou depuis les calculs de productivité qui comparent la productivité des travailleurs les uns avec les autres. Les systèmes disciplinent les travailleurs, comme l’expliquait la sociologue Karen Levy ou le chercheur Wolfie Christl. Elle produit les cadences. Licenciements, récompenses, promotions et pénalités sont désormais alignés aux performances. L’évaluation sert à produire les comportements attendus, comme le montrait Sophie Bernard dans UberUsés : le capitalisme racial de plateforme (Puf, 2023).

    Mais il n’y a pas que les employés du bas de l’échelle qui sont ubérisés par ces contrôles automatisés, rappelle Carbonell. Les managers eux-mêmes sont désormais les exécutants de ce que leur disent les données. « Ils ne gèrent pas les travailleurs, ils appliquent ce que le système informatique leur dicte ». Et Carbonell de conclure en rappelant que notre patron n’est pas un algorithme. Dans le taylorisme augmenté, « l’asymétrie d’information devient une asymétrie de pouvoir ». L’asymétrie de l’information est le produit de la division du travail et celle-ci s’accentue avec des outils qui permettent d’atomiser le collectif et de mettre en concurrence les employés entre eux en les évaluant les uns par rapport aux autres.

    Cette asymétrie n’est pas accidentelle, au contraire. Elle permet d’empêcher les collectifs de travail de contester les décisions prises. Sans droit de regard sur les données collectées et sur les modalités d’organisation des calculs, sans possibilité de réappropriation et donc sans discussion sur l’accès aux données des entreprises par les collectifs, rien n’évoluera. Comme le rappelle Carbonell, en Allemagne, l’introduction de nouvelles technologies qui surveillent la performance des travailleurs doit être validée par les comités d’entreprise où siègent les représentants du personnel. En France aussi, la négociation collective s’est timidement emparée du sujet. Le Centre d’études de l’emploi et du travail avait d’ailleurs livré une analyse des accords d’entreprise français signés entre 2017 et 2024 qui mentionnent l’IA. Depuis 2017, un peu moins d’un accord sur mille fait référence à l’IA, ceux-ci insistent particulièrement sur la préservation de l’emploi.

    L’IA, moteur de #déresponsabilisation

    Pour l’instant, explique Juan Sebastian Carbonell, l’IA est surtout un moteur de déresponsabilisation des patrons. Les entreprises ont recours à des systèmes tiers pour établir ces surveillances et contrôles. Ce qui permet une forme de dispersion de la responsabilité, comme l’évoquait le professeur de droit d’Oxford, Jeremias Adams-Prassl, tout en « concentrant le contrôle » (voir également son livre, L’ubérisation du travail, Dalloz, 2021).

    « De la même façon que, dans les configurations de l’emploi précaire, avec leurs schémas de sous-traitance en cascade, il est difficile d’établir qui est l’employeur responsable, l’usage d’IA dans la gestion de la main-d’œuvre brouille les frontières de la responsabilité », rappelle le sociologue. « Si les systèmes de contrôle (direct, technique, bureaucratique et algorithmique) se succèdent, c’est parce qu’ils rencontrent toujours des limites, correspondant aux résistances des travailleurs et de leurs organisations ». Pourtant, à mesure que le panoptique se referme, les résistances deviennent de plus en plus difficiles, faute de marge de manœuvre.

    Pour Carbonell, un renouveau luddite aurait toute sa place aujourd’hui, pour donner aux individus et aux collectifs les moyens de garder un contrôle sur l’organisation du travail, pour réouvrir des marges de manœuvre. Reste que le « luddisme diffus » qui émerge à l’égard de l’IA ne s’incarne pas dans un mouvement de masse ancré dans les mondes du travail, mais au mieux « dans un rejet individuel et une approche morale de l’IA », voire dans une vision technique et éthique qui consiste à améliorer les calculs plus qu’à les rendre redevables. Les travailleurs ont pourtant de bonnes raisons de s’opposer au changement technologique au travail, conclut le sociologue, surtout quand il ne vient plus accompagné de progrès sociaux mais au contraire de leurs délitements, comme une solution de remplacement bon marché de l’Etat Providence, disaient la linguiste Emily Bender et la sociologue Alex Hanna dans leur récent livre, The AI Con (HarperCollins, 2025). Avec l’IA et l’ubérisation s’impose un monde où les statuts protecteurs du travail reculent.

    L’appropriation collective des moyens de production n’est plus une promesse pour transformer le monde. Il ne peut y avoir de chaîne de montage socialiste, car « il n’y a rien de potentiellement émancipateur dans la dissociation entre la conception et l’exécution ». Peut-on imaginer une IA qui nous aide à sortir de Taylor plutôt que de nous y enfermer ?, questionne le sociologue en conclusion. Une IA qui rende du pouvoir aux travailleurs, qui leur permette de concevoir et d’exécuter, qui leur rende du métier plutôt qu’elle ne les en dépossède.

    Pour l’instant, on ne l’a pas encore aperçu !

    ►https://danslesalgorithmes.net/2025/10/02/ia-et-travail-on-ne-sait-pas-qui-sera-remplace-mais-on-sait-que-
    #remplacement #dégradation #conditions_de_travail #AI #intelligence_artificielle #taylorisme #productivité
    #à_lire

    • Le Futur du travail

      Le travail est un inépuisable objet de fantasmes. On annonce sa disparition prochaine sous l’effet d’un « #grand_remplacement_technologique », on prophétise la fin imminente du #salariat, on rêve d’une existence définitivement débarrassée de cette servitude. Fait significatif, les futurologues consacrés et les apologistes du monde tel qu’il va n’ont absolument pas le monopole de ce discours, tout aussi bien tenu par les plus féroces critiques du capitalisme. À chaque révolution technologique ses mirages. Car il y a loin, très loin, de ces anticipations à la réalité. Le travail humain conserve en effet une place centrale dans nos sociétés. Simplement, ses frontières et le périmètre des populations qu’il concerne se déplacent : ce n’est donc pas à une #précarisation généralisée que l’on assiste, mais à l’émergence d’un #nouveau_prolétariat du numérique et de la logistique, dans des économies bouleversées par l’essor des géants de la #Big_tech.

      ►https://www.editionsamsterdam.fr/le-futur-du-travail
      #livre

    • #Observatoire sur l’IA et le travail dans l’#économie_numérique

      L’Observatoire de l’OIT sur l’intelligence artificielle (IA) et le travail dans l’économie numérique est une plateforme de connaissances sur les dimensions du travail liées à l’IA et de l’économie numérique. Son objectif est d’aider les gouvernements et les partenaires sociaux à comprendre et à gérer la transformation numérique du travail.

      ▻https://www.youtube.com/watch?v=Rdn88pUHNmo&embeds_referring_euri=https%3A%2F%2Fwww.ilo.org%2F&sour


      ►https://www.ilo.org/fr/artificial-intelligence-and-work-digital-economy
      #OIT #ILO

    • Sludge : de la dégradation volontaire du service client

      Le numérique est-il responsable de la dégradation du service client ?

      Dans The Atlantic, Chris Colin raconte le moment où il a eu un problème avec l’électronique de sa Ford. La direction se bloque, plus possible de ne rien faire. Son garagiste reboot le système sans chercher plus loin. Inquiet que le problème puisse se reproduire, Colin fait plusieurs garagistes, contacte Ford. On promet de le rappeler. Rien. A force de volonté, il finit par avoir un responsable qui lui explique qu’à moins que « le dysfonctionnement du véhicule puisse être reproduit et ainsi identifié, la garantie ne s’applique pas ». Colin multiplie les appels, au constructeur, à son assureur… Tout le monde lui dit de reprendre le volant. Lui persévère. Mais ses appels et mails sont renvoyés jusqu’à ne jamais aboutir. Il n’est pas le seul à qui ce genre de démêlés arrive. Une connaissance lui raconte le même phénomène avec une compagnie aérienne contre laquelle elle se débat pour tenter de se faire rembourser un voyage annulé lors du Covid. D’autres racontent des histoires kafkaïennes avec Verizon, Sonos, Airbnb, le Fisc américain… « Pris séparément, ces tracas étaient des anecdotes amusantes. Ensemble, elles suggèrent autre chose ».

      Quelque soit le service, partout, le service client semble être passé aux abonnées absents. Le temps où les services clients remboursaient ou échangaient un produit sans demander le moindre justificatif semble lointain. En 2023, l’enquête nationale sur la colère des consommateurs américains avait tous ses chiffres au rouge. 74% des clients interrogés dans ce sondage ont déclaré avoir rencontré un problème avec un produit ou un service au cours de l’année écoulée, soit plus du double par rapport à 1976. Face à ces difficultés, les clients sont de plus en plus agressifs et en colère. L’incivilité des clients est certainement la réponse à des services de réclamation en mode dégradés quand ils ne sont pas aux abonnés absents.
      Dégradation du service client : le numérique est-il responsable ?

      Dans leur best-seller Nudge, paru en 2008, le juriste Cass Sunstein et l’économiste Richard Thaler ont mobilisé des recherches en sciences du comportement pour montrer comment de petits ajustements pouvaient nous aider à faire de meilleurs choix, définissant de nouvelles formes d’intervention pour accompagner des politiques pro-sociales (voir l’article que nous consacrions au sujet, il y a 15 ans). Dans leur livre, ils évoquaient également l’envers du nudge, le sludge : des modalités de conception qui empêchent et entravent les actions et les décisions. Le sludge englobe une gamme de frictions telles que des formulaires complexes, des frais cachés et des valeurs par défaut manipulatrices qui augmentent l’effort, le temps ou le coût requis pour faire un choix, profitant souvent au concepteur au détriment de l’intérêt de l’utilisateur. Cass Sunstein a d’ailleurs fini par écrire un livre sur le sujet en 2021 : Sludge. Il y évoque des exigences administratives tortueuses, des temps d’attente interminables, des complications procédurales excessives, voire des impossibilités à faire réclamation qui nous entravent, qui nous empêchent… Des modalités qui ne sont pas sans faire écho à l’emmerdification que le numérique produit, que dénonce Cory Doctorow. Ou encore à l’âge du cynisme qu’évoquaient Tim O’Reilly, Illan Strauss et Mariana Mazzucato en expliquant que les plateformes se focalisent désormais sur le service aux annonceurs plus que sur la qualité de l’expérience utilisateur… Cette boucle de prédation qu’est devenu le marketing numérique.

      L’une des grandes questions que posent ces empêchements consiste d’ailleurs à savoir si le numérique les accélère, les facilite, les renforce.

      Le sludge a suscité des travaux, rappelle Chris Colin. Certains ont montré qu’il conduit des gens à renoncer à des prestations essentielles. « Les gens finissent par payer ce contre quoi ils n’arrivent pas à se battre, faute d’espace pour contester ou faire entendre leur problème ». En l’absence de possibilité de discussion ou de contestation, vous n’avez pas d’autre choix que de vous conformer à ce qui vous est demandé. Dans l’application que vous utilisez pour rendre votre voiture de location par exemple, vous ne pouvez pas contester les frais que le scanneur d’inspection automatisé du véhicule vous impute automatiquement. Vous n’avez pas d’autre choix que de payer. Dans d’innombrables autres, vous n’avez aucune modalité de contact. C’est le fameux no-reply, cette communication sans relation que dénonçait Thierry Libaert pour la fondation Jean Jaurès – qui n’est d’ailleurs pas propre aux services publics. En 2023, Propublica avait montré comment l’assureur américain Cigna avait économisé des millions de dollars en rejetant des demandes de remboursement sans même les faire examiner par des médecins, en pariant sur le fait que peu de clients feraient appels. Même chose chez l’assureur santé américain NaviHealth qui excluait les clients dont les soins coûtaient trop cher, en tablant sur le fait que beaucoup ne feraient pas appels de la décision, intimidés par la demande – alors que l’entreprise savait que 90 % des refus de prise en charge sont annulés en appel. Les refus d’indemnisation, justifiés ou non, alimentent la colère que provoquent déjà les refus de communication. La branche financement de Toyota aux Etats-Unis a été condamnée pour avoir bloqué des remboursements et mis en place, délibérément, une ligne d’assistance téléphonique « sans issue » pour l’annulation de produits et services. Autant de pratiques difficiles à prouver pour les usagers, qui se retrouvent souvent très isolés quand leurs réclamations n’aboutissent pas. Mais qui disent que la pratique du refus voire du silence est devenue est devenue une technique pour générer du profit.
      Réduire le coût des services clients

      En fait, expliquaient déjà en 2019 les chercheurs Anthony Dukes et Yi Zhu dans la Harvard Business Review : si les services clients sont si mauvais, c’est parce qu’en l’étant, ils sont profitables ! C’est notamment le cas quand les entreprises détiennent une part de marché importante et que leurs clients n’ont pas de recours. Les entreprises les plus détestées sont souvent rentables (et, si l’on en croit un classement américain de 2023, beaucoup d’entre elles sont des entreprises du numérique, et plus seulement des câblo-opérateurs, des opérateurs télécom, des banques ou des compagnies aériennes). Or, expliquent les chercheurs, « certaines entreprises trouvent rentable de créer des difficultés aux clients qui se plaignent ». En multipliant les obstacles, les entreprises peuvent ainsi limiter les plaintes et les indemnisations. Les deux chercheurs ont montré que cela est beaucoup lié à la manière dont sont organisés les centres d’appels que les clients doivent contacter, notamment le fait que les agents qui prennent les appels aient des possibilités de réparation limitées (ils ne peuvent pas rembourser un produit par exemple). Les clients insistants sont renvoyés à d’autres démarches, souvent complexes. Pour Stéphanie Thum, une autre méthode consiste à dissimuler les possibilités de recours ou les noyer sous des démarches complexes et un jargon juridique. Dukes et Zhu constatent pourtant que limiter les coûts de réclamation explique bien souvent le fait que les entreprises aient recours à des centres d’appels externalisés. C’est la piste qu’explore d’ailleurs Chris Colin, qui rappelle que l’invention du distributeur automatique d’appels, au milieu du XXe siècle a permis d’industrialiser le service client. Puis, ces coûteux services ont été peu à peu externalisés et délocalisés pour en réduire les coûts. Or, le principe d’un centre d’appel n’est pas tant de servir les clients que de « les écraser », afin que les conseillers au téléphone passent le moins de temps possible avec chacun d’eux pour répondre au plus de clients possibles.

      C’est ce que raconte le livre auto-édité d’Amas Tenumah, Waiting for Service : An Insider’s Account of Why Customer Service Is Broken + Tips to Avoid Bad Service (En attente de service : témoignage d’un initié sur les raisons pour lesquelles le service client est défaillant + conseils pour éviter un mauvais service, 2021). Amas Tenumah (blog, podcast), qui se présente comme « évangéliste du service client », explique qu’aucune entreprise ne dit qu’elle souhaite offrir un mauvais service client. Mais toutes ont des budgets dédiés pour traiter les réclamations et ces budgets ont plus tendance à se réduire qu’à augmenter, ce qui a des conséquences directes sur les remboursements, les remises et les traitements des plaintes des clients. Ces objectifs de réductions des remboursements sont directement transmis et traduits opérationnellement auprès des agents des centres d’appels sous forme d’objectifs et de propositions commerciales. Les call centers sont d’abord perçus comme des centres de coûts pour ceux qui les opèrent, et c’est encore plus vrai quand ils sont externalisés.
      Le service client vise plus à nous apaiser qu’à nous satisfaire

      Longtemps, la mesure de la satisfaction des clients était une mesure sacrée, à l’image du Net Promoter Score imaginé au début 2000 par un consultant américain qui va permettre de généraliser les systèmes de mesure de satisfaction (qui, malgré son manque de scientificité et ses innombrables lacunes, est devenu un indicateur clé de performance, totalement dévitalisé). « Les PDG ont longtemps considéré la fidélité des clients comme essentielle à la réussite d’une entreprise », rappelle Colin. Mais, si tout le monde continue de valoriser le service client, la croissance du chiffre d’affaires a partout détrôné la satisfaction. Les usagers eux-mêmes ont lâché l’affaire. « Nous sommes devenus collectivement plus réticents à punir les entreprises avec lesquelles nous faisons affaire », déclare Amas Tenumah : les clients les plus insatisfaits reviennent à peine moins souvent que les clients les plus satisfaits. Il suffit d’un coupon de réduction de 20% pour faire revenir les clients. Les clients sont devenus paresseux, à moins qu’ils n’aient plus vraiment le choix face au déploiement de monopoles effectifs. Les entreprises ont finalement compris qu’elles étaient libres de nous traiter comme elles le souhaitent, conclut Colin. « Nous sommes entrés dans une relation abusive ». Dans son livre, Tenumah rappelle que les services clients visent bien plus « à vous apaiser qu’à vous satisfaire »… puisqu’ils s’adressent aux clients qui ont déjà payé ! Il est souvent le premier département où une entreprise va chercher à réduire les coûts.

      Dans nombre de secteurs, la fidélité est d’ailleurs assez mal récompensée : les opérateurs réservent leurs meilleurs prix et avantages aux nouveaux clients et ne proposent aux plus fidèles que de payer plus pour de nouvelles offres. Une opératrice de centre d’appel, rappelle que les mots y sont importants, et que les opérateurs sont formés pour éluder les réclamations, les minorer, proposer la remise la moins disante… Une autre que le fait de tomber chaque fois sur une nouvelle opératrice qui oblige à tout réexpliquer et un moyen pour pousser les gens à l’abandon.
      La complexité administrative : un excellent outil pour invisibiliser des objectifs impopulaires

      Dans son livre, Sunstein explique que le Sludge donne aux gens le sentiment qu’ils ne comptent pas, que leur vie ne compte pas. Pour la sociologue Pamela Herd et le politologue Donald Moynihan, coauteurs de Administrative Burden : Policymaking by Other Means (Russel Sage Foundation, 2019), le fardeau administratif comme la paperasserie complexe, les procédures confuses entravent activement l’accès aux services gouvernementaux. Plutôt que de simples inefficacités, affirment les auteurs, nombre de ces obstacles sont des outils politiques délibérés qui découragent la participation à des programmes comme Medicaid, empêchent les gens de voter et limitent l’accès à l’aide sociale. Et bien sûr, cette désorganisation volontaire touche de manière disproportionnée les gens les plus marginalisés. « L’un des effets les plus insidieux du sludge est qu’il érode une confiance toujours plus faible dans les institutions », explique la sociologue. « Une fois ce scepticisme installé, il n’est pas difficile pour quelqu’un comme Elon Musk de sabrer le gouvernement sous couvert d’efficacité »… alors que les coupes drastiques vont surtout compliquer la vie de ceux qui ont besoin d’aide. Mais surtout, comme l’expliquaient les deux auteurs dans une récente tribune pour le New York Times, les réformes d’accès, désormais, ne sont plus lisibles, volontairement. Les coupes que les Républicains envisagent pour l’attribution de Medicaid ne sont pas transparentes, elles ne portent plus sur des modifications d’éligibilité ou des réductions claires, que les électeurs comprennent facilement. Les coupes sont désormais opaques et reposent sur une complexité administrative renouvelée. Alors que les Démocrates avaient œuvré contre les lourdeurs administratives, les Républicains estiment qu’elles constituent un excellent outil politique pour atteindre des objectifs politiques impopulaires.

      Augmenter le fardeau administratif devient une politique, comme de pousser les gens à renouveler leur demande 2 fois par an plutôt qu’une fois par an. L’enjeu consiste aussi à développer des barrières, comme des charges ou un ticket modérateur, même modique, qui permet d’éloigner ceux qui ont le plus besoin de soins et ne peuvent les payer. Les Républicains du Congrès souhaitent inciter les États à alourdir encore davantage les formalités administratives. Ils prévoient d’alourdir ainsi les sanctions pour les États qui commettent des erreurs d’inscription, ce qui va les encourager à exiger des justificatifs excessifs – alors que là bas aussi, l’essentiel de la fraude est le fait des assureurs privés et des prestataires de soins plutôt que des personnes éligibles aux soins. Les Républicains affirment que ces contraintes servent des objectifs politiques vertueux, comme la réduction de la fraude et de la dépendance à l’aide sociale. Mais en vérité, « la volonté de rendre l’assurance maladie publique moins accessible n’est pas motivée par des préoccupations concernant l’intérêt général. Au contraire, les plus vulnérables verront leur situation empirer, tout cela pour financer une baisse d’impôts qui profite principalement aux riches ».

      Dans un article pour The Atlantic de 2021, Annie Lowrey évoquait le concept de Kludgeocracrie du politologue Steven Teles, pour parler de la façon dont étaient bricolés les programmes de prestations en faisant reposer sur les usagers les lourdeurs administratives. Le but, bien souvent, est que les prestations sociales ne soient pas faciles à comprendre et à recevoir. « Le gouvernement rationne les services publics par des frictions bureaucratiques déroutantes et injustes. Et lorsque les gens ne reçoivent pas l’aide qui leur est destinée, eh bien, c’est leur faute ». « C’est un filtre régressif qui sape toutes les politiques progressistes que nous avons ». Ces politiques produisent leurs propres économies. Si elles alourdissent le travail des administrations chargées de contrôler les prestations, elles diminuent mécaniquement le volume des prestations fournies.

      Le mille-feuille de l’organisation des services publics n’explique pas à lui seul la raison de ces complexités. Dans un livre dédié au sujet (The Submerged State : How Invisible Government Policies Undermine American Democracy, University of Chicago Press, 2011), la politologue Suzanne Mettler soulignait d’ailleurs, que les programmes destinés aux plus riches et aux entreprises sont généralement plus faciles à obtenir, automatiques et garantis. « Il n’est pas nécessaire de se prosterner devant un conseiller social pour bénéficier des avantages d’un plan d’épargne-études. Il n’est pas nécessaire d’uriner dans un gobelet pour obtenir une déduction fiscale pour votre maison, votre bateau ou votre avion… ». « Tant et si bien que de nombreuses personnes à revenus élevés, contrairement aux personnes pauvres, ne se rendent même pas compte qu’elles bénéficient de programmes gouvernementaux ». Les 200 milliards d’aides publiques aux entreprises en France, distribués sans grand contrôle, contrastent d’une manière saisissante avec la chasse à la fraude des plus pauvres, bardés de contrôles. Selon que vous êtes riches ou pauvres, les lourdeurs administratives ne sont pas distribuées équitablement. Mais toutes visent d’abord à rendre l’État dysfonctionnel.

      L’article d’Annie Lowrey continue en soulignant bien sûr qu’une meilleure conception et que la simplification sont à portée de main et que certaines agences américaines s’y sont attelé et que cela a porté ses fruits. Mais, le problème n’est plus celui-là me semble-t-il. Voilà longtemps que les effets de la simplification sont démontrés, cela n’empêche pas, bien souvent, ni des reculs, ni une fausse simplification. Le contrôle reste encore largement la norme, même si partout on constate qu’il produit peu d’effets (comme le montraient les sociologues Claire Vivès, Luc Sigalo Santos, Jean-Marie Pillon, Vincent Dubois et Hadrien Clouet, dans leur livre sur le contrôle du chômage, Chômeurs, vos papiers ! – voir notre recension). Il est toujours plus fort sur les plus démunis que sur les plus riches et la tendance ne s’inverse pas, malgré les démonstrations.

      Et le déferlement de l’IA pour le marketing risque de continuer à dégrader les choses. Pour Tenumah, l’arrivée de services clients gérés par l’IA vont leur permettre peut-être de coûter moins cher aux entreprises, mais ils ne vont répondre à aucune attente.

      La résistance au Sludge s’organise bien sûr. Des réglementations, comme la règle « cliquez pour annuler » que promeut la FTC américaine, vise à éliminer les obstacles à la résiliation des abonnements. L’OCDE a développé, elle, une internationale Sludge Academy pour développer des méthodes d’audits de ce type de problème, à l’image de la méthodologie développée par l’unité comportemementale du gouvernement australien. Mais la régulation des lacunes des services clients est encore difficile à mettre en œuvre.

      Le cabinet Gartner a prédit que d’ici 2028, l’Europe inscrira dans sa législation le droit à parler à un être humain. Les entreprises s’y préparent d’ailleurs, puisqu’elles estiment qu’avec l’IA, ses employés seront capables de répondre à toutes les demandes clients. Mais cela ne signifie pas qu’elles vont améliorer leur relation commerciale. On l’a vu, il suffit que les solutions ne soient pas accessibles aux opérateurs des centres d’appels, que les recours ne soient pas dans la liste de ceux qu’ils peuvent proposer, pour que les problèmes ne se résolvent pas. Faudra-t-il aller plus loin ? Demander que tous les services aient des services de médiation ? Que les budgets de services clients soient proportionnels au chiffre d’affaires ?

      Avec ses amis, Chris Colin organise désormais des soirées administratives, où les gens se réunissent pour faire leurs démarches ensemble afin de s’encourager à les faire. L’idée est de socialiser ces moments peu intéressants pour s’entraider à les accomplir et à ne pas lâcher l’affaire.

      Après plusieurs mois de discussions, Ford a fini par proposer à Chris de racheter sa voiture pour une somme équitable.
      Dégradation du service client ? La standardisation en question

      Pour autant, l’article de The Atlantic ne répond pas pleinement à la question de savoir si le numérique aggrave le Sludge. Les pratiques léontines des entreprises ne sont pas nouvelles. Mais le numérique les attise-t-elle ?

      « Après avoir progressé régulièrement pendant deux décennies, l’indice américain de satisfaction client (ACSI), baromètre du contentement, a commencé à décliner en 2018. Bien qu’il ait légèrement progressé par rapport à son point bas pendant la pandémie, il a perdu tous les gains réalisés depuis 2006 », rappelle The Economist. Si la concentration et le développement de monopoles explique en partie la dégradation, l’autre raison tient au développement de la technologie, notamment via le développement de chatbots, ces dernières années. Mais l’article finit par reprendre le discours consensuel pour expliquer que l’IA pourrait améliorer la relation, alors qu’elle risque surtout d’augmenter les services clients automatisés, allez comprendre. Même constat pour Claer Barrett, responsable de la rubrique consommateur au Financial Times. L’envahissement des chatbots a profondément dégradé le service client en empêchant les usagers d’accéder à ce qu’ils souhaitent : un humain capable de leur fournir les réponses qu’ils attendent. L’Institute of Customer Service (ICS), un organisme professionnel indépendant qui milite pour une amélioration des normes de la satisfaction client, constate néanmoins que celle-ci est au plus bas depuis 9 ans dans tous les secteurs de l’économie britannique. En fait, les chatbots ne sont pas le seul problème : même joindre un opérateur humain vous enferme également dans le même type de scripts que ceux qui alimentent les chatbots, puisque les uns comme les autres ne peuvent proposer que les solutions validées par l’entreprise. Le problème repose bien plus sur la normalisation et la standardisation de la relation qu’autre chose.

      « Les statistiques des plaintes des clients sont très faciles à manipuler », explique Martyn James, expert en droits des consommateurs. Vous pourriez penser que vous êtes en train de vous plaindre au téléphone, dit-il, mais si vous n’indiquez pas clairement que vous souhaitez déposer une plainte officielle, celle-ci risque de ne pas être comptabilisée comme telle. Et les scripts que suivent les opérateurs et les chatbots ne proposent pas aux clients de déposer plainte… Pourquoi ? Légalement, les entreprises sont tenues de répondre aux plaintes officielles dans un délai déterminé. Mais si votre plainte n’est pas officiellement enregistrée comme telle, elles peuvent traîner les pieds. Si votre plainte n’est pas officiellement enregistrée, elle n’est qu’une réclamation qui se perd dans l’historique client, régulièrement vidé. Les consommateurs lui confient que, trop souvent, les centres d’appels n’ont aucune trace de leur réclamation initiale.

      Quant à trouver la page de contact ou du service client, il faut la plupart du temps cinq à dix clics pour s’en approcher ! Et la plupart du temps, vous n’avez accès qu’à un chat ou une ligne téléphonique automatisée. Pour Martyn James, tous les secteurs ont réduit leur capacité à envoyer des mails autres que marketing et la plupart n’acceptent pas les réponses. Et ce alors que ces dernières années, de nombreuses chaînes de magasins se sont transformées en centres de traitement des commandes en ligne, sans investir dans un service client pour les clients distants.
      « Notre temps ne leur coûte rien »

      « Notre temps ne leur coûte rien », rappelle l’expert. Ce qui explique que nous soyons contraints d’épuiser le processus automatisé et de nous battre obstinément pour parler à un opérateur humain qui fera son maximum pour ne pas enregistrer l’interaction comme une plainte du fait des objectifs qu’il doit atteindre. Une fois les recours épuisés, reste la possibilité de saisir d’autres instances, mais cela demande de nouvelles démarches, de nouvelles compétences comme de savoir qu’un médiateur peut exister, voire porter plainte en justice… Autant de démarches qui ne sont pas si accessibles.

      Les défenseurs des consommateurs souhaitent que les régulateurs puissent infliger des amendes beaucoup plus lourdes aux plus grands contrevenants des services clients déficients. Mais depuis quels critères ?

      Investir dans un meilleur service client a clairement un coût. Mais traiter les plaintes de manière aussi inefficace en a tout autant. Tous secteurs confondus, le coût mensuel pour les entreprises britanniques du temps consacré par leurs employés à la gestion des problèmes clients s’élève à 8 milliards d’euros, selon l’ICS. Si les entreprises commençaient à mesurer cet impact de cette manière, cela renforcerait-il l’argument commercial en faveur d’un meilleur service ?, interroge Claer Barrett.

      Au Royaume-Uni, c’est le traitement des réclamations financières qui offre le meilleur service client, explique-t-elle, parce que la réglementation y est beaucoup plus stricte. A croire que c’est ce qui manque partout ailleurs. Pourtant, même dans le secteur bancaire, le volume de plaintes reste élevé. Le Financial Ombudsman Service du Royaume-Uni prévoit de recevoir plus de 181 000 plaintes de consommateurs au cours du prochain exercice, soit environ 10 % de plus qu’en 2022-2023. Les principales plaintes à l’encontre des banques portent sur l’augmentation des taux d’intérêts sur les cartes de crédits et la débancarisation (voir notre article). Une autre part importante des plaintes concerne les dossiers de financement automobiles, et porte sur des litiges d’évaluation de dommages et des retards de paiements.

      Pourtant, selon l’ICS, le retour sur investissement d’un bon service client reste fort. « D’après les données collectées entre 2017 et 2023, les entreprises dont le score de satisfaction client était supérieur d’au moins un point à la moyenne de leur secteur ont enregistré une croissance moyenne de leur chiffre d’affaires de 7,4 % ». Mais, celles dont le score de satisfaction est inférieur d’un point à la moyenne, ont enregistré également une croissance de celui-ci du niveau de la moyenne du secteur. La différence n’est peut-être pas suffisamment sensible pour faire la différence. Dans un monde en ligne, où le client ne cesse de s’éloigner des personnels, la nécessité de créer des liens avec eux devrait être plus importante que jamais. Mais, l’inflation élevée de ces dernières années porte toute l’attention sur le prix… et ce même si les clients ne cessent de déclarer qu’ils sont prêts à payer plus cher pour un meilleur service.

      La morosité du service client est assurément à l’image de la morosité économique ambiante.

      ►https://danslesalgorithmes.net/2025/09/11/sludge-de-la-degradation-volontaire-du-service-client

  • IA en Europe : réguler ne suffit plus, il faut désormais innover - Polytechnique Insights
    ▻https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/digital/ia-en-europe-reguler-ne-suffit-plus-il-faut-desormais-innove

    Valérie Peugeot
    professeure affiliée à Sciences-Po Paris, spécialiste des communs numériques
    En bref

    Les États-Unis détiennent un monopole dans le domaine du numérique grâce à des investissements massifs et à des choix technologiques stratégiques.
    L’Europe investit aujourd’hui dans le numérique par le biais de la recherche, notamment à travers ses programmes-cadres et les réglementations adoptées.
    Cependant, l’exemple du Health Data Hub illustre le fait que l’Europe a mis trop de temps à prendre conscience de sa forte dépendance au numérique américain.
    Pour combler son retard, le paradigme des communs numériques est une solution possible : en France, le secteur public s’y intéresse de plus en plus.
    Les communs numériques permettent de renforcer l’autonomie stratégique, de tirer parti de l’intelligence collective et de favoriser une dynamique de coproduction avec les usagers.

    « Arrê­tons de con­som­mer améri­cain ! » Ce mot d’ordre, assez tranché, sem­ble avoir un tant soit peu cir­culé à la suite des annonces de tar­ifs douaniers de Don­ald Trump : 20 % pour les impor­ta­tions en prove­nance de l’Europe. Les marchés ont vive­ment réa­gi et les pro­duc­teurs du vieux con­ti­nent se sont inquiétés. L’Union européenne s’est par ailleurs empressée de réa­gir, mis­ant sur des négo­ci­a­tions jugées encore pos­si­bles. En sus­pens pour quelques mois, la sit­u­a­tion a tout de même mis en avant un cer­tain déséquili­bre com­mer­cial entre les deux alliés his­toriques. Les Améri­cains achè­tent bien plus de pro­duits européens que les Européens n’achètent de pro­duits améri­cains — avec un excé­dent com­mer­cial à hau­teur de 227 mil­liards de dol­lars1. Coca-Cola, ou McDonald’s par exem­ple, des emblèmes améri­cains, ont la plu­part de leur pro­duc­tion en Europe. Dif­fi­cile donc pour les États-Unis de rétor­quer sur des tar­ifs douaniers dans les négociations.

    Notre dépen­dance vis-à-vis du marché améri­cain est plus sub­tile, elle se niche dans l’immatériel : le numérique. Main­tenant que nous avons pu voir en quoi cette dépen­dance s’est instal­lée jusqu’à influ­encer nos poli­tiques internes, Valérie Peu­geot, pro­fesseure affil­iée à Sci­ences Po Paris, dont les travaux por­tent notam­ment sur les com­muns numériques, nous pro­pose des clefs de réflex­ion pour se détach­er de ce qua­si-mono­pole. « Sur le numérique, nous avons lais­sé le boule­vard ouvert aux États-Unis, chez qui il y a eu des investisse­ments con­séquents autour de choix tech­nologiques stratégiques, explique-t-elle. Cela dès le début d’Internet, et l’histoire peu con­nue de Louis Pouzin2le démon­tre. »
    « L’Europe régule, les États-Unis innovent » ?

    L’économie du numérique a suivi une tra­jec­toire pour le moins sin­gulière, sus­ci­tant, dans un pre­mier temps, la méfi­ance des investis­seurs. Le cas d’Amazon le mon­tre bien, avec des années de pertes finan­cières qui ont finale­ment amené à l’émergence d’une des entre­pris­es les plus puis­santes au monde. Ce mod­èle de crois­sance ne vise pas une rentabil­ité immé­di­ate, il est plutôt fondé sur le principe du « win­ner takes all » qui per­met d’asseoir une dom­i­na­tion à long terme. Ceci pour­rait expli­quer le désen­gage­ment des pou­voirs publics européens : « Pour le numérique, à l’inverse de ce qui a pu être fait avec des sociétés comme Air­bus, il y a eu un manque de poli­tique indus­trielle de la part de l’Europe, estime Valérie Peu­geot. Car même si his­torique­ment, les États-Unis ont tou­jours été con­sid­érés comme les chantres du libéral­isme économique, en réal­ité, il y a tou­jours eu des investisse­ments mas­sifs dans le numérique de la part des pou­voirs publics. Der­rière Inter­net, par exem­ple, il y avait la DARPA3et ses 25 mil­lions de dol­lars investis dans l’ARPANET de 1966 à 1975 – l’ancêtre du Web. »

    Tout cela amène à l’idée, très répan­due et ample­ment réfutée par la chercheuse, que les États-Unis finan­cent l’innovation pen­dant que l’Union européenne régule. « D’une part, l’Europe investit aus­si mas­sive­ment dans la recherche, à tra­vers ses pro­grammes-cadres. Par ailleurs, tous les règle­ments européens adop­tés récem­ment, comme l’AI Act (régu­la­tion des intel­li­gences arti­fi­cielles), le DGA (règle­ment sur la gou­ver­nance des don­nées), le DMA (règle­ment sur les marchés numériques) ou encore le DSA (règle­ment européen sur les ser­vices numériques) illus­trent, certes, une volon­té européenne de réguler ce marché, de résis­ter notam­ment à sa ten­dance monop­o­lis­tique, tout en par­tic­i­pant à créer de la sécu­rité juridique. Car le droit est aus­si un élé­ment de sécu­rité pour entre­pren­dre. »
    Le Health Data Hub, un exemple français

    Il sem­blerait tout de même que l’Europe ait mis trop de temps à se ren­dre compte de son « ultra-dépen­dance » au numérique améri­cain. L’exemple util­isé par Valérie Peu­geot pour appuy­er cette impres­sion est celui du Health Data Hub, qui a pour mis­sion de récupér­er les don­nées de san­té des patients, pour les ren­dre acces­si­bles à la recherche médi­cale, tout en assur­ant leur sécu­rité et pro­tégeant la vie privée des per­son­nes. « Ce ser­vice pub­lic de la don­née de san­té a été présen­té à la CNIL dès 2019–2020. Il a directe­ment été ques­tion d’utiliser la solu­tion Azure de Microsoft, ce qui a vive­ment fait réa­gir la Com­mis­sion : com­ment envis­ager de con­fi­er à un acteur soumis au droit états-unien des don­nées aus­si sen­si­bles ? se remé­more la chercheuse. Cepen­dant, en met­tant de côté la ques­tion de la pro­tec­tion de la vie privée, la ques­tion de la poli­tique indus­trielle reste posée : pourquoi le gou­verne­ment, dès le début de ce beau pro­jet, n’a pas choisi de fléch­er cet argent pub­lic vers une solu­tion européenne, certes cer­taine­ment bien moins puis­sante que celle de Microsoft, mais ce qui aurait per­mis pro­gres­sive­ment de réduire cet écart ? La com­mande publique comme levi­er d’autonomie stratégique a été sous-util­isée. »

    Tout l’argent investi dans une société états-uni­enne aurait pu l’être dans un acteur européen.

    Bien que Valérie Peu­geot sem­ble encore amère quant au choix ini­tial du gou­verne­ment, elle ne peut que se réjouir de la loi SREN, adop­tée en 2024, stip­u­lant que les don­nées de san­té des Français doivent être hébergées sur un cloud sou­verain et européen. « Avec cette loi, le Health Data Hub se décide, 5 ans plus tard, à chercher des solu­tions européennes, explique-t-elle. Mal­heureuse­ment, cela sig­ni­fie égale­ment une perte de temps. Tout l’argent investi dans une société états-uni­enne aurait pu l’être dans un acteur européen. Cette perte de temps n’a pu qu’accentuer notre retard à cet égard, les GAFAM générant des revenus qui leur per­me­t­tent de con­tin­uer à creuser l’écart qual­i­tatif qui nous enferme dans un cer­cle vicieux. »Aujourd’hui, le Health Data Hub devra trou­ver une solu­tion de tran­si­tion pour com­mencer à migr­er vers un acteur européen.
    Les communs numériques

    Mais alors, com­ment sor­tir de ce cer­cle vicieux ? Com­ment rat­trap­er le retard con­séquent dans lequel l’Europe s’est pro­gres­sive­ment enfon­cée ? Pour l’enseignante-chercheuse, la solu­tion pour­rait se trou­ver dans un choix osé, mais struc­turant : adopter un tout autre par­a­digme, celui des com­muns numériques. « Aujourd’hui, il y a trois manières de gér­er une ressource, con­sid­ère-t-elle. Il y a la pro­priété privée, la pro­priété publique et les com­muns, qui ne relèvent ni du privé ni du pub­lic et qui organ­isent des droits d’usages autour de la ressource. Les com­muns restent encore assez mar­gin­aux dans nos sociétés actuelles. » Cette notion ne date pour­tant pas d’hier. Les com­muns étaient un mode de ges­tion des ter­res, des forêts, des puits, des lavoirs ou encore des fours à pain extrême­ment répan­du jusqu’à la révo­lu­tion indus­trielle. Sans pour autant totale­ment élim­in­er le droit de pro­priété privée, il exis­tait un décou­plage entre la pro­priété du fonci­er et les droits d’usage : les paysans, notam­ment les plus pau­vres, avaient le droit de ramass­er du bois, de glan­er, d’amener leurs bêtes à paître sur les ter­res appar­tenant au Roi ou à la noblesse.

    « Cette ges­tion com­mu­nau­taire par les vil­la­geois a fini par dis­paraître sous l’influence de dif­férents penseurs libéraux à par­tir du 18e siè­cle : John Locke, Thomas Hobbes, Adam Smith, etc., explique Valérie Peu­geot. Ces penseurs ont pro­mu l’idée que la pro­priété est la con­di­tion sine qua non d’une économie et d’une société floris­santes. Cela, cou­plé à la révo­lu­tion indus­trielle, a con­duit à la pri­vati­sa­tion des ter­res gérées jusque-là en com­muns, ce qu’on appelle des enclo­sures. » Mais les com­muns revi­en­nent au goût du jour, portés entre autres par les tech­nolo­gies numériques, qui facili­tent la ges­tion partagée de ressources dématéri­al­isées et la con­sti­tu­tion de com­mu­nautés déter­ri­to­ri­al­isées. L’exemple le plus con­nu de com­mun numérique est bien enten­du Wikipé­dia, mais on peut citer aus­si Open­StreetMap, des logi­ciels libres comme Nextcloud (alter­na­tive alle­mande à Google Dri­ve, Drop­box ou iCloud), Peer­Tube (alter­na­tive française à YouTube) ou encore Mastodon (alter­na­tive alle­mande à X), etc. « Au cœur même d’Internet et du Web, il y a du com­mun. Les pro­to­coles de ces infra­struc­tures (TCP/IP, HTTP, HTML, CSS…) sont ouverts, non pro­prié­taires. C’est notam­ment ce qui a ren­du pos­si­ble l’explosion ful­gu­rante du Web en quelques années, assure-t-elle. N’importe qui, n’importe où, a pu créer un site web sans pay­er de rede­vance à qui que ce soit ! »

    C’est une manière de trans­former le ser­vice pub­lic, en pas­sant d’une logique descen­dante à une dynamique de copro­duc­tion avec les usagers.

    En France, le secteur pub­lic s’intéresse de plus en plus aux com­muns numériques. La DINUM (Direc­tion inter­min­istérielle du numérique) dis­pose d’une direc­tion « open source et com­muns numériques » ; le min­istère de l’éducation nationale a ouvert une « forge des com­muns numériques édu­cat­ifs » pour que la com­mu­nauté enseignante puisse partager out­ils et con­tenus péd­a­gogiques ; l’ADEME lance son troisième « appel à com­muns » pour encour­ager la résilience des ter­ri­toires ; l’IGN sou­tient les géo­com­muns, comme Panora­max (alter­na­tive française à Google Street View), sans par­ler des ini­tia­tives des col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales. « Plusieurs raisons jus­ti­fient l’intérêt de la puis­sance publique pour ce qu’on appelle des parte­nar­i­ats pub­lic-com­muns (PPC), insiste Valérie Peu­geot. Les com­muns sont d’abord une façon de gag­n­er en autonomie stratégique, de ne plus dépen­dre de four­nisseurs non européens. C’est ensuite une manière de béné­fici­er de l’intelligence des foules, celles des con­tribu­teurs à ces com­muns por­teurs d’une inno­va­tion au plus près des besoins col­lec­tifs. C’est enfin une manière de trans­former la cul­ture même du ser­vice pub­lic, en pas­sant d’une logique descen­dante à une dynamique de copro­duc­tion avec les usagers. »

    « Les com­muns con­stituent ain­si une résis­tance à un cap­i­tal­isme infor­ma­tion­nel car­ac­térisé par une accu­mu­la­tion et une con­cen­tra­tion de cap­i­tal sans équiv­a­lent dans l’histoire indus­trielle et plus récem­ment par une intru­sion sur la scène poli­tique », con­clut-elle. Ces alter­na­tives mon­trent donc qu’un autre par­a­digme est pos­si­ble : celui d’une inno­va­tion ascen­dante soutenue par la puis­sance publique, gou­vernée col­lec­tive­ment, et capa­ble de réduire pro­gres­sive­ment l’écart avec les géants du numérique sans pour autant les imiter.
    Pablo Andres

    1Don­nées offi­cielles du U.S. Cen­sus Bureau (cen​sus​.gov)↑
    2Louis Pouzin : l’homme qui n’a pas inven­té Inter­net – Le Monde↑
    3La Defense Advanced Research Projects est une agence du départe­ment de la Défense des États-Unis chargée de la recherche et développe­ment des nou­velles tech­nolo­gies des­tinées au départ à un usage mil­i­taire.↑

    #Economie_numérique #Communs_numérique #Stratégie_industrielle #Valérie_Peugeot

  • Big Tech Companies in the US Have Been Told Not to Apply the Digital Services Act | WIRED
    ▻https://www.wired.com/story/big-tech-companies-in-the-us-have-been-told-not-to-apply-the-digital-services
    ▻https://media.wired.com/photos/68add5195de41fa2c478515d/191:100/w_1280,c_limit/1293740005

    La « guerre du cyberespace » ne se limite pas à priver l’avion de la présidente de la Commission européenne d’accès au GPS, mais se déroule aussi à fleurets mouchetés...

    FTC chairman Andrew Ferguson wrote a scathing letter to companies including Google, Meta, and Apple, telling them not to apply the DSA if it jeopardizes the freedom of Americans.
    La Statua della libertà emerge da uno smartphone in forma di pixel
    La Statua della libertà emerge da uno smartphone in forma di pixelIllustration: Richard Drury; Getty Images

    Trouble is brewing for the Digital Services Act (DSA), the landmark European law governing big tech platforms. On August 21, the Federal Trade Commission (FTC), sent a scathing letter to a number of tech giants, including Google, Meta, Amazon, Microsoft, and Apple. The letter’s subject: the European Digital Services Act cannot be applied if it jeopardizes freedom of expression and, above all, the safety of US citizens.

    The opening of the letter—signed by FTC chairman Andrew Ferguson—features a prominent reference to the First Amendment of the US Constitution, namely freedom of speech: “Online platforms have become central to public debate, and the pervasive online censorship in recent years has outraged the American people. Not only have Americans been censored and banned from platforms for expressing opinions and beliefs not shared by a small Silicon Valley elite, but the previous administration actively worked to encourage such censorship.”
    The Trump Administration’s Lunge

    The Trump administration intends to reverse course, and it is in this direction that the attack on “foreign powers,” the European Union and in the United Kingdom, and in particular on the Digital Services Act and the Online Safety Act, begins. The letter also indirectly references GDPR, the European regulation on the protection of personal data, whose measures are “aimed at imposing censorship and weakening end-to-end encryption” with the result of a weakening of Americans’ freedoms, according to the letter.
    Privacy and End-to-End Encryption: The Issues on the Table

    In the letter, the US Antitrust Authority specifically asked the 13 companies to report “how they intend to comply with incorrect international regulatory requirements” (the deadline for scheduling a meeting was set for August 28) and recalled their “obligations towards American consumers under Section 5 of the Federal Trade Commission Act, which prohibits unfair or deceptive acts or practices” that could distort the market or compromise safety.

    Featured Video

    Political Scientist Answers China Questions

    And it is precisely on the security front, and especially on the adoption of end-to-end encryption, that the FTC calls big tech companies to order: “Companies that promise that their service is secure or encrypted, but fail to use end-to-end encryption where appropriate, may deceive consumers who reasonably expect this level of privacy.” Furthermore, “certain circumstances may require the use of end-to-end encryption, and failure to implement such measures may constitute an unfair practice.” The weakening of encryption or other security measures to comply with laws or requests from a foreign government may therefore violate Section 5 of the Federal Trade Commission Act, the document states.
    What Happens in Case of Disputes and Interference

    In a tweet on X, Ferguson wrote flatly that “if companies censor Americans or weaken privacy and communications security at the request of a foreign power, I will not hesitate to enforce the law.”

    “In a global society like the one we live in, overlaps and interferences between different legal systems are natural. Just think of those, in the opposite direction, between European privacy legislation and the famous American Cloud Act,” Guido Scorza, a member of the Italian Data Protection Authority, told WIRED. Scorza believes that in the event of significant discrepancies, “it will be up to the US government and the European Commission to identify corrective measures capable of guaranteeing the sovereignty, including digital, of each country.”

    This article originally appeared on Wired Italy and has been translated from Italian.

    #Liberté_expression #Economie_numérique #Europe_USA

  • Meta Has Already Won the Smart Glasses Race | WIRED
    ▻https://www.wired.com/story/meta-has-already-won-the-smart-glasses-race

    Forget smartphones. According to Zuck, the real interface of the future is what’s sitting on your nose. These AI-powered specs, he argues, will “see what we see, hear what we hear, and talk to us” in real time—offering a kind of digital copilot for everyday life. And if that vision sounds a little dystopian, it’s also very, very lucrative.

    Meta’s Ray-Ban smart glasses—built in collaboration with eyewear juggernaut EssilorLuxottica—have become a surprise hit. Since launching the second generation in October 2023, they’ve sold more than 2 million units. Sales tripled in Q2 2025 alone, helping drive Meta’s 22 percent year-over-year revenue growth. Zuckerberg has reportedly challenged teams to push that figure to 5 million by year’s end.

    Meta, for its part, is betting on convergence. The company sees a future where fashion and tech are inseparable. In a note titled “Personal Superintelligence,” Zuckerberg imagined a future where “personal devices like glasses that understand our context—because they can see what we see, hear what we hear and interact with us throughout the day—will become our primary computing devices.” That vision of AI-integrated eyewear shows just how deeply Meta believes the future will be both wearable and always on.

    Then there’s the wild card: China. ByteDance, TikTok’s parent company, has invested in XR, acquiring VR headset maker Pico and releasing its own smart glasses in select markets. Xiaomi and Huawei have also entered the fray, blending AI and camera functions into (relatively) stylish frames that are increasingly indistinguishable from standard eyewear. They may not be targeting Western luxury consumers yet, but rapid iteration in China’s massive domestic market could well produce breakout hardware standards that later go global.

    At its core, this move by Meta, Google, Apple, Xiaomi, Huawei, and others is a race to define the hardware and distribution model for a post-smartphone era before someone else does. By securing the world’s largest eyewear maker, with its unmatched retail footprint and deep portfolio of luxury brands, Meta is building both a moat and a launchpad.

    “Apple and Google will certainly have an easier path forward thanks to Meta’s early and extremely large investment in this category,” says Ubrani. “However, Meta’s edge may not be in hardware. Rather, it’s in design and distribution since they’ve partnered with the largest eyewear maker in the world.”

    #Lunettes #Intelligence_artificielle #IA #Economie_numérique #Nouvelles_interfaces

  • (1) Open Letter to Satya Nadella, CEO of Microsoft on the Future of GitHub, Trust, and Digital Sovereignty | LinkedIn
    ▻https://www.linkedin.com/pulse/open-letter-satya-nadella-ceo-microsoft-future-github-dion-wiggins-f2yic

    Dion Wiggins
    Dion Wiggins
    CTO at Omniscien Technologies | Board Member | Strategic Advisor | Consultant | Author
    16 août 2025

    16 August 2025

    Dear Mr. Nadella (Satya Nadella) ,

    As a developer of more than 40 years, across 33+ programming languages and even more platforms, I have seen the rise and fall of countless technologies, communities, and ecosystems. While I cannot speak for the global developer community as a whole, it is clear that a very large number of us feel the same deep sense of betrayal and alarm over Microsoft’s actions regarding GitHub. This letter is written not only from decades of professional experience and personal investment, but in solidarity with the thousands of developers, project maintainers, community leaders, and digital sovereignty advocates who have raised these same alarms. The issues are systemic, not individual.

    Satya Nadella (2018): “We recognize the responsibility we take on with this agreement. We are committed to being stewards of the GitHub community, which will always remain open to all developers.”

    In the above Microsoft Blog post, you promised that “GitHub will operate independently and remain an open platform for all developers,” and committed to “keeping GitHub independent and developer-first.” GitHub leadership assured the world that “GitHub will operate independently… That means GitHub retains its developer-first values, distinctive spirit, and open extensibility.”

    Public promises on the Github website at the same time made simpler promises that have now been broken.

    Nat Friedman (2018): “GitHub will operate independently… That means GitHub retains its developer-first values, distinctive spirit, and open extensibility.”

    While Microsoft continues to highlight its open source credentials and assure developers that “nothing has changed” for users, the core issue is not superficial continuity, but the structural and strategic shift of GitHub from a genuinely independent, community platform to a fully integrated corporate asset. This is not about branding, but about irreversible changes to control, incentives, and accountability.

    Microsoft Press Release (2025): “This transition enables us to accelerate GitHub’s contributions to Microsoft’s AI ecosystem.”

    Today, those commitments are in question. As TechRadar reports: “Rather than appoint a new GitHub CEO, Microsoft will integrate GitHub more directly into CoreAI, led by Jay Parikh… GitHub will now report directly into its CoreAI division.” (TechRadar)

    This reporting is echoed by The Verge, which noted that “Microsoft isn’t replacing Dohmke’s CEO position, and GitHub will be fully part of Microsoft instead of being run as a separate entity.” (The Verge)

    These moves directly contradict the 2018 promise of independence and stewardship. They are not continuity but consolidation. For many in the community, this is not simply a broken promise but an outright lie. Your words from the past: “We recognize the responsibility we take on with this agreement. We are committed to being stewards of the GitHub community, which will retain its developer-first ethos, operate independently and remain an open platform”, now stand exposed as empty assurances at best, or an intentional lie at worst.

    I repeat these phrases because you have not lived up to them and they seem unimportant to you today. Just a tool of the past, discarded once the acquisition goals were complete.

    Microsoft’s decision to absorb GitHub into its CoreAI division, eliminate its independent leadership, and embed it deeply within the company’s AI and cloud business directly contradicts these promises. The official press release states this is to “accelerate GitHub’s contributions to Microsoft’s AI ecosystem.” Microsoft executives openly describe how “GitHub’s vast code corpus is foundational for the next era of Copilot and AI model development.”

    This is not just a broken promise. It is an assault on open source itself. A collapse of credibility with the global developer community, and a direct threat to technological self-determination for every contributor, organization, and nation that depends on independent infrastructure.

    Here is just a small sample of the many negative reactions to this announcement. These articles show a clear consensus across reputable tech publications: GitHub’s absorption into CoreAI is widely seen as a major structural shift, and for many, a direct betrayal of its once independent and developer-first identity:

    The Verge – “GitHub just got less independent at Microsoft after CEO resignation”

    Discusses how GitHub’s autonomy ends as leadership shifts under Microsoft’s CoreAI structure, posing a clear signal of deeper absorption. (The Verge)

    TechRadar – “GitHub CEO resigns – is this the latest sign of its Microsoft absorption?”

    Highlights the absence of a successor and emphasizes the strategic assimilation into Microsoft’s AI ecosystem. (TechRadar)

    IT Pro – “What Thomas Dohmke’s departure means for GitHub”

    Analyzes how the CEO’s exit signals major governance changes and closer alignment with Microsoft’s AI strategy. (IT Pro)

    Windows Central – “GitHub Just Got Assimilated—CEO Out, Copilot In, Microsoft All Over It”

    Signposts the end of GitHub’s independence and elevated priority of AI within Microsoft’s internal structure. (Windows Central)

    Tom’s Hardware – “GitHub folds into Microsoft following CEO resignation—once independent programming site now part of ‘CoreAI’ team”

    Explicitly frames the move as ending GitHub’s independence and compares it to other Microsoft acquisitions that lost identity over time. (Tom’s Hardware)

    The Collapse of Trust: Big Tech’s Greed, Digital Sovereignty, and Its Consequences

    Trust is the foundation of every open source project, community, and movement. Open source cannot function without the assumption that platforms and stewards act in good faith, respect contributors, and put the long-term health of the ecosystem ahead of short-term profit.

    The breakdown of trust caused by the actions of Microsoft and other Big Tech firms is more than a single betrayal. It signals to the entire world that the social contract underpinning open source and digital agency can be bought, sold, and quietly rewritten by whoever controls the infrastructure.

    It is disingenuous to claim that developers are “free to leave” when practical migration is obstructed by technical and network effects, and when so much of the world’s open source and digital sovereignty ecosystem is already tied into GitHub’s infrastructure. Genuine freedom requires open exit, true interoperability, and transparent guarantees. None of these can exist in an environment of creeping lock-in and vertical integration.

    When companies that present themselves as stewards of community assets choose instead to exploit those assets for proprietary gain, they undermine not just their own credibility, but the very possibility of global cooperation in technology. Each time a platform is captured, centralized, or redirected to serve corporate interests, it pushes developers and innovators away from openness and into silos of mistrust and fragmentation.

    No security, compliance, or anti-abuse argument can justify stripping developers, organizations, and nations of their digital sovereignty, or transferring unilateral control over critical digital assets to a single commercial actor. Security and compliance can and must be implemented in ways that preserve agency, transparency, and open governance.

    Digital sovereignty is not a slogan. It is a core policy objective of governments, regulatory agencies, and open source communities worldwide, with documented legal frameworks and active enforcement across the EU, China, India, and many others. The concerns raised here are not hypothetical or parochial. They are echoed by policymakers, technologists, and civil society leaders globally.

    This is not an isolated incident. The industry has seen similar betrayals before: Oracle’s handling of Java, Google’s abrupt shutdown of Google Code, and previous pivots by Microsoft itself. Each time, the developer community paid the price: wasted effort, lost code, broken commitments, and a new wave of skepticism toward platform promises.

    The long-term impact is already visible:

    Developers are increasingly hesitant to share their best work on public platforms for fear it will be extracted, repackaged, and monetized by corporate actors without consent or fair return.
    Communities fracture, as trust erodes and contributors seek alternative venues or attempt to rebuild trusted enclaves outside Big Tech’s reach.
    Innovation slows, as the collaborative advantage of open source is replaced by guarded, siloed development and legal maneuvering to prevent exploitation.
    Governments and institutions start to question whether global digital infrastructure can be trusted at all, leading to regulatory walls, data localization, and a new era of digital sovereignty where nations must assert control over their technology dependencies to protect their agency and interests.

    This is not just about code or business models. It is about the collective investment of millions of developers worldwide—years of unpaid, voluntary, and mission-driven work that made GitHub the backbone of modern software. That trust, once lost, cannot be restored by marketing or legal boilerplate. It is about digital agency and the fundamental right to control one’s own digital assets, collaborations, and infrastructure choices without the threat of unilateral interference, commercial extraction, or external lock-in.

    Big Tech’s willingness to break trust for short-term advantage is sowing the seeds for a world where the promise of open, global collaboration and shared digital sovereignty is replaced by suspicion, legal battles, and technical walls. The more platforms like GitHub are captured and redirected for private enrichment, the less likely it is that the next generation of developers, communities, or nations will believe in or participate in open source at all.

    Without trust, open source collapses. Without sovereignty, collaboration corrodes. And once credibility is gone, it is almost impossible to rebuild.

    The world is watching, not your assurances, but your actions.

    These concerns are not academic or hypothetical. They reflect the real and growing alarm expressed by thousands of developers, project leaders, digital sovereignty advocates, and policymakers worldwide. Digital sovereignty is not a slogan, but a legal and strategic reality, shaping government, enterprise, and technical policy from the European Union to Asia and the Global South. No reassurances, PR statements, or cherry-picked open source releases can substitute for the specific, transparent, and enforceable commitments demanded here. The complexity and length of this letter are necessary because the stakes—for global innovation, autonomy, and trust—could not be higher.

    The following questions must be answered directly, with transparency, not PR spin. This is about the survival of open source as a trusted, collaborative foundation for global innovation, and about the preservation of digital sovereignty and agency for everyone who relies on these platforms.

    1. Do you acknowledge that folding GitHub into Microsoft’s CoreAI division and revoking its independence directly contradicts your explicit public commitments to keep GitHub open and independent? If not, what specific facts justify your claim that these moves are not a corporate takeover and betrayal?

    Microsoft pledged that GitHub would remain independent, open, and developer-first. Integrating GitHub into CoreAI, eliminating operational independence, and repurposing it as a pipeline for Microsoft’s AI ambitions is the very definition of a corporate takeover.

    2. What concrete, legally binding measures will you implement, beyond policy statements, to guarantee that GitHub will never be used as a captive data source for Microsoft’s proprietary AI models or to lock developers and organizations into your ecosystem, undermining their digital sovereignty and agency?

    The world sees this as a strip and extract operation: first mining community content, then enclosing it, and finally locking developers, communities, and entire organizations into Microsoft’s ecosystem, which is the opposite of open source and sovereign control.

    3. What immediate, auditable steps will Microsoft take to repair the breach of trust with developers and platform stakeholders—including independent oversight and enforceable guarantees—to prove that GitHub will not be exploited for Microsoft’s commercial gain or to undermine the digital sovereignty of its users?

    Repeated public promises were made that GitHub would retain its developer-first values and open extensibility. The loss of trust is not just about business decisions—it is about whether open source contributors, organizations, and governments can ever again believe in the commitments of those who control their code, collaboration, and infrastructure.

    4. Will Microsoft commit, by enforceable policy and public documentation, that no public GitHub repositories will be used for training proprietary AI models or commercial products without explicit opt-in consent from project owners, thus protecting the digital agency and autonomy of all contributors?

    Developers globally are concerned that their open source contributions are being silently harvested for commercial AI without consent, attribution, or compensation.

    5. Will Microsoft provide developers and organizations with granular, real-time tools to track and control every instance where their code or metadata is accessed, processed, or used for AI or commercial purposes, along with a public log of such activity—empowering all users to exercise digital agency over their work and assets?

    Developers have a right to track and control use of their code in AI and data pipelines. Sovereign organizations and communities have an equal right to transparent control over their assets and digital infrastructure.

    6. Will Microsoft legally guarantee that all GitHub users retain unrestricted rights and technical means to export or migrate their code, data, and issue history at any time, without penalty or delay, and that no feature or license changes will restrict this freedom or diminish their digital sovereignty?

    The health of the open source ecosystem depends on freedom of movement, agency, and interoperability—not closed integration with any vendor’s stack or barriers that undermine organizational or national self-determination.

    7. Will Microsoft commit, by contract and technology, to never implement, enable, or cooperate in any form of kill switch, access denial, or politically motivated censorship affecting GitHub projects, regardless of pressure from governments or commercial interests—thus respecting the digital sovereignty and agency of all users worldwide?

    Centralization amplifies the risk of politically or commercially motivated interference in developer access, especially during periods of geopolitical tension. Digital sovereignty means ensuring no single entity can unilaterally block, censor, or deny access to critical digital assets.

    8. Will Microsoft agree to continuous, binding, independent audits of GitHub’s operations, with real enforcement power and board representation for open source foundations such as the Linux Foundation, FSF, or OSI, to safeguard the sovereignty and agency of the broader community?

    A platform of GitHub’s global importance cannot be accountable only to its corporate owner. Recognized foundations must be invited to participate in this oversight. No internal Microsoft committee or advisory board can substitute for independent, enforceable, foundation-driven oversight with real transparency, developer representation, and binding authority. Only governance with teeth can rebuild trust and protect digital agency.

    9. Will Microsoft publish a full, advance public record of all technical, legal, and policy changes that affect GitHub’s integration with Microsoft’s AI and cloud infrastructure, including any changes to data access, contributor rights, or project governance—providing all stakeholders with the information they need to protect their digital sovereignty and agency?

    Developers, organizations, and governments need to understand the real scope of integration, dependencies, and any hidden impacts on autonomy, sovereignty, or compliance.

    10. Will Microsoft publicly accept binding legal and financial liability, including retroactive remedies, if any use of GitHub code, data, or metadata for AI or commercial purposes is found to violate open source licenses, contributor agreements, relevant law, or the digital rights and sovereignty of its users?

    The risk of legal and ethical breach is not theoretical—it is a live issue globally. This letter calls for binding, publicly auditable commitments, not ambiguous legalese, policy footnotes, or unenforceable pledges. The stakes demand real-world, transparent, and contractually enforceable action.

    Specific Remedies the Community Expects

    To ensure that trust is restored and preserved, and to provide the minimum foundation for moving forward in a world where digital sovereignty and agency matter, the following concrete remedies should be enacted:

    Restore an independent GitHub CEO and governance board, separate from Microsoft’s AI, cloud, and product divisions, with real authority and transparency to protect community interests and platform autonomy.
    Publish and enforce a clear, public data use and extraction policy for AI and all other Microsoft product development, including explicit opt-in or opt-out for project owners regarding code, metadata, and issue data, respecting the digital sovereignty of every contributor and community.
    Submit to regular, external audits by recognized organizations such as the Linux Foundation, Free Software Foundation, or Open Source Initiative, with findings published in full to ensure accountability and agency for all stakeholders.
    Contractually guarantee migration and export rights for all repositories and developer data, ensuring there are no technical, legal, or policy barriers to leaving the platform, thus safeguarding the freedom and digital sovereignty of every user.
    Publish quarterly transparency reports detailing code access, AI extraction activity, and all data-sharing between GitHub and Microsoft’s internal systems, giving all users the visibility needed to maintain their own agency and control.

    Pointing to isolated positive actions or PR initiatives does not address the irreversible structural shift underway, nor does it remedy the breach of trust caused by consolidating platform power without transparent, community-backed guarantees.

    What happens next matters. If these concerns are not addressed openly and concretely, many developers, projects, organizations, and even governments will have to reconsider their continued trust in GitHub’s stewardship and Microsoft’s commitments to open source and digital sovereignty. Major voices in the community are already calling for alternatives and greater scrutiny of platform governance. I encourage other developers, open source advocates, digital sovereignty experts, and independent observers to follow this issue closely and demand real accountability for the future of digital collaboration and autonomous control.

    I invite Microsoft, and you personally, to respond to these questions in a public forum or published statement so the entire developer and digital sovereignty community can judge for themselves whether these concerns will be taken seriously and addressed with binding commitments. Setting a clear, reasonable timeline for such a response—for example, within 30 days—would show respect for the global community that helped make GitHub what it is.

    If no substantive answers are provided, many will conclude that Microsoft is unwilling to rebuild trust or respect the values that made open source and digital sovereignty possible in the first place. If silence or spin is all that follows, developers, communities, and national stakeholders will begin organizing alternatives, engaging with independent foundations for oversight, and calling for regulatory scrutiny of platform stewardship on an industry-wide scale.

    What Microsoft does next will set a precedent for all of Big Tech. This moment is about more than one company or one platform. It is about whether open source, digital sovereignty, and the collective trust, investment, and creativity of millions can survive in an era of corporate consolidation and broken promises.

    While I am only one voice among many, thousands of developers, project leaders, and digital-sovereignty advocates echo these concerns. The false assurances made in 2018, documented above, are the root cause of this collapse of credibility. We have no interest in PR spin, empty reassurances, or legal jargon. Only real, specific action and binding commitments will be accepted by the community. Thank you for your attention. The world is watching what you do next.

    Sincerely,

    Dion Wiggins

    A concerned developer of 40+ years, writing in solidarity with the global open source and digital sovereignty community

    #OpenLetter #Microsoft #GitHub #OpenSource #DigitalSovereignty #CoreAI #Developers #Betrayal #Trust #AI

    #Intelligence_artificielle #Emmerdification #GitHub #Microsoft #Logiciel_libre #Economie_numérique

  • (1) GitHub’s Fall: Microsoft’s AI Takeover, Developer Betrayal, and the Next Fight for Digital Sovereignty | LinkedIn
    ▻https://www.linkedin.com/pulse/githubs-fall-microsofts-ai-takeover-developer-betrayal-dion-wiggins-oyetc/?trackingId=9%2BXyAt0nQPavxozgN2eU%2Fw%3D%3D

    Un très bel exemple d’emmerdification.
    L’internet est globalement bâti sur la confiance. Les plateformes ont tué cette confiance. Que reste-t-il ?

    Dion Wiggins
    Dion Wiggins
    CTO at Omniscien Technologies | Board Member | Strategic Advisor | Consultant | Author
    15 août 2025

    Microsoft’s Assimilation of GitHub Is Another Step in the Death of Platform Trust, the Rise of AI Extraction, and the Global Struggle to Reclaim Digital Sovereignty

    TL;DR:

    Microsoft’s full-scale takeover of GitHub is the final blow to developer trust, turning the world’s open source backbone into proprietary AI fuel and erasing any illusion of platform neutrality. Once again, promises were made, trust is broken; just another step in content theft that Big Tech and Big AI think they can get away with. Developers, governments, and organizations worldwide are now at the mercy of corporate and geopolitical power plays. The only way forward is community-led rebellion, a new, truly sovereign commons, before software freedom is lost for good.
    Introduction

    Let’s be brutally clear:

    Microsoft’s decision to fully absorb GitHub into its AI empire marks the end of any pretense of independence, neutrality, or respect for the developer community.

    This is not some routine restructuring. It is a hostile act, engineered by one of the most powerful tech monopolies on the planet, to seize control of the world’s open source infrastructure and weaponize it for corporate AI extraction.

    Long before GitHub, back when I started coding in 1981 on a Sinclair ZX81, sharing code meant something fundamentally different. We passed around code through magazines, printed in HEX or Sinclair BASIC, pages you painstakingly typed in line by line. The real learning didn’t come from retyping the code from the magazine. It came from the hours spent debugging, chasing down errors, and deciphering the logic behind every command until you understood what was really happening under the hood. You had to, because you were almost guaranteed to make a few typos. That shared struggle built a culture of trust, resilience, and real collaboration. We were communities long before platforms, and every bit of progress came from open sharing, not corporate gatekeeping.
    Contenu de l’article
    This is what sharing code looked like when trust was built by communities, not platforms. If you didn’t learn by debugging pages like this, you missed what real collaboration meant.

    Since that time, I have coded in 33 programming languages and on even more hardware platforms. The languages ranged from CICS COBOL on IBM 3090 Mainframes, dBase, Paradox, C, C++, Java, Python, and many more. I have seen, and built for, eras where the stack was closed, open, fractured, and federated. The unifying theme was always the same: community, mutual reliance, and the freedom to learn from and build on each other’s work.

    We moved on to share code via BBS, then floppy disks traded at user groups, Usenet groups, FTP servers, and early web forums. Each shift in medium changed the speed and reach, but not the spirit. Sharing was learning, but the goal was our benefit: we shared because we all gained. The incentive was to solve problems together, to advance our own projects, and to make each other better—not to feed a distant corporate engine or surrender ownership for someone else’s profit cycle.

    As the internet matured, so did the ways we collaborated. We evolved through centralized hosting platforms like SourceForge, Google Code, Bitbucket, and others that tried to streamline sharing and version control for a new generation of distributed teams. Each new tool promised greater freedom and productivity, but also laid the groundwork for new forms of dependency. Progressively, GitHub became the default home of the world’s open source code, a place that was supposed to serve the developer community above all else. For a time, it did.

    GitHub earned our trust through transparency, reliability, and a relentless focus on developer needs. It was a place where anyone, from student to CTO, could contribute, fork, learn, and share. Over time, it took over and became the home of nearly all developers, or at the very least, the place everyone drew from to solve problems, learn new approaches, or see how the best in the field worked. GitHub wasn’t just a platform. It became the backbone of modern software and the largest collective repository of technical knowledge, learning, and creativity the world has ever seen.

    Microsoft acquired GitHub in 2018, and concerns were immediately raised across the developer world. This was the same Microsoft whose executives had, for years, publicly denounced open source—famously calling Linux a “cancer” during the Ballmer era.

    Microsoft promised to behave, swearing public loyalty to open source and pledging non-interference. But we should have known better. If you trusted Microsoft to keep its hands off, you ignored decades of precedent.

    Six years later, that promise is void.

    History shows exactly how this script plays out: trust is extended, compliance is promised, and the moment the calculus changes, those promises are discarded in favor of control and profit.

    On July 3, 2024, GitHub slammed the door on over 8 million developers overnight, limiting access to repositories in sanctioned countries with zero warning and zero recourse. Years of work, public sector infrastructure, and countless collaborative projects were cut off at the stroke of a pen—no appeals, no explanation. One developer’s message summed up the impact: “I woke up and years of work were gone—no warning, no appeal, just a wall.” This wasn’t just a technical incident. This was entire digital economies, civic tech initiatives, and national R&D pipelines unplugged in a single act of compliance theater.

    If you are a developer, founder, policymaker, or anyone who actually cares about digital sovereignty, understand this: what just happened to GitHub is not just a platform betrayal. It is a textbook case of platform capture, content theft, and the industrialization of trust violation at a global scale. Eight million developers, hundreds of thousands of organizations, and entire national digital strategies, locked out with a single boardroom decision.

    This isn’t some far-off warning, it’s reality. If you think your platform, your contract, or your sovereignty is safe, look at GitHub and understand: nobody is immune. This is not only about open source. This is about who controls infrastructure, who sets the terms of participation, and who gets to decide when you are switched off.

    Trust is not eroded over time. Trust is extracted, spent, and discarded the second it gets in the way of a corporate agenda. Microsoft’s move is a warning shot to every government, industry, and developer who still believes in platform neutrality or the fantasy of corporate stewardship. The evidence is in: the era of “safe” digital infrastructure is over, and the price of complacency is total dependency.

    If you’re still betting your future on platform promises, understand: what happened to GitHub isn’t the exception. It’s the new rule.
    The End of GitHub’s Independence: Bait, Switch, and Betrayal

    GitHub was once our home. Developers built it line by line, repo by repo, believing it would always be a place governed by community, transparency, and consent. Microsoft bought it for $7.5 billion in 2018, promising independence and respect for what made GitHub special.

    Satya Nadella stated in June 2018, “GitHub will retain its developer-first ethos and operate independently to provide an open platform for all developers.” Just six years later, that promise is officially void.

    Satya Nadella, Thomas Dohmke, and every exec in sight paraded the same lines:

    "We will keep GitHub separate. We will honor the open source community. We will not interfere.” - They lied!!!

    Anyone who still believes those statements is ignoring the entire playbook of tech consolidation.

    Fast forward: Microsoft tossed those promises aside the second it became profitable to do so. Thomas Dohmke is out. The buffer between the world’s developer commons and a trillion-dollar AI behemoth has been erased. No more “operating as a separate company.” GitHub is now a naked asset on Microsoft’s balance sheet. Your code, your contributions, your project histories, and the entire behavioral exhaust of decades of global software collaboration are now just another dataset for Microsoft’s AI machine. No loyalty, no consultation, no apology.

    This is a direct breach of trust. Microsoft’s assurances were always a lie of convenience. Trust was not eroded over time; it was extracted and spent, then weaponized for shareholder value. If you still think “platform neutrality” exists under corporate ownership, you have not been paying attention.
    Trust Broken Again: If Microsoft Lied About GitHub, What Makes You Think You’re Safe?

    Let’s cut the spin—Microsoft’s betrayal of GitHub isn’t just a footnote. It’s a massive, public display of how little the company values its own commitments, and it should send shockwaves through every organization, government, and IT leader still betting their business on Microsoft’s promises.

    If Microsoft will gut the world’s biggest open source platform for a quick AI land grab, what stops them from doing the same with Azure, Office 365, Teams, LinkedIn, or even Windows? The answer is nothing. When trust is disposable and every “independent” product is one boardroom meeting away from total assimilation, all assurances are worthless.

    This isn’t just about developer tools. Microsoft has a long, ugly track record of buying trust, locking in users, then pulling the rug when convenient: Skype, Yammer, Nokia, LinkedIn, and now GitHub. The real message: user autonomy, sovereignty, and even contractual guarantees are just PR camouflage for an extraction business model. The minute your data, infrastructure, or community is useful to Microsoft’s next product cycle, they will rewrite the rules, lock the doors, and leave you with nothing but a press release and an invoice.

    So ask yourself: if “operational independence” at GitHub was vaporized overnight, why do you think your cloud, your data, or your contracts are sacred? How long before “Azure Sovereign Cloud” or “data residency” are exposed as another bait-and-switch, rewritten in legalese to serve Microsoft’s bottom line?

    Trust is dead. If you’re still handing Microsoft the keys, you’re next in line. Plan your exit, or wait your turn to be betrayed.
    Developer-First Is Dead: Welcome to the Age of AI Extraction

    The narrative shift is complete. The question is no longer “What do developers need?” It is now “What does Microsoft’s AI pipeline need next?” Every signal from the open source ecosystem will now be surveilled, productized, and stripped for anything that can fuel Microsoft’s proprietary Copilot models or whatever AI monstrosity Redmond dreams up next.

    What does this mean in practice? Billions of lines of code, much of it published under licenses like GPL, MIT, and Apache, are being siphoned off for AI training, often in violation of license terms and always without meaningful consent. In November 2022, a class action lawsuit (Doe v. GitHub, Microsoft, OpenAI) was filed accusing Microsoft of “systematically violating open source licenses by using code for AI training without compliance or attribution.” This isn’t just academic: the legal and compliance risks are now headline news, and Microsoft’s only real response has been to double down on integration, not transparency or consent.

    Copilot’s entire existence is a monument to this content heist: scraping, remixing, and monetizing work created by others, then hiding it behind black-box APIs. If you are an artist, writer, or musician, this story should sound familiar. The exact same playbook is being run: take the community’s work, declare it fair game, enclose it in a proprietary system, and dare anyone to fight back in court.
    Big AI’s Pattern: The War on Consent

    Microsoft’s capture of GitHub is not a one-off blunder. It is part of a relentless pattern of Big AI and Silicon Valley platform capture. The sequence never changes:

    Win community trust with promises of independence and “do no evil.”
    Extract maximum value and user data while compliance and transparency are still assumed.
    Change the rules, citing “innovation” or “efficiency” as cover for unilateral decisions.
    Lock in users by making alternatives inconvenient or technically inferior.
    Weaponize user data and contributions as proprietary fuel for corporate AI.
    Rewrite the ethical narrative after the fact, hoping developer outrage will fade.

    Every major tech platform that swore to serve the public now serves its investors and partners, from YouTube to Facebook to GitHub. The result is always the same: creators lose agency and ownership, and their work is turned into untraceable fuel for corporate AI. In the case of GitHub, this theft is not just creative or economic—it is existential. The source code for the world’s infrastructure, supply chains, critical systems, and national digital ambitions is now held hostage to Microsoft’s product cycle and the whims of US law and policy.
    Geopolitics: Software Sovereignty as a National Security Issue

    If you are not worried about the geopolitical dimension, you are sleepwalking into disaster. GitHub is now an explicit US strategic asset, giving Microsoft and the US government de facto leverage over the global software supply chain. Think this is just rhetoric? Ask the countries, companies, and NGOs who have found themselves suddenly cut off from cloud services, developer tools, or code access because they fell on the wrong side of a sanction or export control order.

    Dependency is now risk, and risk is now the default state for anyone outside Microsoft’s immediate reach. This is not theoretical. It is happening in real time. In 2019, GitHub blocked access for developers in Crimea, Iran, and Syria, instantly severing entire regions from open-source collaboration overnight as a result of US government sanctions. Projects, user accounts, and critical repositories were rendered inaccessible without warning, demonstrating exactly how quickly a platform under US control can become a geopolitical chokepoint.

    This is only accelerating as AI becomes the core of economic, military, and political power worldwide.
    The Real Human Cost: Developer Community and Identity Under Attack

    This isn’t just about code. This is about identity. Developers made GitHub what it was. The betrayal here is personal, and it is permanent. This was supposed to be the era of open collaboration and peer-driven software. Instead, we are watching the industrialization of trust violation. The OSS world is being strip-mined for raw material and left with nothing but glossy blog posts and “AI innovation” press releases in return.

    Do not underestimate the irreversibility of this shift. Once a generation of code and developer metadata is absorbed into Microsoft’s AI models, it cannot be reclaimed, re-licensed, or erased. The damage is permanent, not cyclical.
    The Only Real Answer: Wikipedia for Code, Community Rebellion, and True Sovereignty

    There is a way out, but only if the community wakes up. Every monopoly move sows the seeds of its own disruption. The next platform must not be another VC-backed honeypot or government proxy. It must be a real public good, with transparent, democratic governance, legal guarantees against extraction, and technical safeguards against future capture. A Wikipedia for code, built by and for the people who actually write the world’s software.

    This means open governance, clear user ownership, funding models that do not rely on surveillance or advertising, and explicit legal structures to prevent future consolidation. If you care about open source, digital sovereignty, or even basic creative justice, it is time to stop waiting for rescue and start building. The only thing more dangerous than Microsoft’s AI-first strategy is developer inertia in the face of it.
    Bottom Line

    Microsoft’s capture of GitHub is not just another corporate merger. It is a milestone in the ongoing war over who owns the future of software and, by extension, digital society. The era of developer-first collaboration is over. What replaces it depends on what the global community does next. If we let this pass, we are complicit in the theft of a generation’s work and the creation of a world where software freedom is just a nostalgic memory.

    Trust is gone. The buffer is gone. Your code is now their commodity. This is your final warning. Either build the next great commons, or watch everything you created become another trophy for Big AI.

    The takeover of GitHub is not a story about one company or one platform, it is a warning shot fired at the very foundation of modern digital society. Every developer, every business, every government who shrugs this off is handing Microsoft the keys not just to code, but to the future of innovation, collaboration, and control itself. The era of platform trust is over. The game now is raw leverage, forced dependency, and the systematic stripping of everything that made open source powerful in the first place.

    Microsoft is not alone. Big AI and Big Tech across the board have been emboldened by years of weak oversight and complacency. They are moving in lockstep, seizing communities, centralizing infrastructure, rewriting the rules, and building business models on the backs of your labor and your trust. From Google to Amazon to Meta and beyond, the playbook is always the same: capture the commons, extract the value, lock the doors, and dare anyone to challenge the new order. They are not competing for users, they are dividing up the future.

    Access is not a technical privilege, it is a geopolitical weapon. The value created by global contributors can be seized or blocked in an instant, at the whim of corporate or national interests.

    This is the real risk. When access can be blocked or revoked at the whim of a corporation or by the order of a foreign government, sovereignty is a fantasy. Your work, especially in open source, was never meant for just the community that Microsoft or the US government happens to approve of this week. It was meant for the world, for anyone with the curiosity and drive to build. Now, that universal promise is being systematically dismantled and replaced with selective, politicized exclusion. Access, participation, and even recognition itself are now contingent—not on merit, but on compliance with the agenda of whoever holds the keys. When your contributions can be walled off, seized, or deleted by a platform operator or foreign sanction, the danger is not just economic or technical. It is a threat to global collaboration, to knowledge itself, and to the very principle of shared human progress.

    True digital sovereignty means unconditional, universal access and control. Anything less is just dependency, leaving you at the mercy of platform owners or the political whims of their government.

    If we allow this to stand, we are not just complicit in the loss of a generation’s work—we are witnesses to the extinction of software freedom as a living reality. There are no more neutral platforms, no benevolent stewards, and no second chances. Act now. Reclaim your code, build new institutions, and refuse to let Big AI’s hunger write the rules of your world. If you do not, everything you create will belong to someone else, locked away and weaponized against you.

    This is not just the end of an era. It is the start of a new digital regime where trust is dead and sovereignty is what you take back, or you lose forever.

    #GitHub #Microsoft #OpenSource #AIGovernance #Sovereignty #ContentTheft
    About the Author

    About the Author Dion Wiggins is Chief Technology Officer and co-founder of Omniscien Technologies, where he leads the development of Language Studio—a secure, regionally hosted AI platform for digital sovereignty. It powers translation, generative AI, and media workflows for governments and enterprises needing data control and computational autonomy. The platform is trusted by public sector institutions worldwide.

    A pioneer of Asia’s Internet economy, Dion founded Asia Online, one of the region’s first ISPs in the early 1990’s, and has since advised over 100 multinational firms, including LVMH, Intuit, Microsoft, Oracle, SAP, IBM, and Cisco.

    With 30+ years at the crossroads of technology, geopolitics, and infrastructure, Dion is a global expert on AI governance, cybersecurity, and cross-border data policy. He coined the term “Great Firewall of China”, and contributed to national ICT strategies—including China’s 11th Five-Year Plan.

    He has advised governments and ministries across Asia, the Middle East, and Europe, shaping national tech agendas at the ministerial and intergovernmental level.

    As Vice President and Research Director at Gartner, Dion led global research on outsourcing, cybersecurity, open-source, localization, and e-government, influencing top-level public and private sector strategies.

    He received the Chairman’s Commendation Award from Bill Gates for software innovation and holds the U.S. O-1 Visa for Extraordinary Ability—awarded to the top 5% in their field globally.

    A frequent keynote speaker and trusted advisor, Dion has delivered insights at over 1,000 global forums, including UN summits, Gartner Symposium/Xpo, and government briefings. His work has been cited in The Economist, Wall Street Journal, CNN, Bloomberg, BBC, and over 100,000 media reports.

    At the core of his mission:

    “The future will not be open by default—it will be sovereign by design, or not at all.”

    #Intelligence_artificielle #Emmerdification #GitHub #Microsoft #Logiciel_libre #Economie_numérique

  • L’IA est un piège à thunes

    (résumé de ►https://www.wheresyoured.at/ai-is-a-money-trap via ▻https://eldritch.cafe/@UnePorte/114986966061581705 )

    Petit résumé en français de la dernière newsletter « AI is a Honey Trap » d’Ed Zitron (qui est un condensé d’infos ultra importantes et utiles pour comprendre les enjeux économiques de la bulle de l’IA générative) :

    – Le chiffre d’affaires des boites de l’IA (essentiellement OpenAI et Anthropic) atteint très, très péniblement 10 ou 15 milliards de dollars/an
    – Ces chiffres eux mêmes sont basés sur des données opaques, très loin de ce qu’on a habituellement. C’est très suspect sur la santé et les pratiques de ces entreprises.
    – Pour une startup, les options de sortie sont soit a) se faire racheter b) aller en bourse
    – Aucune startup de l’IA ne se fait racheter, aucune ne va en bourse
    – Même les gros acteurs (Anthropic, OpenAI) ne vont pas en bourse, probablement parce qu’ils ne peuvent pas rendre publiques certaines données ou se faire auditer
    – Cursor, la plus grosse startup proposant un produit construit sur l’IA générative, a une valeur estimée à 10 milliards de dollars, et génère moins d’un demi milliards de chiffre d’affaire par an (attention on parle bien de chiffre d’affaires ici, pas de bénéfices)
    – Toutes les entreprises de l’IA fonctionnent à perte, en vendant un service qui leur coûte plus cher que le chiffre d’affaires généré par les abonnements
    – Anthropic, qui fournissait le modèle faisant fonctionner Cursor, a changé ses conditions tarifaires récemment, ce qui a massivement dégradé la qualité du service proposé par Cursor, tout en augmentant les couts pour Cursor et donc les utilisateurs finaux
    – C’était, hors OpenAI et Anthropic, la seule boite ayant un poids dans le secteur
    – Elle va probablement couler, car personne n’a l’argent pour la racheter (10 milliards ça ne se trouve pas comme ça), et si elle va en bourse, elle devra passer par la case audit ce qui devrait révéler des horreurs
    – Toutes les boites faisant de l’IA semblent être dans une situation similaire : elles vendent un service à pertes et sont 100% dépendantes des tarifs proposés par OpenAI/Anthropic pour survivre. Si ces tarifs augmentent, elles meurent, elles sont trop chères pour êtres rachetées, trop toxiques pour aller en bourse
    – Les investissements (capex, ou capital expenditures) liés à l’IA atteignent quelque chose comme 300 milliards de dollars pour 2025. Essentiellement pour la construction de datacenters et l’achat de GPU (vendus par NVIDIA)
    – Le tout, on le rappelle, pour générer un chiffre d’affaires de 15 milliards (en étant très, très optimistes) en 2025
    – Ce capex est tellement gourmand en thunes que les entreprises doivent constamment faire des levées de fonds. OpenAI a ainsi levé 8.3 milliards récemment, à peine deux mois après avoir levé 10 milliards.
    – Contrairement à d’autres investissements d’infrastructure comme les télécom ou les chemins de fer, les capex liés à l’AI ne sont pas durables. Les GPU se déprécient très vite, les datacenters ne peuvent pas être facilement réutilisés pour d’autres choses.
    – En 2025, 300 milliards sont donc injectés dans des infrastructures qui ne vaudront plus rien dans quelques années
    – Ces dépenses sont tellement énormes qu’elles font bouger de manière visible des indicateurs comme le PIB des états-unis. On estime que l’IA compte pour 2% du PIB américain en 2025, et 0,7% de la croissance.
    – La croissance de l’économie américaine est donc actuellement drivée en grande partie par cette force là
    – Les Magnificent 7 (NVIDIA, Microsoft, Alphabet (Google), Apple, Meta, Tesla, Amazon) comptent pour 35% de la valeur de la bourse américaine
    – NVIDIA compte pour 19% des M7
    – Donc une seule entreprise, NVIDIA, compte pour 7% de la bourse américaine.
    – Plus de 40% du chiffre d’affaires de NVIDIA provient d’entreprises du M7, et quasiment 20% rien que pour Microsoft
    – La stabilité de tout ça dépend donc de la bonne santé de quelques acteurs (NVIDIA, Microsoft, OpenAI et quelques autres), et de leur capacité à injecter des capitaux à un rythme suffisant
    – Or, pour la première fois, Microsoft annonce une baisse de ses capex dans l’IA (notamment en ne déclanchant plus de nouvelle constructions de centre de données)
    – Si cela se poursuit, cela va donc probablement impacter les ventes de NVIDIA, donc le cours de l’action, donc l’ensemble de la bourse américaine
    – À côté de ça, autres acteurs ont de plus en plus de mal à lever des fonds.
    – OpenAI, par exemple a recours à SoftBank pour ses levées de fonds. Or, SoftBank arrive à court de liquidité (en étant déjà dans une position très précaire)
    – En 2024, OpenAI a dépensé 9 milliards pour générer un chiffre d’affaires de 4 milliards.
    – Si une levée de fonds échoue, OpenAI ne peut donc pas fonctionner longtemps (probablement pas plus de quelques mois)
    – OpenAI bénéficie de réductions massives de la part de Microsoft pour faire tourner ses modèles sur l’infrastructure de Microsoft. Si ces conditions changent, la situation sera encore pire
    – Tout le secteur ne tient donc qu’au bon vouloir de quelques acteurs, et une portion non négligeable de l’économie américaine repose sur ce secteur
    – Contrairement à d’autres bulles comme celle des subprimes (par exemple), il ne peut pas y avoir de retour à la normale pour l’AI générative. La crise des subprimes était liée à des biens immobiliers. L’argent investi dans l’immobilier ne peut pas être totalement perdu, car un bien immobilier a une valeur fondamentale et durable. Tout le monde a besoin de se loger.
    – Pour l’IA, les datacenters et les GPU qui représentent la quasi totalité des investissements, n’ont aucune valeur tangible hors de la bulle.
    – Cette valeur n’est pas durable même dans le contexte de la bulle, le matériel ayant une espérance de vie de quelques années maximum.
    – Quand la bulle explosera, ces investissements vaudront approximativement zéro dollars. Il n’y aura aucune pression pour faire remonter les prix.
    – Tout cet argent est donc déjà parti en fumée.
    – Et tout ça sans même évoquer la question de l’utilité de l’IA générative. Que l’IA générative soit utile, éthique, légale, etc. ou non, elle n’est économiquement pas viable malgré des centaines de milliards injectés
    – Ce qui a déjà été dépensé dans l’infrastructure dédiée à l’IA représente 20% des dépenses autour des infrastructures ferroviaires de 1880. Et déjà plus que les dépenses autour des télécoms (5G, Fibre) dans la période de 2020.
    – Pour un service que personne n’est prêt a payer ou presque, et certainement pas à son coût *réel

    Si la newsletter est trop longue pour vous, cet article ▻https://paulkedrosky.com/honey-ai-capex-ate-the-economy de Paul Kedrosky est plus succinct et très clair.

    #Intelligence_artificielle #Bulle_spéculative #bulle_ia #Economie_numérique

  • Les investissements dans l’IA prennent de plus en plus le chemin d’une bulle technologique | Mediapart
    ▻https://www.mediapart.fr/journal/international/080825/les-investissements-dans-l-ia-prennent-de-plus-en-plus-le-chemin-d-une-bul

    Les Big Tech états-uniennes accélèrent leurs investissements dans les centres de données. L’enjeu est la domination future du marché. Mais le risque de surcapacité et de manque de rentabilité augmente à mesure que cette ferveur prend la forme d’une fuite en avant.

    Romaric Godin

    8 août 2025 à 14h23

    #Intelligence_artificielle #Soutenabilité #Bulle_spéculative #Economie_numérique

  • La fabrique des jumeaux numériques urbains : le cas de Dassault Systemes
    ▻https://metropolitiques.eu/La-fabrique-des-jumeaux-numeriques-urbains-le-cas-de-Dassault-System

    Provenant du monde de l’industrie, les jumeaux numériques sont de plus en plus mobilisés dans la gestion urbaine. Or, ces outils, présentés par les acteurs privés qui les conçoivent comme un moyen de « faire parler la ville », leur permettent surtout de parler à travers eux. Alors que les villes se précipitent pour devenir « intelligentes », les jumeaux numériques urbains émergent comme une nouvelle promesse techno-utopique : une réplique numérique testable et modifiable de la ville. Pourtant, leur essor #Essais

    / #ville_numérique, #smart_city, #économie_numérique, #plateformisation, #technologie

    ▻https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_steiner.pdf

  • Qui organise les campagnes d’hameçonnage visant les abonnés du « Monde » et de « Télérama » ?
    ▻https://www.lemonde.fr/pixels/article/2025/04/30/qui-organise-les-campagnes-d-hameconnage-visant-les-abonnes-du-monde-et-de-t

    EnquêteDes tentatives d’arnaques avec des messages piégés ont ciblé, ces dernières semaines, les abonnés de plusieurs grands journaux, dont « Le Figaro » ou « Le Monde ». La trace des pirates mène en France.

    « Ne laissez pas votre abonnement expirer. » Ces dernières semaines, les lecteurs de plusieurs grands médias français, dont Télérama, puis Le Monde et Le Figaro, ont reçu des courriels leur assurant que leur abonnement arrivait à son terme et les incitant à cliquer sur un lien pour le renouveler. Cependant ces e-mails n’ont pas été envoyés par ces différents journaux : il s’agissait d’une campagne d’hameçonnage (« phishing ») visant à dérober les coordonnées bancaires des internautes.

    Si on ignore encore comment les arnaqueurs ont établi des listes d’adresses de courriels auxquelles envoyer leurs messages, Le Monde a néanmoins pu remonter en partie la trace des escrocs se dissimulant derrière cette opération ciblée et particulièrement bien faite. Alors que les campagnes de ce type sont le plus souvent gérées de l’étranger, les pirates ayant usurpé l’identité du Monde, de Télérama et du Figaro sont, eux, établis en France. Premier média touché par ces fraudes il y a trois mois, Télérama a porté plainte.
    Des faux sites par milliers

    Les escrocs ont en effet laissé derrière eux de multiples traces techniques. Les faux sites piégés du Monde et du Figaro, par exemple, recouraient à des adresses URL très proches et ont été enregistrés à la même période, en utilisant un même prestataire. Les sites trompeurs étaient également hébergés sur des serveurs contenant exclusivement des sites piégés, imitant ceux de l’Assurance-maladie, de services de livraison ou de streaming. Enfin, le code informatique contenait des signatures techniques bien documentées par des chercheurs en sécurité informatique : celles d’un « phishing kit », outil créé pour duper les internautes et vendu en ligne sous la marque Traffyque.
    Un « vouch », comme on appelle dans ce milieu les « témoignages clients » confirmant que le kit d’arnaque fonctionne bien. « Ratio UHQ » signifie ici qu’une partie importante des victimes ciblées a entré ses coordonnées bancaires.
    Un « vouch », comme on appelle dans ce milieu les « témoignages clients » confirmant que le kit d’arnaque fonctionne bien. « Ratio UHQ » signifie ici qu’une partie importante des victimes ciblées a entré ses coordonnées bancaires.

    Le modèle de Traffyque, qui dispose d’un site promotionnel pouvant se trouver en deux clics, est simple : contre un abonnement de 150 à 300 euros par mois, selon les fonctionnalités désirées, ses clients ont accès à des « scama », c’est-à-dire de faux sites clefs en main pour Netflix, Ameli, des banques ou même des compagnies d’eau ou d’électricité. A charge pour les acheteurs d’acquérir ensuite des noms de domaine imitant ceux des sites légitimes, d’y installer le kit piégé et d’en faire la promotion par e-mail ou SMS. Les informations de paiement entrées par les victimes leur sont ensuite envoyées directement sur la messagerie Telegram, grâce à un système automatisé.

    Le nombre de clients de Traffyque est inconnu, mais le service semble très populaire : le Français Cédric Pernet, chercheur en sécurité informatique, a pu documenter plus de 900 sites piégés utilisant son infrastructure, en octobre 2024. Des recherches complémentaires montrent que, depuis, le service a été utilisé sur plus d’un millier d’autres adresses Web. Ces sites ont en général une durée de vie très courte, avant d’être bloqués ou supprimés par les escrocs eux-mêmes.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Arnaque au faux Brad Pitt : pourquoi personne n’est à l’abri des escroqueries financières
    De probables escrocs français

    Cette activité intense, dans de nombreux pays, fait que Traffyque a attiré, en 2024, l’attention de l’agence polonaise de cybersécurité KNF CSIRT, les internautes polonais ayant été massivement ciblés par de faux sites de Netflix et d’Orange. Dans un rapport détaillé, les chercheurs en sécurité du KNF CSIRT notaient que plusieurs indices indirects suggéraient que les opérateurs du service étaient francophones : des mots en français avaient été oubliés dans le code des pages, et, chose très inhabituelle, certains des faux sites utilisant cet outil affichaient un poème d’un auteur français peu connu lorsqu’on s’y connectait d’un pays étranger.

    D’autres éléments collectés par Le Monde laissent penser que les administrateurs de Traffyque sont bel et bien français. Une vidéo promotionnelle mise en ligne par le groupe sur son site laisse brièvement apercevoir la barre de favoris du navigateur de la personne qui la tourne : on y aperçoit des liens vers des services et produits tricolores, dont un lien accréditant fortement le fait qu’elle réside dans l’Essonne. Ces mêmes vidéos utilisent aussi des musiques de rappeurs français peu connus à l’étranger. Dans les espaces de discussion du groupe, toutes les conversations se font dans la langue de Molière.
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    Sollicités, les administrateurs de Traffyque n’ont pas donné suite à nos demandes d’information. Cependant, après avoir été contactés sur Telegram, ils ont bloqué le compte de notre journaliste dans les espaces de discussion liés au service.

    Qui a employé les outils de Traffyque pour créer de faux sites du Monde ou du Figaro ? Là aussi, la piste mène en France. Si le pirate a eu la prudence de changer régulièrement d’adresse e-mail et de numéro de téléphone pour enregistrer ses sites truqués, de multiples traces techniques, tout comme l’utilisation d’adresses e-mail très similaires, permettent de le relier à des dizaines de sites piégés imitant ceux de plusieurs grandes entreprises, et ce, depuis au moins 2022.

    Ces différents éléments ont permis au Monde de retrouver son adresse e-mail personnelle ; or HaveIbeenpwned, un outil permettant de surveiller les fuites de données, montre que cette adresse figurait dans la base des inscrits à France Travail, piratée en 2024.

    Le Monde a également pu retrouver des messages publiés par ce même client sur des sites spécialisés dans l’achat et la vente de bases de données piratées. Dans ces espaces anglophones, il écrit la plupart de ses messages en français. Les fausses adresses et les faux noms qu’il a utilisés pour acheter des noms de domaines sont tous liés à la France, et le faux nom dont il se sert sur la messagerie Telegram est, lui aussi, français. Contacté, il n’a pas répondu aux sollicitations du Monde.
    Professionnalisation des « kits d’arnaque »

    Les services comme Traffyque se sont largement professionnalisés au cours des trois dernières années, note le KNF CSIRT, joint par Le Monde. « Nous avons pu observer une évolution significative des techniques antidétection utilisées par ces vendeurs, qui ont désormais recours à des outils comme le geofencing [blocage d’un site à l’étranger], le cloaking [le fait d’afficher une page différente selon l’origine du visiteur] ou le filtrage du trafic. Ces méthodes complexifient la tâche des chercheurs en sécurité, et nous forcent à nous adapter rapidement. »
    Exemple de « bot » Telegram où arrivent les informations bancaires dérobées, ici par le biais d’un faux site de Mondial Relay.
    Exemple de « bot » Telegram où arrivent les informations bancaires dérobées, ici par le biais d’un faux site de Mondial Relay.

    Les escroqueries au vol de carte bleue sont mal documentées, les victimes ne portant pas systématiquement plainte. Il est par ailleurs très difficile de démanteler complètement les réseaux qui s’y livrent, tant cette criminalité est aujourd’hui « ubérisée », avec une séparation des rôles bien définie : les fournisseurs de « scama », comme Traffyque, se contentent de fournir l’infrastructure technique, tandis que leurs clients dérobent les numéros de cartes bleues ou les identifiants bancaires, mais ne s’en servent en général pas eux-mêmes. Les données sont le plus souvent revendues à d’autres escrocs spécialisés.

    Le Monde a pu consulter plusieurs groupes Telegram français consacrés à ces petites mains qui, en bout de chaîne, sont celles qui utilisent les cartes bancaires volées. Un numéro de carte bleue se revend en général entre 20 euros et 40 euros ; les informations sont ensuite exploitées pour acheter des produits sur Internet, récupérés par une mule.
    Lire l’enquête | Article réservé à nos abonnés Derrière les fausses interviews d’Elise Lucet ou de Jamel Debbouze, les mafias des arnaques aux placements

    Dans certains cas, les informations sont utilisées pour appeler la victime et la convaincre que sa carte a été piratée. Une fois cette dernière persuadée qu’elle parle à un conseiller de sa banque et qu’elle a fait opposition, un coursier est dépêché pour récupérer la carte bancaire de la victime chez elle. La carte servira plus tard à acheter des produits de luxe, facilement revendables, dans de grands magasins.
    Que faire si vous avez reçu un message « Le Monde » suspect ?

    Vérifiez toujours l’adresse e-mail de l’expéditeur. Les e-mails relatifs à la gestion de votre abonnement proviennent uniquement de l’adresse suivante : lemonde@fidelite-abo.lemonde.fr.

    Signalez tout message suspect. Lorsque vous recevez un e-mail semblant émaner du Monde mais dont le contenu ou l’adresse vous paraît douteux, nous vous invitons à nous le signaler à l’adresse suivante : clientnumerique@lemonde.fr.

    Si néanmoins vous avez inscrit vos données de carte bancaire sur un site frauduleux, faites immédiatement opposition. Si vous avez été victime de transactions malhonnêtes, vous pouvez porter plainte, mais aussi contacter votre assurance – certains contrats proposent des garanties en cas de détournement de vos moyens de paiement.

    #Hameçonnage #Phishing #Industrie #Economie_numerique

  • Pourquoi des youtubeurs info reconnus se retrouvent privés de publicité
    ▻https://www.telerama.fr/television/pourquoi-des-youtubeurs-info-reconnus-se-retrouvent-prives-de-publicite-702

    Sujets controversés, événements sensibles… Pour rassurer les annonceurs, la plateforme soumet à ses vidéastes une liste de thèmes à éviter. Un cadre qui limite les youtubeurs journalistes dans leurs choix éditoriaux. Explications.
    Les vidéos du youtubeur Ludoc sont régulièrement démonétisées.

    Les vidéos du youtubeur Ludoc sont régulièrement démonétisées. Capture d’écran YouTube/Ludoc

    Par Marion Mayer

    Publié le 23 mars 2025 à 15h00

    Décembre 2024. Le réalisateur et vidéaste Ludoc sort sur sa chaîne YouTube une enquête haletante et fouillée sur la traque d’un pédocriminel, un documentaire de cinquante-six minutes pour sensibiliser les adolescents et leurs parents aux dangers d’Internet. Dans une « foire aux questions » qu’il publie pour raconter les coulisses du tournage, il est interrogé sur le coût de sa vidéo, et indique : « Je savais dès le début que ce n’était pas avec ce projet que j’allais me faire des sous parce que, sur YouTube, ce genre de sujet malheureusement est démonétisé [c’est-à-dire dans l’impossibilité de comporter des publicités et donc de rapporter de l’argent à son auteur, ndlr]. » Or quand il s’agit, comme ici, d’information et de sensibilisation, évoquer la pédocriminalité n’a rien de dangereux pour le public. Pourquoi les vidéos peuvent-elles ainsi se retrouver « démonétisées » selon leur sujet, sans que leur fond ou leur mode de traitement soit analysé ? Éléments de réponse.
    Comment fonctionne la monétisation sur YouTube ?

    Elle est gérée par la régie publicitaire de Google (propriétaire de la plateforme), AdSense. Elle permet à des annonceurs d’insérer des encarts publicitaires dans les vidéos des créateurs qui le souhaitent, tant que leur chaîne compte au moins mille abonnés et quatre mille heures de visionnage dans l’année écoulée. Ce sont les créateurs qui choisissent combien de coupures jalonneront chacune de leurs vidéos et à quel endroit. En revanche, ils ne peuvent pas choisir quelle publicité apparaîtra. « En général, YouTube récupère 45 % de ces revenus et le vidéaste, 55 % », précise Franck Rebillard, professeur en sciences de l’information et de la communication à la Sorbonne-Nouvelle et coauteur de La Machine YouTube. Contradictions d’une plateforme d’expression (éd. C & F, 2023).
    Pourquoi certaines vidéos sont-elles démonétisées ?

    « Pour garantir aux annonceurs que leurs publicités ne risquent pas d’être associées à des contenus litigieux », explique Franck Rebillard. Les « consignes relatives aux contenus adaptés aux annonceurs » sont d’ailleurs rendues publiques par Google. Il faut donc, pour avoir droit aux publicités, éviter un langage inapproprié, la violence, les contenus choquants, les vidéos sur les drogues ou les armes à feu, les controverses… Les transactions entre les annonceurs et YouTube étant automatisées, une intelligence artificielle est chargée de détecter les contenus problématiques. « Forcément, c’est assez grossier, puisque l’outil n’est pas capable d’interpréter, estime le chercheur. Il est donc possible qu’il bloque la monétisation d’un contenu qui traite de violences de manière appropriée et utile à la société. » Ludoc se souvient ainsi que l’année dernière, sa vidéo « Ce que le 11 Septembre a changé au cinéma » a été démonétisée, car comportant des images de l’attentat. Cela peut aussi être le cas de contenus traitant de violences sexistes et sexuelles, de conflits armés ou de certains faits divers, même si les créateurs que nous avons tenté de contacter semblent frileux à l’idée de donner des exemples précis.

    En cas de désaccord, « ils peuvent demander un examen individuel », selon un porte-parole de YouTube France, qui assure que le règlement est amené à évoluer dans un contexte de « multiplication des créateurs se réclamant du journalisme ». Le youtubeur actualité et politique Gaspard G, par exemple, note « une vraie amélioration ces dernières années au niveau de la politique de monétisation », notamment sur les « sujets pouvant être considérés comme “sensibles” ». Quant à Ludoc, dont la plupart des vidéos touchent à des sujets moins délicats, il n’a pas jugé utile de faire appel de la démonétisation de son documentaire : « Je comprends et respecte les règles, explique-t-il. Sachant qu’elle allait être démonétisée, j’ai réalisé la vidéo avec les moyens du bord, en bossant avec des amis, en occupant plusieurs postes et sans me rémunérer. »
    Quels sont les autres moyens de se rémunérer sur YouTube ?

    « Les partenariats sont, en grande partie, ce qui permet de produire les vidéos : c’est ce qu’on prend en compte quand on fait un budget. Les publicités ajoutées par la régie sont un bonus », confie Gaspard G, qui précise que les placements de produits lui permettent de générer 90 à 95 % du chiffre d’affaires de sa chaîne YouTube. Mais comment faire de la publicité au milieu d’un récit d’information sans perdre en crédibilité, en authenticité, ni même bien sûr en indépendance éditoriale ? Un vrai casse-tête pour certains, qui aimeraient « faire preuve d’exemplarité » en la matière, comme l’indique Gaspard G. Pour l’heure, il délivre encore les messages publicitaires dans ses vidéos, comme dans sa « Véritable histoire du féminisme » – il y vante en personne, pendant un peu plus d’une minute (sur les trente-sept que dure le récit), les mérites d’une marque de thé glacé. Un système dont il aimerait se détacher en n’incarnant plus lui-même le discours publicitaire. Son objectif : « faire évoluer le regard » sur sa profession et « adhérer à 100 % à la charte de Munich », la déclaration des droits et des devoirs des journalistes, qui stipule depuis 1971 qu’un journaliste ne peut pas être un panneau publicitaire.

    Toutefois, la chaîne de Gaspard G (qui base son budget sur les placements de produits, donc) n’est pas représentative de la majorité des créateurs de la plateforme, moins connus et plus dépendants de la monétisation sur YouTube, explique Franck Rebillard, précisant que « souvent, les personnes qui arrivent à solliciter des partenariats ou des dons sont celles qui ont déjà une grande notoriété ». Pour les autres, traiter de sujets sensibles représente encore plus un risque de travailler à perte, d’autant que les subventions telles que le Fonds d’aide aux créateurs vidéo sur Internet (CNC Talent) sont insuffisantes pour un secteur « amené à se renforcer », estime le député Arthur Delaporte (dans un article de Méta-Media). Pour lui, il faudrait que le budget alloué à la création sur YouTube passe de 2 à 10 millions d’euros. Mais une telle ambition pourrait-elle se concrétiser, alors qu’est demandé au secteur de la culture de se serrer la ceinture ?

    #YoiuTube #Economie_numérique #Franck_Rebillard #Machine_YouTube #Monétisation

  • U.S. Stocks Sink Amid Fears Over DeepSeek and Chinese A.I. Advancements - The New York Times
    ▻https://www.nytimes.com/2025/01/27/business/us-stock-market-deepseek-ai-sp500-nvidia.html

    Stiffer competition for the tech giants at the forefront of the artificial intelligence boom prompted investors to reassess the companies’ sky-high valuations and aggressive spending plans.

    By Jason Karaian
    Jan. 27, 2025Updated 1:49 p.m. ET

    A jolt of panic hit big technology stocks on Monday, with investors rattled by fears that advances in artificial intelligence by Chinese upstarts could threaten the moneymaking power of tech giants in the United States, Europe and beyond.

    Nvidia was one of the hardest hit, plunging 16 percent, a move that erased hundreds of billions of dollars in market value in a stroke.

    The Chinese A.I. company DeepSeek has made waves by matching the abilities of cutting-edge chatbots while using a fraction of the specialized computer chips that leading A.I. companies rely on. That has prompted investors to rethink the large returns implied by the heady valuations of companies like Nvidia, whose equipment powers the most advanced A.I. systems, as well as the enormous investments that companies like Google, Meta and OpenAI are making to build their A.I. businesses.

    U.S. markets tumbled, with the S&P 500 falling nearly 2 percent and the tech-heavy Nasdaq dropping about 3 percent. Tech stocks also dented market indexes in Europe and Japan.

    The pain was concentrated at companies at the forefront of the A.I. boom, including the multitrillion-dollar behemoths that drove the largest back-to-back annual gains for U.S. markets since the 1990s. Investors have fretted about whether the rally has gone too far, leaving little room for error at the small group of tech firms that now dominates the market.

    For those waiting for something to shake the faith in tech valuations, DeepSeek could be the start of a new phase in how investors think about A.I., said Steve Sosnick, chief strategist at Interactive Brokers. He called it a “big slap in the face” for investors that could reset the way they calculate risk.

    In addition to Nvidia, other chipmakers like Arm, Broadcom and Micron, and semiconductor equipment specialists like ASML recorded substantial declines.

    DeepSeek unveiled its new system last month but grabbed the tech world’s attention late last week with a research paper detailing how it built the technology. That “serves as a reminder that competition in the global A.I. arena is intensifying, and Nvidia may not be in the pole position forever,” Charu Chanana, chief investment strategist at Saxo Bank, wrote in a research note.
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    DeepSeek’s chatbot rose to the most-downloaded free app in Apple’s App Store in the United States on Monday, overtaking OpenAI’s ChatGPT. DeepSeek temporarily limited new registrations, in response to what it described as “large-scale malicious attacks” on its service.
    ImageA man at the New York Stock Exchange holding a tablet standing amid large computer screens and TV monitors.
    Monday’s moves cast a cloud over the markets as Meta, Microsoft and others prepare to present their latest quarterly earnings this week.Credit...Seth Wenig/Associated Press

    Shares of Google’s parent Alphabet and Microsoft, which have bet heavily on A.I., fell 3 percent on Monday. Oracle, which is a partner in a joint venture with OpenAI and SoftBank unveiled at an event with President Trump last week, dropped 13 percent. SoftBank shed more than 8 percent during trading in Tokyo.

    (The New York Times has sued OpenAI and its partner, Microsoft, claiming copyright infringement of news content related to A.I. systems. The two tech companies have denied the suit’s claims).

    Some tech giants bucked the trend. Meta, which last week announced a big jump in its spending plans for data centers, wobbled in early trading before posting a small gain. Apple, which was relatively late to enter the A.I. arms race, rose more than 3 percent.

    The U.S. tech sector overall has had a rocky start to the year, losing about 4 percent of its value, while every other major sector has gained over the same period. Because of the tech industry’s size and influence, this has weighed on the S&P 500 index, which is up about 2 percent for the year.

    The recent upheaval casts a cloud over the tech giants as Meta, Microsoft and others prepare to present their latest quarterly earnings this week. Looking past bumper profits in the past, analysts could press executives about their companies’ financial prospects in the future under stiffer global competition.

    “The market naturally will worry about demand growth in computing power,” analysts at Jefferies wrote in a note. DeepSeek’s apparent breakthroughs on cost and efficiency “could prompt investors to ask hard questions” of tech leaders about their weighty investments in chips and data centers, they added.

    The turmoil also hit the stocks of utility companies that have opened new lines of business serving the voracious power needs of data centers. Constellation Energy plunged nearly 20 percent, partly reversing a long-running rally that has seen the power producer’s stock more than double over the past 12 months.

    U.S. Treasury yields fell sharply, as they often do when investors seek havens during times of turbulence. Yields move inversely to the price of debt, meaning that the value of Treasuries jumped on Monday.

    That weighed on the value of the dollar, which slipped against a basket of currencies of major U.S. trading partners. These moves faded somewhat in the afternoon as investors refocused on this week’s meeting of Federal Reserve officials, who are expected to pause their campaign of interest-rate cuts.

    Mr. Trump has promised to accelerate the production of American-made A.I. to compete against China for global leadership in the technology. Last week, he signed an executive order aimed at “removing barriers” to the development of artificial intelligence. As the U.S. government works to maintain the country’s lead in the A.I. race, it is trying to limit the number of powerful chips, like those made by Nvidia, that can be sold to China and other rivals.

    While acknowledging the potential of DeepSeek’s systems, analysts at Bernstein noted that their “initial reaction does not include panic.” Any computing capacity freed up by more efficient A.I. systems would be absorbed by fast-growing demand, they said: “We are still going to need, and get, a lot of chips.”

    Danielle Kaye, Joe Rennison and Sheera Frenkel contributed reporting.

    Jason Karaian is the business news director, based in London. He was previously the editor of DealBook. More about Jason Karaian

    #Economie_numérique #NASDAQ #Chine_USA #Intelligence_artificielle

  • L’apocalypse de Donald Trump selon Peter Thiel | Le Grand Continent, via Jean-Marc Adolphe, ▻https://www.leshumanites-media.com
    ▻https://legrandcontinent.eu/fr/2025/01/10/lapocalypse-de-donald-trump-selon-peter-thiel

    Dans un texte aux tonalités eschatologiques qui vient de paraître dans le Financial Times, #Peter_Thiel, l’une des personnes les plus puissantes de l’Amérique de Trump au cœur de l’accélération réactionnaire, annonce la venue d’un temps nouveau : « des questions sombres émergeront dans les dernières semaines crépusculaires de notre interrègne ».

    Nous le commentons ligne à ligne.

    Il disait voici déjà plus de vingt ans : « Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles ». Au moins, c’est clair…, Jean_Marc Adolphe.

    #É-U #libertariens #Palentir #fascisme #eschatologie #idéologue

    • Cette inauguration de la deuxième présidence Trump n’a rien à voir avec la précédente. Texte de Quentin Rodiguez (reçu par mel)

      Oubliez Trump. C’est un fou dangereux bien sûr. Et depuis 2016, immense différence, il a transformé le Parti républicain en mouvement authentiquement fasciste – les principaux historiens américains du fascisme le disent désormais (notamment Timothy Snyder et Robert Paxton, pour les plus célèbres).

      Mais avec cette nouvelle présidence Trump, nous assistons surtout à un pacte entre ce nouveau mouvement fasciste et la majeure partie de la #classe_capitaliste des #milliardaires propriétaires de l’#économie_numérique. Je ne veux pas tout ramener aux années 30, Trump n’est pas Hitler, on ne sort pas d’une guerre mondiale, etc. soyons clairs. Mais il y a un phénomène précis des années 30 qui se reproduit presque à l’identique aujourd’hui, c’est ce ralliement stratégique de la grande bourgeoisie industrielle allemande qui, face au risque de prise de pouvoir de la gauche socialiste et communiste qui menaçait sérieusement ses intérêts, choisit de parier sur le parti nazi, en le finançant massivement, et en mettant les #médias qu’elle contrôle au service de leur propagande électorale.

      Tant que la grande bourgeoisie peut garantir ses intérêts en s’accomodant d’un système démocratique, ça ne pose pas de problème. Mais si ce même système démocratique menace réellement leur position dominante, alors invariablement, ils sacrifient la démocratie sur l’autel du capitalisme. C’est ce que le principal penseur libertarien adulé de la nouvelle bourgeoise de l’économie numérique, Friedrich Hayek, expliquait posément en 1981, commentant son soutien au régime fasciste d’Augusto Pinochet : "Personnellement je préfère un dictateur libéral plutôt qu’un gouvernement démocratique manquant de libéralisme."

      Nous venons d’assister trait pour trait au même mouvement d’allégeance envers le mouvement trumpiste que les industriels allemands des années 30. Sur la photo du premier rang des invités d’honneur de la cérémonie, on voit ici #Elon_Musk, bien sûr, le véritable numéro 2 de l’administration Trump, qu’on ne présente plus, et à sa gauche #Jeff_Bezos, le PDG d’Amazon, et #Mark_Zuckerberg, le patron de Facebook. Les trois personnes les plus riches des États-Unis. Mais ils sont loin d’être les seuls : un mouvement profond s’est enclenché. On peut citer aussi #David_Sacks, autre capitaliste milliardaire de la Silicon Valley, qui vient d’être nommé par Trump en charge d’une politique de développement des cryptoactifs (#Bitcoin et cie), et à la tête du conseil du président pour la science et la technologie.

      L’administration Biden, sans être d’obédience socialiste, a voulu renouer avec une vieille tradition américaine "keynésienne-progressiste", disparue du paysage politique depuis Reagan, consistant à taxer fortement les plus riches, à soumettre les entreprises de taille critique pour l’économie à un contrôle étatique fort, et à démanteler les plus gros groupes monopolistiques considérés comme une menace pour la démocratie. Biden a donc rompu avec la politique de copinage avec la finance et la "Silicon Valley" cultivée par les Démocrates depuis Bill Clinton. Il a validé des accords internationaux sur une imposition mondiale minimale des multinationales, il a soumis les géants d’internet à un contrôle réel de son administration, a encouragé la syndicalisation dans ces entreprises (notamment chez Amazon et Tesla), et a engagé des procédures judiciaires très importantes contre ces entreprises, en exhumant les #lois_anti-trust du début du XXe siècle qui autorisent la justice américaine à démanteler des grandes entreprises lorsqu’elles sont devenues monopolistiques, en les vendant à la découpe. C’est notamment le sort qui était officiellement recherché contre #Google, avec une poursuite engagée par les procureurs de 50 États, ce qui faisait trembler toute la Silicon Valley.

      Je ne suis pas en train de dire que Biden était anticapitaliste, pas le moins du monde, mais enfin il a considéré que le poids et l’autonomie d’action acquises par les géants de l’économie numérique étaient arrivées à un stade critique pour la démocratie américaine, et s’est ouvertement attaqué à leur domination, distandant les liens antérieurs entre ladite "Silicon Valley" et le Parti démocrate. En social-libéral conséquent, il pensait certainement qu’un équilibre devait (et pouvait) être maintenu dans le système capitaliste pour qu’il continue à avancer de pair avec un système démocratique. C’est ce point précis qui explique la rupture de cette classe capitaliste avec les leaders démocrates (au sens premier du terme), pour prêter allégeance collectivement à un leader fasciste. Plutôt un dictateur libéral qu’un démocrate voulant brider le libéralisme économique, pour paraphraser Hayek.

      Là où Trump a été habile politiquement, c’est qu’au cours de la campagne, il n’a pas tendu les bras à ces milliardaires. Il aurait pu dire "Qu’est-ce que ces Démocrates sont ingrats avec vous, moi je serai reconnaissant si vous me soutenez !" Pas le moins du monde. Il a continué à s’en servir comme épouvantail politique pour ses électeurs, en les pointant du doigt comme des agents au service du parti démocrate et du "virus woke", insistant sur le libéralisme culturel qui unissait ces capitalistes californiens au Parti démocrate jusqu’à la présidence Biden. Durant toute l’année 2024, les Jeff Bezos, les Mark Zuckerberg et consorts, se sont retrouvés conspués de toutes parts – pour des raisons différentes. Pris entre le marteau et l’enclume, ils ont été mis sous une pression inédite. C’est pourquoi le retournement est si spectaculaire : quand les deux camps veulent ton scalp, tu as intérêt à t’aligner franchement avec l’un des deux camps, et de préférence celui qui pourra l’emporter, car rester pris entre les deux feux est ce qu’il y a de pire. On l’a vu dans la théâtralisation guignolesque de Zuckerberg, jurant la main sur le cœur qu’il était devenu un conservateur sincère, un vrai bonhomme macho anti-diversité, anti-inclusion, contrairement au portrait que la campagne Trump faisait de lui. C’était en fait contre son gré, forcé par le méchant Biden, qu’il défendait les valeurs opposées il y a encore 3 mois 🤡 Le zèle des transfuges, qui doivent donner des gages à leur nouvelle famille de la solidité de leur fidélité, à défaut de pouvoir convaincre sur la sincérité de leurs convictions. De façon moins pathétique, mais plus significative, Jeff Bezos avait signalé son ralliement en novembre, en censurant la publication d’un éditorial du Washington Post (le quotidien centriste n° 1 du pays), dont il est propriétaire, qui devait appeler à voter contre Trump. Un autre milliardaire de la "tech" californienne, Patrick Soon-Shiong, a fait de même au Los Angeles Times. Le LA Times est le "plus à gauche" des grands quotidiens du pays. Lorsque Soon-Shiong rachète le journal en 2018, il est encore connu pour être un soutien du Parti démocrate, et un donateur important de la campagne d’Hillary Clinton contre Trump. En novembre dernier, en censurant l’éditorial contre Trump, il licencie par la même occasion l’ensemble du comité de rédaction, et annonce que le journal fera désormais "plus de place" aux "opinions conservatrices".

      Derrière l’arrivée au pouvoir d’un mouvement fasciste, se cache en fait un deal consistant à mettre l’État américain dans les mains d’une oligarchie capitaliste, qui a fait le deuil d’une position conciliante avec la démocratie. C’est ce que disait déjà en 2009 l’un de ces nouveaux oligarques, encore un milliardaire de la Silicon Valley, Peter Thiel. Comme Musk et la plupart de ces gens, il se disait depuis longtemps "libertarien". Aux États-Unis, cette étiquette politique permet à une partie des élites économiques de défendre le libéralisme économique tout en se prétendant "neutres" politiquement, "ni droite ni gauche". Comme le RN... ou LREM 🤷 Être libertarien aux US, c’est surtout être "pro-business", et proclamer qu’on se fout des questions de valeurs, qu’elles soient démocratiques, progressistes, religieuses, conservatrices... en soutenant un coup un Démocrate, un coup un Républicain. Dans un article intitulé "L’éducation d’un libertarien", Peter Thiel fait alors une véritable confession : comme la plupart de ses congénères libertariens, il a longtemps prétendu être fermement pro-démocratie, mais c’est fini. Et il se fixe désormais pour tâche de convaincre ses coreligionnaires qu’il faut désormais lutter contre la démocratie, activement.
      Je cite : « I still call myself “libertarian.”
      But I must confess that over the last two decades, I have changed radically on the question of how to achieve these goals. Most importantly, I no longer believe that freedom and democracy are compatible. By tracing out the development of my thinking, I hope to frame some of the challenges faced by all classical liberals today. »

      ▻https://www.cato-unbound.org/.../education-libertarian
      (Je me désigne toujours comme un "libertarien". Mais je dois avouer avoir radicalement changé d’avis au cours des deux dernières décennies sur la façon d’atteindre cet objectif. Pour l’essentiel, je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles. En retraçant l’évolution de mes idées à ce sujet, j’espère fournir un cadre aux défis que rencontrent tous les libéraux classiques aujourd’hui.)

      S’ensuit une lamentation sur la racine du mal : le suffrage universel. Lorsqu’il fut accordé aux femmes, et aux "bénéficiaires des aides sociales" (c’est-à-dire les Noirs), ça a été le début de la fin pour les États-Unis, selon Thiel.
      Peter Thiel a joué le rôle de poisson pilote pour cette classe de milliardaires. C’est le premier à faire son "coming-out" antidémocrate, et le premier à soutenir Trump dès 2016. Musk fut le suivant, rallié par Thiel au cours du mandat de Biden. Derrière la figure publique de Musk, c’est Thiel, beaucoup plus secret et beaucoup plus #idéologue, qui a en réalité le plus de réseaux dans le camp Trump. C’est lui qui a placé #J.D._Vance comme vice-président auprès de Trump. Vance est, littéralement, un employé de Thiel. Thiel le recrute en 2016 pour diriger son fonds d’investissement personnel Mithril Capital. C’est encore lui qui le lance en politique en finançant sa première campagne électorale en 2021. C’est enfin lui qui le présente à Donald Trump, et qui convainc le candidat, avec l’aide de Musk, de le prendre comme vice-président, alors que son profil n’était électoralement pas très intéressant.

      Le deal est signé, Musk se lance à corps perdu dans la campagne pour Trump à l’instant où Vance est choisi.

      Thiel, Musk, et Sacks constituent la fraction la plus idéologisée et la plus réactionnaire de cette classe de milliardaires, dont l’essentiel suit le mouvement par pur intérêt tactique. Ils ne sont donc pas représentatifs de tout leur groupe social, mais leur activisme, désormais au cœur du pouvoir, mérite qu’on s’y attarde.

      Les trois compères font partie de ce que les médias US ont baptisé la "mafia Paypal", car ils ont noué des liens proches au lancement de #Paypal, et continuent à se rendre des services depuis, avec une stratégie d’infiltration de l’État américain (via #SpaceX pour Musk, via la société de renseignement Palantir pour Thiel). Il est intéressant de noter qu’ils ont tous trois grandi au sein de la #bourgeoisie_blanche raciste de l’#Afrique_du_Sud de l’#apartheid. (Un article très bien fait le point à ce sujet : ►https://www.humanite.fr/en-debat/donald-trump/elon-musk-peter-thiel-david-sacks-et-roelof-botha-les-autres-sud-africains-). Musk et Sacks sont nés en Afrique du Sud, Thiel est Allemand, mais a grandi là-bas car son père travaillait pour la principale mine d’uranium du pays. Le père de Musk était quant à lui déjà millionnaire, propriétaire d’une mine de diamants ; durant l’apartheid, donc autant dire qu’il était esclavagiste de profession. Tous trois ont donc baigné dans l’environnement intellectuel du Parti national afrikaner, fondé notamment par des sympathisants nazis déclarés (Hetzog), qui professaient l’inégalité des races, la pureté génétique, et le droit par onction divine à la domination des autres races.

    • Elon Musk : Peter Thiel, David Sacks et Roelof Botha, les autres sud-africains de l’équipe Trump, Jacqueline Dérens, ancienne militante contre l’apartheid, autrice.
      ►https://www.humanite.fr/en-debat/donald-trump/elon-musk-peter-thiel-david-sacks-et-roelof-botha-les-autres-sud-africains-

      Tous trois ont uni leurs talents pour lancer la plateforme de paiement Paypal, qui au début n’employait ni femmes, ni Noirs, reflet de leur aversion commune pour le multiculturalisme.

    • La société post-apartheid de Anton Kannemeyer & Conrad Botes, nés respectivement en 67 et 69, deux têtes pensantes de la BD underground sud-africaine, ont créé la revue de bande dessinée « Bitterkomix », alors que l’apartheid était encore en vigueur. Critique acerbe du conservatisme et du racisme.
      ►https://www.du9.org/entretien/anton-kannemeyer


      ▻https://www.cornelius-boutique.com/product/le-pays-de-judas
      #bandes_dessinées

    • Quand même, on découvre maintenant l’influence de Peter Thiel qui a pourtant toujours conceptualisé à partir de Ayn Rand la philosophie fasciste des GAFAMS ?

      Maintenant qu’on est jusqu’au cou dans leur fosse à purin, que tous les médias ont trouvé formidable d’utiliser FB et consorts depuis presque 20 ans, il faudrait penser à cesser de gazouiller comme des veaux sur X et FB ?

      Ne reste qu’à rire jaune.

      Aucun d’eux ne s’est jamais caché de ses ambitions.

  • OpenAI just raised $6.6 billion to build ever-larger AI models - The Verge
    ▻https://www.theverge.com/2024/10/2/24260457/openai-funding-round-thrive-capital-6-billion

    This funding round values OpenAI at roughly 40 times its reported revenue, an unprecedented figure that highlights just how much hype surrounds AI in Silicon Valley. The New York Times reported that OpenAI’s monthly revenue hit $300 million in August, and the company expects about $3.7 billion in annual sales this year (and estimates that its revenue will reach $11.6 billion next year.)

    These billions will go toward the incredibly expensive task of training AI frontier models. Anthropic CEO Dario Amodei has said AI models that cost $1 billion to train are in development and $100 billion models are not far behind. For OpenAI, which wants to build a series of “reasoning” models, those costs are only expected to balloon — making fresh funding rounds like this one critical.

    #Intelligence_artificielle #OpenAI #Finance #Economie_numérique