• #Gita_Gopinath, #économiste : « La montée des #déséquilibres entre #grandes_puissances menace la #croissance et favorise le #protectionnisme »
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/07/02/l-economiste-gita-gopinath-la-montee-des-desequilibres-entre-grandes-puissan
    #FMI

    Les investisseurs restent optimistes vis-à-vis des fournisseurs de composants essentiels à l’intelligence artificielle (#IA), comme les #puces, mais ils sont plus prudents vis-à-vis des #concepteurs_de_modèles d’IA, tels que Microsoft et Alphabet. Les cours des sept géants américains de la tech intègrent donc déjà ces incertitudes sur leurs profits futurs.

    Il y a aussi ce que j’appelle le phénomène « #BLISS » (Big Lasting State Support ou soutien durable et massif de l’Etat), c’est-à-dire ces particuliers qui continuent d’investir en se disant, implicitement ou explicitement, qu’en cas de problème, les pouvoirs publics interviendront. Or la dette publique est aujourd’hui bien plus élevée qu’elle ne l’était avant la dernière crise financière, donc je ne pense pas que les Etats pourront offrir un soutien de la même ampleur. Et une dette qui passe de 100 % à 150 % du produit intérieur brut (PIB), c’est beaucoup plus douloureux que lorsqu’elle monte de 40 % à 100 %. Aux Etats-Unis, l’actuelle administration pourrait même être tentée de recourir à des mesures pas très orthodoxes comme le contrôle des prix.

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    Les pays émergents sont-ils menacés par la #montée_du_protectionnisme et l’IA ?

    Il faut d’abord relativiser la montée du protectionnisme, car 70 % des #échanges_mondiaux de marchandises se font dans le respect des règles de l’OMC [Organisation mondiale du commerce]. Et des pays continuent de signer des accords commerciaux, à l’instar de celui qui a été signé en janvier 2026 entre l’Inde et l’Union européenne. Mais il est vrai que les pays se recentrent davantage sur leurs problématiques internes ; ils cherchent par exemple à assurer leur sécurité, leur autonomie énergétique, ils sont tournés vers eux-mêmes. Les émergents peuvent continuer à se développer en réformant leurs économies. Si l’Inde améliore, par exemple, la facilité à faire des affaires ou réforme son système judiciaire, cela bénéficiera à l’ensemble de son économie. Quant à l’intelligence artificielle, les pays émergents (hors Chine) ne vont pas s’imposer dans la conception des modèles, mais par l’innovation dans leurs usages, dans des secteurs qui manquent de compétences, comme la santé ou l’éducation.

  • L’#OFCE propose un autre outil que la taxe #Zucman pour mieux #imposer les plus riches

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/03/l-ofce-propose-un-autre-outil-que-la-taxe-zucman-pour-mieux-imposer-les-plus

    Comment améliorer la justice fiscale en France ? En pleine préparation du budget 2027, le débat resurgit. La gauche défend plus que jamais la taxe Zucman, un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des personnes disposant d’une fortune de plus de 100 millions d’euros. Elle est au cœur du livre de Raphaël Pradeau #Taxez_les_riches ! Eloge de la progressivité de l’impôt, publié en mai par l’association Attac (112 pages, 10 euros). La droite et le patronat, eux, récusent cette « folie ». Instaurer une telle taxe « serait un cataclysme pour l’économie », a encore plaidé Philippe d’Ornano, coprésident du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire, en mai, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés.

    Les économistes Guillaume Allègre et Xavier Timbeau ont peut-être une solution pour sortir de cette opposition binaire. Le diagnostic de Gabriel Zucman est « juste », expliquent les deux experts de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans une longue note de blog publiée le 19 mai. Tout en haut de l’échelle des revenus, les taux d’imposition effectifs décroissent, confirment-ils. Dit autrement, les très très riches sont relativement moins imposés que les très riches. Il est donc « légitime » de « restaurer la progressivité » de l’impôt sur le revenu, et de « bloquer certaines stratégies d’évitement », écrivent-ils.

    Comment ? C’est ici que les analyses divergent. Selon les deux #économistes, la #taxe_Zucman ne constitue pas la bonne option. « La non-imposition de certains revenus économiques ne commence pas au seuil de 100 millions », argumentent-ils. Cette taxe est en outre « très concentrée sur très peu de foyers », ce qui la fragilise : « La famille Arnault seule, actionnaire de LVMH, pèse presque 15 % des 20 milliards d’euros de recettes estimées de la taxe. » Les 1 800 ultrariches concernés risquent de quitter la France ou d’adapter leur comportement pour limiter la casse. Surtout, soulignent les deux auteurs, « il y a incohérence » entre le diagnostic et la préconisation, Gabriel Zucman s’attaquant au patrimoine, donc au stock d’actifs, pour résoudre un problème de revenus, c’est-à-dire de flux.

    Pour que les « #ultrariches » paient autant d’impôts que les autres, le duo suggère une autre piste. Elle consisterait à taxer non pas le patrimoine, mais l’ensemble des revenus. Y compris ceux qui, jusqu’à présent, échappent en grande partie à l’impôt. Dans le viseur des deux chercheurs : les gains en capital. « La fiscalité actuelle, en France et dans d’autres pays, exonère largement les plus-values réalisées », soulignent-ils. Cela explique, selon eux, « pour une grande part » l’impôt manquant chez les très hauts revenus.

    Eviter l’« effacement fiscal »
    Ils proposent donc une « taxe sur le revenu économique et certain », qui « éliminerait ces possibilités d’effacement » en imposant à 30 % « l’intégralité des plus-values à la vente mais aussi lors des donations et successions ». Ici réside la grande nouveauté du mécanisme. Les biens donnés ou transmis au décès d’une personne deviendraient beaucoup plus taxés, ce qui mettrait « un stop à la détention infinie des biens par les familles et dynasties », écrivent Guillaume Allègre et Xavier Timbeau.

    Cette réforme reviendrait à supprimer une mécanique très française : la purge fiscale des plus-values au moment des donations et successions, commentait, lundi 1er juin, Guillaume Fonteneau, sur son site Leblogpatrimoine. « La donation ou le décès ne seraient plus des moments d’effacement fiscal, mais de révélation de l’enrichissement, dit-il. Un changement considérable, car une grande partie des stratégies patrimoniales repose aujourd’hui sur cette logique : conserver un actif fortement valorisé, puis le transmettre afin d’effacer la plus-value latente. »

    Avec un taux d’imposition de 30 %, les deux chercheurs évaluent le rendement de leur taxe à 1,8 % du revenu national, soit 54 milliards d’euros. « De telles recettes dès les premières années rendraient la pérennité du système plus crédible », jugent-ils.

    • Les ambitieuses pistes du laboratoire codirigé par Thomas #Piketty pour réduire les #inégalités mondiales tout en limitant le #réchauffement_climatique
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/04/les-ambitieuses-pistes-du-laboratoire-codirige-par-thomas-piketty-pour-redui

      Ils proposent une utopie et ils l’assument. Sans ambages, ils la présentent comme une réponse à la vague national-populiste et climatosceptique montant en puissance des deux côtés de l’Atlantique. « Depuis quelque temps, nous voyons les technoréactionnaires de la Silicon Valley rêver d’un monde où ils installeraient une colonie sur Mars tandis que vivrait sur Terre une population ultra-paupérisée, car l’intelligence artificielle aurait détruit beaucoup d’emplois : ce n’est pas un futur très réjouissant », avance l’économiste Lucas Chancel, codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales (#World_Inequality_Lab, WIL), un institut de recherche rattaché à l’Ecole d’économie de Paris. « Le projet technonationaliste fait œuvre d’une énergie qui manque au camp internationaliste et égalitaire : dans la bataille culturelle à l’œuvre, il nous faut proposer un avenir souhaitable et désirable », renchérit Thomas Piketty, également codirecteur du #WIL.

      Proposer un avenir désirable, dresser un plan pour réduire les inégalités dans les limites planétaires : telle est l’ambition du rapport sur la justice mondiale (« Global Justice Report ») publié jeudi 4 juin par le WIL. Rédigé grâce à la contribution de 45 chercheurs, il s’appuie sur l’importante base de données sur les inégalités du laboratoire, et aspire à accompagner d’autres initiatives, telle que celle menée par le Brésil, dans le cadre du G20, pour mieux taxer les milliardaires.

      Depuis 2018, le WIL publie régulièrement des rapports auscultant les écarts de richesses dans le monde. Cette fois-ci, il propose une feuille de route concrète, intégrant la dimension climatique. « C’est un plan pour changer de système en partant de celui existant, pour éviter de foncer vers l’abîme », souligne Lucas Chancel. Dès la première page, la promesse est forte : il est possible de bâtir un monde où l’égalité socio-économique entre le plus grand nombre d’habitants et la limitation du réchauffement climatique, condition indispensable pour que notre planète reste vivable, seraient compatibles et atteintes.

      Dans le scénario ainsi esquissé, le revenu national mensuel moyen par personne convergerait vers 5 000 euros d’ici à 2100 dans chaque pays – il varie aujourd’hui entre 290 euros en Afrique subsaharienne et 4 590 euros en Amérique du Nord. La part du patrimoine global détenue par la moitié la plus pauvre de la population mondiale passerait de 2 % à 30 %, tandis que celle de la classe des milliardaires reculerait de 6 % à 0,05 %. Le réchauffement climatique, lui, serait limité à 1,8 °C d’ici à 2100, au lieu de plus de 4 °C dans le scénario où rien ne changerait.

      Des précédents dans l’utopie
      « Y parvenir suppose trois conditions », détaille Thomas Piketty. La première est une décarbonation rapide des systèmes énergétiques, avec une baisse massive des énergies fossiles et des investissements colossaux dans les renouvelables à l’échelle mondiale. La deuxième est un basculement vers la sobriété, se traduisant notamment par des recompositions sectorielles majeures dans nos économies : une baisse des secteurs matériels tels que la production de biens manufacturiers et les transports, et le déploiement des services immatériels, comme l’éducation et la santé. Il ne s’agit pas de décroissance, mais bien d’une sobriété ciblée sur des secteurs-clés, selon le rapport. « La troisième condition est un grand changement des habitudes alimentaires, avec une baisse de la consommation de viande : c’est sur cette base que l’on peut envisager un plan de reforestation pour revenir à un niveau de couverture forestière comparable à celui de 1900 », ajoute #Thomas_Piketty.

      La réduction drastique des inégalités de revenus et de patrimoine, tant entre les pays qu’en leur sein, nécessiterait un coup de frein de la croissance dans les pays riches, notamment permis par une réduction significative du temps de travail. « La compression des inégalités mondiales n’est pas seulement compatible avec une décarbonation profonde ; elle en est une condition nécessaire pour une prospérité partagée sur une planète finie », justifient les économistes.

      La marche paraît haute, et les contempteurs du rapport ne manqueront pas de la qualifier d’« inaccessible ». Les auteurs rappellent toutefois qu’atteindre de telles cibles a déjà été possible dans le passé. Ainsi, l’écart entre les 0,1 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres est tombé de 150 à 11 durant le XXe siècle en Europe du Nord. « L’utopie que nous proposons est dans la lignée de celles du début du XXe siècle, qui sont devenues réalité, insiste Lucas Chancel. A l’époque, on travaillait trois mille heures par an et par travailleur dans les pays riches : beaucoup peinaient à imaginer que l’on n’y travaillerait plus que mille cinq cents heures par an cent ans plus tard, et pourtant, cela s’est produit. Nous proposons de poursuivre cette tendance jusqu’à mille heures. »

      Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « La transition écologique suppose de créer des politiques climatiques qui aident concrètement la vie des gens »

      La compression des inégalités et les investissements nécessaires à la décarbonation seraient accompagnés par la création d’un fonds pour la justice mondiale. Celui-ci serait financé dans un premier temps par un impôt planétaire sur le patrimoine dont le taux atteindrait 20 % annuels pour les milliardaires, et par un impôt sur le revenu, dont le taux marginal culminerait à 90 % pour les plus riches.

      Projet à contre-courant
      Les recettes seraient en grande partie réinvesties dans un grand fonds souverain mondial, chargé de les placer ; progressivement, les rendements de ces placements deviendraient la principale source de financement, supplantant les recettes fiscales dès 2100. Au cours de la période 2026-2060, les dépenses du fonds atteindraient en moyenne 10,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial par an, distribuées sur une base égale par habitant – l’Afrique subsaharienne percevrait jusqu’à 8,8 % de son PIB, contre 2,5 % pour l’Europe et 2,2 % pour l’Amérique du Nord – afin de soutenir à la fois la transition énergétique et la convergence sociale entre pays, notamment en matière d’éducation et de santé. Ces transferts seraient soumis à des conditionnalités climatiques et sociales.

      Problème : comment convaincre tous les pays d’y participer ? Comment éviter qu’un tel impôt n’encourage un peu plus encore l’évasion fiscale ? Les auteurs admettent que les ultrariches seraient évidemment très réfractaires à se voir ainsi imposés et chercheraient à l’esquiver. A l’heure du détricotage du multilatéralisme et du protectionnisme exacerbé depuis le retour au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis, la création d’une telle « plateforme pour la justice mondiale » paraît, en outre, à contre-courant.

      Infographie : Le Monde

      Les économistes du WIL rétorquent qu’elle pourrait d’abord fonctionner avec une petite coalition de pays, qui pourraient imposer des droits de douane « correctifs » à ceux refusant d’y participer. « La demande de justice sociale émanant des pays du Sud est très forte, insiste Lucas Chancel. Avec notre plan, 89 % de la population mondiale verra son revenu monétaire doubler d’ici 2100 ; plus de 95 % en sortiront gagnants dans les pays du Sud, et entre 85 % et 95 % dans les pays du Nord. »

      La constitution de cette plateforme nécessiterait, de fait, une refonte totale du système international. « L’architecture globale et le scénario que nous proposons sont imparfaits : nous les posons comme une base de travail de départ, ouverte à la discussion », conclut Thomas Piketty. Celle-ci débutera lors de la troisième conférence mondiale sur les inégalités, organisée à Paris par le WIL du 4 au 6 juin. Y seront notamment présentés 235 articles de recherche autour de ces questions, en sus de nombreuses tables rondes, en présence d’économistes tels que Branko Milanovic ou Mariana Mazzucato.

  • Economie : que peut la gauche ? - Nicolas Da Silva

    Entretien réalisé avec Nicolas Da Silva le 30 mars 2026.

    #Nicolas_Da_Silva est #économiste, spécialiste d’#économie de la #santé et de la #sécurité_sociale.

    Questions et interview : Marie Mouline
    Captation visuelle et montage : Margot Lopez
    Captation sonore et mix son : César Minel

    00:00 : Intro
    00:38 : Qu’est-ce que signifie l’entrée dans une #économie_de_guerre ?
    1:58 : Guns or butter : le faux arbitrage entre #dépenses #militaires et #sociales
    7:12 : Quels sont les grands courants critiques a l’économie #néolibérale ?
    8:58 : Approches dominantes (néolibérale, #Piketty ou #Zucmann) face aux approches #marxistes
    26:24 : Comment debunker le discours du trou de la #Sécu ?
    28:24 : Le mythe du « #trou_de_la_Sécu » : un agenda pour la liquider
    48:44 : Est-ce que le problème principal n’est pas la #financiarisation de la #dette ?
    49:58 : Les gros #capitalistes adorent acheter de la dette française
    1:00:00 : Personne ne voudra acheter de la dette si la #gauche arrive au pouvoir..?
    1:00:23 : L’#Etat comme organisateur de l’économie
    1:12:15 : Sortir de l’#euro ?
    1:12:49 : Casser les structures, ça dépend de notre appétit
    1:17:44 : L’Etat peut-il être #progressiste ?
    1:19:12 : Histoire de la sécu
    1:31:30 : Influences du contrôle populaire
    1:43:41 : Vers une sécu généralisée ?
    1:45:01 : #Démocratie et double #pouvoir

    https://www.youtube.com/watch?v=U0i9akCeUXE

  • [Je signe ✍️] Le 12 juin au #Sénat, #taxons_les_ultra-riches - #Attac France
    https://france.attac.org/se-mobiliser/superprofits-ultra-riches-mega-injustices/article/je-signe-%E2%9C%8D%EF%B8%8F-le-12-juin-au-senat-taxons-les-ultra-riche

    Lettre ouverte aux #sénateurs et #sénatrices

    Madame, Monsieur,

    Le 12 juin, vous aurez l’opportunité de voter une proposition de loi essentielle qui peut faire une vraie différence dans la vie des Français et Françaises : la mise en place d’un impôt minimum sur les grandes fortunes. Ce texte vise à assurer une contribution plus équitablement répartie pour faire face aux défis que nous devons relever ensemble, en étant fidèle au principe d’#égalité_devant_l’impôt consacré par la #Constitution française.

    Notre pays fait face à une crise du financement des services publics, à un besoin impératif d’investissement dans la transition écologique et à une demande légitime des citoyennes et des #citoyens pour plus de #justice_fiscale. Dans ce contexte, la taxation des personnes les plus fortunées, détenant à minima 100 millions d’euros, est une mesure pragmatique et nécessaire qui permettrait de rapporter entre 15 et 25 milliards d’euros par an.

    Elle est plébiscitée par des #économistes de renom, y compris par des institutions financières internationales, afin notamment de collecter le manque à gagner fiscal auprès des acteurs aujourd’hui sous-imposés. Aujourd’hui, les ultra-riches paient proportionnellement moins d’impôts : chez les 0,1 % les plus riches, le taux peut chuter jusqu’à 0,2 % de leurs revenus. Il est urgent d’agir pour que chacun contribue à hauteur de ses moyens.
    Vous avez presque terminé  ! Passez à l’étape suivante.

    Merci d’avoir signé ! Vous pouvez amplifier notre mobilisation pour la justice fiscale en diffusant cette pétition autour de vous. Partagez cet appel en utilisant les boutons ci-dessous 👇🙏
    [Je signe ✍️] Le 12 juin au Sénat, taxons les ultra-richesAttac France

    Le 12 juin, c’est au tour du Sénat d’examiner la proposition d’impôt plancher sur la fortune des 0,01 % des contribuables les plus riches. Attac France, 350.org et Oxfam France lancent une campagne conjointe : nous comptons sur vous pour signer et relayer la lettre ouverte aux sénateurs et sénatrices avant le vote !

    Ce texte ne pénalise ni l’investissement ni l’entrepreneuriat, et ne risque pas d’engendrer d’exil fiscal à grande échelle mais au contraire assure que les contributions fiscales soient proportionnelles aux ressources de chacun·e. C’est un enjeu de responsabilité et d’efficacité économique : un système fiscal plus juste permet de renforcer la stabilité sociale et économique du pays à court et moyen terme.

    Nous nous adressons à vous, sénateurs et sénatrices, car nous savons que vous partagez cette ambition d’un modèle économique durable et de solutions pérennes aux crises auxquelles fait face le pays et celles à venir. Soutenir cette loi, c’est envoyer un signal fort : celui d’un engagement en faveur de la responsabilité économique et de la cohésion sociale.

    Votre vote du 12 juin sera décisif. Nous comptons sur vous pour prendre une décision courageuse et juste, qui répond aux attentes des citoyennes et des citoyens et qui prépare la France aux défis de demain.

    Dans l’attente de votre réponse et de votre action, recevez, Madame, Monsieur, l’expression de notre considération.

    kit de com : https://france.attac.org/IMG/pdf/taxonslesultrariches-versionattac.pdf

  • [Énorme surprise] En France, l’effort de réarmement vient percuter les discussions sur les dépenses sociales
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/03/26/l-effort-de-rearmement-vient-percuter-les-discussions-sur-les-depenses-socia

    Le débat a été posé en des termes très directs par Julien Damon, professeur associé à Sciences Po. Dans un texte publié le 25 février sur le site Telos, il écrit que le système de protection sociale « pourrait être conduit à réduire la voilure afin que [la défense] monte en puissance ». (...) Le président de la République avait évoqué l’hypothèse de consacrer 5 % du produit intérieur brut (PIB) aux investissements militaires (contre 2 % aujourd’hui). Il avait ensuite précisé ne pas savoir si c’était le bon chiffrage, puis avait revu l’objectif à la baisse : « Autour de 3 % à 3,5 % » du PIB, avait-il dit, au Figaro, le 2 mars.

    Même si le saut à accomplir est moins important que celui envisagé au départ, il implique de dégager, à terme, plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires en faveur de nos armées. Une somme colossale qu’il s’avère ardu à trouver, les comptes publics étant délabrés. C’est la raison pour laquelle le poids des prestations sociales – correspondant à près d’un tiers de la richesse nationale – est, à nouveau, matière à interrogation et mis en regard avec les besoins de financement liés au réarmement. En cinquante ans, « nous avons divisé par deux nos dépenses de défense (de 4 % à 2 % du PIB), et multiplié par deux nos dépenses de retraites (de 7 % à 14 %) », souligne Antoine Foucher, directeur du cabinet de Muriel Pénicaud lorsque celle-ci était ministre du travail (mai 2017-juillet 2020), dans une tribune publiée le 5 mars par Les Echos. Et d’ajouter : « A l’abri du protectorat américain, nous avons préféré le confort à l’indépendance. »

    « Préserver notre modèle social »

    (...) l’exécutif a, jusqu’à maintenant, écarté l’éventualité de couper dans les systèmes de #solidarité. Ainsi, le 11 mars, à l’Assemblée nationale, la ministre de la santé, Catherine Vautrin, a promis que le gouvernement entendait « préserver notre modèle social », en réponse à une question sur la consolidation des forces françaises. Mais le pouvoir en place mentionne de plus en plus ouvertement une autre piste : « travailler plus », comme l’a clamé le ministre de l’économie, Eric Lombard, le 21 février sur RTL. Sa collègue en charge du travail, Astrid Panosyan-Bouvet, pousse dans le même sens. « Nous devons travailler davantage en relevant nos taux d’activité et d’emploi », plaide-t-elle dans une tribune publiée, le 21 mars, par Le Monde.

    Cette position s’inspire d’un raisonnement développé par des #économistes. Lorsque le nombre de personnes en poste progresse, il y a, à terme, plus de salaires distribués – donc davantage de cotisations sociales collectées – et plus de biens et de services produits, ce qui se traduit, en définitive, par un surcroît de rentrées de prélèvements obligatoires. « On dégage des moyens par le travail, c’est pour ça qu’il faut être dans la quête de l’emploi pour tous, avec toute la richesse que ça amène », estime Stéphane Viry, député (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) des Vosges. Son collègue de Meurthe-et-Moselle, Thibault Bazin (Les Républicains), qui est rapporteur de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale, va un tout petit peu plus loin : « Si on améliore notre taux d’emploi, si on diminue des charges de structure redondantes de notre administration, si on lutte mieux contre les #fraudes, on augmentera nos recettes tout en réduisant intelligemment les dépenses », avance-t-il, en faisant valoir que l’ensemble de ces solutions permettra de financer la protection sociale « ET » l’effort de défense.

    Pour tirer vers le haut la proportion d’individus en #emploi, les politiques publiques peuvent cibler plusieurs catégories de la population, comme l’a remis en évidence une étude du Conseil d’analyse économique diffusée le 4 mars. Sont ainsi visés les seniors, les jeunes, les salariés peu qualifiés et les femmes. Mais c’est sur les personnes ayant atteint ou franchi l’âge de 60 ans que l’accent doit être mis, affirme M. Foucher au Monde. « Le levier le plus puissant reste celui de la durée du travail dans la vie », plaide-t-il. D’après lui, il ne faut pas remonter l’âge légal de départ à la retraite, fixé à 64 ans par la réforme de 2023, car ce serait « injuste », mais un allongement de la durée de cotisation requise pour être éligible à une pension à taux plein lui « semble inévitable ».

    « Une forme d’alarmisme »

    De tels scénarios créent de l’effervescence car ils percutent les discussions lancées depuis le 27 février entre les syndicats et le patronat au sujet de notre système par répartition. Les organisations de salariés ne veulent pas entendre parler d’un durcissement des règles sur les #retraites et elles cherchent même à remettre en cause celle sur les 64 ans, en abaissant l’âge de départ. En outre, les actions pour augmenter le #taux_d’emploi présentent des limites, selon l’économiste Michaël Zemmour, qui fait référence aux réformes conduites depuis une quinzaine d’années pour transformer l’assurance-chômage, l’apprentissage et les régimes de pension. Malgré tous les changements intervenus, « l’économie française reste très peu dynamique », juge-t-il.

    Le débat, qui prospère depuis plusieurs semaines, doit être abordé avec distance, décrypte Nicolas Da Silva, enseignant-chercheur à l’université Sorbonne-Paris Nord. « Pour le moment, il est difficile de considérer que nous sommes ou que nous nous préparons à une économie de guerre », dit-il, en relevant qu’il n’y a eu que des annonces. Celles-ci évoquent certes une augmentation du budget alloué à la défense « mais sans que l’Etat accroisse significativement son rôle dans le fonctionnement de l’économie ou envisage de recourir à l’impôt ». Dès lors, enchaîne-t-il, « on peut émettre l’hypothèse d’une instrumentalisation de la menace pour poursuivre une politique intérieure qui est contestée ». L’idée qu’il faudrait procéder très rapidement à des choix budgétaires mais sans vraiment préciser pour quels investissements reflète « une forme d’alarmisme », complète Antoine Math, de l’Institut de recherches économiques et sociales. « Cette rhétorique me paraît être une stratégie pour imposer des mesures douloureuses, poursuit-il. Son efficacité ne saute pas aux yeux car il serait compliqué de faire adhérer la population à une stratégie de réarmement fondée sur des coupes dans les droits sociaux et les services publics. »

    https://archive.ph/FxN12

    #Budget #Défense #Droits_sociaux

    • L’UNION EUROPÉENNE A DÉTRUIT SON PAYS...NOUS SOMMES LES PROCHAINS - Yánis Varoufákis - 70 Mins. - 2024-09-21

      ▶ Yánis #Varoufákis est #économiste, il a été ministre des Finances de la #Grèce en 2015, durant la crise de la dette grecque, où il a mené des négociations tendues avec l’Union européenne [#EU #UE] et le #FMI [#IMF]. Fortement opposé aux mesures d’#austérité imposées par la #Troïka, il a finalement décidé de démissionner lorsque le « plan de sauvetage » européen a été accepté par son gouvernement. Il est l’auteur de nombreux ouvrages critiques sur le #capitalisme et l’#économie mondiale, dont récemment « Les nouveaux serfs de l’#économie » (LLL, 2024).
      Il est également co-fondateur du mouvement politique européen #DiEM25, plaidant pour une démocratisation de l’#Europe.

      Pour Élucid, Yánis Varoufákis revient sur ses années de combats contre le capitalisme mondialisé responsable de tant d’#inégalités, mais également sur la crise grecque, symptomatique de la nature profonde de l’Union européenne : austéritaire, dysfonctionnelle et antidémocratique.

  • Laurence Tubiana
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurence_Tubiana

    Laurence Tubiana a toujours revendiqué être de gauche ; militante à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dans sa jeunesse, c’est une proche de Lionel Jospin.

    Lors de l’élection présidentielle de 2012, elle signe [avec Philippe Aghion et alii] l’appel des économistes en soutien au candidat François Hollande en raison de « la pertinence des options [proposées], en particulier pour ce qui concerne la reprise de la croissance et de l’emploi ».

    Le 15 juillet 2024, quelques jours après les élections législatives anticipées, elle est proposée par le Parti socialiste, Les Écologistes et le Parti communiste français, à la France insoumise pour devenir Première ministre.

    #PS #NFP

    • « Le Nouveau Front populaire doit sans tarder tendre la main aux autres acteurs du front républicain pour discuter d’un programme d’urgence républicaine » (11/7/24)
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/07/11/le-nouveau-front-populaire-doit-sans-tarder-tendre-la-main-aux-autres-acteur

      Dimanche 7 juillet, au second tour des élections législatives, les Françaises et les Français se sont très majoritairement opposés au Rassemblement national en jouant pleinement le jeu du front républicain initié par le Nouveau Front populaire (NFP). Nous sommes très reconnaissants au NFP d’avoir proposé un tel front, malgré les profondes divergences qui l’ont opposé à l’ex-majorité présidentielle. Les résultats obtenus par l’extrême droite dans un nombre important de territoires montrent cependant que la colère et le désespoir – au sens littéral du terme – de millions de nos concitoyens et concitoyennes restent profonds.

      La voie raciste et xénophobe choisie pour l’exprimer est une impasse qui conduirait le pays au désastre économique, social, écologique et démocratique. Il faut donc réussir à mettre en œuvre ici et maintenant une alternative qui permette d’éviter que la prochaine vague d’extrême droite ne soit encore plus haute et ne parvienne à nous submerger.
      Le 7 juillet, les Françaises et les Français ont fait des députées et députés du NFP la première force à l’Assemblée nationale. Ils et elles n’ont pas donné cependant de majorité absolue au NFP et donc de mandat pour appliquer la totalité de son programme, comme cela avait pu être le cas en d’autres temps. Dans un tel contexte, il n’est pas envisageable de commettre l’erreur justement reprochée à Jacques Chirac en 2002 et à Emmanuel Macron en 2017 et 2022, qui, aussitôt élus, avaient oublié les voix de gauche ayant permis leur élection.
      Réorientation des politiques publiques
      La position de principale force du NFP au sein de l’Assemblée nationale lui donne une responsabilité particulière pour proposer au pays les moyens de sortir de l’impasse où il se trouve du fait de l’absence de majorité claire au Parlement. Il nous semble impossible en effet que la France puisse rester durablement sans véritable gouvernement légitimé par l’Assemblée pour préparer le budget du pays pour 2025 et entamer la profonde réorientation des politiques publiques, indispensable pour ramener la concorde et faire (enfin) reculer l’extrême droite.

      C’est pourquoi, le NFP doit sans tarder tendre la main aux autres acteurs du front républicain pour discuter d’un programme d’urgence républicaine et d’un gouvernement correspondant. Ce sera également le moyen de mettre au pied du mur l’ex-majorité présidentielle, en l’obligeant à se positionner vis-à-vis des nostalgiques qui, en son sein et à droite, rêvent encore de poursuivre et d’accentuer la politique qui a conduit le pays au bord du gouffre.

      Le point de départ d’une telle négociation sera bien sûr, du côté du NFP, son programme, mais chacun et chacune d’entre nous sait, et admet par avance, que ce ne sera pas le point d’arrivée dans tous les domaines. Et très peu nombreux seront celles et ceux qui, dans le pays, tiendront rigueur au NFP d’avoir dévié de ce programme sur tel ou tel sujet si cela permet que la France soit gouvernée de manière stable et apaisée.

      Réduire les injustices

      Nous avons la conviction que si la volonté politique est suffisante, il est possible de trouver un accord pour un tel gouvernement d’urgence républicaine. Et de montrer aux Françaises et aux Français que le message a été entendu. Que la volonté est là de mettre un terme à la dégradation des services publics, notamment d’éducation et de santé, d’améliorer le pouvoir d’achat des plus faibles, de rééquilibrer les territoires, de lutter enfin contre toutes les formes de racisme et de discrimination, d’accélérer une mutation écologique juste et solidaire et de réduire les injustices sociales et fiscales.
      Le tout en commençant à refondre nos institutions pour renforcer la démocratie et à rétablir dans le champ médiatique les conditions d’un débat public serein et de qualité.

      Nous savons que la société civile (associations, syndicats, think tanks, etc.) est prête à aider le NFP à dégager un tel programme d’urgence capable de rassembler une grande partie du pays. Et si d’aventure certains ou certaines préféraient privilégier leurs intérêts de boutique de court terme plutôt que les intérêts supérieurs du pays, cette société civile saurait aussi se mobiliser pour les ramener à la raison, comme elle l’a fait entre les deux tours des élections législatives vis-à-vis de celles et ceux qui étaient réticents à la mise en œuvre du front républicain.
      L’avenir du pays est entre les mains du NFP. Nous comptons sur lui pour se porter à la hauteur des responsabilités que les Français et les Françaises lui ont confiées.

      Premiers signataires : Loïc Blondiaux, politiste ; José Bové, ancien député européen ; Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et écrivaine ; Patrick Braouezec, ancien parlementaire ; Thierry Cadart, questeur du Conseil économique, social et environnemental ; Quitterie de Villepin, innovatrice démocratique ; Cyril Dion, auteur et réalisateur, Hakim El Karoui, essayiste ; Aurélie Filippetti, ancienne ministre ; Noël Mamère, ancien député ; Ariane Mnouchkine, directrice de théâtre ; Christophe Prochasson, historien ; Frédéric Sawicki, politiste ; Benjamin Stora, historien ; Marisol Touraine, ancienne ministre ; Laurence Tubiana, professeure à l’Ecole normale supérieure.

      (parmi les signataires, la rentière la mieux dotée d’un gouvernement Hollande saura "réduire les injustices").

  • Assurance-chômage : la réforme pourrait affecter jusqu’à un tiers des allocataires
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/05/18/assurance-chomage-la-reforme-pourrait-affecter-jusqu-a-un-tiers-des-allocata

    L’une des pistes privilégiées aujourd’hui par l’exécutif consisterait à accroître la « #durée_d’affiliation » – c’est-à-dire le temps de travail nécessaire pour être éligible à l’#assurance-chômage. A l’heure actuelle, il faut avoir exercé une activité de six mois sur une « #période_de_référence » de vingt-quatre mois pour être indemnisé.

    Le premier paramètre pourrait être modifié : s’il passait à sept mois, 11 % des allocataires seraient pénalisés (avec une entrée plus tardive dans le régime), ce qui engendrerait, à terme, une économie de 400 millions d’euros par an. S’il était relevé à douze mois, 31 % des personnes seraient touchées, tandis que l’Unédic, elle, verrait sa facture s’alléger de 2,3 milliards d’euros. Autre solution, aux effets encore plus puissants : raccourcir la « période de référence » en la ramenant de vingt-quatre à dix-huit mois. Dans cette éventualité, 32 % des allocataires seraient « impactés » et les économies atteindraient le montant colossal de 7,5 milliards d’euros par an.

    « Ramener de l’argent »

    Parmi les critères susceptibles d’évoluer figure également la durée pendant laquelle les demandeurs d’emploi sont couverts : si elle était fixée à douze mois (contre dix-huit, aujourd’hui, pour les personnes de moins de 53 ans), le régime économiserait environ 6 milliards d’euros.

    L’étude diffusée vendredi montre également que la réforme n’a pas les mêmes retombées suivant les curseurs qui sont actionnés. Une augmentation de la durée d’affiliation frappe particulièrement les moins de 25 ans ainsi que les individus s’inscrivant au chômage après un CDD ou une mission d’intérim. Les profils seraient très différents s’il était décidé de réduire la #durée_d’indemnisation : selon l’Unédic, il y aurait davantage de personnes d’au moins 25 ans ou ayant mis fin à leur contrat de travail après une rupture conventionnelle ; ceux qui perçoivent des allocations au-dessus de la moyenne seraient également plus nombreux.

    #chômeurs

    • Réforme de l’assurance-chômage : le gouvernement mise sur 3,6 milliards d’euros d’économies et la création de 90 000 emplois
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/05/22/reforme-de-l-assurance-chomage-le-gouvernement-mise-sur-3-6-milliards-d-euro

      L’exécutif espère atteindre ces objectifs en réformant les règles d’indemnisation des chômeurs par un #décret, dont les contours sont actuellement présentés par la ministre Catherine Vautrin aux partenaires sociaux.

      .... il faudra avoir travaillé huit mois dans les vingt derniers mois, au lieu de six mois dans les vingt-quatre derniers mois actuellement.

      #guerre_aux_pauvres #travail #société_punitive

    • Une des conceptrices de la réforme récompensée.

      Alexandra Roulet, lauréate du Prix du meilleur jeune économiste 2024 : « L’assurance-chômage comporte un aléa moral »


      Alexandra Roulet, lauréate du Prix du meilleur jeune économiste 2024, dans les locaux du « Monde », le 22 mai 2024. BRUNO LEVY POUR « LE MONDE »

      Alexandra Roulet est récompensée ce lundi 27 mai du Prix du meilleur jeune économiste 2024. Professeure d’économie à l’Insead, c’est une spécialiste du #travail, de l’assurance-chômage, des politiques de l’#emploi et des inégalités hommes-femmes.

      [...]

      Vous avez durant un an travaillé au plus près de la décision politique en étant conseillère économique à l’Elysée et à Matignon entre 2022 et 2023. Est-ce un avantage ou un handicap quand on revient à la recherche académique ?
      J’ai beaucoup aimé ce passage en cabinet et je recommande aux académiques de faire des expériences hors du champ universitaire. Cela m’a permis de toucher du doigt les contraintes du politique, y compris sur les sujets que l’on croit bien connaître. Par exemple dans le domaine du travail, j’ai été confrontée aux aspects juridiques et politiques de ce dossier. Cela m’a peut-être laissé une étiquette, mais j’ai eu peu de réactions hostiles et je garde le plaisir de dialoguer avec tout le monde, quelles que soient les orientations. J’espère que mes travaux ne seront pas jugés à travers ce filtre, mais pour ce qu’ils sont.

      https://justpaste.it/89aso

      #économie #économistes #sans_vergogne

  • Le président du Conseil d’orientation des retraites, dans le collimateur de Matignon depuis des mois, a été débarqué
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/10/25/le-president-du-conseil-d-orientation-des-retraites-debarque_6196394_823448.

    « Ce n’est pas une mesure de sanction », assure l’entourage de la première ministre. Pierre-Louis Bras avait pourtant été accusé par le gouvernement, en particulier par Elisabeth Borne, d’avoir alimenté la confusion dans le débat sur la réforme des #retraites.

    .... La nomination de son successeur, qui fera l’objet d’un décret du président de la République .... Cette décision ne constitue nullement une surprise.

    Dans Le Parisien du 9 avril, Mme Borne lui avait reproché d’avoir « brouillé les esprits », alors qu’elle cherchait à convaincre l’opinion de la nécessité de reporter à 64 ans l’âge légal de départ pour éviter un déficit de notre système par répartition en 2030. La première ministre faisait ainsi référence à des propos de M. Bras, lors d’une audition à l’Assemblée nationale : le 19 janvier, il avait affirmé que les dépenses de retraites « ne dérapent pas », tout en précisant que le rapport du COR de 2022 prévoyait des déficits durables. Mais beaucoup n’avaient retenu que l’idée selon laquelle la situation restait sous contrôle et n’exigeait, par conséquent, aucune réforme.

    Le 12 juillet, lors des questions au gouvernement au Sénat, Mme Borne avait même accusé l’instance de n’avoir pas « pleinement joué son rôle ces derniers temps », du fait de travaux ayant prêté à « toutes sortes d’interprétations et d’expressions, éloignant ainsi le #COR de sa mission originelle ».

    https://archive.ph/PiOtS

    • Avec la nomination de Gilbert Cette, le pouvoir reprend en main le Conseil d’orientation des retraites
      https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/311023/avec-la-nomination-de-gilbert-cette-le-pouvoir-reprend-en-main-le-conseil-

      Une semaine après avoir écarté l’ancien président du Conseil d’orientation des retraites, Pierre-Louis Bras, Matignon a nommé un économiste très proche du macronisme, et très favorable au recul de l’âge de départ, à la tête de cette institution.

    • Gilbert Cette, un économiste orthodoxe professeur à l’école de commerce Neoma et à l’université d’Aix-Marseille, et compagnon de route historique de la Macronie.

      Lors de la campagne de 2017, il avait signé la tribune des économistes soutenant la candidature d’Emmanuel Macron à la présidence de la République publiée dans Le Monde. On y trouvait notamment cette envolée lyrique et fort optimiste : « La nouvelle croissance, proposée par Emmanuel Macron, repose sur le progrès et l’innovation, c’est-à-dire la création en permanence de nouvelles technologies, de nouvelles activités, de nouveaux biens et services de meilleure qualité et de nouvelles façons de produire plus économes en énergie. »

      Une fois son poulain élu à l’Élysée, l’économiste a été nommé à la tête du comité d’experts sur le #salaire minimum qui, systématiquement depuis, prône l’absence de tout « coup de pouce » au #Smic, c’est-à-dire de toute augmentation au-delà de la hausse légale.
      C’est ainsi un membre du cercle proche de la présidence qui prend le contrôle d’un instance censée être indépendante.

      Un économiste organique du macronisme
      #Gilbert_Cette, 69 ans, a longtemps eu une image de gauche, issue de son passage comme conseiller technique au ministère du travail tenu par Martine Aubry entre 1998 et 2000. Mais c’est en réalité un #économiste néolibéral pur et dur, de la tendance « sociale-libérale », où le social découle du libéral, ce qui lui a permis de rester proche du Parti socialiste jusqu’au milieu des années 2010.

      C’est d’ailleurs en 2011 qu’il se rapproche d’Emmanuel Macron. À l’époque, ce dernier, selon Les Jours, organise des réunions d’économistes dans son restaurant parisien fétiche, La Rotonde, pour plancher sur le programme de François Hollande. Et c’est logiquement que Gilbert Cette, passé par la Banque de France et le Centre d’analyse économique, se rapproche du futur candidat lorsque celui-ci décide d’en finir avec le PS pour imposer ses réformes néolibérales.

      Car toute la pensée de Gilbert Cette le rapproche de la vision macroniste de l’économie. Le #marché est y central et l’enjeu des politique publiques est principalement de permettre aux agents économiques de participer à la compétition sur les marchés. D’où une insistance sur la formation et l’éducation pour adapter la force de travail aux besoins du capital.
      L’État, dans cette optique, ne doit pas compter ses aides aux entreprises, mais doit néanmoins prendre garde aux déficits. Aussi n’a-t-il pas d’autre moyen que de remplacer les transferts sociaux par des soutiens à l’innovation et à la formation .

      Dans une tribune au Monde cosignée avec Élie Cohen en 2019, il affirmait que « plutôt que d’amplifier sans cesse les politiques redistributives visant à réduire les inégalités spontanément fortes en France, il faut les réduire en amont par des politiques éducatives et de formation, et par une meilleure insertion sur le marché de l’emploi ». Cette phrase pourrait résumer la doctrine d’Emmanuel Macron.
      Si l’on voulait résumer les positions de Gilbert Cette en une phrase, on pourrait dire qu’il convient de soutenir absolument le #capital et ses profits en espérant que ces derniers se transforment en emplois et en innovations. Alors même que des cercles de plus en plus larges s’interrogent sur la pertinence des #baisses_de_cotisations, Gilbert Cette les a défendues en août dans un texte publié par Les Échos, reprenant la vieille rengaine de la « baisse des charges sur les bas salaires » pour créer des emplois.
      Dans le monde de Gilbert Cette, c’est le #travail qui doit toujours s’adapter. Adepte de la « #flexi-sécurité » où la sécurité est optionnelle, il soutenait en novembre 2021, dans L’Opinion, une « adaptation du droit du travail au numérique » allant plus loin encore que la réformes de 2017.
      D’ailleurs, adepte des comparaisons internationales, souvent utilisées pour justifier les #réformes en faveur du capital, Gilbert Cette défend depuis longtemps une remise en cause du niveau qu’il juge trop élevé du Smic et de ses méthodes de revalorisation. En 2018, il proposait, dans le cadre du comité d’experts sur le Smic, de réduire la revalorisation du salaire minimum, voire de le #désindexer de l’#inflation. Il le faisait au nom de la compétitivité et de la boucle prix-salaires.

      Gilbert Cette est de ces économistes qui, même lorsqu’ils ont tort, continuent de faire comme s’ils avaient raison. Après avoir promu des politiques néolibérales pour augmenter la productivité de l’#économie, l’économiste a constaté que les gains de productivité étaient désormais nuls (ce qui n’est guère étonnant puisqu’on a subventionné les bas salaires les moins productifs), et exige donc en retour des réformes pour « #travailler_plus ». C’est ce qu’il prônait dans cette tribune publiée dans Les Échos en mai dernier. Et là encore, comme par miracle, il était en plein accord avec le discours de la majorité présidentielle.

      Gilbert Cette fait partie de ces économistes orthodoxes absolument intolérants à tout autre cadre de pensée, même déviant légèrement des leurs. Dans une tribune de février 2020 publiée dans Les Échos, il fustigeait, avec ses compères #Élie_Cohen et #Philippe_Aghion, également connus pour leur proximité avec l’Élysée, les « analyses simplistes » de l’Institut des politiques publiques (IPP) et de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui avaient osé critiquer les réformes sur la #fiscalité_du_capital d’Emmanuel Macron. Malheureusement, le comité d’évaluation officiel, composé de membres dont l’orthodoxie n’est pas douteuse, n’a pas réussi à tirer de conclusions plus favorables, malgré ses efforts…

      Un soutien appuyé à la réforme des retraites de 2023

      Avec une telle pensée, Gilbert Cette ne pouvait être qu’un adepte de la réforme proposée par Emmanuel Macron en début d’année 2023. Le report à 64 ans de l’âge minimal de départ à la retraite répondait à plusieurs obsessions de cet économiste technocrate : la lutte contre les déficits, l’allongement du temps de travail, l’obsession d’une croissance « mécanique » liée à la quantité de travail.
      Car, dans le monde merveilleux de cet économiste de tableaux, le report de l’âge de départ à la retraite augmente automatiquement la quantité de travail fourni, et donc le PIB. Dans un texte publié dans Les Échos en octobre 2022, Gilbert Cette estimait ainsi que la réforme des retraites permettrait d’augmenter « la richesse moyenne produite par habitant, ce qui à la fois financerait une hausse du pouvoir d’achat moyen et, à taux de prélèvement inchangés, serait source spontanée d’impôts et taxes qui donnerait des marges de manœuvre saines à la politique économique ».
      Une formidable histoire, au point qu’on se demande pourquoi la réforme de 2010 n’a pas permis à la France de connaître une telle bouffée de prospérité. C’est peut-être qu’aucun des mécanismes rêvés par l’économiste n’a de réalité concrète.
      Mais peu importe, Gilbert Cette a, durant le débat sur la #réforme_des_retraites, défendu bec et ongles la réforme. Et c’est bien un des points les plus troublants de cette nomination : Gilbert Cette n’est pas resté neutre dans le débat sur les retraites. Il a été un des défenseurs les plus acharnés de la réforme.
      Dans un entretien accordé à L’Opinion en janvier 2023, il soutenait ainsi l’idée que la retraite était « très sociale ». Et d’ajouter, comme un écho au récit gouvernemental : « Tout le monde est gagnant, car c’est une réforme qui rend soutenable le régime de retraite, pour cela tout le monde fait un petit effort et l’effort demandé est plus faible pour les personnes aux carrières longues. »_ Des propos que l’on aurait pu mettre dans la bouche d’un ministre du gouvernement Borne.

      Avec un tel pedigree, il faut bien en convenir, le COR rentre désormais dans le giron du pouvoir. C’est une mise au pas en règle, avec la nomination d’un président qui a toujours défendu les positions gouvernementales. Le but est évident : il s’agit de produire des analyses « indépendantes » qui soient en accord avec le récit recherché par l’exécutif et d’éviter que ne se reproduisent des épisodes comme ceux où Pierre-Louis Bras a ouvertement mis en échec ce récit.

      Il convient ainsi de voir cette nomination pour ce qu’elle est : un épisode de plus dans la lente et continuelle dérive autoritaire d’un pouvoir qui ne supporte pas de se voir soumis à une contradiction et qui ne tolère « l’indépendance » que tant qu’elle lui donne raison. Jusqu’ici, le pouvoir niait et ignorait les études n’allant pas dans le sens de sa politique et montrant son caractère irrationnel. On a désormais, avec l’arrivée de Gilbert Cette à la tête du COR, franchi un cap : ce que l’on souhaite, ce sont des experts aux ordres.

      #expert

  • L’une des forces de France Info, c’est de toujours trouver des chiens de garde du capital pour vanter les mérites du gouvernement. Aujourd’hui par exemple, Emmanuelle Auriol, chercheur IDEI, membre de l’École d’économie de Toulouse & du Cercle des économistes… qui trouve formidables les attaques du gouvernement contre les chômeurs. - 40 % d’allocation en cas de taux de chômage à - 6 % ? Une mesure qui « encouragera les gens à reprendre une activité et qui permettra d’éviter des « trappes de pauvreté » de se former. »

  • Réforme de l’assurance-chômage : vers un nouveau durcissement des règles
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/12/24/reforme-de-l-assurance-chomage-vers-un-nouveau-durcissement-des-regles_61555

    Le ministère du travail a transmis vendredi aux partenaires sociaux le projet de décret sur la réduction de la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi. Il introduit un scénario prévoyant de diminuer de 40 % (et non plus de 25 %) le nombre de jours pendant lequel une personne est couverte.

    #chômage #droit_au_chômage

  • #Uber_files : des #économistes à vendre | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/laurence-scialom/uber-files-economistes-a-vendre/00104014

    On ne peut qu’être frappé par la similitude entre les pratiques d’#Uber de grassement rémunérer des économistes reconnus pour produire des études allant dans le sens de leurs intérêts, et les méthodes des marchands de doute, ces #chercheurs rémunérés par l’industrie du tabac ou de la chimie pour tenter de masquer les effets délétères des produits des entreprises qui les rémunèrent.

    Dans les deux cas, la confidentialité des données sur la base desquelles les études sont produites entrave toute possibilité de réfutation par les pairs. D’une certaine manière les économistes concernés « vendent » leur réputation dans cette opération – ce qu’Uber a bien compris comme le soulignent les échanges de mails révélés dans la presse – mais, plus grave, ils éclaboussent la réputation de leur institution de rattachement.

    La collusion entre certains économistes nord-américains célèbres et le monde de la #finance, révélée avec la crise des crédits subprime et mise en scène dans le fameux documentaire Inside Job sorti à l’automne 2010, a alimenté un vif débat aux #Etats-Unis sur l’endogamie malsaine entre la communauté des économistes et les milieux d’affaires.

    Ce débat si important a été largement éludé en France, si l’on excepte la parution de l’ouvrage de Laurent Mauduit Les imposteurs de l’économie. Les Uber Files pourraient donner à notre communauté d’économistes l’occasion d’enfin prendre à bras-le-corps cette question essentielle.

    #recherche

  • COVID-19 : ILS VEULENT NOUS FAIRE PAYER LA FACTURE
    15 avr. 2020
    https://www.youtube.com/watch?v=5s7vRR6O6es

    Interviewé par Le Média, l’économiste atterré David Cayla évoque les différents schémas d’absorption de la dette de l’Etat, mais aussi des pertes des banques et des entreprises. Et bien entendu, les solutions qui sont déjà discutées ne sont pas neutres. Pendant, avant et après le confinement, la lutte des classes continue. Focus sur les enjeux des futurs combats des peuples contre les oligarchies.

  • #Dette_publique : #austérité avec #intérêts - #DATAGUEULE 96 - DataGueule
    https://peertube.datagueule.tv/videos/watch/a57b0b52-3bda-49b2-ae5c-365f0dc600c1


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    #Transition_écologique, lutte contre la #pauvreté, réforme des #retraites : il est une data qui permet de justifier toutes les inactions et les rigueurs... Mais c’est le chiffre de la dette publique, bien sûr ! Et parce que nous vivons soit disant au dessus de nos moyens, il nous faudrait nous soumettre aux créanciers et au chantage à l’austérité. Bien sûr. Pourtant, à bien y regarder c’est moins les dépenses publiques que les cadeaux fiscaux qui creusent notre dû. Alors, au fait, à qui profite la dette ?

    #traité_de_Maastricht #carmen_reinhart #kenneth_rogoff #isf #impôt #trésor_public #banque_centrale #Grèce #sécurité_sociale #fiscalité #pression_fiscale #propriété_privée #philosophie #expropriation #révolution_française #défaut_sur_la_dette #audit_de_la_dette #lutte_des_classes #flat_tax #dépenses_fiscales #niches_fiscales #inflation #responsabilité_politique

    Invité : Arthur Jatteau, MCF en économie et sociologie à l’université de Lille, membre des #économistes_atterrés

  • [La bande à Piksou] Saint Bernard...
    http://www.radiopanik.org/emissions/la-bande-a-picsou/saint-bernard-

    Le 7 janvier 2015, plusieurs membres de #Charlie_Hebdo étaient assassinés.

    Cabu, Wolinski, on connaissait. Tignous, Charb, Honoré, c’est moins clair mais ils évoquent quelque chose.

    Mais #Bernard_Maris, personne (ou presque) ne le connaissait. Il était pourtant l’un des meilleurs économistes français de sa génération.

    Ecrivain à ses heures, amateur de poésie plus que d’économie, fondateur d’ATTAC, journaliste sous le surnom de « Oncle Bernard », siégeant à la Banque de France, professeur, actionnaire d’entreprise, Maris était un peu de tout à la fois, comme Keynes « le plus grand des économistes », celui que Maris admirait entre tous et auquel il se référait sans cesse.

    Cinq ans quasi jour prour jour après son assassinat, on va un pu parler du bonhomme, en espérant ne pas dire trop de (...)

    #économiste #Charlie_Hebdo,Bernard_Maris,économiste
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/la-bande-a-picsou/saint-bernard-_07964__1.mp3

    • Une brève histoire des hurluberlus Paul Laity
      http://www.entelekheia.fr/2016/11/20/une-breve-histoire-des-hurluberlus

      Paul Laity revisite sur le ton de l’humour la gauche britannique de l’époque de George Orwell et les rapports de ce dernier avec ceux qu’il avait appelé « les hurluberlus de la gauche ». Inutile de dire que nous avions exactement les mêmes en France.

      Pour reprendre le terme d’Orwell, les racines du #gauchisme « hurluberlu » sont similaires de chaque côté de la Manche, nommément l’Owenisme en Grande-Bretagne et en France, le socialisme utopique et ses dérivés. Différence culturelle oblige, les nôtres étaient moins épris de vélocipède, de végétarisme, de laine brute et de grand air que les Britanniques ; la version hexagonale les voulait laïcards, républicains, scientistes, athées et bouffeurs de curés, avec malgré tout parfois, comme chez leurs congénères anglo-saxons, des penchants mystiques qui les conduisaient volontiers au spiritisme. #Victor_Hugo est le chef de file des aînés de ce type « d’hurluberlus », mais d’autres noms connus du XIXe siècle l’ont rejoint au panthéon des exaltés du guéridon, par exemple #Camille_Flammarion, #Victorien_Sardou, #Delphine_de_Girardin, #Henri_Bergson qui s’adonnait à des recherches psychiques (hypnose, lucidité somnambulique, médiumnité) ou encore #Jules_Verne, etc. Cette tendance se perpétuera chez les #surréalistes, en particulier avec l’écriture automatique d’André Breton et au-delà, dans l’art moderne et contemporain, dans le « psychologisme » qui imprègne toute la gauche ainsi que dans le #pédagogisme actuel – Ainsi, malgré ce qu’écrit l’auteur dans sa conclusion, la question de l’héritage idéologique du socialisme utopique et de la gauche « hurluberlue » historique déborde très largement des seuls écologistes pour embrasser toute la gauche libérale moderne.

      « Le socialisme », a écrit #George_Orwell dans son célèbre Quai de Wigan (1936), attire à lui « avec une force magnétique tous les buveurs de jus de fruit, les nudistes, les porteurs de sandales, les obsédés sexuels, les quakers, les charlatans naturopathes, les pacifistes et les féministes d’Angleterre ». De façon mémorable, sa tirade contre ces « hurluberlus » s’étend dans d’autres passages du livre aux « végétariens à barbes flétries », aux « Jésus de banlieue » uniquement préoccupés de leurs exercices de yoga, et à « cette tribu lamentable de femmes de haute vertu, de porteurs de sandales, de buveurs de jus de fruits qui affluent vers l’odeur du ‘progrès’ comme des mouches à viande vers un chat mort. »

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      Andrew Muir, architecte consultant de la ville-jardin de Letchworth, portant ce qui s’appelait à l’époque un « costume rationnel » et des sandales. Crédit photo, First Garden City Heritage Museum du Letchworth Garden City Heritage

      Les #stéréotypes et caricatures des hurluberlus de la #classe_moyenne s’inscrivent profondément dans la culture nationale anglaise. Pendant tout le XIXe siècle, Punch Magazine a brocardé les obsessionnels de la santé qui recherchaient une vie plus pure dans le chou bouilli et l’antialcoolisme. Une histoire d’Aldous Huxley, The Claxtons, qui anticipait la philippique d’Orwell, dresse le tableau d’une famille bourgeoise puritaine, radicale et aveuglée sur elle-même : « Dans leur petite maison sur le terrain communal, comme les Claxton vivaient une belle, une spirituelle vie ! Même le chat était végétarien » . Et plus tôt cette année, le Daily Mail, tabloïd de droite, a tourné le Guardian en dérision (pour la énième fois, sans aucun doute) en l’accusant d’être dirigé par, et pour, des « porteurs de sandales ». C’est une pique encore censée suggérer la même chose qu’à l’époque d’Orwell : une naïveté fumeuse, une pseudo-supériorité morale et une vie de bohème méritoire – certainement un monde bien éloigné des valeurs de pragmatisme et de décence de l’Angleterre censément « véritable ».

      La férocité des caricatures « d’hurluberlus » d’Orwell trahissent une certaine anxiété sur la liberté sexuelle, mais vise en général directement leur travers le plus évident – leur sérieux. Les hurluberlus veulent que le monde devienne un endroit moins cruel, moins bassement commercial, plus beau. Leurs plaisirs sont sains, « naturels » et énergiques. (Quand j’étais enfant, mes parents dépeignaient certaines personnes comme très « riz complet et bicyclettes »). La mentalité de ces progressistes contre-culturels veut à tout prix que tout soit sain et aide à s’améliorer. L’un des objets de raillerie d’Orwell est donc une « gueule de bois de la période de #William_Morris » [1] qui propose de « niveler le prolétariat ‘par le haut’ (jusqu’à son niveau à lui) par la méthode de l’hygiène, des jus de fruit, du contrôle des naissances, de la poésie, etc. » Dans son roman Un peu d’air frais (1939), nous rencontrons « le professeur Woad, un chercheur psychique » : « Je connaissais le genre. Végétarisme, vie simple, poésie, culte de la nature, se roulant dans la rosée avant le petit-déjeuner… ce sont tous soit des maniaques de l’alimentation naturelle, ou alors ils ont quelque chose à voir avec les boy-scouts – dans les deux cas, ils sont toujours partants pour la Nature et le Grand air. »

      La satire d’Orwell dans le Quai de Wigan s’inscrivait dans le cadre d’une cause particulière et urgente : la formation d’une #politique radicale, populaire (non-hurluberlue) et réaliste pour faire front à la menace montante du fascisme. (Peu après avoir remis le manuscrit de son livre à son éditeur, Victor Gollancz, il entamait son voyage à Barcelone pour y rejoindre le camp républicain de la guerre civile d’Espagne). A ses yeux, les hurluberlus – avec les « marxistes chevelus mâchouillant des polysyllabes » – donnaient mauvaise allure au socialisme. Il impliquait aussi qu’ils étaient superficiellement dévoués à la cause socialiste mais au bout du compte, bien plus préoccupés par leur propre pureté morale que par l’exploitation de la classe ouvrière. Mais à qui exactement Orwell pensait-il quand il a lancé ses invectives ? Qui étaient les hurluberlus ?

      Il avait fait le choix de ne jamais mentionner par écrit qu’il s’était lui-même commis avec beaucoup de personnages de la #contre-culture, à commencer par sa tante, Nellie Limouzin, une bohème dont le mari, socialiste, soutenait fidèlement le mouvement espérantiste, et les Westrope, qui possédaient la librairie de Hampstead où il travaillait au milieu des années 30. Francis Westrope avait été objecteur de conscience pendant la guerre et adhérait au Parti travailliste indépendant ; son épouse, Myfanwy, militait pour les droits des femmes – et les deux étaient des espérantistes passionnés. Sa grande admiratrice et conseillère Mabel Fierz [2] également, vivait dans une grande maison de Hampstead Garden et penchait pour un socialisme mystique et spirituel.

      Les amis et membres de sa famille ont sans nul doute influencé les portraits d’Orwell dans une certaine mesure, mais il avait toute une tradition politico-culturelle en ligne de mire. Elle s’étendait aux sectes millénaristes socialistes des années 1830 et 1840 inspirées par le réformateur #Robert_Owen et son journal, le New Moral World (le Nouveau monde moral). Les « hurluberlus » étaient sur-représentés dans ces communautés modèles – Catherine et Goodwyn Barmby, par exemple, qui s’agacèrent du ton insuffisamment puriste du mouvement Owenite et formèrent l’Église Communiste (ses organisations-sœurs comprenaient les #White_Quakers de Dublin et le #Ham_Common_Concordium de Richmond.) [3] Ils prêchaient diverses prophéties #New_Age, ainsi que le végétarisme, l’#hydrothérapie, les cheveux longs et le port de sandales. Au fil des années, #Goodwyn_Barmby se mua en figure christique, avec de longs cheveux blonds flottant sur les épaules ; ensemble, le jeune couple arpentait les rues de Londres avec un chariot où il puisait des tracts qu’il distribuait en haranguant les passants.

      Le renouveau #socialiste de la fin du XIXe siècle était lourdement investi de croyances « hurluberlues ». Comme l’a écrit Michael Holroyd, c’était largement a partir « d’ #agnostiques, #anarchistes et #athées ; de #réformistes du costume [4] et du régime alimentaire ; d’#économistes, de #féministes, de #philanthropes, de #rationalistes et de #spirites tentant tous de détruire ou de remplacer le #christianisme » que le renouveau s’est opéré. L’activiste #Henry_Hyndman, un disciple d’Engels et le fondateur de la Social Democratic Federation (SDF, fédération socialiste démocratique) en 1881, désespérait comme Orwell de ce type de tocades morales. « Je ne veux pas que le mouvement » , martelait-il, « soit un dépotoir de vieux hurluberlus, d’humanitaires, de #végétariens, d’anti-vivisectionnistes, d’anti-vaccinationnistes, d’artistes du dimanche et toute cette espèce. »  Sans surprise, William Morris et ses amis au sein de la SDF décidèrent de s’en séparer et fondèrent leur propre groupe en 1884, la plus anarchique (et sexuellement radicale) Ligue socialiste. La #Fabian_Society , [5] qui débutait au même moment, était un groupe dissident de la #Fellowship_of_the_New_Life (Compagnons de la nouvelle vie), une communauté éthico-spirituelle (et végétarienne).

      C’était également l’époque de la #Vegetarian_Cycling_Society (Société des Cyclistes Végétariens) et des clubs nés autour de l’hebdomadaire socialiste #The_Clarion, qui visait à #« amener le citadin à entrer plus fréquemment en contact avec la beauté de la nature, et faire progresser l’idéal d’une vie plus simple, d’un mode de vie modéré et d’une élévation de la pensée. » #George_Bernard_Shaw qui, en tant que végétarien porteur de laine brute, naturelle et tricotée à la main, entretenait une relation de proximité avec les hurluberlus, a résumé les deux impulsions différentes du socialisme du temps : l’une tenait à « organiser les docks » , l’autre à « s’asseoir au milieu des pissenlits ».

      Le saint patron des pique-niqueurs au milieu des pissenlits était #Edward Carpenter, et Orwell l’avait clairement à l’esprit. Ancien vicaire anglican qui avait été l’invité de Thoreau, auteur d’un long poème whitmanesque, ‘Vers La Démocratie’ , Carpenter prônait un socialisme spirituel et le retour à la nature. A la suite d’une vision, il avait acheté une petite exploitation rurale à Millthorpe, près de Sheffield, où il faisait pousser ses propres légumes. Il était végétarien et prêchait le contrôle des naissances ainsi que le mysticisme oriental ; il avait écrit The Intermediate Sex (Le Sexe intermédiaire) , le premier livre qui présentait l’homosexualité sous un jour positif à être largement diffusé en Angleterre. Il avait pour habitude de se baigner nu à l’aube en compagnie de son domestique et amant, et sa vie était dénoncée comme scandaleuse et immorale.

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      Edward Carpenter devant son cottage de Millthorpe, dans le Derbyshire, 1905. Il porte une paire des célèbres sandales de style indien qu’il fabriquait lui-même et une veste, un bermuda, une cravate et une large ceinture de sa propre conception. Crédits Sheffield Archives, Carpenter Collection, Box 8/31 a.

      Plus que n’importe qui d’autre, Carpenter a été responsable de l’introduction des sandales dans la vie britannique. Quand son ami Harold Cox partit pour l’Inde, Carpenter le chargea d’envoyer une paire de sandales du Cachemire à Millthorpe. La paire en question comprenait une lanière qui remontait de la semelle, passait par-dessus les orteils et s’accrochait à la cheville. « J’ai rapidement éprouvé une joie à les porter », écrivit Carpenter. « Et au bout de quelque temps, j’ai décidé d’en fabriquer. » Les chaussures, décida-t-il, étaient « des étouffoirs en cuir » . Il prit des leçons auprès d’un bottier de Sheffield et arriva « vite à fabriquer beaucoup de paires pour moi-même et plusieurs amis. » (Il en offrit une paire à Shaw, mais elles lui sciaient les pieds et il renonça à les porter en jurant de ne jamais y revenir.) Plusieurs disciples firent le pèlerinage à Millthorpe, y compris, dans les souvenirs de Carpenter, une réformiste du costume – « Son nom était Swanhilda quelque chose » , qui avait marché des kilomètres, sous une pluie battante, seulement vêtue d’une robe de serge bleue grossièrement coupée et de sandales qui s’enfonçaient dans la boue presque à chaque pas. Un des domestiques de Carpenter à Millthorpe, George Adams, entreprit aussi de fabriquer des sandales. Quand il se brouilla avec son maître, il déménagea dans la toute nouvelle ville-jardin de Letchworth, dans le Hertfordshire, et y ouvrit un petit commerce de sandales.

      Letchworth occupe une place spéciale dans l’histoire des hurluberlus. « Un jour cet été » , écrivait Orwell dans le Quai de Wigan, « je traversais Letchworth quand le bus s’est arrêté pour laisser monter deux hommes âgés d’allure affreuse. Tous deux très petits, roses, joufflus et tous deux tête nue, ils devaient avoir dans les soixante ans. Ils étaient habillés de chemises couleur pistache et de shorts kakis dans lesquels leurs énormes arrière-trains étaient si boudinés que vous auriez pu en étudier chaque fossette. Leur arrivée fit courir un léger frisson d’horreur sur l’impériale du bus. L’homme assis à côté de moi… murmura ‘des socialistes’. Il avait probablement raison », continue le passage. « Le Parti travailliste indépendant tenait son université d’été dans la ville. » (Orwell néglige de mentionner qu’il y assistait lui-même).

      La ville-jardin de #Letchworth, une expérience en urbanisme inaugurée en 1904 – une utopie d’air frais et de vie rationnelle – devint instantanément une Mecque pour les amoureux de la vie simple et acquit une réputation nationale de ville « hurluberlue » : sandales et scandales à foison. Un de ses deux architectes originels, Raymond Unwin, avait été l’un des associés de Carpenter au sein du socialisme de Sheffield (et un végétarien). Un ancien résident a offert une description du « citoyen typique de la ville-jardin » : il portait des sandales, ne mangeait pas de viande, lisait William Morris et Tolstoï, et possédait deux tortues « qu’il cirait périodiquement avec la meilleure des huiles de moteur Lucas. » Les végétariens de la ville ouvrirent le Simple Life Hotel (l’hôtel ‘Vie Simple’), qui comprenait un magasin de produits alimentaires naturels et un restaurant réformiste alimentaire. Un membre de la famille quaker Cadbury ouvrit un pub sans alcool, la Skittles Inn (l’Auberge des Quilles), où il faisait un fructueux commerce de chocolat chaud et de Cydrax, un vin de pomme sans alcool. (Ce qui inspira un commentaire sur une vie « toute en quilles et sans bière » [6] à G.K Chesterton, et plus tard une raillerie à John Betjeman dans son poème Huxley Hall, « Ni mon dîner végétarien, ni mon jus de citron sans gin/ ne peuvent noyer mon hésitante conviction selon laquelle nous pourrions bien être nés dans le péché ».)

      Les dimanches, les Londoniens faisaient des excursions en train pour étudier l’étrange collection d’espérantistes vêtus de blouses et de théosophistes de Letchworth ; une bande dessinée d’un journal local dressait même le tableau comique de visiteurs d’un zoo d’humains. « Papa, je veux voir comment on les nourrit ! » , y réclame un enfant. Les panneaux indicateurs pour les visiteurs y signalaient : « Direction Les Lutins Raisineux Porteurs de Sandales À Pointes Longues », « Par Ici Pour Le Pub Non-toxique » et « Direction Les Mangeurs de Bananes Hirsutes » . Annie Besant, une théosophiste militante du contrôle des naissances, y ouvrit l’école St. Christopher – où le Parti travailliste indépendant tenait sa réunion d’été – et qui aujourd’hui encore offre exclusivement de la nourriture végétarienne (ses élèves admettent se rabattre sur McDonald’s).

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      Dessin de Louis Weirter, publié dans le journal local The Citizen, 1909. Crédits image, First Garden City Heritage Museum de la Letchworth Garden City Heritage Foundation

      Les années 1920 et 1930 offraient nombre de tendances contre-culturelles propres à faire frémir Orwell. Un pacifisme de type jusqu’au-boutiste s’était davantage généralisé au milieu des années 30 qu’à n’importe quelle autre époque de l’histoire britannique. Il y avait aussi une manie du grand air (associée à un développement des loisirs) et d’un mode de vie hygiénique et non raffiné. Les adhésions au club cycliste du Clarion atteignirent leur apogée au milieu des années 30, et un nombre sans précédent de citadins en bermudas et chemises à col ouvert s’entichèrent d’hôtels de jeunesse et de randonnées pédestres. « Le droit de vagabonder » à travers vallons, coteaux et landes devint une cause de gauche et la randonnée de masse, un acte politique parfois nuancé de mysticisme de la nature. En 1932, l’écrivain S. P. B. Mais conduisit seize mille personnes dans le parc naturel des South Downs pour y admirer le lever du soleil sur Chanctonbury Ring (malheureusement, le ciel était nuageux ce matin-là). Le mouvement de retour à la nature prenait d’autres formes aussi. À Marylebone en 1928, la Nature Cure Clinic (clinique de cure naturelle) ouvrait ses portes, avec des idées homéopathiques venues de l’Est via l’Allemagne. Les fruits crus et les jus de légumes y étaient considérés nécessaires à l’élimination des toxines. Et dans les mêmes années 30, le Dr Edward Bach vantait les vertus curatives des essences de fleurs qu’il avait découvertes en recueillant des gouttes de rosée sur des plantes, à l’aube.

      Le #nudisme organisé fit son apparition en Grande-Bretagne à la fin des années 1920. L’un de ses premiers centres à s’ouvrir a été Sun Lodge, à Upper Norwood au sud-est de Londres. A partir de 1928, les membres de la #Sun_Bathing_Society (société des bains de soleil) se retrouvaient les week-ends pour s’imprégner des rayons salutaires et revigorants et pour d’autres activités comme la « danse rythmique. » Les habitants locaux s’agglutinaient autour de la clôture pour tenter d’entrapercevoir les baigneurs en puris naturalibus. En 1929, la police dut intervenir au Welsh Harp Reservoir, à côté de Wembley, pour protéger les naturistes contre des émeutiers. En dépit de la controverse qu’il suscitait, le mouvement #nudiste prit de l’ampleur. En 1932, une lettre au Times en appela à la reconnaissance des bénéfices du culte du soleil - « en moins qu’un costume de bain. » - Ses signataires comprenaient George Bernard Shaw et C. E. M. Joad, philosophe populaire, socialiste, pacifiste, enthousiaste de la campagne (et peut-être le modèle du “Professeur Woad » d’Orwell). Joad était convaincu des vertus des siestes « nu au soleil », même seulement sur des criques désertes. Le ridicule n’était jamais loin. Dans le film I See Ice (1938), George Formby chantait - « Une photo d’un camp nudiste/ Dans mon petit album d’instantanés/ Très jovial mais un peu humide/ Dans mon petit album d’instantanés. » -

      #Leslie_Paul, fondateur des Woodcraft Folk, une alternative antimilitariste aux scouts ouverte aux garçons comme aux filles, se décrivait comme un « socialiste du style d’Edward Carpenter, épris d’une vision mystique de l’Angleterre. » En 1933, cinq cent jeunes membres des Woodcraft Folk campèrent autour d’une pierre levée de l’âge du bronze, dans le Herefordshire, pour y écouter un exposé sur les alignements de sites. [7] Deux garçons étaient accroupis dans une cage d’osier au sommet du monument. (Aujourd’hui, le propriétaire de la terre sur laquelle se dresse la Queen Stone préfère ne pas donner sa localisation exacte pour ne pas encourager la tenue de séances.) Paul, qui était écrivain et journaliste, passait le plus clair de son temps dans un cottage de la campagne du Devonshire. Un ami local, Joe, avec des poils sur la poitrine « épais et bouclés » comme un « matelas de fils de fer » aimait à s’allonger nu au soleil, à déclarer sa passion pour Tolstoï et à dénigrer les chaussures de cuir. « Le végétarisme était dans l’air du temps progressiste », écrivit plus tard Paul. « De nouveaux magasins de nourriture offraient de quoi satisfaire de fantastiques nouveaux goûts. … j’ai bu un mélange de lait malté, d’eau chaude et d’huile d’olive qui passait pour avoir les plus heureux effets sur le colon et les nerfs. » C’était un admirateur de l’Union Soviétique, un socialiste et un pacifiste. « Le #pacifisme avait une extraordinaire affinité avec le végétarisme », se souvenait-il, « de sorte que nous vivions d’énormes saladiers de bois emplis de salade aromatisée à l’ail, de lentilles et de pignons de pin garnis de poireaux. Nous respirions la santé. »

      Orwell a participé à deux universités d’été en 1936 : l’une à Letchworth et l’autre organisée par #The_Adelphi, un magazine pour qui il écrivait, dans une grande maison de Langham, près de Colchester. L’éditeur et fondateur du journal était le critique John Middleton Murry, un pacifiste et socialiste d’un type spirituel et poète qui avait acquis la maison dans l’espoir d’en faire le foyer d’une nouvelle forme de communauté égalitaire. (« Dans cette simple et belle maison, notre socialisme est devenu réalité » , écrivait-il. « Il me semblait que nous avions atteint une nouvelle sorte d’immunité contre l’illusion. ») Tous les invités étaient mis à contribution pour aider à la bonne marche du centre : Orwell était très demandé à la plonge, où il employait des talents cultivés lors de ses jours de pauvreté à Paris. Au cours d’une des discussions, il asséna apparemment à son auditoire, en majorité des gens de la classe moyenne, qu’ils ne « reconnaîtraient même pas un mineur ou un débardeur s’il en entrait un dans la pièce. » Murry finit par penser que le Centre Adelphi tenait trop de l’atelier d’idées : les socialistes qui y résidaient manquaient de la discipline qu’apporte le rude labeur physique.
Son projet suivant fut une ferme pacifiste.

      Il y a cent autres exemples de socialistes épris de ‘vie simple’ qui auraient suscité le mépris d’Orwell. Mais, malgré tous ses efforts, la longue et riche histoire des « hurluberlus » continua au-delà des années 1930 jusqu’aux éléments de la Campagne pour le Désarmement Nucléaire, les #hippies et les #Verts. (Et au-delà de l’Angleterre aussi, bien sûr.) Dans les années 1960, un restaurant végétarien a effacé un siècle de moqueries en adoptant fièrement le nom « Les Hurluberlus ». De bien des façons, la situation s’est retournée contre Orwell. Les personnages comme Edward Carpenter et Leslie Paul peuvent désormais être considérés comme les pionniers de l’anti-capitalisme écologiste moderne. L’environnementalisme est de plus en plus une cause et de moins en moins une distraction d’excentrique.

      Beaucoup de choses qu’Orwell considérait comme hurluberlues sont aujourd’hui à la mode. Il y a trois millions et demi de végétariens en #Grande-Bretagne, le yoga fait de plus en plus partie de la vie quotidienne des classes moyennes, et des pilules homéopathiques sont avalées par millions. (Malgré tout, ces tendances suggèrent, encore plus que du temps d’Orwell, une volonté d’auto-préservation et un style de vie égoïste, le contraire d’une volonté authentique de changer le monde.)

      Inévitablement, alors que des aspects hurluberlus ont été absorbés dans le courant dominant, d’autres pratiques et croyances étranges prennent leur place et sont ridiculisées par la majorité. Dans l’esprit du Quai de Wigan , on pourrait dire de l’anti-capitalisme d’aujourd’hui qu’il attire avec une force magnétique tous les écolos forcenés, les fruitariens organiques, les scooteristes à batterie solaire, les enthousiastes des naissances dans l’eau, les pratiquants de sexe tantrique, les fans de world music, ceux qui vivent dans des tipis, les porteurs de pantalons de chanvre et les accros aux massages ayurvédiques d’Angleterre. Quant aux sandales, les journalistes du Daily Mail _ peuvent bien conserver la mémoire de l’association entre hurluberlus d’antan et pieds quasi-nus, mais les longues queues devant les boutiques Birkenstock devraient les y faire réfléchir à deux fois. La vie simple est peut être aussi illusoire aujourd’hui qu’hier, mais nous sommes tous devenus des porteurs de sandales.

      Paul Laity est rédacteur littéraire au sein de la vénérable London Review of Books. En 2001, il a publié la Left Book Club Anthology (l’Anthologie du club du livre de gauche) , (Weidenfeld & Nicolson)
      Traduction Entelekheia
      [1] William Morris, peintre, dessinateur de papier peint, écrivain et l’une des figures de proue d’un mouvement conjuguant art et artisanat, l’Arts and Crafts.
      [2] La première à avoir reconnu le talent d’Orwell. Elle l’aida à faire publier son premier livre en le portant elle-même à un agent littéraire qui le transmit à un éditeur, Victor Gollancz. Le livre, Down and Out in Paris and London, parut en 1933.
      [3] Une communauté socialiste utopique également connue sous le nom « Alcott House ».
      [4] Les réformistes du costume militaient contre le corset, pour le pantalon féminin, pour que les femmes s’habillent de façon adaptée à la mode des vélocipèdes, pour le port de sous-vêtements hygiéniques en laine, et plus généralement pour le port de vêtements pratiques, dits « rationnels ».
      [5] Club politique de centre-gauche, socialiste et réformiste créé en 1884. Gorge Bernard Shaw et Herbert George Wells en faisaient partie. La Fabian Society , qui se décrit aujourd’hui comme progressiste, existe toujours au sein du Parti travailliste. Elle est aujourd’hui alignée sur le néolibéralisme européiste de Tony Blair.
      [6] Jeu de mots sur un proverbe anglais. Littéralement, « la vie n’est pas toute faite de bière et de quilles », signifiant « la vie n’est pas toujours facile ».
      [7] Théorie loufoque sur des lignes imaginaires (également appelées « ley lines ») censées relier des sites préhistoriques de façon occulte.

      #culpabilisation #Gauche #Histoire_des_idées #Libéralisme #Socialisme_utopique #espéranto #hurluberlu #hurluberlue

      Cet article est paru dans Cabinet Magazine http://www.cabinetmagazine.org/issues/20/laity.php sous le titre ‘A Brief History of Cranks’.

  • Urgence climatique, malaise chez les économistes
    http://theconversation.com/urgence-climatique-malaise-chez-les-economistes-126645

    Dans un article publié en septembre 2019 sur le site Vox, les économistes Andrew Oswald (Université de Warwick) et Nicholas Stern (London School of Economics) – à qui l’on doit en 2006 la célèbre Stern Review sur l’économie du changement climatique – dressent un constat accablant.

    Selon leurs estimations, sur les 77 000 articles publiés depuis leur création par les neuf revues scientifiques les plus importantes en économie, seuls 57 portaient sur le changement climatique. Le Quarterly Journal of Economics, la revue la plus citée dans le champ de l’analyse économique, détenant le triste record de n’avoir jamais publié un seul article sur le sujet.

    #économistes #mainstream #climat

  • Le Français qui murmure à l’oreille de la gauche américaine | Les Echos
    https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/le-francais-qui-murmure-a-loreille-de-la-gauche-americaine-1128186

    L’économiste Gabriel Zucman contribue aux programmes de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren, deux des candidats les plus populaires à la primaire démocrate. Grand partisan de l’impôt sur la fortune, il les a convaincus de sa nécessité pour réduire les inégalités aux Etats-Unis. Rencontre à Berkeley, avant la tenue d’un nouveau débat démocrate la semaine prochaine.

  • #Recession watch: Does anyone know what they’re talking about? - Columbia Journalism Review
    https://www.cjr.org/analysis/recession-economy.php

    “There are studies about economic forecasting and its accuracy by economists—they get it wrong all the time,” DePillis says. “Most of the time, they don’t see a recession is coming and most predictions of recessions do not turn out to be true.”

    #économie #économistes #prévisions

  • L’appel de 70 médecins, #élus, #économistes : « Pourquoi nous voulons légaliser le #cannabis »
    https://www.nouvelobs.com/societe/20190619.OBS14590/l-appel-de-70-medecins-elus-economistes-pourquoi-nous-voulons-legaliser-l

    #legalisation

    Il faut en finir avec le statu quo. La France doit légaliser le cannabis, qu’il soit utilisé à des fins thérapeutiques comme récréatives, pour les consommateurs de plus de 18 ans. Alors que ses voisins (Belgique, Allemagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas…) ont tous assoupli leur législation, que le Canada, l’Uruguay et plusieurs Etats américains ont légalisé la substance, la France est à la traîne. Elle s’arc-boute sur une loi répressive datant de 1970, totalement inefficace puisque nous sommes le pays de l’Union européenne où la consommation est la plus élevée. De 18 à 64 ans, un Français sur deux a déjà expérimenté le cannabis, et un adulte sur neuf est un usager régulier. A 17 ans, 48 % des jeunes en ont déjà pris. Au même âge, presque un sur dix en est un usager régulier et un sur douze est estimé dépendant ou souffrant d’un usage problématique (1).

    D’un point de vue de santé publique, cette interdiction semble difficile à justifier. alors que le cannabis est moins dangereux, une fois le cerveau formé (2), que l’alcool, qui tue prématurément 41 000 personnes chaque année et le tabac, 73 000 (3). Nous savons que ce n’est pas un produit neutre, mais c’est précisément parce qu’il est nocif pour la santé, particulièrement celle des mineurs, qu’il faut en contrôler la production et la distribution.

    La prohibition contribue à engorger inutilement l’activité des magistrats et des policiers : plus de 130 000 personnes sont interpellées chaque année pour en avoir consommé (4).

    Aux Etats-Unis, la légalisation dans plusieurs Etats a fait chuter la criminalité le long de la frontière mexicaine (5). Quand la France acceptera-t-elle de regarder la réalité en face, de faire preuve de pragmatisme, face à cette impasse ? Les pouvoirs publics doivent agir. Et vite.

    (1) Chiffres clés de l’#Observatoire_français_des_Drogues et des Toxicomanies 2017.

    (2) Rapport de Bernard Roques, directeur de recherche à l’Inserm, sur la classification des psychotropes (1998).

    (3) Christophe Bonaldi (Santé publique France), Catherine Hill (épidémiologie Gustave-Roussy).

    (4) Office central pour la Répression du #Trafic_illicite des #Stupéfiants.

    et un papier d’économie :

    (5) « Is Legal Pot Crippling Mexican Drug Trafficking Organisations ? The Effect of Medical Marijuana Laws on US Crime », « The Economic Journal ».

  • « Le costume de tueurs de la consommation n’est-il pas trop grand pour les “gilets jaunes” ? », Philippe Askenazy
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/02/26/philippe-askenazy-le-costume-de-tueurs-de-la-consommation-n-est-il-pas-trop-

    Les premiers signes d’une baisse de la consommation sont bien antérieurs au mouvement de contestation, note, dans sa chronique au « Monde », l’économiste Philippe Askenazy.

    Chronique « Tendances France ». La croissance a marqué le pas fin 2018, du fait d’une #consommation atone. Les soldes d’hiver ont été décevantes. Politiques et analystes ont vite fait d’attribuer cela aux « gilets jaunes » : les commerces des centres-villes ont perdu des clients les samedis de manifestation et les restrictions de circulation à certains ronds-points ont perturbé les zones commerciales périphériques. Le costume de tueurs de la consommation n’est-il cependant pas trop grand pour les « #gilets_jaunes » ?

    Les difficultés des magasins en dur auraient dû induire un report massif sur le e-commerce : les principaux sites ont maintenu leurs délais de livraison, et les blocages de dépôts ont été rares et ponctuels. Or, les chiffres de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) révèlent l’absence de ruée chez ses adhérents. Au contraire, en décembre, le e-commerce n’aurait progressé que de 6 % sur un an, un très net ralentissement par rapport aux 15 % de hausse jusqu’en octobre.

    D’où une autre interprétation : entendre des « gilets jaunes » décrire des vies de restrictions ne donnait guère envie d’acheter du superflu. Encore leur faute, donc ? Peut-être pas…
    Les conjoncturistes disposent de mesures des anticipations des entreprises et des ménages. Un des indices synthétiques phares de l’Insee est la confiance des ménages. De nombreux travaux montrent qu’il est un prédicteur de l’évolution de la consommation à court terme. Or, dès le mois de février 2018, il entame une descente. En mai, il passe sous sa moyenne historique. En septembre, il est au plus bas depuis avril 2016. Toutes les composantes se détériorent, en particulier l’opportunité de faire des achats importants et les perspectives d’évolution du niveau de vie. Ces chiffres auraient dû laisser prévoir un gros coup de frein à la consommation à la fin de l’année 2018. « Gilets jaunes » ou pas.

    Excès d’optimisme
    Le raisonnement du gouvernement et des conjoncturistes a été différent. Ils ont estimé que les Français n’avaient pas intégré dans leurs anticipations l’exonération de cotisations des salariés du privé et la baisse de la taxe d’habitation prévue en octobre. Leur confiance allait donc remonter dès novembre et la consommation dans son sillage, dès qu’ils liraient leur fiche de paye et leur feuille d’impôt. Tout aussi optimistes, les commerçants affichaient au début de l’automne des anticipations de hausse des achats et constituaient des stocks pour un Noël qui s’annonçait en fanfare.

    « Il faut questionner la pertinence de la mesure officielle du pouvoir d’achat en France »
    Patatras, la confiance s’est effondrée en novembre, notamment les opportunités d’achats. Difficile d’incriminer les « gilets jaunes » : l’enquête a été menée dans la première partie du mois, et l’acte I était le 17 novembre. On peut donc se demander si les dirigeants économiques, en imaginant des Français myopes que la pédagogie des réformes leur en ferait comprendre les avantages, n’ont pas été, eux, aveugles devant la montée d’un mécontentement social qui ressortait des enquêtes auprès des ménages dès le printemps.

    Il faut aussi questionner la pertinence de la mesure officielle du pouvoir d’achat en France. Elle suit une approche selon les comptes nationaux qui peut parfois s’éloigner du porte-monnaie. Par exemple, si un médicament est déremboursé et que son fabricant en baisse le prix pour sauver son marché, l’indice des prix à la consommation (IPC) diminue. Comme c’est cet indicateur qui est utilisé dans le calcul officiel du pouvoir d’achat, ce dernier augmente !
    En revanche, les normes Eurostat (indice des prix à la consommation harmonisés, IPCH) feraient, elles, apparaître une hausse de prix car elles retiennent la somme nette après remboursement que le consommateur doit sortir de sa poche. Or, en octobre et novembre 2018, l’#inflation mesurée par l’IPCH était significativement supérieure à celle de l’IPC, ce qui confirmait une dégradation de la situation des Français.

    L’indice Insee de confiance des ménages s’est redressé en janvier ; celui de février sera publié le 26 février. L’histoire retiendra peut-être que les concessions obtenues par les « gilets jaunes » ont permis de rétablir un minimum de confiance et sauvé l’économie française !

    • Cet article ne comporte qu’une chose utile, une amorce de critique de la mesure de l’inflation. Pour le reste il me semble qu’il s’agit d’un intellectuel de gauche qui sous couvert de science diffuse une théorie implicite de l’impuissance populaire et de l’innocuité des luttes. Le populaire tout ce qu’il peut c’est consommer si, éclairé, on lui en donne les moyens. Keynes, plus cheap que jamais. En plus il se moque du monde en faisant des « mesures » Macron l’élément déterminant d’un efficace effet placebo.
      #économiste #innocentiste

  • Aux Etats-Unis aussi, la question de la justice fiscale revient en force - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/300119/aux-etats-unis-aussi-la-question-de-la-justice-fiscale-revient-en-force

    #WEF

    Jusqu’à ce que le directeur du département de recherche sur l’économie numérique au #MIT, Erik Brynjolfsson, vienne jouer le gâcheur d’ambiance : les années 1960 et 1970, époque où la #fiscalité pouvait atteindre jusqu’à 90 %, furent les meilleures décennies économiques pour les États-Unis, a-t-il rappelé.

    « Qui peut penser qu’une telle proposition est sensée ? Seulement les ignorants comme… Peter #Diamond, prix #Nobel d’économie et considéré comme un expert de renommée mondiale des finances publiques. […] Et c’est une politique qui n’a jamais été mise en œuvre, à l’exception… des États-Unis, pendant 35 ans après la Deuxième Guerre – comprenant la période économique la plus prospère de notre histoire », ironise également Paul #Krugman, prix Nobel d’économie, dans un éditorial du New York Times.

    Parmi les obstacles les plus importants, soulignent certains #économistes, il y a le fait que l’augmentation du taux marginal d’imposition permet moins qu’auparavant de lutter contre les inégalités, compte tenu de l’évolution des grandes fortunes : celles-ci étant essentiellement concentrées dans des actifs financiers ou des structures d’entreprise qui leur permettent de bénéficier d’une fiscalité allégée.

    http://www.ericzwick.com/capitalists/capitalists.pdf

    Reprendre les formules du passé, comme augmenter la fiscalité et élargir les dispositifs de sécurité sociale, ne suffira pas, préviennent-ils. La redistribution permet certes de corriger les inégalités, mais il faut trouver un moyen de les prévenir, insiste Stephen Vogel, politologue, dans une tribune du New York Times.
    L’économiste turc Dani #Rodrik, professeur à Harvard, partage l’analyse. À ses yeux, il est plus que temps pour la gauche de se réapproprier son propre cadre de pensée, si elle veut arrêter de se faire imposer celui du néolibéralisme.